L'homelie du dimanche

11 septembre 2014

Reliques : que reste-t-il de nos amours ?

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Reliques : que reste-t-il de nos amours ?

 

Homélie du 24° dimanche du temps ordinaire / Année A
Fête de l’exaltation de la Croix glorieuse
14/09/2014

 

Que reste-t-il de ceux que nous avons connus ?
Ou, comme le chantait Charles Trenet : que reste-t-il de nos amours ? que reste-t-il de ces beaux jours ?…

La mémoire d’un visage, un parfum… des souvenirs qui remontent, associés aux « madeleines » de notre vécu commun : telle musique, tel objet, tel lieux précis…

Nous n’avons pas besoin d’objets matériels en théorie pour faire vivre en nous cette mémoire. Pourtant, il suffit de rentrer dans l’intimité d’une maison, d’un appartement, d’une chambre, pour lire sur les murs et les étagères les grands moments, les grandes figures qui ont marqué les habitants. Et, lors d’un héritage, on voit bien que la valeur affective et mémorielle d’une table, d’un violoncelle ou d’un tableau sont plus importants que leur valeur financière.

Et puis, lorsqu’on déménage une personne âgée de chez elle dans une résidence médicalisée, le simple fait de pouvoir poser quelques meubles et photos personnelles dans sa chambre l’aidera à ne pas être totalement déracinée.

Bref, nous avons besoin qu’il nous reste quelque chose de notre histoire individuelle.

C’est ce même besoin de garder des traces concrètes d’événements importants qui a poussé les chrétiens à garder des restes, des reliques (reliquare = ce qui reste, en latin), de ceux qui ont marqué leur histoire. Les premières reliques matérielles sont peut-être ces morceaux de la croix du Christ dont nous fêtons la découverte en ce 14 septembre, fête de l’exaltation de la croix glorieuse.

On sait que c’est l’impératrice Hélène, la mère de Constantin (IV° siècle), qui est allée chercher à Jérusalem ce qui restait de la croix du Christ et des instruments de sa Passion : la couronne d’épines, les clous, des morceaux du bois (le patibulum). On se souvient également que la Sainte-Chapelle à Paris a été construite spécialement par Saint Louis pour servir d’écrin à ces reliques qu’il y déposa en 1248 [2].

Reliques : que reste-t-il de nos amours ? dans Communauté spirituelle

Ces traces et réalistes, physiques, concrètes, du supplice de la crucifixion subie par Jésus ont toujours été vénérées avec respect par le peuple chrétien. Pas comme des preuves, pas de manière magique. Mais comme des signes de l’enracinement historique de l’événement majeur de notre foi.

En consacrant une fête liturgique annuelle en l’honneur de ces reliques, l’Église catholique redit son attachement à la réalité historique de Jésus de Nazareth, de sa Passion et de sa mise au tombeau.

Les premières reliques des chrétiens ont été pendant trois siècles liées aux martyrs suppliciés dans les arènes romaines.

Les fouilles archéologiques ont par exemple montré que le tombeau de Saint Pierre à Rome correspond vraiment aux restes de l’apôtre, recueillis par des disciples sur les lieux mêmes de son martyr, dans le cirque romain du Vatican.

 

plan-vatican amour dans Communauté spirituelle

La coutume s’est même très tôt répandue de se retrouver autour des tombes des martyrs, pour y célébrer l’eucharistie en secret [2]. Car la véritable eucharistie, c’est d’offrir sa vie, de livrer son corps et de verser son sang par amour. Pour ne jamais oublier ce vrai sens de l’eucharistie, et les martyrs qui pendant 300 ans l’ont payé de leur vie (hélas cela continue encore aujourd’hui), l’Église a ensuite placé dans ses autels des reliques de ses martyrs. Ainsi, en célébrant l’eucharistie sur des restes humains de ceux qui en ont été le prototype, les chrétiens s’obligent eux-mêmes à en faire une question de vie ou de mort.

pierre autel

Telle est la force des reliques, dont nous fêtons aujourd’hui la découverte des premières à Jérusalem. Les reliques des saints s’inscrivent dans ce même mouvement de mémoire réaliste. Sans idolâtrie, loin de tous les trafics qui ont pu polluer leur rôle spirituel dans les siècles passés.

Nous comprendrons mieux l’importance des reliques chrétiennes si nous pratiquons nous-mêmes le respect de nos reliques familiales et personnelles. Il nous reste tous quelque chose d’un père disparu, d’amis partis au loin, de collègues qui nous ont formé etc.. Nous pourrions nous en passer en théorie. Mais c’est plus concret, plus humain d’appuyer notre mémoire sur ces humbles éléments matériels, devenus pour nous seuls symboliques d’un moment, d’un visage, d’un événement.

