L'homelie du dimanche

12 janvier 2020

Alors Clarice, les agneaux se sont tus ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Alors Clarice, les agneaux se sont tus ?

Homélie pour le 2° dimanche du Temps Ordinaire / Année A
12/01/2020

Cf. également :

Lumière des nations
Révéler le mystère de l’autre
Pour une vie inspirée
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?

Alors Clarice, les agneaux se sont tus ?

Le Silence des agneauxC’est la dernière réplique d’Hannibal Lecter à l’inspectrice du FBI qu’il a aidé dans l’identification du meurtrier en série qu’elle poursuivait. La jeune Clarice Starling (Jodi Foster) est en effet hantée dans ses nuits par les cris quasi-humains des agneaux qu’on égorgeait dans la ferme paternelle. L’effrayant psychopathe mais néanmoins brillant psychiatre Hannibal Lecter (Anthony Hopkins) avait tout de suite décelé de sa cellule qu’il y avait une faille béante dans la vie de cette jeune femme. Il monnaye la confession de Clarice contre des renseignements sur celui qu’elle veut arrêter (sinistrement surnommé Buffalo Bill, car il découpe la peau de ses victimes) avant qu’il ne massacre une autre fille récemment kidnappée. Elle accepte de lui ouvrir ses cauchemars, et il parvient à la guérir en faisant le rapprochement avec le meurtre de son père, shérif du comté, mort en service, sacrifié sur l’autel de la sécurité de la communauté. Quand on sait que les agneaux qu’on égorge hurlent comme des enfants, il y a largement de quoi traumatiser n’importe qui. Et quand ces cris nous hantent la nuit ou nous réveillent le matin, on peut imaginer à quel point ça rend fou et ce qu’on pourrait donner pour avoir un peu de paix. Alors Clarice se raconte. Et, de fait, « le silence des agneaux » revient pour Clarice à la fin, alors qu’Hannibal arrive à s’échapper de manière spectaculaire et sanglante.

Évidemment, Jean le Baptiste n’a pas vu ce film culte (de 1991) ! Il ne peut mettre cette dose d’horreur et de guérison tout à la fois dans l’expression « agneau de Dieu » par laquelle il désigne son cousin au Jourdain (Jn 1, 29-34). Mais, comme tous les juifs pratiquants, il a vu l’abattoir du Temple de Jérusalem fonctionner à plein régime dans des flots de sang lors des fêtes pascales ou du Yom Kippour notamment. Il a peut-être encore à l’oreille les bêlements apeurés de ces petits de quelques mois, trop proches du hurlement humain pour les oublier vite… Mettre fin à ces rituels meurtriers où de jeunes vies sont sacrifiées soi-disant ‘au nom de Dieu’, voilà une tâche messianique que Jean-Baptiste annonce bientôt réalisée en Jésus. « Voici l’agneau de Dieu » : en substituant la personne de Jésus à l’animal rituel, le prophète du Jourdain accomplit l’intériorisation largement commencée par les autres prophètes avant lui. Ce n’est pas quelque chose d’extérieur à soi qu’il convient d’offrir à Dieu, mais soi-même. Rien ne sert d’égorger des agneaux lors de la Pâque juive, des moutons lors de l’Aïd musulmane, comme l’exprime le psaume de ce dimanche : « tu n’as voulu ni sacrifice ni holocauste. Alors j’ai dit : voici, je viens pour faire ta volonté » (Ps 40,7 ; He 10,8). Certes le gigot pascal aux flageolets demeure le plat familial de ralliement pour le dimanche de Pâques, lointain souvenir du sacrifice des agneaux durant la nuit de l’Exode, dont le sang marquait le linteau des portes juives à épargner. D’ailleurs, les juifs continuent encore à mettre dans leur assiette symbolique du Seder Pessah un os d’agneau rôti, en mémoire de la nuit de l’Exode, à côté des herbes amères, de la compote, du pain azyme etc. Et les musulmans continuent d’égorger le mouton en souvenir de l’animal substitué à Isaac (Ismaël selon eux) pour exprimer la soumission d’Abraham à la volonté divine.

La substitution est inverse en christianisme : pas besoin d’égorger des brebis, des agneaux ou des bœufs comme dans les religions animistes, juive ou musulmane, car c’est à l’homme de s’offrir lui-même en présent à Dieu, sans se défausser sur un animal ou une offrande extérieure. L214 appréciera ce refus d’instrumentaliser un animal à des fins religieuses ! Comme l’exprimera Jésus avec des mots si simples : « aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices » (Mc 12, 28-34). En tant qu’agneau de Dieu, Jésus conteste radicalement tous les systèmes religieux (ou politiques) qui mettent à mort d’autres vivants pour obtenir le salut, au lieu d’inviter chacun à faire mourir en lui ses pulsions inhumaines.

