L'homelie du dimanche

10 février 2016

L’île de la tentation

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

L’île de la tentation

Cf. également :

Ne nous laisse pas entrer en tentation 

L’homme ne vit pas seulement de pain 

Une recette cocktail pour nos alliances

Nous ne sommes pas une religion du livre, mais du Verbe

Et plus si affinité 

Homélie du 1° dimanche de Carême / Année C
14/02/2016

 

L’île de la tentation

Avez-vous déjà regardé ce jeu de télé-réalité ? Le principe est connu : isolés sur une île, quatre couples non mariés et sans enfant doivent tester leur amour face à la tentation de vingt-deux beaux(belles) célibataires, bronzé(e)s et affriolant(e), pendant un séjour de douze jours : les tentateurs(trices).

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Des rendez-vous romantiques avec les célibataires ont lieu tous les jours.

Au bout des douze jours, dans un ultime feu de camp, chaque couple doit alors décider s’il reste uni ou non à l’issue de l’émission.

Le jeu voudrait nous faire croire que la tentation principale est celle de l’infidélité conjugale. Par contre, il n’a pas tout à fait tort lorsqu’il situe la tentation sur une île, et comme une île : car la solitude est bien la conséquence d’une rupture du lien de communion avec Dieu ou avec les autres.

Au désert, en ce début de carême, le Christ va connaître son ‘île de la tentation’ à lui : le combat intérieur pour rester uni à son Père, alors que le diable voudrait qu’il arrête d’être fils et qu’il n’existe que par lui-même.

 

Quelles sont vos tentations ?

Les récits évangéliques du Christ tentés au désert marquent chaque premier dimanche de carême. On croit les connaître par cœur.
À tort sans doute. Car il faut du temps dans une vie humaine pour identifier clairement ce qui au fond est le véritable combat spirituel.

Jeune, on croit facilement que la tentation a le visage du succès, du pouvoir, du désir. Au fil des ans, la question : quel est mon combat essentiel ? s’avère plus complexe, plus subtile, plus difficile à répondre.

Pilate par exemple aurait pu croire que le piège de la gloire ou du pouvoir était le plus dangereux pour lui. Dans le dialogue avec le Christ durant sa Passion, il découvre que c’est plutôt cet espèce de cynisme qui se nourrit d’un certain scepticisme envers la vérité : « qu’est-ce que la vérité ? »

Caïphe, en tant que grand prêtre juif, devait craindre l’impureté rituelle et l’infidélité à la Loi comme ses plus grandes tentations. Il va s’entendre basculer du côté de l’utilitarisme meurtrier : « il vaut mieux qu’un seul homme meure plutôt que tout le peuple ». Il ne savait pas que c’était de ce côté-là qu’il serait tenté.

Judas aurait pu croire que le manque de courage pour aller au bout de la lutte armée contre l’occupation romaine serait sa tentation principale. Mais voilà que la séduction du désespoir sera bien plus fatale, jusqu’au suicide.

Chacun de nous découvre ainsi tôt ou tard qu’identifier la vraie tentation contre laquelle il lutte est une révélation. Cela nous est révélé par la remarque d’un autre, par la violence d’une de nos réactions, par les conséquences immenses et inimaginables de tel faux pas etc.

Jésus de Nazareth lui-même, pourtant « rempli de l’Esprit de Dieu », fait ici au désert d’apprentissage de ce qui sera le combat de sa vie. Et le diable voit juste, comme toujours : il ne porte pas ses attaques sur la peur d’être trahi, le désir de réussir ou la fuite de la douleur. Il sait que là-dessus le Christ ne lui laisse aucune prise. Alors il se concentre sur l’essentiel, sur la raison d’être même de Jésus : es-tu oui ou non le fils de Dieu ? Tout le reste en découle. Jésus est tenté, comme chacun de nous, à partir de ce qu’il a de plus cher. Et pour lui, c’est l’intimité qu’il partage avec son Père, dans l’Esprit. Si Satan arrive à déstabiliser l’homme Jésus en le faisant douter de cette identité partagée, il aura gagné.

La tentation la plus dangereuse pour chacun sera celle qui nous atteint ainsi dans notre identité la plus essentielle.

Puisque le Christ a été tenté, n’imaginons pas avancer sur le chemin avec lui sans rencontrer nous aussi les tentations qui nous correspondent.

