L'homelie du dimanche

10 février 2016

L’île de la tentation

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L’île de la tentation

Cf. également :

Ne nous laisse pas entrer en tentation 

L’homme ne vit pas seulement de pain 

Une recette cocktail pour nos alliances

Nous ne sommes pas une religion du livre, mais du Verbe

Et plus si affinité 

Homélie du 1° dimanche de Carême / Année C
14/02/2016

 

L’île de la tentation

Avez-vous déjà regardé ce jeu de télé-réalité ? Le principe est connu : isolés sur une île, quatre couples non mariés et sans enfant doivent tester leur amour face à la tentation de vingt-deux beaux(belles) célibataires, bronzé(e)s et affriolant(e), pendant un séjour de douze jours : les tentateurs(trices).

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Des rendez-vous romantiques avec les célibataires ont lieu tous les jours.

Au bout des douze jours, dans un ultime feu de camp, chaque couple doit alors décider s’il reste uni ou non à l’issue de l’émission.

Le jeu voudrait nous faire croire que la tentation principale est celle de l’infidélité conjugale. Par contre, il n’a pas tout à fait tort lorsqu’il situe la tentation sur une île, et comme une île : car la solitude est bien la conséquence d’une rupture du lien de communion avec Dieu ou avec les autres.

Au désert, en ce début de carême, le Christ va connaître son ‘île de la tentation’ à lui : le combat intérieur pour rester uni à son Père, alors que le diable voudrait qu’il arrête d’être fils et qu’il n’existe que par lui-même.

 

Quelles sont vos tentations ?

Les récits évangéliques du Christ tentés au désert marquent chaque premier dimanche de carême. On croit les connaître par cœur.
À tort sans doute. Car il faut du temps dans une vie humaine pour identifier clairement ce qui au fond est le véritable combat spirituel.

Jeune, on croit facilement que la tentation a le visage du succès, du pouvoir, du désir. Au fil des ans, la question : quel est mon combat essentiel ? s’avère plus complexe, plus subtile, plus difficile à répondre.

Pilate par exemple aurait pu croire que le piège de la gloire ou du pouvoir était le plus dangereux pour lui. Dans le dialogue avec le Christ durant sa Passion, il découvre que c’est plutôt cet espèce de cynisme qui se nourrit d’un certain scepticisme envers la vérité : « qu’est-ce que la vérité ? »

Caïphe, en tant que grand prêtre juif, devait craindre l’impureté rituelle et l’infidélité à la Loi comme ses plus grandes tentations. Il va s’entendre basculer du côté de l’utilitarisme meurtrier : « il vaut mieux qu’un seul homme meure plutôt que tout le peuple ». Il ne savait pas que c’était de ce côté-là qu’il serait tenté.

Judas aurait pu croire que le manque de courage pour aller au bout de la lutte armée contre l’occupation romaine serait sa tentation principale. Mais voilà que la séduction du désespoir sera bien plus fatale, jusqu’au suicide.

Chacun de nous découvre ainsi tôt ou tard qu’identifier la vraie tentation contre laquelle il lutte est une révélation. Cela nous est révélé par la remarque d’un autre, par la violence d’une de nos réactions, par les conséquences immenses et inimaginables de tel faux pas etc.

Jésus de Nazareth lui-même, pourtant « rempli de l’Esprit de Dieu », fait ici au désert d’apprentissage de ce qui sera le combat de sa vie. Et le diable voit juste, comme toujours : il ne porte pas ses attaques sur la peur d’être trahi, le désir de réussir ou la fuite de la douleur. Il sait que là-dessus le Christ ne lui laisse aucune prise. Alors il se concentre sur l’essentiel, sur la raison d’être même de Jésus : es-tu oui ou non le fils de Dieu ? Tout le reste en découle. Jésus est tenté, comme chacun de nous, à partir de ce qu’il a de plus cher. Et pour lui, c’est l’intimité qu’il partage avec son Père, dans l’Esprit. Si Satan arrive à déstabiliser l’homme Jésus en le faisant douter de cette identité partagée, il aura gagné.

La tentation la plus dangereuse pour chacun sera celle qui nous atteint ainsi dans notre identité la plus essentielle.

Puisque le Christ a été tenté, n’imaginons pas avancer sur le chemin avec lui sans rencontrer nous aussi les tentations qui nous correspondent.

