L'homélie du dimanche (prochain)

19 avril 2026

Le bon berger dans nos tombeaux

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le bon berger dans nos tombeaux 

 

Homélie pour le 4° Dimanche de Pâques / Année A 

26/04/26 


Cf. également :
Allez ouste, sortez ! du balai !

Jésus abandonné
Un manager nommé Jésus
Des brebis, un berger, un loup
Prenez la porte
Le berger et la porte

 

1. Le Bon Berger des premiers siècles

Dans une civilisation essentiellement rurale, agricole, la silhouette du pasteur conduisant paître ses troupeaux était familière à tous. On savait bien que grâce à lui, les troupeaux resteraient groupés, trouveraient leur pâturage et seraient protégés du loup et autres prédateurs. En reprenant cette figure favorablement connue de tous, Jésus sait qu’on ne confondra pas sa mission avec celle d’un révolutionnaire politique ou d’un roi à la manière des hommes. Le Messie qu’il veut être est plus à l’aise dans ce rôle pastoral que dans le rêve théocratique de ses contemporains.

Dès lors, le bon berger du chapitre 10 de l’Évangile de Jean de ce dimanche (Jn 10,1–10) a connu une popularité extraordinaire pendant les trois premiers siècles de l’expansion chrétienne. En témoigne notamment une découverte récente (août 2025) a Iznik, dans l’actuelle Turquie, près de l’antique Nicée qui fut la ville du premier concile œcuménique de l’histoire en 325. Une fresque dans un tombeau daté des I°-II° siècles représente un Jésus imberbe, portant une chèvre sur ses épaules au milieu du troupeau. L’allusion à la parabole de la brebis égarée (Lc 15,3–7) que le bon berger va chercher et ramener est claire. Du moins pour les initiés (les baptisés). Pour les non-chrétiens, la scène peut paraître anodine, s’inspirant de l’art romain païen : l’appartenance ecclésiale des défunts est donc discrète, car il fallait échapper à la curiosité des persécuteurs éventuels. D’autres symboles joueront ce même rôle : l’ancre dans les cieux gravée ou peinte, le poisson (ictus), le chrisme (Χ (khi) et Ρ (rhô), les deux premières lettres du mot Christ) etc. Mais ce thème du bon Pasteur est le plus reproduit et le plus célèbre des trois premiers siècles des débuts de l’Église au milieu des persécutions romaines et juives. En Italie surtout, les mosaïques et les fresques des catacombes représentant Jésus sous les traits du Bon Berger sont nombreuses :

Le Bon Berger, Catacombes de Priscille, Rome, IIIe siècle

Catacombes de Priscille, Rome, IIIe siècle

  • Basilique Patriarcale d’Aquilée (Italie) : Dans les mosaïques de pavement du IVe siècle, on trouve une représentation du Bon Berger au milieu d’un décor symbolique complexe.
  • Domus dei Tappeti di Pietra (Ravenne, Italie) : Cette « Maison des tapis de pierre » contient également des mosaïques de sol représentant le Bon Pasteur.
  • Mausolée de Galla Placidia (Ravenne, Italie) : Réalisée vers 425-450, c’est l’une des représentations les plus célèbres et les plus tardives. Jésus y apparaît jeune, imberbe, vêtu d’une tunique d’or et d’une pourpre impériale, assis dans un paysage bucolique entouré de ses brebis. Sa croix remplace le traditionnel bâton de berger.

Fresques des Catacombes :

Les catacombes de Rome contiennent environ 150 images du Bon Berger, symbole d’espoir et de salut.

  • Catacombes de Priscille (Rome) : Une fresque célèbre (IIIe siècle) située au plafond du « Cubiculum de la Velata ». Jésus y porte une chèvre sur ses épaules, entouré de deux brebis et d’oiseaux dans des arbres.
  • Catacombes de Domitille (Rome) : Présente des scènes du Bon Berger dans un style classique romain.
  • Catacombes de Saint-Callixte (Rome) : Contient plusieurs représentations de cette figure pastorale, souvent placée au centre de plafonds décorés.
  • Catacombes de Prétextat (Rome) : On y voit le berger défendant son troupeau contre des animaux sauvages (représentant le mal).
  • Nécropole de Hisardere (Iznik/Nicée, Turquie) : Cette fresque du IIIe siècle montre un Jésus jeune, imberbe, portant une chèvre. C’est le seul exemple connu de ce motif en Anatolie à cette époque.

 

La fresque d’Iznik représente elle aussi un Jésus jeune homme imberbe, portant la tunique courte des bergers romains. Elle illustre bien la christianisation des symboles païens transposés sur la personne du Christ.

Aujourd’hui, l’image du bon Berger conduisant ses brebis ne parle plus guère aux générations urbaines saturées de technologie et de numérique… Il faut pourtant se souvenir que la figure du Christ pasteur de l’Église a été la plus employée pendant les trois premiers siècles ! Voyons pourquoi.

2. Pourquoi le berger et non le crucifié ?

Eh oui ! Cela devrait nous surprendre ! Pourquoi la croix, le crucifix n’ont-ils pas été les signes de reconnaissance des chrétiens dès le début ?

Pourquoi ? D’abord parce que la crucifixion était un supplice horrible et infamant, pire que le bagne ou la chaise électrique. Le supplice était réservé aux inférieurs (humiliores, en latin), aux esclaves, alors que les citoyens romains comme Paul échappaient à cette déchéance en étant décapités, ce qui était plus noble. Pas question donc d’arborer cette marque honteuse, que ce soit sur des vêtements ou des tombeaux.

 

Représenter son Dieu sur une croix aurait été incompréhensible, voire ridicule, pour les contemporains, comme en témoigne le célèbre graffiti d’Alexamenos, une caricature païenne montrant un homme adorant un crucifié à tête d’âne.

Le bon berger dans nos tombeaux  dans Communauté spirituelle 250px-AlexGraffito.svgCe graffiti est une caricature gravée dans la pierre, découverte en 1856 dans le palais impérial de Rome. Il pourrait être la plus ancienne représentation de la crucifixion de Jésus, mais aussi le plus ancien dessin de la croix comme symbole du christianisme, puisqu’il est daté de la période entre le I° siècle et le III° siècle. Mais l’intérêt est aussi la présence de cette tête d’âne du crucifié, attestant de la présence toujours en cours d’une dérision antichrétienne. Cette curieuse caricature représente un garçon en situation de prière, vraisemblablement devant un Christ en croix avec une tête d’âne. Sans doute une allusion à l’entrée de Jésus à Jérusalem monté sur un âne. 

