L'homelie du dimanche

24 mai 2013

Les bonheurs de Sophie

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Les bonheurs de Sophie

 

Homélie pour la fête de la Trinité / Année C
26/05/13

 

La sagesse personnifiée

Dans la foulée de la fête de Pentecôte de dimanche dernier, la première lecture de ce dimanche de la Trinité nous propose une figure énigmatique : la Sagesse.

Les bonheurs de Sophie dans Communauté spirituelle 9782204051538FSLe chapitre huit du livre des Proverbes a suscité d’innombrables interprétations, et fascine toujours. Qui est la Sagesse, identifiée à une personne vivante en Proverbes 8 ? Comme pour la ramener à quelque chose de connu – et ainsi se rassurer à bon compte – la tradition juive y a souvent vu la Torah, présidant à la création du monde aux côtés de Dieu. Les chrétiens l’ont majoritairement identifiée au Verbe, le fameux Logos du prologue de Jean, préexistant « au commencement », ou bien – plus justement – à l’Esprit Saint, « trouvant ses délices avec les fils des hommes » en les inspirant dès le début de l’humanité. Les musulmans ont hérité de ces débats l’identification de la Sagesse avec leur Coran incréé. Bref, cette figure mystérieuse enfantée avant la création du monde et co-architecte divin n’a pas cessé d’intriguer et de susciter des interprétations infinies. Peut-être renvoie-t-elle également à la sagesse égyptienne, proclamant ainsi que la raison et la technique sont des principes structurants l’émergence de toute vie ?

 

Quoi qu’il en soit, il est une des caractéristiques de la sagesse qui mérite de s’y arrêter : le jeu. On s’attendrait à un personnage grave et sérieux, à l’image des philosophes barbus et pensants de l’Antiquité et censés incarner cette sagesse. Or voici que le texte biblique ne nous dépeint pas un homme mais un sujet féminin (femme ou petite-fille on ne sait pas), plus occupée à « jouer » et « s’ébattre » qu’à raisonner et mesurer, savourant les « délices » de la compagnie humaine plus que les rigueurs des ouvrages savants.

 

Il faut qu’il y ait du jeu dans la création

Voilà donc une première piste qui nous rejoint tous et chacun dans notre capacité créatrice, que ce soit à travers la culture, le métier, ou la vie sociale. Le jeu et la raison vont bien ensemble : « tracer un cercle à la surface de l’abîme » et « s’ébattre sur la surface de la terre ». Notre sagesse est un maître d’oeuvre, une architecte pleine de gaieté et de mouvement !

Créer à la manière biblique implique donc de marier la rigueur et le jeu.

Regardez les ponts modernes : leur construction prévoit des espaces et des joints de dilatation, pour que justement les variations de température puissent « jouer » au sein de l’oeuvre sans la disloquer. Une certaine souplesse intérieure est nécessaire à la solidité de l’ensemble.

Celui qui ne sait pas « s’ébattre » et jouir avec « délices » de la présence d’autrui ne pourra pas construire quelque chose de solide !

Que ce soit pour bâtir son couple, sa carrière professionnelle ou ses engagements dans la cité, le sens du jeu et des délices est indispensable pour créer comme Dieu crée, pour co-construire avec lui.

Regardez les bébés jouer avec un objet, avec l’absence et la présence de cet objet tantôt caché/perdu, tantôt là/retrouvé : le jeu permet de faire grandir le je de l’enfant, qui ne peut devenir adulte sans passer par cette activité ludique.

Enfant-%C3%A0-la-piscine1 bonheur dans Communauté spirituelle

La Sagesse de Proverbes 8 montre que le jeu n’est pas réservé à l’enfant, et qu’il fait partie de la puissance créatrice que Dieu met en oeuvre à travers elle.

Il s’agit d’allier le jeu (les ébats) et la raison (« moi, la sagesse, j’habite avec le savoir-faire, je possède la science et la réflexion » Pr 8,12).