Prenez l’itinéraire de la vie de couple. S’il y a un divorce pour deux mariages environ, c’est qu’il y a bien plus d’adultères encore avant les séparations ! Avec l’allongement de la durée de vie et la lassitude des années, avec les rythmes de travail qui éloignent et provoquent de multiples occasions de tromper l’autre, avec cette immaturité psychologique qui nous fait nous tromper avant que de tromper et qui ne se révèle que des années après, avec la fameuse crise de milieu de vie qui vient tout bouleverser en murmurant qu’il faut tout changer pour redevenir soi-même, les causes sont si nombreuses !…

La tentation de l’infidélité sera multiple et multiforme : impossible d’y échapper. Mieux vaut accueillir la tentation comme l’invitation à plus de profondeur, de liberté.

N’est pas fidèle celui qui n’a jamais été tenté, mais celui qui a traversé la tentation en renforçant le lien mis en cause.

 

La tentation comme une île

Afficher l'image d'origineAu désert, le Christ identifie les trois combats qui vont tenter de le faire chuter tout au long de sa mission : séduire par des prodiges, s’imposer par la force, s’annonçer soi-même au lieu de conduire à Dieu. Lorsqu’il rencontrera ces trois tentations sous d’autres formes, il saura ainsi les démasquer, leur enlever leur force, et en être victorieux. La dernière tentation du Christ, sur la croix, ne concerne pas Marie-Madeleine comme le romancent Nikos Kazantzakis (la dernière tentation du Christ) ou Dan Brown (auteur du fameux Da Vinci code) mais le lien à son Père : « sauve-toi toi-même », lui crie-t-on  par trois fois, comme le diable au sommet du Temple dans le désert. Le Christ  refuse d’être à lui-même son propre salut, car il est le fils, celui qui se reçoive d’un autre, dans l’amour.
Jusqu’au bout, il choisit de faire confiance à celui à qui il crie  pourtant sa déréliction (« mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »).
Jusqu’au bout il se reçoit, au lieu de prendre.
Jusqu’au bout il s’appuie sur le fait d’être aimé plutôt que de se sauver tout seul.
En cela il est vraiment le fils, d’une manière unique, car nul homme n’a vécu une telle intimité avec Dieu.

Le piège de la tentation, c’est de faire croire à chacun qu’il est un île, qu’il peut se sauver tout seul, qu’il peut prendre au lieu de recevoir, qu’il peut accaparer au lieu de donner. Et l’île de la tentation dans la Bible est la solitude à laquelle se condamne celui qui croit pouvoir se sauver lui-même.

 

Discerner sa tentation la plus essentielle

Alors, quelle tentation sera la vôtre ? La tentation principale, le fer de lance de l’attaque qui viendra vous déstabiliser au plus intime ?

Comme dans un duel à l’épée, les premières escarmouches seront portées là où c’est assez superficiel, juste pour voir si vous résistez relativement bien. Si oui, alors l’intensité montera d’un cran et vous en viendrez aux choses sérieuses.

Chaque digue tient bon tant que l’eau n’attaque pas ses points névralgiques. Dès qu’elle a trouvé la faille, le point sensible, le cheval de Troie de la digue, l’eau n’a de cesse d’user sa résistance en concentrant sa pression là où elle peut faire des dégâts…

Identifier sur quoi porte la vraie tentation de son histoire personnelle est un long discernement, qui ne se fait pas sans aide extérieure. Les vrais maîtres de sagesse sont ceux qui ont apprivoisé cette faille intime, avec humour et confiance. Ils se savent exposés, d’autant plus qu’ils progressent. Toujours en danger, ils en deviennent d’autant plus fidèles qu’ils s’appuient sur Dieu pour, non pas y être soustraits, mais se nourrir de la tentation pour devenir plus soi-même…

 

1ère lecture : La profession de foi du peuple élu (Dt 26, 4-10)
Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple : Lorsque tu présenteras les prémices de tes récoltes, le prêtre recevra de tes mains la corbeille et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu. Tu prononceras ces paroles devant le Seigneur ton Dieu : « Mon père était un Araméen nomade, qui descendit en Égypte : il y vécut en immigré avec son petit clan. C’est là qu’il est devenu une grande nation, puissante et nombreuse. Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ; ils nous ont imposé un dur esclavage. Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions dans la misère, la peine et l’oppression. Le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte à main forte et à bras étendu, par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges. Il nous a conduits dans ce lieu et nous a donné ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel.

Et maintenant voici que j’apporte les prémices des fruits du sol que tu m’as donné, Seigneur. »

Psaume : Ps 90 (91), 1-2, 10-11, 12-13, 14-15ab

R/ Sois avec moi, Seigneur, dans mon épreuve. (cf. Ps 90, 15)

Quand je me tiens sous l’abri du Très-Haut
et repose à l’ombre du Puissant,
je dis au Seigneur : « Mon refuge,
mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! »

Le malheur ne pourra te toucher,
ni le danger, approcher de ta demeure :
il donne mission à ses anges
de te garder sur tous tes chemins.

