L'homelie du dimanche

17 septembre 2018

Dieu s’est fait infâme

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Dieu s’est fait infâme


Homélie pour le 25° dimanche du temps ordinaire / Année B
23/09/2018

Cf. également :

La jalousie entre nature et culture
Jesus as a servant leader
« J’ai renoncé au comparatif »
C’est l’outrage et non pas la douleur
Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ
Un roi pour les pires

 

Que connaissez-vous de l’infamie ?

Que savez-vous de cette flétrissure du nom, de cette marque au fer rouge qui dénonce sans cesse les infâmes au ressentiment populaire ?

la lettre ecarlate de Nathaniel HawthorneAvez-vous croisé de ces ombres obligées désormais de s’excuser d’exister, à cause de la lettre écarlate [1] qu’ils portent sur leur visage raviné, leurs cheveux filasses, leurs mâchoires sans dents ? Avez-vous jamais parlé avec ceux qui sont devenus des rebuts de leur propre famille, leur village ou leur société, à cause d’un crime supposé ou réel ? Quand vous vous écriez : ‘c’est infâme !’ après avoir trempé vos lèvres dans un plat, le dégoût que vous exprimez vous donne une idée de ce que les ignobles lisent dans les yeux de leurs pourtant concitoyens et frères en humanité.

Ainsi, quand notre première lecture (Sg 2, 12.17-20) décrit la manigance des puissants pour éliminer un gêneur, on pense immanquablement à la fois à ces infâmes et à Jésus :

« Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un interviendra pour lui. »

Être condamné à mort est déjà impensable pour un homme de bien. Dans notre Évangile de ce dimanche (Mc 9, 30-37), les disciples ne comprennent rien à cette annonce du meurtre de Jésus, car c’est proprement impensable pour eux qu’un Messie soit ainsi éliminé :

« Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. » Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger. »

En effet, un envoyé de Dieu doit réussir, sinon il n’est pas celui qu’il prétend être.

« Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires. » (Sg 2,18)

Voilà pourquoi le Coran, revenant à une compréhension « naturelle » de l’action de Dieu, ne peut envisager le meurtre de Jésus. Il expose des théories diverses, comme la substitution de Jésus par un disciple où un soldat, ou la crucifixion d’un sosie, ce qui aurait trompé les disciples éloignés du Golgotha :

« Et à cause leur parole : Nous avons vraiment tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le Messager d’Allah… Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié ; mais ce n’était qu’un faux semblant ! (d’autre traduction : Sa ressemblance a été placée sur un autre homme et ils ont tué cet homme) Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l’incertitude: ils n’en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l’ont certainement pas tué. Mais Allah l’a élevé vers Lui et Allah est Puissant et Sage. » Sourate 4, 157-158

« (Rappelle-toi) quand Allah dit:  » Ô Jésus, certes, Je vais mettre fin à ta vie terrestre t’élever vers Moi. » Sourate 3,53

Voilà donc a contrario un indice très solide de l’historicité de la mort de Jésus : c’est tellement invraisemblable pour des croyants que justement ils n’ont pu inventer cela.

Dieu s'est fait infâme dans Communauté spirituellePire encore : Jésus n’est pas seulement un condamné à mort (ce qui déjà le range parmi les pires), mais surtout un crucifié (les pires parmi les pires). De multiples recherches historiques ont montré l’horreur que suscite ce supplice dans l’empire romain notamment. Les nobles et les citoyens romains étaient décapités (comme Paul), exilés, empoisonnés (comme Socrate), mais pas crucifiés. C’était réservé aux humiliores = sous hommes (en latin) - aux Untermenschen dira l’idéologie nazie plus tard - à ceux de la plus basse condition : esclaves, métèques, pirates, nomades… C’était la mors turpissima = la mort la plus honteuse. L’exposition à la foule en pleine nudité, la lente agonie d’asphyxie défigurant le corps, l’exposition du cadavre sur la croix des jours durant pour le priver de sépulture et en faire la proie des oiseaux charognards, l’exécration publique … : tout était orchestré pour que les crucifiés deviennent infâmes, ignobles [2]. L’étymologie confirme que l’infâme n’a plus ni renommée (in-famus = négation de la réputation, d’où le verbe : diffamer = salir la réputation de quelqu’un) ni noblesse (ig-noble). Sa postérité sera effacée de la Terre, son nom de la mémoire des hommes, ou alors entaché d’un opprobre indélébile.

