L'homelie du dimanche

28 décembre 2015

Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

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Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

 

Homélie pour le 1° Janvier, fête de Marie « Mère de Dieu »

 

Émeutes populaires à Constantinople

Nous sommes en 428. Nestorius, évêque de Constantinople – ville impériale s’il en est – Marie Theotokos, ou la force de l'opinion publique dans Communauté spirituelleprovoque un vif émoi parmi le peuple. En effet, dans ses homélies et à la cathédrale, il refuse d’appeler Marie « Mère de Dieu » (Theotokos en grec) et ne lui accorde que le titre de « mère du Christ ». Il est tellement préoccupé de sauvegarder la grandeur de Dieu qu’il ne peut aller jusqu’à penser que Dieu en la personne de Jésus ait voulu avoir une mère en la personne de Marie. Cette opinion influencera fortement la rédaction du Coran d’ailleurs deux siècles plus tard. Or le peuple chrétien vénère Marie comme Theotokos, et n’accepte pas que son évêque ne professe pas la même foi que lui. La foule allait même jusqu’à coller des placards sur les murs de la cathédrale et de l’archevêché en signe de protestation! En refusant de donner à Marie le titre de Theotokos, Nestorius se heurte au sens de la foi (sensus fidei) de son Église locale.

 

Tout cela provoque un tel tintamarre que l’empereur Théodose II convoque un concile à Éphèse pour Pentecôte 431 afin de trancher la question. Nestorius y est désavoué : puisque le Christ est vrai Dieu et vrai homme, « sans séparation ni confusion », la mère de l’homme Jésus est donc en même temps la Mère de Dieu, la Theotokos. Sinon, cela reviendrait à dire qu’en Jésus la divinité et l’humanité ne sont pas vraiment unies l’une à l’autre.

 

Pourquoi ce rappel historique ? Pour montrer l’importance du sens de la foi des fidèles (sensus fidei fidelium) et de la réception dans l’Église : l’enseignement de Nestorius n’est pas reçu dans son Église locale, et cela suffit pour, sinon invalider, du moins soupçonner cet enseignement, et appeler à un débat au plus haut niveau d’autorité de l’Église. Appeler Marie Mère de Dieu, c’est se souvenir que la piété mariale du Peuple de Dieu a été dans l’histoire un lieu théologique important.

 

La force de l’opinion publique

Fêter la Mère de Dieu au tout début d’une année qui préparera l’élection présidentielle charge cette fête d’une harmonie particulière. Va-t-on écouter l’opinion publique, celle des petites gens (qui gagnent environ le SMIC) qui ont des choses à dire sur les choix de société ? Ce peuple va-t-il s’organiser pour faire entendre sa voix ? Ou faudra-t-il attendre des révoltes, des colères sociales protestant devant trop d’inégalités ? Le pouvoir des urnes sera-t-il un réel pouvoir de choix ? S’il n’est pas relayé par  des associations courageuses, par des corps intermédiaires bien vivants (syndicats hélas en survie actuellement, organisations professionnelles etc.) ce pouvoir démocratique ne sera que celui d’un fusil à deux cartouches, les deux tours de l’élection.

 

Le printemps arabe de 2011 à démontré encore une fois, après la chute du communisme en  Dieu dans Communauté spirituelle1989, que l’opinion publique est capable de « renverser les puissants de leurs trônes » comme le chante Marie dans son Magnificat.

On a vu également les indignés manifester en Espagne, et donner naissance à Podemos.

Et malheureusement on a vu les partis islamistes ou les militaires engranger les bénéfices électoraux des printemps arabes…

C’est donc que l’opinion publique a la fragilité de sa force : elle peut tout emporter, mais aussi préparer pire encore…

 

Dans l’Église catholique également, la nécessité d’une opinion publique forte, structurée, constructive, est plus que jamais nécessaire. Beaucoup s’en vont sur la pointe des pieds faute de trouver un moyen de se faire entendre. Des questions  graves et douloureuses ne sont même plus sujets de débat autorisé. Des raidissements idéologiques se généralisent et la tentation du repli identitaire décourage ceux qui ne sont pas du petit cercle des initiés.

