L'homelie du dimanche

10 septembre 2018

Le vertige identitaire

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Le vertige identitaire

 

Homélie pour le 24° dimanche du temps ordinaire / Année B
16/09/2018

Cf. également :

Yardén : le descendeur
Prendre sa croix
Croire ou agir ? La foi ou les œuvres ?
Faire ou croire ?
Jésus évalué à 360°
De l’art du renoncement
C’est l’outrage et non pas la douleur
Prendre sa croix chaque jour


Qui suis-je ?

Le vertige de cette question ne vous a-t-il jamais effleuré ?

Le doute sur votre identité la plus personnelle ne vous a-t-il jamais troublé ? Sous un ciel de nuit constellée d’étoiles, la conscience de notre fragilité peut nous faire crier d’émerveillement : « qu’est-ce que l’homme, Seigneur, pour que tu penses à lui ? » (Ps 144,3) ou au contraire de désespoir : « l’homme n’est qu’une herbe changeante. Le matin elle fleurit ; le soir elle est fanée, desséchée » (Ps 90,5-6).


L’avis des autres

Tout Fils qu’il est, Jésus lui aussi a dû se battre avec cette question existentielle, d’autant plus lancinante pour lui qu’elle touchait à une double raison d’être : en Dieu, et parmi les hommes. Lorsqu’il demande à ses disciples : « pour vous, qui suis-je ? » à Césarée de Philippe, on peut y entendre l’écho de cette quête intérieure, et l’on devine que les trente  années à Nazareth ont été largement habitées par cette interrogation.

Ce n’est pas un examen scolaire qu’il ferait passer à ses lieutenants : « qui a la bonne réponse ? » C’est vraiment l’aide qu’un ami demande ses amis : « pouvez-vous me dire ce que vous percevez de moi ? J’en ai besoin pour intégrer vos avis dans la conscience que j’ai de moi-même. »

Dessin-PiemRecueillir les opinions des autres sur moi, croiser leur regard sur ma personnalité : tout bon coach d’entreprise vous fera faire une tonne d’exercices là-dessus, et vous livrera des dizaines de recettes pour devenir plus performant au boulot grâce à ces techniques de développement personnel. Cela n’est peut-être pas inutile. Mais il est question de bien autre chose ici : Jésus, conscient que sa Passion approche, veut être ré-assuré sur ses appuis fondamentaux, sinon la violence, l’exclusion et la dérision le feront chanceler et  trahir.

Qui suis-je pour juger ?Ceux qui ne se posent jamais cette question deviennent froids et insensibles. Hitler y avait répondu trop vite en s’imaginant une fois pour toutes dans son délire être le Messie aryen d’un homme nouveau pour une Europe nouvelle. Staline a hésité, notamment les jours suivant l’invasion de la Russie par les troupes nazies où il pensait démissionner. Mais ses camarades du Politburo lui ont répondu : « tu es le seul chef du parti, le seul sauveur de la mère patrie ». La folie d’Hitler l’isolait de ses proches et l’empêchait d’écouter ce que ses généraux ou autres allemands réalistes voulaient lui transmettre. Le système communiste à l’inverse a statufié Staline dans son personnage historique et il a hélas endossé ce rôle à l’extrême.
« Qui suis-je pour ordonner la solution finale ? » « Qui suis-je pour déporter au goulag par millions ceux qui s’opposent à moi ? » S’ils s’étaient posé ce genre de questions, avec lucidité et conscience droite, aidés par de vrais amis leur apportant des éléments de réponse objective, ils n’auraient peut-être pas basculé dans leur folie destructrice…

Même les monarques absolus en France avaient leur bouffon, et le bouffon du roi avait  toute liberté pour faire remonter au souverain ses travers, ses erreurs, ses défauts… « Pour qui te prends-tu ? Tu veux jouer à Dieu sur terre, alors que tu n’es qu’un Bourbon mal fini ! » « Qui es-tu pour te prendre pour le soleil en personne ? »
Un esclave accompagnait toujours l’empereur romain qui défilait triomphalement dans les rues de Rome après une victoire : « souviens-toi que tu es mortel », devait-il lui murmurer sans cesse à l’oreille derrière lui tout en tenant la couronne de lauriers, afin de lui éviter la démesure (hybris en grec) en se prenant pour un autre que lui-même.