C’est le même mouvement d’intériorisation qui guide Jésus lorsqu’il déclare tous les aliments purs (le porc, les volailles ou les reptiles interdites par la cacherout), car c’est du dedans et non du dehors que provient l’impureté des pensées, des paroles, du désir :

« Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. […]
Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur, parce que cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé ? » C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments.
Il leur dit encore : « Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui le rend impur.
Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. » (Mc 7, 15-23)

« Voici l’agneau de Dieu » sonne donc le glas des systèmes sacrificiels où il faudrait tuer un autre un autre – animal ou humain – pour se rapprocher de l’absolu.

Jean-Baptiste ajoute que cet agneau de Dieu « enlève le péché du monde ». Il y a sans doute superposition dans ses paroles de l’agneau pascal avec le bouc émissaire, cet animal à qui l’on imposait les mains pour le charger de tous les péchés commis par Israël, avant de l’envoyer au désert, séparant ainsi symboliquement le peuple des péchés qu’il avait commis, lui permettant de retrouver sa sainteté originelle (Lv 16). Dans sa Passion, le Christ a revêtu l’humiliation et la dérision réservées aux pires criminels et aux séditieux les plus dangereux aux yeux des Romains. Sur le bois de la croix, « il a été fait péché pour nous » (2 Co 5,21), il incarnait le péché aux yeux des passants. C’est comme s’il s’identifiait à tous les pécheurs de tous les temps, comme s’il portait le péché du monde sur ses épaules avec le patibulum de la croix infamante. Il dénonce le mécanisme du bouc émissaire comme proprement infernal.

Il est bien « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », mis à l’écart comme le bouc émissaire, mais faisant corps avec les pécheurs pour les introduire au cœur de la communion divine. Une sainteté par communion, non par séparation. Unis au Christ, ses amis – quel que soit leur péché – goûterons à l’intimité d’amour qui l’unit à son Père dans l’Esprit. Le bon larron en est témoin. Jean-Baptiste également, dont le texte assure par deux fois qu’il est prêt à témoigner en faveur de Jésus dans le procès qui l’oppose au monde :

« Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’ Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »

C’est donc que nous pouvons nous aussi – nous devons – prendre parti pour les innocents injustement massacrés, témoigner pour ceux qu’on accuse de tous les péchés par peur de les trouver en soi.

Témoigner pour ces chrétiens d’Orient que l’islam opprime (on pense aux chrétiens de Gaza interdits de célébration de Noël à Bethléem, ou aux centaines de milliers de chrétiens persécutés ou exilés d’Irak, d’Iran, du Liban etc. à cause de l’arrogance islamique).

Témoigner pour ces 220 000 enfants non-nés chaque année en France, sous couvert de Droits de l’homme ou de progrès social.

Témoigner devant les puissants en faveur des plus pauvres facilement sacrifiables sur l’autel du progrès néolibéral.

Témoigner pour le respect de toute vie, de toute dignité, des arbres aux animaux jusqu’aux plus fragiles d’entre nous.

Proclamer que Jésus de Nazareth est « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » nous engage à la suite de Jean-Baptiste à déposer comme témoin des innocents à la barre des procès qu’on leur intente. Quitte à prendre des risques pour cela. Quitte à y laisser la vie. Le martyre éthique de Jean-Baptiste nous avertit : appeler mal ce qui est mal peut nous coûter cher, mais notre vocation prophétique nous pousse à ne pas se taire, à crier comme Jean au désert : « voici l’agneau de Dieu ! » Si nous nous taisons, les pierres crieront à notre place… (Lc 19,40).

Et Jésus ?

À la différence des agneaux de Clarice qui hurlaient dans sa mémoire, il n’ouvre pas la bouche lorsqu’il est injustement condamné et supplicié. Par son silence devant ses bourreaux, il apporte en lui une paix que rien ne peut troubler. Par son amour de ses ennemis, il offre une réconciliation qui fera taire la haine. Par sa non-violence, il désarme la fureur des persécuteurs d’aujourd’hui. Par sa victoire sur la mort, il éteint les cris hantant le passé de ceux qui ont fait le mal.

