L'homélie du dimanche (prochain)

27 avril 2016

Le Paraclet, l’Église, Mohammed et nous

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le Paraclet, l’Église, Mohammed et nous

 

Homélie du 6° Dimanche de Pâques / Année C
01/05/2016

Cf. également :

L’Esprit et la mémoire

La gestion des conflits

 

L’Esprit, mon avocat

Afficher l'image d'origineAvez-vous déjà eu recours à un avocat ? Que ce soit pour un divorce, un litige professionnel, une affaire judiciaire ou autre, avoir un avocat à ses côtés change bien des choses. Car le Code civil (comme le Code du travail !) est si complexe que seul un professionnel peut en débrouiller les lignes pour y repérer vos droits. Car la machine accusatrice est si violente que y répondre seul équivaut à se jeter dans la gueule du loup. Car sans avocat pas de contestation possible, ni de défense réellement construite. Évidemment, cette aide coûte cher, très cher. Et les avocats commis d’office ne garantissent pas la même qualité de travail.

Notre évangile de ce dimanche nous promet un avocat gratuit, et le meilleur ténor du barreau ! Jésus sait que les chrétiens vont être en procès dans le monde, pour longtemps. Lui-même va expérimenter devant Caïphe puis Pilate qu’un accusé seul est déjà condamné. Alors il rassure ses disciples à l’avance : oui, vous serez mis en accusation, mais près de vous se tiendra le Paraclet, l’Esprit saint, votre avocat devant les hommes.

Le terme de Paraclet n’est employé que quatre fois dans toute la Bible (Jn 14, 16.26. ; 15,26 ; 16,7), et uniquement par Jean. Sans doute parce que c’est le plus tardif des évangiles (écrit vers 90), au moment où les persécutions éclatent partout et où les juifs comme les païens risquent leur vie à demander le baptême.

L’étymologie explique pourquoi le Paraclet est souvent traduit par avocat : para-kletos (en grec) = être appelé aux côtés de quelqu’un = ad-vocatus = avocat (en latin).

L’Esprit que promet Jésus est donc celui qui se tient à nos côtés pour nous défendre lorsque que le monde nous prend en haine. C’est vraiment le soutien dont nous avons besoin pour ne pas perdre coeur devant les accusations antichrétiennes.

Jésus avait précisé ce rôle de conseiller que joue l’Esprit :

« On portera la main sur vous, on vous persécutera, on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous traduira devant des rois et des gouverneurs à cause de mon Nom, et cela aboutira pour vous au témoignage. Mettez-vous donc bien dans l’esprit que vous n’avez pas à préparer d’avance votre défense : car moi je vous donnerai un langage et une sagesse, à quoi nul de vos adversaires ne pourra résister ni contredire » (Lc 21, 12-15)

Nombre de martyrs chrétiens témoignent de cette sagesse inspirée lorsqu’ils répondent tranquillement à leurs bourreaux. Leurs interrogatoires sont remplis de ces défenses provenant directement de l’Esprit.

Ainsi Jeanne d’Arc devant ses juges :

   «- êtes-vous en état de grâce
- si j’y suis, Dieu m’y garde ; si je n’y suis pas, Dieu m’y mette.»

Ainsi Kisito et Charles Lwanga devant leurs tortionnaires ougandais : « Tu me brûles, dit Charles, mais c’est comme si tu versais de l’eau pour me laver ! »

Ainsi Blandine et les martyrs de Lyon : « Après les fouets, les bêtes, le gril, elle fut mise dans un filet et livrée à un taureau. Plusieurs fois projetée en l’air par l’animal, elle n’avait plus le sentiment de ce qui se passait tant elle était prise par son espérance et son entretien avec le Christ… Les corps des martyrs furent exposés aux injures de l’air pendant plusieurs jours. Ensuite on les brûla. Les cendres furent balayées jusqu’au Rhône. »

Afficher l'image d'origine

Ainsi le vieillard Ignace d’Antioche : « Laissez-moi devenir la pâture des bêtes : c’est par elles qu’il me sera donné d’arriver à Dieu. Je suis le froment de Dieu et je suis moulu par, la dent des bêtes pour devenir le pain immaculé du Christ. »

 

Si nous croyons que réellement l’Esprit saint est à nos côtés pour défendre la foi au Christ, alors nous ferons l’expérience de cette source d’inspiration qui viendra naturellement mettre sur nos lèvres les paroles et les arguments qui conviennent.

 

Le Paraclet et l’Église

Le mot Église vient lui aussi du verbe grec kaleo = appeler au-dehors. Les membres de l’Église (ekkletoï) sont donc ceux qui sont appelés à sortir d’eux-mêmes, pour se laisser rassembler au-dehors.

Paraclet (para-kletos) et Église (ek-klèsia) sont très proches en grec. L’un est à nos côtés et l’autre nous rassemble en nous appelant hors de nous-mêmes. Dans le credo, nous proclamons notre confiance dans l’Église (credo Ecclesiam) est la conséquence de notre foi en l’Esprit saint (credo in Spiritum sanctum). C’est bien parce que l’Esprit mène l’Église que nous pouvons compter sur elle. Son rôle devrait être de permettre à chacun de faire l’expérience de l’Esprit saint : être soutenu, défendu, consolé par Dieu lui-même.

pentecote-vitrail- Taizé

Concrètement, c’est à travers la prière fraternelle, la solidarité paroissiale, l’accueil gratuit et chaleureux que nos communautés d’Église doivent faciliter et manifester le travail de l’Esprit saint en chacun. Sans Paraclet, pas d’Église. Et si l’Église n’est pas ouverte à l’action de l’Esprit saint en elle, alors mieux vaut ne pas avoir d’Église…

 

Le Paraclet et Mohamed

Curieusement, bon nombre de musulmans s’appuient sur une fausse traduction de notre évangile de Jean 14 pour faire annoncer à Jésus la venue du prophète Mohammed.