 

Allier et le jeu et la raison : au minimum, c’est ne pas se prendre trop au sérieux lorsque l’on crée, sachant que tout vient d’un Autre et y ramène. C’est savoir faire preuve de souplesse, d’adaptation pour laisser un jeu possible entre tous les éléments mis en place. C’est plus encore savoir prendre du recul pour savourer ce qui avance, pour jouir de ce qui est fait et de ceux qui l’ont fait. C’est – sans doute grâce à l’humour – être capable par ses « ébats » de secouer ce bel ordonnancement et de le faire trembler devant une certaine espièglerie sans craindre de le déstabiliser.

C’est donc maintenir une distance critique entre soi et son oeuvre, ne figeant rien, tel un chat jouant avec la pelote de laine qu’il est en train de rembobiner ou de dévider…

Créer sans tension, être rigoureux sans tuer la joie, réussir avec un éclat de rire intérieur : la Sagesse de Proverbes 8 met le jeu au coeur de l’activité créatrice. Et ce n’est pas une parabole pour l’enfance : c’est véritablement une des clés de notre capacité à être co-créateurs du monde !

 

Le chantier des délices

Beaucoup de maîtres flamands ont peint le « jardin des délices » promis par l’espérance chrétienne. On y voit un univers de plaisirs : fruits, fleurs, musique, costumes éblouissants, hommes et femmes transfigurés, censés annoncer le monde de la résurrection. Le Coran s’imagine pareillement la vie future dans un monde de délices très sensuels.

Notre sagesse de Proverbes 8 nous dit que ces délices font partie de la création du monde : c’est avec délice que la Sagesse s’ébat en présence de Dieu comme en compagnie des êtres humains. Avec le jeu, voilà donc une deuxième composante de l’activité authentiquement créatrice : les délices d’être aux côtés de l’autre.

Patrick Braud 

Il y a comme un principe de plaisir qui structure l’acte de co-créer. Pas au sens freudien du terme (« tout, tout de suite ») : ce principe de plaisir philosophique lie la présence à l’autre et la joie de créer avec lui, le compagnonnage et la maîtrise d’oeuvre.

C’est donc un chantier des délices plus qu’un jardin !

Le travail créateur, s’il n’est que pénible ou douloureux, ne participe pas à la création divine. Il lui faut pour cela cette étincelle de plaisir, ce bonheur partagé qui transcende la seule réalisation technique.

Allier la création et le plaisir, au minimum savoir se réjouir, savoir fêter la victoire avec ses collaborateurs, valoriser le travail de chacun, savoir raconter l’aventure d’une équipe qui vient de réussir etc. C’est plus encore trouver ses délices en l’autre plus que en soi ou dans des choses, alimenter « jour après jour » sa capacité d’émerveillement et pas seulement dans les grandes occasions, apprendre à « être là », simplement, quand l’autre crée, à être « à ses côtés comme un maître d’oeuvre ».

 

On voit toutes les conséquences que l’on peut tirer de cette attitude ?délicieuse’ : pour un parent auprès de ses enfants, pour un leader auprès de son équipe, pour un bénévole au sein de son association etc.

 

Les bonheurs de Sophie

Autrefois, le livre de la comtesse de Ségur : les malheurs de Sophie, était un incontournable de la littérature enfantine, au même titre qu’Harry Potter ou le Seigneur des Anneaux aujourd’hui. Puisque la sagesse de Proverbes 8 est personnifiée, on peut l’appeler de son prénom grec (Sophia) et prédire que ce ne sont plus les malheurs mais les bonheurs de Sophie (ses ébats, ses délices) qui devront réapprendre à l’Occident l’art de créer de manière divine…

 

Puisque Sophie est un nom féminin, comme est féminin le nom hébreu donné à l’Esprit Saint (la ruah YHWH), notre Sagesse de Proverbes 8 nous invite à rapatrier une certaine part de féminité dans l’activité créatrice comme en Dieu même. L’Occident a trop masculinisé Dieu (au point que en latin, même l’Esprit est masculin, Spiritus, ainsi que le Père, Pater, et le Fils, Filius). Il est temps, à travers l’Esprit de Pentecôte, comme à travers la Sagesse créatrice, de retrouver la féminité de Dieu qui s’exprime si bien dans notre première lecture par les ébats et les délices de son compagnonnage avec Dieu et avec les hommes. Mais ceci est une autre histoire…

 

Puissions nous retrouver notre vocation humaine à être co-créateurs de notre monde, dans un Esprit de sagesse où le jeu et le plaisir sauront se marier avec la raison et la technique !