Prenez l’itinéraire de la vie de couple. S’il y a un divorce pour deux mariages environ, c’est qu’il y a bien plus d’adultères encore avant les séparations ! Avec l’allongement de la durée de vie et la lassitude des années, avec les rythmes de travail qui éloignent et provoquent de multiples occasions de tromper l’autre, avec cette immaturité psychologique qui nous fait nous tromper avant que de tromper et qui ne se révèle que des années après, avec la fameuse crise de milieu de vie qui vient tout bouleverser en murmurant qu’il faut tout changer pour redevenir soi-même, les causes sont si nombreuses !…

La tentation de l’infidélité sera multiple et multiforme : impossible d’y échapper. Mieux vaut accueillir la tentation comme l’invitation à plus de profondeur, de liberté.

N’est pas fidèle celui qui n’a jamais été tenté, mais celui qui a traversé la tentation en renforçant le lien mis en cause.

 

La tentation comme une île

Afficher l'image d'origineAu désert, le Christ identifie les trois combats qui vont tenter de le faire chuter tout au long de sa mission : séduire par des prodiges, s’imposer par la force, s’annonçer soi-même au lieu de conduire à Dieu. Lorsqu’il rencontrera ces trois tentations sous d’autres formes, il saura ainsi les démasquer, leur enlever leur force, et en être victorieux. La dernière tentation du Christ, sur la croix, ne concerne pas Marie-Madeleine comme le romancent Nikos Kazantzakis (la dernière tentation du Christ) ou Dan Brown (auteur du fameux Da Vinci code) mais le lien à son Père : « sauve-toi toi-même », lui crie-t-on  par trois fois, comme le diable au sommet du Temple dans le désert. Le Christ  refuse d’être à lui-même son propre salut, car il est le fils, celui qui se reçoive d’un autre, dans l’amour.
Jusqu’au bout, il choisit de faire confiance à celui à qui il crie  pourtant sa déréliction (« mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »).
Jusqu’au bout il se reçoit, au lieu de prendre.
Jusqu’au bout il s’appuie sur le fait d’être aimé plutôt que de se sauver tout seul.
En cela il est vraiment le fils, d’une manière unique, car nul homme n’a vécu une telle intimité avec Dieu.

Le piège de la tentation, c’est de faire croire à chacun qu’il est un île, qu’il peut se sauver tout seul, qu’il peut prendre au lieu de recevoir, qu’il peut accaparer au lieu de donner. Et l’île de la tentation dans la Bible est la solitude à laquelle se condamne celui qui croit pouvoir se sauver lui-même.

 

Discerner sa tentation la plus essentielle

Alors, quelle tentation sera la vôtre ? La tentation principale, le fer de lance de l’attaque qui viendra vous déstabiliser au plus intime ?

Comme dans un duel à l’épée, les premières escarmouches seront portées là où c’est assez superficiel, juste pour voir si vous résistez relativement bien. Si oui, alors l’intensité montera d’un cran et vous en viendrez aux choses sérieuses.

Chaque digue tient bon tant que l’eau n’attaque pas ses points névralgiques. Dès qu’elle a trouvé la faille, le point sensible, le cheval de Troie de la digue, l’eau n’a de cesse d’user sa résistance en concentrant sa pression là où elle peut faire des dégâts…

Identifier sur quoi porte la vraie tentation de son histoire personnelle est un long discernement, qui ne se fait pas sans aide extérieure. Les vrais maîtres de sagesse sont ceux qui ont apprivoisé cette faille intime, avec humour et confiance. Ils se savent exposés, d’autant plus qu’ils progressent. Toujours en danger, ils en deviennent d’autant plus fidèles qu’ils s’appuient sur Dieu pour, non pas y être soustraits, mais se nourrir de la tentation pour devenir plus soi-même…

 

1ère lecture : La profession de foi du peuple élu (Dt 26, 4-10)
Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple : Lorsque tu présenteras les prémices de tes récoltes, le prêtre recevra de tes mains la corbeille et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu. Tu prononceras ces paroles devant le Seigneur ton Dieu : « Mon père était un Araméen nomade, qui descendit en Égypte : il y vécut en immigré avec son petit clan. C’est là qu’il est devenu une grande nation, puissante et nombreuse. Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ; ils nous ont imposé un dur esclavage. Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions dans la misère, la peine et l’oppression. Le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte à main forte et à bras étendu, par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges. Il nous a conduits dans ce lieu et nous a donné ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel.