 

Afficher l'image d'origineC’est sans doute Pie XII qui a défini le plus clairement l’importance et le rôle de l’opinion publique, non seulement dans la société (d’où le rôle de l’Église pour éclairer le débat d’idées, notamment dans les médias) mais aussi dans  l’Église. Dans un discours au Congrès international de la Presse Catholique du 17/02/1950, il disait [1]:

« L’Église (…) est un corps vivant et il manquerait quelque chose à sa vie, si l’opinion publique lui faisait défaut, défaut dont le blâme retomberait sur les Pasteurs et les fidèles (…). Le publiciste catholique (…) aidera avec une ferme clarté à la formation d’une opinion catholique dans l’Église, précisément lorsque, comme aujourd’hui, cette opinion oscille entre les deux pôles également dangereux d’un spiritualisme illusoire et irréel, d’un réalisme défaitiste et matérialisant. » 

 

Ce discours est très neuf par rapport à tout ce qui était dit avant sur les médias et le danger supposé qu’ils représentent pour l’Église. Il introduit même dans la responsabilité ministérielle la charge d’animer la communauté sur ce plan de l’opinion ecclésiale: loin de confisquer le débat et de n’être que des « haut-parleurs » de la hiérarchie, les ministres doivent veiller à ce qu’une légitime opinion publique puisse se manifester au sein d’une paroisse, d’un diocèse etc… On voit comment les consultations et enquêtes publiques pré-synodales, ou encore le courrier des lecteurs dans les journaux (catholiques ou non), ou même un certain recours judicieux aux sondages d’opinion etc… peuvent mettre en oeuvre concrètement cette intuition théologique : l’Église n’est pas une communion si la parole n’y circule pas, si la communication ne se fait que dans un sens. Les pasteurs doivent particulièrement y veiller.

« L’opinion publique dans l’Église apparaît ainsi comme une circulation de pensées dont les responsables de la communauté sont les promoteurs principaux (…). Manifestation de la sainte liberté des enfants de Dieu, l’opinion publique dans l’Église, c’est le dialogue de la famille dans l’obéissance surnaturelle, appelé par l’encyclique Ecclesiam Suam. Loin d’être une critique de l’Église, elle apparaît comme un signe d’amour à son égard. » 

 

Le sens de la foi des fidèles

Si le peuple de Constantinople a su proclamer Marie Theotokos contre l’enseignement de son évêque, ne faudrait-il pas croire qu’aujourd’hui encore le peuple chrétien a quelque chose à dire sur la vie de son Église ?

En termes théologiques, cela s’appelle le sens de la foi des fidèles.

Vatican II lui accorde une importance considérable :

« La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint (cf. 1Jn 2,20; 1Jn 2,27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste par le moyen du sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs » elle apporte aux vérités concernant la foi et les moeurs un consentement universel. Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, et sous la conduite du magistère sacré, qui permet, si on obéit fidèlement, de recevoir non plus une parole humaine, mais véritablement la parole de Dieu ( cf. 1Th 2,13 ), le peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes (cf. Jud 1,3 ), il y pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en oeuvre. » (Lumen Gentium n° 12)

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Vox populi, vox Dei.

La voix du peuple est la voix de Dieu.

La fête de Marie Mère de Dieu nous le rappelle dès le début de cette nouvelle année.

Puissions-nous contribuer à faire entendre cette voix, dans la société comme dans l’Église !


[1]. Cf. le recueil de textes sur la question: Les médias. Textes des Églises,  Centurion, Paris, 1990.

 

 

 

 

1ère lecture : Voeux de paix et de bonheur (Nb 6, 22-27)

Lecture du livre des Nombres

Le Seigneur dit à Moïse :
« Voici comment Aaron et ses descendants béniront les fils d’Israël :
‘Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !’ C’est ainsi que mon nom sera prononcé sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai. »

 

Psaume : 66, 2b.3, 5abd, 7.8b

R/ Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse !

Que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations. 

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Et que la terre tout entière l’adore !

2ème lecture : Le Fils de Dieu, né d’une femme (Ga 4, 4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Frères, lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ; il est né d’une femme, il a été sous la domination de la

vous êtes des fils : envoyé par Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos c?urs, et il crie vers le Père en l’appelant « Abba ! ». Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et comme fils, tu es héritier par la grâce de Dieu.

 

Evangile : Jésus fils de Marie (Lc 2, 16-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jadis, par les prophètes, Dieu parlait à nos pères ; aujourd’hui sa parole vient à nous en son Fils. Alléluia. (cf. He 1, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tout le monde s’étonnait de ce que racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur. Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.
Patrick Braud

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4 novembre 2015

Le Temple, la veuve, et la colère

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Le Temple, la veuve, et la colère

 

Homélie du 32° dimanche du temps ordinaire / Année B
08/11/2015

Cf. également :

Les deux sous du don…

 

C’est fou ce que Jésus doit aux femmes !

De Marie de Nazareth à Marie de Magdala, en passant par la cananéenne et ses petits chiens, Jésus n’a cessé de recevoir des femmes de sa vie de quoi exister, annoncer, grandir. Ici, c’est une pauvre veuve qui va le révéler à lui-même, en confortant son désir de se jeter à corps perdu dans la réforme du judaïsme.