 

 

1ère lecture : La Sagesse est avec Dieu dès le commencement (Pr 8, 22-31)

Lecture du livre des Proverbes
Écoutez ce que déclare la Sagesse : « Le Seigneur m’a faite pour lui au commencement de son action, avant ses ?uvres les plus anciennes.
Avant les siècles j’ai été fondée, dès le commencement, avant l’apparition de la terre.
Quand les abîmes n’existaient pas encore, qu’il n’y avait pas encore les sources jaillissantes, je fus enfantée.
Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée.
Alors que Dieu n’avait fait ni la terre, ni les champs, ni l’argile primitive du monde,
lorsqu’il affermissait les cieux, j’étais là. Lorsqu’il traçait l’horizon à la surface de l’abîme,
chargeait de puissance les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l’abîme,
lorsqu’il imposait à la mer ses limites, pour que les eaux n’en franchissent pas les rivages, lorsqu’il établissait les fondements de la terre, j’étais à ses côtés comme un maître d’?uvre. J’y trouvais mes délices jour après jour, jouant devant lui à tout instant, jouant sur toute la terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. »

Psaume : Ps 8, 4-5, 6-7, 8-9

R/ O Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand, ton nom, par tout l’univers !

À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu fixas,
qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui,
le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? 

Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu, 
le couronnant de gloire et d’honneur ; 
tu l’établis sur les ?uvres de tes mains, 
tu mets toute chose à ses pieds.

Les troupeaux de b?ufs et de brebis, 
et même les bêtes sauvages, 
les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, 
tout ce qui va son chemin dans les eaux.

2ème lecture : Dans l’Esprit nous sommes en paix avec Dieu par le Christ (Rm 5, 1-5)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, Dieu a fait de nous des justes par la foi ; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a donné, par la foi, l’accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil à nous, c’est d’espérer avoir part à la gloire de Dieu.
Mais ce n’est pas tout : la détresse elle-même fait notre orgueil, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la valeur éprouvée ; la valeur éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos c?urs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.

Evangile : L’Esprit nous conduira vers le mystère de Dieu (Jn 16, 12-15)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu’il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Patrick Braud

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31 octobre 2010

Toussaint : le bonheur illucide

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Toussaint : le bonheur illucide

 

Homélie du 01/11/2010
Fête de tous les Saints / Année C

 

Savoir qu’on est heureux, c’est déjà ne plus l’être

«  Le bonheur, comme l’amour, est illucide ou il n’est pas : car savoir qu’on est heureux, c’est d’emblée savoir que le bonheur ne dure pas, et donc vouloir qu’il dure; or, vouloir être encore heureux, c’est déjà ne plus l’être. En matière de bonheur, la fin du début, c’est le début de la fin. «  

Raphaël Enthoven

 

Cette analyse du philosophe Raphaël Enthoven peut éclairer de manière intéressante les Béatitudes de cette fête de Toussaint. En effet, Jésus révèle à certains qu’ils sont heureux, alors qu’ils l’ignoraient totalement !

« Heureux-vous les pauvres » ne signifie pas qu’il faille rechercher la pauvreté pour être heureux, ni qu’il faille canoniser la pauvreté en ne cherchant pas à la faire reculer…

C’est plutôt une révélation, qui surprend les premiers concernés : comment ? On galère pour le logement, les boulots précaires, la survie ordinaire… et toi le prophète tu nous dis que nous sommes heureux ? ! Première nouvelle !

 

Pourtant Jésus insiste, huit fois.