Que la fête de l’exaltation de la Croix, à travers ces quelques bouts de bois précieusement conservés, nous aident à ne jamais perdre la mémoire de la Passion du Christ pour nous, unie à nos passions humaines les plus vraies.

 

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1. Le 14 septembre 1241, le saint roi Louis IX alla solennellement au-devant des 
reliques de la Passion qu’il avait achetées à l’empereur de Constantinople : c’étaient un morceau de bois de la vraie Croix, le fer de la lance, une partie de l’éponge, un morceau du roseau et un lambeau du manteau de pourpre. Elles furent déposées à la Sainte-Chapelle en 1248.

 

2. Les actes du martyre de saint Polycarpe, en 156, attestent :
« prenant les ossements plus précieux que les pierres de grand prix et plus épurés que l’or, nous les avons déposés dans un lieu convenable. Là même, autant que possible, réunis dans l’allégresse et la joie, le Seigneur nous donnera de célébrer l’anniversaire de son martyre en mémoire de ceux qui sont déjà sorti du combat, et pour exercer et préparer ceux qui attendent le martyre. » On se souvient aussi, en 177, d’une lettre où l’Église de Lyon regrettait de n’avoir pu conserver les restes de ses martyrs.

1ère lecture : Le serpent de bronze, signe du salut (Nb 21, 4b-9)

Lecture du livre des Nombres

Au cours de sa marche à travers le désert, le peuple d’Israël, à bout de courage, récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter
d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! »
Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël.
Le peuple vint vers Moïse et lui dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu’il éloigne de nous les serpents. »
Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent, et dresse-le au sommet d’un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent, et ils vivront !»
Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet d’un mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu’il regardait vers le serpent de bronze, il conservait la vie !

 

Psaume : 77, 3-4ac, 34-35, 36-37, 38ab.39

R/ Par ta croix, Seigneur, tu nous rends la vie.

Nous avons entendu et nous savons
ce que nos pères nous ont raconté ;
et nous redirons à l’âge qui vient,
les titres de gloire du Seigneur.
Quand Dieu les frappait, ils le cherchaient,
ils revenaient et se tournaient vers lui :
ils se souvenaient que Dieu est leur rocher,
et le Dieu Très-Haut, leur rédempteur.
Mais de leur bouche ils le trompaient,
de leur langue ils lui mentaient.
Leur cœur n’était pas constant envers lui ;
ils n’étaient pas fidèles à son alliance.
Et lui, miséricordieux,
au lieu de détruire, il pardonnait;
Il se rappelait : ils ne sont que chair,
un souffle qui s’en va sans retour.

2ème lecture : Glorification de Jésus après son humiliation sur la Croix (Ph 2, 6-11)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, lui qui était dans la condition de Dieu, n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se
dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à
mourir, et à mourir sur une croix.

C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à
genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.

Evangile : Le Christ élevé sur la croix pour le salut des hommes (Jn 3, 13-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Nous t’adorons, ô Christ, et nous te bénissons : par ta Croix, tu as racheté le monde. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme.
De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle.
Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Patrick BRAUD

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13 juin 2014

Trinité : ne faire qu’un à plusieurs

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Trinité : ne faire qu’un à plusieurs

Homélie pour la fête de la Trinité / Année A
15/06/2014

Même la famille a du mal?

Trinité : ne faire qu'un à plusieurs dans Communauté spirituelle bd35feca-201d-11e1-b53a-82616b81bcadUn repas de famille comme toutes les familles en vivent, à l’occasion de Noël, d’un anniversaire, d’une communion? La discussion à table en arrive aux impôts : la fameuse pression fiscale. Une des soeurs présentes part dans une longue diatribe véhémente sur le thème :

- regardez tout ce qu’on nous prend !

Je vois le visage d’une autre soeur se durcir et ses yeux se remplir de colère :

- tu as de la chance de payer des impôts. Nous on aimerait bien en payer, mais on n’est pas assez riches pour cela.

Le débat avec tout le monde enfle, s’envenime, au point que l’une des soeurs quitte la table en pleurant :

- on n’est vraiment pas du même monde !

Silence gêné et consterné évidemment après ce coup d’éclat : la fête est gâchée ; la joie de se retrouver en famille s’est évaporée à l’épreuve des différences trop grandes entre les modes de vie de chacun.

 

L’être humain est trinitaire

Dieu que c’est dur d’être unis en étant différents !

Dieu que c’est difficile de s’aimer alors que tout nous sépare !

