L'homelie du dimanche

20 mai 2015

Le scat de Pentecôte

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le scat de Pentecôte 

 

cf. également

Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie

Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons

Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?

La paix soit avec vous

Parler la langue de l’autre

 

Homélie pour la fête de Pentecôte 2015
24/05/2015

 

Connaissez-vous le scat ?

En jazz, c’est un phénomène bien connu : une chanteuse comme Ella Fitzgerald était capable de jubiler sur des onomatopées pendant des minutes entières avant de reprendre le fil de sa chanson. Le scat, vous en faites sans le savoir lorsque vous chantonnez, tout joyeux, en oubliant les paroles, devant un beau paysage ou sous la douche…

Eh bien, on a très fortement l’impression, en suivant le texte du livre des Actes, qu’à la Pentecôte les pèlerins de Jérusalem ont assisté étonnés au premier « scat liturgique » de l’Église envahie d’Esprit Saint. Pierre est même obligé de préciser :« ces gens ne sont pas ivres comme vous le supposez, car il n’est que 9h du matin ! » (Ac 2, 15). Certains en effet, en entendant l’Église chanter sa joie au-delà des paroles « se moquaient et disaient : ils sont pleins de vin doux » (Ac 2, 13).

 

Voilà un fruit majeur de la Pentecôte, un effet capital de l’Esprit Saint en nous : la joie déborde tellement que nous n’avons plus de mots pour la décrire !

Rappelez-vous : quand avez-vous été subjugués par la beauté, d’une musique, d’un paysage, d’un tableau ? quand avez-vous été bouleversés par l’intensité enivrante d’un regard, d’un silence ? Dans ces moments-là, les mots nous manquent, mais le souffle qui est en nous nous fait jubiler au-delà des paroles. Et nous improvisons comme Ella Fitzgerald un scat débordant de joie ! Ella, elle avait ce don de communiquer la joie en se laissant envahir par elle : son chant était une petite Pentecôte ! Vraiment inspirée par un Esprit magnifique…

Ce don de l’Esprit n’a jamais manqué à l’Église.

Pensez aux longues vocalises des moines et moniales bénédictins tenant des portées entières sur un « o » de Dominus ou un « a » de alléluia, jusqu’à être comblés et épuisés de bonheur à moduler cette voyelle dans le chant grégorien, le temps suspendu….

Pensez aux groupes charismatiques (les pentecôtistes, bien nommés !) qui ont redécouvert ce qu’ils appellent le chant en langues (la glossolalie) : il arrive dans la prière qu’un groupe chante sans partition ni paroles, comme s’il y avait un chef d’orchestre invisible, et cela donne une mélopée puissante harmonieuse et belle…

Relisez saint Augustin qui était déjà témoin au 4ème siècle de ce « scat spirituel » sous l’effet de l’Esprit de Pentecôte. Il est lui aussi partisan de cet excès, de cette densité de joie si forte qu’elle appelle le chant :

« Chantez-lui le cantique nouveau, chantez bien (nous dit le psaume). Chacun se demande comment chanter pour Dieu. Chante pour lui, mais évite de chanter mal. […] Eh bien, il te donne cette méthode de chant : ne cherche pas des paroles, comme si tu pouvais expliquer ce qui plaît à Dieu. Chante par des cris de jubilation. Bien chanter pour Dieu, c’est chanter par des cris de jubilation. En quoi cela consiste-t-il ? C’est comprendre qu’on ne peut pas expliquer par des paroles ce que l’on chante dans son cœur. En effet ceux qui chantent, soit en faisant la moisson, soit en faisant les vendanges, ou n’importe quel travail enthousiasmant, lorsqu’ils se mettent à exulter de joie par les paroles de leurs chants, sont comme gonflés par une telle joie qu’ils ne peuvent la détailler par des paroles, ils renoncent à articuler des mots, et ils éclatent en cris de jubilation. […]

Que ton cœur se réjouisse sans prononcer de paroles et que l’infinité de tes joies ne soit pas limitée par des syllabes. Chantez bien avec des cris de joie. » (Homélie sur le psaume 32)

Cette joie-là ne vient pas de nous, de nos seules forces : elle nous est donnée, elle vient de Dieu, elle est Dieu-en-nous : l’Esprit qui nous rend présent à nous-même, présent au monde…

Le scat de Pentecôte dans Communauté spirituelleBref, être habité par l’Esprit Saint, c’est se laisser remplir par une joie que rien ne pourra nous ravir. Non pas une joie naïve, bêtasse, qui serait ignorante du combat spirituel à mener. « Mon cœur s’est ouvert depuis ce jour alors que je le croyais mort » témoignait une adulte lors de sa confirmation. C’est donc que l’Esprit vient apporter la joie en traversant les forces de mort auxquelles nous sommes confrontés : pas en niant le mal, mais en gagnant sur lui grâce au pardon, grâce à la Résurrection du Christ travaillant en nous…

Au cœur des difficultés économiques actuelles, le monde attend des témoins de cet Esprit-là : des acteurs compétents, responsables, qui surtout relèvent les défis sans amertume ni violence, sans résignation ni fatalisme. Des acteurs sociaux habités, imprégnés, transpirant d’une joie profonde qui vient de l’espérance en la Résurrection.

Dans les débats de société sur l’Europe et les élections à venir, on espère des témoins comme à la Pentecôte remplis d’un Esprit d’enthousiasme communicatif. Souvenez-vous : l’hymne à la joie de Beethoven est quand même notre hymne européen officiel !

C’est l’enjeu de notre confirmation : être « confirmés », c’est être rendus fermes dans la confiance en Dieu, source intarissable de notre joie.

C’est l’enjeu de la communion au Corps du Christ : être « enivrés » de l’Esprit du Christ jusqu’à avoir au cœur un sentiment de plénitude et de suffocation qu’aucune épreuve ne pourra nous enlever. La sobre ivresse de l’Esprit est le fruit de cette communion eucharistique.