Pour décrypter le fonctionnement religieux du Temple, Jésus se poste dans le parvis de femmes, sur les marches d’un escalier de pierre.

Le parvis des femmes, c’était une vaste cour carrée entourée de trois côtés par une colonnade supportant une galerie d’où les femmes pouvaient assister aux cérémonies religieuses. Un large escalier semi-circulaire de quinze marches conduisait au parvis d’Israël. C’est sans doute sur l’un de ces degrés que Jésus s’était assis ; de là, il voyait sur sa gauche la salle du trésor le long de laquelle, d’après le Talmud, se trouvaient treize troncs au goulot étroit et évasé par le bas, d’où leur nom de trompettes. Les fidèles y jetaient leurs aumônes et, à l’époque de la Pâque, l’affluence autour des troncs était énorme. Certains en profitaient pour jeter à pleines mains et avec ostentation de la monnaie de cuivre ou de bronze. Ils auraient pu s’acquitter plus commodément de la même offrande en monnaie d’argent, mais leur générosité aurait été moins bruyante et n’aurait pas attiré l’attention des pèlerins…

Afficher l'image d'origineTiens, aujourd’hui encore, c’est donc en se plaçant aussi chez du côté des femmes que nous pouvons décrypter la vérité sur notre société. Les féministes du « Care »  disent des choses vraies sur ce qui manque à nos relations de travail, de politique etc. Les théologiennes américaines écrivent des choses vraies sur le système religieux catholique, encore trop dominé par les hommes.

Jésus aurait aimé se placer dans ces parvis des femmes contemporains, pour contempler les foules de nos entreprises, de nos cités, et y révéler à la fois l’hypocrisie des riches et l’aliénation des pauvres. L’Église doit accepter de décaler ainsi son point de vue (sur l’économie, la politique, la famille, l’Église etc.) en regardant et écoutant ce que les femmes disent des relations humaines de notre temps.

Jésus entend le bling-bling clinquant des riches versant ostensiblement leur obole dans les vases de la collecte, mais il entend plus encore le silence – l’énorme silence si lourd de conséquences - de la pauvre veuve jetant de son nécessaire.

 

La colère contre l’institution religieuse du Temple

À lire le texte, on ne sait pas si c’est l’admiration (de la veuve) ou l’indignation (contre le Temple) qui prévaut en Jésus. Le contexte de ce passage est en effet une controverse entre Jésus et les pouvoirs religieux du Temple de Jérusalem : « ils dévorent les biens des veuves ». On peut penser qu’au lieu d’admirer les deux sous du don de cette femme, il continue au contraire à frémir de colère envers le Temple. Comment, ce Temple a été érigé pour la gloire de Dieu et le voici qui dévore tout ce que cette veuve a pour vivre !? Comment la foi d’Israël a-t-elle pu engendrer un système d’offrandes aussi injuste ? D’autant plus que ce Temple, Jésus annonce qu’il n’en restera bientôt plus pierre sur pierre ! Jésus dénonce le caractère stérile et absurde de ces offrandes pour une cause condamnée à disparaître.

Il aurait frémi de colère devant les sacrifices humains exigés par Hitler, Lénine, Staline ou Mao. Il renverserait aujourd’hui les écrans des changeurs de la Bourse et s’indignerait que l’épargne des plus petits soit utilisée pour d’autres buts que la vraie solidarité. Il dénoncerait à nouveau les chefs religieux – les chrétiens, musulmans ou autres - qui vivent comme des nababs aux dépens de leur communauté. Il ne supporterait pas qu’une pauvre veuve soit trompée dans son espérance par les politiques, les puissants.

Afficher l'image d'origineL’aliénation de cette femme est d’autant plus terrible que son don et volontaire : elle a donc intériorisé ce que le système exige d’elle, plus que les puissants n’auraient osé rêver. Hegel a montré que dans la dialectique maître-esclave, la domination est maximum lorsque l’esclave consent à son exploitation et y collabore. C’est cette aliénation que Jésus démasque en public. C’est à cela que les disciples du Christ sont appelés aujourd’hui : démasquer l’hypocrisie des riches qui font semblant de donner, et à grand bruit ; libérer les pauvres de la fausse obligation de se sacrifier pour un système condamné à disparaître.

On comprend que cette charge contre le Temple de Jérusalem a été une accusation majeure contre Jésus lors de son procès, suffisante pour éliminer celui qui dit la vérité, pour reprendre des paroles de Guy Béart.

