L'homelie du dimanche

24 mai 2020

Le déconfinement de Pentecôte

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le déconfinement de Pentecôte

Homélie de Pentecôte / Année A
31/05/2020

Cf. également :

Les langues de Pentecôte
Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel
La sobre ivresse de l’Esprit
Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre
Les multiples interprétations symboliques du buisson ardent

 

Disons-le tout net : autant le confinement du Cénacle ressemblait aux nôtres et nous aidait  à les comprendre, autant le déconfinement de Pentecôte diffère des nôtres et les critique.

 

Le Cénacle, vestibule de le Pentecôte

On a vu en effet que les 10 jours confinés au Cénacle entre Ascension et Pentecôte avaient bien des points communs avec nos confinements de par le monde. C’est un événement imprévisible qui les provoque (Ascension/pandémie) ; ils reposent sur l’enfermement (portes verrouillées/ »restez chez vous ») imposé ou volontaire ; ils nous font considérer l’autre comme un danger et reposent sur la peur (peur des juifs/peur d’être contaminé par les autres). Ils ne sont pourtant pas dénués de créativité (tirer au sort pour remplacer Judas par Mathias/ingéniosité des soignants en traitement et réanimation, des ingénieurs bricolant des appareils etc.), de doute (Thomas/les controverses entre scientifiques) etc.

 

La Pentecôte, attraction et sortie

À Pentecôte, c’est fort différent (Ac 2, 1-11). Il s’opère bien un déconfinement puisque Pierre sera amené à sortir pour annoncer la résurrection de Jésus à la foule rassemblée autour du Cénacle ; et la petite communauté du Cénacle eut dans la foulée environ 3000 personnes à baptiser (Ac 2,41) : il a donc fallu s’y mettre à 12 au moins, à l’extérieur de la chambre haute !

Mais quand on regarde de près le texte, on s’aperçoit que le premier mouvement n’est pas la sortie du Cénacle ! Au contraire, « tous ensemble » étaient réunis dans la maison lorsque les langues de feu survinrent et qu’ils se mirent à parler en langues (glossolalie et xénolalie). Eux ne sortent pas du Cénacle : c’est la foule des pèlerins qui vient à eux en entendant la rumeur (le chant/les phrases). C’est donc un déconfinement  » de l’extérieur »  (si l’on peut dire) qui se produit dans un premier temps : ce sont les « juifs pieux » de « toutes les nations sous le ciel » qui quittent leur appartenance ethnique pour se laisser rassembler en une seule foule qui deviendra la première communauté chrétienne de Jérusalem. Contrairement à ce qu’on nous présente souvent, le premier mouvement de la mission chrétienne ici n’est pas de sortir vers les autres, mais d’attirer, selon la promesse de Jésus lui-même : « élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32).

Toutes les nations viennent à l’assemblée (ek-klèsia = Église) du Cénacle, attirées par l’action de l’Esprit Saint en elle. Ce n’est que dans un temps second que Pierre et tout le groupe du Cénacle sortiront pour prêcher et baptiser. Centripète avant d’être centrifuge, systole avant la diastole, l’effet de la Pentecôte chrétienne est un déconfinement paradoxal où ce sont les autres qui sortent de leur enfermement (linguistique, ethnique…) pour rejoindre l’Église !

Systole et diastole

Sortir de nos confinements ne doit donc pas nous faire oublier la force d’attractivité qui caractérise normalement la vie ecclésiale : une valeur exemplaire (fraternité, justice etc.) qui attire, une valeur sacramentelle (réalisant en son sein ce qu’elle annonce à tous) qui rassemble parce qu’elle interroge et détonne au milieu de la cité.

Déconfiner les autres est toujours l’une des conséquences étonnantes de l’effusion de l’Esprit dans nos communautés !

 

Pentecôte : le monde d’après

Alors il faut sortir. Car dehors attend une foule, surprise et heureuse d’entendre chacun dans sa langue maternelle la louange de la gloire de Dieu.

À la différence de nos déconfinements, pas de planification, pas de préparation ici pour Pentecôte. Les 12 n’avaient rien prévu. C’est arrivé « tout à coup », sans décision humaine, sans débat ni vote parlementaire, sans programmation de réouverture des écoles, des usines, des restaurants… Il y a entre eux ces deux sorties de confinement le même gap, le même saut, la même rupture qu’entre l’espoir et l’espérance : nos déconfinements traduisent notre volonté de maîtrise du cycle de l’épidémie, celui de Pentecôte traduit la volonté d’abandon à l’énergie intérieure par laquelle l’Esprit Saint remplit le petit groupe du Cénacle. Pas de plan d’évangélisation, pas de programme pastoral, pas de stratégie pour convertir, mais une libre inspiration jaillissant en un témoignage rendu au Christ : « ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, nous en sommes témoins » (Ac 2,32). Cela n’empêchera pas Pierre de fort bien construire sa prédication (son kérygme) avec force références à l’Écriture et à l’histoire d’Israël et une pédagogie très habile (« hommes de Judée », puis « Israélites », puis « Frères » Ac 2,14–36).

La responsabilité du politique est bien de prévoir, de planifier, d’organiser, de décider. La responsabilité du religieux est d’écouter ce que l’Esprit dit aux Églises, et de se laisser ainsi guider par Celui qui nous connaît mieux que nous-mêmes. Les deux responsabilités ne s’opposent pas, à condition de respecter la distinction des ordres. Le religieux se dénature lorsqu’il veut contraindre et maîtriser. Le politique devient absolutiste et tyrannique lorsqu’il prétend incarner la volonté de Dieu sur terre…

La Pentecôte inscrit la dé-maîtrise comme l’acte de naissance de l’Église, tant il est vrai que « le vent souffle où il veut ; personne ne sait ni d’où il vient ni où il va » (Jn 3,8). C’est l’Esprit qui de façon inattendue et surprenante conduira l’Église à supprimer la circoncision, à ne plus respecter les interdits alimentaires, le shabbat, à déclarer obsolètes les règles de pureté et d’impureté rituelles, à ne plus faire de différence entre juifs et non juifs etc. Autant dire que le confinement de Pentecôte est extrêmement créatif ! Le monde d’après est très différent du monde d’avant pour les chrétiens remplis d’Esprit Saint. Sortir du Cénacle n’est pas retrouver la vie d’avant, mais inventer un monde nouveau, inimaginable autrement pour ces juifs pieux éduqués selon la Loi.