Huit fois, il dévoile que la situation extrêmement dure ou dense vécue par certains de ses auditeurs contient en fait une immense source de bonheur. C’est comme si vous disiez à un aveugle : « heureux es-tu, même si tu ne le sais pas, la beauté du monde t’est promise, t’est donnée. »

 

Le rayon de ténèbre

Toussaint : le bonheur illucide dans Communauté spirituelle 9782020251556FSSaint Jean de la Croix prenait la métaphore de la flamme et du spectateur.

Quand je regarde le monde à la lueur d’une flamme, je le vois en pleine lumière, mais je ne suis pas dans la lumière. Tant que je reste extérieur à la flamme, je crois voir, mais je ne vois que l’extérieur de la flamme. Si j’entre en elle, je ne peux plus voir le monde, je crois être dans le noir, alors qu’en fait je ne fais qu’un avec la lumière.

Si cette « vive flamme d’amour » nous brûle, alors nous ne savons plus que nous sommes heureux au moment où nous sommes pourtant à la pointe la plus incandescente de ce bonheur.

« C’est là la propriété de l’esprit purifié et anéanti quant à tout ce qui est particulier en matière de connaissance et d’affect : ne goûtant et n’entendant rien de spécial, demeurant vide, en obscurité et ténèbres, il embrasse tout avec une grande facilité, et se vérifie en lui ce que dit encore saint Paul : ?n’ayant rien, il possède tout.’ (2 Co 6,10) 

Une telle béatitude provient d’une totale pauvreté d’esprit.

 

Cette nuit obscure est une influence de Dieu en l’âme qui la purge de ses ignorances et imperfections… influence que les contemplatifs appellent contemplation infuse ou théologie mystique. Dieu y enseigne l’âme en secret et l’instruit en perfection d’amour, sans qu’elle fasse rien ni ne sache ce qu’elle est.

C’est une sagesse de Dieu amoureuse… qui la purge, l’illumine et la prépare à l’union d’amour.

« C’est pourquoi Denys et d’autres théologiens mystiques appellent cette contemplation infuse : ’rayon de ténèbre’. » 

 

Et les strophes des poèmes de saint Jean de la Croix sur la « nuit obscure » développent cela avec le goût du paradoxe et de l’union des contraires qui caractérisent la mystique authentique :

1. Par une nuit obscure,
enflammée d’un amour plein d’ardeur,
ô l’heureuse aventure,
j’allai sans être vue,
sortant de ma maison apaisée.

2. Dans l’obscure et très sûre,
par l’échelle secrète, déguisée,
ô l’heureuse aventure,
dans l’obscure, en cachette,
ma maison désormais apaisée.
51D0NVG7GFL._SL500_AA300_ bonheur dans Communauté spirituelle
3. Dans cette nuit heureuse,
en secret, car nul ne me voyait,
ni moi ne voyais rien,
sans autre lueur ni guide
que celle qui en mon c?ur brûlait.

 

Ou encore :

J’entrai mais je ne sus où,
et je restai sans savoir,
au-delà de toute science.

 

1. Je ne sus pas où j’entrai,
mais lorsque je me vis là,
ne sachant pas où j’étais,
je compris de grandes choses.
Ce qu’ai senti ne dirai,
car je restai sans savoir,
au-delà de toute science.

 

Au-delà de toute science

Au-delà de toute science, le bonheur est illucide : heureux les pauvres

Étonnante convergence : de Jésus à Raphaël Enthoven en passant par saint Jean de la Croix, nos béatitudes de Toussaint nous invitent, non pas à chercher à être heureux, mais à accueillir la révélation d’un bonheur inconnu !

Car vouloir être heureux, c’est se condamner à ne l’être jamais.

Le but de la foi au Christ n’est pas de devenir heureux. Le bonheur est plutôt une « divine surprise » révélée eu cours en cours de route comme une conséquence gratuite, non voulue, ignorée.

D’où le caractère « illucide » de cet état paradoxal, noyé dans un « nuage d’inconnaissance » qui est pourtant le signe de la vraie science…

 

- Est lucide (lux, lucis = lumière en latin) celui qui grâce à la lumière regarde le monde. Élucider une affaire, c’est faire la lumière sur elle en braquant dessus le projecteur de la vérité. Il faut sortir du rêve pour devenir lucide, en étant réveillé.