En effet, il est écrit dans la Sourate du Rang (Al Saff) 61.6, de l’an 3 de l’Hégire :

 » Et quand Jésus fils de Marie dit : O Enfants d’Israël, je suis vraiment un messager de Dieu à vous… annonciateur d’un messager à venir après moi dont le nom sera AHMAD.
Puis celui-ci vient à eux avec des preuves, ils disent : C’est de la magie manifeste ! « 

En arabe, les noms aHMaD (plus loué) et muHaMmaD (très loué) ont le même radical et des sens voisins. Voilà la raison pour laquelle les musulmans affirment que ce texte est une prophétie à peine voilée, faite par Jésus et s’accomplissant en Muhammad.

À l’évidence, il n’existe pas dans les évangiles une telle prophétie. Il a donc fallu poursuivre des investigations plus poussées au cours des années. Quelques musulmans ont alors essayé de changer les voyelles du mot Parakletos ( a-a-e-o) avec celles du mot periklytos (e-i-y-o). Or Ahmad ou Muhammad = « le Loué », sont des traductions du mot grec periklytos. Parakletos serait donc une lecture corrompue de periklytos, si bien que les paroles originales de Jésus en Jn 14 étaient une annonce prophétique de la venue de Muhammad, que les chrétiens auraient dissimulé en trafiquant l’écriture grecque…

Mais il faut savoir qu’en grec, et contrairement à l’arabe, toutes les voyelles s’écrivent dans le texte. Par conséquent, pour changer parakletos en periklytos, il faut altérer trois lettres écrites. De plus il n’existe aucune preuve textuelle d’une telle lecture. Aucune copie de l’évangile de Jean, depuis la plus ancienne qui remonte à l’an 200 environ, jusqu’aux plus récentes, ne possède le mot periklytos la place du mot parakletos. Le mot periklytos ne repose donc sur aucune justification textuelle ou linguistique.

Et voilà comment un tour de passe-passe permet de faire croire que Mohamed est en fait le véritable Paraclet promis par Jésus dans l’Évangile ! Évidemment, ce genre d’altération est très difficile à suivre, et pas seulement s’il faut changer trois voyelles qui en grec sont pourtant bien présentes dans tous les manuscrits (à la différence de la langue ancienne du Coran qui elle ne comporte pas de voyelles).

Jésus et Mohammed

Oeuvre tirée d’un ouvrage persan du XIVe siècle expliquant la vie des prophètes (« qisas al-anbiya »).
 La vision du prophète Isaïe :
Jésus (que l’islam considère comme un prophète) 
et Mahomet chevauchant côte à côte.
Manuscrit iranien du IXe siècle de l’Hégire (XVIe siècle)

Le débat est-il anecdotique ?

Pas tant que cela, car le Jésus du Coran n’a pas grand-chose à voir avec celui du Nouveau Testament. Il ne serait pour la tradition musulmane qu’un prophète de l’islam, dont les chrétiens auraient falsifié la vie et le message après coup.

Après les persécutions romaines ou les accusations des maîtres du soupçon (Marx, Nietzsche, Freud), les procès intentés aux chrétiens le sont aujourd’hui par les musulmans. Et pas seulement avec des kalachnikovs hélas. Avec également des arguments idéologiques dont les chrétiens peuvent et doivent démontrer l’inexactitude historique, scientifique, et l’incompatibilité profonde avec la foi au Christ. Là encore, ils peuvent s’appuyer sur l’Esprit saint pour assurer leur défense paisiblement, sans violence ni haine, devant leurs accusateurs.

 

Le Paraclet n’a donc pas fini de nous être précieux, aujourd’hui comme hier !

Si le Christ  nous l’a promis, si la Pentecôte l’a répandu en plénitude sur l’Église, alors n’ayons pas peur de faire appel a lui pour être notre avocat lorsque notre foi est mise en accusation d’une manière ou d’une autre.

 

 

1ère lecture : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci qui s’imposent » (Ac 15, 1-2.22-29)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

 En ces jours-là, des gens, venus de Judée à Antioche, enseignaient les frères en disant : « Si vous n’acceptez pas la circoncision selon la coutume qui vient de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. » Cela provoqua un affrontement ainsi qu’une vive discussion engagée par Paul et Barnabé contre ces gens-là. Alors on décida que Paul et Barnabé, avec quelques autres frères, monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens pour discuter de cette question. Les Apôtres et les Anciens décidèrent avec toute l’Église de choisir parmi eux des hommes qu’ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabé. C’étaient des hommes qui avaient de l’autorité parmi les frères : Jude, appelé aussi Barsabbas, et Silas. Voici ce qu’ils écrivirent de leur main : « Les Apôtres et les Anciens, vos frères, aux frères issus des nations, qui résident à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut ! Attendu que certains des nôtres, comme nous l’avons appris, sont allés, sans aucun mandat de notre part, tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi, nous avons pris la décision, à l’unanimité, de choisir des hommes que nous envoyons chez vous, avec nos frères bien-aimés Barnabé et Paul, eux qui ont fait don de leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ. Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous confirmeront de vive voix ce qui suit : L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent : vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang, des viandes non saignées et des unions illégitimes. Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela. Bon courage ! »

Psaume : Ps 66 (67), 2-3, 5, 7-8

R/ Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble ! ou : Alléluia. (Ps 66, 4)

Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations.

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture,
sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !

2ème lecture : « Il me montra la Ville sainte qui descendait du ciel » (Ap 21, 10-14.22-23)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange. En esprit, il m’emporta sur une grande et haute montagne ; il me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu : elle avait en elle la gloire de Dieu ; son éclat était celui d’une pierre très précieuse, comme le jaspe cristallin. Elle avait une grande et haute muraille, avec douze portes et, sur ces portes, douze anges ; des noms y étaient inscrits : ceux des douze tribus des fils d’Israël. Il y avait trois portes à l’orient, trois au nord, trois au midi, et trois à l’occident. La muraille de la ville reposait sur douze fondations portant les douze noms des douze Apôtres de l’Agneau. Dans la ville, je n’ai pas vu de sanctuaire, car son sanctuaire, c’est le Seigneur Dieu, Souverain de l’univers, et l’Agneau. La ville n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illumine : son luminaire, c’est l’Agneau.