Le silence et la solitude, à l’écart

Le vertige identitaire dans Communauté spirituelle jesusdesert-homme-vision2Jésus n’avait pas que l’enquête auprès de ses disciples pour mieux cerner son identité personnelle. Les évangélistes le mentionnent souvent aller à l’écart, rester seul une partie de la nuit, prier sur la montagne ou au désert. Nul doute que ces moments de silence et de solitude ont été déterminants pour sa réponse.

N’espérons pas nous non plus savoir qui nous sommes sans prendre ce temps du retrait, silencieux et solitaire. C’est la distance nécessaire à prendre pour décoller de nos œuvres, pour ne pas nous identifier à nos actes, pourrait trouver en nous le souffle si subtil de l’Esprit de Dieu, notre intime.

Celui qui ne fait qu’agir ressemblera très vite à l’un de ces canards à qui on a coupé le cou et qui continue à courir en tous sens. Le véritable homme d’action sait ne rien faire, a appris à banaliser des plages de son agenda pour n’avoir rendez-vous qu’avec lui-même. Il sait que lire, marcher, philosopher, méditer seul face à la nature ou la table de son écritoire est indispensable pour ne pas se dessécher et se vider jusqu’à devenir creux.


Les Écritures

-careme2017-lapinbleu-40dimanche6bL’avis des autres, la solitude et la prière… : Jésus a également appris qui il était en scrutant les Écritures comme les juifs le font depuis des millénaires. Il a chanté les cris des psaumes ; il s’est reconnu dans le Serviteur souffrant d’Isaïe dont notre première lecture (Is 50, 5-9) nous donne un portrait de résistant non-violent que Jésus fera sien (« je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats… »). Il a découvert l’attente messianique d’Israël et chaque fibre de son être a vibré au portrait des prophètes, jusqu’au grand prophète espéré depuis Moïse.

N’espérons pas savoir qui nous sommes en réalité, devant Dieu, sans scruter les Écritures avec le Christ. Certains textes nous bouleverseront tant que rien ne sera plus comme avant. Certains passages nous brûleront au fer rouge, et leur marque nous accompagnera dans nos choix de vie mieux qu’un tatouage ou un matricule. La petite musique biblique deviendra notre toile de fond sur laquelle nous peindrons nos paysages. La Bible est un révélateur de l’identité de chacun. Elle nous dit qui nous sommes. Elle me renvoie mon image, contrastée  et multiple.

 

Nos compagnons de route, le silence dans la solitude, la Bible scrutée avec passion : voilà au moins trois pistes pour creuser cette question à laquelle nous n’avons jamais répondu définitivement : « qui suis-je ? » Comme l’écrivait Rilke à un jeune poète, le plus important n’est peut-être pas la réponse, mais le fait même de se laisser habiter et transformer par cette question mystérieuse.

Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère. Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les « vivre ». Et il s’agit précisément de tout vivre.
Ne vivez pour l’instant que vos questions.
Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses.
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète, Lettre n° 4 du 16/07/1903.

D’ailleurs, lorsque Dieu lui-même doit parler suite à la question de Moïse sur son identité : « qui es-tu ? », sa réponse n’en est pas vraiment une. YHWH : je serai qui je serai… Autrement dit : ne cherche pas à m’enfermer dans un nom, une identité close. Ne crois pas me connaître en m’appelant Adonaï, El Shaddaï, Seigneur ou Allah (d’ailleurs, le Tétragramme YHWH ne se prononce pas, car nul n’a prise sur l’identité divine). Marche humblement avec moi et tu verras en cours de route qui je suis.

Prenons le temps cette semaine de poser cette question de confiance à un proche, un collègue : « pour toi, qui suis-je ? »

 

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient » (Is 50, 5-9a)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. Il est proche, Celui qui me justifie. Quelqu’un veut-il plaider contre moi ? Comparaissons ensemble ! Quelqu’un veut-il m’attaquer en justice ? Qu’il s’avance vers moi ! Voilà le Seigneur mon Dieu, il prend ma défense ; qui donc me condamnera ?

Psaume
(Ps 114 (116 A), 1-2, 3-4, 5-6, 8-9)
R/ Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants. ou : Alléluia ! (Ps 114, 9)

J’aime le Seigneur :
il entend le cri de ma prière ;
il incline vers moi son oreille :
toute ma vie, je l’invoquerai.

J’étais pris dans les filets de la mort,
 retenu dans les liens de l’abîme,
j’éprouvais la tristesse et l’angoisse ;
j’ai invoqué le nom du Seigneur :
« Seigneur, je t’en prie, délivre-moi ! »

Le Seigneur est justice et pitié,
notre Dieu est tendresse.
Le Seigneur défend les petits :
j’étais faible, il m’a sauvé.