La honte engendrée par la crucifixion romaine ne tenait pas d’abord aux douleurs du supplice, mais à l’infamie perpétuelle attachée au crucifié et son souvenir.

Dans le monde juif, l’infamie de la croix redoublait avec la vieille malédiction du Deutéronome :
« Maudit celui qui est pendu au bois » (Dt 21, 23 ; cf. Ga 3,13).
Le crucifié, déjà immonde aux yeux des Romains, était en plus un maudit de Dieu aux yeux des juifs. Il n’avait plus droit à l’identité juive, donc était déshérité de la promesse faite à Abraham. Quand Jésus s’écrie : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15,34) c’est sans doute parce qu’il ressent sur lui cette malédiction déchirant son identité de Fils de Dieu. Sa mission échoue, le supplice l’humilie plus que tout, le bois de la croix l’assimile à un maudit : quelle déréliction plus grande pour celui qui est l’intime de Dieu ?

Jésus a certes pressenti que sa prédication allait lui attirer des ennuis. Plus il prêchait, plus il devinait la colère des puissants qu’il dérangeait. Avec sa conscience prophétique, il savait bien que tôt ou tard la lapidation serait probablement au bout du chemin (cf. Étienne, le premier martyr Ac 7,58 [3]) :

« Les Juifs apportèrent de nouveau des pierres pour le lapider. Jésus leur dit alors: « Je vous ai montré quantité de bonnes œuvres, venant du Père; pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? » Les Juifs lui répondirent : « Ce n’est pas pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème et parce que toi, n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu. » […] Ils cherchaient donc de nouveau à le saisir, mais il leur échappa des mains. Jn 10, 31-39

« Ses disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas ! » Jn 11,5

« Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble sa couvée sous ses ailes… » Lc 13,34

La lapidation, c’est déjà terrible ! Mais les prophètes lui ont donné quelques lettres de noblesse. Alors que la crucifixion…

Le combat intérieur de Gethsémani était peut-être cette lutte ultime pour accepter d’être dépossédé non seulement de la vie, mais d’une mort noble, d’une mort choisie qui sauvegarderait les apparences.

Jésus meurt dans l’infamie de sa nudité, pendu en l’air, comme si ni le ciel ni la terre ne voulaient de lui ; il meurt dans la honte de qui est condamné à la fois par le magistère officiel de sa religion et par l’autorité civile, parce que nocif au bien commun de la cité !

Jésus, à la différence du Baptiste, ne meurt pas comme un martyr, mais bien comme un excommunié et un maudit, comme aime à le dire Paul, qui se vante de prêcher Jésus-Christ crucifié, scandale pour les hommes religieux et folie pour les sages du monde grec (cf. 1 Co 1,23).

La croix est le signe de cette mort infamante de Jésus « compté parmi les malfaiteurs » (Lc 22,37), se complaisent à souligner les évangélistes. Elle est le récit de sa solidarité avec les pécheurs, de son abaissement jusqu’à la condition de l’esclave humilié, « jusqu’à la mort, et la mort sur une croix » (Ph 2,8), comme l’atteste Paul.

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Jésus a porté le patibulum en public, cette poutre de bois transversale sur laquelle on allait l’attacher et le clouer pour l’emboîter ensuite à un pieu vertical. Le français appelle d’ailleurs patibulaire quelqu’un qui est digne (indigne !) d’être condamné à cette infamie.

Patibulaire Jésus…

Le pape François vient d’inscrire dans le Catéchisme de l’Église catholique l’engagement de lutter contre toute peine de mort [4], en mémoire de celle subie par Jésus.
Il faut prolonger cet engagement par celui de combattre toute infamie, dont Jésus fut au plus haut point victime. À sa suite, pendant trois siècles (car Constantin a tout changé en 313…), les chrétiens furent assimilés à la fange de l’humanité. La dérision, la moquerie de la Passion du Christ était la leur dans les arènes romaines ou les lapidations populaires. L’ignominie du supplice du feu, de la roue, des fauves étaient les conséquences prévisibles du baptême.

