L'homelie du dimanche

3 février 2016

Du hérisson à la sainteté, puis au management

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Du hérisson à la sainteté, puis au management

 

Cf. également :

Porte-voix embarqué

Dieu en XXL 

Homélie du 5° dimanche du temps ordinaire / Année C
07/02/2016

 

La juste distance

Connaissez-vous la parabole des porcs-épics ? (également connue sous le nom de dilemme du hérisson) On la doit à Schopenhauer, philosophe réputé extrêmement pessimiste sur la nature humaine.

« Par une froide journée d’hiver un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable.

Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau.  La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. En Angleterre on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance : Keep your distance ! Par ce moyen le besoin de se réchauffer n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais, en revanche, on ne ressent pas la blessure des piquants. Cependant celui qui possède assez de chaleur intérieure propre préfère rester en dehors de la société pour ne pas éprouver de désagréments, ni en causer. »
Schopenhauer, Parerga & Paralipomena, Aphorisme sur la sagesse dans la vie.

L’enjeu pour les porcs-épics que nous sommes est donc de trouver la juste distance, ni trop près, car on se blesse en étant les uns sur les autres tout le temps, ni trop loin car sinon on meurt de froid seul dans la nuit…

La juste distance entre Dieu et l’homme semble bien être au coeur des lectures de ce dimanche, avec par ricochet la question de la juste distance entre nous.

 

Ancien Testament : la sainteté par séparation

Afficher l'image d'origineIsaïe est le témoin étonné de la gloire de Dieu dans son Temple. Il s’écrit : « Saint, saint, saint ! » [1], ce qui deviendra notre acclamation liturgique chrétienne au cours de la prière eucharistique. La sainteté dont témoigne Isaïe n’est pas ici la perfection morale. Le terme hébreu qadosh désigne en réalité la séparation, la distance d’un être avec les autres. Isaïe chante que Dieu est séparé des hommes, c’est-à-dire qu’il est le Tout-Autre, le radicalement différent à qui rien ne peut être comparé, tellement il est loin de toute représentation humaine.

Les pharisiens, ou les hassidims d’aujourd’hui, ont absolutisé cette logique de séparation : il se croit impurs dès qu’ils touchent des objets ou des personnes non pures, au risque de confondre sainteté et isolement superbe.

Pourtant, aussi séparé que soit le Dieu d’Israël, il se donne à voir à Isaïe, à Moïse (même si c’est de dos seulement). Sa gloire (la Shekina) remplit le Temple de Jérusalem : il n’est donc pas inaccessible !

Être autre tout en restant proche.

Être différent sans se couper des autres.

Être séparé, mis à part, sans s’isoler.

C’est cela la sainteté de Yahvé : si loin et pourtant si familier, tellement au-dessus de l’homme et pourtant son intime…

Cette sainteté divine rejaillit sur le peuple : séparé des autres nations (notamment grâce à la circoncision, au shabbat, à la cashrout, à la Torah…), Israël témoigne de la radicale altérité du Dieu de l’univers sans pour autant s’isoler des autres nations, mais les invitant au contraire à conclure leur propre alliance avec Yahvé comme eux l’ont fait avec lui.

Cette sainteté par séparation devient pour Israël une responsabilité envers les autres cultures et les civilisations. Le peuple est mis à part et choisi pour témoigner du Dieu unique et ainsi offrir le salut à tous. « Le salut vient des juifs » dira ainsi Jésus dans l’Évangile de Jean.

 

Nouveau Testament : la juste communion

Porte-voix embarqué dans Communauté spirituelle pecheDans le nouveau testament, et singulièrement dans notre passage de la pêche miraculeuse, on voit Jésus vivre lui-même le dilemme du hérisson… S’il reste au milieu de cette foule qui lui fait fête, il va en être écrasé, submergé. S’il la quitte, il va la laisser mourir de faim. Alors, pour mieux entrer en communion avec eux, il prend un peu de distance, juste ce qu’il faut sur le lac pour que sa voix porte à nouveau grâce à l’amplification naturelle de l’eau de Tibériade. En montant dans la barque de André et Simon, Jésus se sépare de l’appétit immédiat de la foule voulant le faire roi et se gaver de miracles. Mais ce n’est pas pour fuir et l’abandonner. C’est au contraire pour mieux la nourrir, grâce à son enseignement, sa parole pouvant se propager à tous sur les rives du lac.

La sainteté dont vit Jésus est bien celle de YHWH, séparé des hommes, pour mieux entrer en communion avec Dieu. L’accent mis sur la communion entre Dieu et l’homme est évidemment plus fort dans le nouveau testament que dans l’ancien, car en la personne de Jésus cette juste distance se vit dans la chair humaine, « sans séparation ni confusion » dira le concile de Nicée.

Le Christ vit une sainteté « de hérisson », ni trop loin pour ne pas étouffer, ni trop près pour ne pas nous abandonner…

 

Sainteté familiale

Afficher l'image d'origineLa transposition à nos responsabilités ordinaires est alors très facile.