Evangile : « L’Esprit Saint vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 23-29)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia. (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , ,

6 avril 2016

Les 153 gros poissons

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Les 153 gros poissons

Homélie du 3° dimanche de Pâques / Année C
10/04/2016

Ictus

Les détails mentionnés dans la Bible le sont rarement par hasard.

Il y a 7 disciples dans la barque. Avec Jésus, ils sont donc 8 au repas, et c’est la 3° apparition, précise Jean en Jn 21,1-14.

Jean prend soin de mentionner que le filet des pêcheurs contenait 153 gros poissons, ce n’est sûrement pas pour faire joli ! Si vous avez visité les catacombes de Rome vous savez que le poisson était le symbole des premiers chrétiens pendant les trois siècles de persécutions romaines. À cause sans doute de nos poissons de ce dimanche, et aussi à cause de la signification cachée du mot poisson en grec (ICTUS = Iesos Khristos Theous Uios Soter = Jésus Fils de Dieu Sauveur). À tel point qu’on ne sait pas qui a qui a influencé l’autre… Dessiner un poisson sur un mur de catacombe était devenu un signe de ralliement « secret » des premiers chrétiens. Le bassin qui contenait l’eau du baptême était appelé « piscina » littéralement « étang des poissons ». Les personnes nouvellement converties étaient appelées par exemple chez Tertullien (150 – 230) « pisciculli  » (petits poissons).

Afficher l'image d'origine

D’ailleurs Jean n’emploie pas le même mot pour les poissons pêchés par Pierre et ses compagnons (ictus) et les poissons (opsarion) grillés sur la braise au bord du lac.

Benoît XVI commentait :
« Aujourd’hui encore, l’Église et les successeurs des Apôtres sont invités à prendre le large sur l’océan de l’histoire et à jeter les filets, pour conquérir les hommes au Christ - à Dieu, au Christ, à la vraie vie. Les Pères ont aussi dédié un commentaire très particulier à cette tâche singulière. Ils disent ceci: pour le poisson, créé pour l’eau, être sorti de l’eau entraîne la mort. Il est soustrait à son élément vital pour servir de nourriture à l’homme. Mais dans la mission du pêcheur d’hommes, c’est le contraire qui survient. Nous, les hommes, nous vivons aliénés, dans les eaux salées de la souffrance et de la mort; dans un océan d’obscurité, sans lumière. Le filet de l’Évangile nous tire hors des eaux de la mort et nous introduit dans la splendeur de la lumière de Dieu, dans la vraie vie. Il en va ainsi : dans la mission de pêcheur d’hommes, à la suite du Christ, il faut tirer les hommes hors de l’océan salé de toutes les aliénations vers la terre de la vie, vers la lumière de Dieu. Il en va ainsi : nous existons pour montrer Dieu aux hommes. »
Homélie du pape Benoît XVI, Messe inaugurale du Pontificat,
Place Saint Pierre, 5° dimanche de Pâques, 24/04/2005

153

Mais pourquoi 153 ?

Rarement un nombre aura suscité autant de commentaires !

 

Nombre triangulaire

Saint Augustin, encore lui, connaissait bien les mathématiques : les nombres dits triangulaires fascinaient déjà le monde antique depuis des siècles.

« Maintenant, dès qu’on a besoin de l’Esprit Saint pour pouvoir observer la loi, il faut joindre 7 à 10, ce qui fait 17. Or, en additionnant tous les nombres depuis un jusqu’à 17, tu obtiendras au total 153. Il n’est pas nécessaire de faite ici l’addition tout entière, vous l’achèverez chez vous. Vous direz donc en calculant Un, plus deux, plus trois, plus quatre donnent dix. Unis de la même manière, tous les autres nombres jusqu’à 17, et tu obtiens le chiffre mystérieux des fidèles et des saints qui seront avec le Seigneur dans les splendeurs du ciel. »

Ainsi 153 = 1 + 2 + 3 + … + 17. L’image triangulaire de 17 représentée ci-dessous le représente : en prenant 17 boules à la base du triangle et en superposant 17 rangées de boules diminuées de 1 à chaque rangée jusqu’au sommet, on cumule : 153 boules. Ces 153 boules forment ainsi un triangle équilatéral de 17 boules par côté. Il s’agit de l’expression déployée, représentée dans sa plus simple expression formelle, imagée, géométrique (le triangle équilatéral) du nombre en soi informel, invisible qui se cache derrière le signe numérique 17.

Afficher l'image d'origine

Le nombre triangulaire a donc cette propriété d’être représenté par un triangle équilatéral, que la symbolique maçonnique, héritée des bâtisseurs du temple de Jérusalem, identifiait au grand architecte de l’univers, la Trinité pour les chrétiens. Le triangle équilatéral orne de bon nombre de façades et de vitraux de nos églises et synagogues. C’est un symbole de divinité, de perfection.

Et 17 est l’addition de la loi (les 10 Paroles) et de la Création (les 7 jours de la Genèse).

17 est également le nombre des peuples connus à l’époque, du moins comme le rapporte le livre des Actes des Apôtres pour la Pentecôte (2, 1-11). Comptez le nombre des peuples énumérés dans ce récit : « Parthes, Mèdes, Élamites, habitants de Mésopotamie, de Judée, de Cappadoce, du Pont, d’Asie, de Phrygie, de Pamphylie, d’Égypte, de cette partie de la Libye qui est proche de Cyrène, Romains en résidence, Juifs, prosélytes, Crétois et Arabes ». Cela fait 17 !