Alexamenos adore son Dieu« Alexamenos adore son Dieu » : ce graffiti [5] caricaturant un chrétien adorant un homme à tête d’âne crucifié dit bien l’opprobre que les citoyens honnêtes jetaient sur cette secte de dégénérés, au sujet desquels couraient de folles rumeurs d’infanticide et d’anthropophagie. L’auteur du graffiti trouve complètement ridicule qu’Alexamenos puisse reconnaître comme sauveur un homme crucifié. À cette époque, et en encore pour plusieurs siècles, on ne représentait jamais Jésus en croix. La croix était une réalité trop affreuse, trop diffamante. Ce n’est qu’à partir du IV° siècle que l’image du Christ en croix apparaît.

Ce graffiti est l’exemple parfait des railleries ordinaires des polythéistes gréco-romains qui attribuaient à l’ensemble des chrétiens le dieu à tête d’âne, Dieu des sethiens pour qui le Messie, le Fils de l’Homme, est Seth.

C’est l’outrage et non la douleur qui fait du crucifié un infâme, un sous-homme indigne de porter ce nom.

Paul encouragera les premières communautés à tenir bon malgré cette réprobation générale :

« Jésus, qui au lieu de la joie qui lui était proposée, endura une croix, dont il méprisa l’infamie, et qui est assis désormais à la droite du trône de Dieu. Songez à celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle opposition, afin de ne pas défaillir par lassitude de vos âmes ». He 12, 2-3

« Jusqu’à l’heure présente, nous avons faim, nous avons soif, nous sommes nus, maltraités et errants; nous nous épuisons à travailler de nos mains. On nous insulte et nous bénissons; on nous persécute et nous l’endurons; on nous calomnie et nous consolons. Nous sommes devenus comme l’ordure du monde, jusqu’à présent l’universel rebut » 1Co 4, 11-13.

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Lorsque Voltaire signait ses lettres par un vibrant : « écrasons l’infâme », il prolongeait inconsciemment cette longue tradition de diffamation de la foi chrétienne (même s’il visait l’obscurantisme et le fanatisme religieux, son animosité s’exerçait en pratique surtout contre l’Église catholique…).

Alors, si nous voulons suivre le Christ jusqu’au bout, nous ne pouvons pas éviter de fréquenter les infâmes d’aujourd’hui.
Alors, si la volonté de destruction manifestée par la malédiction de la croix nous révolte, nous devons dénoncer les infamies de notre société.

La Sagesse parlait du juste innocent condamné à l’infamie. La croix de Jésus prend le parti des coupables, pas seulement des innocents, de ceux qui n’ont plus dignité humaine à cause de leurs actes, et leur promet : « aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23,42).

gadagada infâmeIl nous faut donc entreprendre avec courage la fréquentation des égouts de l’humanité de nos sociétés : les prisonniers, que certains veulent punir et que nous voulons sauver ; les intouchables que nous voulons mettre au centre ; les SDF crasseux et repoussants que nous voulons habiller à neuf et avec qui nous voulons fraterniser ; les « différents » qui s’auto-excluent en communautés fermées et méprisées ; les « gens de rien » qu’on accuse d’assistés ; les difformes de corps ou d’esprit dont on voudrait bien qu’ils ne naissent plus à l’avenir etc.

Jésus avait prévenu :

« Heureux êtes-vous, quand les hommes vous haïront, quand ils vous frapperont d’exclusion et qu’ils insulteront et proscriront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme » Lc 6,22 // Mt 5,11.