 

La pauvre veuve, icône du Christ

Afficher l'image d'origineIl y a plus encore que l’indignation prophétique de Jésus dans ce texte. Car cette veuve annonce le Christ lui-même dans sa vie, jetée sans rien garder pour lui-même. Vous aurez peut-être remarqué que ce verbe jeter, ballo en grec, revient à sept reprises dans le très court récit consacré à l’obole de la veuve. La foule jette dans le tronc… Des riches jettent beaucoup… Une veuve jette deux petites pièces… Elle a jeté plus que tous ceux qui jettent dans le tronc… Tous ont jeté du superflu… Elle a jeté tout ce qu’elle possédait. A noter que jeter beaucoup en dispersant se rattache en grec au verbe dia-ballo, qui a donné diable en français… Alors que la veuve jette ensemble les deux pièces, syn-ballo en grec, ce qui a donné symbole en français. Le geste de la veuve est symbolique (d’une vie cohérente jusqu’au bout), alors que le geste des riches est diabolique (éparpillant l’être comme les pièces).

Ces deux sous jetés dans le trésor du Temple sont une icône du don total que Jésus va faire de lui-même. Mais lui pourra par ce sacrifice subvertir la logique de domination : le système religieux qui le condamnera sera lui-même renversé par la victoire du Christ dans sa résurrection. Ce que la veuve dans sa faiblesse n’avait pas pu réaliser : la fin de l’iniquité du Temple, le Christ l’obtiendra dans la puissance de l’Esprit qui lui fera traverser la mort. La même offrande : jeter tout son nécessaire, portera des fruits enfin en plénitude.

En voyant cette pauvre veuve donner tout ce qu’elle a, Jésus se voit lui-même devoir aller jusqu’au bout de ce dépouillement de soi, non pour se soumettre à un pouvoir injuste, mais pour « renverser les puissants de leur trône et élever les humbles ».

 

La pauvre veuve, icône de l’Église

Du coup, cette pauvre veuve est également une figure de l’Église. Les Pères de l’Église ont bien vu en elle la vocation des chrétiens : se donner par amour, pour libérer avec le Christ les plus pauvres de la domination des systèmes inhumains.

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Ne reconnaissez-vous pas dans cette pauvre veuve l’Église qui apporte ses présents à Dieu ? Elle est pauvre, car elle repousse loin d’elle l’esprit de superbe et l’amour des richesses de la terre. Elle est veuve, car son époux a subi la mort pour elle, et maintenant il est bien loin d’elle. Et pendant que les Juifs offraient orgueilleusement à Dieu leur justice acquise par les œuvres de la Loi, l’estimant une richesse immense, l’Église offrait avec humilité, s’estimant heureuse de la voir acceptée par Dieu, la double obole de sa foi et de sa prière, ou encore de son amour de Dieu et du prochain. En les regardant par rapport à sa faiblesse, elle les estimait peu de chose ; mais à cause de la pureté de son intention, son offrande l’emportait de beaucoup sur l’offrande fastueuse des Juifs.
Saint Bède le Vénérable : commentaire de l’évangile selon saint Marc

 

Que l’indignation prophétique du Christ devienne également la nôtre, pour que les systèmes religieux contemporains arrêtent d’exploiter les plus pauvres.

 

 

 

1ère lecture : « Avec sa farine la veuve fit une petite galette et l’apporta à Élie » (1 R 17, 10-16)

Lecture du premier livre des Rois

En ces jours-là, le prophète Élie partit pour Sarepta, et il parvint à l’entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d’eau pour que je boive ? » Elle alla en puiser. Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain. » Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. » Élie lui dit alors : « N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ; ensuite tu en feras pour toi et ton fils. Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. » La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé, et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger. Et la jarre de farine ne s’épuisa pas, et le vase d’huile ne se vida pas, ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par l’intermédiaire d’Élie.

Psaume : Ps 145 (146), 6c.7, 8-9a, 9bc-10

R/ Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur ! (Ps 145, 1)

Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

2ème lecture : « Le Christ s’est offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude » (He 9, 24-28)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, figure du sanctuaire véritable ; il est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu. Il n’a pas à s’offrir lui-même plusieurs fois, comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n’était pas le sien ; car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion depuis la fondation du monde. Mais en fait, c’est une fois pour toutes, à la fin des temps, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice. Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés, ainsi le Christ s’est-il offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude ; il apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l’attendent.