À côté du personnage qui lève la main gauche, on peut y déchiffrer l’inscription suivante : Αλέξαμενος Céβετε Θεn « Alexamènos adore son Dieu ». À droite, au-dessus de la croix, on distingue le signe Y, peut-être la première lettre de ὑιέ = Fils, se moquant du titre de Fils de Dieu  donné à Jésus. À l’évidence, il sagit dune moquerie faite à un chrétien. Moquerie à laquelle Alexamènos aurait répondu en écrivant dans une pièce voisine de la même maison : « Alexamènos est fidèle ». Ce dessin peut nous permettre de comprendre les insultes et les moqueries auxquels les chrétiens avaient à faire face, les luttes qu’il leur fallait affronter même chez les enfants comme ceux qui furent probablement les auteurs de cette caricature. On peut imaginer la scène suivante : d’un côté des enfants païens qui se moquent de la foi de leur camarade devenu chrétien, tandis qu’un peu plus haut, le jeune chrétien, assume fièrement, sa foi, en réponse sur le mur.

Minutius Félix, écrivain païen du II°-III° siècle, se faisait l’écho de cette rumeur anti chrétienne : « J’entends dire que les chrétiens, par une sottise qu’on ne peut expliquer, adoreraient la tête d’un âne, animal immonde ».

 

Ce n’est qu’avec la conversion de l’empereur Constantin, l’Édit de Milan de 313 et enfin l’abolition du supplice de la croix du même Constantin en 337 que la croix perd peu à peu sa connotation criminelle et maudite pour devenir un signe du triomphe impérial. Il faut attendre le V° siècle (comme au mausolée de Galla Patricia) pour voir le berger tenir une croix. Cependant, même là, il ne s’agit pas encore d’un crucifix (Jésus n’est pas cloué dessus) : c’est une croix de triomphe, tenue comme un sceptre impérial en or.

 

Le passage du bon berger à la croix puis au Pantocrator (le Tout-Puissant) répond à trois évolutions historiques :

- Le besoin de légitimité impériale

 berger dans Communauté spirituelleSous Constantin et ses successeurs, le christianisme devient la religion de l’Empire. Le Berger était une figure d’humilité, adaptée à une Église clandestine et persécutée. Le Pantocrator est une figure de pouvoir. Puisque l’Empereur est le représentant de Dieu sur terre, le Christ doit être représenté comme un Empereur céleste. On lui donne les attributs de la majesté romaine : le trône, la pourpre, et le geste de bénédiction qui ressemble au salut impérial.

- La lutte contre les hérésies

Aux IV° et V° siècles, de grands débats (comme l’Arianisme) secouent l’Église sur la nature de Jésus : est-il seulement humain ou vraiment Dieu ? Le « Bon Berger » insistait sur l’humanité et la douceur de Jésus. Le « Pantocrator » affirme sa divinité absolue. Le terme grec Pantokratôr signifie « Celui qui maintient tout en main ». Il est le Créateur et le Juge à la fin des temps. On lui donne alors les traits de Zeus ou de Jupiter (la barbe, les cheveux longs, le regard sévère) pour signifier sa toute-puissance.

- Le changement de dimension architecturale

Les fresques des catacombes étaient petites, intimes et liées à la mort. Les grandes basiliques impériales demandaient des images monumentales. Le Christ ne se cache plus dans un jardin ; il trône dans l’abside ou la coupole pour dominer l’espace liturgique.

 

En Europe, des églises minoritaires, humbles et ouvertes au dialogue ne pourraient-elles pas retrouver dans la figure du Bon berger une source d’inspiration ? Renoncer à la puissance impériale semble une exigence de notre temps pour le témoignage évangélique…

 

3. Le Bon Berger dans nos tombeaux

Revenons à la fresque d’Iznik. Elle est riche en symboles, et peut nous livrer quelques pistes de réflexion.


– Dialoguer avec les cultures environnantes (inculturation)

Hypogée, tombeau souterrain datant du IIIe siècle après J.-C. avec une fresque de Jésus en Bon Pasteur à Iznik (Turquie)Hors d’Israël, les premiers chrétiens étaient des citoyens romains ou grecs. Ils n’avaient jamais vu Jésus de Nazareth. Pour le représenter, ils puisaient naturellement dans leur répertoire habituel. Ainsi le Bon Berger ici est un jeune homme imberbe. Pourquoi ? Pour évoquer la jeunesse éternelle du Christ ressuscité, on a calqué son visage sur celui d’Apollon (dieu de la lumière) ou de Dionysos (dieu de l’énergie vitale). Le peindre comme un éphèbe était une marque de pureté, de vigueur, et surtout d’immortalité : un Dieu ne vieillit pas ; il n’a donc pas besoin de la barbe, signe de l’usure du temps chez l’homme.

 

Les premiers chrétiens voulaient montrer que Jésus apportait une Nouvelle Alliance, une jeunesse au monde. En le représentant imberbe, ils soulignaient qu’il était le Logos (la Parole) éternel, toujours jeune.

Il fallait aussi distinguer visuellement Jésus de la figure de « Dieu le Père » ou des divinités patriarcales comme Jupiter (Zeus) ou Sérapis, qui étaient toujours représentés avec de longues barbes majestueuses. Présenter Jésus comme un jeune berger permettait alors de mettre l’accent sur sa filiation (le Fils) et sur sa proximité avec les hommes, loin de la distance impressionnante du tonnerre de Jupiter.

Ce style imberbe est dit « alexandrin » car il provient des ateliers d’Égypte et d’Orient où l’influence grecque était forte. C’est un art plus souple, gracieux et naturaliste. À l’opposé, le style « syrien » (plus tardif), qui donnera le Pantocrator, privilégie les traits marqués, la barbe et une symétrie rigide pour inspirer la crainte et le respect.

 

41Zc65JPA-L croixSi l’on ajoute à tout cela la tradition du repas funéraire antique transposé à l’eucharistie célébrée dans les catacombes autour de la tombe du défunt, ou la profusion de plantes et d’animaux qui reprend les codes du jardin paradisiaque perse, on réalise que – même persécutés par les empires de l’époque – les premiers chrétiens voulaient dialoguer avec les cultures dominantes, en assumant le meilleur de ce qu’elles portaient en elles. Les Pères de l’Église appelait « préparation évangélique » ces intuitions qui parsemaient déjà des cultures préchrétiennes, et « semences du Verbe » ces graines de vérité, de beauté et de révélation semée dans les civilisations d’avant le Christ. L’Esprit de Dieu précède toujours l’annonce missionnaire… S’appuyer sur ces « pierres d’attente » était le moteur de l’évangélisation pour une Église persécutée, humble, petite, clandestine, qui « inculturait » le meilleur de la société environnante en le christifiant. Le modèle de la conversion était celui par accomplissement de la culture : la conversion par redressement ou par retournement viendrait ensuite, de manière seconde (et non secondaire).

 

N’y aurait-il pas là une intuition à reprendre pour notre évangélisation de la vieille Europe noyée dans le melting-pot des nouvelles cultures (numérique, politique, scientifique, artistique…) ?