Et maintenant voici que j’apporte les prémices des fruits du sol que tu m’as donné, Seigneur. »

Psaume : Ps 90 (91), 1-2, 10-11, 12-13, 14-15ab

R/ Sois avec moi, Seigneur, dans mon épreuve. (cf. Ps 90, 15)

Quand je me tiens sous l’abri du Très-Haut
et repose à l’ombre du Puissant,
je dis au Seigneur : « Mon refuge,
mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! »

Le malheur ne pourra te toucher,
ni le danger, approcher de ta demeure :
il donne mission à ses anges
de te garder sur tous tes chemins.

Ils te porteront sur leurs mains
pour que ton pied ne heurte les pierres ;
tu marcheras sur la vipère et le scorpion,
tu écraseras le lion et le Dragon.

« Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ;
je le défends, car il connaît mon nom.
Il m’appelle, et moi, je lui réponds ;
je suis avec lui dans son épreuve. »

2ème lecture : La profession de foi en Jésus Christ (Rm 10, 8-13)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, que dit l’Écriture ? Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons. En effet, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut. En effet, l’Écriture dit : Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte. Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

Evangile : « Dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où il fut tenté » (Lc 4, 1-13)

Acclamation : Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. 
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, après son baptême, Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. »

Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. »

Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.
Patrick BRAUD

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6 janvier 2016

De Star Wars au baptême du Christ

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De Star Wars au baptême du Christ

 

Homélie pour la fête du baptême du Christ / Année C
10/01/2015

Cf. également :

Baptême du Christ : le plongeur de Dieu
« Laisse faire » : éloge du non-agir
Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »
« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus
Lot de consolation
Yardén : le descendeur

« Je suis ton père ».

C’est sans doute la réplique la plus célèbre du cinéma mondial, la réplique-culte déclinée à l’infini sur les réseaux sociaux. Le dernier épisode (numéro 7) de la saga Star Wars a relancé une effervescence populaire inégalée autour de ces personnages devenus mythiques [1] : Obi-Wan Kenobi, Dark Vador, Luke Skywalker, Princesse Leia, D2R2 etc.

Osservatore romano Star Wars 7

Je suis ton père

« Je suis ton père » : c’est dans l’épisode 5 (l’Empire contre-attaque) que Dark Vador fait cette révélation-choc à Luke Skywalker, au cours d’un duel au sabre laser devenu culte lui aussi, avec la mutilation de Luc juste avant sa chute sans fin dans la Cité des lumières…


« Tu es mon fils bien-aimé ».

La déclaration centrale de notre évangile du baptême du Christ est comme un anti-écho de cette aventure. Impossible de ne pas étudier le parallèle (souvent antithétique) entre Star Wars devenue une quasi religion et les Évangiles [2] ! On parle même de « jediiisme » pour ce  nouveau mouvement religieux non théiste revendiquant 500 000 membres et trois temples aux USA !

Les inspirations du réalisateur George Lucas ne sont pas d’abord chrétiennes, mais plutôt bouddhistes. « Je n’ai pas voulu inventer une religion. J’ai voulu essayer d’expliquer de façon différente les religions qui ont existé. J’ai voulu les exprimer toutes. » Le créateur de Star Wars assume parfaitement la dimension religieuse de sa saga, qu’il a évoquée à de nombreuses reprises. De parents méthodistes, mais élevé par une gouvernante luthérienne, et lui-même agnostique, George Lucas a emprunté à toutes les religions et toutes les spiritualités possibles: monothéismes, spiritualités orientales, et aussi chamanisme indien et mythologies antiques. Ainsi il n’existe pas de Dieu personnel dans la saga, mais plutôt la Force, champ d’énergie impersonnelle qui englobe tout, de manière très orientale.

D’autres inspirations sont plutôt littéraires : George Lucas s’inspire de la structure du récit du voyage du héros, développée par Joseph Campbell dans le livre ‘Le Héros aux mille et un visages’ en 1949. Il reprend notamment les éléments que l’auteur décrit comme étant les épreuves suprêmes, le paroxysme de l’aventure : le héros se retrouve face à sa plus grande peur et doit en triompher. L’une de ces épreuves est l’affrontement avec la figure du père, grâce auquel le personnage devient plus adulte et plus sage.

Afficher l'image d'originePourtant, il y a bien des parallèles - souvent à l’envers - à établir entre les personnages, leur mission, leurs noms mêmes. Par exemple, le nom du moine Yoda vient de YOD, la plus petite lettre hébraïque (traduit par iota : cf. Mt 5,8 « pas un iota de la Loi ne passera »). Le plus petit, ici bas, en apparence, est en fait le plus grand. « Un grand guerrier ? Personne par la guerre ne devient grand » dira Yoda à Luke.