La famille par exemple : les parents ont toujours un vrai et long chemin à faire pour accepter que leurs enfants se séparent d’eux progressivement. Tout en les  nourrissant avec le meilleur d’eux-mêmes, ils apprennent à renoncer à leur rêve  inconscient de les modeler sur eux-mêmes, de les dominer en les orientant à leur manière etc. Même les parents de Jésus ont dû faire ce travail sur eux-mêmes (cf. l’épisode de la fugue de Jésus au Temple de Jérusalem par exemple).

La vraie sainteté des parents n’est donc pas d’être parfaits, mais d’ajuster sans cesse la distance entre les membres de la famille, pour être unis sans s’étouffer, se réchauffer sans se faire du mal.

 

Le management de proximité

Afficher l'image d'origineUn autre lieu d’application de cette sainteté par séparation / communion est le management en entreprise.

Car bien des managers sont tentés par les deux excès : soit - à l’ancienne - être très directifs, descendants, sans aucune proximité avec leurs équipes ; soit partager au plus près la vie de leurs équipes sans aucune distance. Entre autoritarisme et copinage, bien des managers hésitent…

Les premiers ne mangent jamais avec les employés, ne leur partagent ni informations ni questions stratégiques. Ils sont sur une autre planète, tellement à part qu’ils ne peuvent plus écouter et comprendre les questions ordinaires de leurs équipes. En plus, leur salaire (dès qu’il est trois à quatre fois supérieur, ce qui arrive vite hélas…) les fait vivre dans un autre monde où ils ne rencontrent jamais ceux qui survivent autour du SMIC. Leurs vacances ne sont pas les mêmes, ni leurs loisirs, ni les écoles des enfants etc. Ils n’ont pas grand-chose en commun et parlent sur leurs employés, mais pas avec; ils les écoutent encore moins. Ils ont tendance à s’appuyer sur leur expertise (du produit, du métier) plus que sur la compétence de l’équipe dont ils sont loin. Or expertise et compétence managériale sont deux choses bien différentes. Ils se laissent absorber par le reporting au détriment de la relation d’accompagnement. Ils sont en général orientés objectifs, résultats économiques en priorité sinon exclusivement.

Les seconds managers, en pratiquant le copinage, en confondant proximité et identité, font les mêmes tâches que leurs équipes pour montrer qu’ils sont avec eux. Ils ont du mal à assumer les décisions d’autorité (augere en latin = agrandir, augmenter) qui seraient nécessaires au développement de chacun et de tous. Ils se déchargent sur les employés au nom d’une soi-disant permission d’autonomie, mais qui n’est en réalité qu’une délégation-abandon (« se refiler le singe » dit-on couramment).

Le vrai manager de proximité fait donc lui aussi l’expérience du dilemme du hérisson : différent pour mieux servir l’équipe, proche pour sentir les choses avec elle et servir son potentiel. Il sera plutôt orienté relation, accompagnement [2].

Un manager de proximité sera reconnu même s’il ne maîtrise pas les activités techniques de son équipe, car son autorité ne viendra pas de son expertise, mais de la confiance de l’équipe, et de sa capacité à la faire monter en puissance.

La question de la juste distance managériale se redouble lorsqu’on considère que tout manager de proximité à lui-même un N+1 avec qui établir une relation de ce type !

 

Bref, le dilemme séparé / en communion qui est présent au coeur de la sainteté divine est également à l’oeuvre dans nos familles, dans nos entreprises.

Du qadosh hébreu au Trisagion grec (« saint, saint, saint ! »), la question de la juste distance, de la vraie proximité, permet de nous aider à assumer toutes les  responsabilités, les autorités qui sont les nôtres.

 

Finalement, de la sainteté au management il n’y a qu’un pas ! Celui de la communion à l’unique sainteté du dieu trois fois saint.

Et on vient même à rêver qu’il y ait de la sainteté dans le management…

 


[1]. L’expression « saint, saint, saint… » apparaît deux fois dans la Bible, une fois dans l’Ancien Testament (Is 6,3) et une fois dans le Nouveau Testament (Ap 4,8). Ces deux phrases sont dites ou chantées par les créatures célestes, et les deux fois, elles apparaissent dans une vision d’un homme qui est transporté devant le trône de Dieu : premièrement, le prophète Isaïe et ensuite l’apôtre Jean.

[2]. Pour Rémi Juët (La Boîte à outils du manager, 2014), le rôle d’un manager de proximité est de créer une dynamique relationnelle propice au développement de l’énergie de ses collaborateurs, et à leur progression, c’est-à-dire : développer et maintenir la motivation de ses collaborateurs ; développer leurs compétences ; mieux communiquer ; mener un entretien annuel ; mobiliser l’équipe ; exercer son autorité ; conduire le changement.
 
