L'homélie du dimanche (prochain)

30 novembre 2025

Un Avent « aux poils » !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Un Avent « aux poils » !

Homélie pour le 2° Dimanche de l’Avent / Année A
07/12/25
 
Cf. également :
Abraham & Co, pierres et fils
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
Réinterpréter Jean-Baptiste 
Isaïe, Marx, et le vol de bois mort
Crier dans le désert
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Maintenant, je commence

1. La Bible hypertexte
Chaque année, l’Avent nous ramène à Jean-Baptiste et aux détails truculents qui l’accompagnent : son accoutrement étonnant, sa nourriture bizarre, ses coups de gueule au désert…

 
Un Avent Pour interpréter ces détails apparemment anecdotiques, les juifs savent qu’il faut les lire en référence à d’autres passages des Écritures, qui eux-mêmes renvoient à d’autres récits etc. Bien avant la navigation sur Internet, ils ont appris à sauter d’un texte à l’autre, avec la même aisance que nous avons pour cliquer sur un lien hypertexte qui nous renvoie à un autre site, où d’autres clics nous attendent pour découvrir à nouveau d’autres pages etc. Et, comme pour le surf sur la Toile, cette navigation est quasi infinie, nous faisant voyager sans cesse à la découverte de nouvelles significations possibles.
 
Cette méthode d’interprétation biblique, autrefois réservée aux rabbins ayant une culture encyclopédique de la Torah et de ses commentaires, est aujourd’hui accessible à tout le monde. Il suffit d’aller sur un site (gratuit) où le texte original en grec (Nouveau Testament ou LXX) ou en hébreu (Ancien Testament) est disponible [1] : en cliquant sur un terme, vous avez immédiatement la liste de toutes les occurrences de ce terme dans la Bible. Il est alors passionnant d’explorer tous les autres usages, associée eux-mêmes à d’autres mots, qui renverront à d’autres textes etc.
 
Amusons-nous à cliquer sur les quelques mots caractéristiques de Jean-Baptiste dans l’évangile de ce dimanche (Mt 3,1-12) : ceinture, cuir, rein, poêle, chameau, sauterelles, miel, sauvage.
Le foisonnement des significations cachées, comme les couleurs invisibles de l’arc-en-ciel ou les harmoniques d’un accord musical, nous donnera une idée de ce que les juifs appellent la « lecture infinie », une explosion de sens multipliant les interprétations d’un texte, d’une phrase, d’un mot.

 
2. La ceinture de cuir autour des reins
saint-jean Avent dans Communauté spirituelle
Jean portait « une ceinture de cuir autour des reins ». Impossible pour un juif qui lit cela de ne pas y reconnaître tout de suite le commandement de YHWH pour célébrer la Pâque : « Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur » (Ex 12,11). Jean-Baptiste plante donc un décor résolument pascal. Le baptême par lequel il va immerger Jésus dans le Jourdain ne préfigure-t-il pas le baptême à venir de sa Passion ? « Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » (Lc 12,50)

 
 Cette dimension pascale est soulignée par le désert qui est en toile de fond : l’Exode hors de l’esclavage passe par le désert ; la liberté est à ce prix. Jean-Baptiste en est le vivant rappel.
 
La ceinture de cuir fait également penser à la tunique de cuir dont YHWH avait revêtu Adam et Ève à la sortie du jardin d’Éden, pour les protéger : « Le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de cuir et les en revêtit » (Gn 3,21).
Le cuir dont s’entoure Jean-Baptiste n’a rien de sado-maso ! C’est le rappel de la protection de Dieu tout au long de notre traversée pascale : quelques soient nos fautes, l’amour de Dieu est plus grand que nous offense, et son pardon nous protège du froid et des bêtes féroces cherchant à nous dévorer (le cuir est le signe que ces dangers sont vaincus, puisque nous portons ainsi la dépouille de nos prédateurs).

Le 13 décembre 2022, Romain Imadouchène est devenu champion du monde de l'épreuve d'épaulé-jeté en haltérophilie.
Quand elle est autour des reins, cette ceinture symbolise la force que Dieu nous donne. Rappelez-vous ces haltérophiles accroupis qui se lèvent pour un épaulé-jeté avec plus de 200 kg à bout de bras ! Ils ont une énorme ceinture autour des reins, pour leur éviter de se faire mal et pour mobiliser toute leur énergie. La ceinture est le symbole de la force vitale qui nous permet de soulever des montagnes ! Ne dit-on pas d’une entreprise qu’elle a les reins solides ? Alors qu’un tour de rein est synonyme d’immobilisation douloureuse.

C’est pourquoi YHWH conseille à Job : « Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit : Ceins donc tes reins comme un homme. Je vais t’interroger, et tu m’instruiras. » (Jb 40,6–7).