Obi-Wan Kenobi viendrait de : “Oh be one. Can you be ?” = « Oh sois un. Peux-tu l’être ? » Être un, ne faire qu’un avec le grand Tout est le but ultime de la quête bouddhiste.

Le nom de Dark Vador vient de Père obscur (Dark = sombre, Vador en anglais vient de Pater = père en latin, Father en anglais). Alors que le Père de Jésus est appelé « Père des lumières ».

Quant à l’autre Jedi quasi messianique, son prénom est un clin d’oeil au réalisateur (Lucas => Luke) et son nom signifie : « celui qui marche dans le ciel » (Skywalker). À tel point que les premières versions françaises voulaient le traduire en l’appelant au… Luc Courleciel ! (traduction heureusement abandonnée très vite). La différence avec le nom de Jésus là encore est flagrante : au lieu de se référer à ses propres pouvoirs (comme celui de maîtriser la Force pour Luke), au lieu d’être auto-centré, le nom de Jésus est hétéro-centré. Il renvoie à un autre que lui-même, qui seul est le salut (Yeshoua = Dieu sauve). Exister par soi-même, marcher dans le ciel à la force du poignet (ou d’une ascèse de vie tout orientale) est bien différent de mettre sa confiance en un autre, de le laisser agir à travers moi…

Cosplay de Dark Vador.Dark Vador ressemblerait plutôt… à Lucifer, avec son long vêtement noir sinistre et son casque nazi ! Pour obtenir l’immortalité (la survie de son fils menacé à sa naissance) il préfère basculer du côté obscur de la Force, tenté en cela par le sénateur Palpatine, figure à peine voilée du serpent de la Genèse murmurant à l’oreille du Jedi Anakin Skywalker que l’immortalité est à portée de main. Jedi déchu comme fut déchu l’ange Lucifer, Anakin deviendra Dark Vador, incarnant le principe du mal cherchant à tout attirer à lui. La transformation d’Anakin Skywalker, jeune Jedi aux capacités sans précédent, en l’un des méchants les plus célèbres de l’histoire du cinéma, n’est pas une chute brutale mais un lent basculement fondé sur les meilleures intentions, de celles qui, paraît-il, pavent les chemins de l’enfer. Un Lucifer moderne en quelque sorte. Sauf que dans le sixième épisode, il se sacrifie pour détruire l’étoile de la mort : même un Jedi déchu peut devenir le sauveur de tous !

Les autres parallèles entre Star Wars et la saga biblique sont nombreux.

Par exemple, le conflit central de Star Wars est bien la quête du père, voire le parricide, réactualisant en cela le mythe d’Œdipe, ou celui du dieu grec Zeus, qui accède au pouvoir en éliminant son père Chronos comme lui-même l’avait déjà fait pour son propre père. Or  dans la Bible, le conflit central n’est pas le parricide, mais le fratricide : le premier meurtre fut celui d’Abel par son frère Caïn. Le meurtre le plus lourd de conséquences fut celui de Jésus par ses frères juifs, rejeté hors de la vigne par ceux qui étaient ses frères de sang et de religion.

Quant à la légendaire formule: « Que la Force soit avec toi », on serait à peine étonné que la réponse soit « et avec ton esprit »… !

 

Tu es mon fils bien aimé

Revenons à la déclaration du baptême du Christ. Lui seul entend cette voix intérieure ; un autre que lui-même l’assure de son identité : tu es mon fils bien-aimé. Dieu ne dit pas : « je suis ton père ». La différence est de taille : Dieu désire assurer Jésus dans l’existence, et le susciter comme sujet libre, distinct de lui. C’est un Je qui parle à un Tu. Dark Vador centre la révélation sur lui-même : « je suis ton père », comme pour mieux aliéner la liberté de son fils à le suivre du côté obscur de la Force. Ce père-là n’est pas vraiment aimant, alors que le fils Jésus est « bien-aimé ». La même réalité : une filiation cachée aux yeux des hommes, est traitée de deux façons diamétralement opposées. L’une est une déclaration d’amour inconditionnelle, l’autre est une révélation qui fait pression pour obtenir l’obéissance de Luke à imiter son père en choisissant le mal. 