 

– Une mort apaisée

Le croyant de la tombe d’Iznik n’est pas représenté dans la crainte. Il est accompagné vers l’au-delà par la figure protectrice du bon berger, selon les paroles du psaume de ce dimanche : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure »… 

L'espérance chrétienneCette promesse vaut d’ailleurs pour toute la famille : cinq squelettes ont été retrouvés dans cette sépulture, dont ceux de deux jeunes adultes et d’un nourrisson de six mois. Bien que la tombe ait été profanée par le passé, la conservation des peintures permet de comprendre comment les familles de l’époque intégraient leur nouvelle foi chrétienne dans leurs rites funéraires traditionnels.

 

– Le portier ouvre l’accès au salut

La fresque est sur le mur du fond de la tombe : on la voit dès qu’on entre. Au lieu de se heurter au mur de la mort, le Bon Berger est la porte que le défunt va franchir pour passer de la mort à la vie éternelle : « Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir » (Jn 10,2-3).

 

– La relation personnelle avec le Christ

Le salut chrétien est d’&bord une élection personnelle, même s’il comporte une dimension communautaire. C’est pourquoi le Berger ne regarde pas le spectateur, mais une brebis spécifique, ou bien il porte une brebis précise sur ses épaules (la « brebis perdue »). À Iznik, la présence de portraits de famille à côté du Berger renforce cette idée : il connaît ces individus (les défunts de la tombe) par leur nom.

 

- Le Guide et la Protection : « Il marche devant elles »

« Quand il a fait sortir toutes ses propres brebis, il marche devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix » (Jn 10,4).

Le Christ n’est pas un juge distant, mais un guide qui partage le sort de son troupeau. Il « marche devant », ouvrant le chemin à travers les épreuves (et la mort). Dans la fresque, le Berger est souvent représenté en mouvement ou avec un bâton, prêt à guider. La posture du Christ portant la brebis sur ses épaules symbolise physiquement ce « portage » de l’âme humaine à travers le passage difficile du trépas.

 

- La Promesse de la Vie en Abondance

« Moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance » (Jn 10,10). C’est le cœur du message paléochrétien. La vie chrétienne n’est pas une contrainte, mais une plénitude. Dans la fresque, le décor entourant le Berger est presque toujours un paysage bucolique, rempli de fleurs, d’arbres verdoyants et d’eau. C’est une représentation visuelle de cette « vie en abondance » et du Paradis retrouvé (l’Éden). À Iznik, la scène de banquet (symposium) jointe au Berger illustre précisément cette joie et cette abondance éternelle.

 

Il ne tient qu’à nous d’esquisser le portrait du Bon Berger sur le mot mur de nos tombeaux intérieurs. Montaigne pensait que « philosopher, c’est apprendre à mourir ». Le Bon Berger nous fait découvrir que croire en lui, c’est apprendre à mourir pour vivre avec lui, dès maintenant, et pour toujours.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Dieu l’a fait Seigneur et Christ » (Ac 2, 14a.36-41)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et fit cette déclaration : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. » Les auditeurs furent touchés au cœur ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Par bien d’autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait en disant : « Détournez-vous de cette génération tortueuse, et vous serez sauvés. » Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux.

PSAUME
(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer. ou : Alléluia ! (cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

DEUXIÈME LECTURE
« Vous êtes retournés vers le berger de vos âmes » (1 P 2, 20b-25)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre
Bien-aimés, si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. Car vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes.

ÉVANGILE
« Je suis la porte des brebis » (Jn 10, 1-10)
Alléluia. Alléluia. Je suis le bon Pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »

Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »
Patrick BRAUD

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14 avril 2024

Les autres brebis, des autres bergeries

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Les autres brebis, des autres bergeries

 

Homélie du 4° Dimanche de Pâques / Année B 

21/04/24

 

Cf. également :

Quelle est votre clé de voûte ?
La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste
Des brebis, un berger, un loup
La Résurrection est un passif
Un manager nommé Jésus
L’agneau mystique de Van Eyck
Le berger et la porte
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Il est fou, le voyageur qui…
Les sans-dents, pierre angulaire
Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…
Dieu aime les païens

Le salut des autres
Ayant fait du christianisme la religion officielle de son empire, l’empereur romain Théodose publie en 391 un édit ordonnant, entre autres, la destruction de tous les temples païens. En 1656, la synagogue d’Amsterdam exclut solennellement Spinoza de la communauté juive à cause de sa libre pensée panthéiste. En mars 2001, les talibans musulmans au pouvoir en Afghanistan décident de détruire les statues géantes de bouddhas à Bamiyan. En Birmanie, depuis 2012, les bouddhistes persécutent les rohingyas musulmans…

La mosaïque des intolérances religieuses de tous bords au cours de l’histoire constitue une fresque aussi grande que la constellation la plus étoilée ! Elles écrivent une variante anticipée de la formule de Sartre : « l’enfer, c’est les autres ». Les autres religions vont en enfer….

Comble de malheur, l’athéisme militant peut jouer le même rôle (pensez aux communistes en Chine ou en Corée du Nord, persécutant les Églises et les cultes) ; et même notre sacro-sainte laïcité à la française sait se montrer sectaire envers ceux qui ne partagent pas sa doxa officielle, notamment en matière d’éthique…

 

Jésus Christ à la rencontre des religionsJésus tomberait-t-il lui aussi sous le coup de cette accusation d’intolérance ? Le Bon Berger de ce dimanche (Jn 10, 11-18) ne revendique-t-il pas un leadership universel, « avec un seul troupeau et un seul pasteur », ce qui peut engendrer toutes les dérives totalitaires ? !

Que deviennent « les autres brebis, des autres bergeries » qui refusent d’entrer dans le bercail ecclésial ? 

 

Cette question redoutable – le salut des païens – a déchiré les Églises entre elles, et les a opposées aux autres religions. Selon la réponse donnée, elle a inspiré des attitudes missionnaires très diverses – voire opposés – depuis la défense des cultures indigènes en Amérique du Sud (cf. le film Mission) jusqu’au baptême forcé des juifs en Espagne.

La question nous touche tous de près : quelle attitude avons-nous envers nos enfants ou petits-enfants si éloignés de l’Église ? Vis-à-vis de nos collègues et amis lorsqu’ils évoquent des sujets religieux ? Voulons-nous témoigner de notre vérité, au risque d’être intolérants ? Acceptons-nous que chacun pense ce qu’il veut, au risque de s’en désintéresser et de ne plus être missionnaire ? Essayons nous de relever les points de convergence (humanistes, sociétaux, politiques etc.) uniquement pour éviter les conflits, au risque de devenir très récupérateurs : ‘tu es chrétien sans le savoir’ ?…

 

Trois positions en effet systématisent l’éventail des attitudes chrétiennes devant le salut des païens :

- l’exclusivisme (tenté par l’intolérance, l’intransigeantisme)

- l’inclusivisme (tenté par la récupération)

- et le pluralisme (tenté par le relativisme) [1].