Et la Sagesse s’étonne de la Résurrection de ceux que les puissants croyaient avoir éliminés :

« Le voilà, celui que nous avons jadis tourné en dérision et dont nous avons fait un objet d’outrage, nous, insensés ! Nous avons tenu sa vie pour folie, et sa fin pour infâme. Comment donc a-t-il été compté parmi les fils de Dieu ? Comment a-t-il son lot parmi les saints ? » Sg 5, 4-5

couleurs-de-l-infamie-les-tome-1-couleurs-de-l-infamie-les outrageSur la croix, Dieu s’est fait infâme, pour que tous les damnés de la terre ne désespèrent plus d’être aimés de Dieu et des hommes. La vilaine mort du Christ suscite l’espérance des vilains de ce monde. La laideur de sa condamnation rejoint ceux qui se cachent après une terrible décision de justice ou du pouvoir politique. La dérision dont on accable ce pendu au gibet le rend frère des gens dérisoires et raillés d’exister.

Il y a peut-être plus encore.

Si la crucifixion de Jésus nous oblige à faire corps avec les infâmes autour de nous, elle nous permet également d’affronter la part d’infamie qui est en chacun de nous. N’espérons pas trop vite être du côté de ceux qui aident les autres à se relever de leur ignominie. Faisons d’abord l’expérience de l’infâme qui est en nous (c’est le rôle traditionnel de la contrition, s’appuyant sur le dégoût de notre complicité bien réelle avec le mal et son ignoble cortège de conséquences). Si nous éprouvons combien Jésus crucifié vient nous rejoindre jusque dans cette part d’ombre en nous, nous pourrons en être les témoins vivants auprès de ceux qui n’osent pas espérer de rédemption. Ainsi Paul a conscience d’être ce pécheur pour lequel Jésus a donné sa vie :

« À peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir; mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous. » Rm 5, 7-8


Puisque le Dieu s’est fait infâme, n’hésitons pas à rejoindre ceux que l’infamie déshonore, et d’abord en nous-mêmes…

 


[1]. Cf. le roman : La lettre écarlate, de Nathaniel Hawthorne, publié en 1850.

[2]. «  Tarquin l’Ancien (5° roi de Rome, mort en 579 av JC) fit clouer sur une croix le corps de tous ceux qui s’étaient donné la mort (lors d’un chantier), pour en faire à la fois un spectacle pour les citoyens et une proie à déchirer pour les bêtes sauvages et les oiseaux.  » Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, XXXVI, 106-107.

«  Que le nom même de croix soient écarté non seulement de la personne des citoyens romains, mais de leurs pensées, de leurs yeux, de leurs oreilles. Car pour de tels supplices, ce n’est pas seulement l’effet et l’exécution, c’est le caractère, l’attente, le nom seul qui sont indignes d’un citoyen romain et d’un homme libre.  » Cicéron, Pro Rabirio, 16.

«  Se trouve-t-il donc un homme qui aime mieux fondre dans les tourments, périr membre à membre et répandre autant de fois sa vie goutte à goutte, que de l’exhaler d’un seul coup ? Oui, qui attaché au gibet maudit, déjà infirme, déjà informe, les épaules et la poitrine remontée en deux bosses affreuses, ayant ainsi, même avant la croix, mille motifs de mourir, veut prolonger une existence qui prolongera tant de tortures ?  » Sénèque, Lettres à Lucilius, 101, 14.

[3]. « La mort la plus infâme, ils l’appellent martyre ». (Corneille, Polyeucte, III, 4)

[4]. « L’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que la peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne et elle s’engage de façon déterminée en vue de son abolition partout dans le monde. » (article 2267)

[5]. Ce graffiti a été découvert en 1857, parmi de nombreux autres, lors de la mise au jour des vestiges de la domus Gelotiana, bâtiment lié au complexe palatial romain. On pense qu’il a été dessiné entre le I° et le III° siècle.

 

 

Lectures de la messe

 Première lecture
« Condamnons-le à une mort infâme » (Sg 2, 12.17-20)

Lecture du livre de la Sagesse

Ceux qui méditent le mal se disent en eux-mêmes : « Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie, il s’oppose à nos entreprises, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu, et nous accuse d’infidélités à notre éducation. Voyons si ses paroles sont vraies, regardons comment il en sortira. Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un interviendra pour lui. »

Psaume
(Ps 53 (54), 3-4, 5, 6.8)
R/ Le Seigneur est mon appui entre tous. (Ps 53, 6b)

Par ton nom, Dieu, sauve-moi,
par ta puissance rends-moi justice ;
Dieu, entends ma prière,
écoute les paroles de ma bouche.

