L'homelie du dimanche

7 janvier 2015

Baptême du Christ : le plongeur de Dieu

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Le plongeur de Dieu


Homélie du Baptême du Seigneur
Dimanche 11 Janvier 2014 – Année B

cf. également :

« Laisse faire » : éloge du non-agir

Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »

« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus

Lot de consolation

 

En cette froide et (enfin !) neigeuse saison d’hiver, transportons-nous par la pensée en plein été, au bord d’une immense piscine bleu lagon…

Souvenez-vous des jeux d’eau que l’on organise pour les enfants au bord de la piscine.

Un de ces jeux consiste à laisser tomber des billes au fond de la piscine, et les enfants doivent plonger pour aller les repêcher. Pour y arriver, ils plongent le plus profond possible, jusqu’à toucher le carrelage du fond, ramasser la bille, et remonter ensuite en donnant un vigoureux coup de pied contre le fond de la piscine.

 

Baptême du Christ : le plongeur de Dieu dans Communauté spirituelle 

C’est ce que l’Esprit fait faire à Jésus aujourd’hui dans le Jourdain.

Il lui donne assez de souffle pour plonger au plus profond de notre humanité, se ranger dans la file des pécheurs publics sans se noyer dans le péché. Il lui donne assez d’amour pour aller chercher et sauver ceux qui étaient perdus, comme le plongeur ramassant l’objet perdu au fond de l’eau…

Au sud du lac de Tibériade, l’endroit où Jésus est plongé dans le Jourdain n’est pas une belle piscine d’eau immaculée, mais le lieu où l’eau est la plus polluée par les villes du bord du lac, car tous les égouts y convergent. Dans son baptême, Jésus accepte donc de « faire les poubelles » de l’humanité, d’être compté parmi les pécheurs. Il descend au plus bas, au plus sordide. Il descendra même aux enfers, au séjour des morts, nous dit le Credo, pour que même les morts remontent à la surface dans le sillage de ce plongeur étonnant.

 

 cf. Yardén : le descendeur


Voilà – dès le début de l’évangile de Marc – de quoi nous révéler la véritable identité de Jésus.

- Parce qu’il est le Fils bien-aimé, il peut aller rejoindre ceux qui ne se croient plus des fils/filles.

- Parce qu’il est rempli d’Esprit (ruah = souffle en hébreu) Saint, il peut faire corps avec ceux qui sont à bout de souffle et désespèrent d’eux-mêmes.

- Parce qu’il est l’Homme en plénitude, il n’a pas peur de se ranger avec ceux qu’on ne considère plus comme des êtres humains (les silhouettes fantomatiques qui errent au milieu de nos poubelles pour y récupérer de quoi survivre…).

 

C’est pour sauver ceux qui étaient perdus que Jésus descend dans cette décharge publique, dans cette poubelle de l’humanité qu’était devenu le Jourdain à l’endroit du baptême de Jean. Pourquoi lui refuserais-je de descendre aujourd’hui dans ma déchetterie intérieure, dans ces zones d’ombre en moi, où moi-même je n’ose plus m’aventurer ?

C’est pour sauver ceux qui étaient perdus que le Christ n’a cessé toute sa vie d’aller au plus bas de la condition humaine : en accueillant les putains, les collabos, les mendiants, les samaritains (ces hérétiques), les païens (ces étrangers), les lépreux (ces impurs).
Descendant toujours plus bas, le Christ a fait corps avec l’homme abîmé, dégradé par le mal commis ou subit. Saint Paul dira : « Il a été fait péché pour nous » (2 Co 5,21). Dans le Jourdain, c’est ce qui se passe : il est identifié aux pécheurs.

Lui, le Saint de Dieu, se soumet à un rite destiné aux impurs !

 

Il nous révèle ainsi un Dieu à contre-courant de nos représentations morales instinctives.
Nous, nous aurions envoyé Jésus prêcher aux pécheurs, mais pas se mélanger avec eux !
imgscan-contrepoints-990.jpg-morale-811x1024 baptême dans Communauté spirituelleNous, nous aurions d’abord exigé de Zachée qu’il rende l’argent volé, de la femme adultère qu’elle regrette son infidélité, de la prostituée qu’elle arrête son commerce avant de verser des larmes sur les pieds de Jésus… Eh bien Jésus fait exactement l’inverse : il va rejoindre le pécheur, lui révèle qui est Dieu « riche en miséricorde » – et l’appelle après, en réponse, à ajuster sa vie au don gratuit qu’il vient de recevoir sans condition préalable.

« Le Dieu de Jésus-Christ n’est pas une récompense que la religion serait chargée d’accorder aux vertueux et de refuser aux pécheurs. »

« Le Dieu de Jésus Christ n’est pas une récompense pour le pécheur converti, qui semble au contraire être une récompense pour Dieu » (J. Pohier) selon les mots même de Jésus : « il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15,7).

 


Dans le baptême de Jésus au Jourdain, comme dans son accueil fait aux pécheurs, vous avez un renversement formidable de la morale. La morale chrétienne n’est pas une morale de préalable : « fais ceci et alors tu seras proche de Dieu ». C’est une morale de réponse : « éprouve combien Dieu est proche de toi, puis alors ajuste ta vie en conséquence ».