 

Il y a bien d’autres effets de l’Esprit de la Pentecôte : parler la langue de l’autre, proclamer les merveilles de Dieu (Ac 2, 11), devenir chacun et chacune prophète (Ac 2, 17-18) mais je voulais aujourd’hui insister sur la joie, fruit de l’Esprit de Pentecôte, car de cette joie-là notre société a faim et soif plus que jamais.

Alors, laissez l’Esprit de votre baptême improviser en vous un scat jubilatoire qui vous maintiendra en communion avec Dieu, pour l’étonnement et le plaisir de ceux qui vous entourent…

 

 

Messe du jour de Pentecôte

1ère lecture : « Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler » (Ac 2, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.

 Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

Psaume : 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34

R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit
qui renouvelle la face de la terre !
ou : Alléluia ! 
(cf. 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes oeuvres, Seigneur !
La terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.

2ème lecture : « Le fruit de l’Esprit » (Ga 5,16-25)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères, je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi. On sait bien à quelles actions mène la chair : inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui commettent de telles actions ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu. Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. En ces domaines, la Loi n’intervient pas. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises. Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit.

Séquence de Pentecôte

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres,
viens, dispensateur des dons,
viens, lumière de nos cœurs.

Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes,
adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos ;
dans la fièvre, la fraîcheur ;
dans les pleurs, le réconfort.

Ô lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu’à l’intime
le cœur de tous les fidèles.

Sans ta puissance divine,
il n’est rien en aucun homme,
rien qui ne soit perverti.

Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.

À tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient
donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu,
donne le salut final,
donne la joie éternelle. Amen.

Evangile : « L’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 15, 26-27 ; 16, 12-15)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Viens, Esprit Saint !
Emplis le cœur de tes fidèles !
Allume en eux le feu de ton amour !
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement.  J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Patrick BRAUD

 

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14 mai 2015

Conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 14 h 00 min

Conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde

Homélie du 7° Dimanche de Pâques / Année B
17/05/2015

 

Le rapport de l’Église au monde

« Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde. Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. » (Jn 17, 18-19)

 

Il y a dans l’évangile de Jean une dialectique de la situation des chrétiens dans le monde : à la fois dedans et dehors, immergés dans la vie sociale de leurs contemporains, et témoignant d’une autre vie qui vient d’en-haut ; solidaires des combats pour la dignité humaine et contestant la prétention de ce monde à être l’horizon ultime de l’homme.

L’Église est sacrement parce qu’elle est dans le monde sans être du monde. Cette double appartenance (au monde de l’homme et au monde de Dieu) se traduit dans Vatican II par la présence des deux documents sur l’Église, Lumen Gentium (LG) et Gaudium et Spes (GS). Regardons comment.

 

Lien de solidarité Église-monde

Dès le départ, le Concile définit le public auquel il veut s’adresser: non pas les seuls catholiques, mais le monde entier, « toutes les créatures », « tous les hommes » « tout le genre humain » (LG 1). C’est en effet qu’il y a un lien de solidarité entre Église et monde: même si l’Église est  antérieure au monde dans le dessein de Dieu, car elle est « annoncée en figures dès l’origine du monde » (LG 2), l’Église sait qu’elle vit et agit  dans le monde (LG 3), dont elle fait elle-même partie, et où s’y opère sa croissance (LG 3). L’Église, destinée à s’étendre à toutes les parties du monde, prend place dans l’histoire humaine (LG 9) et non pas en-dehors. Parce que Dieu a aimé ce monde (LG 41), tel qu’il est, au point de laisser le Christ donner sa vie pour le salut de ce monde (LG 17), l’Église veut porter sur ce monde le même regard d’amour, cherchant à être signe de l’action continuelle du Christ au milieu du monde, Lui qui en est la lumière véritable (LG 3; 28; 48). C’est donc d’emblée un regard d’amour qui prévaut, et non une attitude de défiance et de dénégation du monde dans lequel l’Église est plongée.

 

Lien de contestation Église-monde

Conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde dans Communauté spirituelleAu service de la croissance du monde vers plus d’humanité en Dieu, l’Église ne peut pourtant être réduite à une réalité du monde. Les élus sont choisis par le Christ dès avant la création du monde (LG 3), et l’Église est antérieure au monde (LG 2). C’est pourquoi elle est aussi un vis-à-vis, un guide, qui, par son existence même, conteste et se différencie d’une vision trop humaine de l’évolution du monde, que ce soit le mythe du « progrès » ou celui de l’autonomie absolue de l’homme. Blessé par le péché, le monde a besoin d’un salut, d’une rédemption qu’il ne peut se donner à lui-même (LG 9;52). Plus encore, « la figure de ce monde passe » (LG 42;48), et « le renouvellement du monde est irrévocablement acquis et, en toute réalité, anticipé dès maintenant: en effet, déjà sur la terre l’Église est parée d’une sainteté encore imparfaite mais véritable » (LG 48). Nous attendons le renouvellement définitif du monde (LG 6) où, avec le genre humain tout l’univers trouvera sa perfection définitive dans le Christ (LG 48). L’Église ne doit donc pas avoir peur de se différencier de ce monde lorsque celui-ci refuse sa vocation divine; et cela au prix même de persécutions pendant ce « pèlerinage sur la terre » (LG 7). C’est pourquoi le témoignage du martyre reste l’horizon réel de tout disciple du Christ, « acceptant librement la mort pour le salut du monde » afin de « le suivre sur le chemin de la Croix, à travers les persécutions qui ne manquent jamais à l’Église » (LG 42).