C’est pourtant l’enjeu de cette fête de la Trinité : Dieu ne fait qu’un à trois, et il nous introduit dans cette intimité-là.

trinite2 amour dans Communauté spirituelleTrois personnes distinctes, une circulation d’amour entre elles les liant indissolublement : l’unité trinitaire est ce à quoi nous aspirons le plus profondément, parce que à son image nous avons été créés. Nous sommes faits pour vivre par de tels liens d’échanges réciproques où l’un et l’autre deviennent inséparables. Nous portons-nous la trace de cette communion divine, comme la cire garde en creux l’empreinte du sceau royal qui lui a donné sa forme.

Entre le Père et le Fils, dans l’Esprit, circule une telle intensité de relations que l’un n’est pas sans l’autre, et que chacun se reçoit et se donne en même temps, ne faisant plus qu’un dans ce don mutuel (les chrétiens grecs appellent périchorèse  cette joyeuse danse où l’amour circule entre les trois).

 

Ne faire qu’un à plusieurs : c’est bien cela notre vocation la plus fondamentale. Nous l’approchons lorsque l’amitié nous fait vibrer à l’unisson.

Nous la pressentons lorsque la ferveur sportive nous entraîne dans un même enthousiasme (la coupe du monde de football en témoigne !).

Nous la devinons lorsque la musique nous fait expérimenter une harmonie indicible. Nous l’expérimentons avec émotion devant la beauté de la création dont nous sommes issus.

Rien à voir avec la poupée de sel qui se dissout dans l’océan ! Non : l’unité trinitaire respecte le jeu de chacun. Distinguer pour mieux unir (Jacques Maritain) reste une maxime authentiquement chrétienne. Le Père n’est pas le Fils, l’Esprit est distinct des deux, et pourtant les trois ne font qu’un.

C’est en devenant profondément soi-même qu’on s’ouvre à la communion avec l’autre, et réciproquement. La communion divine exalte l’individualité de chacun en la mettant en relation avec la sienne.

L’adjectif chrétien est d’ailleurs synonyme de trinitaire en fait. Le Christ (chrestos en grec = oint) est l’oint, c’est-à-dire celui qui a reçu de Dieu le Père de l’onction de l’Esprit Saint. Le chrétien est donc celui qui, en suivant Jésus-Christ, reçoit du Père la force de l’Esprit pour vivre sa vie d’homme en communion (avec Dieu / les autres / lui-même / la nature…).

Pourquoi alors est-il si difficile d’être unis et différents ? Pourquoi tant de couples ne peuvent-ils pas durer jusqu’au bout sur ce chemin de communion (qui est trinitaire, au fond) ? Pourquoi tant de familles se déchirent-elles entre personnes de même sang ? Et les familles des peuples répercutent à l’infini ces divisions anti-trinitaires : entre catholiques et protestants autrefois, entre Hutus et Tutsis  récemment, entre palestiniens et israéliens toujours, hindous et musulmans encore…

Nous avons perdu la capacité de nous réjouir de ce que l’autre est vraiment autre. Au lieu de nous émerveiller de ce qu’il a et que je n’ai pas, nous jalousons, nous voulons lui ressembler à tout prix (cf. la violence mimétique analysée par René Girard). Au lieu de louer Dieu pour les talents et la personnalité de l’autre, nous cherchons à lui prendre, à le dominer, à le dévorer. Nous travestissons nos différences en inégalités, nous avons peur qu’elles soient source de domination.

 

reiser Dieu 

La Trinité au travail !

Fêter la Trinité est donc un sacré antidote à notre violence inhumaine, et un beau rappel de l’avenir qui nous est promis. Si on y réfléchit, tout notre univers est façonné par cette structure trinitaire. On a parlé de l’amitié, du couple, du sport, de la musique, de la beauté du monde. Parlons aussi de notre univers au travail.

‘Que vient faire la Trinité au travail ?’ railleront certains, en rajoutant avec cynisme : ?en entreprise, on n’est pas dans le monde des Bisounours’.

Pourtant, à moins d’être un ultralibéral partisan de la concurrence à mort, où l’un des derniers marxistes exaltant la lutte des classes, la plupart des travailleurs aspirent à des relations professionnelles faites de collaboration, de solidarité, d’estime, de reconnaissance mutuelle.

Tous les sondages réalisés auprès des salariés français ou européens redisent que l’attente des travailleurs tourne bien sûr autour de la rémunération, mais aussi de la considération, du respect, de l’ambiance et de la qualité des relations au travail.

 

Le secret de l’unité trinitaire réside dans le mouvement : se recevoir/se donner. Cette dynamique de l’échange à la manière divine peut transformer toute activité professionnelle.