Evangile : « Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres » (Mc 12, 38-44)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux !
Alléluia
(Mt 5, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, dans son enseignement, Jésus disait aux foules : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »
Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »
 Patrick Braud

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23 septembre 2015

Le coup de gueule de saint Jacques

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Le coup de gueule de saint Jacques

Homélie du 23° dimanche du temps ordinaire/année B
27/09/2015

Cf. également Contre tout sectarisme

 

La protestation sociale

L’ex patron d’Alcatel-Lucent quitte son poste avec des indemnités d’un montant de 13,7 millions d’euros, finalement réduites à 7,9 millions sous la pression de tous, mais sans compter pourtant les dizaines de millions d’euros qui l’attendent à SFR Numéricable… Le salaire minimum français est de 1457 € net par mois, quand on a la chance d’avoir un temps plein. Plus de 10 % de la population active est au chômage. Les futures retraites obligeront les seniors à revenu modeste à trouver des petits boulots en complément. Dans les cités, 25 à 50 % des jeunes constatent qu’en dehors de l’économie parallèle il n’y a guère d’avenir pour eux… etc.

Avouez qu’il y a de quoi pousser un coup de gueule à la manière de saint Jacques dans notre deuxième lecture :

Le coup de gueule de saint Jacques dans Communauté spirituelle Lapinbleu356C-Jc5_7« Vous autres, maintenant, les riches ! Pleurez, lamentez-vous sur les malheurs qui vous attendent. Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites, votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille sera un témoignage contre vous, elle dévorera votre chair comme un feu. Vous avez amassé des richesses, alors que nous sommes dans les derniers jours ! Le salaire dont vous avez frustré les ouvriers qui ont moissonné vos champs, le voici qui crie, et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur de l’univers. Vous avez mené sur terre une vie de luxe et de délices, et vous vous êtes rassasiés au jour du massacre » (Jc 5, 1-6).

La dimension sociale et économique de la foi chrétienne est parfois oubliée par des prédicateurs évangéliques friands de miracles, ou par des politiques voulant cantonner la religion dans la seule sphère privée. Avec saint Jacques, impossible de ne pas faire le lien entre foi en Dieu et juste salaire, rémunération décente, sobriété heureuse, protection des plus faibles etc.

La lettre de saint Jacques a des accents de protestation, voire de contestation sociale, qui visiblement a inspiré Marx et Engels, fins connaisseurs des Écritures :

« Le prix moyen du travail salarié, c’est le minimum du salaire, c’est-à-dire la somme des moyens de subsistance nécessaires pour maintenir en vie l’ouvrier en tant qu’ouvrier. Par conséquent, ce que l’ouvrier salarié s’approprie par son activité est tout juste suffisant pour reproduire sa vie ramenée à sa plus simple expression. Nous ne voulons en aucune façon abolir cette appropriation personnelle des produits du travail indispensable à la reproduction de la vie du lendemain, cette appropriation ne laissant aucun profit net qui pourrait conférer un pouvoir sur le travail d’autrui. Ce que nous voulons, c’est supprimer le caractère misérable de cette appropriation qui fait que l’ouvrier ne vit que pour accroître le capital, et ne vit qu’autant que l’exigent les intérêts de la classe dominante.

Dans la société bourgeoise, le travail vivant n’est qu’un moyen d’accroître le travail accumulé. Dans la société communiste, le travail accumulé n’est qu’un moyen d’élargir, d’enrichir et de faire progresser l’existence des travailleurs.

Dans la société bourgeoise, le passé domine donc le présent; dans la société communiste c’est le présent qui domine le passé. »

Karl Marx et Friedrich Engels / Manifeste du Parti communiste  (1848)

Cette dénonciation du caractère misérable du salaire de l’ouvrier n’a rien perdu de son actualité. L’explosion des inégalités au sein des sociétés occidentales - et même communiste chinoise ! - comme entre les pays plus ou moins développés fait resurgir de façon lancinante cette vieille récurrente question sociale : qu’est-ce qu’un juste salaire ?

 

Le juste salaire

L’Ancien Testament est le témoin d’un conflit permanent entre propriétaires et salariés sur cette question.

« Tu n’exploiteras pas le salarié humble et pauvre, qu’il soit d’entre tes frères ou étranger en résidence chez toi. Chaque jour tu lui donneras son salaire, sans laisser le soleil se coucher sur cette dette; car il est pauvre et il attend impatiemment ce salaire. Ainsi n’en appellera-t-il pas à Yahvé contre toi. Autrement tu serais en faute » (Dt 24,14-15).

Saint Jacques n’est que le fidèle continuateur de cette ligne à la fois prophétique (dénoncer les inégalités) et législative (corriger les rapports sociaux par la loi).