 

1. L’exclusivisme : le Christ contre les religions

On peut toujours sélectionner un certain nombre de versets bibliques pour plaider l’intransigeance : « celui qui ne croira pas sera condamné » ; « qui n’est pas avec moi est contre moi » ; « il n’y a pas d’autre Nom sous le ciel pour obtenir le salut » etc.

Et bien sûr notre verset du jour : « il y aura un seul troupeau et un seul pasteur ».

Les autres brebis, des autres bergeries dans Communauté spirituelle bernardo-guiSélectionner quelques versets en les isolant de leur contexte est la méthode des Témoins de Jéhovah ou des fondamentalistes évangéliques qui essaient de vous convaincre que la Bible pense ce qu’ils pensent… D’autres, plus cultivés, essaient de s’appuyer sur les Pères de l’Église. Saint Irénée de Lyon n’écrivait-il pas en ferraillant contre les hérétiques de son époque : « Là où est l’Église, là est l’Esprit de Dieu, et là où est l’Esprit, là est l’Église et toute grâce, et l’Esprit est vérité; s’écarter de l’Église, c’est rejeter l’Esprit et par là-même s’exclure de la vie » (Adv. Haer. III, 24, 1). D’où la fameuse formule d’Origène: Extra Ecclesia nemo salvatur, ce qui a donné l’adage attribué à Saint Cyprien de Carthage, encore enseigné sans précaution dans les catéchismes diocésains du XX° siècle : « hors de l’Église point de salut ».

Saint Augustin l’expliquait en prenant soin de préciser que l’Église dont il s’agit dépasse de loin l’Église visible : « dans l’ineffable prescience de Dieu, beaucoup qui paraissent dehors sont dedans » alors que « beaucoup qui paraissent dedans sont dehors ».

La formule: « hors de l’Église point de salut » a été établie dans une période troublée, où les hérésies menaçaient l’essentiel de la foi. Elle visait surtout ceux qui, après avoir été baptisés, se retranchaient de la communion catholique et reniaient ainsi le salut déjà accordé. C’est parce que le lien entre l’Esprit-Saint et l’Église est très fort que « sortir » de l’Église c’est se couper du salut.

Dans ce temps des persécutions des trois premiers siècles, le problème était celui des lapsi = ceux qui avait été baptisés mais avaient renié leur baptême sous la menace, voire la torture et les pressions multiples. Sortir de l’Église était alors retourner au paganisme, en adorant les idoles romaines, et donc se détourner de la vie selon l’Esprit du Christ.

 

L’attitude exclusiviste dévalorise la tentative religieuse hors du Christ. Les missionnaires occidentaux ont, pour la plupart, mais non pas tous, commencé par jeter le discrédit sur les religions traditionnelles qu’ils rencontraient.

Au XX° siècle, le théologien protestant Karl Barth a systématisé l’opposition foi / religion, dénonçant la religion comme une tentative de mettre la main sur Dieu. Alors que seul le christianisme est foi, c’est-à-dire accueil de l’initiative de Dieu, inversant le mouvement religieux de l’élan de l’homme vers Dieu. Barth insiste tant sur la démarche gratuite et miséricordieuse de Dieu vers l’homme qu’il disqualifie les tâtonnements religieux, et même jusqu’à l’expression religieuse de la foi. Dans les années 70-80, cet exclusivisme a déteint sur bon nombre de chrétiens, prêtres ou laïcs, pour qui tout ce qui touche à la « religion populaire » était anti-chrétien. Selon cette tendance, honorer les demandes « religieuses » est contraire à l’évangélisation.

Pour les exclusivistes, les autres religions (ou même la religion dans le cas de Barth) ne peuvent conduire au salut.
C’est donc le Christ contre (la) les religions.

 

2. L’inclusivisme, ou : le Christ des religions

https://media.posterlounge.com/img/products/650000/640706/640706_poster_m.jpgLa théologie inclusiviste a marqué la théologie catholique des années 1950-1960. Elle reconnaît que des traditions non-chrétiennes peuvent être une « préparation évangélique » (« tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie » Lumen Gentium n°16), et qu’il y a des « semences du Verbe » dans toutes les cultures (« les chrétiens doivent être familiers avec leurs traditions nationales et religieuses ; découvrir avec joie et respect les semences du Verbe qui s’y trouvent cachées » Ad Gentes n°11). C’est cette position que défend la Déclaration Nostra Aetate de Vatican II, premier concile de l’histoire à parler positivement des autres religions.

La position de cette tendance s’exprimerait plutôt dans la formule : le Christ des religions.

 

Les premiers chrétiens ont eu ainsi tendance à englober le judaïsme sous couvert d’accomplissement des Écritures. Puisque l’Église est ‘le nouvel Israël’, ‘l’Israël authentique’  comme l’écrit Paul, les juifs sincères sont ‘des chrétiens qui s’ignorent’. Et il devient presque moral de les « aider » à franchir le pas… 

Remarquons que c’est le même raisonnement inclusiviste qui pousse les musulmans à considérer les chrétiens sincères comme des musulmans qui s’ignorent ! Le Coran est censé reprendre et purifier le message biblique déformé par les juifs et les chrétiens. Du coup, Israël et l’Église sont englobés par la réforme religieuse de Mohamed, qui prétend contenir tous les prophètes en rétablissant leur véritable message.

 

Le problème est que cette passion d’une vérité unique, « avec un seul troupeau et un seul pasteur », conduit à instaurer la domination sans partage de l’Église sur la société. Comme elle conduit à l’établissement sans partage d’un État islamique où la charia règle toute la vie quotidienne. Comme elle a conduit à un État juif, car seul un État juif peut garantir aux juifs de pratiquer les 613 commandements de la Torah toujours et partout…

 

On le voit : prêcher un seul troupeau est le prétexte à tous les totalitarismes, et peut légitimer tous les impérialismes.

C’est oublier un peu vite que le texte de l’Évangile est au futur : le Bon Berger parle du rassemblement eschatologique de l’humanité « à la fin », en une seule famille humaine. Cette promesse nous garantit que les murs de nos divisions ne montent pas jusqu’au ciel. À l’heure actuelle, il y a « d’autres brebis, d’autres bergeries », et la seule façon de leur annoncer l’Évangile est d’accepter de mourir pour elles. Donner sa vie – même pour ses ennemis – est la vraie fidélité au rêve universel du Bon Berger : « le bon pasteur, le vrai berger, donne sa vie pour ses brebis ». Toute autre imposition par la force ou la contrainte serait une trahison.

