L'homélie du dimanche (prochain)

14 juin 2026

Jésus super-coach !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Jésus super-coach !

 

Homélie pour le 12° Dimanche du Temps ordinaire / Année A 

21/06/26 


Cf. également :

Que faire de nos reniements ?

Une utopie à proclamer sur les toits
Terreur de tous côtés !
N’arrêtez pas vos jérémiades !
L’effet saumon
Sous le signe de la promesse
La « réserve eschatologique »

 

Un coach nommé JésusDepuis l’ouvrage de référence (Un coach nommé Jésus, InterEditions) écrit par Sophie Soria  en 2005, on sait que les meilleurs coachs pourront puiser dans les Évangiles une source d’inspiration pour renouveler l’accompagnement de leurs clients. Symétriquement, les disciples du Christ auront intérêt à décoder les pratiques de Jésus grâce aux outils du coaching moderne. Il y a certes bien des différences entre les deux approches, mais également suffisamment de proximité pour que les chrétiens s’y intéressent, afin de renouveler leur interprétation des Évangiles. 

Tentons l’exercice avec l’évangile de ce dimanche (Mt 10,26-33), où Jésus se révèle être un super coach !

 

1. Déplacer notre peur (le recadrage)

Quand Jésus dit : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps », il ne nie pas notre peur : il la situe ailleurs. Il ne dit pas qu’il n’y a rien à craindre : il déplace l’objet de la peur. Chrysostome commentait : « Il ne dit pas : ne craignez rien ; mais : ‘ne craignez pas ceux-ci’, afin de vous faire craindre Celui-là » [1].

Jésus nous invite ainsi à accueillir la peur (celle des disciples devant la Passion qui approche), mais en l’orientant vers le bon objet : la mort spirituelle, et non la mort physique. C’est ce qu’on appelle en coaching le recadrage : le coach invite son client à ne plus voir un obstacle comme une menace mortelle pour son identité, mais comme une donnée extérieure. En « déplaçant » la peur vers une valeur supérieure (mes principes, ma mission de vie), on neutralise l’impact paralysant des peurs quotidiennes.

 

Recadrage : une technique créative pour faire exploser vos idées ...On comprend bien ce que signifie le verbe recadrer [2]. C’est un terme typiquement visuel issu de la photographie ou du cinéma. Avant de prendre une photo ou un film, on doit cadrer, c’est-à-dire centrer l’objectif de l’appareil de prise de vue sur le sujet qui nous intéresse le plus, sur ce qui est le plus important à nos yeux. Recadrer, c’est donc changer de cadre, en le déplaçant soit de côté (dans les quatre directions possibles : droite, gauche, haut, bas), soit en faisant un zoom, soit en reculant pour s’éloigner du sujet. Ces deux derniers recadrages diminuant ou élargissant le cadre.

Le recadrage est un processus qui va permettre de reconsidérer une situation selon un point de vue différent de celui initialement adopté. En effet, la signification que nous accordons à un événement dépend avant tout du cadre dans lequel nous le percevons. Lorsque nous changeons de cadre, nous changeons la signification : entendre le grincement d’une porte au réveillon du jour de l’an ou le même bruit à trois heures du matin une nuit de pleine lune n’aura pas le même effet sur nos ressentis… 

Recadrer notre peur ici comme nous y invite Jésus, c’est se focaliser sur l’essentiel et non sur les détails.

Le recadrage consiste donc à déplacer un comportement, un événement, une croyance, une émotion d’une perspective à une autre. Il s’agit de regarder la même réalité, mais avec d’autres lunettes.

Finalement, recadrer notre peur, ce n’est pas la nier, mais lui donner un sens différent.

 

Vie et mort de Sainte BlandineLes disciples ont peur ? Oui, ils ont raison, si cette peur concerne ce qui est plus précieux encore que la vie corporelle. Qu’ils recadrent ainsi leur peur et ils auront là un formidable moteur pour résister, ne pas renier, rester fidèles à l’essentiel.

 

Évidemment, les différences entre le coaching et la pratique de Jésus sautent aux yeux : un disciple n’est pas un client, la peur spirituelle ne fait pas partie de l’horizon naturel du coaching, et Jésus incarne lui-même ce courage centré sur l’essentiel auquel il invite ses amis tandis qu’un coach prend soin de demeurer extérieur au parcours de son client.

Reste que le recadrage de notre peur est un outil puissant. Au lieu de craindre la perte de notre confort matériel (le corps), nous devrions craindre la perte de notre humanité et de notre lien au vivant (l’âme). 

L’invitation de Jésus à déplacer notre peur est libérante : en la déplaçant du périssable vers l’essentiel, on relativise les pressions de ce monde. Il y a une hiérarchie des craintes qui nous libère de ce qui est second, voire secondaire.