Ces peuples, dont les ressortissants entendent dans leur propre langue ce que disent les apôtres, sont au nombre de 17 : c’est l’Église, dans sa vocation à rassembler tous les peuples de la terre en Dieu.

Les 153 poissons désignent donc l’Église comme plénitude (17, nombre triangulaire) de la Loi (10) unie à la Création (7), ou pour suivre saint Augustin, du peuple juif uni aux païens dans la nouvelle alliance. La somme de toute l’humanité, de la Création à l’Alliance.

 

Nombre miroir

Le nombre miroir d’un autre est celui composé de ses chiffres disposés symétriquement, de droite à gauche.
Ainsi 153 renvoie par miroir au nombre 351.
Or le nombre 351 est le nombre triangulaire de 26 (351=1+2+3+…+26), et 26 est la valeur numérique (guématria) du Tétragramme YHWH (Y=10 + H=5 + W=6 + H=5) !

17 et 26 sont donc comme en miroir l’un de l’autre par leurs nombres triangulaires : c’est comme si la gloire du Dieu d’Israël (26) se reflétait dans la gloire de l’Église (17)… Vatican II ne dira pas autre chose en proclamant que l’Église est le sacrement de la communion trinitaire (LG1 ; cf. CEC n° 747).

 

Nombre de Harshard

153 est divisible par la somme de ses chiffres : 1+5+3=9, et 153=9×17.

C’est ce qu’on appelle un nombre de Harshard (ce terme signifie ‘grande joie’ en sanskrit, attribué par le mathématicien Dattatreya Ramachandra Kaprekar). Et l’on retombe à nouveau sur le nombre 17 !

La plénitude qu’est l’Église ne renie aucune des particularités culturelles qu’elle réunit, puisqu’elle est ‘divisible’ par la somme de ses membres…

 

Nombre d’Armstrong

C’est un nombre qui est égal à la somme des puissances n de ses chiffres, n étant égal au nombre de ces chiffres.

153=13+53+33

L’utilisation dans notre contexte de pêche suggère que le résultat est la somme de la perfection de chaque individu, car élevé à la puissance trinitaire…

 

Nombre de Friedmann

On appelle ainsi un nombre qui est le résultat d’une combinaison de tous ses chiffres, moyennant les quatre opérations de base (+ – x /).

Ainsi 153=3×51

Le pape Grégoire le Grand s’est engouffré dans cette propriété mathématique :

« Multiplions 10 et 7 par 3, nous obtenons 51 : nombre qui renferme assurément un grand mystère, car nous lisons dans l’Ancien Testament que la cinquantième année doit être appelée une année jubilaire, pendant laquelle le peuple entier se repose de tout travail (cf. Lv 25,11). Mais le vrai repos est dans l’unité, qui ne peut être divisée; en effet, là où il y a une fissure de division, il n’y a pas de vrai repos. Multiplions 51 par 3, pour obtenir 153. Puisque toutes nos œuvres, accomplies dans la foi en la Trinité, nous conduisent au repos, nous avons multiplié 17 par 3, de manière à obtenir 51. Et notre vrai repos étant atteint par la connaissance de la gloire de cette même Trinité, que nous croyons fermement exister au sein de l’unité divine, nous multiplions 51 par 3 et nous tenons la somme totale des élus dans la patrie céleste, que figure ce nombre de 153 poissons.
Il convenait que le filet jeté après la Résurrection du Seigneur prît le nombre de poissons qu’il fallait pour désigner les élus qui habitent la patrie céleste. »

 

Le plérôme de l’humanité

Afficher l'image d'origineC’est l’interprétation la plus connue, celle de saint Jérôme, qui désigne l’Église comme plénitude de l’humanité, et qui synthétise en quelque sorte toutes les autres. Les zoologistes grecs de l’époque connaissaient au total 153 variétés de poissons. Jérôme s’appuie sur ce savoir de son époque (IV° siècle) pour évoquer que le nombre signifierait dans ce cas l’universalité de l’Église, toutes les nations de la Terre se retrouvant dans les filets de l’apôtre Pierre.

 

L’Église, désignée par la barque et le filet de Pierre, est destinée à recueillir toute l’humanité, et à la mener au Christ, pour atteindre ainsi sa plénitude (plérôme ; cf. Col 1,19) à la fois humaine et divine.

 

 

Évagre le Pontique

Au IVe siècle, il a écrit 153 « Maximes sur la prière », suivant fidèlement le symbolisme de la pêche miraculeuse. Dans son « Traité pratique », il écrit de façon alambiquée, voire confuse :

« J’ai divisé ce traité sur la prière en 153 chapitres. Ainsi, je vous convie à une fête évangélique, où vous pourrez vous délecter de ce nombre symbolique qui combine une figure triangulaire et une figure hexagonale. Le triangle symbolise la connaissance spirituelle de la Trinité, l’hexagone représente la création ordonnée du monde en six jours. Le nombre 100 est carré, alors que le nombre 53 est triangulaire et sphérique. Car 28 est triangulaire et 25 est sphérique, 5 fois 5 donnant 25. De cette façon, vous avez une figure carrée pour exprimer la nature quaternaire des vertus et un nombre sphérique, 25, qui représente le mouvement cyclique du temps et ainsi la véritable compréhension de cette époque. Car les semaines suivent les semaines, et les mois suivent les mois, et le temps évolue d’année en année, et les saisons suivent les saisons, comme nous le voyons aux mouvements cycliques du soleil et de la lune, du printemps et de l’été Le triangle peut symboliser la connaissance de la Sainte Trinité. Ou vous pouvez considérer la somme totale, 153, comme triangulaire et signifiant respectivement la pratique des vertus, la contemplation de la divinité dans la nature et la connaissance spirituelle de Dieu, ou la foi, l’espérance et l’amour, ou l’or, l’argent et les pierres précieuses. »

Évagre utilise les propriétés du nombre sphérique 25. Le nombre sphérique est un nombre qui, multiplié par un nombre circulaire, part de lui-même et revient à lui-même, comme par exemple, 5×5 = 25 ; ce nombre circulaire, multiplié par lui-même, donne une sphère : 5×25 = 125.