Il a sauvé mon âme de la mort, 
gardé mes yeux des larmes
 et mes pieds du faux pas.
Je marcherai en présence du Seigneur
sur la terre des vivants.

Deuxième lecture
« La foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (Jc 2, 14-18)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. En revanche, on va dire : « Toi, tu as la foi ; moi, j’ai les œuvres. Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi. »

Évangile
« Tu es le Christ… Il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup » (Mc 8, 27-35) Alléluia. Alléluia.
Que la croix du Seigneur soit ma seule fierté ! Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. Alléluia. (Ga 6,14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. » Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. » Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne. Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. »
Patrick BRAUD

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2 novembre 2016

Mourir pour une côtelette ?

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Mourir pour une côtelette ?

Homélie pour le 32° dimanche du temps ordinaire / Année C
06/11/2016

Cf. également :

Le devoir de désobéissance civile

Aimer Dieu comme on aime une vache ?

N’avez-vous pas lu dans l’Écriture ?

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Un récent sondage (Sondage du 19/09/2016 réalisé par l’IFOP pour le JDD) a affolé le
s médias : environ 30 % des musulmans de France déclarent que, à leurs yeux, la loi islamique (la charia) est au-dessus de la loi de la République !

Est-ce une spécificité musulmane ? Faut-il en avoir peur ?

La contestation juive de l’idolâtrie politique

Afficher l'image d'origineNotre première lecture (2Ma 7, 1-2.9-14) nous raconte l’histoire d’une famille entière – 7 enfants – qui préfère mourir un par un plutôt que d’obéir aux lois scélérates de l’autorité politique de l’époque. « Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères ». Le roi voulait les obliger à manger du porc : quelle idée !? Pourquoi s’acharner à faire manger du porc ? Sans doute pour éliminer toute trace de différence au sein du peuple. Pour ne pas avoir des comportements déviants qui donneraient des idées à d’autres. C’est d’ailleurs une des raisons de l’islam au pouvoir pour imposer en terre musulmane l’inverse : en obligeant… à ne pas manger de porc (ou à ne pas boire d’alcool) ! La peur de la différence repose sur l’idée folle d’une unité absolue. Des pratiques différentes, même ultra minoritaires, risquent  fort aux yeux des oulémas actuels comme à ceux du roi perse de notre lecture de fissurer l’unanimité du peuple, de devenir contagieux en répandant l’idée qu’après tout, il y a d’autres manières de croire et de pratiquer que la leur…

Tout pouvoir politique, qu’il vienne de la monarchie, de la démocratie ou du fédéralisme ou du parti unique, a tendance à devenir idolâtre. Il croit qu’il est au-dessus de tout pouvoir, que ses lois sont au-dessus de toutes les lois. Il ne supporte pas la contestation de sa toute-puissance. Et voilà qu’une frêle famille juive, suivie par des milliers de martyrs d’Israël, va mettre en échec cette prétention absolue en résistant, en désobéissant, en osant dire non. Chacun des sept enfants préférera mourir plutôt que d’obéir à la loi inique les obligeant à renier leur foi. Mourir pour une côtelette de porc, ou plutôt pour ne pas en manger : cela peut paraître absurde pour un non-juif, mais pour eux c’est une question d’identité et de fidélité à Dieu, à soi-même [1]. Or le politique ne supporte pas qu’il y ait une autorité au-dessus de lui !

 

Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes

La désobéissance civile est inscrite dans la Bible.

Relisez le livre des martyrs d’Israël, mais également celui d’Esther, de Judith, et vous constaterez que la foi juive a toujours voulu empêcher le politique de se prétendre Dieu. Les prophètes avaient commencé ce travail de l’intérieur de la monarchie juive, en la critiquant ouvertement et violemment chaque fois qu’elle s’écartait de la Torah, c’est-à-dire très souvent…

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Les chrétiens ont hérité de ce tempérament rebelle. Avec douceur et amour des ennemis, ils ont préféré pendant trois siècles être déchiquetés par les fauves du cirque romain plutôt que d’obéir à l’empereur en adorant des idoles ou en reniant leur foi. Cela commence dès le lendemain de la résurrection : les apôtres furent roués de coups de bâtons parce qu’ils prêchaient la seigneurie de Jésus. Mais eux continuaient, et se réjouissait d’avoir été dignes de subir le fouet et l’humiliation pour le nom de Jésus. « Mieux vaut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29) : cette phrase est devenue la maxime de la désobéissance civile qui est dans la foi chrétienne le garant de la liberté intérieure de chacun.

