L'homelie du dimanche

25 août 2019

Recevoir la première place

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Recevoir la première place

Homélie pour le 22° Dimanche du temps ordinaire / Année C
01/09/2019

Cf. également :

Plus humble que Dieu, tu meurs !
Dieu est le plus humble de tous les hommes
Un festin par-dessus le marché
Jesus as a servant leader
Du bon usage des leaders et du leadership
Quand Dieu appelle

Une promotion ? Non, merci !

avancement Sgen-CFDTGuillaume est un employé modèle, sur qui on peut compter. Il a de l’expertise et de l’expérience. Son hiérarchique le convoque dans son bureau et lui annonce :
- « Bonne nouvelle Guillaume : vous êtes promu chef d’atelier ! Nous pensons que vous avez bien mérité cet avancement. »
Silence gêné de Guillaume, qui reprend tout doucement la parole après quelques secondes de réflexion :
- « Chef, c’est pas pour moi. Tout ce que je veux, c’est rester dans mon métier actuel, avec mes collègues. Les responsabilités, c’est pas pour moi. Désolé. »
Ils seraient environ la moitié des salariés du privé à refuser comme Guillaume de devenir cadre (selon une étude de l’Association Pour l’Emploi des Cadres (APEC) en 2009), quitte à stagner dans leur carrière, voire même à préférer la rétrogradation ou la perte de statut à un poste ultra stressant. Les raisons sont multiples, mais la peur en fait partie : peur de quitter une situation maîtrisée et confortable, peur du flou du statut du cadre, peur de ne plus avoir d’horaires, d’être jugé sur le résultat des autres, de manager une équipe etc.

C’est pourtant une des conséquences surprenantes de la parabole de la dernière place imaginée par Jésus en ce dimanche (Lc 14, 1.7-14) :
« Quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : ‘Mon ami, avance plus haut’, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi. En effet, quiconque s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

On a raison de se focaliser sur la pointe de la parabole : prendre la dernière place. Mais on aurait tort d’oublier le corollaire tout aussi exigeant : accepter d’être invité à monter plus haut lorsque le maître du repas m’y invite ! D’ailleurs le texte s’organise autour de ces deux oppositions : première / dernière place, et prendre / recevoir. Nous voyons bien ceux qui jouent des coudes pour occuper le premier rang dans tous les domaines. Ceux qui dans une association veulent être président, ceux qui tiennent à parler au micro pour qu’on les remarque, ceux qui n’arrivent pas à décrocher d’un mandat électif après tant d’années, ceux qui s’accrochent à leurs privilèges comme la place de parking à l’usine, le téléphone de fonction ou le rang dans l’organigramme… Ils sont hélas légion ceux qui prennent de force la place (relative) de premier dans les grandes ou des petites tâches. Même dans l’Église, certains se battent pour être nommés responsable de ceci ou de cela, et ensuite ils ne veulent plus laisser la place à personne d’autre ! C’est tellement visible que cela fait pitié…

À l’inverse, nous voyons beaucoup moins facilement ceux qui se cachent pour ne pas être appelés, ceux qui ont peur des responsabilités et ne veulent pas donner plus que maintenant. À tel point que nous avons perdu l’habitude, même en Église, d’appeler quelques-uns à monter plus haut au lieu de laisser certains s’accaparer une première place. Au lieu de discerner : ‘qui pouvons-nous appeler à devenir catéchiste ?’, nous préférons demander à la cantonade : ‘y a-t-il des volontaires pour faire le caté ?’, quitte à laisser  s’installer des personnes qui n’ont absolument pas le charisme requis…

 

Accepter de recevoir des responsabilités

N’est pas chef qui veut, mais qui y est appelé.

Qu'est-ce qu'un chef ?Cela devrait être la norme pour toute responsabilité, en Église comme ailleurs. D’ailleurs, nul n’a le droit de devenir prêtre ou évêque, même s’il le désire très fort. Il faut qu’il y soit appelé (par l’évêque, le pape). On ne se fait pas prêtre, on y est ordonné par quelqu’un d’autre.

Être invité à monter plus haut est la conséquence d’une humilité véritable.