 

Quel décentrement de vos peurs auriez-vous besoin d’effectuer ?

 

2. Le courage tranquille  (l’alignement, le ‘flow’)

Jésus super-coach ! dans Communauté spirituelle Couv_115543Relativiser des peurs non essentielles devient peu à peu la source d’une force intérieure, d’un courage tranquille pour affronter les obstacles (la persécution et la mort dans notre passage d’évangile).

Ce courage tranquille n’est pas l’absence de peur, mais sa domestication par une certitude plus grande. Dans la perspective de la foi, il ne naît pas d’une force de caractère innée ou d’une insensibilité, mais d’un ancrage métaphysique.

C’est une force qui ne fait pas de bruit, qui ne cherche pas le conflit pour le conflit, mais qui reste debout quand tout s’effondre.

La foi structure cette posture. Elle permet de distinguer entre ce qui passe et ce qui demeure, ce qui est essentiel et ce qui est contingent. Une mère abbesse d’une abbaye bénédictine répétait souvent à ses sœurs qui s’affolaient d’un rien : « Quid ad aeternitatem ? », « Qu’est-ce que cela par rapport à l’éternité ? ». Et les sœurs repartaient confuses, mais libérées.

En s’attachant à ce qui ne périt pas (Dieu, la vérité), le croyant déplace en centre de gravité : il ne réagit plus de manière compulsive aux événements ; il s’aligne sur cette conviction intérieure qui lui sert de boussole.

 

Les piliers de ce courage tranquille d’inspiration évangélique peuvent être synthétisés dans le tableau suivant :

 

Piliers du courage tranquille

Définition

Action concrète

La Présence

Se savoir accompagné en permanence

(« Je suis avec vous »)

Garder son calme dans l’incertitude.

La Sobriété

Ne plus dépendre de l’approbation sociale
(« Vous valez plus que les moineaux »)

Dire la vérité même si elle déplaît.

L’Espérance

Croire que le mal n’a pas le dernier mot

(« Je me déclarerai pour vous »)

Persévérer dans le bien,
même sans voir de résultats.

 

En coaching, l’alignement (ou congruence) est l’état où les différentes dimensions d’une personne sont en harmonie.  alignement dans Communauté spirituelleÊtre aligné signifie que mes actions, mes compétences, mes croyances et mes valeurs profondes (le « Pourquoi ») pointent dans la même direction, sont cohérentes. Lorsqu’un individu est désaligné (par exemple, s’il fait un travail qui contredit ses valeurs), il subit un stress important et une perte d’énergie.

Lorsqu’un individu aligne ses actions sur ses valeurs profondes, il développe une résilience naturelle. Le stress diminue car le conflit interne disparaît. Comme le martyr qui témoigne, le coaché qui agit en accord avec ses valeurs profondes ressent une paix que les circonstances extérieures ne peuvent pas troubler.

Le verset 32 de notre évangile : « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes », est l’expression ultime de l’alignement théologique. Le disciple ne vit pas un « double discours ». Ce qu’il croit au plus profond de son cœur (la foi) s’exprime dans ses actes et ses paroles, sans peur du jugement extérieur.

En coaching, le flow (ou ‘l’expérience optimale’) désigne un état de concentration et d’immersion totale dans une activité, au point de perdre la notion du temps et de l’ego.

Le flow se produit lorsque le défi rencontré correspond exactement à nos compétences, et que l’objectif est clair. Dans cet état, la peur de l’échec disparaît, car l’action devient le seul centre d’attention.

Le chrétien dans l’épreuve, ou le martyr dans son témoignage, entre dans une forme de flow spirituel. Parce qu’il est libéré du contrôle excessif du futur et de l’angoisse de sa survie (l’ego), il est entièrement présent à l’instant présent. Il agit avec une paix et une fluidité totale. « À chaque jour suffit sa peine » (Mt 6, 34). « Les cheveux de votre tête sont tous comptés » (Mt 10, 30).

Le coaching moderne et la théologie s’accordent sur ce qui brise cet état de fluidité : la peur et la division intérieure. Ce que le coaching appelle le ‘désalignement » (ou incohérence).

Ce désalignement peut venir par exemple d’un ‘syndrome de l’imposteur’ (croire que je ne suis pas à ma juste place) ou d’une ‘dissonance cognitive’ (lorsqu’on agit contre ses valeurs).

Dans l’Évangile, c’est la tiédeur, la peur du regard des autres, ou le fait de vouloir « sauver sa vie » (Mt 10,39) en compromettant sa foi.