Catéchisme de l’Église Catholique n°2242 :
Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Évangile. Le refus d’obéissance aux autorités civiles, lorsque leurs exigences sont contraires à celles de la conscience droite, trouve sa justification dans la distinction entre le service de Dieu et le service de la communauté politique.
« Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » (Mt 22,21).
« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29).

On oublie trop facilement tous ces pays et toutes ces périodes de l’histoire où les chrétiens ont résisté, ont dit non au prince, au tyran, au roi, au président, au parti unique, justement parce qu’il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.

Comme l’islam n’est pour l’essentiel qu’une reprise arabe du message juif et chrétien, il n’est pas étonnant qu’il reprenne ce devoir de résistance au pouvoir politique lorsque celui-ci bafoue les droits de Dieu et de l’homme. Mais la particularité de l’islam fait de cette résistance quelque chose d’inquiétant : là où le Christ prône la non-violence (« tendre l’autre joue »), l’islam prône le djihad. Là où Jésus appelle à l’amour des ennemis, le Coran demande de les exterminer et Mohamed ne doit son expansion religieuse qu’à ses victoires militaires. Là où le texte fondateur (la Bible) pour les uns est une question d’interprétation et d’actualisation, le Coran est pour les autres au-dessus de toute discussion humaine qui voudrait l’adapter à aujourd’hui. Là où la Bible sépare le religieux et le politique (« rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »), le Coran proclame que le politique est toujours soumis (c’est le sens du mot islam) aux prescriptions coraniques qui doivent gouverner toute la vie sociale. Là où les martyrs chrétiens préfèrent perdre la vie pour rester fidèles, les djihadistes veulent tuer l’ennemi infidèle.

Alors oui, la désobéissance civile musulmane à la République peut inquiéter, si elle manifeste une visée intégraliste qui n’a pas renoncé à imposer sa vision du monde, la charia, à tout l’espace public. Tant que l’islam reste minoritaire, il essaie d’imposer sa loi sur de petits espaces géographiques ou culturels : des quartiers, des écoles, des familles. Mais lorsqu’il devient majoritaire, il veut que la charia remplace le Code civil et que le Coran soit au-dessus du vote populaire. Même les rares pays dits laïcs en terre musulmane (Turquie, Algérie) sont rattrapés par cette folie religieuse qui veut imposer à toute la société ce qui devrait rester un choix personnel (ramadan, voile, halal, pureté rituelle etc.).

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Désobéir sans imposer

L’originalité chrétienne (et juive) réside donc dans un entre-deux : ne pas s’aligner sur les modes de vie contemporains sous prétexte qu’ils sont majoritaires, ne pas imposer aux autres ce qu’on choisit pour soi.

Par exemple, un chrétien pourra fort bien ne pas choisir l’avortement si la question se pose dans son couple, mais il n’a pas le droit de l’imposer aux autres, à commencer par son conjoint. Sa seule force de persuasion sera l’amour et la raison. Jamais la violence ou la soumission. Vouloir imposer aux autres telle ligne de conduite est anti-évangélique. Par contre résister soi-même, jusqu’à la désobéissance civile, jusqu’au martyre s’il le faut, est un devoir spirituel et moral.

DésobéirÀ terme, une résistance durable, non violente, fondée, et respectueuse du droit des autres finira par porter du fruit et fera évoluer la législation en cause. On en a une trace dans l’objection de conscience par laquelle la République reconnaît ne pas pouvoir obliger un médecin à accomplir ce qu’il ne veut pas en conscience (une IVG, une euthanasie…), à condition qu’il n’empêche pas la demande de s’exercer ailleurs et autrement dans le cadre légal.

Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
Les martyrs de tous les temps ont signé cette phrase de leur sang.

On eût aimé plus de désobéissance à la République du temps de Laval et de Pétain, mais aussi du temps du colonialisme français porté par la III° République, du temps des marchands tout-puissants du commerce triangulaire etc…

 

À quoi, à qui devrez-vous dire non pour rester fidèle à vous-même ?