Le monde d’après coronavirusMalheureusement, notre déconfinement actuel risque de nous faire replonger dans le même monde qu’avant la pandémie, sans grand changement notable. La Terre continuera de se réchauffer, les inégalités d’exploser, les riches de se divertir et les pauvres de survivre péniblement… On améliorera certes nos politiques de santé en prévision de la prochaine pandémie, mais aurons-nous le courage de transformer radicalement nos manières de travailler, de consommer, de voyager, de changer ? La peste noire au XIV° siècle a décimé un tiers de la population européenne, mais n’a pas ralenti la naissance du capitalisme des XV° et XVI° siècles. La grippe espagnole en 1918 a tué plus de gens que la guerre mondiale, mais n’a pas empêché les années folles puis la catastrophe de la crise de 1929 et la guerre de 39-45. Il est hélas fort probable que le Coronavirus n’infléchisse pas grand-chose de nos modes de vie. La majorité va se ruer à nouveau vers la surconsommation de masse, le tourisme low cost, le divertissement mondain ; la relance keynésienne va tourner à plein… La Pentecôte a tout changé pour les amis de Jésus. Notre déconfinement aura-t-il le même pouvoir de transformation de nos existences ? Honnêtement, il y a de quoi douter…

 

 

La créativité de Pentecôte

Le déconfinement de Pentecôte dans Communauté spirituelle la-circoncisionLa sortie du Cénacle est certes pleine de créativité, mais pas de manière totale ni  définitive. Ainsi l’Église naissante a su s’affranchir – on l’a dit – de la circoncision, des rituels de pureté, des interdits alimentaires etc. mais n’a pas pu/su s’affranchir de la domination masculine dans la répartition des rôles des ministères, ni s’affranchir de l’esclavage comme structure de domination etc. Ces deux pratiques étaient si fortement ancrées et acceptées comme évidentes dans les mentalités de l’époque que même l’Esprit Saint n’a pas pu faire sauter ces verrous dans la foulée de Pentecôte ! Il faudra des siècles pour combattre l’esclavage au nom de la foi chrétienne. Il en faudra encore quelques-uns pour mieux répartir les ministères, les rôles, le pouvoir entre hommes et femmes dans les Églises… C’est comme s’il y avait une inertie du changement humain que même l’Esprit ne peut vaincre en un clin d’œil. Fêter Pentecôte est alors s’engager dans le sillon initialement tracé par l’Esprit, en qui « il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni l’homme et la femme »(Ga 3,28). Nul doute que l’Esprit suscitera d’autres réformateurs et réformes dont l’Église a besoin pour mieux se laisser guider dans la liberté des enfants de Dieu ! « Il vous mènera vers la vérité tout entière » (Jn 16,13).

 

Pentecôte : soudaineté et répétitions

Une dernière différence entre Pentecôte et notre sortie de crise est l’immédiateté.

L’événement des langues de feu est soudain : « tout à coup ». Il provoque immédiatement le parler en langues et le baptême des 3000. Notre déconfinement lui est progressif, selon les régions, les activités, voire les tranches d’âge. On ne peut pas relancer la machine économique d’un pays à 100 % en claquant des doigts, ni protéger de la contamination de manière définitive. Il y aura d’autres morts, d’autres personnes obligées de s’isoler, d’autres vagues, peut-être d’autres virus. Il faudra des mois pour résorber le chômage, les faillites, et des années pour diminuer les dettes contractées à cause du confinement.

Pourtant là encore, à bien regarder le livre des Actes, il n’y a pas qu’une seule Pentecôte en cette année 33 à Jérusalem ! Luc mentionne explicitement une deuxième effusion de l’Esprit juste après la décision de l’assemblée de poursuivre l’annonce de la résurrection malgré les lourdes menaces du Sanhédrin : « Quand ils eurent fini de prier, le lieu où ils étaient réunis se mit à trembler, ils furent tous remplis du Saint-Esprit et ils disaient la parole de Dieu avec assurance. »(Ac 4,31).

Luc raconte ensuite une troisième Pentecôte lorsque Pierre et Jean imposèrent les mains aux Samaritains qui avaient été baptisés sans recevoir l’effusion de l’Esprit Saint : « Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint » (Ac 8,17).

Et une quatrième Pentecôte encore plus surprenante, lorsque l’Esprit Saint tombe sur le centurion Corneille et sa famille : « Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole. Les croyants qui accompagnaient Pierre, et qui étaient juifs d’origine, furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l’Esprit Saint avait été répandu. En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu » (Ac 10,44–46).

 pentec%C3%B4te1 cénacle dans Communauté spirituelle

C’est donc que remplir l’Esprit Saint le cœur d’un homme, d’une Église, d’un peuple ne se fait pas en une fois ! Il faut plusieurs effusions répétées, s’élargissant par cercles concentriques jusqu’à atteindre « les extrémités de la terre » (Ac 1,8) et les recoins secrets de chacun. Ne désespérons pas si notre dernière « sobre ivresse  » de l’Esprit nous semble dater ! De multiples Pentecôtes, petites et grandes, jalonneront encore notre chemin : à nous de discerner quand elles se produisent…

 

 

MESSE DU JOUR

PREMIÈRE LECTURE
« Tous furent remplis de l’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.

Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

 

PSAUME
(Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Espritqui renouvelle la face de la terre !ou : Alléluia ! (cf. Ps 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
la terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.

DEUXIÈME LECTURE
« C’est dans un unique Esprit que nous tous avons été baptisés pour former un seul corps » (1 Co 12, 3b-7.12-13)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, personne n’est capable de dire : « Jésus est Seigneur » sinon dans l’Esprit Saint. Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien.
Prenons une comparaison : le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit.

SÉQUENCE

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut de ciel un rayon de ta lumière. Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs. Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort. Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles. Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti. Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé. À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés. Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.

ÉVANGILE
« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie : recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 19-23)
Alléluia. Alléluia.Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

C’était après la mort de Jésus ; le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , ,

13 mai 2020

Coronavirus : statistiques et questions

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 15 min

Coronavirus : statistiques et questions

Regardez la carte ci-dessous : elle donne la répartition géographique du ratio de mortalité = Nombre de morts dus au Coronavirus / Population du pays (en million d’habitants). Passez votre souris sur les pays pour obtenir les détails. Faites glisser le curseur de la réglette pour visualiser l’historique.
C’est le seul ratio pertinent, et relativement fiable (sauf sans doute pour la Chine ou la Russie, mais pas de manière à bouleverser le classement), car on ne teste pas tout le monde ni de manière égale et les hospitalisations varient également selon les pays. Notez au passage que la France a le 5° ratio le plus mauvais au monde (autour de 410) : pas de quoi être fier…

Source : https://ourworldindata.org/grapher/total-covid-deaths-per-million?