La différence essentielle réside dans la finalité de cet alignement. Le coaching s’arrête à la réalisation de soi (le niveau le plus haut de la pyramide de Maslow). L’évangile propose d’aller plus loin : jusqu’à la transcendance. L’alignement ne sert pas seulement à être bien dans sa peau, mais à devenir un « témoin » (martyr) qui éclaire le monde d’une vérité qui n’est pas la sienne parce qu’elle vient d’en-haut.


Quel domaine de votre vie nécessiterait aujourd’hui un meilleur alignement entre vos valeurs profondes et vos actions quotidiennes ?

 

3. La juste estime de soi : de la confiance musclée (le faire) à la confiance reçue (l’être) 

Aie Confiance! Avec Dieu tu es CapableDans le coaching, on apprend à déminer les pièges du manque de confiance en soi qui provoque le désalignement : syndrome de l’imposteur, croyance limitante, enfermement victimaire etc. Le coaching classique est quelque peu volontariste (voire pélagien). On se dit : « J’ai confiance en moi parce que j’ai déjà réussi chose dans ma vie, parce que j’ai des compétences ». C’est une construction qui repose sur mes ressources et qui s’obtient au bout d’un processus de reconstruction.
Dans notre évangile, la confiance n’est pas construite, mais reçue d’un autre : vos cheveux sans comptés, vous valez mieux que les moineaux du ciel.


La spiritualité de Matthieu 10 propose une confiance en soi décentrée : je n’ai pas confiance en moi parce que je suis fort, mais parce que je suis « porté », « connu » et aimé inconditionnellement.

C’est ce que le coaching de « troisième génération » (plus holistique) appelle la Reliance : se sentir relié à quelque chose de plus grand que soi pour agir avec audace dans le monde. Le « courage tranquille » est alors le fruit de cette connexion : on n’est plus un moineau seul face à la tempête, mais un moineau qui sait qu’il y a un ciel.

 

Ce passage d’une ‘confiance musclée’ à une ‘confiance reçue’ s’appuie sur un changement de paradigme intérieur : le passage d’une autonomie crispée, centrés sur soi, à une dépendance libératrice, parce que décentrée en Dieu.

Ma valeur personnelle est un cadeau, pas une médaille, un donné et non un effort ; elle fait partie de mon identité et non de mes diplômes ; elle ne dépend pas de mes performances.


moineaux-dans-le-ciel-dans-une-tempête-de-neige-64921343 coach
Cela libère une énergie immense. Puisque je n’ai plus besoin de prouver ma valeur, je peux me consacrer entièrement à la tâche, sans la peur de l’échec qui paralyse le volontariste. Sinon, tout repose sur « mes » épaules, « ma » volonté, « ma » force. Cela mène inévitablement à l’épuisement (le burn-out est souvent la maladie d’une confiance trop musclée qui finit par se déchirer).

Le courage tranquille de la confiance reçue déplace ce centre : on accepte de ne pas tout contrôler (lâcher-prise). Comme le moineau, on fait sa part (voler, chercher sa nourriture), mais on s’appuie sur les courants d’air (la Providence). On ne se voit plus comme un guerrier isolé, mais comme un collaborateur d’un projet plus vaste.

L’abandon le lâcher-prise ne consiste pas à ne rien faire, mais à faire tout ce qui est possible avec une paix totale quant au résultat.

Nombre de jeunes retraités passent par une petite dépression où le vide de leur agenda les angoisse. Nombre de maires récemment battus aux municipales passent par un blues post-électoral où leur image sociale s’effondre… Comme si le faire déterminait l’être

 

Adopter une confiance reçue transforme radicalement notre rapport aux défis :

- moins de fatigue mentale : On cesse de calculer tous les risques, car on accepte une part d’imprévu.

- plus d’audace : le « martyr » (le témoin) peut risquer sa réputation ou son confort car son trésor est ailleurs, hors d’atteinte des événements extérieurs.

- une présence accrue : en ne craignant plus le futur, on devient pleinement disponible à l’instant présent et aux personnes qui nous entourent.

C’est, en somme, passer d’un mode de survie (où l’on doit sans cesse muscler sa défense) à un mode de vie (où l’on déploie ses ailes parce qu’on se sait porté).

Autrement dit : la juste estime de soi repose davantage sur l’être que sur le faire. Si nous valons plus que tous les moineaux du ciel, si nos cheveux sont comptés, alors qu’avons-nous à craindre ? « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ » (Rm 8).

De là le courage tranquille des martyrs, qui ont davantage peur de l’infidélité que des fauves de l’arène, et qui savent que leur dignité vient de Dieu et non des hommes.

 

Comment ce passage d’une confiance « musclée » (volontarisme) à une confiance « reçue » (abandon) pourrait modifier votre approche du stress quotidien ?