 

Distinction et différence Église-monde

Cette double appartenance de l’Église (au monde et au Royaume de Dieu) lui donne une responsabilité particulière dans l’achèvement de l’histoire humaine en Dieu. Elle doit travailler à la consécration et la sanctification du monde (LG 31), sans se confondre avec lui, sans non plus n’être que la mauvaise conscience du monde… En fait, c’est un triple mouvement d’accomplissement / redressement / dénonciation qui marque les rapports Église-monde. L’image du sel de la terre et de la lumière du monde reprise en LG 9, ou l’image des chrétiens « âme du monde », tirée de la Lettre à Diognète et citée en LG 38, essaient de maintenir cette tension, sans la résoudre dans la seule logique de l’enfouissement (sel de la terre) ou de la visibilité à tout prix (lumière du monde). Il faut donc sans cesse conjuguer le « oui » et le « non » sur notre monde, avec la liberté intérieure de ceux qui discernent la venue du Royaume de Dieu relativisant toute réalisation humaine, et pour laquelle toute réalisation humaine est pourtant d’un prix inestimable.

 attestation dans Communauté spirituelle Au cours de l’histoire

Cette double appartenance, cette tension entre le « oui » et le « non », cette double logique d’attestation-contestation du monde, le Chapitre III sur l’histoire en montrera la complexité et la diversité de réalisations historiques. Essayons simplement ici de caractériser à grands traits les principaux types historiques du rapport Église-monde.

 

Aux premiers siècles: la contestation du monde, jusqu’au martyre.

Le christianisme s’est affirmé peu à peu dans son originalité, en se dégageant du judaïsme et en se différenciant de lui. A partir de là, la rencontre avec la culture et le monde gréco-romains, avec le paganisme, provoque l’affrontement des deux cultes : le culte dû à l’empereur, à Rome et à ses dieux; le culte au Dieu de Jésus-Christ. Il faut choisir : l’Église refuse de concilier les deux, au prix des persécutions et des martyres. L’Empire voit alors dans l’Église une menace pour sa propre cohésion. La contestation du monde ne peut cependant être absolue, comme si il fallait être un « pur », un « parfait » héroïque pour être chrétien, ce qui contredirait l’aspiration universelle du message chrétien, et notamment de sa prédilection pour les faibles, les petits et les foules [1]. Le refus de l’idolâtrie ne se fait pas sans mal, ni sans quelques concessions (viandes immolées aux idoles). La question des « lapsi » déchire un moment l’Église. Finalement, contre la position des intransigeants qui n’admettaient pas de faiblesse dans la contestation du monde païen, les modérés firent admettre la discipline pénitentielle et la réintégration dans la communauté.

 contestationCertains chrétiens veulent durcir cette opposition à l’Empire (Tertullien par exemple), mais la plupart des évêques ont le souci (pastoral) de ne pas trop provoquer les autorités pour que le christianisme puisse prendre sa place dans la vie de la cité. Mais les uns et les autres demeurent dans une logique première de contestation du monde païen, dans l’affirmation notamment du seul culte à Dieu.


De Constantin à la Renaissance: attestation (du monde par l’Église) plus que contestation

Avec la paix constantinienne, le christianisme devient un élément constitutif de la société, et même une force de cohésion. L’appartenance à la société et l’Église devient de plus en plus une seule et même réalité. Seuls des ermites et des moines vont résister à cette fusion Eglise-monde : en partant au désert, ou en constituant des ‘contre-sociétés’ monastiques.
L’impact culturel du christianisme va devenir plus prégnant encore après les invasions barbares: force de résistance, puis de victoire sur les barbares, la « chrétienté » se forme et s’organise, palliant les déficiences d’un Empire déliquescent en Occident. « Chrétienté » englobante et très fortement structurée. De là vont naître des situations conflictuelles entre le « sacerdoce » et le « pouvoir civil », entre le « spirituel » et le « temporel » (cf. la « théorie des deux glaives » de Boniface VIII). Cette sorte de confusion entre Église et société provoque une certaine méfiance envers ce qui est extérieur, envers les cultures non-occidentales également (cf. le schisme de 1054, ou le problème des rites chinois avec Mattéo Ricci), et tend à la transplantation ailleurs du modèle culturel occidental. Dans les pays de « rois très chrétiens », l’alliance du trône et de l’autel va marquer pour longtemps les relations Église-État: les « convenances » théologiques trouvées à la monarchie témoignent de l’appui sans faille que l’Église donne alors au régime en place.

 

De la Renaissance à la modernité: contestation de l’Église par le monde ; réactions ecclésiales.

Avec la Renaissance, et plus encore à partir du siècle des Lumières (XVIIIème siècle), un processus de sécularisation s’amorce. L’Église, dénoncée comme oppressive et castratrice par les penseurs et les politiques est amenée à se défendre, à définir sa place et son rôle dans la société. Au XV-XVIème siècles, la découverte du Nouveau Monde et les colonisations font rencontrer l’Église avec la pluralité des cultures, alors qu’elle-même (l’Église catholique en tous cas, identifiée à l’époque à l’Église occidentale) reste très liée à une culture, qui est ainsi remise en cause.

De là diverses attitudes ecclésiales en réaction :

- l’affirmation apologétique de la supériorité du christianisme pour ce qui concerne la vérité et le bien suprême de la société; de même que la supériorité du christianisme sur les autres religions rencontrées dans le monde.

- le combat contre le rationalisme, le modernisme: le Syllabus (1864), l’encyclique Pascendi  en 1908 contre les erreurs modernistes…

- mais aussi le dialogue avec la science (malgré la « bavure » Galilée!), dialogue rendu possible grâce à la longue tradition universitaire de l’Église, sans laquelle la pensée moderne n’aurait pu se développer. Peu à peu, les déviations du syncrétisme, du concordisme ou au contraire de l’opposition farouche vont s’atténuer. Les crises de l’affrontement au modernisme et au positivisme sont cependant révélatrices de la façon dont le sujet moderne s’est pensé contre la religion chrétienne, en émancipation de l’Église et de sa tutelle sur la société.

- plus récemment, la volonté d’affirmer l’identité chrétienne et d’évangéliser les cultures et toutes les zones de l’activité humaine (Evangelii Nuntiandi, Action Catholique…), en un temps où les idéologies marxistes et libérales tendent à privatiser l’expression de la foi.