 

 

 

1ère lecture : « Me voici : envoie-moi ! » (Is 6, 1-2a.3-8)
Lecture du livre du prophète Isaïe

L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ; les pans de son manteau remplissaient le Temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils se criaient l’un à l’autre : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire. » Les pivots des portes se mirent à trembler à la voix de celui qui criait, et le Temple se remplissait de fumée. Je dis alors : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » L’un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Il l’approcha de ma bouche et dit : « Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné. » J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? » Et j’ai répondu : « Me voici : envoie-moi ! »

Psaume : Ps 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 4-5, 7c-8

R/ Je te chante, Seigneur, en présence des anges. (cf. Ps 137, 1c)

De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce :
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
vers ton temple sacré, je me prosterne.

Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
Le jour où tu répondis à mon appel,
tu fis grandir en mon âme la force.

Tous les rois de la terre te rendent grâce
quand ils entendent les paroles de ta bouche.
Ils chantent les chemins du Seigneur :
« Qu’elle est grande, la gloire du Seigneur ! »

Ta droite me rend vainqueur.
Le Seigneur fait tout pour moi !
Seigneur, éternel est ton amour :
n’arrête pas l’œuvre de tes mains.

2ème lecture : « Voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez » (1 Co 15, 1-11)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée ; cet Évangile, vous l’avez reçu ; c’est en lui que vous tenez bon, c’est par lui que vous serez sauvés si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants.

Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze ; ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont endormis dans la mort –, ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres. Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis.

Car moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Église de Dieu. Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et sa grâce, venant en moi, n’a pas été stérile. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi.

Bref, qu’il s’agisse de moi ou des autres, voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez.

Evangile : « Laissant tout, ils le suivirent » (Lc 5, 1-11)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
« Venez à ma suite, dit le Seigneur, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »
Alléluia. (Mt 4, 19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth. Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules. Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. » Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. » Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer. Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient. à cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. » En effet, un grand effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. » Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.
Patrick BRAUD

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5 août 2015

Le caillou et la barque

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Le caillou et la barque

 

Homélie du 19° dimanche du temps ordinaire / Année B
09/08/2015

 

« Imitez Dieu »

Paul n’y va pas par quatre chemins : « cherchez à imiter Dieu » (Ep 4,30- 5,2).

Il est fou de mettre la barre si haut !

On n’est pas des héros, et Dieu est inaccessible comme le rappelle Jésus dans notre évangile : « personne n’a jamais vu le Père ». Comment imiter quelqu’un qu’on ne voit pas ? Le mimétisme repose sur la reproduction de ce qui est vu et entendu. C’est ainsi que les bébés apprennent à sourire, à parler, à marcher… Mais Dieu est invisible ! Et lui c’est lui, nous c’est nous. C’est littéralement surhumain que d’essayer d’agir comme Dieu !

Comment sortir de cette aporie ?

 

Le Christ, icône de Dieu

Le caillou et la barque dans Communauté spirituelle 34524632dieu-jesus-et-l-esprit-saint-jpgLa solution chrétienne à cette impasse est assez élégante. Oui, Dieu est invisible, mais en Jésus de Nazareth il s’est donné à voir, à toucher, à suivre. Dans les évangiles, nous voyons le Christ incarner dans ses gestes, ses paroles, ses attitudes, l’amour même qu’est Dieu. Il accueille les damnés de la terre, il fréquente les intouchables, il est saisi de compassion et guérit autant qu’il peut les malades. Sa vie et son exemple sont si concrets qui nous est facile de savoir en le regardant comment Dieu se comporte. « Qui m’a vu a vu le Père ».

Pourtant, savoir n’est pas encore faire de même.

Nous voyons le Christ pardonner, et nous avons du mal à l’imiter.

Nous le voyons soigner le soldat venu l’arrêter, aller jusqu’à aimer ses bourreaux qui le crucifient, et là nous disons : stop ! Je ne suis pas le bon Dieu, je ne peux pas aller jusque-là…

 

Le caillou et la barque

Alors comment pratiquer ce que Paul commande ? « Vivez ».

Peut-être en voyant en Jésus de Nazareth un passeur plus qu’un modèle.

 Un jour, un chef scout interrogeait un louveteau qui préparait sa promesse :

-  Si je prends un caillou gros comme ça et que je le pose à la surface d’un fleuve, va-t-il couler au fond ou surnager ?
-  Il coulera bien sûr !
-  Et si je prends 100 grosses pierres, que je les place dans une barque et que je pousse la barque au milieu du fleuve, ces pierres vont-elles couler au fond ou surnager ?
-  Elles surnageront, et traverseront le fleuve grâce à la barque.
-  Alors 100 pierres et une barque sont plus légères qu’un seul caillou ?…

L’enfant tout confus ne savait plus quoi répondre.