La morale chrétienne ne fait pas de Dieu une récompense pour les justes, mais elle proclame que ceux qui étaient perdus sont la récompense pour Dieu qui va les rechercher, à la manière du plongeur ramassant l’agate coulée au fond de la piscine pour la sortir hors de l’eau…

 

Méditons là-dessus : le baptême du Christ dans le Jourdain nous invite à une morale de réponse et non de préalable.

Les conséquences dans le domaine de l’éducation des enfants, dans la gestion de la culpabilité, dans l’accueil des pécheurs d’aujourd’hui etc. sont incalculables…

 

 

1ère lecture : « Venez, voici de l’eau ! Écoutez, et vous vivrez » (Is 55, 1-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur :
Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David. Lui, j’en ai fait un témoin pour les peuples, pour les peuples, un guide et un chef.  Toi, tu appelleras une nation inconnue de toi ; une nation qui ne te connaît pas accourra vers toi, à cause du Seigneur ton Dieu, à cause du Saint d’Israël, car il fait ta splendeur.

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur  qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu  qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission

Cantique : (Is 12, 2, 4bcd, 5-6)

Voici le Dieu qui me sauve :
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut.

Rendez grâce au Seigneur,
proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits !
Redites-le : « Sublime est son nom ! »

Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence,
et toute la terre le sait.
Jubilez, criez de joie, habitants de Sion,
car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

2ème lecture : « L’Esprit, l’eau et le sang » (1 Jn 5, 1-9)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés,

celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu ;  celui qui aime le Père qui a engendré aime aussi le Fils qui est né de lui. Voici comment nous reconnaissons  que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ;  et ses commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu  est vainqueur du monde. Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit  que Jésus est le Fils de Dieu ? C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité. En effet, ils sont trois qui rendent témoignage, l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois n’en font qu’un. Nous acceptons bien le témoignage des hommes ; or, le témoignage de Dieu a plus de valeur, puisque le témoignage de Dieu,  c’est celui qu’il rend à son Fils.

– Parole du Seigneur.

Evangile : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie » (Mc 1, 7-11)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.  Voyant Jésus venir à lui, Jean déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Alléluia.  (Jn 1, 29)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jean le Baptiste proclamait : « Voici venir derrière moi  celui qui est plus fort que moi ;  je ne suis pas digne de m’abaisser  pour défaire la courroie de ses sandales.  Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ;  lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée,  et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain.  Et aussitôt, en remontant de l’eau,  il vit les cieux se déchirer  et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe.  Il y eut une voix venant des cieux : « Tu es mon Fils bien-aimé ;  en toi, je trouve ma joie. »
Patrick BRAUD

 

 

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9 mai 2014

Prenez la porte

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Prenez la porte

Homélie du 4ème Dimanche de Pâques ? Année A
11/05/2014

Bien dans ses gonds

« Prenez la porte ! »

Cette injonction vous rappellera peut-être quelques souvenirs humiliants du collège ou du lycée. Lorsqu’un professeur excédé en vient à ordonner de prendre la porte, c’est qu’il ne voit plus que l’exclusion du fautif comme remède au désordre. Prendre la porte résonne donc comme une menace, une sanction, qui annonce bien des ennuis à venir (le surveillant général à voir, le mot aux parents, les heures de retenue à la clé…).

Ici, dans l’image prise par Jésus pour parler de son rôle, c’est exactement l’inverse. Quand il dit : « je suis la porte », il invite les mécréants de tout poil à prendre cette porte-là, dans le sens de la communion avec Dieu au lieu de l’exclusion par les hommes. Prenez la porte dans Communauté spirituelle tom-et-jerry-la-porte-fermee-sur-jerryUne entrée au lieu d’une sortie en somme. Voilà peut-être pourquoi les premiers à prendre cette parole au sérieux sont ceux qui se sont déjà pris des portes en pleine figure, qu’on leur a claquées au nez pour leur dire non.

 

Prendre la porte qu’est le Christ, c’est rentrer chez soi en quelque sorte.

C’est découvrir qu’en passant par lui, l’accès au plus intime de nous-mêmes se conjugue avec l’accès à Dieu le tout autre. Car Jésus ne conduit pas à lui-même. Il conduit à un Autre, que nul nom ne peut enfermer. Telle une porte, il ne cesse d’accompagner les hommes dans leur mouvement de découverte d’un plus grand que lui. Comme il ne sort jamais de ses gonds, il ouvre sur l’infini d’un mystère qu’il habite (et qui l’habite) au plus haut point, car une porte fait déjà partie de la pièce sur laquelle elle ouvre.

Charlot et la porte du grenier

GoldRushFiche Christ dans Communauté spirituelleVous connaissez sans doute cette histoire pleine d’humour que Chaplin a merveilleusement jouée : Charlot s’évertue à ouvrir la porte d’un grenier ; il tire, il s’évertue, il tire encore, il transpire. Rien à faire : le verrou semble solide, la poignée tourne dans le vide. Épuisé, Charlot s’affale de tout son long dans le couloir, et là surprise? la porte s’ouvre toute seule, de l’intérieur? 