Ils te porteront sur leurs mains
pour que ton pied ne heurte les pierres ;
tu marcheras sur la vipère et le scorpion,
tu écraseras le lion et le Dragon.

« Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ;
je le défends, car il connaît mon nom.
Il m’appelle, et moi, je lui réponds ;
je suis avec lui dans son épreuve. »

2ème lecture : La profession de foi en Jésus Christ (Rm 10, 8-13)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, que dit l’Écriture ? Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons. En effet, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut. En effet, l’Écriture dit : Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte. Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

Evangile : « Dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où il fut tenté » (Lc 4, 1-13)

Acclamation : Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. 
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, après son baptême, Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. »

Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. »

Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.
Patrick BRAUD

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7 février 2016

Déchirez vos cœurs et non vos vêtements

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Déchirez vos cœurs et non vos vêtements

 

cf. également :

Mercredi des cendres : de Grenouille à l’Apocalypse, un parfum d’Évangile

La radieuse tristesse du Carême

Carême : quand le secret humanise

Mercredi des Cendres : 4 raisons de jeûner

Le symbolisme des cendres

 

Homélie pour le mercredi des Cendres / Année C
10/02/2016

Le geste est fort et rarement utilisé aujourd’hui : déchirer ses vêtements en signe de deuil ou de pénitence. Le prophète Joël en fait une préparation à la fête de Yom Kippour (le Grand Pardon). Il va plus loin en l’intériorisant au maximum :

« Déchirez vos cœurs, et non pas vos vêtements ; et revenez à moi » (Joël 2,13).

Jésus dans l’évangile de ce Mercredi des Cendres reprend ce thème de l’intériorisation de la conversion, avec la répétition par 3 fois du mot « secret ».

Déchirer ?

Le symbole parle de lui-même.

Afficher l'image d'origineDéchirer un tissu, c’est rompre son unité, l’éparpiller en plusieurs morceaux qui ne sont plus que des lambeaux de l’original.

Déchirer une djellaba ou une tunique de l’époque de Joël (IV° siècle avant Jésus-Christ), c’est incarner un cri de douleur où l’identité personnelle se découvre clivée, partagée, où l’unité intérieure vole en éclats sous le choc d’un deuil ou du remords.

Déchirer ses vêtements, c’est reconnaître publiquement être soi-même déchiré, morcelé, fragmenté par l’absence d’un proche ou la conscience d’un reproche légitime.

Des parents sont déchirés lorsque le corps inerte de leur petit gît entre leurs bras.

Des passants ont le coeur serré devant le carnage des attentats de 2015. La République met ses drapeaux en berne, comme autrefois les prêtres juifs déchiraient leurs habits sacerdotaux. On portait encore dans les années 50 un brassard en crêpe noir pour indiquer à tous qu’on portait le deuil d’un parent. Les immenses catafalques noirs eux aussi, recouvraient les linteaux des maisons où la mort avait passé, pendant une semaine au moins.

De tout temps il a fallu trouver les gestes qui permettent d’exorciser l’angoisse et la douleur devant la mort.

En Israël, c’était vrai également devant le repentir. Prendre conscience d’une faute grave s’accompagnait de cette déchirure des vêtements, en se mettant également de la cendre dans les cheveux en signe d’humilité et de repentance.

Comprenant qu’il ne pourrait finalement pas délivrer son frère Joseph parce qu’il avait été vendu en esclavage, Ruben « déchira ses vêtements ». Croyant que Joseph avait été dévoré par une bête sauvage, leur père, Jacob, « déchira ses manteaux » (Gn 37, 18-35). Apprenant que tous ses enfants étaient morts, Job « déchira son manteau » (Job 1,18-20). Pour informer le grand prêtre Éli qu’Israël avait subi une défaite, que ses deux fils avaient été tués et que l’arche de l’alliance avait été prise, un messager s’est présenté « les vêtements déchirés » (1 Sa 4,12-17). Lorsqu’on lui lut les paroles de la Loi et qu’il reconnut les fautes de son peuple, le roi Josias « déchira ses vêtements » (2R 22,8-13). Il y a plus d’une vingtaine d’occurrences de ce geste dans la Bible, avec très souvent celui de répandre de la cendre sur la tête en signe de deuil (cf. 1Ma 2,14 ; 3,47 …).