On voudrait nous faire croire qu’il faudrait inévitablement beaucoup d’ego pour devenir un personnage politique, un élu, un responsable. C’est oublier Gandhi, Martin Luther King, Mandela et tant d’autres. C’est oublier Moïse, « l’homme le plus humble que la terre ait  porté » (Nb 12,3), à qui Dieu a dû forcer la main en quelque sorte pour le contraindre à prendre la tête de la révolte et de l’Exode, jusqu’à lui donner Aaron comme porte-parole puisque Moïse était bègue (Ex 4, 10-17) et donc non prédestiné à jouer les premiers rôles !

Ce serait oublier également que Jésus lui-même a pratiqué cet appel pour les Douze, pour Pierre en particulier, pour Paul ensuite. Ce serait oublier que Matthias ne demandait rien lorsque l’Église lui a demandé de prendre la place de Judas après Pâques (Ac 1, 15-26). Ce serait oublier que les Sept (diacres) n’étaient candidats à rien lorsqu’on est venu les chercher pour leur demander d’accepter le ministère des tables (Ac 6, 1-7).

L’humilité au cœur de notre parabole a donc un autre versant, tout aussi exigeant : accepter de recevoir des responsabilités, tout en restant humblement à la dernière place en son cœur.

 

Pour une culture de l’appel

Recevoir la première place dans Communauté spirituelle VOLVO-JAUNE-196x130Un ami travaillant dans l’entreprise franco-suédoise Volvo Trucks me racontait comment s’organise le travail dans leurs usines depuis plus de 30 ans. La production est répartie en plusieurs mini-usines, une vingtaine d’ouvriers environ, à qui on a confié assez d’autonomie pour gérer leurs clients, leurs fournisseurs, leurs commandes, leurs horaires etc. Pas plus de 20 ouvriers, sinon les liens deviennent impersonnels et la communication difficile. Une taille quasi familiale. Pour coordonner le travail au sein de cette mini-usine il faut un responsable d’équipe. Chez Volvo Trucks, ce n’est pas la hiérarchie qui le nomme, ni un  volontaire qui fait campagne. Non : c’est l’équipe qui délibère, qui discute du contenu de ce rôle, et qui vote pour élire celui ou celle qui sera leur responsable, pour un temps. Utopique ? Non, car cela marche depuis longtemps, dans une grande entreprise (plus de 100 000 salariés) et dans un secteur industriel (la fabrication de camions sophistiqués) qui ne tolère pas l’à-peu-près.

Une culture de l'appel pour la cause de l'ÉvangileIl est donc possible de pratiquer une culture de l’appel dans tous les domaines de notre vie. Cela suppose de dire non à ceux qui veulent s’arroger les premières places de leur propre initiative. Cela suppose de discerner qui inviter à monter plus haut. Cela suppose pour celui qui est appelé assez d’humilité pour ne pas se cacher en restant au fond, pour vaincre sa peur ou sa timidité, pour faire confiance à ceux qui l’appellent.

Ce serait une comédie que de prétexter une fausse humilité pour préserver sa tranquillité.
Ce serait enfouir son talent que de ne pas monter plus haut si on y est invité.
Ce serait déserter que d’abandonner aux ambitieux et aux carriéristes les responsabilités qu’ils dévoieront dans leur intérêt.

Jean Lévêque, carme de la Province de Paris, commente avec justesse [1] :

La dernière place, ce n’est pas une place où l’on cesse d’être soi-même, mais où l’on est humblement soi-même devant Dieu. Ce n’est pas une place où l’on se déprécie, mais où on apprécie toutes choses selon Dieu.
À la dernière place, on n’est pas au-dessous de tout, mais au service de tous.
On peut avoir de grandes responsabilités, beaucoup de relations, un travail aux avant-postes, et en même temps choisir la dernière place, quand on accepte d’œuvrer au poste que d’autres fuient, quand on continue à servir malgré les malveillances ou les incompréhensions, quand on reste en vue, exposé, disponible, alors qu’on voudrait se cacher et être un peu à soi-même.
On choisit la dernière place lorsqu’on choisit de ne pas se positionner par rapport aux autres comme celui ou celle qui a droit à des égards spéciaux, à une confiance particulière, comme celui ou celle  qui a déjà son petit carton sur la table de Dieu.
On opte pour la dernière place, la place modeste, quand on ne se donne pas à soi-même un rang parmi les frères, quand on se contente, sans amertume, de la place offerte par eux dans leur estime ou leur affection.