Cela se joue dans les relations de travail en entreprise, dans les jeux de pouvoir en famille, dans les bulletins de vote qui vont bientôt pleuvoir…

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 [1]. Rappelons que l’interdit du porc n’est pas hygiénique, comme veut le croire l’Occident, mais théologique. Le porc, comme une foule d’autres animaux, est impur pour les juifs et  les musulmans parce qu’il contredit la Création en ne respectant pas la séparation des espèces (pieds fourchus mais non ruminant; cf. Dt 14,7-8). Les chrétiens aboliront cette interdiction au nom de la Création nouvelle qui vient de la résurrection du Christ : en lui, un monde nouveau nous est donné, où tout est pur, sauf le mal qui sort du cœur de l’homme.

 

1ère lecture : « Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle » (2 M 7, 1-2.9-14)
Lecture du deuxième livre des Martyrs d’Israël
En ces jours-là, sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiocos voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite. L’un d’eux se fit leur porte-parole et déclara : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. » Le deuxième frère lui dit, au moment de rendre le dernier soupir : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. » Après cela, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver. » Le roi et sa suite furent frappés de la grandeur d’âme de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances. Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices. Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. »

Psaume : Ps 16 (17), 1ab.3ab, 5-6, 8.15

R/ Au réveil, je me rassasierai de ton visage, Seigneur. (Ps 16, 15b)

Seigneur, écoute la justice !
Entends ma plainte, accueille ma prière.
Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit,
tu m’éprouves, sans rien trouver.

J’ai tenu mes pas sur tes traces,
jamais mon pied n’a trébuché.
Je t’appelle, toi, le Dieu qui répond :
écoute-moi, entends ce que je dis.

Garde-moi comme la prunelle de l’œil ;
à l’ombre de tes ailes, cache-moi,
Et moi, par ta justice, je verrai ta face :
au réveil, je me rassasierai de ton visage.

2ème lecture : « Que le Seigneur vous affermisse « en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien » (2 Th 2, 16 – 3, 5)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens
Frères, que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien.
Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous. Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais, car tout le monde n’a pas la foi. Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal. Et, dans le Seigneur, nous avons toute confiance en vous : vous faites et continuerez à faire ce que nous vous ordonnons. Que le Seigneur conduise vos cœurs dans l’amour de Dieu et l’endurance du Christ.

Evangile : « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants »(Lc 20, 27-38)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Jésus Christ, le premier-né d’entre les morts, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles.
Alléluia. (Ap 1, 5a.6b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, quelques sadducéens – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus et l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a prescrit : Si un homme a un frère qui meurt en laissant une épouse mais pas d’enfant, il doit épouser la veuve pour susciter une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; de même le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »

Jésus leur répondit : « Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »
Patrick BRAUD

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13 avril 2013

Le devoir de désobéissance civile

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Le devoir de désobéissance civile

Homélie du 3° Dimanche de Pâques / Année C
14/04/2103

La première lecture de ce Dimanche nous remet en mémoire la désobéissance civile qui a présidé à la prédication de l’Église dès sa naissance.

Les apôtres en effet sont traînés devant le grand conseil juif, tribunal religieux de l’époque, quasi-précurseur des tribunaux islamiques actuels, et on leur reproche de « parler au nom de Jésus ». Plutôt que de faire profil bas pour ne pas avoir d’ennui, les apôtres persévèrent dans leur refus d’obéir à cette injonction du tribunal, quitte à risquer plus grave encore que les coups de fouet dont pourtant on les a gratifié !

C’est donc qu’au-dessus des lois, il y a la conscience.

Au-dessus des lois de l’Israël politiquement occupé par les romains, au-dessus de lois de Le devoir de désobéissance civile dans Communauté spirituelle quand_desobeir_devient_un_devoirl’empire romain, puis des monarchies et empires de toutes sortes, au-dessus des lois de la République quelle qu’elle soit, il y a la fameuse objection de conscience dont les premières générations de chrétiens se sont prévalu pendant trois siècles.

Adorer l’empereur et lui rendre un culte ? Plutôt mourir dans l’arène avec les lions.

Les martyrs chrétiens des trois premiers siècles et d’aujourd’hui suivent en cela la voie tracée par leurs frères juifs lors des persécutions de tout bord. Par exemple, lorsque le roi perse veut leur faire manger du porc, ils préfèrent être fouettés eux aussi, et suppliciés ? qui plus est devant leur mère ? plutôt que de renier la foi de leur pères (2 Macchabées 7).

La source de la liberté des juifs et des chrétiens s’enracine dans leur conviction non-violente qu’ « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes », selon la parole de Pierre uni aux apôtres (Ac 5,29).