Isaïe l’avait pressenti :

« Devant Dieu, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris.
[…] Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. […]
C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. » (Is 53, 2-12)

Cet agneau de Dieu peut exorciser les frayeurs terrifiantes qui peuplent nos regrets, nos remords, nos péchés les plus impardonnables.

Alors, cher(e) lecteur(rice), les agneaux de tes cauchemars se sont tus ?…

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 49, 3.5-6)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. Et il dit : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

 

PSAUME

(Ps 39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd)
R/ Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté. (cf. Ps 39, 8a.9a)

D’un grand espoir j’espérais le Seigneur :
il s’est penché vers moi
Dans ma bouche il a mis un chant nouveau,
une louange à notre Dieu.

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice,
tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocauste ni victime,
alors j’ai dit : « Voici, je viens. »

Dans le livre, est écrit pour moi
ce que tu veux que je fasse.
Mon Dieu, voilà ce que j’aime :
ta loi me tient aux entrailles.

Vois, je ne retiens pas mes lèvres,
Seigneur, tu le sais.
J’ai dit ton amour et ta vérité
à la grande assemblée.

DEUXIÈME LECTURE

« À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ » (1 Co 1, 1-3)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus, et Sosthène notre frère, à l’Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre.
À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

 

ÉVANGILE

« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29-34)
Alléluia. Alléluia.« Le Verbe s’est fait chair, il a établi parmi nous sa demeure. À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » Alléluia. (cf. Jn 1, 14a.12a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’ Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »
Patrick Braud

 

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25 mars 2018

Comme un agneau conduit à l’abattoir

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 01 min

Comme un agneau conduit à l’abattoir


Homélie pour le Vendredi Saint / Année B
30/03/18

Cf. également :

Vendredi Saint : paroles de crucifié
Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ
Vendredi Saint : les morts oubliés
Vendredi Saint : la déréliction de Marie
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
La Passion du Christ selon Mel Gibson


L214 : ce groupe d’activistes de la cause animale fait régulièrement parler de lui en diffusant sur Internet des vidéos terribles d’animaux tués en abattoirs industriels 
[1]. On ne ressort pas indemne de ces images, ce qui nous révèle à nouveau notre proximité avec toute forme de vie animale. On y voit des porcs massacrés en plusieurs fois, des vaches suspendues vivantes à des crochets, des bêtes écorchées vives, des agneaux bêlant de terreur pressés dans le corridor qui les conduit à une mort certaine…

C’est ce genre d’image que prend Isaïe pour décrire la Passion mystérieuse du serviteur de YHWH dans ses chapitres 40 à 55 :

« Comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? »

Or dans ce serviteur souffrant les rabbins reconnaissent la figure collective d’Israël, peuple choisi pour témoigner de Dieu jusque dans l’horreur de la Shoah. Et les chrétiens quant à eux ont déchiffré l’horreur du gibet de la croix grâce à cette prophétie.

Comme un agneau conduit à l'abattoir dans Communauté spirituelle FlegellIsraël ou Jésus, le serviteur d’Isaïe est comme un agneau conduit à l’abattoir…
Pourquoi ne se révolte-il pas ?
Pourquoi ne pas déposer un recours en justice auprès des autorités compétentes ?
Pourquoi un tel déferlement de haine sur lui ?
Pourquoi ne pas utiliser sa puissance pour anéantir son agresseur ?

Dans le cas d’Israël, la réponse est difficile et sensible. On a accusé les juifs du ghetto de Varsovie de s’être laissés facilement déporter sans résister. On a accusé les déportés d’Auschwitz ou de Ravensbrück de se résigner trop facilement à la mort, alors qu’ils auraient pu numériquement tenter quelque chose comme dans le camp de Sobibor. Comment se fait-il que 6 millions de juifs se soient laissés conduire à l’abattoir sans lutter ? Est-ce un signe de faiblesse impardonnable ?

Les chrétiens, voyant le Christ en filigrane derrière les silhouettes faméliques des matricules dans les camps nazis, se gardent bien d’entonner de tels reproches injustifiés. Reste que la boucherie s’est accomplie sans beaucoup de protestations de victimes (ni des autres hélas !).

« Et pourtant il n’avait pas commis de violence » : on peut tenter un début d’explication par la non-violence, seule véritable arme conduisant au succès final et définitif. La violence nazie a cru réussir, mais sa ruine a été complète. Après la guerre, on s’est rendu compte que finalement les juifs auront triomphé de leur ennemi, la création de l’État d’Israël n’en étant pas le moindre signe. La non-violence vécue jusqu’au bout refuse d’exterminer l’exterminateur, car sinon le mal aurait gagné deux fois : la première en généralisant le meurtre, la seconde en transformant la victime innocente à l’image de son bourreau, la rendant égale à lui dans son inhumanité.
Le prix à payer en est le sacrifice de soi.