Des étrangers se sont levés contre moi,
des puissants cherchent ma perte :
ils n’ont pas souci de Dieu.

Mais voici que Dieu vient à mon aide,
le Seigneur est mon appui entre tous.
De grand cœur, je t’offrirai le sacrifice,
je rendrai grâce à ton nom, car il est bon !

Deuxième lecture
« C’est dans la paix qu’est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de paix » (Jc 3, 16 – 4, 3)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Bien-aimés, la jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes. Au contraire, la sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie. C’est dans la paix qu’est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de la paix. D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement de tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes ? Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre. Vous n’obtenez rien parce que vous ne demandez pas ; vous demandez, mais vous ne recevez rien ; en effet, vos demandes sont mauvaises, puisque c’est pour tout dépenser en plaisirs.

Évangile
« Le Fils de l’homme est livré…Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le serviteur de tous » (Mc 9, 30-37) Alléluia. Alléluia.
Par l’annonce de l’Évangile, Dieu nous appelle à partager la gloire de notre Seigneur Jésus Christ. Alléluia. (cf. 2 Th 2, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus traversait la Galilée avec ses disciples, et il ne voulait pas qu’on le sache, car il enseignait ses disciples en leur disant : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. » Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger. Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » Ils se taisaient, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. »
Patrick BRAUD

 

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19 mars 2018

Comment devenir dépassionnés

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Comment devenir dépassionnés

 

Homélie pour le dimanche des Rameaux / Année B
25/03/2018

Cf. également :

Rameaux : assumer nos conflits
Rameaux, kénose et relèvement
Briser la logique infernale du bouc émissaire
Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux
Le tag cloud de la Passion du Christ
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
C’est l’outrage et non pas la douleur
Il a été compté avec les pécheurs
Sortir, partir ailleurs…

 

La Passion du Christ que nous lisons en ce dimanche des Rameaux nous invite à devenir nous-mêmes des passionnés à sa suite.
Passionnés de Dieu, au point de préférer encourir la justice plutôt que de le renier.
Passionnés des hommes, au point d’accepter de subir la dérision des foules plutôt que de leur mentir.

Image associéeAutour du Christ traduit devant une justice corrompue, Marc nous dresse en chemin une série de portraits de gens qui eux au contraire sont dépassionnés, c’est-à-dire qui refusent de suivre le Christ dans sa Passion. De Judas à Simon, des grands prêtres à Pilate, les excuses sont nombreuses pour finalement ne pas prendre parti ou le parti adverse.

Repérons quelques-uns de ces alibis qui aujourd’hui encore nous empêchent de nous passionner avec le Christ pour la cause de Dieu et celle des hommes.

 

L’utilitarisme

Comment devenir dépassionnés dans Communauté spirituelle 41OgE6sQVNL._SX302_BO1,204,203,200_L’utilitarisme est un courant de pensée économique qui fait de l’utilité et de l’efficacité les critères ultimes de l’action humaine. Au nom de ce pragmatisme, le grand prêtre affirme sans sourciller qu’il vaut mieux qu’un seul homme meure plutôt que tout le peuple. Au nom de cette efficacité, « quelques-uns » (selon Marc, car Jean mettra ce murmure dans la bouche de Judas, hélas) s’indigne de l’onction à Béthanie : « on aurait bien pu vendre ce parfum-là plus de 300 pièces d’argent et les donner aux pauvres ». L’utilitarisme finit par ne plus voir que les effets calculables à court terme. Il se ferme au long terme, ici au gratuit, à l’adoration.

En ce siècle de fin annoncée des idéologies en Occident (car ailleurs les idéologies se renforcent, l’islam radical notamment), le péril utilitariste peut devenir mortel. Au nom des conséquences à court terme, on est prêt à rogner ses convictions et même à ne plus en avoir. On peut ainsi légitimer toute intervention militaire, financière ou politique en invoquant le pragmatisme. Judas suivra ce raisonnement pour livrer Jésus, non par amour de l’argent (il rendra les 30 pièces d’argent), mais par calcul politique à court terme, pour que l’alliance entre le mouvement de Jésus et les grands prêtres puissent enfin former la coalition capable de renverser l’occupant romain. D’ailleurs les autres disciples également rêveront d’utiliser Jésus pour leur projet d’indépendance : « et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël » (Lc 24,21).