Le chef scout continua :
- Imagine que le gros caillou c’est la promesse. Si tu comptes la porter tout seul, tu risques de couler en cours de route. Imagine que les 100 grosses pierres sont les commandements de la loi scoute et les principes, les maximes qui vont avec, et que la barque est ton amitié avec Jésus. Alors tu vois que, porté par l’amitié du Christ, tu vas pouvoir traverser le fleuve sur la barque, c’est-à-dire observer les commandements scouts et y être fidèles.

Le Christ est-il pour nous un exemple ou un passeur ? En latin, on dirait : le Christ est-il pour vous exemplum (exemple moral) ou sacramentum (sacrement qui nous fait passer en Dieu) ?

L’exemple (exemplum), c’est celui qu’il faut suivre en faisant plein d’efforts pour être comme lui.

Mais le risque est grand de faire comme le gros caillou qui voulait flotter tout seul et qui a coulé au fond.

Le passeur (sacramentum), c’est la barque qui prend sur elle les 100 pierres. Cette barque les maintient à flot, et les fait traverser le fleuve sur l’autre rive.

« Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements », nous assure le Christ dans l’évangile de Jean. En liant ainsi amour et fidélité, Jésus se révèle plus passeur qu’exemple.

C’est dans l’amour pour lui que nous trouverons le courage de la fidélité, et non l’inverse. Il ne s’agit pas tant de faire des efforts pour être fidèles que d’approfondir notre amour pour lui,  et alors la fidélité viendra.

C’est un peu semblable dans l’amitié ou le couple : c’est souvent la tiédeur qui engendra l’infidélité, la routine qui provoque l’éloignement, le manque d’intensité qui suscite la trahison…

« Si vous m’aimez, nous resterez fidèles à mes commandements ».

 

Le Christ, passeur de Dieu.

Imiter le Christ, ce n’est pas être raidi dans un effort moral pour lui ressembler. C’est au contraire laisser son Esprit, dans la communion avec lui, nous transformer en retour.

Moi je ne sais pas pardonner, mais le Christ en moi peut aimer mes ennemis.

Moi j’ai du mal à me livrer, mais uni au Christ « livré pour la multitude », ce travail se fait en moi, par lui, avec lui et en lui. Comme l’écrit Paul : « ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi ». L’imitation de Jésus-Christ a été un best-seller de la chrétienté. Ce petit ouvrage pouvait quelquefois verser dans le moralisme, mais le plus souvent il suivait ce fil d’Ariane : reste greffé au Christ, et il opérera en toi de grandes choses.

4646947_le_passeur__fond_creme02_WEB communion dans Communauté spirituelle 

L’imitation juive

Les juifs, nos frères aînés (Jean-Paul II), ont à coeur eux aussi d’imiter Dieu. Comme il n’y a pas de médiateur à leurs yeux, ils pratiquent cette imitation à partir de deux sources, toujours valable pour les chrétiens : la Bible, et l’éthique.

torah-with-pointer exempleLa Bible

Car l’Écriture dévoile l’image de Dieu en l’homme, en chaque homme. Par exemple, si les juifs les premiers appellent Dieu : notre père, ce n’est pas parce que Dieu  ressemblerait à nos parents, mais parce que à l’inverse nos parents sont créés à l’image de Dieu, source de toute paternité et de toute vie. C’est en scrutant les Écritures, en prenant le temps de l’étude des textes, qu’un père découvrira comment Dieu est Père en plénitude, qu’une mère découvrira les entrailles de Dieu à la source de son amour pour ses enfants. La Bible - lue, étudiée, psalmodiée - est la référence première pour qui veut aimer comme Dieu aime.

 

9782743604042 imitationL’éthique

La deuxième référence juive est sans aucun doute l’éthique. Respecter les 613 commandements est la base une vie humaine droite, telle que Dieu l’a voulue : à son image. Le philosophe Emmanuel Levinas par exemple a écrit des pages admirables sur cette primauté de l’éthique dans la pensée juive. Celui qui respecte l’altérité des autres êtres humains, en le considérant comme un impératif absolu, celui-là agit selon le coeur de Dieu. Évidemment, pour les chrétiens, l’éthique demeure : c’est bien un chemin pour ressembler à Dieu. Mais en régime chrétien, l’éthique est davantage une conséquence qu’un préalable. Ce qui compte, c’est la vie dans l’Esprit saint, dont le fruit sera une éthique venant de l’intime de Dieu. La grâce est plus fondamentale que la loi, l’Esprit plus que la lettre, la communion plus que la morale. Sans que pour autant les premiers contredisent les seconds : au contraire, ils les accomplissent.

 

Imiter Dieu n’est pas un marathon épuisant : c’est une transformation qu’il nous est donné de vivre en participant à l’amour divin.

En communion au pain vivant descendu du ciel, comme l’écrit Jn 6, nous ravivons en nous le désir d’agir comme le Christ, parce que unis à lui ; nous ranimons la faim  d’aimer comme lui parce que aimés par lui.