Isaïe savait bien que l’agneau est l’animal de Pâques, celui qu’Israël sacrifie pour recouvrer sa liberté. En comparant le serviteur souffrant à un agneau, il intériorise la notion de sacrifice. Le vrai sacrifice n’est pas d’offrir un animal à Dieu, mais de s’offrir soi-même, sans limites, jusqu’à accepter de perdre sa vie à cause de ce que l’on croit. Jésus appellera cela l’amour des ennemis. Notons à nouveau en passant – et cela réjouira L. 214 ! – que l’agneau sauve sa peau dans ce passage du sacrifice extérieur à intérieur…

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La non-violence, artisan du succès final, est sans doute la meilleure clé de lecture de notre texte d’Isaïe. Une non-violence active qui dénonce l’injustice mais refuse d’utiliser les moyens contraires à ce qu’elle annonce.

D’autres interprétations sont possibles. Notamment l’idée que la soumission inconditionnelle à la volonté de Dieu, même la plus absurde en apparence, attire finalement la récompense sur celui qui a tout enduré sans chercher à comprendre ni même à protester. Vous devinez que cette ligne d’interprétation peut très vite flirter avec le radicalisme musulman ou juif : se soumettre sans ouvrir la bouche – même dans le malheur – à la volonté de Dieu peut conduire à toutes les oppressions et tous les fatalismes. Or Job se bat contre Dieu lorsque le malheur innocent le frappe. Et Jésus sue sang et eau à Gethsémani pour entrer dans la volonté de son Père d’aller épouser les sans-Dieu. La deuxième lecture nous le montre se débattant jusqu’au bout pour échapper à la mort si c’était possible :

« Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect » (He 5,7).

Jean, rédigeant son Évangile vers 70, avait bien en tête la figure majestueuse du serviteur souffrant d’Isaïe traversant les injures et les crachats sans rien dire ou presque : « femme voici ton fils » ; « voici ta mère » ; « j’ai soif », « tout est accompli ». Et ce qui est accompli est tout particulièrement l’annonce prophétique d’Isaïe sur la réussite ultime du serviteur défiguré.

Le Christ n’a pas pris d’avocat comme l’espérait peut-être Luc ; il n’a pas levé des milices comme l’espérait Judas ; il n’a même pas ouvert la bouche pour se défendre comme l’attendait Pilate. Arrivé ce moment paroxystique de son opposition frontale aux autorités religieuses et politiques, il savait bien que la partie était déjà jouée et perdue. Ce procès n’était qu’une mascarade. Comme le sont encore les procès de tant de journalistes en Turquie, de délinquants  noirs aux USA, d’opposants politiques en Russie, de soi-disant apostats au Pakistan ou ailleurs… Tout engagé dans un combat d’idées sent le moment où les puissants ne lui feront plus de cadeau quoi qu’il arrive. À partir de là, rien ne sert plus de protester ou de gémir. La mort est inéluctable, sous les pierres de la lapidation à Téhéran ou dans les camps de rééducation communistes. Alors, autant affronter avec calme et sérénité la vague de haine et de violence qui vous broie, le mensonge qui vous déshonore, plutôt que de chercher à inspirer la pitié et de ne nourrir que le mépris des bourreaux. C’est ainsi que les martyrs chrétiens de tous temps et de tous lieux ont su trouver une manière de mourir qui a impressionné le public des cirques romains, des exécutions publiques en Corée, en Afrique, et aujourd’hui encore hélas dans tant de pays du monde.

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Le serviteur réussira : cette folle espérance d’Isaïe nous permet de tenir bon dans les vendredis saints qui sont les nôtres.
C’est la non-violence du Christ qui nous donnera ce succès, dès maintenant et au-delà de la mort.
C’est la condition de serviteur, vécu dans l’offrande de soi et non le sacrifice de quelque chose d’extérieur, qui nous identifiera au Christ élevé près du Père.
Tenons bon dans cette non-violence qui fut celle du Christ.

 

 


[1] . L’association tire son nom de l’article L214-1 du Code rural dans lequel les animaux sont pour la première fois désignés comme « êtres sensibles » dans le droit français : « Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce ».