Les Pères de l’Église n’ont cessé de conjuguer ainsi protestation sociale et affirmation croyante. Les encycliques sociales et l’ensemble de ce que l’on appelle la Doctrine sociale de l’Église ont peu à peu affiné le concept de juste salaire :

 Le droit à une juste rémunération et distribution du revenu

302. La rémunération est l’instrument le plus important pour réaliser la justice dans les rapports de travail. Le « juste salaire est le fruit légitime du travail »; celui qui le refuse ou qui ne le donne pas en temps voulu et en une juste proportion par rapport au travail accompli commet une grave injustice (cf. Lv 19, 13; Dt 24, 14-15; Jc 5, 4). Le salaire est l’instrument qui permet au travailleur d’accéder aux biens de la terre: « Compte tenu des fonctions et de la productivité de chacun, de la situation de l’entreprise et du bien commun, la rémunération du travail doit assurer à l’homme des ressources qui lui permettent, à lui et à sa famille, une vie digne sur le plan matériel, social, culturel et spirituel ».

Le simple accord entre travailleur et employeur sur le montant de la rémunération ne suffit pas à qualifier de « juste » le salaire concordé, car celui-ci « ne doit pas être insuffisant à faire subsister l’ouvrier »: la justice naturelle est antérieure et supérieure à la liberté du contrat.

Compendium de la Doctrine sociale de l’Église

Il est à remarquer que, pour l’Église, le contrat n’est pas supérieur à la nature, c’est-à-dire la vocation universelle du salaire. Même si par nécessité l’ouvrier accepte un contrat de misère pour pouvoir travailler, ce n’en est pas juste pour autant. C’est encore plus évident avec le travail des enfants, et le travail au noir. Les rémunérations indécentes sont également injustes : ce n’est pas parce que les actionnaires d’Alcatel-Lucent s’étaient mis d’accord avec le PDG nommé que ses indemnités de départ étaient justes !

La primauté libérale du droit sur le bien est incompatible avec le sens biblique de la justice.

Des salaires de misère ou des revenus de millionnaire affectent la fraternité évangélique beaucoup plus que l’absence de pratiques religieuses !

Platon proposait un écart idéal de 1 à 4 entre riches et pauvres. Le banquier John Pierpont Morgan plaidait pour un écart de 1 à 20 maximum. Henry Ford disait qu’il ne confierait pas son argent à une entreprise où l’écart de salaire serait plus grand que de 1 à 40…

Que diraient-ils maintenant ? !

eco_2013_47_ratio_salarie_patrons doctrine dans Communauté spirituelle

Au nom d’un avenir commun

Le diagnostic de Marx et Engels était intéressant :

« Dans la société bourgeoise, le passé domine donc le présent; dans la société communiste c’est le présent qui domine le passé. »

Saint Jacques introduit un troisième terme, plus déterminant encore dans la foi chrétienne : notre avenir commun.

« Vous avez amassé des richesses, alors que nous sommes dans les derniers jours ! »

picsoucasepiecesenlairpm422 EgliseC’est au nom d’une vision eschatologique de l’histoire que Jacques relativise la richesse, et fustige les inégalités. Puisque les derniers temps arrivent – et nous y sommes – ce que nous sommes appelés à devenir est plus important que ce que nous avons été ou ce que nous sommes aujourd’hui.

Parce que en Dieu nous sommes jugés sur l’amour et non sur l’avoir, parce que nous sommes promis à ne faire qu’un, les inégalités doivent s’effacer devant cette vocation commune.

Cet avenir commun est à la racine de l’engagement écologique de l’Église (cf. l’encyclique Laudato si du pape François). 

Nous nous recevons de l’avenir, et cela nous oblige à contester un présent et un passé où  les rapports de force engendrent des salaires indignes, des exclusions inhumaines.

Sans cet ancrage eschatologique, les chrétiens seront toujours la remorque des idéologies économiques de leur époque : libérale (domination du passé), ou matérialiste (sacralisation du présent).

 

L’actualité de saint Jacques

Relisons donc toute la lettre de Jacques :

– se battre pour un juste salaire est indissociable de la foi en Dieu.


– c’est au nom d’un avenir commun que nous cherchons à transformer la vie sociale, écologique, économique… et non pas au nom d’idéologies datées et éphémères à l’échelle de l’histoire.