- la volonté d’ »ouverture au monde », qui a succédé à l’attitude de défense d’une  forteresse assiégée: recherche d’une participation à la construction du monde, recherche de nouveaux langages de foi. À côté de cette ouverture au monde, l’évangélisation retrouve aujourd’hui une annonce de type kérygmatique (nouveaux mouvements religieux), comme la nécessité d’un dialogue avec toutes les autres religions (rencontre inter-religieuse d’Assise…).

 

Bref, depuis la Renaissance, le fragile équilibre médiéval est rompu, et l’Église est amenée à repenser son rapport au monde, sans le limiter au rapport Église-État.

Des éléments ont permis de repenser ce rapport:

- la redécouverte, grâce au renouveau biblique, de l’histoire, comme un lieu où s’exprime l’action de Dieu. Non pas seulement comme un passé mort ou idéalisé, mais comme une dynamique où l’Esprit Saint conduit l’Église. L’Église est une part d’humanité qui vit l’histoire comme habitée par la Promesse divine, et ouverte à l’avenir de Dieu.

- l’intérêt ainsi porté à l’eschatologie, non réduite aux « fins dernières », permet d’envisager le rapport de l’Église au monde, non comme un rapport entre ces deux termes seulement, mais en référence à un troisième: le Royaume, qui les englobe tous deux, qui est la « fin » des deux, leur avenir absolu, que l’Église espère et fait advenir pour elle comme pour le monde.

« On parle d’attention au monde… mais l’Église serait-elle autre que le monde ?  N’est-elle pas le monde, elle aussi ? et nous chrétiens aussi ? Alors vers quoi nous tournons-nous quand nous nous tournons vers le monde ? L’Église n’est pas tout simplement « non-monde », elle n’existe pas « à côté » ou « au-dessus » de la société sécularisée, mais en elle, comme une communauté qui lui appartient et qui essaie de vivre des promesses de Dieu annoncées et définitivement confirmées en Jésus-Christ, et qui donc tente à nouveau de faire pénétrer cette espérance dans la société contemporaine dont elle critique les exclusives et les prétentions totalitaires. Elle annonce, non son espérance, mais celle du Royaume de Dieu comme avenir du monde. » [2]

L’Église n’est pas seulement un « non-monde », mais une part d’humanité, ce qui permet de dépasser tout dualisme dans les relations. Il serait cependant dangereux de refuser toute altérité et toute différence, toute rupture, comme si l’Église trouvait son principe d’existence dans le monde seulement, et non de Jésus-Christ et du don de l’Esprit. Mais, de fait, l’Église n’est pas « à côté » du monde, se désintéressant de l’histoire pour ne regarder que vers le ciel. Elle n’est pas « au-dessus », seule habilitée à juger le monde, les actions et les comportements des hommes.  Elle est dans le monde comme son lieu d’existence; elle est  le monde devenant déjà Corps du Christ, elle est le « monde réconcilié » en puissance. Mais elle n’est pas purement et simplement le « déjà-là », dans un monde qui serait tout entier dans le « pas encore ». Elle est appelée à annoncer ce « pas encore » qui est la vérité ultime du monde comme d’elle-même, et donc à s’ouvrir et à ouvrir le monde à l’avenir de Dieu, en dénonçant les situations humaines étrangères ou hostiles à la vraie dignité de l’homme en Dieu.  Elle doit aussi accueillir, recevoir, de ce monde où Dieu continue d’être en dialogue avec toute l’humanité, et d’agir par le souffle de son Esprit, que nul ne peut enfermer, pour que son Règne arrive.

Entre l’Église et le monde, le rapport doit se vivre en termes de solidarité, de dialogue, de service (du dessein de Dieu pour le monde), de critique également au titre de la mission prophétique de l’Église à discerner la venue du Règne, et les obstacles à cette venue, dans le présent des hommes.

 

On peut résumer cette dialectique Église-monde dans le tableau suivant  [3] :

 

ARGUMENTS THÉOLOGIQUES

 

 

Dire « OUI » au monde

 

Dire « Non » au monde

 

  

 

POUR

  • Création
  • Incarnation
  • Discerner l’action invisible de l’Esprit (de Dieu) dans le monde
  • Croire en l’homme
  • Tradition d’un rapport critique à la Tradition
  • Rédemption (Croix, jugement du monde, salut…)
  • Le « oui » sincère au monde ne va plus de soi (désillusions du Progrès)
  • Affirmer l’identité visible de l’Esprit (du Fils) par  et  dans  l’Église.
  • Croire en Dieu
  • Nécessité de la Tradition (mémoire croyante; points de repères…)

 

 

 

 CONTRE

  • « Naïveté optimiste »
    => risque de complicité avec le péché du monde
  • Risque de la disparition de la médiation ecclésiale (enfouissement, sel de la terre…)
  • Lien Église-salut compromis
  • Tradition minimisée
  • Faire de Dieu (de l’Église) le « bouche-trou de nos insuffisances »
  • Survalorisation  de la médiation ecclésiale
  • Logique du tout ou rien
    => risque de sectarisme, de fermeture
  • Nostalgie du passé (idéalisé)

 

Notons que Vatican II a désamorcé le conflit potentiel entre l’Église et le monde en réintroduisant le troisième terme dont Jésus lui-même faisait l’essentiel de sa mission : le Royaume de Dieu, irréductible à l’Église comme au monde…

 

Apprenons donc de l’Esprit du Christ ce que veut dire : être dans le monde sans être du monde

 


[1]. Le fondateur d’ATD Quart-Monde a de très belles pages sur l’amour des foules par Jésus dans l’Évangile; Cf. WRESINSKI J., Heureux vous les pauvres, Cana, Paris, 1984 et Les pauvres sont l’Église, Le Centurion, Paris, 1983.

[2]. METZ J.B., Pour une théologie du monde, Cerf, Coll. Cogitatio Fidei n° 57, Paris, 1971, p 107.