 

D’ailleurs, dès les premiers siècles, l’Église parlait de baptême du sang pour affirmer la sainteté et le salut des martyrs qui avaient accepté de témoigner de leur foi jusqu’au bout, baptisés ou pas. De même, l’Église parlait de baptême de désir pour tous les justes qui n’avaient pas connu Jésus-Christ auparavant, d’Abraham à Zacharie en passant par Moïse ou Judith. Évidemment ces grandes figures sont des figures de sainteté, sans qu’il y ait une foi explicitement chrétienne. Ils ont cherché Dieu loyalement, ils ont écouté et suivi la voix de leur conscience. S’il avait pu connaître le Christ en vérité, ils auraient sans doute demandé le baptême, se disaient alors les chrétiens, élargissant ensuite ce baptême de désir à tous les justes de tous les temps.

 

Le problème avec cette ligne inclusiviste, c’est qu’elle tombe très vite dans la récupération, insupportable aux yeux des non-chrétiens. Dans les années 60 par exemple, pour essayer de récupérer la générosité des militants révolutionnaires qui combattaient les injustices et les dictatures, on disait : ‘ce sont des chrétiens qui s’ignorent’. La thèse du christianisme anonyme (Karl Rahner) a eu ses heures de gloire, tentant de concilier l’Église avec le meilleur de son époque. ‘Tu es chrétien sans le savoir’ était alors la marque d’amitié ‑ inconsciemment condescendante – des cathos vis-à-vis des marxistes, des humanitaires, des scientifiques ou autres valeurs montantes de ces générations.

Une telle récupération nous paraît aujourd’hui insupportable. À bien y regarder cependant, elle refait surface avec une troisième attitude qui sacralise la pluralité des choix de vie, sans discernement ni jugement.

 

3. Le pluralisme : le Christ parmi les religions

Car certains dénoncent encore un sentiment chrétien de supériorité dans les deux attitudes précédentes. Aussi valorisent-ils, dans la dernière problématique qu’est le pluralisme, la diversité légitime des voies d’accès à Dieu. Les religions sont alors les différentes réponses humaines à l’unique réalité divine, les chemins de montagne qui montent vers le même sommet [2].

Jésus n’est plus normatif : il devient le Christ parmi les religions.

 

Les six aveugles et l'éléphantCette position s’appuie souvent sur le Jugement dernier des païens (Mt 25,31–46), où Jésus ne prend pas comme critère du salut des païens le fait de vouloir être baptisé ou pas mais l’accomplissement du commandement de l’amour du prochain.

Le risque est grand alors de dissoudre l’originalité du christianisme dans une vague religion de l’amour, universelle et humaniste. Pourtant, lorsque cet humanisme sans Dieu commence à faire le malheur des peuples, les chrétiens étonnés ne reconnaissent plus de convergence évidente entre l’Évangile et les idéologies modernes.

Pourtant, lorsque les autres religions deviennent à leur tour exclusivistes et intolérantes, les baptisés sont bien obligés de réfléchir à la différence chrétienne, et à la nécessité d’annoncer l’Évangile « à temps et à contretemps ».

 

L’exclusivisme tue l’élan missionnaire en supposant que la « chrétienté » embrasse tout.

L’inclusivisme confond évangélisation et approbation des bonnes choses contenues dans chaque tradition, sans avoir le courage de s’opposer, de dénoncer.

Le pluralisme éteint l’élan missionnaire avec la maxime pluraliste : ‘chacun son chemin’. Pourquoi ennuyer l’autre avec ma foi alors qu’il ne cherche rien ? Pourquoi annoncer le Christ ressuscité si tout se vaut ? Le pluralisme est très vite hanté par le relativisme…

 

Dieu aime les païens

Les saints païens de l'Ancien TestamentLa solution à ce tiercé maudit a été trouvée par Vatican II et sa définition de l’Église comme sacrement, c’est-à-dire « signe et moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité du genre humain » (Lumen Gentium n°1).

L’Église est signe, c’est-à-dire qu’elle désigne une réalité plus grande qu’elle-même : le royaume de Dieu. Ce royaume, inauguré dans la résurrection de Jésus et l’effusion de son Esprit, la dépasse de toutes parts. Dieu est libre de communiquer son Esprit et sa grâce en dehors des frontières visibles de l’Église.

« En effet, ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel ».  Lumen Gentium n°16

 

Mais l’Église est encore moyen, et même un moyen privilégié, puisque la vieille définition du sacrement nous dit qu’il réalise ce qu’il signifie, qu’il accorde réellement le don qu’il invoque. Si bien qu’on peut retourner la formule : « hors de l’Église pointe salut » en : « dans l’Église, il y a plénitude de salut », ce qui ne préjuge pas de la part de salut se réalisant en dehors d’elle.

 

François Varillon diagnostiquait déjà en 1980 que le refus de l’Église actuelle n’est peut-être pas systématiquement le refus du Christ :

 berger dans Communauté spirituelleQu’en est-il donc pour ceux qui ne connaissent pas l’Église ? Sont-ils sauvés ?

La question est de savoir pour quelles raisons ils refusent l’Église. Il est plus que probable que la plupart d’entre eux refusent l’Église pour de bonnes raisons : ils n’y voient pas la manifestation visible de Jésus Christ mais une organisation qui leur paraît décadente ; ils ont l’impression que l’Église est le lieu de toutes les superstitions ; ils estiment (ils n’ont pas toujours tort d’ailleurs) qu’elle est l’alliée des puissances de ce monde, etc., bref, ils ne voient dans l’Église qu’une caricature. Je sais bien que souvent nous donnons prise à la caricature, et nous devons faire notre mea culpa.

Il est bien certain que des millions d’hommes qui ne connaissent pas l’Église ou qui, la connaissant, ne veulent pas en entendre parler pour les raisons que je viens de dire, appartiennent invisiblement à l’Église, c’est-à-dire sont sauvés, divinisés, auront une éternité comme nous espérons l’avoir (la participation à la vie même de Dieu), dans la mesure où ils obéissent à leur conscience.

Dieu seul peut savoir si quelqu’un appartient ou non à l’Église invisiblement ; moi, je n’en suis absolument pas juge. Comme le disait saint Augustin : 

« II y en a qui se croient dedans et qui sont dehors ; il y en a qui se croient dehors et qui sont dedans ».

La question est de savoir si tous ces hommes que nous appelons des incroyants, à supposer que l’Église puisse leur être présentée telle qu’elle est, sans caricature, c’est-à-dire comme le signe historique de notre divinisation, y adhéreraient ou non.

François Varillon, Joie de croire, joie de vivre, Ed. Le Centurion, 1981, p. 116.