Il en est de même ici : la porte qu’est le Christ n’est pas un effort  à faire, ce n’est pas une épreuve à passer, c’est au contraire une ouverture à accueillir, laquelle ne nous doit rien, mais se propose à nous gratuitement, sans mérite de notre part, comme la porte du grenier qui s’ouvre d’elle-même, de l’intérieur.

Qu’avez-vous fait, machinalement, pour venir à la messe ce Dimanche ? Vous avez franchi la porte d’une église. Sans vous en rendre compte, vous accomplissez à chaque fois une étape extraordinairement symbolique : franchir la porte. Passer du dehors au-dedans, pour participer à l’eucharistie. D’ailleurs, dans bien des églises médiévales, on accordait tant d’importance à ce passage de la porte qu’on l’entourait d’un narthex, le domaine réservé aux catéchumènes, c’est-à-dire aux non baptisés, pour qu’ils se préparent à entrer un jour dans l’Église par le baptême.

À la fin de la messe, nous franchissons cette porte en sens inverse, pour passer de l’assemblée au monde, du dedans au dehors, suite à l’envoi final : « allez dans la paix du Christ ».

C’est donc que la porte commande la respiration même de notre foi.

On comprend mieux l’enjeu spirituel de l’affirmation étonnante de Jésus dans l’évangile de ce Dimanche : « Je suis la porte ». Le mot porte est répété 4 fois dans ce chapitre 10 de St Jean, comme pour signifier l’universalité de cette porte qu’est le Christ pour tous les peuples, venant de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du Sud (4 = les 4 points cardinaux).

 

Le slalom des portes de nos vies 

Du coup, on n’arrête pas de franchir symboliquement des portes tout au long de notre pèlerinage de la foi.

Chaque étape de notre vie, de notre naissance jusqu’à notre mort, nous fait passer d’une porte à l’autre, tels des skieurs qui enchaînent les accélérations et les virages de haut en bas du slalom spécial où ils courent pour la victoire.

 exclusion 

 « Je suis la porte »…

À quels moments de notre existence franchissons-nous cette porte qu’est Jésus lui-même ?

- Souvenez-vous : à chaque baptême, nous accueillons symboliquement l’enfant ou l’adulte sur le seuil de l’église. Par le baptême, accueilli à la porte, chacun est invité à entrer, grâce au Christ et par lui, dans un autre univers.

- Souvenez-vous : à chaque mariage, le prêtre (ou le diacre !) va chercher les fiancés à la porte, pour qu’ils la franchissent avec lui. C’est pour signifier que le mariage est un passage, une Pâque, lorsqu’on se marie « dans le Seigneur ». Et si la mariée est en blanc pour franchir la porte, c’est bien en rappel du baptême, car se marier participe à la mort et à la résurrection du Christ (mourir sans cesse à son égoïsme pour naître sans cesse à la communion avec l’être aimé).

– Souvenez-vous encore : lorsque nous célébrons les obsèques d’un proche, nous accueillons le cercueil à la porte de l’église. Celui qui est uni au Christ traverse la mort comme on passe la porte : simplement?

Ainsi de notre naissance à notre mort en passant par le mariage, tous les évènements de notre existence peuvent devenir à travers le Christ comme des seuils à franchir, des portes qui s’ouvrent sur un au-delà.

En affirmant : « Je suis la porte », Jésus nous invite ainsi à passer par lui pour découvrir la vraie vie, la vie « en abondance ».

Ceux qui ne passent pas par cette porte désignent pour Jésus les pharisiens à qui il adresse cette parole. C’est sans doute sous la plume de Jean les premières sectes soi-disant chrétiennes, gnostiques ou païennes en fait. Confronté à la fin du 1er siècle aux divisions dans les groupes chrétiens, Jean nous donne ainsi par son évangile un critère de discernement précieux. Ceux qui ne passeraient pas Jésus pour sauver l’homme risquent fort de n’être finalement que des bandits et des voleurs.

Hélas, la suite de l’histoire lui a souvent donné raison : les idéologies qui ont voulu se bâtir contre le Christ ou sans lui se sont finalement révélées inhumaines et destructrices. Des grandes hérésies des premiers siècles aux systèmes totalitaires du 20ème siècle, sans oublier les sectes ou les pensées néo-païennes d’aujourd’hui, le refus de passer par la porte qu’est le Christ se retourne contre l’humanité elle-même.

 « Je suis la porte »…

Dans les autres évangiles, Jésus appelle ses disciples à lutter pour entrer par la porte étroite (Lc 13,24).

Si vous avez eu la chance d’aller à Bethléem en pèlerinage, vous avez du vous courber et vous faufiler à travers la porte basse et étroite de la basilique de la Nativité. Ce n’est pas facile de passer par le Christ ! Il nous avertit : parvenir au lieu de notre vraie naissance est exigeant. Mais cette porte étroite débouche réellement sur la naissance de l’homme à la vie de Dieu, comme à Bethléem?

2a8ed538 parabole 

« Je suis la porte »…

Dans le livre de l’Apocalypse, Saint Jean  écrira une variation sur ce thème de la porte. « Voici : je me tiens à la porte et je frappe, dit le Christ. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi »(Ap 3,20). Et juste après, Jean a la vision d’une « porte ouverte au ciel », avec une voix qui lui dit : « Monte ici » (Ap 4,1).