 

Conclusion

Déplacer notre peur, laisser un courage tranquille s’installer en nous, fonder notre valeur en Dieu plus que sur nos actes : qu’à cela l’Esprit du Christ nous guide, lui le super-coach plus grand que toutes les sagesses humaines…

 

 

Prière au vrai coach de Vie

Seigneur,

Apprends-moi à déplacer ma peur.

Détourne mon regard de ce qui n’est que passager :

JESUS MON COACH: Dialogue entre AmisLe jugement des hommes, l’angoisse du lendemain et le bruit du monde.

Que ma seule crainte soit de m’éloigner de Ta Lumière,

Et que ce respect filial devienne ma plus grande liberté.

 

Donne-moi la juste estime de moi.

Rappelle à mon âme que mes cheveux sont comptés,

Que ma valeur n’est pas le fruit de mes succès,

Mais le reflet de Ton regard sur moi.

Délivre-moi de la fatigue de devoir me prouver,

Et fais-moi la grâce de m’accueillir tel que je suis, aimé et connu.

 

Infuse en moi ce courage tranquille.

Que ma confiance ne soit pas une crispation de ma volonté,

Mais un abandon entre Tes mains.

Accorde-moi cet alignement profond où mes paroles et mes actes

Témoignent de la paix que Tu déposes en mon cœur.

Que je sois, au milieu des tempêtes,

Comme le moineau qui vole sans inquiétude,

Porté par Ton souffle, aligné sur Ta Vérité,

Et debout dans la joie d’être Ton témoin.

 

Amen.

______________________________

[1]. St Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, XXXIV, 2

[2]. Il ne s’agit pas ici du ‘recadrage managérial’, détournement abusif du mot pour désigner une engueulade en bonne et due forme pour rappeler au salarié ce qu’il doit faire…

 

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE
« Il a délivré le malheureux de la main des méchants » (Jr 20, 10-13)

 

Lecture du livre du prophète Jérémie
Moi Jérémie, j’entends les calomnies de la foule : « Dénoncez-le ! Allons le dénoncer, celui-là, l’Épouvante-de-tous-côtés. » Tous mes amis guettent mes faux pas, ils disent : « Peut-être se laissera-t-il séduire… Nous réussirons, et nous prendrons sur lui notre revanche ! » Mais le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable : mes persécuteurs trébucheront, ils ne réussiront pas. Leur défaite les couvrira de honte, d’une confusion éternelle, inoubliable.
Seigneur de l’univers, toi qui scrutes l’homme juste, toi qui vois les reins et les cœurs, fais-moi voir la revanche que tu leur infligeras, car c’est à toi que j’ai remis ma cause.
Chantez le Seigneur, louez le Seigneur : il a délivré le malheureux de la main des méchants.

 

PSAUME
(Ps 68 (69), 8-10, 14.17, 33-35)
R/ Dans ton grand amour, Dieu, réponds-moi. (Ps 68, 14c)

 

C’est pour toi que j’endure l’insulte,
que la honte me couvre le visage :
je suis un étranger pour mes frères,
un inconnu pour les fils de ma mère.

 

L’amour de ta maison m’a perdu ; 

on t’insulte, et l’insulte retombe sur moi.
Et moi, je te prie, Seigneur : c’est l’heure de ta grâce ;
dans ton grand amour, Dieu, réponds-moi,
par ta vérité sauve-moi.

 

Réponds-moi, Seigneur, car il est bon, ton amour ;
dans ta grande tendresse, regarde-moi.
Les pauvres l’ont vu, ils sont en fête :
« Vie et joie, à vous qui cherchez Dieu ! »

 

Car le Seigneur écoute les humbles,
il n’oublie pas les siens emprisonnés.
Que le ciel et la terre le célèbrent,
les mers et tout leur peuplement !

 

DEUXIÈME LECTURE
« Le don gratuit de Dieu et la faute n’ont pas la même mesure » (Rm 5, 12-15)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché. Avant la loi de Moïse, le péché était déjà dans le monde, mais le péché ne peut être imputé à personne tant qu’il n’y a pas de loi. Pourtant, depuis Adam jusqu’à Moïse, la mort a établi son règne, même sur ceux qui n’avaient pas péché par une transgression semblable à celle d’Adam. Or, Adam préfigure celui qui devait venir. Mais il n’en va pas du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ.

 

ÉVANGILE
« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps » (Mt 10, 26-33)
Alléluia. Alléluia. L’Esprit de vérité rendra témoignage en ma faveur, dit le Seigneur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage. Alléluia. (cf. Jn 15, 26b-27a)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Ne craignez pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. »
Patrick BRAUD

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12 novembre 2023

Fais pas ton Calimero !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Fais pas ton Calimero !