Paul reprendra ce symbole en le liant à la vérité : « Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité » (Ep 6,14). Car les reins sont également le siège du désir, des passions. Au creux des reins, l’élan amoureux prend naissance, et il faut bien la ceinture de cuir, c’est-à-dire la vérité de la Révélation, pour contenir, éduquer, humaniser cette énergie qui peut devenir sublime ou dévastatrice. Dieu seul sonde les reins et les cœurs (Jr 11,20 ; 17,10) : garder la ceinture serrée autour des reins signifie notre volonté de ne pas tomber dans l’esclavage de nos passions.
 
Dans la Russie du siècle dernier, une devinette réjouissait les enfants et faisait réfléchir les adultes : « Qui suis-je ? Le jour un cercle ; la nuit un serpent. Celui qui devine sera mon amant ». La réponse était… la ceinture, celle-ci étant fermée le jour (le cercle) et ouverte la nuit (le serpent). En russe, le rapprochement est aussi facilité par l’euphonie entre les mots qui désignent le serpent – uz, et le mari – muz. Toute l’ambiguïté de la ceinture autour des reins est ainsi évoquée sans détours…
 
3. Les poils de chameau
« Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage ».

pim_48533_couette_d_hiver_en_poil_de_chameau_3 chameauQue viennent faire ces poils de chameau dans le message prophétique de Jean-Baptiste ?
L’allusion là encore est très claire pour les lecteurs assidus de l’Ancien Testament : c’est le vêtement d’Élie, le prophète enlevé au ciel dont le retour marquera la venue du Messie ! « Ils répondirent : “C’était un homme portant un vêtement de poils et une ceinture de cuir autour des reins.” Il déclara : “C’est Élie de Tishbé.” » (2R 1,8). Pour Jean-Baptiste, S’habiller ainsi, c’est avertir ses auditeurs que le Messie vient derrière lui. C’est ce qui avait été déclaré à Zacharie lors de l’annonce de la naissance de son fils : « Il [Jean-Baptiste] marchera devant, en présence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, ramener les rebelles à la sagesse des justes, et préparer au Seigneur un peuple bien disposé » (Lc 1,17). C’est l’accomplissement de la prophétie de Malachie : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable » (Ml 3,23).

 
Mais ce n’est pas tout : les poils font immanquablement penser à Ésaü, l’aîné des deux frères jumeaux : « Le premier qui sortit était roux, tout couvert de poils comme d’une fourrure. On lui donna le nom d’Ésaü » (Gn 25,25). Ésaü était poilu comme un singe à sa naissance : rappel symbolique de notre condition animale, alors que Jacob est la figure de notre vocation spirituelle, recevant la bénédiction pour devenir Israël. Les poils de la tunique instaurent alors un parallélisme Jean-Baptiste–Ésaü // Jésus–Jacob (Israël). Jean-Baptiste crie dans le désert ; Jésus ne haussera pas le ton (Is 42,2) ; Jean-Baptiste est la voix, Jésus est le Verbe.
 
En outre, ce sont des poils de chameau que porte Jean-Baptiste. Et le chameau est éminemment symbolique dans la Bible : c’est un signe de richesse que d’en posséder des troupeaux entiers. La reine de Saba impressionnera Salomon par ses convois de chameaux chargés de trésors : « Elle arriva à Jérusalem avec une escorte imposante : des chameaux chargés d’aromates et d’une énorme quantité d’or et de pierres précieuses » (1R 10,2). Ces troupeaux annoncent la richesse qui affluera vers Jérusalem : « En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur » (Is 60,6).
Porter des poils de chameau implique qu’on a tué l’animal, qu’on a éteint en son cœur l’amour de la richesse qui gouverne les puissants de ce monde. Jean-Baptiste n’a que les poils, pas les troupeaux.

De plus, le chameau est un animal impur : « Vous tiendrez pour impur le chameau parce que, bien que ruminant, il n’a pas le sabot fourchu » (Lv 11,4). Par extension, il désigne les nations païennes, impures, infréquentables.
C’est dans ce sens que saint Hilaire de Poitiers interprète symboliquement l’étrange accoutrement de Jean le Baptiste dans notre évangile (Jn 3,1-12).

« Ce vêtement pris à des animaux immondes auxquels on peut comparer les nations païennes et qu’il sanctifiait en le portant, était un symbole de la sainteté que nous pouvions recevoir par son ministère. Les hommes, dans leurs allures désordonnées, ressemblaient à ces sauterelles dont se nourrissait le Prophète, ils étaient volages, stériles dans leurs œuvres, verbeux, agités. Et maintenant il s’est trouvé que nous sommes devenus la nourriture des saints et les délices des prophètes : et nous leur avons offert en même temps que nos personnes un miel qui provenait non des rayons de la Loi, mais des arbres sauvages (saint Hilaire de Poitiers : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, II 2). »