 

Les deux pêches miraculeuses

Saint Augustin, toujours lui, interprète cette deuxième pêche miraculeuse comme celle qui, à la fin des temps, réussira enfin le projet de Dieu : « rassembler dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52) :

« Il ne faudrait pas conclure de là qu’il n’y aura que cent 153 saints qui ressusciteront à la vie éternelle, car tous ceux qui ont part à la grâce de l’Esprit saint, sont compris dans ce nombre qui renferme trois fois le nombre 50, et de plus le nombre 3, symbole du mystère de la sainte Trinité. Or, le nombre cinquante est le produit du nombre sept multiplié par sept, et auquel on ajoute l’unité. Cette unité indique qu’ils ne doivent faire qu’un. Ce n’est pas sans raison que l’Évangéliste fait la remarque que les poissons étaient grands, car lorsque Notre Seigneur eut dit: « Je ne suis pas venu détruire la loi, mais l’accomplir (en donnant l’Esprit saint qui devait la faire accomplir) »; il ajoute un peu plus loin: « Celui qui fera et enseignera sera grand dans le royaume des cieux » (Mt 5).

Lors de la première pêche, le filet se rompait en figure des schismes qui devaient déchirer l’Église. Ici, au contraire, comme les schismes seront impossibles dans la paix suprême dont jouiront les saints, l’Évangéliste a dû faire remarquer que, malgré le grand nombre et la grosseur des poissons, le filet ne se rompit point. Il semble faire allusion à la première pêche où le filet se rompit, et vouloir faire ressortir par cette comparaison la supériorité de la pêche actuelle. »

  

Ez 47,10

Un verset d’Ezékiel (47,10) éclaire d’un jour encore nouveau le symbolisme décidément multiple de 153 : « des pêcheurs se tiendront sur ses bords; depuis En-Guédi jusqu’à En-Eglaïm, on étendra les filets; il y aura des poissons de diverses espèces, comme les poissons de la grande mer, et ils seront très nombreux ».

En-Guédi existe toujours : on y va en bateau à travers le lac de Tibériade, et cette traversée est chargée d’évocations évangéliques.

Or en hébreu Gad « bonheur » est le mot miroir de Dag « poisson ».

Et la valeur numérique de En-Guédi « la fontaine de mon bonheur » est : 3 + 4 + 10 = 17, alors que la valeur numérique de En-Eglaïm est : 70 + 3 + 30 + 10 + 40 = 153 ! L’expression « depuis En-Guédi jusqu’à En-Eglaïm » désigne ainsi le chemin que parcoure l’Église, de 17 (la totalité de l’humanité) à 153 (la plénitude de l’humanité sauvée).

 

Enfin juste pour vous dire que décidément des harmoniques du nombre sont quasi innombrables, signalons juste que 153 est encore le nombre de bénédictions données à des personnes précises dans les quatre évangiles (si ! si !, comptez les bénéficiaires de ces bénédictions : c’est bien le bon nombre !).

 

Bref : innombrables sont les interprétations cabalistiques qu’on peut tirer de ce nombre de 153 gros poissons. Mais elles convergent vers cette espérance folle : tous les êtres humains, de tous les temps, de toutes les cultures, de tous les lieux, sont appelés à faire partie de l’Église, qui est l’humanité enfin réconciliée et unifiée en Dieu même.

À nous d’être témoins de cette espérance folle.

 

 

 

1ère lecture : « Nous sommes les témoins de tout cela avec l’Esprit Saint » (Ac 5, 27b-32.40b-41)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, les Apôtres comparaissaient devant le Conseil suprême. Le grand prêtre les interrogea : « Nous vous avions formellement interdit d’enseigner au nom de celui-là, et voilà que vous remplissez Jérusalem de votre enseignement. Vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme ! » En réponse, Pierre et les Apôtres déclarèrent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice. C’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés. Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. »

 Après avoir fait fouetter les Apôtres, ils leur interdirent de parler au nom de Jésus, puis ils les relâchèrent. Quant à eux, quittant le Conseil suprême, ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus.

Psaume : Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t’exalte, Seigneur, tu m’a relevé.
ou : Alléluia. (Ps 29, 2a)

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri ;
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi ;
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

2ème lecture : « Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse » (Ap 5, 11-14)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu : et j’entendis la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens ; ils étaient des myriades de myriades, par milliers de milliers. Ils disaient d’une voix forte : « Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange. »

 Toute créature dans le ciel et sur la terre, sous la terre et sur la mer, et tous les êtres qui s’y trouvent, je les entendis proclamer : « À celui qui siège sur le Trône, et à l’Agneau, la louange et l’honneur, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. » Et les quatre Vivants disaient : « Amen ! » ; et les Anciens, se jetant devant le Trône, se prosternèrent.

Evangile : « Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson » (Jn 21, 1-19)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Le Christ est ressuscité,
le Créateur de l’univers,
le Sauveur des hommes.
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment. Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien.

 Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » Ils lui répondirent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres. Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. » Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré. Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson. C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.

 Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , , , ,

28 décembre 2015

Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

 

Homélie pour le 1° Janvier, fête de Marie « Mère de Dieu »

 

Émeutes populaires à Constantinople

Nous sommes en 428. Nestorius, évêque de Constantinople – ville impériale s’il en est – Marie Theotokos, ou la force de l'opinion publique dans Communauté spirituelleprovoque un vif émoi parmi le peuple. En effet, dans ses homélies et à la cathédrale, il refuse d’appeler Marie « Mère de Dieu » (Theotokos en grec) et ne lui accorde que le titre de « mère du Christ ». Il est tellement préoccupé de sauvegarder la grandeur de Dieu qu’il ne peut aller jusqu’à penser que Dieu en la personne de Jésus ait voulu avoir une mère en la personne de Marie. Cette opinion influencera fortement la rédaction du Coran d’ailleurs deux siècles plus tard. Or le peuple chrétien vénère Marie comme Theotokos, et n’accepte pas que son évêque ne professe pas la même foi que lui. La foule allait même jusqu’à coller des placards sur les murs de la cathédrale et de l’archevêché en signe de protestation! En refusant de donner à Marie le titre de Theotokos, Nestorius se heurte au sens de la foi (sensus fidei) de son Église locale.