Homélie pour le 33° Dimanche du temps ordinaire / Année A
19/11/2023

Cf. également :
Égalité n’est pas équité
Le dollar et le goupillon ?
Entre dans la joie de ton maître

Décevante est la grâce et vaine la beauté
Semer pour tous
Les deux serviteurs inutiles
Jesus as a servant leader

Maria, le vilain petit canard
Le vilain petit canard
Elle va bientôt avoir 81 ans. On la visite régulièrement avec des bénévoles d’une association, car elle se plaint beaucoup de sa solitude. Sa toute petite maison HLM est proprette, rangée avec soin. Malgré sa DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge) qui la handicape de plus en plus, Maria prend soin de son jardinet, et tient à nous accueillir avec un dessert qu’elle a fait elle-même. Quand on veut la féliciter pour son intérieur, elle n’écoute pas, et remet en marche un refrain que nous connaissons maintenant par cœur : « Je n’ai jamais été acceptée. Mon père m’a abandonnée à ma naissance. Ma mère a eu 8 autres enfants qui comptent plus que moi. Mon mari m’a quitté il y a 20 ans pour une plus jeune. J’ai dû tout recommencer à zéro. Sans ma fille, qui ne veut plus me voir. J’ai toujours été le vilain petit canard partout où je passais. On n’a jamais voulu de moi. Je suis toujours rejetée, par mes voisins, dans les groupes où je vais, et même par ma famille qui ne vient plus me voir ».
En écoutant cette litanie où tout n’est que malheur, je pense souvent à la phrase de notre parabole de ce dimanche (Mt 25,14-30) : « à celui qui n’a rien on enlèvera même ce qu’il a »… Car, sans le savoir, Maria se dépouille elle-même du peu de joie de vivre qui lui reste en se complaisant ainsi dans ses litanies si négatives.

Pourquoi penser à Maria avec cette parabole ? Parce qu’elle incarne – à merveille hélas ! – la négativité qui empêche le troisième serviteur de la parabole de faire fructifier son talent. Elle rétrécit l’horizon de ses possibles en se calfeutrant dans sa douleur et son ressenti d’exclusion. Elle en devient dure, agressive, intolérante et s’étonne qu’on lui renvoie cette image d’elle-même. Sa bouche se tord presque méchamment pour énumérer les abandons et rejets successifs dont elle a été victime, en invectivant ses persécuteurs. Elle s’est ainsi forgé une carapace pour moins souffrir, quitte à le payer de sa solitude. On verra en finale qu’il y a quand même de l’espoir et que Maria peut faire tomber l’armure quand elle veut !

Concentrons-nous d’abord sur ce troisième serviteur de la parabole des talents : pourquoi ne fait-il pas comme les deux autres ? Pourquoi enfouir au lieu de grandir ?
En en discutant avec un ami coach professionnel, nous avons repéré au moins 3 raisons qui peuvent expliquer cette attitude suicidaire du troisième serviteur.

 

1. La peur
Calimero a peur
Il le dit lui-même dans le texte : « j’ai eu peur, et je suis allé cacher mon talent en terre ». Depuis le célèbre : « N’ayez pas peur ! » de Jean-Paul II, nous savons que les tyrans règnent par la peur et s’écroulent comme le mur de Berlin dès qu’elle n’est plus là. Le contraire de la foi n’est pas le doute, ni même l’athéisme, c’est bien la peur. Par définition, la foi fait confiance là où la peur imagine le pire. S’il a peur de son maître, ce serviteur fera le minimum, ne prendra aucun risque. Il cherchera à éviter la sanction et non à goûter la réussite.
En entreprise, le management par la peur éteint les performances des équipes en faisant régner la défiance.
En famille, la peur de décevoir peut mettre les enfants sur des rails qui ne sont pas les leurs.
En amour même, la peur de mal faire peut paralyser et installer la domination au cœur du couple.

Qui de nous n’éprouve jamais ces peurs-là ?
Pour ne pas recevoir un autre coup sur la tête, mieux vaut me taire, me rendre invisible, mettre mon mouchoir dans ma poche. Surtout pas de vagues !
Mais à force d’avaler des couleuvres, je deviens fade et insipide comme le sel foulé aux pieds une fois qu’il n’a plus de goût (Mt 5,13).

 

2. Une croyance limitante
Comment faire face à une croyance limitante
Un coach repère très vite la stratégie du troisième serviteur : il reproduit visiblement sans cesse une vieille croyance qui semble bien ancrée en lui. ‘Un maître est forcément dur, injuste, terriblement exigeant. Il ne peut pas en être autrement’. Ce genre de croyances s’enracine la plupart du temps dans des expériences du passé, de la petite enfance, où quelqu’un se comportait ainsi. Alors il n’imagine pas que cela change : ‘si Dieu me confie quelque chose, il doit avoir en tête ce que pensent tous les maîtres : tendre un piège, pour m’humilier et me punir’.