Ainsi le Christ : il nous ouvre l’accès à nos greniers intérieurs, ces trésors de vie que l’Esprit de Dieu a déposé en nous. C’est par lui, avec lui et en lui, comme nous le chantons au sommet de la prière eucharistique, que nous pouvons avoir accès à nous-mêmes, ou plutôt avoir accès à Dieu en nous, et à nous en Dieu.

C’est cela, « avoir la vie en abondance », une « vie éternelle ».

 « Je suis la porte »…

Comment entendre cette parole aujourd’hui ?  

Eh bien : examinez tous les domaines où vous ne passez pas par le Christ pour faire vos choix.

Visualisez ces moments où le Christ n’est pas la porte de vos décisions, où vous ne voulez pas le mêler à vos affaires importantes : l’argent, la carrière, les loisirs, votre consommation, votre famille?.

C’est là-dessus qu’il vous faut alors travailler.

N’escaladez pas par-dessus, ne fracturez pas d’autres fenêtres : revenez au Christ, entrez par lui dans votre avenir.

 « Je suis la porte »…

Écoutons cette parole : qu’elle travaille en nous toute cette semaine…

 

1ère lecture : Pierre appelle à la conversion, et il baptise les premiers convertis (Ac 2, 14a.36-41)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, avait pris la parole ; il disait d’une voix forte : « Que tout le peuple d’Israël en ait la certitude : ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ. »
Ceux qui l’entendaient furent remués jusqu’au fond d’eux-mêmes ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? »
Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour obtenir le pardon de ses péchés. Vous recevrez alors le don du Saint-Esprit.

C’est pour vous que Dieu a fait cette promesse, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, tous ceux que le Seigneur notre Dieu appellera. »
Pierre trouva encore beaucoup d’autres paroles pour les adjurer, et il les exhortait ainsi : « Détournez-vous de cette génération égarée, et vous serez sauvés. »

Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre se firent baptiser. La communauté s’augmenta ce jour-là d’environ trois mille personnes.

Psaume : Ps 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer. 

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ; 
il me conduit par le juste chemin 
pour l’honneur de son nom. 

Si je traverse les ravins de la mort, 
je ne crains aucun mal, 
car tu es avec moi : 
ton bâton me guide et me rassure. 

Tu prépares la table pour moi 
devant mes ennemis ; 
tu répands le parfum sur ma tête, 
ma coupe est débordante. 

Grâce et bonheur m’accompagnent 
tous les jours de ma vie ; 
j’habiterai la maison du Seigneur 
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : Celui qui a souffert pour nous est devenu notre berger (1 P 2, 20b-25)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frères, si on supporte la souffrance en ayant fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu.
C’est bien à cela que vous avez été appelés, puisque le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces, lui qui n’a jamais commis de péché ni proféré de mensonge : couvert d’insultes, il n’insultait pas ; accablé de souffrances, il ne menaçait pas, mais il confiait sa cause à Celui qui juge avec justice.
Dans son corps, il a porté nos péchés sur le bois de la croix, afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice : c’est par ses blessures que vous avez été guéris.
Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous.

Evangile : Jésus est le bon pasteur et la porte des brebis (Jn 10, 1-10)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus, le bon Pasteur, connaît ses brebis et ses brebis le connaissent : pour elles il a donné sa vie.Alléluia. (cf. Jn 10, 14-15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jésus parlait ainsi aux pharisiens :
« Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit.
Celui qui entre par la porte, c’est lui le pasteur, le berger des brebis.
Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir.
Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix.
Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus. »

Jésus employa cette parabole en s’adressant aux pharisiens, mais ils ne comprirent pas ce qu’il voulait leur dire.
C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis.
Ceux qui sont intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés.
Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage.
Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. »
Patrick Braud

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27 février 2014

Pour quoi m’as-tu abandonné ?

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Pour quoi m’as-tu abandonné ?

Homélie du 8° dimanche du temps ordinaire / Année A
02/03/2014

Jérusalem disait : « Le Seigneur m’a abandonnée, le Seigneur m’a oubliée. »
Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l’oublier, moi, je ne t’oublierai pas. Parole du Seigneur tout-puissant. (Is 49,14-15)

Cette déclaration d’amour inconditionnel est bouleversante. Hélas, on a vu des mères (et des pères) abandonner la chair de leur chair… Dieu sait bien que l’amour parental est faillible. Ce n’est pas Dieu qui est à l’image des parents. C’est l’inverse. L’amour d’une mère ou d’un père est appelé à ressembler à l’amour de Dieu pour chacun de nous. Et ce n’est pas en extrapolant le comportement des parents qu’on peut imaginer qui est Dieu pour nous. C’est bien plutôt en partant de Dieu que les parents humains peuvent devenir vraiment père et mère. L’homme n’a pas inventé Dieu : c’est l’inverse !

En tout cas, même si une mère abandonne son enfant, Dieu – lui - ne nous abandonnera jamais.

Pourtant, quiconque vit assez longtemps rencontrera des épreuves qui le feront douter de sa promesse.