 

Tout cela provoque un tel tintamarre que l’empereur Théodose II convoque un concile à Éphèse pour Pentecôte 431 afin de trancher la question. Nestorius y est désavoué : puisque le Christ est vrai Dieu et vrai homme, « sans séparation ni confusion », la mère de l’homme Jésus est donc en même temps la Mère de Dieu, la Theotokos. Sinon, cela reviendrait à dire qu’en Jésus la divinité et l’humanité ne sont pas vraiment unies l’une à l’autre.

 

Pourquoi ce rappel historique ? Pour montrer l’importance du sens de la foi des fidèles (sensus fidei fidelium) et de la réception dans l’Église : l’enseignement de Nestorius n’est pas reçu dans son Église locale, et cela suffit pour, sinon invalider, du moins soupçonner cet enseignement, et appeler à un débat au plus haut niveau d’autorité de l’Église. Appeler Marie Mère de Dieu, c’est se souvenir que la piété mariale du Peuple de Dieu a été dans l’histoire un lieu théologique important.

 

La force de l’opinion publique

Fêter la Mère de Dieu au tout début d’une année qui préparera l’élection présidentielle charge cette fête d’une harmonie particulière. Va-t-on écouter l’opinion publique, celle des petites gens (qui gagnent environ le SMIC) qui ont des choses à dire sur les choix de société ? Ce peuple va-t-il s’organiser pour faire entendre sa voix ? Ou faudra-t-il attendre des révoltes, des colères sociales protestant devant trop d’inégalités ? Le pouvoir des urnes sera-t-il un réel pouvoir de choix ? S’il n’est pas relayé par  des associations courageuses, par des corps intermédiaires bien vivants (syndicats hélas en survie actuellement, organisations professionnelles etc.) ce pouvoir démocratique ne sera que celui d’un fusil à deux cartouches, les deux tours de l’élection.

 

Le printemps arabe de 2011 à démontré encore une fois, après la chute du communisme en  Dieu dans Communauté spirituelle1989, que l’opinion publique est capable de « renverser les puissants de leurs trônes » comme le chante Marie dans son Magnificat.

On a vu également les indignés manifester en Espagne, et donner naissance à Podemos.

Et malheureusement on a vu les partis islamistes ou les militaires engranger les bénéfices électoraux des printemps arabes…

C’est donc que l’opinion publique a la fragilité de sa force : elle peut tout emporter, mais aussi préparer pire encore…

 

Dans l’Église catholique également, la nécessité d’une opinion publique forte, structurée, constructive, est plus que jamais nécessaire. Beaucoup s’en vont sur la pointe des pieds faute de trouver un moyen de se faire entendre. Des questions  graves et douloureuses ne sont même plus sujets de débat autorisé. Des raidissements idéologiques se généralisent et la tentation du repli identitaire décourage ceux qui ne sont pas du petit cercle des initiés.

 

Afficher l'image d'origineC’est sans doute Pie XII qui a défini le plus clairement l’importance et le rôle de l’opinion publique, non seulement dans la société (d’où le rôle de l’Église pour éclairer le débat d’idées, notamment dans les médias) mais aussi dans  l’Église. Dans un discours au Congrès international de la Presse Catholique du 17/02/1950, il disait [1]:

« L’Église (…) est un corps vivant et il manquerait quelque chose à sa vie, si l’opinion publique lui faisait défaut, défaut dont le blâme retomberait sur les Pasteurs et les fidèles (…). Le publiciste catholique (…) aidera avec une ferme clarté à la formation d’une opinion catholique dans l’Église, précisément lorsque, comme aujourd’hui, cette opinion oscille entre les deux pôles également dangereux d’un spiritualisme illusoire et irréel, d’un réalisme défaitiste et matérialisant. » 

 

Ce discours est très neuf par rapport à tout ce qui était dit avant sur les médias et le danger supposé qu’ils représentent pour l’Église. Il introduit même dans la responsabilité ministérielle la charge d’animer la communauté sur ce plan de l’opinion ecclésiale: loin de confisquer le débat et de n’être que des « haut-parleurs » de la hiérarchie, les ministres doivent veiller à ce qu’une légitime opinion publique puisse se manifester au sein d’une paroisse, d’un diocèse etc… On voit comment les consultations et enquêtes publiques pré-synodales, ou encore le courrier des lecteurs dans les journaux (catholiques ou non), ou même un certain recours judicieux aux sondages d’opinion etc… peuvent mettre en oeuvre concrètement cette intuition théologique : l’Église n’est pas une communion si la parole n’y circule pas, si la communication ne se fait que dans un sens. Les pasteurs doivent particulièrement y veiller.

« L’opinion publique dans l’Église apparaît ainsi comme une circulation de pensées dont les responsables de la communauté sont les promoteurs principaux (…). Manifestation de la sainte liberté des enfants de Dieu, l’opinion publique dans l’Église, c’est le dialogue de la famille dans l’obéissance surnaturelle, appelé par l’encyclique Ecclesiam Suam. Loin d’être une critique de l’Église, elle apparaît comme un signe d’amour à son égard. » 

 

Le sens de la foi des fidèles

Si le peuple de Constantinople a su proclamer Marie Theotokos contre l’enseignement de son évêque, ne faudrait-il pas croire qu’aujourd’hui encore le peuple chrétien a quelque chose à dire sur la vie de son Église ?