Que le coup de gueule de saint Jacques nourrisse notre engagement en ce sens !

capture-d_ecc81cran-2015-04-23-acc80-14-59-36 Jacques 

 

1ère lecture : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! » (Nb 11, 25-29)
Lecture du livre des Nombres

En ces jours-là, le Seigneur descendit dans la nuée pour parler avec Moïse. Il prit une part de l’esprit qui reposait sur celui-ci, et le mit sur les 70 anciens. Dès que l’esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais cela ne dura pas.
Or, deux hommes étaient restés dans le camp ; l’un s’appelait Eldad, et l’autre Médad. L’esprit reposa sur eux ; eux aussi avaient été choisis, mais ils ne s’étaient pas rendus à la Tente, et c’est dans le camp qu’ils se mirent à prophétiser. Un jeune homme courut annoncer à Moïse : « Eldad et Médad prophétisent dans le camp ! » Josué, fils de Noun, auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole : « Moïse, mon maître, arrête-les ! » Mais Moïse lui dit : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! »

Psaume : Ps 18 (19), 8, 10, 12-13, 14

R/ Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur. (Ps 18, 9ab)

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

La crainte qu’il inspire est pure,
elle est là pour toujours ;
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables.

Aussi ton serviteur en est illuminé ;
à les garder, il trouve son profit.
Qui peut discerner ses erreurs ?
Purifie-moi de celles qui m’échappent.

Préserve aussi ton serviteur de l’orgueil :
qu’il n’ait sur moi aucune emprise.
Alors je serai sans reproche,
pur d’un grand péché.

2ème lecture : « Vos richesses sont pourries » (Jc 5, 1-6)
Lecture de la lettre de saint Jacques

Vous autres, maintenant, les riches ! Pleurez, lamentez-vous sur les malheurs qui vous attendent. Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites, votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille sera un témoignage contre vous, elle dévorera votre chair comme un feu. Vous avez amassé des richesses, alors que nous sommes dans les derniers jours ! Le salaire dont vous avez frustré les ouvriers qui ont moissonné vos champs, le voici qui crie, et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur de l’univers. Vous avez mené sur terre une vie de luxe et de délices, et vous vous êtes rassasiés au jour du massacre. Vous avez condamné le juste et vous l’avez tué, sans qu’il vous oppose de résistance.

Evangile : « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la » (Mc 9, 38-43.45.47-48)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Ta parole, Seigneur, est vérité ; dans cette vérité, sanctifie-nous.
Alléluia. 
(cf. Jn 17, 17ba)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. » Jésus répondit : « Ne l’en empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer. Et si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas. Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le. Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux pieds. Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux yeux, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. »
Patrick BRAUD

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24 juin 2015

La générosité de Dieu est la nôtre

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La générosité de Dieu est la nôtre


Homélie du 13° Dimanche du temps ordinaire / Année B

28/06/15

Je vous propose aujourd’hui de méditer sur le rôle de la générosité dans notre vie.

Le mot générosité revient en effet deux fois sous la plume de Paul dans notre 2ème lecture.

L’attitude généreuse de Jésus dans l’évangile marque le passage de ce dimanche, puisqu’une force de guérison déborde de lui pour une femme et une jeune fille.

Et enfin le livre de la Sagesse dans la 1ère lecture contemple la Création, et y voit la trace de la générosité de Dieu.

Car c’est bien de là qu’il faut partir : la générosité est avant tout divine ! Ce n’est pas d’abord une valeur humaine : c’est une manière d’être de Dieu lui-même. « Il a créé toutes choses pour qu’elles subsistent » s’émerveille le Sage (Sg 1-2).

Vous êtes-vous déjà étonnés devant le spectacle de la nature, devant la beauté de la création ?

Comment se fait-il que quelque chose existe plutôt que rien ?

Dieu n’avait nul besoin de faire surgir d’autres existences que la sienne. Rien ne lui aurait manqué si le Big Bang n’avait pas explosé ; il serait toujours Dieu si l’homme n’existait pas ! En Dieu, l’acte créateur est un acte de pure générosité, qui correspond à la nature même de l’amour qu’est Dieu. « Bonum diffusum sui » disaient les Anciens : l’essence du bien est de se diffuser, de se communiquer généreusement à d’autres ». Le Verbe de Dieu, incarné en Jésus Christ, va jusqu’au bout de cette générosité divine :« lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2 Co 8, 9). Voilà « la générosité de notre Seigneur Jésus-Christ » comme l’écrit Saint Paul : débordante, gratuite, sans calcul. Il a généreusement renoncé à ses droits et privilèges divins pour faire corps avec l’humanité rejetée et méprisée, afin de la réintroduire en Dieu-Trinité.

La générosité de Dieu est la nôtre dans Communauté spirituelleRegardez d’ailleurs dans notre passage d’évangile : Jésus est tellement habité de cette générosité débordante qu’une force sort de lui, sans qu’il la contrôle, pour guérir une femme qui souffrait de ne plus être une femme (à cause de ses pertes de sang). Et quand il s’en aperçoit, il ne demande rien à cette femme en retour :« va en paix ». De même pour la fillette qui n’arrive pas à devenir une jeune fille : il la ressuscite à sa condition de jeune fille (12 ans ! chiffre symbolique) : « Talitha koum »,  mais ne demande rien en retour. Au contraire, il leur recommande avec insistance que personne ne le sache.