Impossible de vivre toute une existence sans être confronté tôt ou tard à un divorce, un deuil, une maladie, un drame professionnel ou personnel. Lorsque que cela arrive, notre prière n’est plus qu’un cri plein de reproches et de doute : « pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Existes-tu vraiment, si autant d’injustice et d’absurde vient envahir notre histoire ?

À cette question lancinante, le peuple de la Bible a répondu de multiples manières, en fonction des situations rencontrées et de sa maturité spirituelle.

 

Abandonné à cause de nos fautes

- La première piste, la plus facile à explorer, est celle des conséquences de nos actes. Il nous arriverait malheur sur malheur par ce que nous avons péché, et ce ne serait que justice que d’être ainsi frappés pour nos égarements d’hier.

C’est l’interprétation des prophètes réfléchissant sur l’exil du peuple juif à Babylone. Si les juifs ont été déportés de -587 à -527, c’est parce qu’ils avaient rompu trop souvent l’Alliance avec Dieu, notamment en ne défendant pas les plus faibles (la veuve, l’orphelin, l’immigré), et en se prostituant avec les idoles étrangères (Baal, Mammon, Zoroastre…).

Comme à chaque explication, il y a une part de vrai là-dedans. Des régimes politiques corrompus et inhumains finissent toujours par se détruire eux-mêmes (cf. la chute du mur de Berlin en 1989). Bien des écroulements, personnels ou collectifs, s’enracinent dans ces ruptures d’Alliance qui à terme engendrent des catastrophes pourtant prévisibles.

Pour quoi m'as-tu abandonné ? dans Communauté spirituelle 382328 

Mais cette interprétation ne convient pas pour la Shoah : qu’aurait donc fait le peuple juif pour ‘mériter’ un génocide de 6 millions de morts à la clef ? En rejetant formellement l’accusation de peuple déicide, Vatican II déboute les vieilles explications du mal subi par le mal commis.

Non, cela ne peut pas tenir…

 

Abandonné sans raison

Book_of_Job_Chapter_15-1_(Bible_Illustrations_by_Sweet_Media) abandon dans Communauté spirituelle

- Du coup, les théologiens qui méditent sur la Shoah en viennent plutôt à adopter la position de Job.

Job, l’innocent confronté au mal sans pourquoi.

Job, le juste accablé sans raison.

Il perd tout (biens, famille, amis, santé) mais pourtant refuse de se reconnaître coupable, car il ne l’est pas. Il se bat violemment contre Dieu pour lui demander des comptes de cet immense malheur injuste. Aucune réponse ne lui sera donnée en fait, sinon que Dieu est si grand qu’il excède toutes les réponses possibles. Le malheur est incompréhensible, et même la foi en Dieu ne fournit aucune solution à cette  énigme. Seul le face-à-face avec Dieu au-delà de la mort lèvera le voile sur ce paradoxe incompréhensible : Dieu ne nous abandonne pas, et pourtant nous souffrons sans raison.

 

Abandonné par effet boomerang

- Une interprétation plus subtile s’est glissée entre ces deux premières. Nos déroutes peuvent provenir de notre mauvaise utilisation du nom de Dieu. C’est l’histoire édifiante de la défaite d’Israël devant les Amalécites (1S 4,1-11).

Il advint en ce temps-là que les Philistins se rassemblèrent pour combattre Israël, et les Israélites sortirent à leur rencontre pour le combat. Ils campèrent près d’Eben-ha-Ezèr, tandis que les Philistins étaient campés à Apheq.

Les Philistins s’étant mis en ligne contre Israël, il y eut un rude combat et Israël fut battu devant les Philistins: environ 4.000 hommes furent tués dans les lignes, en rase campagne. L’armée revint au camp et les anciens d’Israël dirent: « Pourquoi Yahvé nous a-t-il fait battre aujourd’hui par les Philistins? Allons chercher à Silo l’arche de notre Dieu, qu’elle vienne au milieu de nous et qu’elle nous sauve de l’emprise de nos ennemis. » L’armée envoya à Silo et on enleva de là l’arche de Yahvé Sabaot, qui siège sur les chérubins, les deux fils d’Eli, Hophni et Pinhas, accompagnaient l’arche. Quand l’arche de Yahvé arriva au camp, tous les Israélites poussèrent une grande acclamation, qui fit résonner la terre.  Les Philistins entendirent le bruit de l’acclamation et dirent: « Que signifie cette grande acclamation au camp des Hébreux », et ils connurent que l’arche de Yahvé était arrivée au camp. Alors les Philistins eurent peur, car ils se disaient: « Dieu est venu au camp! » Ils dirent: « Malheur à nous! Car une chose pareille n’est pas arrivée auparavant. Malheur à nous! Qui nous délivrera de la main de ce Dieu puissant? C’est lui qui a frappé l’Égypte de toutes sortes de plaies au désert. Prenez courage et soyez virils, Philistins, pour n’être pas asservis aux Hébreux comme ils vous ont été asservis; soyez virils et combattez! »

Les Philistins livrèrent bataille, les Israélites furent battus et chacun s’enfuit à ses tentes; ce fut un très grand massacre et 30.000 hommes de pied tombèrent du côté d’Israël. L’arche de Dieu fut prise et les deux fils d’Eli moururent, Hophni et Pinhas. 