[3]d’après GAGEY P. H.-J., Le « oui » et le « non » de Dieu sur notre monde, Documents Épiscopat n° 14, Septembre 1993.

 

 

1ère lecture : « Il faut que l’un d’entre eux devienne, avec nous, témoin de la résurrection de Jésus » (Ac 1, 15-17.20a.20c-26)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères qui étaient réunis au nombre d’environ cent vingt personnes, et il déclara : « Frères, il fallait que l’Écriture s’accomplisse. En effet, par la bouche de David, l’Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas, qui en est venu à servir de guide aux gens qui ont arrêté Jésus : ce Judas était l’un de nous et avait reçu sa part de notre ministère. Il est écrit au livre des Psaumes : Qu’un autre prenne sa charge. Or, il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous. Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous, témoin de sa résurrection. » On en présenta deux : Joseph appelé Barsabbas, puis surnommé Justus, et Matthias. Ensuite, on fit cette prière : « Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs, désigne lequel des deux tu as choisi pour qu’il prenne, dans le ministère apostolique, la place que Judas a désertée en allant à la place qui est désormais la sienne. » On tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias, qui fut donc associé par suffrage aux onze Apôtres. 

Psaume : 102 (103), 1-2, 11-12, 19-20ab

R/ Le Seigneur a son trône dans les cieux. ou : Alléluia ! (102, 19a)

 Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint ;
aussi loin qu’est l’orient de l’occident,
il met loin de nous nos péchés.

Le Seigneur a son trône dans les cieux :
sa royauté s’étend sur l’univers.
Messagers du Seigneur, bénissez-le,
invincibles porteurs de ses ordres !

2ème lecture : « Qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (1 Jn 4, 11-16)
Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection. Voici comment nous reconnaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : il nous a donné part à son Esprit. Quant à nous, nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde.

 Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui.

Evangile : « Qu’ils soient un, comme nous-mêmes » (Jn 17, 11b-19)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Je ne vous laisserai pas orphelins, dit le Seigneur ;
je reviens vers vous, et votre cœur se réjouira.
Alléluia. (Jn 14, 18 ; 16, 22)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie. Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi je n’appartiens pas au monde. Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais. Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde.
Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »
Patrick BRAUD

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18 juillet 2014

Ecclésia permixta

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Ecclésia permixta

Homélie du 16e dimanche du temps ordinaire / Année A
20/07/2014

Les trois paraboles de ce dimanche peuvent être méditées selon la technique toute simple évoquée dimanche dernier : s’arrêter un à un sur chacun des acteurs du récit.

Une autre méthode d’interprétation consiste à replacer le texte dans son contexte pour bien comprendre le but dans lequel il a été écrit et pouvoir ensuite l’actualiser (méthode historico-critique).

Essayons d’appliquer cette grille de lecture sur la célèbre parabole du bon grain et de l’ivraie.

Quelle situation précise vise cette image du mélange entre le blé et les mauvaises herbes ?

Est-ce une réflexion philosophique sur l’origine du mal ? Ce n’est guère le mode de pensée sémite, beaucoup plus concret que la démarche grecque très conceptuelle. Même si on peut en tirer un vrai questionnement philosophique, l’art de la parabole vise d’abord à déchiffrer tel événement, telle situation, ou plutôt à savoir se poser les bonnes questions sur ce qui arrive.

Quand Mathieu écrit, vers 70-90 environ, les premières communautés chrétiennes sont déjà implantées en milieu juif, à partir du réseau des synagogues : Antioche, Alexandrie, Rome… Le succès croissant de la prédication des apôtres suscite bien des jalousies et des hostilités. Les autorités juives veulent réprimer et même éliminer ce courant considéré comme hérétique (cf. Saul se vantant d’avoir été un persécutant zélé contre « les disciples de la voie »). Le pouvoir romain voit avec inquiétude grossir les rangs de ces païens de chrétiens qui refusent d’adorer César et proclament que seul Jésus est Seigneur.

Les persécutions éclatent. Et comme toujours, certains membres de la communauté chrétienne sont prêts à retourner leur veste s’ils y trouvent un intérêt personnel (promotion romaine, considération juive), ou s’ils ont peur pour leur métier, leur famille (la peur des représailles a toujours été un puissant levier pour justifier la collaboration avec l’ennemi !). Tant et si bien que parmi les membres des communautés locales, certains ont préféré jouer le rôle d’informateurs auprès des autorités pour sauver leur peau ou obtenir des avantages. De plus, le pouvoir essayait d’infiltrer ces groupes de chrétiens, en y introduisant des espions pour mieux les surveiller, les déstabiliser en faisant courir de fausses rumeurs, les emprisonner plus facilement le cas échéant.

Les maquis de la Résistance en 39-45 ont connu le même problème douloureux : au milieu de nous il peut y avoir des traîtres, des « collabos ». Lorsque les premières communautés chrétiennes font cette triste découverte, elles peuvent douter d’elles-mêmes : sommes-nous vraiment le champ de blé, la vigne du Seigneur ? Pourquoi certains de nos frères nous trahissent-ils en actes et en paroles ? Que faire de ces traîtres une fois démasqués : les éliminer ? leur pardonner ?

Le problème a pris un tour aigu lorsque certains de ces chrétiens convaincus de connivence avec l’ennemi juif ou romain ont voulu ensuite se repentir et revenir vers l’Église. On les appelle les lapsi (lapsus = celui qui a chuté). Que faut-il faire de ces repentis ? Les exclure à jamais de l’Église pour garder le champ de blé pur de toute compromission ? Ou accepter de les réintégrer moyennant pénitence ? Le débat a fait rage longtemps, avec des positions extrêmes très dures et très intransigeantes (cf. Origène : « hors de l’Église point de salut » = celui qui a renié sa foi ne peut être sauvé). Heureusement, c’est la position du milieu qui a été retenue : l’Église ne sera jamais une secte de purs (cathares = purs). En mettant sur les lèvres de Jésus cette parabole du champ de blé mélangé à l’ivraie, Mathieu avertit les communautés auxquelles il écrit : acceptez que le bien et le mal soient mélangés en vous comme dans vos assemblées. Dieu seul est saint. Nous ne sommes que des vases d’argile, imparfaits et fragiles, qui portons un trésor.