Pas question alors d’imposer son autorité hiérarchique à une équipe en faisant claquer ses galons : l’autorité se reçoit, avec humilité, de bas en haut, d’une équipe qui reconnaît à quelqu’un le rôle et la mission de la conduire à sa réussite.

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Plus question entre collègues de rivaliser par la force ou la tromperie : la coopération fera gagner tous ensemble (ce qui ne supprime pas l’émulation, mais la met au service de la réussite commune). Se recevoir inclura également la relation client/usagers/élèves : un grand professionnel est d’abord reconnu comme tel par ses clients, un bon fonctionnaire par les usagers du service public, un professeur génial dans l’admiration de ses élèves.

Se donner marquera en retour l’activité professionnelle du sceau du service. Le grand commerçant est celui qui veut d’abord le meilleur service pour son client (qualité, prix, délai…). Il fait son métier par passion. C’est la passion de se donner qui anime également le scientifique qui cherche et expérimente, le professeur qui déploie des trésors de pédagogie etc.. Même les travaux apparemment les plus ingrats peuvent être vécus dans cet état d’esprit de service. Refaire des centaines de fois les mêmes gestes devant une machine ne peut pas se vivre sans solidarité avec les autres opérateurs, avec ceux de la maintenance des machines, avec le souci de la qualité finale pour le client etc. La manière d’accomplir sa tâche lui donne un autre sens, une dimension plus humaine parce que reliée à d’autres. Cela ne supprime pas la pénibilité physique, le côté mécanique, répétitif – voire abrutissant – de certaines tâches. Cela permet de résister à la déshumanisation qui guette toujours le monde du travail. Mais peut-être aussi d’éviter que des traders deviennent fous, des patrons arrogants, des équipes démotivées parce que divisées et sans aventure commune.

 

Une économie de communion (chère aux Foccolaris) ira puiser dans la Trinité une source d’inspiration pour transformer les relations au travail, et le travail lui-même.

Fêter la Trinité le dimanche permet donc de revenir le lundi matin à son bureau/usine/école/commerce avec le goût de la communion eucharistique (qui est trinitaire) encore dans la bouche. Tout peut devenir matière à se recevoir/se donner. Toute activité (si elle est orientée vers le bien commun) peut engendrer de l’unité entre des gens différents.

Relisons donc nos responsabilités à la lumière de cette vocation trinitaire : ne faire qu’un à plusieurs.

 

 

1ère lecture : Le Dieu tendre et miséricordieux se révèle à son peuple (Ex 34, 4b-6.8-9)

Lecture du livre de l’Exode

Moïse se leva de bon matin, et il gravit la montagne du Sinaï comme le Seigneur le lui avait ordonné.
Le Seigneur descendit dans la nuée et vint se placer auprès de Moïse. Il proclama lui-même son nom ; il passa devant Moïse et proclama :
« YAHVÉ, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité. »
Aussitôt Moïse se prosterna jusqu’à terre, et il dit :
« S’il est vrai, Seigneur, que j’ai trouvé grâce devant toi, daigne marcher au milieu de nous. Oui, c’est un peuple à la tête dure ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous un peuple qui t’appartienne. »

Psaume : Ps Dn 3, 52, 53, 54, 55, 56

R/ À toi, louange et gloire éternellement!

Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni soit le nom très saint de ta gloire :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni sois-tu dans ton saint temple de gloire :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni sois-tu sur le trône de ton règne :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni sois-tu, toi qui sondes les abîmes :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Toi qui sièges au-dessus des Kéroubim :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni sois-tu au firmament, dans le ciel :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

2ème lecture : Dans l’amour trinitaire (2Co 13, 11-13)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous.
Exprimez votre amitié en échangeant le baiser de paix. Tous les fidèles vous disent leur amitié.
Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint soient avec vous tous.

Evangile : « Dieu a tant aimé le monde…» (Jn 3, 16-18)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Patrick BRAUD 

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22 février 2014

Boali, ou l’amour des ennemis

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Boali, ou l’amour des ennemis

Homélie du 7° dimanche du temps ordinaire / Année A
23/02/2014

 

Centrafrique : dans un pays en plein chaos, où la guerre civile dégénère en guerre de religion entre musulmans et chrétiens, ils sont quelques-uns à croire à la parole du Christ d’aujourd’hui : « vous avez appris qu’il a été dit : tu aimeras ton prochain. Eh bien moi, je vous dis : aimez vos ennemis ».

Protéger la famille de son ennemi

Boali le 19 janvier 2014.