La tunique du Christ quant à elle demeure d’un seul morceau alors qu’il est cloué en croix. Tunique sans couture nous précise saint Jean, donc difficile à déchirer. Elle symbolise l’unité de l’Église, puisque habillant de beauté le Corps du Christ. Si Dieu déchire son coeur, c’est justement pour que l’Église reste unie ; pour que l’identité humaine de chacun soit garantie, même à travers le combat contre le mal qui divise, disperse et déshumanise.

Aujourd’hui, le langage commun a gardé quelques traces de ce symbolisme du déchirement. Quand des jeunes disent d’un groupe musical qu’il déchire, ils expriment sa capacité à les transporter ailleurs, hors d’eux-mêmes. Parfois, c’est la drogue ou le sport extrême qui engendre cette étrange ivresse de ne plus d’être soi-même. Être déchiré, s’éclater : les mots employés traduisent la recherche d’un oubli de soi dans un univers plus vaste, comme si la petite identité individuelle devait être disloquée pour renaître en de multiples facettes éparpillées à la façon d’un puzzle.

Afficher l'image d'origineLe film « La déchirure » a immortalisé un autre aspect de ce symbole lorsqu’il concerne un pays, le Cambodge en l’occurrence. Lorsqu’un peuple ne parvient plus à maintenir son unité, lorsqu’éclate la guerre civile, le génocide ethnique ou des persécutions fratricides, la déchirure est telle qu’il faudra des années, des décennies avant que les enfants d’une même patrie réapprennent à vivre ensemble, recousent le tissu commun d’une fraternité ordinaire. Des guerres de religion à la Terreur, de 1905 aux attentats de Daech, la France doit sans cesse apprendre à ré-unir ceux que la haine a déchiré…

Déchirer ses vêtements à l’approche de Yom Kippour a donc une signification très forte : chacun reconnaît pour lui-même être divisé, fragmenté, dispersé, et demande à Dieu la grâce de l’unité retrouvée. Israël reconnaît également collectivement que cette déchirure le traverse : il se détourne trop souvent du Dieu-Un et du coup se met à courir après tant d’idoles qu’il en perd son identité.

Le grand prêtre Caïphe déchire ses vêtements lorsqu’il entend le Christ affirmer son intimité avec Dieu lors de l’interrogatoire de sa Passion (Mt 26, 59-66). C’est pour lui un blasphème insupportable, et il veut en demander pardon à Dieu. En déchirant ses vêtements, il exprime symboliquement sans le vouloir le deuil du peuple qui va mettre à mort son sauveur.

Jésus ne renie rien de ce symbolisme du déchirement. Il demande simplement d’aller au bout de ce que symbolise ce geste. La division ne vient pas de l’extérieur : elle vient du coeur de l’homme, partagé et infidèle. La perte de l’unité n’est pas seulement due à des facteurs extérieurs (le contexte social, la loi, la crise économique…) mais d’abord à une attitude spirituelle intérieure : délaisser YHWH pour de vaines idoles.

Déchirer son coeur est alors éprouver au plus profond de soi les clivages, les contradictions, les vanités qui éparpillent notre être. Et regretter amèrement tout ce qui nous lie à ces facteurs de division intérieure.

Déchirer son coeur va de pair avec pleurer sur ses péchés. Les cendres du carême sur le front rappellent la cendre sur la tête de David ou de Job reconnaissant leur outrecuidance, l’un d’avoir tué pour prendre la femme d’autrui, l’autre d’avoir refusé le caractère insondable de la grandeur divine.

Entrer en carême va de pair avec ce déchirement intérieur : si la conscience de nos incohérences ne nous vrillait pas le coeur, comment pourrions-nous avoir le désir de changer ? Si l’inventaire des dégâts causés par nos péchés ne vient pas nous attrister au point de prendre le deuil de notre dignité intérieure, où trouver la force de changer et de nous convertir ?

 

Quand Dieu déchire ses vêtements

Afficher l'image d'origineLe premier à nous montrer la voie de cette déchirure (du carême) est bien Dieu en personne. Rappelez-vous le rideau du saint des saints, dans le Temple de Jérusalem :  il s’est déchiré en deux lors de la mort de Jésus en croix. Or c’est un rideau très lourd, très grand, très haut, tressé dense à l’horizontale, si bien qu’il est quasi impossible à déchirer ou même à couper.