 

Pour être rigoureux, il faut en même temps observer que Paul appelle à un respect des autorités civiles, essentiellement pour ne pas aggraver le cas des chrétiens persécutés depuis le début : « toute autorité vient de Dieu », écrit-il en Rm 13. Mais justement, l’exercice de ce pouvoir qui a été confié par Dieu à l’homme pour qu’il gère la cité de façon autonome peut dégénérer en tyrannie injustifiable.

En fait, tout au long des siècles, l’Église va osciller entre la sacralisation du pouvoir (à qui il faut obéir, parce qu’il « vient de Dieu ») et la contestation du pouvoir (lorsqu’il devient inique). Les martyrs ne diront pas autre chose : ils prient pour l’empereur, mais refusent de sacrifier aux idoles.

 

Rappelez-vous : pendant 3 siècles, nous avons désobéi !

Désobéi aux autorités juives de Jérusalem, qui interdisaient de prêcher la résurrection de Jésus.

Désobéi à l’empereur romain, qui voulait obliger à lui rendre un culte comme à un dieu.

Pendant 300 ans, nous avons été persécutés à cause de notre résistance spirituelle.

Nous osions contester l’inhumanité romaine.

Les martyrs préféraient mourir dans les jeux du cirque, être mis en prison, dénoncés, plutôt que de renier leur foi.

C’est d’ailleurs une des grandes différences historiques avec l’islam : aux premiers siècles de son expansion (7°-8° siècles), l’islam s’est répandu à la pointe du sabre de Mohamed et des ses tribus.

Les premiers musulmans étaient du côté des vainqueurs militaires.

Les premiers chrétiens étaient du côté des vaincus de l’histoire, des résistants qu’on élimine. Mais « le sang des martyrs est semence de chrétiens » (Tertullien), et 3 siècles de persécutions ont fait naître un christianisme où la figure du martyr contestant l’ordre établi était centrale.

Le principe d’objection de conscience (par exemple pour des médecins catholiques ne souhaitant pas pratiquer d’IVG) pour les chrétiens vient de cette époque où perdre la vie valait mieux que se soumettre à des lois injustes.

St Thomas d’Aquin, dans la droite ligne des Pères de l’Église, avait théorisé ce devoir de désobéissance en dénonçant les lois injustes, et en appelant les chrétiens à y résister ;

 

Somme Théologique, I-II Qu.96 a. 4 : Mais les lois peuvent être injustes de deux façons. D’abord par leur opposition au bien commun en s’opposant à ce qu’on vient d’énumérer, ou bien par leur fin, ainsi quand un chef impose à ses sujets des lois onéreuses qui ne concourent pas à l’utilité commune, mais plutôt à sa propre cupidité ou à sa propre gloire ; soit du fait de leur auteur, qui porte par exemple une loi en outrepassant le pouvoir qui lui a été confié ; soit encore en raison de leur forme, par exemple lorsque les charges sont réparties inégalement dans la communauté, même si elles sont ordonnées au bien commun. Des lois de cette sorte sont plutôt des violences que des lois, parce que « une loi qui ne serait pas juste ne paraît pas être une loi », dit S. Augustin. Aussi de telles lois n’obligent-elles pas en conscience, sinon peut-être pour éviter le scandale et le désordre; car pour y parvenir on est tenu même à céder son droit, selon ces paroles en S. Matthieu (Mt 6,40) : « Si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, accompagne-le encore deux mille pas; et si quelqu’un te prend ta tunique, donne-lui aussi ton manteau. »

 Les lois peuvent être injustes d’une autre manière : par leur opposition au bien divin ; telles sont les lois tyranniques qui poussent à l’idolâtrie ou à toute autre conduite opposée à la loi divine. Il n’est jamais permis d’observer de telles lois car, « il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes » (Ac 5,29).

D’ailleurs, la désobéissance au nom d’une autorité plus haute s’applique même au sein de l’Église !

Somme Théologique, II-II Qu.33 a. 7 : On ne doit pas obéir à un supérieur contre un précepte divin, selon cette parole des Actes (Ac 5,29) : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ».

Ce principe de désobéissance civile est formellement reconnu dans le catéchisme de l’Église catholique :

Catéchisme de l’Église catholique n° 2242 : « Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Évangile. Le refus d’obéissance aux autorités civiles, lorsque leurs exigences sont contraires à celles de la conscience droite, trouve sa justification dans la distinction entre le service de Dieu et le service de la communauté politique. « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » (Mt 22,21). « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29) ».