Le peuple croit que l’arche d’Alliance va lui assurer la victoire sur ses ennemis, et voilà que la défaite est encore plus spectaculaire que sans l’arche d’Alliance. C’est donc que réquisitionner Dieu pour des combats qui ne sont pas les siens se termine souvent très mal. Crier Gott mit uns, en hébreu, en afrikaner ou en arabe ne peut que se terminer en tragédie.

Ce malheur-là vient de notre folie, pas de l’abandon par Dieu.

 

Abandonné par un petit dieu trop faible

inhoc Carême- Bien avant Israël, la règle était simple. Il y avait plusieurs dieux, et le plus vrai était le plus fort, c’est-à-dire celui qui obtenait la victoire.

Si un dieu est impuissant dans la bataille, s’il ne protège pas du mal et de la souffrance, j’en déduis qu’il est inférieur, et donc je change de Dieu pour adopter celui de mon vainqueur. Logique ! Mais un peu trop court pour expliquer les abandons successifs par des idoles successives…

 

Abandonné par des dieux indifférents

- Les païens d’autrefois ou d’aujourd’hui en tirent d’ailleurs une conclusion séduisante : les dieux ne se soucient pas des hommes.

Ils vivent loin d’eux, et sont indifférents à leur bonheur ou à leur malheur. C’est à nous de capter les forces bénéfiques (ou maléfiques) pour les faire servir à notre cause : par des sacrifices, par des rituels magiques, par des intermédiaires imaginaires…

Là au moins, l’abandon divin est réel, total, voulu.

figL2_084_dieux_grecs1 Christ

 

Le Christ abandonné

 Passion- Le Christ interrompt cette ligne d’explications tâtonnantes en inaugurant une rupture radicale. Il ne propose pas de solution à l’énigme du malheur innocent : il l’endosse lui-même, jusqu’à l’ultime. Aucune théorie prétendant détenir la clef de la souffrance et du malheur dans son Évangile, mais plutôt une absolue solidarité avec ceux qui sont écrasés de douleur, humiliés, rejetés, exclus à cause de l’épreuve qui leur est imposée.

En acceptant la croix – suprême malédiction pour le fils de Dieu qu’il était – le Christ vient faire corps avec les damnés de la terre pour que aucun ne se croit plus désormais abandonné.

Parce qu’il a crié lui-même sa déréliction : « mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? »  (Mt 27,46) Jésus est devenu le frère des abandonnés, et leur sauveur : « aujourd’hui, avec moi, tu seras en paradis » (Lc 23,42).

Le Christ a été abandonné par son Père pour ouvrir à tous les abandonnés le chemin de la communion avec Dieu. Il est descendu dans l’humiliation et le malheur de la croix pour que le mal n’ait plus jamais le dernier mot sur la dignité humaine. Il est descendu aux enfers mêmes, pour que la mort – suprême injustice – soit vaincue.

Identifié à l’abandonné de Dieu, Jésus détourne ceux qui se reconnaissent en lui de la volonté mortifère d’explication du passé, pour les ouvrir à l’avenir promis : la communion d’amour en Dieu.

Deux conséquences très importantes pour nous à cette identification de Jésus au Jobs que nous sommes :

 

1) distinguer abandon et sentiment d’abandon.

Nous pouvons éprouver dans notre chair et/ou notre esprit que Dieu nous abandonne. Ce n’est pas pour autant la réalité de ce que Dieu fait. Notre sentiment peut être authentique sans être vrai pour autant. Nous devons apprendre à distinguer l’expérience et l’interprétation que nous en faisons. Souffrir ne veut pas dire que Dieu le veut ou ne le veut pas. Être dans l’épreuve ne signifie pas que Dieu nous a laissé de côté.

Ce n’est pas parce que nous ne voyons pas le soleil qu’il n’existe pas, indépendamment de nous. C’est simplement que notre point de vue, plongé dans les ténèbres, ne nous permet plus de discerner l’astre caché.

 

2) Depuis le cri de déréliction de Jésus sur le bois de la croix, notre propre cri d’abandon en est totalement transformé.

Si la douleur nous fait encore pleurer : « pourquoi m’as-tu abandonné ? », tout  doucement la force de la résurrection nous fait prier : « pour quoi m’as-tu abandonné ? »

En vue de quoi cela nous arrive-t-il ?

Sur quoi cela peut-il déboucher ?

Comment devenir plus humains et plus nous-mêmes à travers cette épreuve ?

Ce ‘pour quoi’ n’accuse pas Dieu d’avoir manigancé tout cela pour nous faire évoluer. Non : il mise sur la déclaration inconditionnelle de Dieu de ne jamais nous abandonner pour lui demander de nous aider à trouver une fécondité possible à ce qui demeure un mal.

De même que la croix du Christ, symbole de l’horreur absolue, est devenue le symbole de l’amour absolu, ainsi nos sentiments d’abandon – malheur injuste – peuvent devenir des chemins de fécondité à travers le mal.

De Job à Martin Gray, de l’esclavage en Égypte à la Shoah, ils sont nombreux ceux qui ont cru en cette parole : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par-dessus le marché. »

À chacun de nous de travailler sur lui-même pour discerner à quelle fécondité il est appelé à travers les épreuves qui s’imposent à lui.