Sur cette carte, on voit nettement que le problème est surtout celui de l’Europe et des USA, qui ont des ratios 10 à 20 fois supérieurs à la moyenne mondiale (sauf exception notable de l’Allemagne ou de la Grèce par exemple).

Ratio Morts Population Coronavirus 2.xlsx

Statistiques au 13/05/2020  Source : https://www.worldometers.info/coronavirus/?referer=app


Si on y conjugue la répartition par tranches d’âge :

 Coronavirus _ morts par âge en France 2020 _ Statista

Source : https://fr.statista.com/statistiques/1104103/victimes-coronavirus-age-france/

on voit que 71% des victimes ont plus de 75 ans.

Comme de plus 70% des victimes sont des hommes, on peut dire que cette pandémie touche surtout les hommes blancs (Europe et USA) âgés et riches (par rapport au reste du monde). Le surpoids et le diabète sont des facteurs aggravants (cf. le Brésil).

Pour une fois, les pays pauvres s’en tirent mieux que les autres, pour tout un tas de raisons : jeunesse de la population, leçons apprises des épidémies précédentes en Afrique (Ébola, SRAS etc.), climat chaud et/ou humide etc. Par contre, les conséquences économiques du confinement seront catastrophiques pour eux aussi…

Déjà à ce stade, on peut s’interroger sur l’impartialité des commentaires sur la crise, sur la peur générée en boucle par les gouvernements et les pouvoirs en place, sur la pertinence des mesures prises : elles ont sans doute comme objectif de servir l’intérêt des catégories menacées, surreprésentées…De là à mettre à genoux le tourisme, la restauration, l’aviation, l’automobile etc.  pour des années, on peut se demander si les remèdes ne seront pas finalement pires que le mal !

 

Quand on compare la mortalité due au Coronavirus aux autres grandes causes de mortalité de par le monde, on a un choc supplémentaire :

Nombre de morts par cause (du 01/01/2020 au 11/05/2020)
4 686 734 Maladies transmissibles
2 965 076 Cancers
2 744 176 Mortalité infantile (< 5ans)
1 804 780 Tabac
902 959 Alcool
606 907 SIDA
354 124 Paludisme
175 730 Grippe saisonnière
111 589 Mortalité des mères à l’accouchement
487 347 Accidents de la route
387 145 Suicides

15 349 303 Avortements

Source : https://www.worldometers.info/

On se dit que les 300 000 morts environ de cette pandémie (au 11/05) représentent certes des pertes humaines terribles et dramatiques, mais que le Coronavirus n’apparaît quand même qu’en 8° position (9° si on compte l’avortement) dans les grandes causes de mortalité, très loin derrière les premières…Et encore, on ne compte pas les victimes des guerres de par le monde !

D’où une forme d’indignation, de colère et de révolte devant cette situation inédite :

- Comment se fait-il que les autres grandes causes de mortalité, bien plus graves, ne suscitent pas autant de mobilisation (sauf quelques exceptions comme. AIDS contre le sida ou Bill Gates et sa fondation contre le paludisme) ?

- Pourquoi met-on les économies de la planète à genoux pour 300 000 décès, alors que rien ne bouge pour les autres fléaux ?

- Fera-t-on peser sur l’Afrique et les pays les plus pauvres les conséquences dramatiques du confinement et de la crise économique à suivre (largement provoquées par l’Europe et les USA) ?

Chute PIB Europe CoronavirusÀ ce titre, la suppression pure et simple des dettes africaines serait le vrai « Plan Marshall » pour leur permettre de passer le cap sans couler. Le confinement imposé à la planète est dû au manque de préparation et aux néfastes politiques publiques des États riches : il serait immoral d’en faire peser le poids sur ceux qui ne font que subir l’impéritie de l’Occident. Que la Chine soit à l’origine de la contamination ne supprime rien de la responsabilité des Etats qui n’ont rien prévu ni organisé depuis les dernières épidémies qui auraient dû les alerter.

Qu’on ne se méprenne pas : il ne s’agit pas de moins investir dans le traitement de la pandémie actuelle, mais mieux, et de consacrer des énergies (et de l’argent !) encore plus importantes dans le traitement des autres causes de mortalité, largement plus impactantes en réalité.

Ne nous laissons anesthésier par le discours dominant des Etats touchés par l’épidémie, dont le nôtre.

Interrogeons-nous :

- quels intérêts sert-on dans les mesures prises ? dans la peur soigneusement entretenue ?

- jusqu’où la santé des plus âgés doit-elle être le critère ultime de l’action publique (si le coût humain pour toutes les générations devient exorbitant ensuite à cause des conséquences économiques) ?

- quelles conséquences sur les autres intérêts en jeu, et notamment ceux des plus pauvres (citoyens ici, Etats là-bas) ?

- pourquoi ne pas mettre autant de moyens et de volonté politique sur les autres menaces qui pèsent sur l’humanité (et le climat en fera partie) ?

 

La vraie spiritualité chrétienne n’est pas d’abord de réclamer des dérogations pour ouvrir les églises et rétablir le culte !

« Ce n’est pas en jeûnant comme vous le faites aujourd’hui que vous ferez entendre là-haut votre voix.
Est-ce là le jeûne qui me plaît, un jour où l’homme se rabaisse ? S’agit-il de courber la tête comme un roseau, de se coucher sur le sac et la cendre ? Appelles-tu cela un jeûne, un jour agréable au Seigneur ? Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? » 
Isaïe 58, 5-6

Mots-clés : , , , ,

3 mai 2020

Gestion de crise

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Gestion de crise 


Homélie du 5° Dimanche de Pâques / Année A
10/05/2020

Cf. également :

Que connaissons-nous vraiment les uns des autres ?
Le but est déjà dans le chemin
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
De l’achat au don
Quand Dieu appelle
La gestion des conflits

Suivons notre première lecture (Ac 6, 1-7) qui nous raconte comment une grave crise a secoué l’Église naissante de Jérusalem. Découvrons au fil du texte les éléments et les étapes qui ont permis de surmonter cette crise.

 

Le nombre de chrétiens peut être un problème

Évidemment, en Occident aujourd’hui, on a un peu perdu de vue ce genre ce souci-là… Mais allez visiter les Églises d’Afrique noire : elles croulent sous le nombre de catéchumènes adultes, de catéchèses d’enfants, de pratiquants remplissant les lieux de culte toutes les heures le dimanche matin dès l’aube… Devant un tel afflux, bien des problèmes se posent. La question de l’authenticité du désir de devenir chrétien par exemple. Les Pères de l’Église au IV° siècle (après l’édit de Constantin) étaient presque nostalgiques des temps des persécutions où demander le baptême était un acte de vie ou de mort. Les ermites fuyaient la tiédeur chrétienne envahissante des villes ; ils ont ainsi ouvert la voie au monachisme, en Égypte et ailleurs. Notre première lecture nous raconte que dès le début, « le nombre des disciples augmentait », provoquant dissensions et récriminations (« murmures », comme dans le désert contre Moïse). Ici, le problème est à la fois ethnique (les Grecs se sentent discriminés) et éthique (les veuves, c’est-à-dire les plus pauvres du groupe, sont désavantagées).