L’universalisme de Jean-Baptiste se manifeste, hors de Jérusalem, dans le désert, par son accueil de tous les pénitents. Bien plus, il affirme avec force : « avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham ». C’est-à-dire : ne croyez pas que le peuple de Dieu est limité aux juifs, au circoncis, aux pratiquants des rites prescrits. Dieu est libre de se susciter une famille en Inde comme au Brésil, en Chine comme en Afrique…
Les poils de chameau symbolisent la solidarité de Jean-Baptiste avec les nations païennes impures, et le salut qui leur est offert.
 
paquet-de-cigarettes-camel-blue-label cientureNous sommes appelés à vivre un Avent « aux poils » pour préparer réellement la venue du Messie en nous ! L’animal à bosse(s) évoque encore beaucoup d’autres dimensions symboliques de notre condition de croyants. Comme lui, nous sommes en marche dans le désert de nos existences. C’est son domaine, ce silence habité par une Parole. D’autres trouveraient ça aride, lui s’y sent bien. Ses larges pattes s’appuient en souplesse sur la fluidité du sable, comme le chercheur de sens aime le foisonnement des interprétations. Et puis le chameau est plus libre que d’autres car il a de bonnes réserves d’eau dans ses bosses. Nous ne sommes pas des bébés qui doivent être allaités au biberon toutes les trois heures. Le chameau peut marcher une semaine sans rien manger ni boire, et quand il trouve alors un point d’eau il se rattrape en buvant 120 litres d’un coup. Christ nous donne cette liberté, cette autonomie. Il suffit que – même une seule fois – nous puissions boire à la source de bénédiction qu’est Dieu pour ensuite avancer librement sur notre chemin pendant des années. Car c’est en nous, dans notre cœur, dans notre être que nous portons la bénédiction de Dieu, comme le chameau porte de l’eau dans ses bosses.
 
La symbolique du chameau charrie encore tant d’autres harmoniques ! En hébreu, il s’écrit גָּמָל gamal (ce qui a donné Camel en anglais cf. le célèbre paquet de cigarettes !). Il vient du verbe distribuer, rétribuer, faire participer aux bénéfices. Le chameau a donc à voir avec le partage. D’ailleurs, sa première lettre en hébreu a la forme d’un homme qui marche : ג (gimel). La seconde – beth – signifie maison et en a la forme : מ (cf. Beth-léem : la maison du pain). La troisième lettre du chameau est le ל daleth, qui signifie pauvre.
Gamal chameauLes trois lettres ensemble גמל signifient alors : un homme quitte sa maison et marche pour partager avec le pauvre.
La contestation de la richesse déjà évoquée avec les poils s’accompagne ici de la nécessité d’un élan du cœur, qui conduit à un mouvement sincère et spontané, désintéressé, vers les pauvres. Ce n’est pas d’ascèse il s’agit, mais d’amour : le chameau גָּמָל en est le signe !

 
Vous voyez : les poils de chameau, c’est tout sauf un détail insignifiant…
 
4. Les sauterelles
Êtes-vous entomophage ? Si oui, vous vous régalez d’insectes grillés, bourrés de protéines. Les sauterelles dévorées par Jean-Baptiste ne renvoient pas à une mode gastronomique ou diététique ! la-nuee-120x160-hd cuirÉvidemment, qui lit sauterelles pense immédiatement : plaie d’Égypte.

« Moïse étendit son bâton sur le pays d’Égypte […]. Des nuées de sauterelles montèrent sur tout le pays d’Égypte et se posèrent sur l’ensemble du territoire. Jamais auparavant et jamais depuis lors, il n’y eut une telle masse de sauterelles » (Ex 10,13-14)
C’est la huitième plaie, destinée à faire plier le pharaon réduisant les hébreux en esclavage. Les sauterelles dévastent les précieuses récoltes du Nil.
Sauterelles et chameaux sont quelquefois associés dans la dévastation : « Ils arrivaient avec leurs troupeaux et leurs tentes, comme une multitude de sauterelles. Eux et leurs chameaux étaient innombrables, et ils envahissaient le pays pour le ravager » (Jg 6,5 ; 7,12)
 
Jean-Baptiste nous propose une méthode surprenante pour nous nourrir : manger nos sauterelles, c’est-dire engloutir ce qui nous menace, travailler en amont du problème qui nous enchaîne. Ce n’est pas toujours facile avec nos propres forces d’affamer ainsi notre faiblesse, notre colère, notre frustration, nos rancunes… Mais avec l’aide de Dieu, qui fait des prodiges dans ce domaine, oui.
 
Dévorer ce qui nous dévore, se nourrir de ce qui nous menace, entendre l’appel à ne plus être esclave… : les sauterelles de Jean-Baptiste sont décidément beaucoup plus qu’un régime alimentaire !
 