Nous sommes au nord de Bangui, capitale de la Centrafrique. Le 17 janvier, des combats ont éclaté entre milices chrétiennes (anti-balaka) et musulmanes (Seleka) : six musulmans et chrétiens sont tués, des maisons sont incendiées, dévastées. Les familles musulmanes, craignant que ces représailles des anti-balaka sur les Seleka s’amplifient, s’enfuient affolées, sans savoir où aller. Face à l’urgence, l’abbé Xavier Fagba et son diacre Boris Wiligale ont alors ouvert les portes de leur paroisse (St Pierre) à des centaines de musulmans, dont de nombreux Peuls (éleveurs nomades), fuyant les violences.

Quelque 700 civils selon l’abbé, en majorité des femmes et des enfants, ont déjà passé deux nuits dans l’église au toit de tôle ondulée, gardée par quelque 70 hommes de l’opération militaire française Sangaris.

cf. http://actu.orange.fr/societe/videos/reportage-a-boali-je-ne-permettrai-pas-qu-on-touche-quiconque-dans-mon-eglise-VID0000001FsrC.html

Lors de la messe ce dimanche 19 janvier, l’abbé Xavier invite les paroissiens à sortir de l’église au moment du geste de paix pour aller saluer les musulmans assis dehors. C’est la mise en pratique très concrète, simple et forte, du chapitre 5 de Matthieu d’où est tiré notre évangile de ce dimanche : « Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande. Hâte-toi de t’accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin? » (Mt 5, 23-25).

À la fin de la messe, le diacre Boris partage un repas avec des musulmans, et les encourage à tenir bon.

Voilà une première traduction de l’amour des ennemis : protéger les familles menacées, de quelque bord qu’elles soient. Ne pas confondre légitime défense et anéantissement du clan de l’autre.

Pourquoi agir ainsi ? Pas seulement pour obéir au Christ ; ou plutôt en lui obéissant pour préparer l’après conflit, où il faudra bien se parler à nouveau. Pour sauvegarder la possibilité de manger ensemble, d’habiter ensemble après. Car si les familles des combattants ont été massacrées, humiliées, comment reconstruire un avenir commun ? Quand on sait ce que font les soldats aux femmes et aux enfants des camps adverses dans toutes les guerres, on mesure combien est révolutionnaire cette protection de la famille de ses ennemis.

La réconciliation après la guerre doit s’anticiper pendant la guerre, pour que l’avenir reste ouvert.

 

Apprendre la langue de son ennemi

Lorsqu’il était en prison, Nelson Mandela a voulu apprendre l’afrikaner, la langue de ses ennemis blancs qui l’avaient emprisonné… Impressionnant ! C’est un peu comme vouloir apprendre l’allemand sous l’occupation nazie.

Pourquoi a-t-il voulu le faire ? Pour pouvoir leur parler au coeur. « Vous savez, quand vous parlez afrikaner, vous les touchez droit au coeur ».

C’est réellement impressionnant. Ce n’est pas par calcul pour mieux les affaiblir que Mandela veut apprendre la langue de ses geôliers, mais pour ouvrir avec eux un dialogue qui les touche au plus profond. C’est donc qu’il savait voir le coeur de ses ennemis au-delà de leur uniforme ou de leur position pro-apartheid. C’est donc qu’il traduisait l’amour des ennemis par ce désir de toucher l’autre au coeur.

Sommes-nous prêts à apprendre la langue de nos adversaires ? C’est-à-dire à découvrir leur culture, leur vision du monde, leur génie propre ?

Sommes-nous prêts à parler à leur coeur au lieu de renverser la tyrannie par la force ? Osons-nous faire ce pari d’écouter ce qu’ils portent de plus profond en eux  (et qu’ils ignorent peut-être eux-mêmes) pour y faire appel ?

On peut encore décliner ce commandement si paradoxal du Christ en plusieurs attitudes à portée de main de chacun de nous.

 

Ne pas vouloir haïr.

Même si nous avons des reproches légitimes à faire, nous n’avons pas besoin de nous laisser gagner par le désir de vouloir du mal.

Le mal gagnerait deux fois : la première quand notre ennemi est submergé par la violence, la deuxième quand la violence nous dominerait à notre tour.

Ne pas vouloir haïr est le premier pas pour aimer son ennemi.

 

« Prier pour ceux qui nous persécutent » (cf. Lc 6,28)

C’est la version positive du refus de la haine : bénir ceux qui nous maudissent et nous diffament, vouloir du bien à ceux qui nous font du mal, intercéder auprès de Dieu pour qu’ils vivent. Nous ne savons pas ce qui est bon pour eux, et nous n’avons pas forcément à nous y impliquer ; mais nous pouvons confier à Dieu leur devenir et souhaiter le meilleur pour eux.