Il suffit en cette fête du baptême du Christ de rester sur cette déclaration centrale : « tu es mon fils bien-aimé ». Elle inaugure le départ en mission de Jésus, sa guerre à lui, contre l’étoile de la mort et du mal qui attire l’homme vers le néant. D’ailleurs le titre anglais de la série est bien : Star Wars (les guerres de l’étoile) et non pas la traduction française : la guerre des étoiles (Stars War). Dommage… C’est par une multitude de combats que le Christ s’attaque à la racine du mal en l’homme, l’étoile noire, jusqu’à la victoire de la croix. 

Comment s’engager dans un tel combat si l’on n’est pas sûr de ses arrières ? Comment affronter le père du mensonge (Satan) si l’on n’est pas ancré dans la vérité sur sa propre identité : « fils bien-aimé » ? Tous les éducateurs vous le diront : si l’amour parental vient à manquer, si les paroles et les preuves de ce lien indéfectible et inconditionnel ne sont pas données et redonnées sans cesse, alors l’enfant doutera de lui-même, sera tenté par la violence ou le repli. Impossible de prendre des risques dans la vie si l’on n’a pas quelque part en soi cette solide assise :« tu es mon fils bien-aimé ». Entreprendre, s’aventurer, sortir de soi, innover : toutes ces prises de risques qui conduisent à l’âge adulte demandent une solide base affective, une assurance d’alpiniste reposant sur la confiance en soi, parce que aimé d’un autre.

Est père celui qui donne cette assurance à un enfant, et non  celui qui veut obliger son fils à lui ressembler…

 

« Je suis ton père » : dans la bouche de Dark Vador, c’est la clé de son  cheminement personnel, de Jedi à père obscur. C’est la volonté de ramener Luke de son côté, lui infligeant la marque de la main coupée (comme Dieu marquant Caïn  après son fratricide ?), symbole d’une vie mutilée par une filiation inhumaine.

« Tu es mon fils bien-aimé » : dans la bouche du Père du ciel, c’est le don gratuit fait à Jésus pour qu’il aille librement au bout de sa mission.

Laissons la prière, la méditation des Écritures, la rumination des événements nous rendre attentifs à cette voix intérieure qui nous dit : « tu es mon fils bien-aimé », aux moments importants de notre histoire où il nous faut partir, risquer, changer, s’exposer, comme le Christ à partir du Jourdain.

File:Hortus deliciarum baptism of Jesus.jpg

Enluminure du Hortus deliciarum (XIIe siècle), Allemagne


[1]. Un film « confus et flou », qui ne fait que « singer les choix du passé », critique pourtant sévèrement L’Osservatore Romano dans son édition du 18/12/2015  cf. http://www.osservatoreromano.va/it/news/star-wars-confuso-e-sfocato

 

Une des plus belles déclarations d’amour d’un père à son enfant !

 

1ère lecture : « La gloire du Seigneur se révélera, et tout être de chair verra » (Is 40, 1-5.9-11)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes.

Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. »

Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.

Psaume : Ps 103 (104), 1c-3a, 3bc-4, 24-25, 27-28, 29-30

R/ Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !

(Ps 103, 1)

Revêtu de magnificence,
tu as pour manteau la lumière !
Comme une tenture, tu déploies les cieux,
tu élèves dans leurs eaux tes demeures.

Des nuées, tu te fais un char,
tu t’avances sur les ailes du vent ;
tu prends les vents pour messagers,
pour serviteurs, les flammes des éclairs.

Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
Tout cela , ta sagesse l’a fait ;
la terre s’emplit de tes biens.
Voici l’immensité de la mer,
son grouillement innombrable d’animaux grands et petits.

Tous, ils comptent sur toi
pour recevoir leur nourriture au temps voulu.
Tu donnes : eux, ils ramassent ;
tu ouvres la main : ils sont comblés.

Tu caches ton visage : ils s’épouvantent ;
tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

2ème lecture : « Par le bain du baptême, Dieu nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint » (Tt 2, 11-14 ; 3, 4-7)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Tite

Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

Lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle.

Evangile : « Comme Jésus priait, après avoir été baptisé, le ciel s’ouvrit » (Lc 3, 15-16.21-22)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Voici venir un plus fort que moi, proclame Jean Baptiste ;
c’est lui qui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Alléluia. (cf. Lc 3, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, le peuple venu auprès de Jean le Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. »

Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »
Patrick BRAUD

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20 décembre 2015

Noël : solstices en tous genres

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Noël : solstices en tous genres

 

Cf. également :

Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…

Noël : la trêve des braves

Noël : croyance dure ou croyance molle ?