5. Le miel sauvage
Le miel est doux et sucré : après l’amer des sauterelles, il réjouit le palais et soigne les inflammations. L’Écriture y a vu une figure de la saveur de la parole de Dieu : « Qu’elle est douce à mon palais ta promesse : le miel a moins de saveur dans ma bouche ! » (Ps 119,103).

 hypertexteL’Apocalypse reprend cette dualité de saveur de la Parole de Dieu : « Je m’avançai vers l’ange pour lui demander de me donner le petit livre. Il me dit : “Prends, et dévore-le ; il remplira tes entrailles d’amertume, mais dans ta bouche il sera doux comme le miel.” Je pris le petit livre de la main de l’ange, et je le dévorai. Dans ma bouche il était doux comme le miel, mais, quand je l’eus mangé, il remplit mes entrailles d’amertume » (Ap 10,9-10).
 
Le miel est l’aliment par excellence de la Terre Promise dont l’autre nom est « le pays où coule le lait et le miel » (Ex 3,8 et 25 autres occurrences). Tout au long du trajet, Dieu donne aux hébreux un avant-goût de cette Terre promise avec la manne qu’il fait pleuvoir le matin et qui a le goût de gâteau au miel, nous dit la Bible : « C’était comme de la graine de coriandre, de couleur blanche, au goût de beignet au miel » (Ex 16,31).
 
De plus, le miel de Jean-Baptiste est sauvage : nous n’avons pas eu à le cultiver ; ce n’est pas un produit la civilisation urbaine ; ce n’est pas une production domestique. C’est donné, gratuit, gracieux, sans effort humain. C’est le goût de la Parole de Dieu telle qu’on la trouve, non pas seulement en Israël, mais aussi chez les nations, sauvages, barbares, païennes.
Paradoxalement, Jean-Baptiste l’ultra-juif fait son miel de tout ce qu’il trouve dans les cultures sauvages qui l’environnent…
 
N’est-il pas temps pour nous aussi de nous vêtir de poils de chameau (les sagesses des nations) et de nous nourrir de sauterelles et de miel sauvage (les semences du Verbe présentes dans toute culture) ?
 
Exerçons-nous à pratiquer cette lecture hypertexte des Évangiles, qui clique de mot en mot, surfe de texte en texte, afin de « lire aux éclats », enivrés du foisonnement de sens inépuisable des Écritures !
 
Ceinture, cuir, reins, poils, chameau, sauterelles, miel, sauvage : notre Jean-Baptiste au désert a de quoi nourrir notre méditation chaque soir de la semaine qui vient…

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[1]. Cf. par exemple https://www.stepbible.org/



LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Il jugera les petits avec justice » (Is 11, 1-10)
 
Lecture du livre du prophète Isaïe
En ce jour-là, un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins. Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

PSAUME
(Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 12-13, 17)
R/ En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des temps. (cf. Ps 71, 7)
 
Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

 
En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

 
Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

 
Que son nom dure toujours ;
sous le soleil, que subsiste son nom !
En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ;
que tous les pays le disent bienheureux !


DEUXIÈME LECTURE
Le Christ sauve tous les hommes (Rm 15, 4-9)
 
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. Que le Dieu de la persévérance et du réconfort vous donne d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus. Ainsi, d’un même cœur, d’une seule voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. Car je vous le déclare : le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, en raison de la fidélité de Dieu, pour réaliser les promesses faites à nos pères ; quant aux nations, c’est en raison de sa miséricorde qu’elles rendent gloire à Dieu, comme le dit l’Écriture : C’est pourquoi je proclamerai ta louange parmi les nations, je chanterai ton nom.

ÉVANGILE
« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 3, 1-12)
Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion. N’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Patrick BRAUD

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7 octobre 2015

Chameau et trou d’aiguille

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Chameau et trou d’aiguille

Homélie du 28° dimanche du temps ordinaire/Année B
11/10/2015

Cf. également :
À quoi servent les riches ?
Plus on possède, moins on est libre
Où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ?
Les sans-dents, pierre angulaire
Donne-moi la sagesse, assise près de toi
Les bonheurs de Sophie

Dans ce texte archi connu dit « du jeune homme riche » (mais dans notre évangile de Mc 10, 17-30 rien ne dit qu’il est jeune !) les pistes d’actualisation foisonnent (cf. liste ci-dessus).
Pour une fois, attardons-nous sur un détail amusant, passé dans la sagesse proverbiale populaire : « il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ». Étonnant non, ce rapprochement entre un chameau et une aiguille !? Comme dirait Lautréamont (le poète), c’est beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie !

Comment interpréter cette sentence énigmatique de Jésus ?
Explorons quatre pistes.