 

 

Célébration de la Passion du Seigneur
1ère lecture : « C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé »(Is 52, 13 – 53, 12)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme. Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.

Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.

Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.

Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

 

Psaume : 30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25
R/ Ô Père, en tes mains je remets mon esprit. (cf. Lc 23, 46)

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.

Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins ;
je fais peur à mes amis,
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.

On m’ignore comme un mort oublié,
comme une chose qu’on jette.
J’entends les calomnies de la foule :
ils s’accordent pour m’ôter la vie.

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur,
je dis : « Tu es mon Dieu ! »
Mes jours sont dans ta main : délivre-moi
des mains hostiles qui s’acharnent.

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le Seigneur !

 

2ème lecture : Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.  Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

 

Evangile : Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)

Acclamation : Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur.
Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom.
Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. (cf. Ph 2, 8-9)

La Passionde notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean

Indications pour la lecture dialoguée : les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. En ce temps-là, après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils lui répondirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Il leur dit : X « C’est moi, je le suis. » L. Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre. Il leur demanda de nouveau : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils dirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Jésus répondit : X « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » L. Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Or Simon-Pierre avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : X « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? » L. Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. »  Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. Cette jeune servante dit alors à Pierre : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » L. Il répondit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer. Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : X « Moi, j’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette. Pourquoi m’interroges-tu? Ce que je leur ai dit, demande-le à ceux qui m’ont entendu. Eux savent ce que j’ai dit. » L. À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : A. « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » L. Jésus lui répliqua : X « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu? » L. Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe.  Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » L. Pierre le nia et dit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : A. « Est-ce que moi, je ne t’ai pas vu dans le jardin avec lui ? » L. Encore une fois, Pierre le nia. Et aussitôt un coq chanta.  Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire. C’était le matin. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire, pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal. Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda : A. « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » L. Ils lui répondirent : F. « S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi. » L. Les Juifs lui dirent : F. « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. » L. Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans le Prétoire ; il appela Jésus et lui dit : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus lui demanda : X « Dis-tu cela de toi-même, Ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » L. Pilate répondit : A. « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » L. Jésus déclara : X « Ma royauté n’est pas de ce monde ;si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » L. Pilate lui dit : A. « Alors, tu es roi ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la véritéé coute ma voix. » L. Pilate lui dit : A. « Qu’est-ce que la vérité ? » L. Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara : A. « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais, chez vous, c’est la coutume que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Alors ils répliquèrent en criant : F. « Pas lui ! Mais Barabbas ! » L. Or ce Barabbas était un bandit.  Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé. Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils lui posèrent sur la tête ; puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre. Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : F. « Salut à toi, roi des Juifs ! » L. Et ils le giflaient.  Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit : A. « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara : A. « Voici l’homme. » L. Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : F. « Crucifie-le! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Ils lui répondirent : F. « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » L. Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus : A. « D’où es-tu? » L. Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : A. « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et pouvoir de te crucifier ? » L. Jésus répondit : X « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moisi tu ne l’avais reçu d’en haut ;c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi porte un péché plus grand. » L. Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Juifs se mirent à crier : F. « Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » L. En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors; il le fit asseoir sur une estrade au lieu-dit le Dallage – en hébreu : Gabbatha. C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs : A. « Voici votre roi. » L. Alors ils crièrent : F. « À mort ! À mort ! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Vais-je crucifier votre roi ? » L. Les grands prêtres répondirent : F. « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » L. Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié.  Ils se saisirent de Jésus. Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu-dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : F. « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais : “Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.” » L. Pilate répondit : A. « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. »  L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : A. « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ;ils ont tiré au sort mon vêtement.C’est bien ce que firent les soldats.  Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : X « Femme, voici ton fils. » L. Puis il dit au disciple : X « Voici ta mère. » L. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : X « J’ai soif. » L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : X « Tout est accompli. » L. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.  (Ici on fléchit le genou, et on s’arrête un instant.)  Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé.Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.  Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Patrick BRAUD

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29 juin 2016

Les 72

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

LES 72

 

Homélie du 14° Dimanche / Année C
Dimanche 3 Juillet 2016

 

Cf. également :

Briefer et débriefer à la manière du Christ 

Qu’est-ce qui peut nous réjouir ?

Secouez la poussière de vos pieds

Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »

Medium is message

 

Qui sont ces 72 dont seul parle Luc ?

Pourquoi un 2ème groupe à côté des 12 Apôtres ?

La question nous intéresse, car autant le dire tout de suite, c’est notre mission qui est en jeu dans celle des 72.