C’est ainsi que nous est donnée jour après jour la force d’imiter Dieu en toutes choses.

 

 

1ère lecture : Élie fortifié par le pain de Dieu (1R 19, 4-8)

Lecture du premier livre des Rois

Le prophète Élie, fuyant l’hostilité de la reine Jézabel, marcha toute une journée dans le désert. Il vint s’asseoir à l’ombre d’un buisson, et demanda la mort en disant : « Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie : je ne vaux pas mieux que mes pères. »
Puis il s’étendit sous le buisson, et s’endormit. Mais voici qu’un ange le toucha et lui dit : « Lève-toi, et mange ! »
Il regarda, et il y avait près de sa tête un pain cuit sur la braise et une cruche d’eau. Il mangea, il but, et se rendormit.
Une seconde fois, l’ange du Seigneur le toucha et lui dit : « Lève-toi, et mange ! Autrement le chemin serait trop long pour toi. »
Élie se leva, mangea et but. Puis, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu.

Psaume : 33, 2-3, 4-5, 6-7, 8-9

R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur !

Je bénirai le Seigneur en tout temps, 
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur : 
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur, 
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond : 
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira, 
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend : 
il le sauve de toutes ses angoisses.

L’ange du Seigneur campe à l’entour 
pour libérer ceux qui le craignent.
Goûtez et voyez : le Seigneur est bon ! 
Heureux qui trouve en lui son refuge !

2ème lecture : Vivez dans l’amour (Ep 4, 30-32; 5, 1-2)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frère, en vue du jour de votre délivrance, vous avez reçu en vous la marque du Saint Esprit de Dieu : ne le contristez pas. Faites disparaître de votre vie tout ce qui est amertume, emportement, colère, éclats de voix ou insultes, ainsi que toute espèce de méchanceté. Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ.

Oui, cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés. Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré pour nous en offrant à Dieu le sacrifice qui pouvait lui plaire.

Evangile : Le pain de la vie éternelle (Jn 6, 41-51)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Tu es le pain vivant venu du ciel, Seigneur Jésus. Qui mange de ce pain vivra pour toujours. Alléluia. (cf. Jn 6, 50-51)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Comme Jésus avait dit : « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel », les Juifs récriminaient contre lui : « Cet homme-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire : ‘Je suis descendu du ciel’ ? »
Jésus reprit la parole : « Ne récriminez pas entre vous. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi. Certes, personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle. Moi, je suis le pain de la vie.
Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais ce pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »
Patrick Braud

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27 mai 2015

Trinité : Distinguer pour mieux unir

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Distinguer pour mieux unir

 

cf. également

Trinité : ne faire qu’un à plusieurs

Les bonheurs de Sophie

Trinité : au commencement est la relation

La Trinité en actes : le geste de paix

La Trinité et nous

Homélie pour la fête de la Trinité /Année B
31/05/2015

 

Trinité : Distinguer pour mieux unir dans Communauté spirituelle« Distinguer pour unir »: c’est le titre d’un ouvrage du philosophe Jacques Maritain, l’un des inspirateurs du personnalisme chrétien (avec Emmanuel Mounier). Il formula ce principe pour analyser les différentes formes de science : naturelle, philosophique, théologique etc. en plaidant pour une intégration de ces degrés de la connaissance dans une science plus globale, caractérisée essentiellement par l’amour.

 

Distinguer pour mieux unir : c’est également le principe structurant de la fête de la Trinité de ce dimanche.

Il est évident que l’homme Jésus de Nazareth n’est pas identiquement superposable à Dieu, et pourtant il revendique avec lui une intimité, une intériorité mutuelle unique. « Qui m’a vu a vu le Père ». « Le Père et moi nous sommes un ».

Cette distinction du Père d’avec le Fils redouble avec le troisième sujet, qui procède de l’un et de l’autre (cf. Credo) : l’Esprit, souffle créateur du Père et mémoire vivante du Fils, parachevant son oeuvre aujourd’hui.

 communion dans Communauté spirituelleLe Père n’est pas le Fils, et le Fils n’est pas l’Esprit, et pourtant tous les trois ne font qu’un.

C’est donc qu’effectivement la distinction des trois personnes nourrit l’unité de leur  unique nature. C’est donc que ce principe de différenciation/unité est au cœur de l’identité divine trinitaire.

 

Un rapide survol biblique montre d’ailleurs que distinguer pour mieux unir est une loi vieille comme le monde :

- dès la Genèse, Dieu sépare la lumière des ténèbres, les eaux du dessus des eaux du dessous, les espèces végétales, puis animales, pour manifester dans cette explosion de vie la puissance de l’amour créateur. L’amour trinitaire engendre à son image de la différence au service de la communion.