Afficher l'image d'origineCe rideau qui pourtant se déchire, c’est  l’image de Dieu lui-même déchirant ses vêtements, comme un père prenant à l’instant le deuil de son fils. Dieu a le coeur déchiré par la mort de Jésus de Nazareth ; il vit ce drame de toutes les fibres de son être et porte publiquement son deuil. Avec comme conséquence le libre accès désormais au saint des saints : aucun rideau n’en voile plus l’accès, la Shekina divine n’est plus inaccessible, la présence de Dieu peut se répandre sur tout le peuple, car aucun tissu ne la contient plus dans l’espace vide. En déchirant ce rideau du Temple, Dieu ouvre le saint des saints et laisse son Esprit se répandre sur tout homme pour lequel le Christ est mort.

Le carême est un double déchirement : du coeur de l’homme qui éprouve combien Dieu lui manque, du coeur de Dieu qui est prêt à tout pour que la mort du Christ atteigne en tout homme son achèvement.

 

Saurons-nous déchirer notre coeur ?

Saurons-nous prendre le deuil de nos fautes meurtrières ?

Oserons-nous prendre conscience de notre dispersion intérieure ?

 

 1ère lecture : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements » (Jl 2, 12-18)
Lecture du livre du prophète Joël

Maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière lui sa bénédiction : alors, vous pourrez présenter offrandes et libations au Seigneur votre Dieu. Sonnez du cor dans Sion : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une fête solennelle, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre ! Entre le portail et l’autel, les prêtres, serviteurs du Seigneur, iront pleurer et diront : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple, n’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra- t-il qu’on dise : “Où donc est leur Dieu ?” »

 Et le Seigneur s’est ému en faveur de son pays, il a eu pitié de son peuple.

Psaume : 50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17

R/ Pitié, Seigneur, car nous avons péché ! (cf. 50, 3)

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave- moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends- moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.

2ème lecture : « Laissez- vous réconcilier avec Dieu. Voici maintenant le moment favorable » (2 Co 5, 20 – 6, 2)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui- même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez- vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu. En tant que coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui. Car il dit dans l’Écriture : Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut.

Evangile : « Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6, 1-6.16-18)

Acclamation :  Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.
Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur.
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. 
(cf. Ps 94, 8a.7d)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps- là, Jésus disait à ses disciples : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.

 Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

 Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

 Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. »
Patrick BRAUD

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25 février 2015

Le sacrifice interdit

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Le sacrifice interdit

Homélie du 2° dimanche de Carême / Année B
01/03/2015

 

Dieu serait-il pervers ?

On pourrait le croire à une lecture trop rapide du 1er texte d’aujourd’hui : « sacrifie pour moi celui que tu aimes » semble dire Dieu à Abraham dans la traduction  approximative qui nous est proposée.

Quel est le père qui pourrait entendre cela sans broncher ?

Dieu demanderait-il des sacrifices humains ?

Est-il assez pervers, soit pour pousser Abraham vers le désespoir, soit pour demander un meurtre, et le meurtre d’un fils ?

Cette fausse lecture d’un Dieu pervers qui s’amuserait à mettre Abraham à l’épreuve a produit la révolte de générations d’athées, refusant à juste titre cette fausse image d’un Dieu qui dévore ses enfants, comme l’ogre des contes d’enfants dévore ceux qui s’approchent de lui…

Or Dieu est Père, il n’est pas pervers.

(cf. Maurice Bellet : le Dieu pervers, DDB, 1998)

Comment sortir de cette fausse et dangereuse interprétation ?

Le sacrifice interdit dans Communauté spirituelle vaverstoiEn faisant attention au texte (cf. Marie Balmary : le sacrifice interdit, Grasset, 1989 et le moine et la psychanalyste, Albin Michel, 2005).

En effet, le texte dit littéralement à Abraham : « prends ton fils unique, élève-le en élévation », et on pas « offre-le en sacrifice ». Chouraqui traduit en hébreu : « fais-le monter en montée ». Évidemment, c’est moins clair, et Abraham fait comme nous : il croit entendre dans l’appel à faire « monter » son fils un appel au meurtre, un appel au sacrifice humain, comme les dieux païens Moloch l’exigeaient autour de lui dans les religions païennes.

Du coup il fait jouer à Dieu un rôle pervers en lui attribuant une volonté qu’il n’a jamais exprimée. Il interprète : « sacrifie ton fils » là où Dieu lui disait : « élève-le ».

Il entend : « immole », là où on lui demandait de « faire monter » son fils.

Il croit qu’il faut égorger celui qu’il aime alors qu’il faut l’élever.

Cela nous arrive à nous aussi de nous tromper dans l’interprétation de la Parole de Dieu, et du coup de l’affubler de nos projections infantiles ou perverses. Pensez aux djihadistes qui se font exploser pour tuer des ennemis au nom d’Allah. Pensez aux jansénistes qui croyaient que Dieu demande l’austérité et la répression de la chair.