La croissance numérique est une chance mais également une épreuve pour la toute naissante Église de Jérusalem. Ne rêvons pas la santé spirituelle des jeunes Églises de ce siècle : le nombre n’est pas une garantie de vérité, de droiture, de justice. C’est même un piège dans lequel l’Occident est tombé et a largement pataugé. Avec le nombre, l’Église s’enivre de devenir puissante et riche. Avec le nombre, elle veut contrôler toute la vie sociale pour y imposer sa morale, son rythme temporel, sa vision du monde. Avec le nombre, les conflits ethniques importés dans les communautés chrétiennes deviennent explosifs, les injustices se multiplient.

À confondre croissance spirituelle et croissance numérique, les désillusions peuvent être cruelles et les lendemains douloureux. Le cléricalisme des prêtres se comportant comme des chefs de clan engendrera des réactions violentes, la richesse accumulée témoignera contre l’institution ecclésiale, la domination exercée sur les esprits se paiera en rejet indigné et en athéisme généralisé etc. Ne soyons donc pas idolâtres du nombre (de baptêmes, d’ordinations, d’écoles catholiques etc.) mais soyons d’autant plus exigeants que davantage de gens se tournent vers le Christ. La tentation d’une Église minoritaire est le repli identitaire, l’illusion d’être une Église de purs. La tentation d’une Église majoritaire est la tiédeur, la compromission, la domination sociale, la reproduction des injustices et des oppositions en son sein.

Gestion de crise dans Communauté spirituelle 1280px-Adherents_to_Christianity_by_Country

Les trois péchés de l’Église naissante

Les ennuis s’accumulent ! Les veuves grecques récriminent parce qu’elles se sentent désavantagées. Les oppositions ethniques (grec vs hébreux ici) sont transposées dans la communauté, contredisant ainsi sa vocation de fraternité universelle. Les injustices se multiplient, parce que dans l’entraide on avantage certains et pas d’autres. Et enfin la division commence à ruiner la communauté, s’alimentant de ces conflits ethniques et de ces injustices criantes.
La crise est donc triple : ethnique, éthique, ecclésiale.

 

Péché ethnique

414B7sR04QL._SX258_BO1,204,203,200_ Actes dans Communauté spirituelleRappelons-nous que l’ensemble du Rwanda était considéré comme chrétien avant que le génocide montre des chrétiens exterminant d’autres chrétiens avec qui il avait chanté et  communié le dimanche précédent à l’église. Souvenons-nous que l’Allemagne avant Hitler était considérée comme chrétienne (luthérienne et catholique), sans que cela empêche le peuple de haïr les juifs et de plébisciter leur Führer jusqu’à la fin. Ou encore que l’Église protestante d’Afrique du Sud a légitimé l’apartheid Bible en main jusqu’à sa chute.

Ce péché ethnique des Églises locales pèse lourd, contre-témoignage flagrant qui éloigne les générations suivantes pour longtemps, non sans raison.

 

Péché éthique

Le péché éthique de l’Église n’est pas moins dramatique. Pour avoir négligé les pauvres du royaume de France au profit des évêques, des puissantes abbayes et des princes, l’Église de France sous l’Ancien Régime a fait monter la colère révolutionnaire du bas clergé et du Tiers État contre cette insolence matérielle étalée sous les yeux du peuple criant famine. Les vandalismes des cathédrales, monastères et autres propriétés d’Église à partir de 1789 expriment le ressentiment des délaissés de l’institution ecclésiale. Prenons garde aujourd’hui encore de par le monde à ne pas désavantager les plus pauvres dans notre vie ecclésiale ! Ils ne nous le pardonneront pas ; et nous nous renierions nous-mêmes.

 

Péché ecclésial

Le dernier péché de la communauté de Jérusalem est ecclésial : ces dissensions abîment la communion fraternelle qui est la vocation même de l’Église. Vatican II la définit comme « le sacrement de la communion trinitaire » (CEC 747 ; 1108) : c’est donc que chacun, quelles que soient ses opinions et même ses croyances, doit pouvoir trouver en elle un avant-goût de la communion qui unit le Père au Fils dans l’Esprit. Les divisions, les clans et les fractures compromettent gravement l’identité même de l’Église, son témoignage. Comment croire que Dieu est Un si les relations des chrétiens entre eux ne reflètent pas – au moins partiellement – cette communion d’amour fondatrice. ?

 

La gestion de la crise

Cette expression nous parle, en cette période de pandémie Coronavirus…
Ac 6 nous livre un processus de gestion de crise exemplaire, dont nous pourrions nous inspirer pour les crises actuelles.

Que faire ?

Conile de Jérusalem - Sanhédrin- D’abord, il faut reconnaître le problème, et oser le nommer. Au lieu de minorer le nombre de morts comme la Chine au début de la crise, au lieu de traiter de « grippounette » la maladie, au lieu d’afficher une confiance imperturbable en l’économie ( -0,1% du PIB français nous disait-on au début !), de « masquer » le nombre de protections disponibles etc., mieux vaut dire la vérité et exposer clairement les difficultés et les enjeux à tous. En tout cas c’est ce que font les Douze, en convoquant l’assemblée (« tous les disciples ») pour leur exposer la situation telle qu’elle est.