Celui qui voudrait une Église de purs deviendrait aussi dur et inhumain que l’ennemi qui a semé l’ivraie.

 

Saint Augustin, confronté lui aussi à cette question des lapsi, avait trouvé cette formule géniale, directement tirée de notre parabole : Ecclésia permixta. Mot à mot : l’Église est une mixture, un mélange inextricable d’humain et de divin, de grandeur et de trahison, capable du meilleur et du pire. Acceptez que l’Église soit mélangée (permixta). Acceptez au passage que vous aussi soyez mélangés. Car les intransigeants ne font jamais que punir les autres de ce qu’ils ne se pardonnent pas à eux-mêmes.

Ceux qui ne s’acceptent pas mélangés, avec réalisme et humilité (voire humour) le font payer aux autres en étant très durs (c’est souvent le problème personnel des intégristes de tous bords).

Notre histoire personnelle est faite de ce mélange inextricable où le blé et l’ivraie croissent ensemble. La sagesse de Jésus nous invite à faire confiance à la puissance de vie qui se manifeste à travers cette croissance commune : ce qui compte c’est de grandir. Même s’il y a des échecs, des blessures, de l’ivraie par brassées, peu importe s’il y a également du désir, de l’amour, des épis par brassées.

Jésus va même jusqu’à suggérer que le mal finira par être utile : non seulement il n’aura pas pu empêcher le blé de pousser, mais à la fin on le liera en bottes et il  sera brûlé, signe que mystérieusement il sert au moins à procurer chaleur et lumière !

Ne pas vouloir éradiquer le mal semble être une attitude bien peu religieuse… L’Ancien Testament promeut une politique plus volontariste : « tu feras disparaître le mal du milieu du toi » est un leitmotiv qui parcourt tout le Deutéronome, justifiant ainsi la lapidation et autres exécutions des idolâtres notamment (Dt 13,6 ; 17,7.12 ; 19,19 ; 21,21 ; 22,21.22.24 ; 24,7). Le Christ ? lui - insistera sur la distinction entre le méchant et ses actes, au point d’inviter à dénoncer le mal sans pour autant éliminer celui qui le commet. Au contraire, l’amour des ennemis sera leur planche de salut.

Cette politique non-violente à l’égard du mal peut choquer. Qu’aurait-on fait contre Hitler si on l’avait appliquée à la lettre ? Pourtant, Hitler lui-même est le fruit de la violence contre le mal ! Le traité de Versailles en 1918 incarnait la revanche et le mépris des vainqueurs sur les vaincus : les Allemands étaient devenus l’ivraie de l’Europe. Les vainqueurs voulaient à tout jamais la museler, en éradiquant son venin par la force, et pour cela ils ont démantelé, humilié, appauvri l’Allemagne défaite. Seule Keynes s’est élevé contre ce traitement inique, pressentant qu’il annonçait des jours de malheur. Vouloir éradiquer le mal par la force engendre des violences plus grandes encore. Les guerres en Irak et en Iran le prouvent à nouveau, hélas.

L’histoire de l’Église n’est pas différente de la nôtre sur ce point. Elle comporte des saints splendides et des personnages sordides. Elle engendre Jean-Paul II et les Borgia, François d’Assise et l’Inquisition, des moines et des évêques capables de défricher et de servir comme de dominer et d’opprimer.

Celui qui voudrait une Église de purs n’a sans doute pas fait le travail sur lui-même qui lui permettrait de se voir tel qu’il est, sans complaisance, avec réalisme et humilité : mélangé.

Ecclésia permixta : plus que jamais, l’Église doit être humble en effet devant ses limites et ses failles. Plus que jamais elle doit en même temps proposer à tous le trésor de l’Évangile en le laissant rayonner à travers elle.

Il y a d’autres manières de juguler le mal, de l’empêcher de nuire, que de supprimer son auteur. C’est d’ailleurs la raison fondamentale pour laquelle l’Église est contre la peine de mort : supprimer l’ivraie compromet la croissance de tout l’ensemble. Les croisades contre « l’axe du mal » se terminent mal. Voilà pourquoi Jean-Paul II comme ses successeurs ont toujours dénoncé – isolés dans le concert des nations - les interventions militaires en Irak, en Iran, en Afghanistan.

Ecclésia permixta dans Communauté spirituelle epis-de-ble 

Finalement, cette petite parabole est révolutionnaire !

Le mal ne se combat pas frontalement par la violence, il se jugule par la croissance des épis de blé foisonnant autour de lui…

Ecclésia permixta.
Ce n’est pas seulement l’Église qui est mélangée, c’est l’humanité, notre humanité personnelle et collective.
L’accepter avec la sagesse du Christ permet de faire grandir le blé, de circonscrire l’ivraie, et même d’en faire quelque chose d’utile.

 

1ère lecture : La patience du Tout-Puissant (Sg 12, 13.16-19)
Lecture du livre de la Sagesse
Il n’y a pas de Dieu en dehors de toi, Seigneur, toi qui prends soin de toute chose, et montres ainsi que tes jugements ne sont pas injustes.
Ta force est à l’origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te rend patient envers toute chose.

Il montre sa force, l’homme dont la puissance est discutée, et ceux qui la bravent sciemment, il les réprime.

Tandis que toi, Seigneur, qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance.
Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain, et tu as pénétré tes fils d’une belle espérance : à ceux qui ont péché tu accordes la conversion.

Psaume : Ps 85, 5-6, 9ab.10, 15-16ab

R/ Toi qui est bon et qui pardonnes, écoute-moi mon Dieu !