- la création d’Adam et Ève est le climax de ce principe : tiré d’un être androgyne au départ d’après le premier récit de la création dans le livre de la Genèse, ou immédiatement en vis-à-vis d’après le second récit, l’être humain est à l’image de la Trinité : une seule nature humaine, des personnes distinctes appelées à ne faire qu’un dans l’amour.

clip_image010 distinguer- la Bible elle-même conjugue avec bonheur dans ses textes la différence et l’unité. La tradition juive comme chrétienne reconnaît en effet dans la Bible trois catégories de textes : la Torah (ou Pentateuque : Gn, Ex, Nb, Dt, Lv), les Prophètes (Isaïe, Jérémie…) et les Écrits (ou livre de Sagesse). Ces trois courants bibliques sont fort différents les uns des autres, et pourtant c’est leur convergence, leur interaction, leur cohérence qui constitue la révélation biblique. Lire la Torah sans la mettre en relation avec les critiques des prophètes, ou en oubliant ce que la sagesse apporte à la loi divise la Bible contre elle-même. Comme me disait mon professeur d’exégèse : ‘dans ce livre, le plus important c’est la reliure, parce qu’elle tient le tout ensemble…’

 

- le principe (trinitaire) de différenciation/unité joue encore pour beaucoup d’autres réalités :

* les 12 tribus, avec un rôle spécifique pour la tribu de Lévi, qui forment l’unique peuple d’Israël.

* les 12 apôtres, avec un rôle spécifique pour Pierre, qui forment un seul collège apostolique. En plus, ce qui est accordé à Pierre individuellement l’est aussi aux 12 et à l’Église collectivement. « Tout ce que tu auras lié / délié sur la terre sera lié / délié dans le ciel » (Mt 16,19)… « Tout ce que vous aurez lié / délié… » (Mt 18,18).

* Dieu et César.
La question de l’impôt donne à Jésus l’occasion de fonder la célèbre distinction entre spirituel et temporel :« rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». La laïcité française, qui a ses racines ici, ne doit pas oublier que cette distinction n’est pas faite pour opposer ni séparer, mais pour articuler des domaines de responsabilité distincte.

 

* « Sans séparation ni confusion ».

 MaritainLes premiers conciles ont débattu avec passion de l’identité de Jésus : est-il vraiment homme ? Est-il vraiment Dieu ? La réponse, subtile et nuancée, des pères conciliaires s’inspire également du principe trinitaire : distinguer pour mieux unir. Ils  distinguent en Jésus de Nazareth deux ‘natures’, divine et humaine, assumées en une seule personne, sans séparation ni confusion. Cette formule conciliaire qui s’applique d’abord aux Christ vaut par extension pour toutes les réalités humaines appelées à être divinisées par lui, avec lui et en lui.

 

* Devenir époux, sans séparation ni confusion entre les deux êtres ni les deux rôles, est l’affaire de toute une vie de couple.

Assumer et son rôle d’époux et son rôle de parent, sans confondre ces deux responsabilités ni les séparer, redouble l’ambition du défi amoureux. Être trop amant et pas assez père, ou au contraire trop mère et pas assez amante (et réciproquement !) fait partie des tâtonnements inévitables d’une relation qui grandit en intégrant ces vocations sans les confondre ni les opposer.

 

* Vie privée / vie professionnelle

C’est vrai encore de la vie privée et de la vie professionnelle, qu’on désire mener de front sans que l’une absorbe l’autre, sans qu’elles deviennent contradictoires non  plus.

 

* C’est également la même tension qui unit l’action et la contemplation, dans tous les combats qui sont les nôtres.

 

* C’est vrai de la foi et la religion dans leurs dimensions intérieure et institutionnelle : des théologiens protestants comme Karl Barth ou Rudolph Bultmann ont utilement distingué foi et religion, jusqu’à durcir cette différence en opposition irréductible. Des théologiens catholiques comme Urs von Balthasar ont cherché à concilier les deux pour ne pas ruiner l’unité de l’homme croyant.

 

 Trinité* Distinguer le politique et le religieux a été la grande affaire des 20 premiers siècles du christianisme. Les unir sera le défi de ce siècle. Saint Augustin, devant le spectacle de l’empire romain s’effondrant sous les invasions barbares, a posé les bases de la distinction entre Cité de Dieu et Cité des hommes, distinction qui a eu une postérité étonnante dans la société moderne. Ces deux cités dialoguent toujours fortement entre elles (mais dans d’autres pays que la France à vrai dire) à la recherche d’une unité supérieure.

 

On pourrait continuer longtemps cette énumération des réalités humaines structurées selon le principe trinitaire de distinction/unité.
En termes savants, on pourrait dire que la révélation d’un Dieu trinitaire devient une clé anthropologique, qui nous aide à déchiffrer qui est l’homme. Créés à l’image de Dieu Trinité, chacun et ensemble, nous sommes appelés à distinguer pour mieux unir. Nous sommes faits pour apprivoiser nos différences, sans séparation ni confusion (sans communautarisme ni assimilation forcée, sans jalousie ni indifférence, sans rivalité ni juxtaposition…).