Pensez à toutes les caricatures du visage de Dieu que nous autres croyants nous véhiculons parfois, plus violentes encore que les caricatures du Canard Enchaîné ou de Charlie Hebdo…

Pensez au Dieu vengeur, au Père Fouettard, au Dieu justicier… qui punit et prend plaisir à faire souffrir…

 

Les noms de Dieu 

Un indice de cette 1° erreur d’Abraham, c’est le double nom de Dieu dans le texte.

La 1° fois, quand Abraham croit qu’il faut tuer par obéissance, il croit entendre cela en direct de la bouche d’Elohims, nom hébreu qui est au pluriel, et qui évoque les idoles, les faux dieux des polythéismes ambiants.

La 2° fois, c’est non pas Elohims mais le Messager de YHWH, qui crie vers lui pour arrêter le meurtre.

Non plus Dieu soi-disant en direct, mais une médiation, un ange : un messager. Non plus un Dieu pluriel, mais YHWH, les 4 lettres imprononçables pour un Juif, le tétragramme, qui interdit de mettre la main sur Dieu (justement parce que son nom est imprononçable) qui interdit d’interpréter sa volonté selon nos fantasmes, nos peurs païennes, nos caricatures sur Dieu.

Ce changement de nom sur Dieu est le signe du changement qui s’opère chez Abraham : il sort de l’idolâtrie et découvre le Tout Autre ; il quitte les faux dieux qui veulent la mort et se tourne vers le Dieu Père qui veut la vie.

Sa foi se purifie pour ne plus obéir à un Dieu imaginaire, mais au vrai Dieu qui était à la source de son amour pour son fils.

 

Du sacrifice d’un autre à l’offrande de soi 

9782226158994-j Balmary dans Communauté spirituelleUn commentateur juif du Moyen Age, le célèbre Rachi, avait déjà commenté ce texte dans le sens de l’offrande et non de l’holocauste.

« Le texte dit littéralement : Fais-le monter.

Dieu ne lui dit pas : immole-le. Le Saint, béni soit-il !, ne voulait nullement cela, mais seulement le faire MONTER sur la montagne pour donner à la personne d’Isaac le caractère d’une offrande à Dieu.

Et une fois qu’il l’aura fait MONTER, il lui dit : « Fais-le redescendre ».

 

Vous comprenez alors pourquoi l’Esprit pousse Jésus à monter sur la montagne du mont Thabor ! Jésus désire que sa vie soit une offrande d’amour à son Père, et ce désir d’offrande le transfigure d’une beauté éblouissante.

Vous comprenez pourquoi dans la messe on parle de la procession de présentation des offrandes ; et pourquoi le but de la messe est de faire de nous « une vivante offrande à la louange de la gloire du Père » (Prière eucharistique n°4), grâce au Christ qui le premier est monté sur la montagne, mieux encore qu’Isaac, mieux encore qu’Abraham, si lent à comprendre que Dieu ne désire pas un sacrifice qui mutile, mais l’offrande qui élève.

Le chemin de Carême est alors celui de la purification de notre foi.

Croire, ce n’est pas se soumettre aveuglément à un Dieu pervers qui nous enverrait des épreuves, c’est laisser le Christ nous unir à lui dans l’offrande d’amour qu’il fait de sa vie à son Père.

Ça change tout…

En montant au Thabor, comme Isaac est élevé lors de la montée du mont Moriah, Jésus révèle la vraie beauté de l’être humain.

La bouleversante beauté qui transfigure son visage, notre visage, ne vient pas du sacrifice, mais de l’offrande.

Bonne Nouvelle : Dieu ne veut pas d’automutilation, mais la beauté de ses enfants !

Il n’exige pas de sacrifice humain, mais invite au libre dessaisissement de soi par amour.

 

C’est un bélier qui va se substituer à Isaac : un adulte animal est sacrifié à la place de l’enfant humain. C’est comme si Abraham devait tuer en lui le père possessif pour laisser son enfant être élevé plus haut que lui…

 

Dieu est Père, pas pervers !

Que ce Carême purifie nos fausses images idolâtriques de Dieu !