À nous de transformer nos « pourquoi m’as-tu abandonné ? » en « pour quoi m’as-tu abandonné ? »…

 

1ère lecture : Dieu ne peut pas oublier son peuple (Is 49, 14-15)
Lecture du livre d’Isaïe

Jérusalem disait : « Le Seigneur m’a abandonnée, le Seigneur m’a oubliée. »
Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l’oublier, moi, je ne t’oublierai pas. ? Parole du Seigneur tout-puissant.

Psaume : 61, 2-3, 8, 9
R/ En Dieu seul, le repos de notre âme.

Je n’ai de repos qu’en Dieu seul,
mon salut vient de lui.
Lui seul est mon rocher, mon salut,
ma citadelle : je suis inébranlable.

Mon salut et ma gloire
se trouvent près de Dieu.
Chez Dieu, mon refuge,
mon rocher imprenable !

Comptez sur lui en tous temps,
vous, le peuple.
Devant lui épanchez votre coeur :
Dieu est pour nous un refuge.

2ème lecture : C’est Dieu qui juge : ne jugez pas (1 Co 4, 1-5)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
il faut que l’on nous regarde seulement comme les serviteurs du Christ et les intendants des mystères de Dieu. 
Et ce que l’on demande aux intendants, c’est en somme de mériter confiance. Pour ma part, je me soucie fort peu de votre jugement sur moi, ou de celui que prononceraient les hommes ; d’ailleurs, je ne me juge même pas moi-même. Ma conscience ne me reproche rien, mais ce n’est pas pour cela que je suis juste : celui qui me juge, c’est le Seigneur. Alors, ne portez pas de jugement prématuré, mais attendez la venue du Seigneur, car il mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et il fera paraître les intentions secrètes. Alors, la louange qui revient à chacun lui sera donnée par Dieu.

Evangile : Sermon sur la montagne. Confiance en Dieu notre Père (Mt 6, 24-34)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Cherchez d’abord le royaume de Dieu, et tout vous sera donné par surcroît. Alléluia. (Mt 6, 33)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Aucun homme ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent.
C’est pourquoi je vous dis : Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ?
Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? D’ailleurs, qui d’entre vous, à force de souci, peut prolonger tant soit peu son existence ? Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’eux. Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ? Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : ‘Qu’allons-nous manger ?’ ou bien : ‘Qu’allons-nous boire ?’ ou encore : ‘Avec quoi nous habiller ?’ Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus le marché. Ne vous faites pas tant de souci pour demain : demain se souciera de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. »
Patrick BRAUD

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23 novembre 2013

Le Christ Roi fait de nous des huiles

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le Christ Roi fait de nous des huiles

Homélie du Dimanche 24 Novembre 2013 / Année C
Fête du Christ Roi

Qu’est-ce qui fait roi un homme ?

Le Christ Roi fait de nous des huiles dans Communauté spirituelle david1

Chez nous, ce qui fait un président c’est le soir du résultat des élections, et la cérémonie d’investiture qui suit (rappelez-vous Mitterrand au Panthéon une rose à la main?).

En Israël, ce qui faisait un roi, c’était l’onction, et l’onction d’huile.

 

La 1ère lecture décrivait ce rite d’intronisation : « ils donnèrent l’onction à David pour le faire roi sur Israël ». Être oint, recevoir l’onction, en grec, cela s’appelle la chrismation : devenir un Christ ! Appeler Jésus « le Christ », c’est reconnaître en lui un successeur de David, quelqu’un qui a reçu l’onction l’intronisant roi.

 

D’ailleurs par le baptême, par l’onction d’huile du baptême, nous devenons tous des oints, des christs !

À tel point que Cyrille de Jérusalem (4° siècle) avertissait le pouvoir romain qui persécutait les nouveaux baptisés : « ne touchez pas à mes christs ! »c’est-à-dire « ne touchez pas à ceux qui par l’onction d’huile sont devenus comme des christs. »

 

L’onction royale de notre baptême est donc à la fête en ce dimanche du Christ Roi, point d’orgue de l’année liturgique.

Dieu-roi-supr%C3%AAme-d%E2%80%99Isra%C3%ABl-L%E2%80%99onction-d%E2%80%99huile-qui-fait-les-messies baptême dans Communauté spirituelle« Toi qui fais maintenant partie de son peuple, Dieu te marque de l’huile sainte, afin que tu demeures éternellement membre de Jésus-Christ, prêtre, prophète, et roi » : ces paroles au moment où le prêtre/diacre verse l’huile sur le front d’un catéchumène en le signant avec cette huile, ces paroles redisent la grandeur royale de tout homme, de tout être humain. « L’homme, la seule créature que Dieu ait voulue pour elle-même » rappelle le Concile Vatican II (Gaudium et spes)…

Que nous dit cette onction d’huile de notre baptême, par laquelle nous participons à la royauté de David, bien plus encore : à la royauté du Christ ?

Comme un massage, où l’huile pénètre au plus profond de votre peau, la chrismation ouvre la voie à l’Esprit Saint au plus intime de votre coeur.