Privilégier le pragmatisme aux convictions fortes, l’efficacité visible à la fidélité à soi-même nous enlève peu à peu toute capacité à nous passionner.

Le déclin du courage accompagne toujours la montée de l’utilitarisme.

 

L’alourdissement

À Gethsémani, Jésus mène son combat intérieur pour rester fidèle à son Père. Mais il constate que ses amis somnolent, « les yeux alourdis de sommeil ». Et c’est vrai qu’ils se sont alourdis, les disciples de Jésus, à force de le suivre pendant ces trois années merveilleuses. À tel point qu’ils sont pleins d’eux-mêmes, remplis des théories échafaudées entre eux en cours de route. C’est ce qui donne à Pierre sa fausse assurance : « je ne te renierai pas ». Cet alourdissement contraste avec le jeune homme court-vêtu que Marc est le seul à mentionner : lui veut suivre Jésus, et n’a qu’un drap pour se vêtir. Il préfère s’enfuir tout nu plutôt que de se laisser arrêter avec ce qu’il possède !

Avec les années, nous nous alourdissons des biens possédés, des idées arrêtées, des repos bien mérités… Accumuler, thésauriser, prendre de l’embonpoint physique, moral et spirituel : voilà qui tue la passion !

Demeurer léger et court-vêtu est peut-être une condition pour suivre Jésus dans sa Passion.

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La peur

Elle est en filigrane de tout le récit.
C’est par peur que tous les disciples s’enfuient au moment de l’arrestation.
C’est par peur d’être reconnu que Pierre renie trois fois.
C’est par peur de perdre sa place que Pilate finit par contenter les grands prêtres juifs et la foule en leur livrant Jésus.
Quelques femmes certes sont restées, mais « à distance », par peur d’être assimilées à ses disciples.

Alors qu’à l’inverse Joseph d’Arimathie ne craint pas d’affronter le grand conseil pour réclamer le corps de Jésus. D’ailleurs, la première parole de Pâques adressée aux trois femmes venues au tombeau sera le célèbre : « N’ayez pas peur ! ». Pourtant, elles sont encore tremblantes et ne diront rien à personne, « car elles avaient peur ».

La peur nous empêche d’aller au bout de nos passions. Elle nous immobilise, nous fait fuir, nous ôte la parole, nous garde à distance…

Quelles peurs actuellement nous dépassionnent ?

"Un homme digne de ce nom ne fuit jamais. Fuir, c'est bon pour les robinets." Boris Vian

La dérision

Fra Angelico - Le Christ  aux outrages - vers 1441Qui a vu le Christ aux outrages de Fra Angelico à Florence sait que la dérision est le fil rouge de la Passion du Christ. La couronne d’épines pour un roi manqué, un roseau pour se moquer de son pouvoir absent, un vêtement de pourpre pour singer sa dignité princière, les crachats, les gifles, les insultes… : le chemin de croix de Jésus est une longue litanie d’humiliations et de dérisions.

Jusqu’à la pancarte en bois : INRI, qui veut faire rire de ce roi lamentable. Mais par un de ces retournements que l’histoire aime à reproduire, cette inscription moqueuse se révélera prophétique. Jésus est vraiment le roi des juifs, même si tout le monde en ricane.

Ceux dont on se moque pourraient bien détenir la vérité de leur époque !

La dérision a un tel pouvoir de séduction qu’un des compagnons d’infortune de Jésus y succombe selon Luc. Marc mentionne que les patients hochent la tête avec mépris (cf. Ps 22,8) en voyant ce soi-disant Messie échouer lamentablement : « sauve-toi toi-même » si tu es aussi puissant que tu le prétends !