Cette contestation religieuse du politique est par essence non-violente (à la différence rappelons-le de la lutte armée que mena Mohammed contre les tribus idolâtres de l’Arabie). Les martyrs chrétiens ne veulent pas supprimer leurs adversaires, ni les forcer à changer. Non : ils témoignent (c’est le sens du mot martyr en grec) simplement qu’il existe une autre autorité plus haute que celle des lois humaines. Il sont prêts à se faire tuer (et non pas à tuer) pour attester de cette hiérarchie des valeurs.

Dans certains cas exceptionnels, cette désobéissance civile peut cependant aller jusqu’à prendre les armes s’il le faut, mais sous des conditions très strictes (essentiellement la légitime défense des plus faibles) :

Catéchisme n° 2243 : « La résistance à l’oppression du pouvoir politique ne recourra pas légitimement aux armes, sauf si se trouvent réunis les conditions suivantes:

(1) en cas de violations certaines, graves et prolongées des droits fondamentaux;

(2) après avoir épuisé tous les autres recours;

(3) sans provoquer des désordres pires;

(4) qu’il y ait un espoir fondé de réussite;

(5) s’il est impossible de prévoir raisonnablement des solutions meilleures. »

Devant des pouvoirs totalitaires par exemple, la simple protestation ne suffit pas. Devant les lois iniques d’Hitler ou de Staline, la lutte armée est le dernier recours, mais recours justifié.

Jean-Paul savait d’expérience combien un état totalitaire peut se servir de l’appareil législatif et administratif pour humilier et opprimer le peuple. Il écrivait  en 1991 :

Patrick Braud

Centesimus annus n° 45 : La culture et la pratique du totalitarisme comportent aussi la négation de l’Église.

L’État totalitaire, d’autre part, tend à absorber la nation, la société, la famille, les communautés religieuses et les personnes elles-mêmes. En défendant sa liberté, l’Église défend la personne, qui doit obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (cf. Ac 5,29), la famille, les différentes organisations sociales et les nations, réalités qui jouissent toutes d’un domaine propre d’autonomie et de souveraineté.La citation d’Ac 5,29 est devenue au fil du temps la référence obligée pour toute théologique politique affirmant la liberté de l’Église dans sa mission et dans l’exercice de la liberté personnelle de chacun. L’État, ou le parti, qui considère qu’il peut réaliser dans l’histoire le bien absolu et qui se met lui-même au-dessus de toutes les valeurs, ne peut tolérer que l’on défende un critère objectif du bien et du mal qui soit différent de la volonté des gouvernants et qui, dans certaines circonstances, puisse servir à porter un jugement sur leur comportement. Cela explique pourquoi le totalitarisme cherche à détruire l’Église ou du moins à l’assujettir, en en faisant un instrument de son propre système idéologique.

Le Concile Vatican II a rappelé que le choix des martyrs (désobéir quitte à mourir plutôt que de renier sa foi) était encore celui d’innombrables chrétiens au XX° siècle :

Dignitatis Humanae n°11 (1965) : Comme leur Maître, les apôtres reconnurent, eux aussi, l’autorité civile légitime : « Que chacun se soumette aux autorités en charge … Celui qui résiste à l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu » Rm 13,1-2.
Mais, en même temps, ils ne craignent pas de s’opposer au pouvoir public qui s’opposait lui-même à la sainte volonté de Dieu : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » Ac 5,29. Cette voie, d’innombrables martyrs et fidèles l’ont suivie en tous temps et en tous lieux.

Après Vatican II, Jean-Paul II puis Benoît XVI ont maintes fois réaffirmé ce principe moral :

1993 Veritatis Splendor n° 76 : C’est justement l’honneur des chrétiens d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes Ac 4,19; Ac 5,29 et, pour cela, d’accepter même le martyre, comme l’ont fait des saints et des saintes de l’Ancien et du Nouveau Testament, reconnus tels pour avoir donné leur vie plutôt que d’accomplir tel ou tel geste particulier contraire à la foi ou à la vertu.

 

1990 Redemptoris Missio n° 85 : D’autre part, les jeunes Églises ressentent le problème de leur identité, de l’inculturation, de la liberté de croître en dehors de toute influence extérieure, avec comme conséquence possible de fermer la porte aux missionnaires. À ces Églises, je dis : loin de vous isoler, accueillez volontiers les missionnaires et l’aide des autres Églises, et envoyez-en vous-mêmes dans le monde ! C’est précisément en raison des problèmes qui vous préoccupent que vous avez besoin de rester en relations constantes avec vos frères et soeurs dans la foi. Par tout moyen légitime, faites valoir les libertés auxquelles vous avez droit, en vous souvenant que les disciples du Christ ont le devoir d’ « obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29).