À la dernière place, on laisse au Maître toute l’initiative, pour le cas où il voudrait s’avancer en disant: « Mon ami, approche-toi, monte plus haut ! »
La dernière place, c’est celle où l’on se perd soi-même de vue, attentif que l’on est à ce que le Maître va dire ou va faire; c’est celle où l’on se contente de Jésus et de son amitié, sans frustrations, sans regrets, sans tristesse; c’est celle où l’on consent à être dérangeable, et où les projets de l’homme s’effacent toujours joyeusement derrière le projet de Dieu.
À la dernière place nous n’attendons plus d’être valorisés, sinon par le regard du Christ, ami et compagnon;  nous ne cherchons  plus à occuper un espace dans le souvenir ou les visées de qui que ce soit, hormis Dieu qui est pour nous le trésor et donc le lieu de notre cœur.
Nous nous trouvons tout heureux déjà d’avoir pu entrer et d’avoir part au festin, même en bout de table, puisque c’est la table du Seigneur.

 

Servant leader

Servant as Leader 600 x 600En management, le courant de pensée du servant leadership né dans les années 70 aux USA avec Robert K. Greenleaf met l’accent sur une double qualité qui caractérise les grands chefs. Le servant leader veut d’abord servir, c’est-à-dire faire grandir et se développer les autres. Parce qu’il veut que ce service soit fécond, il accepte de devenir leader si on lui propose, afin d’avoir les moyens de transformer le travail et son organisation dans le sens du service de tous. C’est parce qu’il est fondamentalement servant qu’on lui demande d’être leader, et non l’inverse. Leader parce que servant, et non servant parce que leader (the servant as leader, comme l’écrit Greenleaf, et non the leader as servant). Un chef qui voudrait faire semblant de devenir serviteur pour se légitimer sera vite démasqué. Un serviteur qui assume une promotion, des responsabilités en plus, parce qu’on a confiance dans sa capacité à servir le bien commun, celui-là sera considéré comme grand et légitime, alors qu’il reste humble et au service.

Le Christ n’a-t-il pas fait du lavement des pieds le paradigme de toute autorité ?

Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Amen, amen, je vous le dis : un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites. (Jn 13, 13-17)

Ne soyons donc pas comme tous les ambitieux qui courent après les honneurs et les premières places. Au lieu de prendre, ce qui constitue le péché premier de la Genèse (la prédation), acceptons de recevoir, même si cela exige de monter sans cesse plus haut.

Car Marie nous chantait le 15 août dernier : « Déployant la force de son bras, Dieu disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles » (Lc 1, 51-52).

 


 

Lectures de la messe

Première lecture
« Il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur » (Si 3, 17-18.20.28-29)
Lecture du livre de Ben Sira le Sage

Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. Grande est la puissance du Seigneur, et les humbles lui rendent gloire. La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. Qui est sensé médite les maximes de la sagesse ; l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute.

Psaume
(Ps 67 (68), 4-5ac, 6-7ab, 10-11)
R/ Béni soit le Seigneur : il élève les humbles.
(cf. Lc 1, 52)

Les justes sont en fête, ils exultent ;
devant la face de Dieu ils dansent de joie.
Chantez pour Dieu, jouez pour son nom
Son nom est Le Seigneur ; dansez devant sa face.

Père des orphelins, défenseur des veuves,
tel est Dieu dans sa sainte demeure.
À l’isolé, Dieu accorde une maison ;
aux captifs, il rend la liberté.

Tu répandais sur ton héritage une pluie généreuse,
et quand il défaillait, toi, tu le soutenais.
Sur les lieux où campait ton troupeau,
tu le soutenais, Dieu qui es bon pour le pauvre.

Deuxième lecture
« Vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant » (He 12, 18-19.22-24a)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, quand vous êtes venus vers Dieu, vous n’êtes pas venus vers une réalité palpable, embrasée par le feu, comme la montagne du Sinaï : pas d’obscurité, de ténèbres ni d’ouragan, pas de son de trompettes ni de paroles prononcées par cette voix que les fils d’Israël demandèrent à ne plus entendre. Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d’anges en fête et vers l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous, et vers les esprits des justes amenés à la perfection. Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle.