Afficher l'image d'origineIls sont 72, ce qui d’après Gn 10,1-32 (dans la version grecque des Septante) évoque la postérité des fils de Noé qui repeuple la terre après le déluge et avant Babel. Ce nombre 72 symbolise donc l’ensemble des nations, avec qui Dieu désire entrer en alliance.

Les 72 ne remplacent pas les 12 ; ils s’ajoutent à eux.

Les 12 sont les apôtres, symbolisant les 12 tribus d’Israël, envoyés du temps de Jésus. Les 72, eux, sont envoyés par « le Seigneur », c’est-à-dire par le Christ ressuscité, à toutes les nations.

Les 72 complètent l’action des 12, comme la somme de 72 et 12 l’indique : 6 x 12 + 1 x 12 = 7 x 12, soit la plénitude d’Israël (7 est le chiffre de la Création : les 7 jours; 12 est le nombre des tribus d’Israël) = l’Église des nations. (Notez que la prophétesse Anne au Temple de Jérusalem chez Luc avait justement… 84 ans = 7×12 ! Elle annonce en elle-même l’universalité de la foi chrétienne lorsqu’elle accueille le bébé Jésus au Temple…)

Au-delà des chiffres, on voit bien que Luc écrit pour montrer que les envoyés après les Apôtres ont bien été voulus par Jésus lui-même. Après Pâques, le Seigneur continue d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.

 

Regardons ensemble les caractéristiques de ces 72.

 

1.    Ils sont autres que les 12

Le texte dit en effet : « le Seigneur en désigna 72 autres ».

Gardons nous d’ajouter trop vite : 72 autres disciples ou apôtres. Le texte dit qu’ils sont autres. Le nouvel envoyé est à la fois « autre » et en lien étroit avec ceux qui l’ont précédé. Il est « autre » en raison de la période nouvelle dans laquelle il est envoyé, et parce que les cultures à qui il s’adresse sont autres.

Ces 72 s’ajoutent aux 12, mais à la deuxième génération de missionnaires. St Luc sait qu’ils seront « autres ». Le groupe des 12 est unique, car témoin de la Résurrection du Christ; il n’y en aura pas d’autre. Grâce aux 72, la Parole initiale résonne au-delà des frontières, et sollicite de nouveaux auditoires.

C’est la nouveauté de notre mission chrétienne à chaque génération : il s’agit à la fois de prolonger l’action des 12 et en même temps d’être autres, de faire du neuf !

 

2.    Ces 72 sont envoyés là où le Christ n’est pas encore allé, mais projette de venir

Autrement dit, ils doivent préparer sa venue, défricher le terrain, être « en avant » du Christ.

Afficher l'image d'origineComment ne pas y voir l’immense champ d’apostolat des laïcs ? Les baptisés envoyés vivre leur foi dans les domaines politiques, économiques, culturels…

Là où le Christ n’est pas encore allé.

Explorer par exemple le champ de la recherche scientifique, du débat bioéthique, dans de redoutables questions que la foi chrétienne n’a pas encore pu éclairer.

Il y a tant de réalités humaines où le Christ n’est pas encore allé ! Aux baptisés de parcourir, en précurseurs, ces réalités nouvelles où le Seigneur lui-même voudrait se manifester…

 

3.    Ces 72 sont envoyés 2 par 2 : quelle sagesse !

Afficher l'image d'originePour éviter que l’un d’entre eux ne s’accapare le succès ou l’échec de leur mission ;

pour éviter de trop personnaliser l’annonce de la foi à la manière d’un gourou ;

pour se soutenir mutuellement… : les raisons sont nombreuses d’y aller 2 par 2.

Jamais seul.

Aujourd’hui encore c’est un critère sûr pour envoyer quelqu’un dans une responsabilité particulière : jamais seul ; toujours avec une équipe, au moins 2.

Équipe d’accompagnement au deuil, équipe d’Animation Pastorale, visite des malades, chargé des finances paroissiales au sein du Conseil économique, etc.… Jamais seul, au moins 2 par 2, en équipe : c’est une règle de sagesse.

 

4.    Ces 72 sont envoyés « comme des agneaux au milieu des loups »

Ce qui d’une part situe leur mission comme un combat contre le mal (« Je voyais Satan tomber comme l’éclair » dira Jésus), de façon très réaliste, et d’autre part leur interdit d’utiliser les même moyens que le mal pour triompher.