Rire de quelqu’un n’a jamais été le fort de Jésus.
Tourner en dérision les vaincus de la société, les perdants de l’économie, les pions égarés de la mondialisation ne nous permettra pas de discerner les bons combats où nous engager.
Se moquer, ironiser, rire des faibles et des vaincus, de « ceux qui ne sont rien » ou des « derniers de cordées » ne peut que nous déshumaniser.

Le mépris fait de nous des passants, indifférents au malheur des petits, incapables de nous passionner pour la cause de la justice. Nous risquons alors de devenir des cyniques, ne croyant plus en grand-chose sinon notre intérêt immédiat, ne poursuivant aucun idéal sinon l’utilité de nos actions à court terme.

 

L’utilitarisme, l’alourdissement, la peur et la dérision font de nous des dépassionnés. Rameaux à la main, prenons conscience de ce qui fait obstacle à nos passions les plus authentiques.

Ouvrons les yeux sur ce qui nous dépassionne. Alors, si nous unissons nos passions à celle du Christ, elles deviendront fécondes avec lui, par lui, et en lui…

 

 

Messe de la Passion

1ère lecture : « Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu » (Troisième chant du Serviteur du Seigneur) (Is 50, 4-7)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Psaume : 21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (21, 2a)

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

2ème lecture : « Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 6-11)

Lecture de la lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Evangile : Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Mc 14, 1 – 15, 47)

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Ph 2, 8-9)

La Passionde notre Seigneur Jésus Christ selon saint Marc

Indications pour la lecture dialoguée : Les sigles désignant les divers interlocuteurs son les suivants :

X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir. Car ils se disaient : A. « Pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple. » L. Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête. Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : A. « À quoi bon gaspiller ce parfum ? On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » L. Et ils la rudoyaient. Mais Jésus leur dit : X « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours. Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement. Amen, je vous le dis : partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. » L. Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus. À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable. Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : D. « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » L. Il envoie deux de ses disciples en leur disant : X « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : ‘Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?’ Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. » L. Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : X « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. » L. Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : D. « Serait-ce moi ? » L. Il leur dit : X « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » L. Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : X « Prenez, ceci est mon corps. » L. Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : X « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. » L. Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Jésus leur dit : X « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » L. Pierre lui dit alors : D. « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. » L. Jésus lui répond : X « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » L. Mais lui reprenait de plus belle : D. « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » L. Et tous en disaient autant. Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : X « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. » L. Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : X « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. » L. Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui. Il disait : X « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » L. Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : X « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » L. De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles. Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre. Une troisième fois, il revient et leur dit : X « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. » L. Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens. Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu : D. « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. » L. À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : D. « Rabbi ! » L. Et il l’embrassa. Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent. Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille. Alors Jésus leur déclara : X « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. » L. Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous. Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter. Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu. Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes. Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu. Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas. De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas. Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage : A. « Nous l’avons entendu dire : ‘Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.’ » L. Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants. Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : A. « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? » L. Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : A. « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? » L. Jésus lui dit : X « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. » L. Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : A. « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » L. Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : F. « Fais le prophète ! » L. Et les gardes lui donnèrent des coups. Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre. Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : A. « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! » L. Pierre le nia : D. « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » L. Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta. La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : A. « Celui-ci est l’un d’entre eux ! » L. De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : F. « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. » L. Alors il se mit à protester violemment et à jurer : D. « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. » L. Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes. L. Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Celui-ci l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : X « C’est toi-même qui le dis. » L. Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate lui demanda à nouveau : A. « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. » L. Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné. À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient. Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute. La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude. Pilate leur répondit : A. « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré. Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas. Et comme Pilate reprenait : A. « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? », L. de nouveau ils crièrent : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate leur disait : A. « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » L. Mais ils crièrent encore plus fort : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié. Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde, ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée. Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : F. « Salut, roi des Juifs ! » L. Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier, et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire). Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun. C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia. L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ». Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : F. « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! » L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : A. « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » L. Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient. Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : X « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », L. ce qui se traduit : X « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » L. L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : F. « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! » L. L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : A. « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! » L. Mais Jésus, poussant un grand cri, expira. (Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant) Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : A. « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » L. Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem. Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat, Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps. Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps. Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau. Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.
Patrick BRAUD

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