Évangile
« Quiconque s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé » (Lc 14, 1.7-14)
Alléluia. Alléluia.
Prenez sur vous mon joug, dit le Seigneur ; devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur. Alléluia. (cf. Mt 11, 29ab)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et ces derniers l’observaient. Jésus dit une parabole aux invités lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places, et il leur dit : « Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait invité un autre plus considéré que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendra te dire : ‘Cède-lui ta place’ ; et, à ce moment, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : ‘Mon ami, avance plus haut’, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi. En effet, quiconque s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »
Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi te rendraient l’invitation et ce serait pour toi un don en retour. Au contraire, quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes. »

Patrick BRAUD

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1 mai 2017

Un manager nommé Jésus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Un manager nommé Jésus

Homélie pour le 4° dimanche de Pâques / Année A
07/05/2017

Cf. également :

Des brebis, un berger, un loup

Prenez la porte

L’agneau mystique de Van Eyck

La Résurrection est un passif

Le berger et la porte

Jesus as a servant leader

Du bon usage des leaders et du leadership

 

Manager

Un manager nommé Jésus dans Communauté spirituelle bON_pASTEURLe bon Pasteur est une image rurale. Pasteur vient du latin pastor, qui a donné pâturage et pastorale : il s’agit de nourrir le troupeau en le conduisant là où il y a de l’herbe en abondance, tout en le protégeant des prédateurs environnants.

Transposez à notre contexte urbain, industriel et tertiaire. Plus de pasteurs à l’horizon, mais plutôt des managers. Le terme anglais pourrait en fait venir du vieux français : manège, qui signifie aussi bien prendre en main pour atteindre un objectif que le manège où les chevaux sont accompagnés à la main par l’éleveur ou le cavalier tenant la longe. Le management est un art sérieux, où fleurissent les conseils et théories en tout genre, les plus farfelues et les plus ésotériques, en passant par celles qui rapportent le plus aux consultants qui les inventent…

Or l’Évangile est une mine d’or pour ceux qui veulent exercer leur leadership autrement. On connaît les relectures des pratiques de Jésus en la matière, notamment en termes de servant-leadership [1], ou encore de coaching inspiré [2]. Cette parabole du bon Pasteur du quatrième dimanche de Pâques nous donne quelques éléments essentiels du management à l’école du Christ.

 

Un manager parlant en paraboles

On ne le dira jamais assez : varier ses modes de parole à une équipe, c’est faire preuve de pédagogie, de délicatesse, de bienveillance. L’art de la parabole a une place de choix dans l’enseignement de Jésus, et ce n’est pas pour rien. Raconter une histoire permet à chacun de faire son propre chemin d’interprétation, sans subir le discours imposé du chef. Une parabole est toujours polysémique : elle intrigue, elle suscite des infinités d’interprétations  possibles, la plupart du temps légitimes. La parole directe, d’ordre ou de sanction, peut  générer de la violence, et provoquer le repli sur soi, la rébellion, la soumission. Parler en paraboles permet à Jésus de susciter l’interrogation de ses auditeurs (qu’a-t-il voulu dire à travers cette histoire de berger et de brebis ?) et leur propre travail d’interprétation (c’est ce que l’on appelle l’herméneutique).

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L’autre pratique courante de Jésus est de poser des questions à ceux qui lui demandent quoi faire. À tel point que répondre à une question par une autre question est qualifié de jésuite ! Mais les questionnements et la parabole sont bien deux traits caractéristiques de la pédagogie de Jésus Pasteur nourrissant ses disciples.