 

1. L’hyperbole : Jésus force le trait pour décourager les riches
CamelL’image utilisée relève du procédé littéraire appelé hyperbole : on exagère, on en rajoute, on radicalise la réalité évoquée. Ainsi lorsque Jésus dit qu’il vaut mieux enlever la poutre qu’on a dans son oeil plutôt que de voir la paille qui est dans l’œil du voisin. Cela relève de ce procédé hyperbolique. Ici, le rapprochement d’un chameau et d’une aiguille est tellement improbable, impossible, qu’on voit très clairement que Jésus veut décourager les riches de persévérer dans leur richesse. Et quand on connaît la difficulté qu’il y a à faire passer un camélidé bi-bosse par le trou d’une aiguille, sauf dans le cas où cette dernière serait aux proportions de la Tour Eiffel, on se rend compte que les portes du Paradis sont définitivement fermées à notre Oncle Picsou.

Le message est fort : vous les riches, vous êtes dans une impasse si vous continuez à jouer sur les deux tableaux. Le Royaume de Dieu est incompatible avec l’état d’esprit d’égoïsme, d’absence de compassion, de séparation des pauvres, de domination, d’exploitation etc. qu’engendre inéluctablement la richesse accumulée.
Point barre.
Même la phrase suivante : « pour Dieu rien n’est impossible », ne suffira pas à sauver les riches malgré eux.
L’avertissement n’a rien perdu de son actualité.

 

2. Le symbole.

camel gateCertains commentaires font allusion à une petite porte dans les remparts de Jérusalem. Après le coucher du soleil, cette porte restait ouverte plus longtemps que les grandes portes qui étaient plus difficiles à défendre. Les chameaux ne pouvaient y passer qu’en se défaisant de toutes leurs charges. C’est une porte identique qui se trouvait autrefois à Toulouse, à l’emplacement de la place du Capitole à l’entrée de la rue du Taur ; une maquette de cette porte se trouve au musée Raymond IV de Toulouse.

Malheureusement, dans Néhémie 3, une liste des 12  portes de Jérusalem est donnée et il n’y est pas question de cette porte de l’Aiguille. On n’a trouvé aucune trace archéologique de cette porte, et l’expression ‘trou d’une aiguille’ (et non pas ‘trou de l’aiguille’) ne semble pas vraiment confirmer cette explication…

Reste que faire allusion à cette petite porte – si elle existait - était très efficace pour les auditeurs de Jésus connaissant les accès à Jérusalem.

Du coup le message est plus positif : de même que les caravaniers sont obligés de faire plier les  genoux aux chameaux, et de les décharger de leurs colis pour passer sous la porte du Trou de l’Aiguille, de même les riches, s’ils acceptent de ployer le genou devant Dieu et de se décharger de leur superflu, peuvent entrer dans le Royaume de Dieu. L’homme riche de notre évangile tombe à genoux devant Jésus : allusion à ce passage de la porte étroite ?…

D’ailleurs, les usages du mot chameau dans la Bible consonnent avec cette interprétation  symbolique. Le nombre de chameaux possédés par un clan était un étalon de sa réussite. Une dot se mesurait en chameaux, ânes et autres troupeaux d’animaux. Et quand la reine de Saba vient rencontrer le roi Salomon à Jérusalem, c’est avec des caravanes de chameaux chargés d’aromates et de pierres précieuses :
2Ch 9,1 : « La reine de Saba apprit la renommée de Salomon et vint à Jérusalem éprouver Salomon par des énigmes. Elle arriva avec de très grandes richesses, des chameaux chargés d’aromates, quantité d’or et de pierres précieuses » Cf. 1R 10,2.
Le prophète Isaïe s’en souviendra :
« Des multitudes de chameaux te couvriront, des jeunes bêtes de Madiân et d’Epha; tous viendront de Saba, apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges de Yahvé » »  Is 60,6.

Le chameau était un animal impur, comme en témoigne Dt 14,7 :
« Toutefois, parmi les ruminants et parmi les animaux à sabot fourchu et fendu, vous ne pourrez manger ceux-ci: le chameau, le lièvre et le daman, qui ruminent mais n’ont pas le sabot fourchu; vous les tiendrez pour impurs ».
Associer le chameau à la richesse était habile, car cela engendrait instinctivement une réaction de répulsion.

Dans le Nouveau Testament, il n’y a que trois usages du mot chameau : ici en Mc 10 et parallèles, en Mc 1,6 pour Jean-Baptiste vêtu d’une peau de chameau, et encore Mt 23,24, où le chameau représente les énormes contradictions et incohérences que les pharisiens acceptent sans sourciller dans leur vie :
« Guides aveugles, qui arrêtez au filtre le moustique et engloutissez le chameau… »

Quand Jean-Baptiste s’habille de poils de chameau, c’est comme si en quelque sorte il avait tué l’animal, en portant sa dépouille : son vêtement désigne son combat contre la richesse qui empêche d’entrer l’homme dans le Royaume de Dieu.