À travers ces quelques attitudes, les chrétiens ne manifestent aucune complicité avec le mal. Ils le dénoncent avec vigueur, mais ne confondent jamais une personne avec les actes qu’elle commet. C’est le mal qu’il faut combattre, pas celui qui l’accomplit. Cette distinction est capitale. Sans elle, le Christ n’aurait jamais dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,33). Il savait discerner combien ses bourreaux étaient aveuglés sur la réalité de leurs actes. Sans les excuser, il manifestait qu’ils valent infiniment plus que les clous qu’ils enfoncent  dans sa chair et la dérision dont ils l’enveloppent.

Regardez avec lucidité ceux qui sont vos adversaires : au travail, dans la famille, dans vos relations.

Demandez à Dieu dans la prière la grâce d’aimer vos ennemis, non pas d’une manière sentimentale en attendant que votre coeur batte pour eux, mais en vous engageant résolument dans la volonté de ne pas haïr, de prier pour eux, de protéger ceux qu’ils aiment, tout en dénonçant et combattant le mal commis, jusqu’à la grâce ultime du pardon…

Car il faudra une réconciliation nationale, et il faudra que chrétiens et musulmans réapprennent à vivre ensemble en Centrafrique.

1ère lecture : Tu aimeras ton prochain, car je suis saint (Lv 19, 1-2.17-18)

Lecture du livre des Lévites

Le Seigneur adressa la parole à Moïse : 
« Parle à toute l’assemblée des fils d’Israël ; tu leur diras : Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. Tu n’auras aucune pensée de haine contre ton frère. Mais tu n’hésiteras pas à réprimander ton compagnon, et ainsi tu ne partageras pas son péché. Tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur ! »

Psaume : 102, 1-2, 3-4; 8.10, 12-13

R/ Le Seigneur est tendresse et pitié.

Bénis le Seigneur, ô mon âme, 
bénis son nom très saint, tout mon être ! 
Bénis le Seigneur, ô mon âme, 
n’oublie aucun de ses bienfaits ! 

Car il pardonne toutes tes offenses 
et te guérit de toute maladie ; 
il réclame ta vie à la tombe 
et te couronne d’amour et de tendresse.

Le Seigneur est tendresse et pitié, 
lent à la colère et plein d’amour ; 
il n’agit pas envers nous selon nos fautes, 
ne nous rend pas selon nos offenses. 

Aussi loin qu’est l’orient de l’occident, 
il met loin de nous nos péchés ; 
comme la tendresse du père pour ses fils, 
la tendresse du Seigneur pour qui le craint !

2ème lecture : La sagesse véritable : appartenir tous ensemble au Christ (1 Co 3, 16-33)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
n’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous. 
Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. Que personne ne s’y trompe : si quelqu’un parmi vous pense être un sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. L’Écriture le dit : C’est lui qui prend les sages au piège de leur propre habileté. Elle dit encore : Le Seigneur connaît les raisonnements des sages : ce n’est que du vent ! Ainsi, il ne faut pas mettre son orgueil en des hommes dont on se réclame. Car tout vous appartient, Paul et Apollos et Pierre, le monde et la vie et la mort, le présent et l’avenir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu.

Evangile : Sermon sur la montagne. Aimez vos ennemis, soyez parfaits comme votre Père céleste (Mt 5, 38-48)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Celui qui garde la parole du Christ connaît l’amour de Dieu dans sa perfection. Alléluia. (cf. 1 Jn 2, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Vous avez appris qu’il a été dit : ?il pour ?il, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter. 

Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »
Patrick BRAUD 

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9 novembre 2013

Aimer Dieu comme on aime une vache ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Aimer Dieu comme on aime une vache ?

Homélie du 32ème Dimanche / Année C
Dimanche 10 Novembre 2013

 

Si la Résurrection d’entre les morts n’existait pas, est-ce que cela changerait quelque chose dans votre vie ?

Prenez le temps d’y réfléchir…

Les résultats ne seront sans doute pas les mêmes pour tous.

- Certains découvriront que finalement ils croient suffisamment en l’homme pour se passer d’un au-delà.

- D’autres s’apercevront qu’ils ne se sont jamais posé en vérité la question de « l’après », laissant volontairement dans le flou cette question embarrassante : « on verra bien quand on y sera ! »

- D’autres encore reliront leur histoire, et découvriront que l’espérance en l’amour plus fort que la mort est l’une des clés les plus importantes de leur existence.

Que de choix, que de pardons, que de bifurcations de vies, que de décisions qui en fin de compte reposent sur cette folle certitude : « les morts doivent ressusciter », comme l’exprime Jésus dans notre évangile !