 

Dieu aime les païens. Jésus louait la foi du centurion romain : « jamais en Israël je n’ai vu une foi aussi grande ». Il s’inclinait devant la foi de la cananéenne : « femme, ta foi est grande ». Pourtant, il ne les a pas baptisés ! Le centurion est resté romain, la femme est restée cananéenne. Zachée lui non plus n’est pas devenu membre de l’Église, et pourtant « aujourd’hui, le salut est entré dans sa maison ».

« Dieu veut que tout homme soit sauvé » (1Ti 2,4). Pour cela, il nous offre l’Église, signe et moyen privilégié pour recevoir ce salut. Allons-nous en faire une source de conflit avec les autres ?

 

L’exclusivisme est tenté par l’intolérance, l’inclusivisme par la récupération, le pluralisme par le relativisme.
Dans le dialogue interreligieux qui est aujourd’hui une composante indispensable de la mission, on attend des progrès significatifs de la théologie chrétienne des religions, qui permettent de dépasser ces trois attitudes et leurs excès.

 

Et vous, comment vous situez-vous ? 

Comment voyez-vous « les autres brebis », « des autres bergeries » ?

 _____________________________________________________

[1]. Cf. DUPUIS J., Jésus-Christ à la rencontre des religions, Desclée, Coll. Jésus et Jésus-Christ n° 39, Paris, 1989.

[2]. Une image célèbre compare Dieu à cet éléphant que plusieurs touchent dans le noir. Celui qui a touché le flanc dit : « L’éléphant est semblable à un mur ». Celui qui touché la cuisse dit: « L’éléphant est semblable à un arbre ». Celui qui a touché la queue dit: « L’éléphant est semblable à une corde ». Ils s’accusent tous mutuellement d’avoir tort, alors que chacun ne perçoit qu’un aspect de la même réalité.

 

LECTURES DE LA MESSE 

PREMIÈRE LECTURE
« En nul autre que lui, il n’y a de salut » (Ac 4, 8-12)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, Pierre, rempli de l’Esprit Saint, déclara : « Chefs du peuple et anciens, nous sommes interrogés aujourd’hui pour avoir fait du bien à un infirme, et l’on nous demande comment cet homme a été sauvé. Sachez-le donc, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus le Nazaréen, lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts, c’est par lui que cet homme se trouve là, devant vous, bien portant. Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle. En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. »

PSAUME
(Ps 117 (118), 1.8-9, 21-23, 26.28-29)
R/ La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. ou : Alléluia ! (Ps 117, 22)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ;
mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les puissants !

Je te rends grâce car tu m’as exaucé : tu es pour moi le salut.
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.
Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient !

De la maison du Seigneur, nous vous bénissons !
Tu es mon Dieu, je te rends grâce, mon Dieu, je t’exalte !
Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !

DEUXIÈME LECTURE
« Nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3, 1-2)

Lecture de la première lettre de saint Jean
Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est.

ÉVANGILE
« Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11-18)
Alléluia. Alléluia. Je suis le bon pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus déclara : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »
Patrick Braud

 

 

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23 avril 2023

Allez ouste, sortez ! du balai !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Allez ouste, sortez ! du balai !

Homélie pour le 4° Dimanche de Pâques / Année A
30/04/2023

Cf. également :
Jésus abandonné
Un manager nommé Jésus
Des brebis, un berger, un loup
Prenez la porte
Le berger et la porte

La messe est dite
10 Mars 2023. Coup de théâtre au Sénat : le gouvernement a recours à l’article 44-3 de la Constitution pour faire passer la réforme des retraites. Cet article permet à une assemblée de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie d’un texte en discussion en ne retenant que les amendements proposés ou acceptés par le Gouvernement. « La messe est dite. Avant la grande journée [de mobilisation] du 11 mars, vous avez décidé de montrer vos intentions réactionnaires », a tonné le patron des sénateurs socialistes, Patrick Kanner.

Il devait sans doute avoir des souvenirs de ses années de catéchisme… d’avant Vatican II ! Car la liturgie romaine autrefois se terminait effectivement par cette formule célèbre : « ite missa est », mal traduite par : « la messe est dite ». La formule latine signifiait en bas latin : « allez, c’est l’envoi ! ». Le mot messe [1], déformation gallo-romaine de missa, est au départ le participe passé du verbe latin mittere, qui signifie envoyer, renvoyer. À l’origine, dans les premiers siècles, cette formule ne se trouvait pas à la fin de la célébration, mais après l’homélie et le Credo, quand on commençait la liturgie proprement eucharistique. Ite missa est voulait alors dire : « maintenant, c’est le renvoi (des catéchumènes) ». En effet, les catéchumènes participaient à la première partie de la célébration, la liturgie de la Parole, mais pas à la deuxième, eucharistique, car ils  n’avaient pas encore été initiés aux mystères. N’ayant pas encore reçu les trois sacrements de l’initiation (baptême, confirmation, eucharistie, dans cet ordre), ils ne pouvaient pas rester pour la célébration à laquelle ils n’étaient pas préparés et à laquelle ils n’auraient pas pu participer vraiment ni comprendre grand-chose.

Indication précieuse au passage sur la pédagogie des Pères de l’Église : graduelle, culminant dans l’eucharistie après la Parole. Aujourd’hui, on fait assister à la messe tout le monde, initiés ou pas, confirmés ou pas, et on s’étonne que cela ne passionne pas les foules…

Être expulsés hors de l’enclos
Mais revenons à nos moutons. C’est le cas de le dire, avec l’évangile de ce dimanche. Jean  utilise le verbe chasser, jeter dehors (κβλλω= ekballō en grec) pour évoquer l’action du bon Berger faisant sortir toutes ses brebis hors de l’enclos : « Quand il a poussé dehors (ekballō) toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix » (Jn 10,4).

On a très nettement l’impression que le bon Pasteur - le doux Jésus - doit forcer son troupeau à quitter la tranquille quiétude de l’enclos, quitte à faire la grosse voix et à donner quelques coups de baguette sur les flancs des moutons bêlant d’être dérangés…

C’est le même verbe que Jean emploie pour montrer Jésus chassant les marchands du Temple (Jn 2,15), ou les pharisiens chassant l’aveugle-né hors du Temple lui aussi (Jn 9,34–35). Il y a donc une certaine violence dans cette sortie d’enclos à laquelle nous oblige le bon Pasteur ! Cela peut faire penser à l’insistance quasi physique de Jésus pour obliger ses disciples à monter dans la barque pour une traversée du lac qui leur faisait peur, piètres marins qu’ils étaient : « Aussitôt Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules » (Mt 14,22).

Si le Christ nous chasse de notre enclos intérieur, c’est pour ouvrir notre espace à d’autres horizons. C’est surtout pour que nous puissions nous nourrir, comme le précise le texte de l’Évangile : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver de quoi se nourrir » (Jn 10,9).