L’avertissement symbolique lié à cette interprétation rejoint celui, explicite, de l’Apocalypse :
« Tu t’imagines: me voilà riche, je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien; mais tu ne le vois donc pas: c’est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! » (Ap 3,17)

 

3. Un jeu de mots hébraïque

L’hébreu est une langue qui invite à jouer avec les lettres, les sens et les pictogrammes [1].  Même si nous ne devons pas forcément chercher là le premier sens, il est fort probable que Jésus tenait compte de ces images connues pour appuyer son enseignement. Chameau, “Gamal” (en Anglais : camel), vient du verbe distribuer, rétribuer, faire participer aux bénéfices. ‘Gamal’ est apparenté à la 3ème lettre de l’alphabet hébraïque : GIMEL. Le mot chameau s’écrit ainsi :

dalethbethgimel_resized

Le pictogramme de la lettre de droite a la forme de quelqu’un qui marche. L’hébreu se lit de droite à gauche… La lettre GIMEL vient avant la lettre BETH (qui signifie : maison – pensez à Bethléhem = maison du pain) et avant la lettre DALETH, qui signifie « pauvre ».
Selon le Midrash (commentaire rabbinique), le GIMEL suggère alors un homme (riche) qui quitte sa maison (BETH) en courant à la rencontre du pauvre (DALETH) avec qui il partage ses bénéfices.

Gamal chameau

Tout ce jeu de lettres et de mots souligne moins l’idée que l’homme devrait se défaire de toutes les choses matérielles (ce qui est un discours religieux habituel mais assez moralisant), mais accentue plutôt la nécessité d’un élan du cœur qui conduit à un mouvement sincère et spontané vers les autres. C’est peut-être ce qui manquait à ce jeune homme riche qui semblait se contenter de ses devoirs religieux…

 

4. Un chameau qui donne du fil à retordre

Chameau et trou d’aiguille dans Communauté spirituelle 85267421_oDans cette dernière interprétation, on pense qu’il y a pu avoir confusion entre deux mots grecs : KAMELON = chameau (cf. Camel en anglais et ses fameuses cigarettes, Kamel en allemand etc.) et KAMILON = corde.

D’ailleurs, l’araméen GAMLA peut signifier aussi bien le chameau que la corde (tressée de poils de chameau).

En français, le dictionnaire Larousse de 1929 donnait encore une définition similaire du mot chameau : « Ensemble des fils de la chaîne, qui, sous le nom de poils, forment la partie veloutée des moquettes et de certains velours. Se dit aussi des velours coupés sur le métier pendant le tissage ». C’est donc un chat-mot qui a mot-chas le sens de la phrase [2]

La phrase exacte de Jésus serait alors : il est plus facile a un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu qu’à une corde de passer par le chas d’une aiguille. Ce qui avouons-le est déjà moins disproportionné ! La tâche semble difficile, mais moins improbable avec une corde qu’avec un chameau !

Signalons enfin que le Coran a gardé une trace de célèbre verset évangélique : Mohamed a réutilisé ce qu’il avait entendu des chrétiens de Médine en forgeant le verset suivant :
« Pour ceux qui traitent de mensonges Nos enseignements et qui s’en écartent par orgueil, les portes du ciel ne leur seront pas ouvertes, et ils n’entreront au Paradis que quand le chameau pénètre dans le chas de l’aiguille. Ainsi rétribuons-Nous les criminels » (Sourate 7,40).

Quelle que soit l’interprétation qui vous semble la plus pertinente - et, après tout, les quatre méritent peut-être d’être gardées ensemble - l’avertissement est clair : la richesse est un obstacle à la suite radicale du Christ.

À l’heure des parachutes dorés, retraites chapeaux et autres indemnités ou salaires invraisemblables de certains sportifs ou autres dirigeants, le rappel du danger que représente la richesse pour la vie spirituelle est salutaire.

Quel chameau ! Quel chas !

À bon entendeur chalut…

 


[2]. De même que le dromadaire n’est finalement qu’un chameau qui bosse à mi-temps…

 

 

Lectures de la messe

1ère lecture : « À côté de la sagesse, j’ai tenu pour rien la richesse » (Sg 7, 7-11)
Lecture du livre de la Sagesse

J’ai prié, et le discernement m’a été donné. J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi. Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres ; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ; je ne l’ai pas comparée à la pierre la plus précieuse ; tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable, et, en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue. Plus que la santé et la beauté, je l’ai aimée ; je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas. Tous les biens me sont venus avec elle et, par ses mains, une richesse incalculable.

Psaume : Ps 89 (90), 12-13, 14-15, 16-17

R/ Rassasie-nous de ton amour, Seigneur :
nous serons dans la joie.
cf. Ps 89, 14)

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Rends-nous en joies tes jours de châtiment
et les années où nous connaissions le malheur.

Fais connaître ton œuvre à tes serviteurs
et ta splendeur à leurs fils.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains ;
oui, consolide l’ouvrage de nos mains.