 

 

 

1ère lecture : Dieu met Abraham à l’épreuve, et lui renouvelle ses promesses (Gn 22, 1-2.9a.10-13.15-18)

Lecture du livre de la Genèse

Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit : « Abraham ! » Celui-ci répondit : « Me voici ! »
Dieu dit : « Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en sacrifice sur la montagne que je t’indiquerai. »

Quand ils furent arrivés à l’endroit que Dieu lui avait indiqué, Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils.
Mais l’ange du Seigneur l’appela du haut du ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! »
L’ange lui dit : « Ne porte pas la main sur l’enfant ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton fils unique. »
Abraham leva les yeux et vit un bélier, qui s’était pris les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils.
Du ciel l’ange du Seigneur appela une seconde fois Abraham :
« Je le jure par moi-même, déclare le Seigneur : parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton fils unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance tiendra les places fortes de ses ennemis.
Puisque tu m’as obéi, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. »

 

Psaume : Ps 115, 10.15, 16ac-17, 18-19

R/ Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants

Je crois, et je parlerai,
moi qui ai beaucoup souffert.
Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !

Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, 
moi, dont tu brisas les chaînes ?
Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple, 
à l’entrée de la maison du Seigneur,
au milieu de Jérusalem !

 

2ème lecture : Le sacrifice du Fils (Rm 8, 31-34)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il avec lui ne pas nous donner tout ?
Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? puisque c’est Dieu qui justifie.
Qui pourra condamner ? puisque Jésus Christ est mort ; plus encore : il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous.

 

Evangile : La Transfiguration (Mc 9, 2-10)

Acclamation : Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. Du sein de la nuée resplendissante, la voix du Père à retenti : « Voici mon Fils, mon bien-aimé, écoutez-le ! » Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Mt 17, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux.
Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.
Élie leur apparut avec Moïse, et ils s’entretenaient avec Jésus.
Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est heureux que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. »
De fait, il ne savait que dire, tant était grande leur frayeur.
Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le. »
Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.

En descendant de la montagne, Jésus leur défendit de raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.
Et ils restèrent fermement attachés à cette consigne, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts ». 
Patrick Braud

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18 février 2015

Ne faisons pas mentir la croix du Christ !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 14 h 00 min

Ne faisons pas mentir la croix du Christ !


Homélie du Dimanche 22 Février 2015 – Année B
1er Dimanche de Carême

Ne faisons pas mentir la croix du Christ ! dans Communauté spirituelle 35Christ_entier
Allons-nous faire mentir la Croix du Christ ?
Allons-nous rendre vaine sa mort ?
En nous éloignant du pardon, c’est comme si nous effacions sa Passion des tablettes de l’histoire.
Pire encore : en négligeant d’être pardonnés ou de pardonner, nous annulons la Résurrection du Christ qui devient alors inutile.

C’est Saint Pierre qui nous le dit dans sa lettre : « Frères, le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui le juste, il est mort pour les coupables, afin de vous introduire devant Dieu ».

Avons-nous vraiment pris conscience que Jésus est mort pour les coupables que nous sommes ? Si nous disons que nous n’avons pas de péché, non seulement nous faisons de Dieu un menteur (1Jn 1,10), mais en plus nous insinuons que le Christ est mort pour rien. Et sans nous en rendre compte, nous nous coupons en même temps du dynamisme de Résurrection qui est à l’œuvre dans notre baptême. « Être baptisé, martèle Pierre, ce n’est pas être purifié de souillures extérieures, mais s’engager avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus-Christ ».

Donc, confesser son péché, c’est donner raison à la Croix du Christ, lui qui a cloué sur le bois de la Croix le billet de la dette qui nous étranglait, disait St Paul (Col 2,14). À l’image du bon larron :« Pour nous, c’est juste : nous recevons ce que nos actes ont mérité ; mais lui n’a rien fait de mal… Jésus souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi » (Lc 23,41)

« S’il n’y avait pas eu la croix, le Christ n’aurait pas été crucifié (…) Les sources de l’immortalité n’auraient pas jailli de son côté, le document reconnaissant le péché n’aurait pas été déchiré, nous n’aurions pas reçu la liberté, nous n’aurions pas profité de l’arbre de vie, le paradis ne se serait plus ouvert. S’il n’y avait pas eu la Croix, la mort n’aurait pas été terrassée, l’enfer n’aurait pas été dépouillé de ses armes » (homélie de St André de Crête, 660-740).

La contemplation du Christ en croix peut donc nous amener à nous rapprocher du sacrement du pardon avec confiance : s’il a donné sa vie pour nous tels que nous sommes, avec nos grandeurs et nos misères, nos élans et nos contradictions, pourquoi refuser d’être pécheurs ?

Pourquoi nous cacher derrière de faux alibis : ‘je n’ai pas le temps, on ne trouve jamais un prêtre disponible (c’est faux !), je ne sais plus comment faire (c’est peut-être vrai, mais c’est facile à rattraper !)’ ?