En termes théologiques, cela s’appelle le sens de la foi des fidèles.

Vatican II lui accorde une importance considérable :

« La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint (cf. 1Jn 2,20; 1Jn 2,27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste par le moyen du sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs » elle apporte aux vérités concernant la foi et les moeurs un consentement universel. Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, et sous la conduite du magistère sacré, qui permet, si on obéit fidèlement, de recevoir non plus une parole humaine, mais véritablement la parole de Dieu ( cf. 1Th 2,13 ), le peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes (cf. Jud 1,3 ), il y pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en oeuvre. » (Lumen Gentium n° 12)

 

Vox populi, vox Dei.

La voix du peuple est la voix de Dieu.

La fête de Marie Mère de Dieu nous le rappelle dès le début de cette nouvelle année.

Puissions-nous contribuer à faire entendre cette voix, dans la société comme dans l’Église !

 


[1]. Cf. le recueil de textes sur la question: Les médias. Textes des Églises,  Centurion, Paris, 1990.

 

 

 

 

1ère lecture : Voeux de paix et de bonheur (Nb 6, 22-27)

Lecture du livre des Nombres

Le Seigneur dit à Moïse :
« Voici comment Aaron et ses descendants béniront les fils d’Israël :
‘Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !’ C’est ainsi que mon nom sera prononcé sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai. »

 

Psaume : 66, 2b.3, 5abd, 7.8b

R/ Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse !

Que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations. 

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Et que la terre tout entière l’adore !

2ème lecture : Le Fils de Dieu, né d’une femme (Ga 4, 4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Frères, lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ; il est né d’une femme, il a été sous la domination de la

vous êtes des fils : envoyé par Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos c?urs, et il crie vers le Père en l’appelant « Abba ! ». Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et comme fils, tu es héritier par la grâce de Dieu.

 

Evangile : Jésus fils de Marie (Lc 2, 16-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jadis, par les prophètes, Dieu parlait à nos pères ; aujourd’hui sa parole vient à nous en son Fils. Alléluia. (cf. He 1, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tout le monde s’étonnait de ce que racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur. Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.
Patrick Braud

Mots-clés : , , , , , , , ,

4 novembre 2015

Le Temple, la veuve, et la colère

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le Temple, la veuve, et la colère

 

Homélie du 32° dimanche du temps ordinaire / Année B
08/11/2015

Cf. également :

Les deux sous du don…

 

C’est fou ce que Jésus doit aux femmes !

De Marie de Nazareth à Marie de Magdala, en passant par la cananéenne et ses petits chiens, Jésus n’a cessé de recevoir des femmes de sa vie de quoi exister, annoncer, grandir. Ici, c’est une pauvre veuve qui va le révéler à lui-même, en confortant son désir de se jeter à corps perdu dans la réforme du judaïsme.

Pour décrypter le fonctionnement religieux du Temple, Jésus se poste dans le parvis de femmes, sur les marches d’un escalier de pierre.

Le parvis des femmes, c’était une vaste cour carrée entourée de trois côtés par une colonnade supportant une galerie d’où les femmes pouvaient assister aux cérémonies religieuses. Un large escalier semi-circulaire de quinze marches conduisait au parvis d’Israël. C’est sans doute sur l’un de ces degrés que Jésus s’était assis ; de là, il voyait sur sa gauche la salle du trésor le long de laquelle, d’après le Talmud, se trouvaient treize troncs au goulot étroit et évasé par le bas, d’où leur nom de trompettes. Les fidèles y jetaient leurs aumônes et, à l’époque de la Pâque, l’affluence autour des troncs était énorme. Certains en profitaient pour jeter à pleines mains et avec ostentation de la monnaie de cuivre ou de bronze. Ils auraient pu s’acquitter plus commodément de la même offrande en monnaie d’argent, mais leur générosité aurait été moins bruyante et n’aurait pas attiré l’attention des pèlerins…

Afficher l'image d'origineTiens, aujourd’hui encore, c’est donc en se plaçant aussi chez du côté des femmes que nous pouvons décrypter la vérité sur notre société. Les féministes du « Care »  disent des choses vraies sur ce qui manque à nos relations de travail, de politique etc. Les théologiennes américaines écrivent des choses vraies sur le système religieux catholique, encore trop dominé par les hommes.

Jésus aurait aimé se placer dans ces parvis des femmes contemporains, pour contempler les foules de nos entreprises, de nos cités, et y révéler à la fois l’hypocrisie des riches et l’aliénation des pauvres. L’Église doit accepter de décaler ainsi son point de vue (sur l’économie, la politique, la famille, l’Église etc.) en regardant et écoutant ce que les femmes disent des relations humaines de notre temps.

Jésus entend le bling-bling clinquant des riches versant ostensiblement leur obole dans les vases de la collecte, mais il entend plus encore le silence – l’énorme silence si lourd de conséquences - de la pauvre veuve jetant de son nécessaire.

 

La colère contre l’institution religieuse du Temple

À lire le texte, on ne sait pas si c’est l’admiration (de la veuve) ou l’indignation (contre le Temple) qui prévaut en Jésus. Le contexte de ce passage est en effet une controverse entre Jésus et les pouvoirs religieux du Temple de Jérusalem : « ils dévorent les biens des veuves ». On peut penser qu’au lieu d’admirer les deux sous du don de cette femme, il continue au contraire à frémir de colère envers le Temple. Comment, ce Temple a été érigé pour la gloire de Dieu et le voici qui dévore tout ce que cette veuve a pour vivre !? Comment la foi d’Israël a-t-elle pu engendrer un système d’offrandes aussi injuste ? D’autant plus que ce Temple, Jésus annonce qu’il n’en restera bientôt plus pierre sur pierre ! Jésus dénonce le caractère stérile et absurde de ces offrandes pour une cause condamnée à disparaître.