En tout cas les Sadducéens eux, avaient résolu le problème, du temps de Jésus. Pour eux, « pas de résurrection ». Et pourtant ce sont des Juifs, croyants, pratiquants. Pourquoi sont-ils ainsi ?

- Peut-être parce qu’ils imaginent l’autre monde à la manière de celui-ci. Un monde où l’on boit, on mange, on se marie. Un paradis comme un copier-coller des meilleurs moments de la vie humaine. Et du coup cela leur paraît peu probable.

Jésus les renvoie au caractère inimaginable, indicible, de la nouvelle création. Le monde à venir est autre, on ne peut l’imaginer à partir de celui-ci. Même le mariage, sacrement de l’amour divin, sera complètement transformé, transfiguré, à travers le passage de la mort, la Pâque de la Résurrection. « Dans le monde à venir on ne se marie pas », dit Jésus. Il n’y aura plus ni l’homme ni la femme, dira St Paul, qui prendra aussi les comparaisons de la graine et de la plante, du foetus et du nouveau-né, pour évoquer la radicale différence entre ce monde-ci et le monde à venir.

Il nous faut donc renoncer à projeter sur l’au-delà nos représentations d’ici-bas.

Sans renoncer à dire l’essentiel : les morts ressusciteront, ils seront fils de Dieu, ils participeront à la nature même de Dieu. C’est sans doute pour cela d’ailleurs qu’on ne se marie pas dans le monde à venir ; car se marier, c’est privilégier une relation et une seule (normalement !) au point que cette communion entre un homme et une femme est unique. Alors qu’en Dieu qui est amour, toutes les relations sont privilégiées sans qu’une seule doive exclure les autres. Une des significations du célibat des prêtres latins s’enracine là : annoncer dès maintenant ce monde à venir où nous n’aurons plus besoin d’exclure ou de privilégier pour aimer…

Allons plus loin.

- Si les Sadducéens ne croient pas en la Résurrection, à quoi leur sert alors leur foi ? Que leur apporte-t-elle puisque d’après eux tout s’arrête à la mort ?

La réponse est à chercher du côté de la doctrine juive de la rétribution

Selon cette doctrine, chacun est très vite rétribué en fonction de ses actes : le croyant est béni par Dieu qui le fait réussir, les injustes et les méchants sont punis et échouent. Pendant des siècles, le peuple hébreu a cru que sa foi en Dieu lui apporterait bénédictions et richesses sur cette terre, puisqu’il n’y aurait rien après. Il n’y avait rien à attendre dans l’au-delà, mais tout à gagner dès ici-bas : le salaire de la foi, c’était la réussite, la prospérité, la santé, la richesse, une grande et puissante famille.

Bon nombre d’églises protestantes ont d’ailleurs repris ce credo : si Dieu me bénit, alors je serai épargné par le malheur, la maladie et la pauvreté. Si je réussis dans mon business, c’est que je suis béni de Dieu.

Le marxisme s’est inspiré de ce même réalisme en en sécularisant l’espérance : puisqu’il n’y a rien après, construisons dès ici-bas le paradis terrestre, la société sans classes, l’homme nouveau enfin préoccupé de la seule chose qui vaille, cette vie, et elle seule. 

Vous voyez la dérive : supprimez l’espérance en la résurrection, et vous risquez très vite d’instrumentaliser la foi en Dieu, c’est-à-dire de l’utiliser pour ce monde-ci seulement, et de se servir de Dieu pour mes affaires au lieu de le servir Lui.

Maître Eckhart stigmatisait avec un humour féroce ceux qui utilisent la foi pour leurs objectifs purement terrestres :

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 » Celui qui aime Dieu en vue de son propre intérêt
l’aime comme il aime sa vache…
pour le lait et le fromage qu’elle lui donne…
Ainsi font toutes les personnes qui aiment Dieu pour l’extérieur
ou la consolation intérieure…
ils n’aiment pas vraiment Dieu …
mais leur propre avantage… »

(sermon 16b)

 Beaucoup de gens utilisent Dieu non pas pour aller vers lui, mais pour résoudre leurs problèmes. Ils aiment Dieu comme on aime une vache : pour son lait, sa viande, son cuir. Peu de gens aiment une vache pour elle-même… Ils utilisent Dieu comme thérapie personnelle, comme technique de bien-être, comme motivation dans leurs affaires. Ils croient que la foi résout les problèmes, éloigne le malheur, permet de traverser la vie dans de meilleures conditions. C’est presque la doctrine de la rétribution qui revient, sécularisée : peu importe ce qu’il y a après la mort, ce qui compte, c’est que ça me fasse du bien maintenant.