En coaching, on appelle cette posture une croyance limitante.
Croyance, car elle ne repose plus sur des faits réels, mais sur la répétition supposée de faits antérieurs.
Limitante, car elle m’interdit de réagir autrement que par le passé. Elle arrive à nous convaincre que nous ne sommes pas capables de réaliser une action et d’atteindre un objectif. Par conséquent, nous n’essayons même pas.
Par exemple, un enfant voit son père travailler fort et il pense qu’il faut travailler fort pour y arriver. Il associe deux éléments : le travail difficile à la réussite.
Ou : Je n’ai pas le droit à l’erreur. Je ne mérite pas d’être aimé. Je suis toujours rejeté par les autres. Je n’y arriverai jamais etc.
Nous avons tous des croyances limitantes.
Elles trouvent leur source dans nos expériences familiales et plus généralement nos expériences passées, dans la mesure où il s’agit souvent de ce que notre entourage nous a fait croire de nous et de notre valeur.

Maria est liée par une croyance limitante remontant à l’abandon par son père : ‘jamais je ne serais acceptée par tel groupe, telle personne, comme je n’ai jamais été acceptée par ma famille’.
La croyance limitante du troisième serviteur concerne l’image qu’il se fait d’un maître, et cela lui coupe les ailes pour agir. Il en a sans doute une autre : ‘je suis un minable. La preuve, j’ai reçu 5 fois moins que le premier, et 2 fois moins que le deuxième. Je suis tellement nul que j’échouerais sûrement si je tentais de faire quelque chose avec mon talent. Mieux vaut le neutraliser’.
Tout éducateur sait qu’un enfant à qui on n’a cessé de répéter : ‘tu es un vaurien’, finit par y croire et par agir comme le vaurien qu’il est censé être.

Zachée souffrait de ce complexe en se mettant de lui-même à l’écart, sur la branche de sycomore : ‘jamais je ne pourrais devenir l’ami de ce prophète, je suis trop impur’. La Samaritaine avait du mal à imaginer qu’un homme seul - et un juif qui plus est - puisse la considérer comme une femme, elle 5 fois adultère, et samaritaine qui plus est. La femme hémorroïsse a dû elle aussi marcher sur sa croyance limitante qui faisait d’elle une paria, interdite de vie sociale et de tout contact physique avec un homme.

Si nous n’arrivons pas à nommer ces croyances qui nous auto-limitent, auto-mutilent, auto-excluent, alors elles nous feront reproduire encore et encore les mêmes attitudes de soumission, où nous prenons presque plaisir à être dominés, méprisés, piétinés, en trouvant ça normal : ‘c’est mon destin’.

 

3. Le syndrome de Calimero
Le Syndrome de Calimero
En 1963, la lessive Ava invente un personnage devenu emblématique de la malchance : un poussin noir, coquille d’œuf sur la tête, tombé dans la boue dès sa naissance, d’où son duvet noir et sa faculté à attirer la malchance. Il ne cesse de se désoler en zézéyant : ‘c’est vraiment trop inzuste !’

Maria est un peu ce Calimero se plaignant sans cesse que tout est négatif et que ce n’est pas de sa faute. En coaching, on appelle cette posture le syndrome de persécution : quelqu’un se met à jouer un rôle de victime, persécutée par les autres, la vie, la malchance, et finit par croire que c’est là son identité ultime dont elle ne pourra jamais se défaire. Celui qui se complaît dans un rôle de victime dénonce toujours un persécuteur, et lance des appels désespérés pour qu’un sauveur vienne le sortir de cette condition, qui lui permet pourtant d’exister.

En analysant des contes de fées, Stéphane Karpman a modélisé ce triangle dramatique victime-persécuteur-sauveur où les rôles joués par chacun pervertissent les relations entre tous [1] :

Traingele dramatique de KarpmanLes contes de notre enfance font souvent jouer ces rôles à leurs personnages : Blanche-Neige, la méchante belle-mère, et le prince charmant ; Cendrillon, sa famille, et le prince ; le Chaperon Rouge, le loup, et le chasseur…

Quel intérêt d’endosser le rôle de victime ?
La personne qui tient le rôle de victime attire l’attention sur elle, et en particulier l’attention du sauveur…
Elle se dit que comme elle est une victime, elle peut se plaindre. Ce qui fait du bien…
Le fait d’être une victime signifie aussi que tout le mal qui nous arrive est dû à notre persécuteur. C’est donc une bonne excuse pour ne pas reconnaître ses responsabilités, et pour ne pas changer. ‘Après tout, à quoi bon essayer de changer, vu que tous les problèmes viennent de l’autre ?’ Forcément, au fond d’elle la victime n’a pas toujours envie que la situation s’arrange… Car si la situation s’arrangeait, cela voudrait dire que cette personne n’aurait plus l’attention dont elle bénéficie, elle n’aurait plus d’excuses pour justifier ses problèmes, et ne pourrait plus cacher sa « paresse » (la paresse de prendre ses responsabilités et de faire changer les choses)…