Comme un
parfum qui se dégage ensuite du corps, la chrismation vous invite à laisser émaner de vous une bonne odeur d’évangile, de sainteté, grâce à l’Esprit Saint qui travaille en vous.


Comme une
marque brillante qui luit sur le front du baptisé, la chrismation vous distingue entre tous, portant la trace de l’appartenance au Christ, comme un diadème royal.


Comme une
pommade qu’on applique sur des plaies pour les désinfecter et les soigner, l’huile vient apaiser vos brûlures intérieures, guérir vos blessures les plus secrètes? (cf. le Samaritain versant de l’huile sur les plaies du blessé?).


Comme une
énergie pour brûler et faire briller la clarté au bout d’une mèche de lampe, l’huile du baptême fait de vous des êtres de lumière pour illuminer le monde.

 

Voilà où s’enracine la dignité royale de tout baptisé : participer à la royauté du Christ sur l’univers.

En le transformant, par la science et les techniques.

En l’aimant, en bon gestionnaire qui sait bien ne pas être propriétaire de la Création, mais son ami, son partenaire.

Dans le travail professionnel tout particulièrement, cette dimension royale est à l’oeuvre. 

Parce que le travail est l’exercice ordinaire de la royauté de l’homme sur le monde, il ne faut pas espérer vivre l’évangile en dehors de cette réalité royale.

Se sanctifier par le travail, sanctifier le travail lui-même, et sanctifier le monde à travers le travail : l’onction d’huile du baptême nous donne une spiritualité très concrète, très ordinaire, très simple.

Mais faire son travail en ayant conscience de participer à la royauté du Christ sur l’univers, cela change tout ?

Car il y a bien un lien entre ces deux royautés que nous fêtons aujourd’hui : celle du Christ et la nôtre. Dans notre évangile de ce Dimanche, comment Jésus manifeste-t-il qu’il est Roi ? Paradoxalement ! En se recevant d’un Autre.  En refusant de se sauver soi-même.

Vous l’avez entendu, cette dernière tentation sur la Croix, qui revient par 3 fois dans le texte : « si tu es le Roi des Juifs, le Messie, l’oint de Dieu sauve-toi toi-même ! » Jésus résiste à cette tentation de l’auto-rédemption ; il a confiance en son Père ; il se reçoit de lui jusqu’au bout.

En cela il est Roi, parce que le rôle du Roi est de renvoyer sans cesse à un Autre que lui-même. Et il associe le « bon larron » à cette formidable aventure : puisque ce criminel accepte de recevoir, d’être sauvé par un Autre, il lui sera beaucoup donné, dès aujourd’hui, en Paradis.

Faudrait-il être un peu larron pour devenir Roi ? Peut-être?, car « celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour »? comme l’affirmait Jésus en contemplant l’amour de la pécheresse qui justement lui versait un parfum précieux sur les pieds.

 

Que cette fête du Christ Roi nous aide à reprendre conscience de ce que l’onction d’huile sur notre front ne cesse d’opérer en nous depuis notre baptême : tu es le roi du monde, pour l’aimer, le chérir, à la manière du Christ, en Christ.

 

1ère lecture : David reçoit l’onction royale (2 S 5, 1-3)

Lecture du second livre de Samuel

Toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent : « Nous sommes du même sang que toi ! Dans le passé déjà, quand Saül était notre roi, tu dirigeais les mouvements de l’armée d’Israël, et le Seigneur t’a dit : ‘Tu seras le pasteur d’Israël mon peuple, tu seras le chef d’Israël.’ »
C’est ainsi que tous les anciens d’Israël vinrent trouver le roi à Hébron. Le roi David fit alliance avec eux, à Hébron, devant le Seigneur. Ils donnèrent l’onction à David pour le faire roi sur Israël.

Psaume : Ps 121, 1-2, 3-4, 5-6a.7a

R/ Ton règne, Seigneur, est un règne de paix.

Quelle joie quand on m’a dit :
« Nous irons à la maison du Seigneur ! »
Maintenant notre marche prend fin
devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs : 
ville où tout ensemble ne fait qu’un !
C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur, 
là qu’Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur.

C’est là le siège du droit, 
le siège de la maison de David.
Appelez le bonheur sur Jérusalem : 
« Que la paix règne dans tes murs ! »

2ème lecture : Dieu nous a fait entrer dans le royaume de son Fils (Col 1, 12-20)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens

Frères,
rendrez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d’avoir part, dans la lumière, à l’héritage du peuple saint.
Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé, par qui nous sommes rachetés et par qui nos péchés sont pardonnés.
Lui, le Fils, Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à toute créature, car c’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles : tout est créé par lui et pour lui.
Il est avant tous les êtres, et tout subsiste en lui. 

Il est aussi la tête du corps, c’est-à-dire de l’Église. Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, puisqu’il devait avoir en tout la primauté.
Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total.
Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.

Evangile : Le Roi crucifié (Lc 23, 35-43)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Béni soit le règne de David notre Père, le Royaume des temps nouveaux ! Béni soit au nom du Seigneur Celui qui vient ! Alléluia. (cf. Mc 11, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

On venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
Les soldats aussi se moquaient de lui. S’approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée, ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. »
L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »
Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »
Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Patrick Braud

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