Toi qui es bon et qui pardonnes,
plein d’amour pour tous ceux qui t’appellent,
écoute ma prière, Seigneur,
entends ma voix qui te supplie.

Toutes les nations, que tu as faites,
viendront se prosterner devant toi,
car tu es grands et tu fais des merveilles,
toi, Dieu, le seul.

Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, 
lent à la colère, plein d’amour et de vérité,
regarde vers moi, 
prends pitié de moi.

2ème lecture : C’est l’Esprit Saint qui nous fait prier (Rm 8, 26-27)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables.
Et Dieu, qui voit le fond des c?urs, connaît les intentions de l’Esprit : il sait qu’en intervenant pour les fidèles, l’Esprit veut ce que Dieu veut.

Evangile : Les paraboles du Royaume. L’ivraie – La graine de moutarde et le levain (brève : 24-30) (Mt 13, 24-43)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Tu es béni, Dieu notre Père, Seigneur de l’univers, toi qui révèles aux petits les mystères du Royaume !Alléluia. (cf. Mt 11, 25)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus proposa cette parabole à la foule :
« Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ.
Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla.
Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi.
Les serviteurs du maître vinrent lui dire : ‘Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?’
Il leur dit : ‘C’est un ennemi qui a fait cela.’ Les serviteurs lui disent : ‘Alors, veux-tu que nous allions l’enlever ?’
Il répond : ‘Non, de peur qu’en enlevant l’ivraie, vous n’arrachiez le blé en même temps.
Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier.’ »
Il leur proposa une autre parabole :
« Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a semée dans son champ.
C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. »
Il leur dit une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu’une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. »
Tout cela, Jésus le dit à la foule en paraboles, et il ne leur disait rien sans employer de paraboles, accomplissant ainsi la parole du prophète : C’est en paraboles que je parlerai, je proclamerai des choses cachées depuis les origines.

Alors, laissant la foule, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. »
Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ;
le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais.
L’ennemi qui l’a semée, c’est le démon ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde.
Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres et ceux qui commettent le mal, et ils les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père.
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
Patrick BRAUD

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14 décembre 2013

L’Église est comme un hôpital de campagne !

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L’Église est comme un hôpital de campagne !

Homélie du 3° dimanche de l’Avent / Année A
15/12/2013

Comme un hôpital de campagne après la bataille

Un jeune séminariste arrive en paroisse pour la première fois. C’est un stage d’immersion pastorale qui doit lui permettre de découvrir la réalité de la vie des paroisses. Au bout de quelques semaines, il fait un rapport étonné : « dans nos assemblées, il y a un nombre incroyable de gens qui ne vont pas bien. Jamais je n’avais vu autant de dépressifs, de gens perturbés, de souffrances en tous genres ! »

L'Église est comme un hôpital de campagne ! dans Communauté spirituelleIl venait de faire l’expérience de l’Évangile de ce dimanche : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » (Mt 11,2-11)Les premiers à accueillir la parole de Dieu sont bien les rebuts de la société, aujourd’hui comme hier. Comme l’écrivait Saint-Paul aux Corinthiens : « Aussi bien, frères, considérez votre appel: il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de gens bien nés. Mais ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est » (1Co 1,26-28).

Corinthe était un double port sur l’isthme unissant la Grèce du Nord au Péloponnèse. Cet isthme se situe à l’intersection de deux grands axes commerciaux : l’axe est-ouest où arrivent les produits de luxe orientaux et l’axe nord-sud. C’était l’équivalent du port d’Amsterdam chanté par Jacques Brel. L’Église de Corinthe était composée de dockers – des tatoués, des durs ! -, de prostituées habituées des marins loin de leurs bases, de petites gens qui grouillaient autour de la manne commerciale de la marine marchande. Voilà pourquoi St Paul ose dire que somme toute l’assemblée de Corinthe a une sale gueule. Le visiteur distingué venant d’ailleurs se boucherait le nez en passant entre les rangs de ces baptisés-là.

Voilà pourtant ceux que Jésus donne comme le signe messianique par excellence : les boiteux de la vie, les estropiés de l’amour, les aveugles du savoir, les lépreux mis à l’écart, les sourds à qui on ne parle plus…

Les Grecs et les Romains des premiers siècles étaient choqués par cette réalité ecclésiale, comme notre jeune séminariste. Les uns aimaient les esthètes et les philosophes, les autres les gladiateurs et les tribuns : ils ne pouvaient que mépriser au début ce ramassis d’esclaves et d’inférieurs qui constituait le gros des troupes chrétiennes…

Quelle folie à leurs yeux de croire que l’humanité nouvelle était en train de naître au milieu de ces assemblées qui relèvent plus de la Cour des Miracles que de l’aréopage d’Athènes !

 

Commencer par le bas

Jésus y voit au contraire l’accomplissement de la volonté de son Père : « la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres ». Cela n’exclut nullement les riches de cette annonce : ils ont toute leur place dans la vie de l’Église. Mais de fait, Jésus constate que les humiliés, les pauvres, les souffrants sont plus généreux dans l’accueil de sa parole. C’est ce que Nietzsche reprochera au christianisme, qu’il qualifiera de religion d’esclaves, par opposition au culte du surhomme dont il voulait être le prophète.

Or, si les pauvres sont au coeur de l’Église, ce n’est pas pour glorifier la pauvreté ou la souffrance. C’est au contraire pour annoncer un monde réconcilié où enfin la pauvreté et la souffrance seront vaincues. Cela commence à partir du bas, et cela gagne le corps social tout entier, lorsque la place des plus petits est reconnue comme la première.

Le pape François, dans sa retentissante interview de 2013 aux revues jésuites, prend l’image suivante :

« Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin l’Église aujourd’hui c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le coeur des fidèles, la proximité, la convivialité.

Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille » .

707430237_small Avent dans Communauté spirituelleUn hôpital de campagne en pleine guerre, ce n’est pas beau à voir. Visionnez les films sur la Grande Guerre ou la seconde, et vous verrez combien l’humanité est laide, affreuse, mutilée, repoussante lorsqu’elle est défigurée par la haine. « Les sentiers de la gloire » de Stanley Kubrick ou « Il faut sauver le soldat Ryan » de Steven Spielberg nous font deviner le dégoût et l’horreur que peut éprouver un infirmier qui ramasse les corps déchiquetés pour les apporter à l’hôpital de campagne.

Eh bien, en Jésus, Dieu en personne ne s’est pas bouché le nez, n’a pas détourné son regard, n’a pas eu peur d’accueillir cette misère humaine pour la soigner, la désinfecter, la panser, la guérir.

D’où la conséquence capitale que le pape François en déduit pour la mission des baptisés :

« Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol ou si son taux de sucre est trop haut ! Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons aborder le reste.

Soigner les blessures, soigner les blessures… Il faut commencer par le bas. »

Autrement dit : arrêtez de prononcer des jugements au nom de la morale sur vos contemporains.

Arrêtez de leur poser des conditions a priori pour s’approcher de la Bible et des sacrements.

Arrêtez de leur demander d’être des chrétiens 100 % cohérents – ce que vous n’êtes pas vous-mêmes - pour pouvoir s’approcher de l’Église.

Vous devinez ce que cela devrait changer dans nos assemblées : accueillir et aller chercher les personnes telles qu’elles sont, sans leur poser de questions indiscrètes, sans mettre sur leurs épaules des fardeaux que nous-mêmes sommes incapables de porter. Que ce soient des personnes divorcées/remariées, homosexuelles, en complète contradiction ou non avec l’Évangile, chacune a le droit de s’entendre dire : « mon ami, descends au plus profond de toi ; aujourd’hui Dieu veut demeurer chez toi ».

Une morale de réponse et non de préalable

L’appel à la conversion fera son chemin après. Le choc de la rencontre produira son fruit ensuite. La fréquentation de l’Écriture des sacrements donnera faim et soif de cohérence après : ayons confiance en la puissance du renouveau apporté par l’Esprit du Christ.

Mais c’est une conséquence et non pas un préalable.

La morale n’a jamais été une condition d’accès au salut, sinon le bon larron n’aurait jamais entendu le Christ lui ouvrir le Paradis.

Notre morale est une morale de réponse et non de préalable.

Le coeur du message chrétien n’est pas la morale, mais la foi, l’abandon confiant au Dieu qui nous aime infiniment. Nietzsche avait pressenti que le salut se situe « au-delà du bien et du mal ». Mais pour les chrétiens, ce n’est pas un idéal volontariste de l’homme se surpassant lui-même. C’est plutôt la devise de St Augustin : « aime, et fais ce que tu veux »

790b60eb3c84eea4e2877d8a505c1eda Eglise« Soigner les blessures… Soigner les blessures. Il faut commencer par le bas » nous répète inlassablement le pape François.

Le « bas » de notre société française, quel est-il ? Écoutez le Secours Catholique, les communautés Emmaüs ou ATD Quart-Monde nous parler de ceux et celles qu’ils rencontrent. Ouvrez les yeux sur vos voisins, vos familles mêmes, traversées par le chômage, l’handicap, la violence. L’Église reconstruit une société nouvelle en commençant par le bas.

 

 

Ni rigoristes, ni laxistes.

Laissons le dernier mot au Pape François qui invite l’Église à se convertir, à revenir à sa mission essentielle :

« L’Église s’est parfois laissé enfermer dans des petites choses, de petits préceptes. Le plus important est la première annonce : Jésus Christ t’a sauvé ! Les ministres de l’Église doivent être avant tout des ministres de miséricorde. Le confesseur, par exemple, court toujours le risque d’être soit trop rigide, soit trop laxiste. Aucune des deux attitudes n’est miséricordieuse parce qu’aucune ne fait vraiment cas de la personne. Le rigoureux s’en lave les mains parce qu’il s’en remet aux commandements. Le laxiste s’en lave les mains en disant simplement : ‘cela n’est pas un péché’ ou d’autres choses du même genre. Les personnes doivent être accompagnées et les blessures soignées. »

 

 

 

1ère lecture : Les merveilles du salut à venir (Is 35, 1-6a.10)
Lecture du livre d’Isaïe

Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse,
qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et de Sarône. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu.
Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent,
dites aux gens qui s’affolent : « Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. »
Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds.
Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. 

Ils reviendront, les captifs rachetés par le Seigneur, ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie, un bonheur sans fin illuminera leur visage ; allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuiront.

Psaume : Ps 145, 7, 8, 9ab.10a

R/ Viens, Seigneur, et sauve-nous !

Le Seigneur fait justice aux opprimés ; 
aux affamés, il donne le pain, 
le Seigneur délie les enchaînés. 

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, 
le Seigneur redresse les accablés, 
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger. 
Il soutient la veuve et l’orphelin.

D’âge en âge, le Seigneur régnera.

2ème lecture : « Ayez de la patience : la venue du Seigneur est proche » (Jc 5, 7-10)
Lecture de la lettre de saint Jacques

Frères, en attendant la venue du Seigneur, ayez de la patience. Voyez le cultivateur : il attend les produits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la première et la dernière récoltes.
Ayez de la patience vous aussi, et soyez fermes, car la venue du Seigneur est proche.
Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte.
Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.

Evangile : Jean Baptiste et Jésus (Mt 11, 2-11)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Prophète du Très-Haut, Jean est venu préparer la route devant le Seigneur et rendre témoignage à la Lumière.Alléluia. (cf. Lc 1, 76 ; Jn 1, 7)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jean le Baptiste, dans sa prison, avait appris ce que faisait le Christ. Il lui envoya demander par ses disciples : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! » 

Tandis que les envoyés de Jean se retiraient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ?… Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme aux vêtements luxueux ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois. Qu’êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour qu’il prépare le chemin devant toi.
Amen, je vous le dis : Parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui. »
Patrick Braud

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