Un manager aujourd’hui devrait réfléchir à l’utilisation de cette façon d’exercer son autorité, non pas en l’imposant, mis en allant chercher le désir de l’autre, ses moteurs d’engagement, et en osant raconter des histoires pour faire réfléchir…

Résultat de recherche d'images pour "histoire de Léo Hermann Hesse : "Journey to the East""C’est par exemple l’histoire de Léo dans le roman d’Hermann Hesse : « Journey to the East » qui a été à l’origine du servant leader chez Greenleaf :

« La figure centrale de l’histoire est Léo, qui accompagne l’équipe en tant que serviteur qui fait ses tâches subalternes, mais aussi soutient le groupe avec son esprit et sa chanson. Il est une personne d’une présence extraordinaire. Tout va bien jusqu’à ce que Léo disparaisse. Ensuite, le groupe tombe dans le désarroi et le voyage est abandonné. Ils ne peuvent pas aller au bout du voyage sans ce serviteur Léo. Le narrateur, l’un des membres du groupe, après quelques années d’errance, retrouve Léo et est introduit dans l’Ordre qui avait parrainé le voyage. Là, il découvre que Léo, qu’il avait connu en tant que serviteur, était en fait le grand maître de l’Ordre, son inspirateur, un grand et noble leader. » [3]

D’autres paraboles managériales existent, à foison, tirées de la sagesse des nations et de l’expérience des entreprises. Par exemple, Kodak est passé à côté de l’invention de la photographie numérique lorsque l’entreprise n’a pas voulu écouter un de ses salariés lui présentant une idée géniale révolutionnaire, mais qui sapait le support argentique sur lequel Kodak faisait ses profits. Raconter cette histoire suscite les questionnements sur les  propres aveuglements actuels d’une entreprise, peu encline à accueillir le disruptif, l’inattendu dans ses métiers, ses marchés d’activité etc.

 

Un manager-porte

« Je suis la porte », ose dire Jésus. À son image, un responsable d’équipe ne cherchera pas à se dérober, à fuir son rôle personnel. Car il existe mille manières de se défausser de ce rôle de porte, sous prétexte de déléguer, de faire confiance, de donner de l’autonomie etc. Déléguer n’est pas abandonner ! Quand il se définit comme porte, Jésus sait qu’il devra être tout entier impliqué dans son discours aux disciples : par son exemplarité, par la communication de son expérience, par le passage de témoin pour qu’ils aillent plus loin que lui.

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Une porte ne conduit pas à elle-même, elle est un point de passage obligé pour passer de l’autre côté. Le manager joue ce rôle de passeur : par la qualité de sa relation personnelle avec chacun, par son accompagnement du passage de chacun, par sa capacité à faire corps un moment pour conduire l’autre plus loin…

 

Un manager marche en tête

C’est le sens du mot leader, en anglais. Les généraux prudents conduisent leurs batailles  depuis les lignes arrières. Bonaparte au pont d’Arcole passe devant, au grand dam de ses soldats craignant pour lui. Le manager qui ne s’expose pas, qui ne sait pas ce que ‘être en première ligne’ signifie pour ses équipes, sera naturellement peu suivi. Marcher en tête  implique d’expérimenter pour soi ce que l’on demande aux autres (la rigueur, l’excellence, l’ouverture…). Marcher en tête, c’est défricher le chemin pour l’équipe derrière, leur ouvrir la voie, en déblayant notamment tous les obstacles hiérarchiques ou financiers qui empêcheraient son équipe d’avancer etc. C’est également protéger son équipe en prenant sur soi les coups qui lui sont destinés. À l’image de Jésus à Gethsémani protégeant ses disciples pour qu’ils ne soient pas arrêtés à sa place.

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Manager demande de connaître chacun personnellement

Le bon Pasteur connaît chaque brebis par son nom ; il les appelle, il les fait sortir (comme un Exode, une Pâque).

C’est la première demande de la plupart des salariés : être considérés, respectés, regardés comme une personne à part entière, et pas seulement comme des bras ou une force de travail. Cela passe pour le chef par le bonjour du matin en ne détournant pas le regard, par l’intérêt porté à la santé, la vie familiale, associative etc. du salarié (et pas seulement le job effectué), les conversations informelles autour d’un café, de la badgeuse ou du parking… S’il n’y a pas cette considération minimum, chaleureuse et personnalisée, toutes les techniques de management seront stériles et perçues comme une imposture managériale !