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Ce serait laisser gagner les loups que de nous transformer nous-même en loups ; mieux vaut demeurer agneau, quitte à le payer au prix fort, comme « l’Agneau de Dieu », pariant sur l’espérance qu’un jour « le loup habitera avec l’agneau » (Is 11,6).

L’envoyé ne veut pas la mort de ses adversaires, mais qu’ils vivent. Il ne répond pas au mal par le mal.

 

5.    Ces 72 devront apprendre à recevoir de ceux vers qui ils sont envoyés

« Là où vous serez accueillis, mangez ce qu’on vous offrira. Restez dans cette maison, acceptez ce qu’on vous servira ». Autrement dit : les cultures nouvelles vers qui vous êtes envoyés ont quelque chose à vous donner ; vous devez apprendre à recevoir d’elles, à vous nourrir de leurs richesses et pas seulement à leur donner.

C’est capital pour ne pas arriver en conquérant colonisateur ! En partageant l’intimité d’un peuple, d’une histoire étrangère, on reçoit beaucoup, on reçoit même de quoi vivre, et cela change fondamentalement l’annonce de l’Évangile. Annonce qui se fait alors de l’intérieur d’un peuple, et non de l’extérieur.

Apprenez à recevoir de ceux à qui vous désirez annoncer l’Évangile.

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6.    Ces 72 seront confrontés à l’échec

Patrick BraudIl y a des villes qui ne les accueilleront pas. Au lieu de perdre du temps, ils devront alors secouer la poussière de leurs sandales tout en maintenant que « le Règne de Dieu est tout proche ».

Savons-nous assez secouer la poussière de nos pieds lorsque le Christ n’est pas accueilli, pour aller l’annoncer ailleurs ?…

 

7.    Ces 72 reviennent tout joyeux raconter au Seigneur comment s’est passée leur mission

Afficher l'image d'origineRendre compte de la responsabilité exercée ; faire le point, un bilan personnel et collectif.
Débriefer.

Notre culture ecclésiale pratique trop peu l’évaluation.

Nous sommes mal à l’aise avec la culture du résultat.

Et pourtant c’est de raconter qu’ils sont joyeux.

Pratiquons nous assez ce retour de mission où on revient sur les succès, les échecs, en apprenant à nous réjouir de l’essentiel : nos noms « inscrits dans les cieux » ?

 

Décidément, ces 72 sont bien actuels !

À nous de le méditer pour la vie de notre Église aujourd’hui, mais également dans les responsabilités profanes auxquelles nous sommes envoyés…

 

 

 

1ère lecture : « Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve » (Is 66, 10-14c)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Réjouissez-vous avec Jérusalem ! Exultez en elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous tous qui la pleuriez ! Alors, vous serez nourris de son lait, rassasiés de ses consolations ; alors, vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire. Car le Seigneur le déclare : « Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve et, comme un torrent qui déborde, la gloire des nations. » Vous serez nourris, portés sur la hanche ; vous serez choyés sur ses genoux. Comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés. Vous verrez, votre cœur sera dans l’allégresse ; et vos os revivront comme l’herbe reverdit. Le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs.

Psaume : Ps 65 (66), 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20

R/ Terre entière, acclame Dieu, chante le Seigneur ! (cf. Ps 65, 1)

Acclamez Dieu, toute la terre ;
fêtez la gloire de son nom,
glorifiez-le en célébrant sa louange.
Dites à Dieu : « Que tes actions sont redoutables ! »

Toute la terre se prosterne devant toi,
elle chante pour toi, elle chante pour ton nom.
Venez et voyez les hauts faits de Dieu,
ses exploits redoutables pour les fils des hommes.

Il changea la mer en terre ferme :
ils passèrent le fleuve à pied sec.
De là, cette joie qu’il nous donne.
Il règne à jamais par sa puissance.

Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu :
je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme ;
Béni soit Dieu qui n’a pas écarté ma prière,
ni détourné de moi son amour !

2ème lecture : « Je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus » (Ga 6, 14-18)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères, pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. Ce qui compte, ce n’est pas d’être circoncis ou incirconcis, c’est d’être une création nouvelle. Pour tous ceux qui marchent selon cette règle de vie et pour l’Israël de Dieu, paix et miséricorde. Dès lors, que personne ne vienne me tourmenter, car je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus. Frères, que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit. Amen.