Devant une crise, plusieurs attitudes sont possibles. On peut l’exacerber jusqu’au conflit, jusqu’à la rupture (l’histoire des schismes est longue…). On peut nier le problème en l’ensevelissant sous des discours lénifiants (du style : « soyez gentils, soyez patients, tout finira bien par s’arranger »), irréalistes (« mais non, tout va bien »), lénifiants (« Dieu nous envoie cette épreuve »)… Visiblement, ce ne sont pas ces dénis de la crise que choisit la communauté de Jérusalem ! Les Douze convoquent la « foule » des disciples : ils ont conscience de porter la difficulté devant toute la communauté ; c’est la grande assemblée convoquée (ek-klesia en hébreu) qui doit permettre de surmonter la crise (et pas un petit comité d’experts). Dans cette assemblée, il y a des débats, des prises de parole faisant autorité (c’est à dire recueillant un consensus) où les Douze jouent leur rôle, et font jouer un rôle actif à la « foule » (choisir 7 hommes à appeler, prier…). Le dénouement indique que l’Esprit agissait dans l’Église lors de la gestion de cette crise : l

Ne pas tricher, ne pas mentir à son peuple, ne pas minorer ni surjouer l’épreuve : l’attitude des Douze est celle de responsables qui savent avoir besoin de tous pour dépasser la crise. Ainsi, la Parole du Seigneur reprend sa croissance numérique sans compromission…

 

- Puis il faut proposer des solutions en y impliquant tout le monde.
le-diacre-Lavement-des-pieds--Mosa%C3%AFque-du-narthex-du-Catholicon.-Art-byzantin-(XII%C3%A8me-si%C3%A8cle) coronavirus
Les Douze font preuve de créativité et d’imagination en proposant d’établir sept hommes  pour le service des pauvres. Jésus n’avait jamais demandé cela. Leur lavant les pieds, il avait certes demandé à toute l’Église de rester en tenue de service. C’est l’intelligence pratique des Douze qui leur font donc inventer les ministères des Sept, qui deviendra le ministère diaconal. Or, ces Sept-là, Jésus ne les avait pas suscités. C’est l’Esprit (via la prière, l’imposition des mains, le consensus…) qui, au cœur des débats de l’Église convoquée, fait surgir des appels nouveaux pour des temps nouveaux.

Pourquoi ne pas continuer à pratiquer cette même créativité, en matière de ministères notamment, sous l’impulsion de l’Esprit Saint ? Pourquoi ne pas appeler aujourd’hui des femmes à ce ministère diaconal ? Ou inventer d’autres formes de charges pastorales adaptées aux situations locales (comme l’ont fait par exemple au XIX° siècle les Pères Blancs avec les catéchistes laïcs en Afrique noire ) ?

Dans le choix des Sept, il faut souligner l’implication active de la communauté. Ce ne sont pas les Douze qui choisissent, mais tout le monde. « On » (= tous) présente aux apôtres sept hommes, qui a priori ne sont pas candidats eux-mêmes (pas d’élections, pas de campagne électorale) mais qu’on appelle. « Nous avons besoin d’hommes comme vous pour résoudre la crise et pour maintenir notre Église servante et fraternelle. Acceptez-vous ? Nous sommes libres de vous appeler. Vous êtes libres de dire oui ou non. » Autrement dit, la vocation à ce ministère diaconal (comme au ministère presbytéral) ne relève pas d’abord du désir individuel de candidats qui se proposeraient d’eux-mêmes, mais du discernement de la communauté qui choisit, appelle et présente aux apôtres ceux qu’elle désire établir diacres. Pastorale des vocations et qualité de vie communautaire sont liées, dirait-on aujourd’hui. Au lieu de réduire la vocation à un parcours individuel où quelqu’un se sentirait appelé par Dieu en direct, les Actes des Apôtres nous montrent l’appel pratiqué par une communauté, en fonction de ses besoins.

Beaucoup de nos dérives cléricales viennent d’un certain gauchissement de cette procédure d’appel…

Si on transpose sur le plan politique (ou sanitaire), l’adhésion, l’implication et la participation de tous aux mesures d’urgence se révèle être une condition indispensable pour l’efficacité des décisions prises. Ce qui demande d’élaborer ces décisions avec ceux qui sont sur le terrain, et non pas au-dessus d’eux ou contre eux (cf. les déplorables polémiques sur la chloroquine, ou sur les masques etc.). La co-construction des chemins de sortie de crise ne sera jamais remplacée par l’opinion – au demeurant utile – des experts ou de la technostructure. C’est quelquefois plus long (quoique, avec les moyens numériques contemporains, on peut aller aussi vite que la communauté de Jérusalem pour choisir les Sept !). Mais sans l’adhésion, la participation et l’engagement de tous, les décisions prises au sommet seront inopérantes, voire contre-productives. Un exemple parmi d’autres : dès le début la crise, la Direction Générale d’un géant de la grande distribution (Auchan) a annoncé très vite une prime de 1000 € pour les salariés en magasin, c’est-à-dire en première ligne pour nourrir les habitants, exposés à la contamination. Décision patronale pour une fois saluée  unanimement par tous, syndicats y compris, comme une reconnaissance du travail accompli par ces héros de l’ordinaire (même si des masques, des gants, des protections auraient été utiles dès les premières semaines en magasin…). Las ! La mise en œuvre de cette décision passe par les mains de la Direction des Ressources Humaines ou plutôt de ses techniciens qui raisonnent en frais de personnel. Ils décident alors - selon une logique toute comptable - de proratiser cette prime en fonction du temps de travail. Tollé chez les syndicats, émotion dans l’opinion publique, incompréhension des salariés pour qui le risque de contamination n’est pas proportionnel à leur temps de présence au contact des clients… Et voilà comment une bonne décision à l’origine est ‘gâtée’ (comme on dirait en Afrique !) par une mise en œuvre d’une technostructure soi-disant experte (et donc croyant n’avoir pas besoin de concertation avec le terrain)… Un vrai gâchis !

image BAPTEME EUCHARISTIE MINISTERE

Bref : articuler le communautaire (tout le monde), le collégial (les Douze), et le personnel (cf. le rôle de Pierre dans les autres résolutions de conflits comme Ac 15 etc.) demeurent un triptyque indispensable à toute gestion de crise, à toute action politique authentiquement humaine [1].

La fin du récit d’Actes 6 montre la résolution du conflit et ses conséquences : la croissance reprend, cette fois-ci qualitative et quantitative, et même les prêtres juifs (les Cohen) embrassent la foi au Christ (ce qui posera d’autres problèmes plus tard, comme la sacerdotalisation du ministère presbytéral… mais ceci est une autre histoire !).
La foi peut se nourrir des crises pour grandir.
On pourrait presque poser un regard hégélien sur cet épisode des Sept à Jérusalem. La crise est utile en ce sens qu’elle force la communauté à affronter ses conflits internes, à progresser dans la compréhension de sa vocation, à inventer de nouveaux chemins pour surmonter les contradictions présentes. La crise comme moteur de l’histoire en somme ! Cette Aufhebung [2] ecclésiale n’est pas unique dans les Actes des Apôtres : relisez le remplacement de Judas par Matthias, l’hypocrisie d’Ananie et Saphire, la visite de Pierre chez le centurion Corneille, le conflit sur la circoncision ou sur les nourritures interdites, les algarades entre Pierre et Paul sur ces sujets, la séparation de Paul avec Barnabé, le reniement de certains par peur des persécutions etc.