Pourquoi nous dissimuler derrière de faux arguments : ‘pas besoin de passer pour un prêtre, j’ai pas tué, j’ai pas volé, je dis toujours la même chose’… ?

Il suffit de camper devant la Croix du Christ, et de la laisser nous redire : « c’est pour toi que Jésus a souffert, c’est pour toi que le Christ est mort. Vas-tu accepter le cadeau de vie qu’il te fait ainsi, ou lui répondre que tout va bien pour toi et que tu n’as pas besoin d’un tel sacrifice ? »

Je me souviens de Laetitia, la fille de bons amis, qui avait 5 ans. Elle arrivait dans une maison qu’elle ne connaissait pas, où on passait le week-end ensemble. On la laisse découvrir sa chambre. Quand on revient 10 mn plus tard, une grosse larme roule sur sa joue alors qu’elle fixe le crucifix accroché au mur.

- « Laetitia, tu pleures ? »
- « Regarde celui qui est accroché là : pourquoi on lui a fait tant de mal ? »
Il faudrait retrouver la Laetitia qui est nous et pleurer nous aussi sur le mal commis, pour le confier au Christ. Un peu comme Marie-Madeleine qui pleure sur les pieds de Jésus, et deviendra le premier témoin de la Résurrection.
Heureux ceux qui pleurent sur leur péché !
Heureux ceux qui participent ainsi à la Résurrection de Jésus-Christ !

La mode actuelle serait dit-on à éliminer toute forme de culpabilité pour essayer d’aller mieux. Si le mal arrive, on vous dit que c’est la faute d’un coupable qu’il faut traquer et faire payer. Ou bien on vous dit que c’est la faute de vos parents, de votre  passé traumatisant. Ou bien encore c’est la faute de la société qui vous manipule et vous empêche d’être libre etc.

782034 Carême dans Communauté spirituelleEh bien, redisons avec force que le sentiment de culpabilité peut être utile. Sans lui, les bourreaux nazis, staliniens ou cambodgiens font leur travail en toute bonne conscience  (relisez Les Bienveillantes  de Jonathan Littell) ; sans lui les djihadistes de tous bords assassinent des innocents en croyant honorer leur Dieu…

C’est lui qui devrait nous réveiller avant de nous habituer à notre péché.
C’est lui qui nous  pousse à faire la lumière en nous au lieu de tout rejeter sur les autres.
C’est lui qui nous fait découvrir que « nous n’avons droit » à rien vis-à-vis de Dieu ; tout ce que nous recevons de lui est gracieux, gratuit.
La foi chrétienne appelle à la responsabilité personnelle : impossible de se défausser en disant toujours : ‘c’est les autres…’

« Le Christ est mort pour les coupables afin de les introduire devant Dieu ».
Celui qui ne se reconnaît jamais coupable ne pourra pas être introduit devant Dieu. Puissions-nous réapprendre à plaider coupable grâce à un tel médiateur qui ne veut que notre salut !

Cette semaine, contemplez davantage la Croix du Christ : à votre travail (discrètement !), dans votre chambre, ou la croix de votre chapelet dans votre poche. Qu’elle vous fasse méditer la phrase de Pierre :

« Frères, le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui le juste, il est mort pour les coupables, afin de vous introduire devant Dieu ».

 

 

 

1ère lecture : Alliance de Dieu avec Noé qui a échappé au déluge (Gn 9, 8-15)

Lecture du livre de la Genèse

Dieu dit à Noé et à ses fils : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » Dieu dit encore : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à jamais : je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants : les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire tout être de chair. »

Psaume : 24 (25), 4-5ab, 6-7bc, 8-9

R/ Tes chemins, Seigneur, sont amour et vérité pour qui garde ton alliance. (cf. 24, 10)

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Dans ton amour, ne m’oublie pas,
en raison de ta bonté, Seigneur.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes, afin de vous introduire devant Dieu ; il a été mis à mort dans la chair, mais vivifié dans l’Esprit. C’est en lui qu’il est parti proclamer son message aux esprits qui étaient en captivité. Ceux-ci, jadis, avaient refusé d’obéir, au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l’arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. C’était une figure du baptême qui vous sauve maintenant : le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus Christ, lui qui est à la droite de Dieu, après s’en être allé au ciel, lui à qui sont soumis les anges, ainsi que les Souverainetés et les Puissances.

Evangile : « Jésus fut tenté par Satan, et les anges le servaient » (Mc 1, 12-15)

Acclamation : Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.  Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »
Patrick BRAUD

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