 

1995 Evangelium Vitae n° 73 : L’avortement et l’euthanasie sont donc des crimes qu’aucune loi humaine ne peut prétendre légitimer. Des lois de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave et précise de s’y opposer par l’objection de conscience. Dès les origines de Église, la prédication apostolique a enseigné aux chrétiens le devoir d’obéir aux pouvoirs publics légitimement constitués Rm 13,1-7; 1P 2,13-14, mais elle a donné en même temps le ferme avertissement qu’ « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » Ac 5,29.

Et le Catéchisme de l’Église catholique avait repris :

Catéchisme n° 450 : Dès le commencement de l’histoire chrétienne, l’affirmation de la seigneurie de Jésus sur le monde et sur l’histoire (cf. Ap 11,15) signifie aussi la reconnaissance que l’homme ne doit soumettre sa liberté personnelle, de façon absolue, à aucun pouvoir terrestre, mais seulement à Dieu le Père et au Seigneur Jésus-Christ : César n’est pas « le Seigneur » (cf. Mc 12,17; Ac 5,29).

 

Catéchisme n° 2256 : Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l’ordre moral. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29).

Les premiers chrétiens ne criaient pas : « Indignez-vous ! »
Ils affirmaient tranquillement et avec force : « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29).
Et ils étaient même « tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus »? (Ac 5,41)

Ne faudrait-il pas retrouver en Europe (car les chrétiens persécutés dans les autres continents ne le savent hélas que trop),  le courage de cette résistance spirituelle ?

 

 

1ère lecture : Les Apôtres persécutés à Jérusalem (Ac 5, 27b-32.40b-41)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Les Apôtres comparaissaient devant le grand conseil ; le grand prêtre les interrogea : « Nous vous avions formellement interdit d’enseigner le nom de cet homme-là, et voilà que vous remplissez Jérusalem de votre enseignement. Voulez-vous donc faire retomber sur nous le sang de cet homme ? »
Pierre, avec les Apôtres, répondit alors : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le pendant au bois du supplice. C’est lui que Dieu, par sa puissance, a élevé en faisant de lui le Chef, le Sauveur, pour apporter à Israël la conversion et le pardon des péchés. Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. »
On interdit alors aux Apôtres, après les avoir fouettés, de parler au nom de Jésus, puis on les relâcha. Mais eux, en sortant du grand conseil, repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus.

Psaume : Ps 29, 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t’exalte, Seigneur, toi qui me relèves.

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri ;
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles, 
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté toute la vie.

Avec le soir viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon c?ur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi ;
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

2ème lecture : Gloire à l’Agneau immolé ! (Ap 5, 11-14)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, dans ma vision, j’ai entendu la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens : ils étaient des millions, des centaines de millions.
Ils criaient à pleine voix : « Lui, l’Agneau immolé, il est digne de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et bénédiction. »
Et j’entendis l’acclamation de toutes les créatures au ciel, sur terre, sous terre et sur mer ; tous les êtres qui s’y trouvent proclamaient : « À celui qui siège sur le Trône, et à l’Agneau, bénédiction, honneur, gloire et dominationpour les siècles des siècles. »
Et les quatre Vivants disaient : « Amen ! » et les Anciens se prosternèrent pour adorer.

Evangile : Apparition au bord du lac : la pèche miraculeuse (brève : 1-14) (Jn 21, 1-19)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Christ est ressuscité, le Créateur de l’univers, le Sauveur des hommes. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord du lac de Tibériade, et voici comment.
Il y avait là Simon-Pierre, avec Thomas (dont le nom signifie : Jumeau), Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, ils passèrent la nuit sans rien prendre.
Au lever du jour, Jésus était là, sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus les appelle : « Les enfants, auriez-vous un peu de poisson ? » Ils lui répondent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le ramener, tellement il y avait de poisson. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre l’entendit déclarer que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. Les autres disciples arrivent en barque, tirant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres.
En débarquant sur le rivage, ils voient un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ce poisson que vous venez de prendre. » Simon-Pierre monta dans la barque et amena jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré.
Jésus dit alors : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche, prend le pain et le leur donne, ainsi que le poisson.
C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.
Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »
Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »
Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m’aimes ? » Pierre fut peiné parce que, pour la troisième fois, il lui demandait : « Est-ce que tu m’aimes ? » et il répondit : « Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »
Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Puis il lui dit encore : « Suis-moi. »
Patrick Braud

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