Affronter les crises avec le livre des Actes comme mode d’emploi est sain, utile, nécessaire.
Au lieu de nous lamenter des conflits qui traversent notre Église ou notre société, apprenons donc à les déchiffrer autrement : comme une invitation à progresser « vers la vérité tout entière » en nous réformant sans cesse, grâce au courage et à l’imagination que l’Esprit ne cesse de souffler à son Église, à la société.

 


[1]. « Le ministère ordonné devrait être exercé selon un mode personnel, collégial et communautaire.
Le ministère ordonné doit être exercé selon un mode personnel.
Une personne ordonnée pour proclamer l’Évangile et appeler la communauté à servir le Seigneur dans l’unité de la vie et du témoignage manifeste le plus effectivement la présence du Christ au milieu de son peuple.
Le ministère ordonné doit être exercé selon un mode collégial, c’est-à-dire qu’il faut qu’un collège de ministres ordonnés partage la tâche de représenter les préoccupations de la communauté.
Finalement, la relation étroite entre le ministère ordonné et la communauté doit trouver son expression dans une dimension communautaire, c’est-à-dire que l’exercice du ministère ordonné doit être enraciné dans la vie de la communauté et qu’il requiert sa participation effective dans la recherche de la volonté de Dieu et de la conduite de l’Esprit », Document œcuménique Baptême-Eucharistie-Ministère, n° 26, 1982.

[2]. Terme de la philosophie hégélienne qui désigne la troisième étape de la dialectique  thèse/antithèse/synthèse, soit l’intégration et le dépassement de la contradiction dans un niveau de pensée supérieur.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Ils choisirent sept hommes remplis d’Esprit Saint » (Ac 6, 1-7)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque, parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées dans le service quotidien. Les Douze convoquèrent alors l’ensemble des disciples et leur dirent : « Il n’est pas bon que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables. Cherchez plutôt, frères, sept d’entre vous, des hommes qui soient estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse, et nous les établirons dans cette charge. En ce qui nous concerne, nous resterons assidus à la prière et au service de la Parole. » Ces propos plurent à tout le monde, et l’on choisit : Étienne, homme rempli de foi et d’Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un converti au judaïsme, originaire d’Antioche. On les présenta aux Apôtres, et après avoir prié, ils leur imposèrent les mains. La parole de Dieu était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres juifs parvenaient à l’obéissance de la foi.

 

PSAUME

(Ps 32 (33), 1-2, 4-5, 18-19)
R/ Que ton amour, Seigneur, soit sur nous,comme notre espoir est en toi !ou : Alléluia ! (Ps 32, 22)

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
Rendez grâce au Seigneur sur la cithare,
jouez pour lui sur la harpe à dix cordes.

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal » (1 P 2, 4-9)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, approchez-vous du Seigneur Jésus : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ. En effet, il y a ceci dans l’Écriture : Je vais poser en Sion une pierre angulaire,une pierre choisie, précieuse ;celui qui met en elle sa foine saurait connaître la honte. Ainsi donc, honneur à vous les croyants, mais, pour ceux qui refusent de croire, il est écrit : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseursest devenue la pierre d’angle,une pierre d’achoppement,un rocher sur lequel on trébuche. Ils achoppent, ceux qui refusent d’obéir à la Parole, et c’est bien ce qui devait leur arriver. Mais vous, vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

 

ÉVANGILE

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 1-12)
Alléluia. Alléluia.Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, dit le Seigneur. Personne ne va vers le Père sans passer par moi. Alléluia. (Jn 14, 6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : ‘Je pars vous préparer une place’ ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , ,

3 avril 2020

Que ferons-nous de cette épreuve ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 18 h 23 min

Que ferons-nous de cette épreuve ?


Image saisissante et unique dans l’histoire de Rome : le 27 Mars, le pape, tout seul au milieu de l’esplanade du Vatican, prie à haute voix pour l’humanité affrontée à la tempête de la pandémie. Fidèle à la tradition chrétienne qui voit dans toute crise un appel à la conversion, François nous invite à faire le tri, à filtrer (crisis = tamis en grec) l’essentiel de l’accessoire à la lumière des événements liés au Coronavirus :

« Le soir venu » (Mc 4, 35). Ainsi commence l’Évangile que nous avons écouté. Depuis des semaines, la nuit semble tomber. D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage : cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Évangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque… nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble » (Moment extraordinaire de prière en temps d’épidémie, présidée par le pape François, Parvis de la basilique Saint-Pierre, Vendredi 27 mars 2020).

Le pape François prononce la traditionnelle bénédiction \"Urbi et Orbi\" devant une place Saint-Pierre totalement vide à cause de la pandémie de coronavirus, vendredi 27 mars 2020.

Il n’est pas trop tôt - sans nous démobiliser du combat actuel - pour évoquer quelques pistes où changer d’habitudes va devenir vital. C’est encore un peu une liste à la Prévert, car ce n’est qu’après coup que nous verrons réellement se dessiner les lignes de force du monde nouveau façonné par cette épreuve. Mais s’y préparer dès maintenant n’est pas inutile pour le faire advenir.

Voici quelques chantiers, trop rapidement listés, qui devrait nous occuper après l’épidémie, si nous voulons qu’elle soit utile malgré tout.

 

1.   Reconsidérer la nature, « alliée hostile » de l’homme.

Coronavirus : le jour où les animaux se révoltèrent contre les humains…Tout a commencé lorsque des hommes, sur des marchés chinois douteux et humides (« wet markets ») ont acheté chauve-souris et pangolin. Le Covid 19 relève donc de ce qu’on appelle une zoonose, une maladie d’origine animale qui se transmet à l’homme (comme le SRAS et Ebola). Certains en tirent la conclusion qu’il y a continuité entre animaux et humains, et même une certaine hybridation. D’autres pensent au contraire que l’abolition de la frontière naturelle entre l’humain et l’animal peut causer notre perte. Les vegan et antispécistes suivront le premiers avis et souligneront la continuité du vivant, la communauté de destin entre les êtres sensibles. Les humanistes préféreront la deuxième interprétation, rappelant que les interdits culinaires sont tout autant structurants que l’interdit de l’inceste ou du meurtre dans les civilisations traditionnelles : l’homme doit maintenir une distance avec l’animal s’il veut survivre, physiquement comme moralement.