Mais c’est oublier que dans la Bible il y a Job. Job, ou le malheur innocent. Job, le juste qui perd tout, à cause justement de sa foi inébranlable.

C’est oublier encore les martyrs d’Israël et de l’Église.

Ces martyrs dont le 1ère lecture nous racontait le sacrifice : parce qu’ils espéraient en la Résurrection, ils n’ont pas eu peur de tout perdre, refusant d’utiliser Dieu pour s’assurer une vie douillette? Rien à voir avec les kamikazes japonais qui s’écrasaient sur les portes avions américains pour tuer. Rien à voir non plus avec les terroristes musulmans ou autres fanatiques religieux qui se font exploser en pleine ville pour tuer. Non : les martyrs ne tuent pas, ils veulent sauver la vie de leur bourreau, ils aiment leurs ennemis, ils espèrent même les retrouver, frères enfin réconciliés, dans le monde à venir.

Peut-être certains soldats ? nous pouvons l’évoquer, puisque c’est bientôt le 11 Novembre ? ont-ils pu offrir le sacrifice de leur vie pour défendre leur pays dans un esprit semblable ? En espérant un monde réconcilié où cette « foutue guerre » enfin serait définitivement derrière nous !

« Si nous avons mis notre espérance dans ce monde-ci seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes »  (1 Co 13,9).

Que la foi de Jésus, qui est aussi la foi du peuple juif actuel, devienne la nôtre : « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ».

Alors nous pourrons aimer Dieu pour rien, sans lui demander ni richesse ni pauvreté, mi santé ni maladie, mais la sainte indifférence chère à Ignace de Loyola ou à maître Eckhart :

 » Aime Dieu aussi volontiers dans la pauvreté que dans la richesse,
aime le autant dans la maladie que quand tu es en bonne santé,
aime le autant dans la tentation que sans tentation,
aime le autant dans la souffrance que sans souffrance ».
(Maître Eckhart, sermon 30)

 

1ère lecture : Sept frères meurent martyrs dans l’espérance de la résurrection (2M 7, 1-2.9-14)
Lecture du second livre des Martyrs d’Israël

Sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de b?uf, le roi Antiochus voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite.
L’un d’eux déclara au nom de tous : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. »
Le deuxième frère lui dit, au moment de rendre le dernier soupir : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. »
Après celui-là, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna, et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de sa Loi je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver. »
Le roi et sa suite furent frappés du courage de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances.
Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes tortures.
Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie éternelle. »

Psaume : Ps 16, 1.3ab, 5-6, 8.15

R/ Le jour viendra, Seigneur, où je m’éveillerai en ta présence

Seigneur, écoute la justice !
Entends ma plainte, accueille ma prière.
Tu sondes mon coeur, tu me visites la nuit,
tu m’éprouves, sans rien trouver.

J’ai tenu mes pas sur tes traces,
jamais mon pied n’a trébuché.
Je t’appelle, toi, le Dieu qui répond :
écoute-moi, entends ce que je dis.

Garde-moi comme la prunelle de l’?il ;
à l’ombre de tes ailes, cache-moi.
Et moi, par ta justice, je verrai ta face :
au réveil, je me rassasierai de ton visage.

2ème lecture : Exhortation à la persévérance (2 Th 2, 16-17; 3, 1-5)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens

Frères,
laissez-vous réconforter par notre Seigneur Jésus Christ lui-même et par Dieu notre Père, lui qui nous a aimés et qui, dans sa grâce, nous a pour toujours donné réconfort et joyeuse espérance ; qu’ils affermissent votre c?ur dans tout ce que vous pouvez faire et dire de bien.
Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et qu’on lui rende gloire partout comme chez vous. Priez pour que nous échappions à la méchanceté des gens qui nous veulent du mal, car tout le monde n’a pas la foi. Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal. Et, dans le Seigneur, nous avons pleine confiance en vous : vous faites et vous continuerez à faire ce que nous vous ordonnons. Que le Seigneur vous conduise à l’amour de Dieu et à la persévérance pour attendre le Christ.

Evangile : Les morts ressusciteront (brève : 27…38) (Lc 20, 27-38)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus Christ, premier-né d’entre les morts, à toi gloire et puissance pour les siècles. Alléuluia. (cf. Ap 1, 5-6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Des sadducéens ? ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de résurrection ? vinrent trouver Jésus, et ils l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a donné cette loi : Si un homme a un frère marié mais qui meurt sans enfant, qu’il épouse la veuve pour donner une descendance à son frère.
Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme, de qui sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour femme ? »
Jésus répond : « Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne se marient pas,
car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection. Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : ‘le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob’. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui. »
Patrick Braud

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