 

Relisons alors les responsabilités qui sont les nôtres :

Qu’ai-je tendance à séparer plutôt qu’à unir ?

Quelle distinction ai-je du mal à faire et à respecter sous couvert d’une unité trop rapide ?

 

 

 

1ère lecture : « C’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre » (Dt 4, 32-34.39-40)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple : « Interroge donc les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du monde à l’autre, est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu du feu, et qui soit resté en vie ? Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, à main forte et à bras étendu, et par des exploits terrifiants – comme tu as vu le Seigneur ton Dieu le faire pour toi en Égypte ? Sache donc aujourd’hui, et médite cela en ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. Tu garderas les décrets et les commandements du Seigneur que je te donne aujourd’hui, afin d’avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu, tous les jours. »  

Psaume : 32 (33), 4-5, 6.9, 18-19, 20.22

R/ Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu. (32, 12a)

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Le Seigneur a fait les cieux par sa parole,
l’univers, par le souffle de sa bouche.
Il parla, et ce qu’il dit exista ;
il commanda, et ce qu’il dit survint.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

2ème lecture : « Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; en lui nous crions “Abba !”, Père ! » (Rm 8, 14-17)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains

Frères, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.

Evangile : « Baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28, 16-20)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient !
Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Patrick BRAUD

 

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31 octobre 2012

Toussaint d’en-haut, Toussaint d’en-bas

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Toussaint d’en-haut, Toussaint d’en-bas

 

Homélie pour la fête de la Toussaint / Année B
01/11/2012

 

« Je crois à la communion des saints ».

Une ligne dans le Symbole des Apôtres que nous proclamons souvent le dimanche. Une ligne qui prend tout son sens en cette fête de tous les saints.

En effet, quel est l’impact pour chacun de cette communion des saints qui est à l’origine de ce jour férié ?

 

Et d’abord, qui sont les saints que nous fêtons ?

La liturgie oriente notre regard vers la « foule immense » que nul ne peut dénombrer, la foule de ceux et celles qui sont déjà dans l’intimité du Dieu vivant (Apocalypse 7, 2-14). La piété populaire nous fait regarder vers les amis de Dieu vénérés localement (saint Antoine de Padoue, si populaire, mais aussi sainte Rita, sainte Thérèse, et tant d’autres figures de sainteté dont les statues sont toujours garnies de fleurs dans nos églises).

La Bible orienterait plutôt notre regard vers les visages de notre assemblée, de nos Églises. Car les « saints » dont parle l’Écriture sont d’abord les membres du peuple de l’Alliance pour l’Ancien Testament, et les baptisés des assemblées locales dans le Nouveau Testament.

Paul est sans doute celui qui fait le plus souvent usage du mot « saints » pour désigner les fidèles d’une Église locale : les « convoqués saints » de l’Église de Rome (Rm 1,7) ; les « saints » qui sont à Éphèse (Ep 1,1), à Philippe (Ph 1,1), à Colosses (Col 1,1) ; les « saints » de Corinthe au service desquels se sont mis Stéphanas et les siens (1Co 16,15-18) ; les « saints » à qui les veuves lavent les pieds (1 Ti 5,10) suivant l’exemple du Christ au soir du Jeudi saint ; « les saints et les guides » des communautés judéo-chrétiennes (He 13,24).

Dans les Actes des Apôtres, Ananie a entendu parler du mal que Saul faisait aux « saints » de Jérusalem (Ac 9,13 ; 26,10).  « Pierre, qui passait partout, descendit également chez les saints qui habitaient Lydda » (Ac 9,32). Et lorsqu’il relève Tabitha, il la présente aux « saints » de Lydda (Ac 9,41).

Toussaint d'en-haut, Toussaint d'en-bas dans Communauté spirituelle voyage_paul_3bis

Plus encore, le terme employé par Luc pour désigner la collecte organisée en faveur de l’Église de Jérusalem en détresse matérielle est le mot koïnonia=communion. Faite pour aider les « saints » de Jérusalem, cette collecte est donc la première ?communion des saints’ concrètement réalisée entre Églises : « La Macédoine et l’Achaïe ont trouvé bon de faire une collecte (koïnonia) pour les pauvres des saints à Jérusalem » (Rm15,26).

Sans exclure – loin de là – la formidable puissance d’intercession qui réside dans la communion avec les saints de l’au-delà, la Toussaint peut également nous inviter à bâtir une communion entre les saints de l’ici-bas, à compter sur ce formidable soutien pour traverser « la grande épreuve » (Ap 7,13) de nos vies.