Ainsi le troisième serviteur de la parabole se complaît dans la plainte envers le maître qui le persécute, et veut y trouver une excuse pour ne rien faire : ‘j’ai caché mon talent en terre parce que tu es dur, injuste, trop exigeant’. Notre serviteur est Calimero tout craché ! Il pleurera : ‘c’est vraiment trop inzuste !’ lorsqu’il sera jeté dans les ténèbres. En réalité, il a consenti à son effacement. En se disant opprimé par le maître, il a démissionné de sa responsabilité. En réclamant le statut de victime, il se rend incapable de prendre des décisions.

 

Sortir de la victimisation
La bonne nouvelle de ces 3 analyses, c’est qu’il y a des causes à l’enfouissement de son talent et que donc le serviteur peut agir dessus. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il ne peut prétexter excuse de ces 3 logiques pour s’enfouir en terre ! Il est de la responsabilité de chacun – quitte à se faire aider – de ne pas laisser une peur tenir la barre, ni une croyance nous limiter mortellement, ni une série de malheurs nous transformer en victime perpétuelle.

En coaching, la pédagogie de libération pour sortir de cette logique de victimisation repose sur les 3P de l’Analyse Transactionnelle : Puissance / Permission / Protection.

Les "3 P" en Analyse TransactionnellePuissance :
J’ai plus de degrés de liberté que je n’ose le croire. Je suis capable de réaliser des choses qui me semblent inenvisageables. Pour cela, j’ai d’abord besoin qu’on me le dise ; j’ai besoin aussi de relire les moments de mon histoire où effectivement j’ai pu réussir quelque chose dont je suis fier, quelque chose pour laquelle les autres m’ont exprimé leur gratitude.

Faites ce petit jeu entre collaborateurs : formez un cercle, et demandez à ceux qui le veulent, un par un, de faire un pas vers un membre de l’équipe pour lui dire : ‘ce que j’apprécie chez toi, c’est…’ Vous verrez l’émotion secouer les vieilles croyances auto-limitantes : lorsque l’autre me montre mon meilleur visage, comment croire que je ne suis qu’un poussin noir ?

Jésus, en coach excellent qu’il est, sait faire appel à la capacité de puissance de ses interlocuteurs : « étends le bras » ; « lève-toi et marche » ; « ta foi t’a sauvé » ; « dis à  cette montagne d’aller se planter dans la mer » etc.

 

Permission :
Un coach, un ami – nous-même ! – peuvent nous autoriser à transgresser les limites intériorisées jusque-là. Cette permission se fonde sur la confiance en notre capacité à nous adapter aux changements et à faire face à d’éventuelles difficultés. Elle nous ouvre de nouvelles perspectives : ‘Est-ce que vous avez déjà essayé une autre stratégie que l’enfouissement ? Comment avez-vous eu des résultats positifs en vous autorisant ainsi à explorer d’autres solutions ?’

Souvent, nous avons besoin d’une autorisation pour oser nous essayer à changer de comportement. Un peu comme un panneau du code de la route : ‘fin de limitation de vitesse, vous pouvez accélérer’.

Jésus donne ainsi la permission à ses disciples de ramasser des épis un jour de shabbat, comme lui s’autorise à guérir des malades ce même jour de shabbat où cela est normalement interdit. Il délie Lazare et l’autorise à être libre : « laissez-le aller ». Il promet à ses disciples d’aller plus loin que lui : « vous ferez des œuvres plus grandes que moi », et à imaginer ce que lui n’a pu imaginer : « l’Esprit vous conduira vers la vérité tout entière ». Ainsi le concile de Jérusalem (Ac 15) autorisera les baptisés à s’affranchir de la circoncision, des interdits alimentaires et autres limitations de vêtements, de pureté rituelle, de relations hommes/femmes etc.

 

Protection :
Il s’agit de ne pas commencer le travail sur soi avant d’avoir mis en place les conditions d’une véritable sécurité. Un peu comme un échafaudage qui maintient l’intégrité du bâtiment pendant le chantier, la protection rassure et donne courage pour oser changer. Un peu comme un alpiniste qui ne change de prise qu’après en avoir trouvé une autre, la protection renforce la permission d’explorer en offrant l’assurance d’être secouru quoi qu’il arrive. La protection également consiste à dire « non », à fixer des limites, à inciter à prendre des précautions, à mettre en garde par rapport aux risques inutiles, à informer la personne sur un comportement qu’il doit éviter. La protection consiste en tout dispositif qui permet de s’assurer que le changement de comportement de la personne peut avoir lieu sans conséquences négatives pour elle ou son entourage…

La promesse de l’Esprit faite par Jésus est de l’ordre de cette protection. Ainsi que sa promesse d’une autre présence à nos côtés : « et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

 

Conclusion :
Parabole des talents
Le troisième serviteur de la parabole des talents aurait donc eu toutes possibilités de sortir de sa logique démissionnaire ! Il aurait pu se faire aider, demander aux deux autres, engager un coach pour travailler sur son déni de lui-même etc.