Le potlatch de Noël

La bienveillance de Noël

Noël « numérique », version réseaux sociaux…

Noël : « On vous écrira… »

 

Homélie de Noël / Année C
24/12/2015

 

« Il a choisi le jour le plus court de l’année pour rappeler que le Verbe de Dieu s’était rapetissé.
Il a choisi le jour à partir duquel les autres jours commencent à grandir, car il fera grandir toutes choses ». (saint Augustin : sermon CXCII 3). 

Solstice d’hiver

Saint Augustin sait bien que l’Église ignore le jour exact de la naissance de Jésus. Mais il sait également pourquoi elle a choisi le 24 décembre pour fêter Noël, la Nativité. La vérité symbolique est ici plus importante que la vérité factuelle ! Le solstice d’hiver est la date la plus riche de sens pour célébrer la venue du Verbe de Dieu parmi nous. Pourquoi ? À cause de ce parallèle que développe saint Augustin, et que tous les baptisés du III° siècle faisaient instinctivement. Les jours sont au plus bas au solstice d’hiver. De même le Verbe de Dieu, lumière sortant de la divinité, vient au plus bas de notre humanité. Il se fait le plus petit, le plus petit jour de l’année. Il vient affronter les ténèbres au moment où elles sont à leur maximum, signe que le combat contre le mal est au coeur de sa mission, un mal gigantesque et menaçant, qu’il commence pourtant à faire reculer par le seul fait de naître, de n’être là que pour offrir gratuitement l’amour de Dieu.

Le solstice de décembre est donc le signe du solstice divin, où Dieu lui-même se rapetisse en quelque sorte pour épouser notre humanité, et la faire grandir ensuite de l’intérieur.

Car les jours recommencent à devenir plus longs que les nuits à partir du 25 décembre. C’est donc que le but de l’Incarnation est d’augmenter notre humanité, qualitativement et quantitativement, jusqu’à ce qu’elle soit portée aux dimensions de Dieu lui-même. Le Christ a épousé la condition des petits, en naissant anonyme, sur la paille, reconnu seulement de quelques nomades peu aimés du peuple.

C’était pour que tous les petits de ce monde retrouvent en lui la grandeur de leur dignité humaine, la splendeur de leur condition d’enfants de Dieu, la taille adulte de l’homme nouveau inauguré par le Christ.

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Là où le solstice naturel ne remporte qu’une victoire éphémère – car le calendrier cyclique connaîtra l’autre solstice de juin où tout s’inverse – le calendrier chrétien ose affirmer que la naissance de cet enfant est la victoire définitive de la lumière sur l’obscurité. Pas besoin de recommencer chaque année à faire ‘comme si’ on passait d’un solstice à l’autre. C’est fait une fois pour toutes.

Depuis Noël, la lumière du Christ ne cesse de gagner sur les ténèbres du mal, les petits parmi les humains ne cessent d’être élevés par Dieu, agrandis jusqu’à commencer à devenir Dieu dès maintenant et un jour en plénitude.

 

Solstice christique

Regardez attentivement les façades de nos églises romanes du XI°-XIII° siècle, dans le Sud-Ouest et le Sud de la France notamment. Vous retrouverez très souvent une disposition particulière de personnages sculptés sur l’arc du zodiaque (les 12 signes des mois de l’année) qui ornent la plupart des frontons. Au lieu d’avoir le cancer, symbolisé par un crabe se mouvant tangentiellement à droite et à gauche au sommet de l’arc, vous avez à sa place une simple pierre, nue, sans fioritures, qui s’intercale dans la succession des signes des mois de l’année. C’est une manière de dire au signe du cancer : pousse-toi de là, ce n’est pas toi le sommet du temps ! C’est le Christ : pierre angulaire du temps humain, et non les astres. L’accomplissement du temps n’est pas dans l’horoscope, ni dans la sacralisation de la nature : le Christ est le point Oméga du temps vers lequel convergent toutes les forces naturelles et humaines.

Solstice christique Cognac 2

L’évangélisation du solstice païen

Pour situer Noël aux 24 décembre au soir, l’Église a également pris en compte les fêtes païennes qui se déroulaient à Rome à cette période de l’année. Suivant la logique évangélique où le Christ dit vouloir accomplir plutôt qu’abolir, elle se dit que l’attente du renouveau manifestée dans ces saturnales pouvait fort bien se greffer sur l’espérance liée à Noël. Ce que les fêtes païennes pressentaient, sans pouvoir s’extraire de la fascination de la nature, la foi chrétienne le magnifie en reportant sur la naissance du Christ ce symbolisme des jours au plus bas reprenant vigueur et force contre la nuit.