Il aurait frémi de colère devant les sacrifices humains exigés par Hitler, Lénine, Staline ou Mao. Il renverserait aujourd’hui les écrans des changeurs de la Bourse et s’indignerait que l’épargne des plus petits soit utilisée pour d’autres buts que la vraie solidarité. Il dénoncerait à nouveau les chefs religieux – les chrétiens, musulmans ou autres - qui vivent comme des nababs aux dépens de leur communauté. Il ne supporterait pas qu’une pauvre veuve soit trompée dans son espérance par les politiques, les puissants.

Afficher l'image d'origineL’aliénation de cette femme est d’autant plus terrible que son don et volontaire : elle a donc intériorisé ce que le système exige d’elle, plus que les puissants n’auraient osé rêver. Hegel a montré que dans la dialectique maître-esclave, la domination est maximum lorsque l’esclave consent à son exploitation et y collabore. C’est cette aliénation que Jésus démasque en public. C’est à cela que les disciples du Christ sont appelés aujourd’hui : démasquer l’hypocrisie des riches qui font semblant de donner, et à grand bruit ; libérer les pauvres de la fausse obligation de se sacrifier pour un système condamné à disparaître.

On comprend que cette charge contre le Temple de Jérusalem a été une accusation majeure contre Jésus lors de son procès, suffisante pour éliminer celui qui dit la vérité, pour reprendre des paroles de Guy Béart.

 

La pauvre veuve, icône du Christ

Afficher l'image d'origineIl y a plus encore que l’indignation prophétique de Jésus dans ce texte. Car cette veuve annonce le Christ lui-même dans sa vie, jetée sans rien garder pour lui-même. Vous aurez peut-être remarqué que ce verbe jeter, ballo en grec, revient à sept reprises dans le très court récit consacré à l’obole de la veuve. La foule jette dans le tronc… Des riches jettent beaucoup… Une veuve jette deux petites pièces… Elle a jeté plus que tous ceux qui jettent dans le tronc… Tous ont jeté du superflu… Elle a jeté tout ce qu’elle possédait. A noter que jeter beaucoup en dispersant se rattache en grec au verbe dia-ballo, qui a donné diable en français… Alors que la veuve jette ensemble les deux pièces, syn-ballo en grec, ce qui a donné symbole en français. Le geste de la veuve est symbolique (d’une vie cohérente jusqu’au bout), alors que le geste des riches est diabolique (éparpillant l’être comme les pièces).

Ces deux sous jetés dans le trésor du Temple sont une icône du don total que Jésus va faire de lui-même. Mais lui pourra par ce sacrifice subvertir la logique de domination : le système religieux qui le condamnera sera lui-même renversé par la victoire du Christ dans sa résurrection. Ce que la veuve dans sa faiblesse n’avait pas pu réaliser : la fin de l’iniquité du Temple, le Christ l’obtiendra dans la puissance de l’Esprit qui lui fera traverser la mort. La même offrande : jeter tout son nécessaire, portera des fruits enfin en plénitude.

En voyant cette pauvre veuve donner tout ce qu’elle a, Jésus se voit lui-même devoir aller jusqu’au bout de ce dépouillement de soi, non pour se soumettre à un pouvoir injuste, mais pour « renverser les puissants de leur trône et élever les humbles ».

 

La pauvre veuve, icône de l’Église

Du coup, cette pauvre veuve est également une figure de l’Église. Les Pères de l’Église ont bien vu en elle la vocation des chrétiens : se donner par amour, pour libérer avec le Christ les plus pauvres de la domination des systèmes inhumains.

Afficher l'image d'origine

Ne reconnaissez-vous pas dans cette pauvre veuve l’Église qui apporte ses présents à Dieu ? Elle est pauvre, car elle repousse loin d’elle l’esprit de superbe et l’amour des richesses de la terre. Elle est veuve, car son époux a subi la mort pour elle, et maintenant il est bien loin d’elle. Et pendant que les Juifs offraient orgueilleusement à Dieu leur justice acquise par les œuvres de la Loi, l’estimant une richesse immense, l’Église offrait avec humilité, s’estimant heureuse de la voir acceptée par Dieu, la double obole de sa foi et de sa prière, ou encore de son amour de Dieu et du prochain. En les regardant par rapport à sa faiblesse, elle les estimait peu de chose ; mais à cause de la pureté de son intention, son offrande l’emportait de beaucoup sur l’offrande fastueuse des Juifs.
Saint Bède le Vénérable : commentaire de l’évangile selon saint Marc

 

Que l’indignation prophétique du Christ devienne également la nôtre, pour que les systèmes religieux contemporains arrêtent d’exploiter les plus pauvres.

 

 

 

1ère lecture : « Avec sa farine la veuve fit une petite galette et l’apporta à Élie » (1 R 17, 10-16)

Lecture du premier livre des Rois

En ces jours-là, le prophète Élie partit pour Sarepta, et il parvint à l’entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d’eau pour que je boive ? » Elle alla en puiser. Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain. » Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. » Élie lui dit alors : « N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ; ensuite tu en feras pour toi et ton fils. Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. » La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé, et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger. Et la jarre de farine ne s’épuisa pas, et le vase d’huile ne se vida pas, ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par l’intermédiaire d’Élie.

Psaume : Ps 145 (146), 6c.7, 8-9a, 9bc-10

R/ Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur ! (Ps 145, 1)

Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

2ème lecture : « Le Christ s’est offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude » (He 9, 24-28)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, figure du sanctuaire véritable ; il est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu. Il n’a pas à s’offrir lui-même plusieurs fois, comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n’était pas le sien ; car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion depuis la fondation du monde. Mais en fait, c’est une fois pour toutes, à la fin des temps, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice. Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés, ainsi le Christ s’est-il offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude ; il apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l’attendent.

Evangile : « Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres » (Mc 12, 38-44)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux !
Alléluia
(Mt 5, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, dans son enseignement, Jésus disait aux foules : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »
Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »
 Patrick Braud

Mots-clés : , , , , , ,
1...345678