Il y a – il devrait y avoir – entre les membres de nos assemblées de tels liens de fraternité, de soutien mutuel, d’appui réciproque que la communion entre nous est ? devrait être - quelque chose de palpable, de physique, de visible. Lorsque par malheur cette communion n’existe pas, lorsque l’anonymat prévaut, lorsque chacun ne prie que pour soi ou n’agit pas pour les autres, alors le témoignage ecclésial est abîmé, blessé. Si l’assemblée ne ressemble pas à une petite Toussaint d’en-bas, alors il ne faut pas s’étonner que les parents du catéchisme n’y reviennent pas, que les jeunes la désertent, qu’elle soit placée au rang de survivance folklorique d’un passé révolu.

 

La Toussaint d’ici-bas, c’est le verre de l’amitié à la sortie pour que nul ne ressorte sans une parole ou un geste fraternel ; c’est l’intention de prière où on laisse la parole à celui qui est concerné plutôt que de prier sur lui avec condescendance ; c’est la promesse d’une visite, d’une prière en écho à une confidence ; c’est l’invitation à rejoindre tel petit groupe biblique liturgique ou d’entraide ; ce sont des liens finalement si forts de dimanche en dimanche qu’ils en finissent par être plus forts que le temps et l’espace.

Cette communion-là est un témoignage vivant rendu à l’Esprit Saint. « Voyez comme ils s’aiment » (cf. Jn 13,35). Ne pas pratiquer ces liens-là entre nous (entre les « saints »), c’est peut-être ce que Jésus appelait le péché contre l’Esprit.

Car c’est à l’intérieur du troisième article du Credo, celui consacré à la foi au Saint Esprit, que vient la confession de foi en la communion des saints. D’ailleurs, en latin, on ne peut croire qu’en Dieu (credo in unum Deum / in unum Dominum Jesum Christum / in Spiritum sanctum) alors qu’on croit à l’Église, à la communion des saints (credo ecclesiam). C’est donc que les liens qui existent entre tous les saints sont les fruits de l’Esprit Saint, relation personnelle unissant le Père et le Fils. Parce que nous sommes le Temple de l’Esprit Saint, personnellement et collectivement, la Toussaint est une fête pour maintenant et pour demain, unissant les membres de l’assemblée historique aux membres de l’assemblée ultime que décrit l’Apocalypse.

 

La Toussaint d’en-haut nourrit celle d’en-bas, qui la reflète et l’anticipe. C’est du moins la vocation de nos assemblées…

Sommes-nous à la hauteur de cette vocation ?

Croyons-nous assez à la communion des saints de l’aujourd’hui ?

 

Celui qui aura éprouvé la force que donne la prière invisible d’autres pour lui témoignera : oui, j’ai été porté, soutenu dans l’épreuve par le courant d’intercession de ceux qui importunaient Dieu en ma faveur (cf. la parabole de la veuve importune en Lc 18, 1-8).

Celui qui aurait été secouru, grâce à l’assemblée, par l’écoute gratuite, par la solidarité en actes, témoignera : oui la solitude et la précarité ont reculé dans ma vie grâce à l’intervention de quelques-uns.

Celui qui à des milliers de kilomètres de là se sait soutenu devant la persécution, la justice ou la haine grâce à l’engagement de prière ou d’opinion publique de groupes comme l’ACAT, le CCFD où l’AED témoignera : oui, il y a des gens en communion avec moi très loin d’ici qui sont pour moi « un frère, une soeur, une mère » (Mt 12,49).

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Alors, fêtons la Toussaint avec enthousiasme !

Célébrons la douceur de vivre unis à cette foule immense de tous les temps et de tous les espaces, à commencer par le nôtre.

Et que jamais la Toussaint d’en-haut ne vienne nous dispenser de la Toussaint d’en-bas, au contraire !

 

1ère lecture : La foule immense des rachetés (Ap 7, 2-4.9-14)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de dévaster la terre et la mer : « Ne dévastez pas la terre, ni la mer, ni les arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël. 

Après cela, j’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ! »

Tous les anges qui se tenaient en cercle autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants, se prosternèrent devant le Trône, la face contre terre, pour adorer Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »

L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? »

Je lui répondis : « C’est toi qui le sais, mon seigneur. » Il reprit : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau. »

Psaume : 23, 1-2, 3-4ab, 5-6

R/ Voici le peuple immense de ceux qui t’ont cherché.

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots. 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur 
et se tenir dans le lieu saint ? 
L’homme au c?ur pur, aux mains innocentes, 
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction, 
et de Dieu son Sauveur, la justice. 
Voici le peuple de ceux qui le cherchent,
qui recherchent la face de Dieu !

2ème lecture : Nous sommes enfants de Dieu et nous lui serons semblables (1 Jn 3, 1-3)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu ? et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : puisqu’il n’a pas découvert Dieu.

Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est. Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

Evangile : Les Béatitudes (5, 1-12a)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Venez au Seigneur, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau : il vous donnera le repos. Alléluia. (cf. Mt 11, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :

« Heureux les pauvres de c?ur : le Royaume des cieux est à eux !

Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !

Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !

Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !

Heureux les coeurs purs : ils verront Dieu !

Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !

Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.

Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! »
Patrick Braud

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