Maria quant à elle a su finalement saisir la perche qui lui a été tendue : malgré toutes ses réticences (‘ils ne voudront pas de moi’) elle a accepté de partir une semaine de vacances dans une belle demeure tenue par l’association, à Cabourg, avec une vingtaine de personnes. Elle est revenue enchantée, sous le charme de Cabourg mais surtout heureuse de voir qu’elle avait sa place dans un groupe, que tous les matins on l’embrassait et lui disait bonjour avec un délicieux petit déjeuner… Les autres ne l’ont pas rembarrée ; elle s’est même fait des débuts d’amies, ou au moins des connaissances, et c’est très nouveau pour elle. Aussi, quand l’envie lui prend de réciter à nouveau son chapelet de vilain petit canard, je lui coupe la parole : « Maria, parlez-moi de Cabourg ». Là, son visage s’illumine, et elle se met à dire du bien des autres, de la vie…

Lorsque la tentation de tout repeindre en noir nous submerge,
lorsque que la peur nous paralyse,
lorsque que nos croyances nous limitent, nous mutilent,
lorsque nous n’arrêtons pas de gémir d’être une victime,
relisons la parabole : « arrête de faire ton Calimero ! »
Au lieu de te comparer pour t’enfoncer, réjouis-toi de ce que tu as reçu, et fais-toi confiance pour en tirer quelque chose de bien.

Le meilleur coach pour nous y encourager est bien Dieu en personne, source de puissance, de permission et de protection pour aller vers nous-même !

 


[1]. Stephen Karpman : « Fairy Tales and Script Drama Analysis » (« Analyse des contes de fées et du scénario dramatique »), 1968. C’est pourquoi on appelle « triangle de Karpman » ce modèle relationnel.



 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Ses mains travaillent volontiers » (Pr 31, 10-13.19-20.30-31)

Lecture du livre des Proverbes
Une femme parfaite, qui la trouvera ? Elle est précieuse plus que les perles ! Son mari peut lui faire confiance : il ne manquera pas de ressources. Elle fait son bonheur, et non pas sa ruine, tous les jours de sa vie. Elle sait choisir la laine et le lin, et ses mains travaillent volontiers. Elle tend la main vers la quenouille, ses doigts dirigent le fuseau. Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre, elle tend la main au malheureux. Le charme est trompeur et la beauté s’évanouit ; seule, la femme qui craint le Seigneur mérite la louange. Célébrez-la pour les fruits de son travail : et qu’aux portes de la ville, ses œuvres disent sa louange !

PSAUME
(Ps 127 (128), 1-2, 3, 4-5)
R/ Heureux qui craint le Seigneur ! (Ps 127, 1a)

Heureux qui craint le Seigneur
et marche selon ses voies !
Tu te nourriras du travail de tes mains :
Heureux es-tu ! À toi, le bonheur !

Ta femme sera dans ta maison
comme une vigne généreuse,
et tes fils, autour de la table,
comme des plants d’olivier.

Voilà comment sera béni
l’homme qui craint le Seigneur.
De Sion, que le Seigneur te bénisse !
Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie.

DEUXIÈME LECTURE
« Que le jour du Seigneur ne vous surprenne pas comme un voleur » (1 Th 5, 1-6)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens
Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n’avez pas besoin, frères, que je vous en parle dans ma lettre. Vous savez très bien que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. Quand les gens diront : « Quelle paix ! quelle tranquillité ! », c’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux, comme les douleurs sur la femme enceinte : ils ne pourront pas y échapper. Mais vous, frères, comme vous n’êtes pas dans les ténèbres, ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur. En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ; nous n’appartenons pas à la nuit et aux ténèbres. Alors, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres.

ÉVANGILE
« Tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup » (Mt 25, 14-30).
Alléluia. Alléluia. Demeurez en moi, comme moi en vous, dit le Seigneur ; celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruit. Alléluia. (Jn 15, 4a.5b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. Puis il partit.
Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres. De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître.
Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres.’ Son maître lui déclara : ‘Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’ Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres.’ Son maître lui déclara : ‘Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’
Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit : ‘Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’ Son maître lui répliqua : ‘Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu. Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !’ »
Patrick BRAUD

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