Plus généralement, nous redécouvrons que la nature est très souvent hostile à l’homme, et pas seulement à cause de ses errements. Nos ancêtres préhistoriques vivaient peu d’années, confrontés au froid glaciaire, aux animaux dangereux, à des famines, des sécheresses, des conditions de survie épouvantables dont ils n’étaient pas responsables. Domestiquer la nature inhospitalière a été la grande affaire des premiers millénaires de l’humanité, on l’oublie trop facilement. L’écologie moderne ne peut reposer sur une vision naïve de notre environnement naturel. Il nous manque pour cela une philosophie de la nature, que les notions de droit naturel ou de loi naturelle assuraient autrefois, et qui sont à refonder aujourd’hui.

Comme la grippe espagnole de 1919 ou la grande peste du XIV° siècle, la pandémie du Covid 19 nous réapprend notre fragilité, notre insignifiance aux yeux de l’univers : une bestiole microscopique peut nous décimer sans que les étoiles s’en émeuvent un instant.

La nature est certes une alliée, une amie prodiguant ressources et beauté. Mais c’est une alliée hostile, devant laquelle la moindre défaillance de vigilance de notre part se paie cash.

 

2. Revaloriser les métiers au bas de l’échelle des salaires.

Au Super U de Châteaubourg, les hôtesses de caisses sont séparées des clients par une protection en plexiglas.Nous célébrons tous - à juste titre -l’héroïsme ordinaire des soignants en les applaudissant à nos fenêtres à 20 heures chaque soir. Cette reconnaissance s’étend également aux hôtesses de caisse, aux employés des hypers et supermarchés sans lesquels nous mourrions de fin : ils risquent leur vie derrière leur mince plexiglas en caisses ou leur masque - quand ils en ont - en rayons. Sans oublier les éboueurs qui continuent à travailler pour notre hygiène, alors que les poubelles regorgent de sources de contamination. Et encore les routiers, la logistique, les policiers, les aides à domicile, les pompiers… C’est la revanche des métiers les plus humbles, et souvent les plus mal payés. Sans eux le pays s’effondrerait. Alors que les traders ne sont guère utiles en cette période… Il faudra donc après la crise réfléchir au statut de ces ‘invisibles’ dont nous avons redécouvert l’importance vitale. Les revaloriser supposera de mieux les payer (comment vivre avec deux enfants et un temps partiel au SMIG actuel en région parisienne ?). Cela demandera également de mieux les écouter : infirmières et soignants étaient en grève depuis quasiment un an dans l’indifférence générale, sans rien obtenir. La prime de 1000 € nets versés par de nombreuses entreprises à ceux qui continuent à travailler en physique est un premier signe en ce sens. Il en faudra beaucoup d’autres.

 

3. Revaloriser les activités gratuites, sources de liens et de solidarité.

L’homme ne se nourrit pas que de pain. Avec le confinement, l’arrêt des activités bénévoles nous fait ressentir cette autre pénurie : l’absence de visites des personnes âgées ou isolées, l’absence de soupes populaires et autres Restos du cœur, le manque de rendez-vous sportifs qui fédèrent etc. La France compte des millions de bénévoles qui incarnent la fraternité à travers un tissu associatif remarquable. Cela nous manque terriblement, et plus encore aux démunis qui attendent qui secours et amitié. C’est cela le fameux tissu des corps intermédiaires dont nous ne pouvons pas nous passer, sinon l’individu reste seul face à l’État. Compter sur ces corps intermédiaires, les faire participer aux décisions sociales qui ont besoin d’être co-construites avec elles, voilà un objectif d’après crise qu’il ne faudra pas oublier.

 

4. Travailler autrement.

Trois conseils pour être performant en télétravailLe 17 mars, en 48 heures, environ un tiers des salariés français ont été mis en télétravail, alors qu’on croyait cela impossible la veille. On leur a trouvé ou acheté du matériel, ouvert des accès informatiques, et finalement fait confiance pour s’autogérer à la maison. Plus de trajet domicile-bureau consommateur de temps, d’énergie, de pollution urbaine ! Le comble est que toutes les études montrent que les télétravailleurs font plus et mieux qu’au bureau. Parce que chez soi, on module ses horaires en fonction de ses impératifs familiaux et privés, parce qu’on est moins dérangé par d’incessantes petites demandes, parce que du coup on peut se concentrer mieux qu’au bureau etc. Bien sûr, il faudrait conserver un ou deux jours présentiels par semaine pour les réunions d’équipe et les contacts réels. Mais on peut imaginer que ce télétravail massif se poursuivra après la crise : les entreprises, les salariés et l’écologie y trouveraient bien des avantages. Le XIX° siècle avait séparé le paysan de son domicile en le transformant en ouvrier à l’usine. Puisse ce XXI° siècle ramener le travailleur chez lui (pour les métiers qui le peuvent et pour les volontaires), tout en gardant les liens collectifs nécessaires.

Au-delà du télétravail, les enjeux de vie et de mort imposée par la pandémie nous obligent à nous poser à nouveau la question de l’utilité réelle de notre travail. Quelle est la raison d’être de mon activité professionnelle ? De mon entreprise ? Contribue-t-elle au bien commun (santé, alimentation, éducation, culture etc.) ou au contraire dégrade-t-elle la planète et notre humanité ? Choisir la finalité de son travail redevient une attente de ceux qui constatent, immobilisés par le confinement, que leur savoir-faire professionnel n’est pas si essentiel que cela puisque le pays peut bien s’en passer un mois ou deux.

 

5. Consommer autrement

L’origine animale de la pandémie nous montre que nous en sommes arrivés à manger n’importe quoi… Le jeûne  financier qu’engendre le confinement nous est bon pour notre portefeuille : même si nous craquons encore sur Internet pour acheter, nous dépensons beaucoup moins que d’habitude (vêtements, chaussures, carburants, transports, voyages…). Le confinement nous oblige à une désintoxication forcée de notre surconsommation de masse ; ce pourrait être salutaire. Un bon livre, une musique inspirante, un jeu de société en famille, une balade près de chez nous : il n’y a pas besoin d’être sans cesse dans un cycle d’achat pour être heureux ! La frugalité est une vertu de crise que nous pouvons goûter avec bonheur. Au lieu de relancer la surconsommation destructrice dès la fin du confinement (ce qui hélas est le plus probable), nous devrions réfléchir à une vie plus sobre.