Le psaume 22 de ce dimanche l’annonçait : « sur des prés d’herbe fraîche il me fait reposer » ; « il me mène vers les eaux tranquilles ». Et ce psaume fait le lien avec le repas pris en présence du Seigneur : « Tu prépares la table devant moi » / « ma coupe est  débordante » / « j’habiterai la maison du Seigneur ».

accouchement-expulsionAutrement dit, l’ite missa est de la fin ne correspond pas d’abord comme on le croit à la mission des chrétiens dans ce monde. Ils sont envoyés… pour se nourrir, comme les brebis sont expulsées de l’enclos pour aller chercher de l’herbe dans les verts pâturages. C’est comme si on leur disait : ‘vous vous êtes nourris du Christ pendant la messe. Très bien. Allez maintenant vous nourrir de sa présence ailleurs que dans l’Église, là où vivent les autres’. C’est un envoi pour se nourrir avant d’être un envoi en mission pour convertir !
En français, être expulsé se dit également du fœtus hors du ventre maternel lors de la naissance : comme quoi il nous est bon parfois d’être chassés de nos enclos maternels…
Il ne s’agit donc pas d’appliquer la semaine ce qu’on a reçu le dimanche, mais de continuer la semaine à s’alimenter de la même nourriture que celle du dimanche, autrement.

Le dimanche, cette nourriture est sacramentelle ; la semaine, elle est existentielle.
L’une sans l’autre est inconsistante.
La vie seule demeure indigeste sans le sacrement.
Le sacrement seul dégénère en ritualisme sans les événements de la semaine.

Être libérés par cette sortie d’enclos
Cette obligation faite aux brebis de sortir est renforcée par l’autre verbe employé par Jean – et c’est le seul usage dans son Évangile – pour décrire le bon Berger
conduisant dehors (ἐξάγω = exagō en grec) ses brebis : « Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir » (Jn 10,3).

Dans le Nouveau Testament, conduire dehors (exagō) s’emploie le plus souvent pour évoquer la sortie d’Égypte, avec le leitmotiv : « il nous a fait sortir (exagō) du pays d’Égypte » (Ac 7,36.40 ; 13,17 ; He 8,9), ou une sortie de prison (Ac 5,19 ; 12,17 ; 16,37.39).

Bigre ! Comparer l’enclos des brebis à l’Égypte ou à la prison, c’est osé ! Pourtant, c’est bien cela : le Christ nous fait sortir de l’enclos-Église (de l’Église enclose sur elle-même) comme un Exode hors de l’esclavage ou comme une libération de sortie de prison. C’est peut-être qu’à être enclos sur nous-mêmes, nous risquons de devenir esclaves de nos projections idolâtriques sur Dieu, prisonniers de nos rites et de nos dogmes…
Voilà qui heurte quelque peu nos représentations du doux Jésus maintenant son Église en paix, à l’écart des autres troupeaux…

Bosch Le Portement de croixJésus sait d’expérience qu’il nous faut parfois accepter d’être chassés, expulsés de nos enclos sans nourriture vraie. Même lui a dû se laisser guider ainsi, à travers le combat des tentations au désert, à travers la sueur et le sang de Gethsémani, pour aller là où il n’aurait jamais pensé trouver de quoi nourrir son identité de fils de Dieu. « Quand ils se furent bien moqués de lui, les soldats lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmènent (exagō) pour le crucifier » (Mc 15,20). En le  conduisant ainsi hors de la ville, au-delà des remparts (c’est-à-dire hors de la citoyenneté romaine et de l’héritage juif), les soldats ne se doutaient pas qu’ils étaient alors le bon Berger du Messie : sur la croix, immergé dans l’humiliation, la dérision, la honte apportée par la malédiction du gibet (Dt 21,23), Jésus a découvert que c’est là que le Père le conduisait, pour communier à la solitude de ceux que tous abandonnent : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Paradoxalement, le Golgotha est devenu son pâturage, car c’est là qu’il accomplit au plus haut point la volonté de son Père : aller « chercher et sauver ceux qui étaient perdus » (Lc 9,10). C’est bien là son pâturage : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jn 4,34).

Soyons donc attentifs à tous ces coups de baguette dont nous frappent les événements de la semaine, nous provoquant – pour notre plus grand bien – à quitter nos enclos de toutes sortes : « allez, ouste, dehors ! Sortez, du balai !

_______________________________

[1]. Dans les premiers siècles, on n’appelait pas messe la célébration, mais fraction du pain, repas du Seigneur (Cène), dominicum (assemblée du dimanche), eucharistie, saints mystères, divine liturgie, communion…

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Dieu l’a fait Seigneur et Christ » (Ac 2, 14a.36-41)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et fit cette déclaration : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. » Les auditeurs furent touchés au cœur ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Par bien d’autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait en disant : « Détournez-vous de cette génération tortueuse, et vous serez sauvés. » Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux.

PSAUME
(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer. ou : Alléluia ! (cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

DEUXIÈME LECTURE
« Vous êtes retournés vers le berger de vos âmes » (1 P 2, 20b-25)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre
Bien-aimés, si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. Car vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes.

ÉVANGILE
« Je suis la porte des brebis » (Jn 10, 1-10)
Alléluia. Alléluia. Je suis le bon Pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »
Patrick BRAUD

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15 juillet 2015

Medium is message

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Medium is message


Homélie du 16° dimanche du temps ordinaire /année B
19/07/15

 Cf. également :

Du bon usage des leaders et du leadership

Briefer et débriefer à la manière du Christ

 

Voilà un passage d’évangile fort bien construit, comme d’habitude.

On y voit les Douze débriefer leur mission, c’est-à-dire raconter à Jésus « tout ce qu’ils avaient fait et enseigné ». Mais on ne nous dit pas ni ce qu’ils ont fait, ni ce qu’ils ont enseigné ! Ici, ce qui compte, c’est de relire auprès de Jésus les événements marquants des dernières semaines occupées à annoncer le règne de Dieu.

Comme si parfois le fait de raconter était plus important que ce que l’on raconte.
Comme si être rassemblés à nouveau autour du Christ était plus important que le contenu de ce qu’il leur dirait.
Et cela se prolonge pour Jésus lui-même : « il se mit à enseigner longuement » les foules, sans que Marc prenne soin de nous en livrer quelques sentences bien choisies.
Comme si le fait d’enseigner prenait le pas sur l’enseignement.
Comme si le message réside davantage dans Jésus lui-même parlant aux foules que dans le contenu de sa parole. Comme s’il était la Parole personnifiée.

Autrement dit, Marc semble suggérer que le message c’est Jésus en personne, bien plus encore que son discours !

 Medium is message

Medium is message dans Communauté spirituelle 9782020045940C’est ce qu’un célèbre théoricien des médias, Marshall Mac Luhan, a synthétisé en une formule célèbre : medium is message.