- Est illucide celui qui ne cherche pas à savoir, parce que, de l’intérieur, il est uni à ce qui 573_600 illucidele brûle.

Van Gogh est un peintre illucide (comme tous les peintres de génie !) lorsqu’il ne fait qu’un avec sa toile…

 

La tradition spirituelle chrétienne regorge d’harmoniques à ce thème. Pensez à la « joie parfaite » de St François d’Assise, où le disciple battu et transi de froid est mis à la porte du couvent : « ô frère Léon, écris qu’en cela est la joie parfaite ». Pensez à la célèbre réplique de Jeanne d’Arc à qui son juge demande si elle est en état de grâce : « si je n’y suis pas, Dieu m’y mette ; si j’y suis, Dieu m’y garde », autrement dit : je ne sais pas si je suis ou non en état de grâce, et cela ne m’appartient pas. Disant cela, elle vivait de cet état qu’elle confessait ignorer?

 

 

La jauge joie

Ainsi en est-il du bonheur annoncé par le Christ. Contrairement aux marchands du bien-être, aux thérapeutes de l’épanouissement personnel, le Christ ne nous appelle pas à rechercher le bonheur (à la limite, il nous ferait plutôt peur avec ses avertissements sur la croix, le rejet, l’exclusion…). Il nous décrit ici dans les Béatitudes le portrait de l’homme-Dieu en huit traits majeurs, et nous donne un indicateur de progrès dans notre identification à lui : plus vous progresserez sur le chemin de la pauvreté, des pleurs, de la miséricorde, de la soif de justice etc… plus vous vous enfoncerez au coeur de la « vive flamme d’amour » où sans le savoir vous serez heureux.

La joie est d’avantage une jauge qu’un objectif?

Si vous cherchez votre bonheur en dehors de cette vive flamme, vous croirez être heureux, mais cela vous filera entre les doigts plus sûrement que le sable des plages.

 

La non-possession du bonheur

Paradoxe évangélique à ne pas évacuer : ne pas chercher à être heureux libère des idoles, Toussaint Toussaintet un autre bonheur est donné alors, de façon mystérieuse, au coeur de la « nuit obscure » (de la pauvreté, des larmes, la soif de justice…).

 

C’est lorsque vous renoncerez à vouloir le bonheur que vous pourrez l’accueillir et en vivre vraiment, sans le posséder, sans même le savoir…

 

Les saints que nous fêtons aujourd’hui ne se retournent pas sur leur bonheur : immergés dans la louange, ils exultent de joie sans « savoir », sans posséder leur joie.

 

Que l’Esprit de sainteté nous donne d’anticiper avec eux la non-possession de notre bonheur !

 

 

Dans « Rémi sans famille », le Maître VITALIS initie Rémi à ne pas chercher à savoir s’il est heureux ou pas… :

 

 

1ère lecture : La foule immense des rachetés (Ap 7, 2-4.9-14)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de dévaster la terre et la mer :
« Ne dévastez pas la terre, ni la mer, ni les arbres,avant que nous ayons marqué du sceaule front des serviteurs de notre Dieu. »
Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël.
Après cela, j’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main.
Et ils proclamaient d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ! »
Tous les anges qui se tenaient en cercle autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants, se prosternèrent devant le Trône, la face contre terre, pour adorer Dieu.
Et ils disaient : « Amen !Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et forceà notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »
L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? »
Je lui répondis : « C’est toi qui le sais, mon seigneur. » Il reprit : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements,ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau. »

Psaume : 23, 1-2, 3-4ab, 5-6

R/ Voici le peuple immense de ceux qui t’ont cherché.

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots. 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au coeur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
qui recherchent la face de Dieu !

2ème lecture : Nous sommes enfants de Dieu et nous lui serons semblables (1 Jn 3, 1-3)

Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : puisqu’il n’a pas découvert Dieu.
Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est.
Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

Evangile : Les Béatitudes (Mt 5, 1-12a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus vit toute la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent.
Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
« Heureux les pauvres de coeur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les coeurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! »
Patrick BRAUD 

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