2ème lecture : « La parole de Dieu juge des intentions et des pensées du cœur » (He 4, 12-13)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur. Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, soumis à son regard ; nous aurons à lui rendre des comptes.

Evangile : « Vends ce que tu as et suis-moi » (Mc 10, 17-30)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ! Alléluia. (Mt 5, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là, Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. » Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus reprenant la parole leur dit: « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et dit: « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. » Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. »
Patrick BRAUD

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13 octobre 2012

À quoi servent les riches ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

À quoi servent les riches ?

Homélie du 28° Dimanche ordinaire / Année B
14/10/2012 

 

Casse-toi, riche con !

À quoi servent les riches ? dans Communauté spirituelle une-lib%C3%A9Ce titre provocateur était là une du quotidien Libération juste au lendemain de l’annonce de Bernard Arnault (PDG de LVMH) demandant la nationalité belge. La violence et la vulgarité de cette diatribe faisait écho à la violence et à la vulgarité de Nicolas Sarkozy envers un jeune de banlieue : « casse-toi, pauvre con ! ».

On peut être atterré devant ce niveau zéro du débat public. On peut y voir une résurgence – version people – de la lutte des classes. Toujours est-il que le mépris des pauvres engendre le mépris des riches, et les deux se nourrissent mutuellement jusqu’à l’explosion de violence.

On peut aussi noter la différence notable entre ces apostrophes et celle de Jésus à l’homme riche. Il ne lui dit pas : « casse-toi », mais « suis-moi ». Il ne l’insulte pas mais pose son regard sur lui, et se met à l’aimer. Et quand cet homme de lui-même choisit de s’en aller, Jésus est rempli d’une déception amère qui est celle de l’amour : « il est décidément plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ! »

C’est un constat, légèrement désabusé, en tout cas empreint de la souffrance du Christ de voir combien la richesse est un handicap si lourd pour le suivre. Rien à voir avec une dénonciation trop moraliste – style Mélanchon – de la nuisance sociale des riches.

Jésus dit en substance : ‘toi qui es riche, suis-moi, et pour cela apprend à quitter, apprend à relativiser ce qui faisait ta puissance’.

Il n’y a pas que la richesse d’ailleurs qui soit concernée dans ce bouleversement à la suite de Jésus. La famille également est en jeu : « quitter frères, soeurs, père, mère, enfants ».

le+jeune+homme+riche+1 aiguille dans Communauté spirituelleLa vraie sagesse est donc de ne rien préférer au Christ : ni ses biens, ni ses proches, ni sa patrie etc.

Paradoxalement, ce qui a été ainsi quitté sera retrouvé, mais situé autrement : ordonné à l’amour et non désordonné, relativisé pour servir et non absolutisé pour dominer.

 

La première lecture annonçait cet étonnant jeu perdu-retrouvé : « j’ai préféré la sagesse aux trônes et aux sceptres ; à côté d’elle et j’ai tenu pour rien à la richesse » se réjouit Salomon. Et pourtant, « tous les biens me sont revenus avec elle, et par ses mains une richesse incalculable » ajoute-t-il, surpris de retrouver ainsi ce qu’il avait cru quitter (Sg 7,7 – 11).

Le Christ le redira à sa manière : « cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par-dessus le marché ».

On le voit : ce n’est pas la richesse en soi qui est condamnée par la Bible, c’est sa prétention à occuper la place de Dieu, à devenir le but ultime de la vie d’un homme. Et cette prétention est si forte qu’il est hélas très difficile d’y résister.

Si l’homme riche de Mc 10,17-30 avait vendu sa fortune pour être libre de suivre le Christ, il aurait expérimenté cette transformation du sens de la richesse.

« Si tu admires l’argent pour la considération qu’il procure, dis-toi que tu gagneras bien plus de gloire à être appelé le père de milliers d’enfants qu’à posséder des milliers d’écus dans une bourse » (saint Basile le Grand).

Basile essaie d’ailleurs, avec habileté, de persuader ses lecteurs que c’est leur intérêt finalement de préférer la sagesse à la richesse :

« Tu as donné à manger à l’affamé ; ce que tu as donné te revient, augmenté des intérêts. Comme le grain jeté en terre profite au semeur, de même le pain tendu à l’affamé rapporte un gain immense, pour plus tard. Quand se termine la moisson sur la terre, c’est le moment pour toi de semer dans le ciel. « Faites vos semailles pour la justice ! »(Os 10,12) ».

Jésus n’a jamais eu la prétention d’établir une nouvelle doctrine économique. Lorsqu’il constate avec douleur qu’un riche n’est pas assez libre pour le suivre, il avertit simplement ses disciples qu’effectivement la possession de richesses est un handicap paralysant. Il ne se pose pas notre question moderne - et intéressante ! - de l’utilité sociale des riches qui, si elle existe, légitimerait leur fortune. Il laisse ce débat aux économistes et aux politiques. Par contre, il se soucie de la destinée de chacun, riches ou pauvres ; il sonne l’alarme lorsque, jugeant l’arbre à ses fruits, il constate que les riches n’accueillent pas la Bonne Nouvelle.