« [...] en réalité et en pratique, le vrai message, c’est le médium lui-même, c’est-à-dire, tout simplement, que les effets d’un médium sur l’individu ou sur la société dépendent du changement d’échelle que produit chaque nouvelle technologie, chaque prolongement de nous-mêmes, dans notre vie *»

Le message réside dans le médium (les médias) employé. La télévision a révolutionné les rapports familiaux et l’ouverture au monde de par sa présence même et sa manière de fonctionner, plus que par ses  programmes. De même, Internet bouleverse notre culture actuelle (d’UberPop au crowfounding, en passant par Instagram ou Tweeter etc.) plus par la vision du monde qu’il engendre que par le contenu qu’il véhicule.

Bref : la manière de dire des choses compte autant (sinon plus) que les choses dites.

 

D’ailleurs, pour le thème du bon berger qui est le fil rouge des lectures de ce dimanche, c’est bien le cas. On ne sait pas ce que dit Jésus, mais on le voit incarner en lui-même une posture de bon berger : il rassemble les siens, il prend soin d’eux  (« venez vous reposer un peu ») avec une délicatesse que les féministes du care ne renieraient pas ; il est saisi de compassion devant les foules en attente ; il les enseigne, et bientôt va les nourrir… ‘Qui il est’ est au coeur de son message. Message is Jesus himself, pourrait-on dire en parodiant Mac Luhan. Il incarne ce qu’il annonce : un Dieu qui fait attention aux besoins des hommes, qui les accompagne, est à leur service, désire leur croissance matérielle et spirituelle.

Des bons bergers qui ont marqué nos histoires personnelles, nous retenons souvent leur sourire, leur affection, leur capacité d’écoute, leur présence aux moments importants plus que des sermons ou des listes de recommandations…

 

En termes de leadership, la capacité que Marc met en avant pour Jésus pourrait s’appeler l’exemplarité. Aujourd’hui, bon nombre de dirigeants sont conscients que rien ne changera dans leur entreprise s’ils ne changent pas d’abord eux-mêmes. Plus de proximité, plus d’écoute, un vrai sens du service des collaborateurs, un management vraiment collaboratif et pas seulement participatif… : rien ne sert de faire des grand-messes avec de grandes ambitions devant tout le personnel si le patron et l’encadrement n’incarnent pas eux-mêmes ce qu’ils annoncent ! Dire à des employés : ‘prenez des initiatives, libérez votre capacité d’innovation, devenez plus responsables et autonomes’, cela demande au minimum de la part de celui qui le dit : confiance jusqu’au bout, moins de contrôles, plus d’accompagnement, donner le droit à l’erreur etc. sinon, la posture managériale de l’encadrement contredira en pratique le message de liberté qu’il essaie de faire passer.

Faites-ce-que-je-dis-pas-ce-que-je-fais-800x362 berger dans Communauté spirituelle 

Medium is message

S’il fallait un (triste) exemple de la pertinence de cette formule de Mac Luhan, prenez cette très belle phrase : le travail rend libre. Prononcée par Gandhi ou Mandela, elle ouvre des perspectives de libération par la noblesse de l’activité-travail, par la lutte contre le chômage et l’exclusion sociale. Mais inscrite en allemand à l’entrée d’un centre de détention près d’un village nommé Auschwitz, cette même phrase devient inhumaine et diabolique.

Tout dépend donc de la personne qui la prononce et de la manière dont elle la proclame.

L%E2%80%99exemplarite-n-est-pas-une-facon-d-influencer-Albert-Schweitzer-e1429423271374 exemplaritéSeule une certaine exemplarité rend crédible le message : en Jésus, sa cohérence personnelle est si forte qu’elle le désigne comme le bon berger en personne. La vérité en christianisme n’est pas une doctrine, pas une liste d’interdits ou de commandements, pas un système d’idées : c’est une personne vivante, Jésus le Christ. Devenir chrétien, c’est entrer toujours davantage en communion avec lui, et non adhérer à une idéologie.

Les bons bergers dont nous avons besoin, en entreprise comme en politique par exemple, sont ceux qui incarnent personnellement leurs idées et leurs convictions.

Les parents, les responsables d’associations etc. sont également concernés !

 

À nous de susciter de tels leaders, en choisissant d’appeler aux responsabilités ceux qui ont la passion de servir les autres, en acceptant nous-mêmes d’endosser un certain leadership lorsque les foules ou les Douze d’aujourd’hui nous le demandent.

 

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 *  Marshall Mc Luhan, Pour comprendre les médias, Seuil, coll. Points essais, 1977.

 

 

1ère lecture : « Je ramènerai le reste de mes brebis, je susciterai pour elles des pasteurs » (Jr 23, 1-6)
Lecture du livre du prophète Jérémie

Quel malheur pour vous, pasteurs ! Vous laissez périr et vous dispersez les brebis de mon pâturage – oracle du Seigneur !          C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël, contre les pasteurs qui conduisent mon peuple : Vous avez dispersé mes brebis, vous les avez chassées, et vous ne vous êtes pas occupés d’elles. Eh bien ! Je vais m’occuper de vous, à cause de la malice de vos actes – oracle du Seigneur.         Puis, je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis de tous les pays où je les ai chassées. Je les ramènerai dans leur enclos, elles seront fécondes et se multiplieront.          Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront ; elles ne seront plus apeurées ni effrayées, et aucune ne sera perdue – oracle du Seigneur.           Voici venir des jours – oracle du Seigneur, où je susciterai pour David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice.          En ces jours-là, Juda sera sauvé, et Israël habitera en sécurité. Voici le nom qu’on lui donnera : « Le-Seigneur-est-notre-justice. »  

Psaume : Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

R/ Le Seigneur est mon berger :
rien ne saurait me manquer.  
(cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : « Le Christ est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité » (Ep 2, 13-18)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères,          maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ.          C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ;               il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix,          et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix ; en sa personne, il a tué la haine.          Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches.          Par lui, en effet, les uns et les autres, nous avons, dans un seul Esprit, accès auprès du Père.

Evangile : « Ils étaient comme des brebis sans berger » (Mc 6, 30-34)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ;
moi, je les connais, et elles me suivent.
Alléluia. (Jn 10, 27)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, après leur première mission,     les Apôtres se réunirent auprès de Jésus,  et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné.  Il leur dit :  « Venez à l’écart dans un endroit désert,  et reposez-vous un peu. »  De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux,  et l’on n’avait même pas le temps de manger.      Alors, ils partirent en barque  pour un endroit désert, à l’écart.      Les gens les virent s’éloigner,  et beaucoup comprirent leur intention.  Alors, à pied, de toutes les villes,  ils coururent là-bas  et arrivèrent avant eux.      En débarquant, Jésus vit une grande foule.  Il fut saisi de compassion envers eux,  parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger.  Alors, il se mit à les enseigner longuement.
Patrick BRAUD

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