Avez-vous déjà vu plus grande générosité que ces deux générosités-là : la création par Dieu de la nature et de l’homme ? La re-création par le Christ d’une humanité ressuscitée avec lui ?

 

La générosité humaine va naître de cette double contemplation.

Ce n’est donc pas une valeur humaine, ni même humaniste : être généreux, c’est répondre à l’amour de Dieu par le même amour, c’est participer à la manière d’être de Dieu, c’est correspondre à l’image de Dieu en nous. Comme l’écrivait le livre de la Sagesse : « Dieu a fait de l’homme une image de ce qu’il est en lui-même ». La générosité en ce sens n’est pas d’abord une valeur morale : c’est une vocation divine. C’est une manière d’être divinisés… ! D’ailleurs l’étymologie nous met sur cette piste : généreux vient du latin genorosus qui veut dire « bonne race », de race divine donc !

On comprend alors l’appel pressant de Paul aux Corinthiens : imitez la générosité de Dieu / du Christ, en participant à la collecte organisée pour l’Église de Jérusalem ! La générosité devient ici le symbole de la communion entre églises locales. Paul dit même que c’est un « ministère » (2 Co 8, 4 ; 9,1 ; 12,55), une « liturgie » (9, 12). Et il appelle cette quête une « communion » (Koïnonia : Rm 12, 13 ; 15-26… 2 Co 8, 4 ; 9-13 / cf. 1 Tm 6, 18 Tite 13, 16…), du nom même qui désigne l’Église désormais depuis le Concile Vatican II ! Vous voyez pourquoi aujourd’hui encore on a raison de faire la quête en même temps qu’on présente le pain et le vin pour notre communion à Dieu : c’est de la même générosité dont il s’agit (dont il devrait s’agir !), la générosité humaine répondant à la générosité première du Christ pour nous.

Devenir chrétien est donc une question de générosité : répondre largement à l’appel infini de Dieu transmis par l’Église, offrir sa vie sans compter, ouvrir le cœur des hommes pour qu’ils puissent accueillir le don généreux qui leur est fait en Jésus-Christ…

Les scouts et guides de tous âges savent par cœur cette prière héritée de St Ignace de Loyola, dans laquelle nous demandons au Christ de participer à la générosité divine :

« Seigneur Jésus,
Apprenez-nous à être généreux,
A Vous servir comme Vous le méritez
A donner sans compter,
A combattre sans souci des blessures,
A travailler sans chercher le repos,
A nous dépenser, sans attendre d’autre récompense,
que celle de savoir que nous faisons Votre Sainte Volonté »

Alors cette semaine prenez le temps de réfléchir.

Où en êtes-vous de la contemplation de la générosité de Dieu envers nous ? à travers la création, à travers l’homme… ?

Où en êtes-vous de votre propre générosité en réponse ? comme attitude spirituelle et pas seulement morale.

 Christ dans Communauté spirituelle 

Générosité dans l’usage de votre temps, de vos compétences, de votre argent, de votre patience, de votre pardon… : croyez-vous vraiment que Dieu vous appelle à être généreux comme il l’est envers tous ? Commencez-vous à découvrir que c’est là une manière de devenir Dieu lui-même, à son image et sa ressemblance ?

Que l’Esprit du Christ nous établisse dans cette contemplation de la générosité divine, et nous donne de la traduire en actes…

  

1ère lecture : « C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24)
Lecture du livre de la Sagesse

Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie : on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir. La puissance de la Mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle.  Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde ; ils en font l’expérience, ceux qui prennent parti pour lui.

Psaume : 29 (30), 2.4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. (29, 2a)

Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé,
tu m’épargnes les rires de l’ennemi.
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie.
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie.

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

2ème lecture : « Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères pauvres » (2Co 8, 7.9.13-15)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, puisque vous avez tout en abondance, la foi, la Parole, la connaissance de Dieu, toute sorte d’empressement et l’amour qui vous vient de nous, qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux ! Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Dans la circonstance présente, ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler vos besoins, et cela fera l’égalité, comme dit l’Écriture à propos de la manne : Celui qui en avait ramassé beaucoup n’eut rien de trop, celui qui en avait ramassé peu ne manqua de rien.

Evangile : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » (Mc 5, 21-43)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort ; il a fait resplendir la vie par l’Évangile.
Alléluia. (2 Tm 1, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.

 Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

 Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur. Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.
Patrick BRAUD

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