Coach ou managerUn manager connaît ses brebis. Sa connaissance personnelle de chacun dans son équipe lui permet de les faire grandir, sortir, de les pousser dehors, comme dit Jésus. Faire grandir ses collaborateurs est l’obsession du servant-leader : ‘à quoi puis-je les appeler, chacun selon ses charismes, pour qu’ils aillent plus loin dans leur évolution professionnelle ?’ En allemand, le métier se dit Beruf, qui vient du verbe appeler (rufen en allemand, vocare en latin), et c’est le même mot que le mot vocation. Exercer son métier devrait être une vocation, notamment grâce aux responsables hiérarchiques qui doivent appeler chacun au meilleur de lui-même. Cela conduira le manager à prendre des risques, en proposant des formations, d’autres missions, d’autres périmètres, d’autres expériences, d’autres mobilités (géographique, fonctionnelle, latérale ou verticale).


Un manager désire avant tout que ses équipiers aient la vie en abondance

L’expression est forte.

Dans la bouche de Jésus, il s’agit de donner sa vie pour ses amis, afin qu’ils vivent eux-mêmes en plénitude.

Trop de chefs n’ont pour but que de se servir de leur nomination pour grimper à une autre plus élevée, le plus rapidement possible. Ils se servent de leur équipe au lieu de la servir, pour bien se faire voir, pour justifier de leur excellence, pour se rendre irremplaçables, et finalement pour gravir d’autres échelons hiérarchiques. Ils font remplir une foule de reportings à leur équipe pour inonder leurs supérieurs de preuves de leur efficacité de chefs. Ils font peser sur leur équipe la production des arguments pour leur ascension sociale à eux. Mais la plupart du temps, ils ne restent pas assez longtemps pour assumer les conséquences de leurs décisions soi-disant brillantes.

Le manager bon pasteur est au contraire décentré de lui-même. C’est la réussite de son équipe qui lui tient à cœur. Il souhaite qu’ils viennent le matin avec le sourire et non la boule au ventre. Qu’ils trouvent du plaisir, de l’épanouissement, de l’utilité, bref de la vie en abondance dans leurs 7h de travail ou plus. Bien sûr, un tel manager sait qu’il y a une vie en dehors de ces 7h, et il s’y intéresse d’ailleurs. Mais, vu l’investissement en temps et en énergie que cela représente, il fera tout pour que le travail devienne un lieu d’épanouissement et non de corvée, un temps humanisant et non aliénant.

On entend rarement un PDG, un directeur ou un manager déclarer : j’ai été nommé et je viens dans cette équipe pour qu’ensemble nous ayons la vie en abondance ! Utopique ? Allez écouter sur Youtube, TedX, Viméo et autres réseaux sociaux les vraiment grands patrons exposer leur vision à leurs salariés, et vous ne serez pas loin de penser que seuls ces visionnaires traduisent l’objectif de la vie en abondance en termes contemporains : ils suscitent l’enthousiasme, l’excellence et l’engagement autour d’eux.

La parabole du bon passeur de Jn 10 a souvent été appliquée au ministère des prêtres et des évêques. Pourquoi ne pas la transposer au management du XXI° siècle ?

Que ces quelques règles nous invitent à renouveler l’exercice de nos leaderships, quels qu’ils soient.

 


[2] . Robert K. GREENLEAF, The Servant as Leader, 1970.

[3] . cf. par exemple Sophie SORIA, Un coach nommé Jésus, Dunod-InterEditions, 2005.

[3] . Greenleaf, cité dans Spears, L. C., Insights on Leadership: Service, stewardship, spirit, and servant-leadership. New York,  Wiley,  1998, pp.15-16.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Dieu l’a fait Seigneur et Christ » (Ac 2, 14a.36-41)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et fit cette déclaration : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. » Les auditeurs furent touchés au cœur ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Par bien d’autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait en disant : « Détournez-vous de cette génération tortueuse, et vous serez sauvés. » Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux.

PSAUME

(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)

R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.
ou : Alléluia ! (cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Vous êtes retournés vers le berger de vos âmes » (1 P 2, 20b-25)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre
Bien-aimés, si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. Car vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes.

 

ÉVANGILE« Je suis la porte des brebis » (Jn 10, 1-10)
Alléluia. Alléluia.  Je suis le bon Pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
 Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »
Patrick BRAUD

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