Les orthodoxes quant à eux, sans doute moins marqués par les fêtes romaines, préfèrent fêter Noël en même temps que l’Épiphanie, la manifestation du Messie aux cultures de tous pays.

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Saturnales romaines

 

Solstice divino-humain

Reste que pour nous catholiques, fêter Noël la nuit du 24 décembre oblige à nous engager dans le combat contre le mal sous toutes ses formes, à épouser la condition des plus humbles de la terre pour les faire grandir jusqu’à Dieu.

« Il a choisi le jour le plus court de 1′année pour rappeler que le Verbe de Dieu s’était rapetissé.
Il a choisi le jour à partir duquel les autres jours commencent à grandir, car il fera grandir toutes choses ».

Noël : solstices en tous genres dans Communauté spirituelle solstice-hiver 

Que chacun s’examine pour voir à quel engagement la crèche de Noël peut le conduire !

 

MESSE DE LA NUIT

1ère lecture : « Un enfant nous est né » (Is 9, 1-6)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés comme au jour de Madiane. Et les bottes qui frappaient le sol, et les manteaux couverts de sang, les voilà tous brûlés : le feu les a dévorés.

 Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. » Et le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers !

Psaume : Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a, 13bc

R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né :
c’est le Christ, le Seigneur. (cf. Lc 2, 11)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
car il vient pour juger la terre.

Il jugera le monde avec justice
et les peuples selon sa vérité.

2ème lecture : « La grâce de Dieu s’est manifestée pour tous les hommes » (Tt 2, 11-14)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Tite

Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

Evangile : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur » (Lc 2, 1-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Je vous annonce une grande joie : Aujourd’hui vous est né un Sauveur
qui est le Christ, le Seigneur ! Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.

 Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
Patrick BRAUD

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24 juin 2015

La générosité de Dieu est la nôtre

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La générosité de Dieu est la nôtre


Homélie du 13° Dimanche du temps ordinaire / Année B

28/06/15

Je vous propose aujourd’hui de méditer sur le rôle de la générosité dans notre vie.

Le mot générosité revient en effet deux fois sous la plume de Paul dans notre 2ème lecture.

L’attitude généreuse de Jésus dans l’évangile marque le passage de ce dimanche, puisqu’une force de guérison déborde de lui pour une femme et une jeune fille.

Et enfin le livre de la Sagesse dans la 1ère lecture contemple la Création, et y voit la trace de la générosité de Dieu.

Car c’est bien de là qu’il faut partir : la générosité est avant tout divine ! Ce n’est pas d’abord une valeur humaine : c’est une manière d’être de Dieu lui-même. « Il a créé toutes choses pour qu’elles subsistent » s’émerveille le Sage (Sg 1-2).

Vous êtes-vous déjà étonnés devant le spectacle de la nature, devant la beauté de la création ?

Comment se fait-il que quelque chose existe plutôt que rien ?

Dieu n’avait nul besoin de faire surgir d’autres existences que la sienne. Rien ne lui aurait manqué si le Big Bang n’avait pas explosé ; il serait toujours Dieu si l’homme n’existait pas ! En Dieu, l’acte créateur est un acte de pure générosité, qui correspond à la nature même de l’amour qu’est Dieu. « Bonum diffusum sui » disaient les Anciens : l’essence du bien est de se diffuser, de se communiquer généreusement à d’autres ». Le Verbe de Dieu, incarné en Jésus Christ, va jusqu’au bout de cette générosité divine :« lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2 Co 8, 9). Voilà « la générosité de notre Seigneur Jésus-Christ » comme l’écrit Saint Paul : débordante, gratuite, sans calcul. Il a généreusement renoncé à ses droits et privilèges divins pour faire corps avec l’humanité rejetée et méprisée, afin de la réintroduire en Dieu-Trinité.

La générosité de Dieu est la nôtre dans Communauté spirituelleRegardez d’ailleurs dans notre passage d’évangile : Jésus est tellement habité de cette générosité débordante qu’une force sort de lui, sans qu’il la contrôle, pour guérir une femme qui souffrait de ne plus être une femme (à cause de ses pertes de sang). Et quand il s’en aperçoit, il ne demande rien à cette femme en retour :« va en paix ». De même pour la fillette qui n’arrive pas à devenir une jeune fille : il la ressuscite à sa condition de jeune fille (12 ans ! chiffre symbolique) : « Talitha koum »,  mais ne demande rien en retour. Au contraire, il leur recommande avec insistance que personne ne le sache.