À y regarder de près, les riches ont cependant quelques belles figures et quelques beaux rôles dans le Nouveau Testament. Joseph d’Arimathie intervient pour donner son superbe tombeau à la dépouille de Jésus. Lydie, la riche dame de Thyatire (Ac 16,9-40), aide la communauté chrétienne de Paul de sa générosité financière. Zachée rectifie sa fortune sans y renoncer. Des chefs de synagogue et des centurions romains - des CSP+ de l’époque – seront loués pour leur foi admirable, qui visiblement se conjugue bien avec leur aisance sociale.

Bien sûr, il y a le fameux : « malheureux, vous les riches » de Luc 5. Mais loin d’être une 41yPFYShLHL._SL500_AA300_ chameaumalédiction, ce cri de désolation devant l’état des riches résonne comme un appel à ne plus se laisser dominer par la richesse, à changer pour ne plus être malheureux. Ce n’est surtout pas une condamnation inéluctable. Même l’image du chameau et de l’aiguille se termine par cette déclaration qui vaut finalement pour tout le monde, riches ou pauvres : « qui peut être sauvé ? Pour les hommes cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu ».

Revenons à nos débats actuels.

Le mépris des riches n’apparaît pas très évangélique. La glorification de la richesse tout autant.

Difficile alors pour les chrétiens d’attiser la violence envers les uns ou les autres. Difficile également d’entrer dans la course aux biens matériels, à l’argent, au pouvoir, comme si la vie professionnelle n’avait rien à entendre de l’Évangile du jeune homme riche.

Certains ressentiront cet appel intérieur à tout quitter pour une vie radicalement centrée sur le Christ. D’autres garderont leur salaires élevé, leur rang hiérarchique, leur patrimoine, voire leur fortune, tout en relativisant fortement ces symboles de la réussite sociale. Comment ? En mettant leur richesse au service de la création d’emplois, d’actions humanitaires ou sociales ; en gardant une vraie humilité, en restant simples et sobres dans leur mode de vie ; en réinvestissant leurs plus-values dans des entreprises en accord avec leurs convictions etc.

Ce n’est pas tout vendre pour suivre le Christ, mais c’est déjà remettre à sa juste place chaque objectif qui autrement serait tyrannique. Et ce n’est déjà pas si mal !

 

Reste que pour devenir chrétien, il faut apprendre à quitter.
Quitter ses héritages familiaux, nationaux, patrimoniaux.
Passer par les persécutions promises par le Christ à ses disciples.
Et redécouvrir dès aujourd’hui le centuple qui est redonné : de nouveaux compagnons de route, une nouvelle famille, de nouvelles richesses qui ne contredisent pas les anciennes, mais les assument elles transcendent en les mettant au service de l’essentiel.

« Vends ce que tu as, et suis-moi » : comment cet appel résonne-t-il en nous ?

 

1ère lecture : Les trésors de la Sagesse (Sg 7, 7-11)
Lecture du livre de la Sagesse

J’ai prié, et l’intelligence m’a été donnée. J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi.
Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres ; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ; je ne l’ai pas mise en comparaison avec les pierres précieuses ; tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable, et, en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue.
Je l’ai aimée plus que la santé et que la beauté ; je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas.
Tous les biens me sont venus avec elle, et par ses mains une richesse incalculable.

Psaume : 89, 12-13, 14-15, 16-17cd

R/ Rassasie-nous de ton amour : nous serons dans la joie.

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos c?urs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin, 
que nous passions nos jours dans la joie et les chants. 
Rends-nous en joies tes jours de châtiment 
et les années où nous connaissions le malheur.

Fais connaître ton ?uvre à tes serviteurs 
et ta splendeur à leurs fils. 
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains ; 
oui, consolide l’ouvrage de nos mains.

2ème lecture : « Elle est vivante, la parole de Dieu » (He 4, 12-13)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle pénètre au plus profond de l’âme, jusqu’aux jointures et jusqu’aux moelles ; elle juge des intentions et des pensées du c?ur.
Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, dominé par son regard ; nous aurons à lui rendre des comptes.

Evangile : Tout abandonner pour suivre Jésus (brève : 17-27)(Mc 10, 17-30)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Heureux les pauvres de c?ur : le Royaume des cieux est à eux ! Alléluia. (Mt 5, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se mit à genoux et lui demanda : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »
Jésus lui dit : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul.
Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. »
L’homme répondit : « Maître, j’ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse. »
Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi. »
Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarde tout autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! »
Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus reprend : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu. Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »
De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? »
Jésus les regarde et répond : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »
Pierre se mit à dire à Jésus : « Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre. »
Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : personne n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des s?urs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, s?urs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.
Patrick Braud

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