semaine développement durable 2014 

6. Cultiver le goût de l’intériorité

Un mois sans sortir ou presque ! Les personnes vivant seules (10 millions de Français quand même) ont dû puiser en elles les ressources pour habiter leur solitude sans la subir. Alors que des familles entassées à trois ou quatre dans quelques mètres carrés d’un HLM de banlieue parisienne auraient bien voulu avoir un peu d’espace pour s’isoler de temps en temps. Nous devons apprendre aux plus jeunes l’art de « cultiver notre jardin » intérieur (comme l’écrivait Voltaire). Le divertissement pascalien prend aujourd’hui la forme des écrans, des consoles, des réseaux sociaux. Heureux ceux qui savent briser cet asservissement du toujours connecté ! « Tout le malheur de l’homme vient de ce qu’il ne sait pas rester au repos dans sa chambre » (Blaise Pascal). Cela s’apprend. Éduquer à l’intériorité faite aussi partie des impératifs d’après crise. Sinon, nous fabriquerons des générations abruties de numérique compulsif, incapables de s’arrêter pour contempler, réfléchir, faire silence, sans avoir peur de la solitude.

moissac 

7. Réorienter la mondialisation

C’est l’une des conversions les plus spectaculaires de la crise ! Voilà que des mots auparavant tabous deviennent raisonnables. On entend Emmanuel Macron ou Édouard Philippe parler de relocalisations, de souveraineté nationale, d’indépendance, de productions vitales, planification d’État, de contrôle des frontières, voire même de nationalisations, et d’un ‘autre capitalisme’ ! La pandémie nous a mis sous les yeux les failles d’une mondialisation devenue folle : faire venir de Chine ou de si loin tant de produits essentiels, voyager autant en consommant tant d’énergie et en polluant autant, imbriquer nos économies au point d’en faire des colosses aux pieds d’argile, quelle folie !

Saurons-nous réformer le système actuel des échanges une fois la crise passée ?
Rien n’est moins sûr : la crise de 2008 devrait nous amener à transformer le système bancaire, et nous n’avons rien fait…

Rationalité économique et mondialisation

8. Réhabiliter le long terme

Que ferons-nous de cette épreuve ? dans Communauté spirituelle ThumbPara227187Pénurie de masques, de tests de dépistage, d’appareils de ventilation, de médicaments, de personnel ad hoc : la dégradation de notre santé publique est la conséquence de 40 ans de politiques court-termistes. La rentabilité financière, l’obsession du résultat comptable ont transformé nos services publics en entreprise soi-disant marchandes soumises à des impératifs qui n’ont plus rien à voir avec leur mission initiale. Or la santé n’est pas une marchandise ! De même l’éducation, la police, la culture etc. Le marché est incapable de raisonner à long terme. Il ne produit pas automatiquement le bien commun, au contraire ! On ne gouverne pas un hôpital comme une entreprise du CAC 40.

Réhabiliter le long-terme en politique et en économie après la crise demanderait tant de conversion que cela semble presque impossible, sauf à changer radicalement de système (et donc de leaders !).
En aurons-nous le courage ?

 

9. L’homme est bon, mais pas que.

518QjwEzp3L._SX373_BO1,204,203,200_ coronavirus dans Communauté spirituelleChaque soir à 20 heures nous applaudissons les soignants, véritable héros de guerre. Nous admirons à juste titre tous ceux qui, de l’hôtesse de caisse au livreur en passant par les éboueurs etc. se dévouent au risque de leur vie. Oui il y a des élans extraordinaires de solidarité, de don de soi, de générosité en ces temps difficiles. C’est la part lumineuse de l’homme. Mais les policiers ont également dressé 360 000 contraventions pour non-respect de confinement en 15 jours ; le marché noir des masques ou de la chloroquine profite aux mafias ; des États peu scrupuleux vont surenchérir pour les emporter sur le tarmac des aéroports ; certains voisins veulent éloigner les soignants de leur immeuble par peur de la contamination etc. Les égoïsmes ne sont pas qu’individuels : des régimes autoritaires mentent à leur peuple sur l’état de santé du pays, l’Afrique et l’Inde vont devoir se débrouiller toutes seules, les riches fuient dans leur résidence secondaire au début du confinement sans souci de la dissémination du virus (plus d’un million de parisiens ont rejoint le 16 Mars la Bretagne, l’Île de Ré ou le Lavandou !) etc. La pandémie met en lumière quelque chose de très banal en fait : chacun de nous est capable du meilleur comme du pire, l’homme est bon grain et ivraie inextricablement mêlés. Loin de la vision rousseauiste de l’homme qui voudrait nous faire croire que c’est la société qui corrompt la bonté foncière de l’homme, loin également des pessimistes et des cyniques ne voyant en l’homme qu’une bête à contenir, ce temps de crise nous redit que l’homme est mélangé, et qu’il faut en tenir compte avec réalisme. Manager un peuple comme un âne - à la carotte et au bâton - est indigne et inefficace. Faire l’impasse sur le mal, la méchanceté, l’égoïsme dont nous sommes capables serait une erreur tout aussi grande. L’Église catholique assume cette tension en affirmant que l’homme est à l’image de Dieu, même si cette image est troublée et déformée par le péché, dès les origines, se transmettant de génération en génération plus massivement qu’un virus hélas.
Impossible que cette dualité n’ait pas de conséquences dans la vie à société, en entreprise, en famille etc.

 

Une deux pistes supplémentaires pour les chrétiens.

10. Faire signe à tous.

Si l’Église doit être « sacrement du salut » (Vatican II), elle doit être un signe public de compassion, de fraternité, de don de soi. Cela passe par le Secours catholique, Emmaüs, les hôpitaux et les écoles catholiques, les réseaux au plus près des souffrants etc. Cela passe également par une parole publique forte dont nous manquons cruellement : pour éclairer la situation, encourager le bien, soutenir l’espérance, mobiliser les énergies, dénoncer les mensonges.

 

11. Ne pas recourir à la pensée magique pour expliquer ou encore moins traiter l’épidémie.

Dieu n’est pour rien là-dedans ! S’il y a un lien avec le péché humain, c’est notre manque de sagesse et d’intelligence pour gouverner le monde en évitant ce genre de propagation. Mais un virus n’a rien d’un châtiment divin. Et ni la prière (souvenez-vous qu’un culte évangélique de 2000 personnes a disséminé le virus dans toute la France à partir de Mulhouse), ni les pèlerinages, ni les processions, ni les médailles miraculeuses ou autres pratiques superstitieuses ne pourront protéger ! Ne reproduisons pas les erreurs de l’Église des crises passées qui essayait d’instrumentaliser la peste, la grippe ou les catastrophes naturelles pour asseoir son emprise…

Image associée

 

Cette liste de chantiers à la Prévert n’est pas exhaustive. Le pape François nous invite la créativité :

« Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance. »

On croirait entendre Paul : « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8,28).

Préparons dès maintenant l’après-crise, sinon tout reprendra très vite comme si de rien n’était…

 

Mots-clés : , , , , ,
12