Avez-vous déjà vu plus grande générosité que ces deux générosités-là : la création par Dieu de la nature et de l’homme ? La re-création par le Christ d’une humanité ressuscitée avec lui ?

 

La générosité humaine va naître de cette double contemplation.

Ce n’est donc pas une valeur humaine, ni même humaniste : être généreux, c’est répondre à l’amour de Dieu par le même amour, c’est participer à la manière d’être de Dieu, c’est correspondre à l’image de Dieu en nous. Comme l’écrivait le livre de la Sagesse : « Dieu a fait de l’homme une image de ce qu’il est en lui-même ». La générosité en ce sens n’est pas d’abord une valeur morale : c’est une vocation divine. C’est une manière d’être divinisés… ! D’ailleurs l’étymologie nous met sur cette piste : généreux vient du latin genorosus qui veut dire « bonne race », de race divine donc !

On comprend alors l’appel pressant de Paul aux Corinthiens : imitez la générosité de Dieu / du Christ, en participant à la collecte organisée pour l’Église de Jérusalem ! La générosité devient ici le symbole de la communion entre églises locales. Paul dit même que c’est un « ministère » (2 Co 8, 4 ; 9,1 ; 12,55), une « liturgie » (9, 12). Et il appelle cette quête une « communion » (Koïnonia : Rm 12, 13 ; 15-26… 2 Co 8, 4 ; 9-13 / cf. 1 Tm 6, 18 Tite 13, 16…), du nom même qui désigne l’Église désormais depuis le Concile Vatican II ! Vous voyez pourquoi aujourd’hui encore on a raison de faire la quête en même temps qu’on présente le pain et le vin pour notre communion à Dieu : c’est de la même générosité dont il s’agit (dont il devrait s’agir !), la générosité humaine répondant à la générosité première du Christ pour nous.

Devenir chrétien est donc une question de générosité : répondre largement à l’appel infini de Dieu transmis par l’Église, offrir sa vie sans compter, ouvrir le cœur des hommes pour qu’ils puissent accueillir le don généreux qui leur est fait en Jésus-Christ…

Les scouts et guides de tous âges savent par cœur cette prière héritée de St Ignace de Loyola, dans laquelle nous demandons au Christ de participer à la générosité divine :

« Seigneur Jésus,
Apprenez-nous à être généreux,
A Vous servir comme Vous le méritez
A donner sans compter,
A combattre sans souci des blessures,
A travailler sans chercher le repos,
A nous dépenser, sans attendre d’autre récompense,
que celle de savoir que nous faisons Votre Sainte Volonté »

Alors cette semaine prenez le temps de réfléchir.

Où en êtes-vous de la contemplation de la générosité de Dieu envers nous ? à travers la création, à travers l’homme… ?

Où en êtes-vous de votre propre générosité en réponse ? comme attitude spirituelle et pas seulement morale.

 Christ dans Communauté spirituelle 

Générosité dans l’usage de votre temps, de vos compétences, de votre argent, de votre patience, de votre pardon… : croyez-vous vraiment que Dieu vous appelle à être généreux comme il l’est envers tous ? Commencez-vous à découvrir que c’est là une manière de devenir Dieu lui-même, à son image et sa ressemblance ?

Que l’Esprit du Christ nous établisse dans cette contemplation de la générosité divine, et nous donne de la traduire en actes…

  

1ère lecture : « C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24)
Lecture du livre de la Sagesse

Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie : on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir. La puissance de la Mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle.  Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde ; ils en font l’expérience, ceux qui prennent parti pour lui.

Psaume : 29 (30), 2.4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. (29, 2a)

Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé,
tu m’épargnes les rires de l’ennemi.
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie.
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie.

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

2ème lecture : « Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères pauvres » (2Co 8, 7.9.13-15)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, puisque vous avez tout en abondance, la foi, la Parole, la connaissance de Dieu, toute sorte d’empressement et l’amour qui vous vient de nous, qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux ! Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Dans la circonstance présente, ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler vos besoins, et cela fera l’égalité, comme dit l’Écriture à propos de la manne : Celui qui en avait ramassé beaucoup n’eut rien de trop, celui qui en avait ramassé peu ne manqua de rien.

Evangile : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » (Mc 5, 21-43)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort ; il a fait resplendir la vie par l’Évangile.
Alléluia. (2 Tm 1, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.

 Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

 Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur. Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.
Patrick BRAUD

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