Evangile : « Votre paix ira reposer sur lui » (Lc 10, 1-12.17-20)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Que dans vos cœurs, règne la paix du Christ ; que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse.
Alléluia. (Col 3, 15a.16a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 En ce temps-là, parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore 72, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre. Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin. Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’ S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté. Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : ‘Le règne de Dieu s’est approché de vous.’ » Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, allez sur les places et dites : ‘Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché.’ Je vous le déclare : au dernier jour, Sodome sera mieux traitée que cette ville. »

Les 72 disciples revinrent tout joyeux, en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. » Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair. Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire. Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »
Patrick BRAUD

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20 avril 2013

L’agneau mystique de Van Eyck

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L’agneau mystique de Van Eyck

 

Homélie du 4° Dimanche de Pâques / Année C
21/04/2103

 

La vision de Jean dans l’Apocalypse (Ap 7) a inspiré de nombreuses oeuvres d’art, dont la plus célèbre est le triptyque des frères Van Eyck : l’Agneau mystique (1432). Exposé sous très haute protection (car victime de 13 vols en quelques six siècles !), ces trois volets repliables constituent l’un des sommets de la peinture occidentale. Ce retable marque le passage du Moyen Âge iconographique à la Renaissance naturaliste, tout en élaborant une synthèse théologique extraordinairement puissante.

 

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On y voit bien la foule dont parle l’Apocalypse, et l’Agneau qui trône sur l’autel.

On y reconnaît les vainqueurs de « la grande épreuve », palmes à la main, en vêtements blancs.

« Celui qui siège sur le trône » est bien représenté, établissant un axe trinitaire structurant l’ensemble :

- le Père est assis sur le trône en haut (même si certaines interprétations y voient le Fils, notamment à cause du manteau rouge sang) ;

- le Fils est désigné sous l’aspect de l’Agneau mystique sur l’autel ;

- l’Esprit Saint, sous la forme d’une colombe, irradie tous les personnages de ses rayons dorés éblouissants.

La cathédrale saint Bavon de Gand (en Belgique) est ainsi devenu l’écrin de ce joyau de la foi chrétienne.

Détaillons-en quelques éléments théologiquement remarquables.

Le point focal vers lequel tous les regards convergents est bien sûr le Christ, l’Agneau mystique. Il est vainqueur de la mort, mais reste offert sur l’autel, et continue de verser son sang dans un calice représentant celui de l’eucharistie. Ce calice possède une base octogonale, comme est octogonale la fontaine de vie qui irrigue le paysage de son eau vive, juste en dessous, symbole des sacrements qui irriguent l’Église.

Octogonale : 8 est le chiffre de la Résurrection (le Christ est ressuscité un dimanche, c’est-à-dire le huitième jour de la semaine juive) : c’est donc que la vie éternelle, plus forte que de la mort, est offerte à tous dans l’eucharistie et les autres sacrements de l’Église.

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Autour de l’Agneau mystique, 12 anges sont en adoration.

Quatre de ces anges tiennent en main les instruments de la Passion (la colonne où le Christ a été fouetté, le fouet, l’éponge et le vinaigre, la croix, qui pourrait bien être un tau à la manière franciscaine, la lance qui a percé le coeur). La Passion du Christ est donc pour le salut de tous les peuples (quatre est le chiffre de l’universel : les quatre points cardinaux, les quatre vents etc.). Et l’Église est l’Israël de Dieu (les 12 tribus) rassemblé devant le Christ.

Deux autres anges font voler les encensoirs dans les airs, marquant ainsi le côté permanent du service d’adoration « jour et nuit » comme le décrit l’Apocalypse.

Mais plus de Temple sur le retable : c’est la nature elle-même qui est devenue le monde nouveau, où Dieu est « tout en tous ». « Dans la cité, je n’ai pas vu de temple, car son Temple, c’est le Seigneur, le Dieu tout-puissant, et l’Agneau. » (Ap 21,22)
Plus de soleil ni de lune non plus, car l’Apocalypse là encore précise que le Christ lui-même est le flambeau qui éclaire tout.

Vers l’autel central marche quatre groupes de personnages, en croix de saint André, s’approchant symétriquement de l’Agneau mystique.

En haut à gauche, des hommes d’Église, martyrs, tenant en main des rameaux.

En haut à droite, les femmes, vierges, martyres et princesses, palmes à la main, constituent elles aussi un cortège d’entrée triomphale dans la Jérusalem céleste (Ap 7,10).

En bas à gauche, les prophètes de l’Ancien Testament, leur livre prophétique à la main, sont eux aussi associés à cette victoire sur la mort. Signe qu’au XV° siècle, les chrétiens n’avaient pas perdu de vue ce que Paul écrivait en Rm 9-11 : « Dieu n’a pas rejeté le peuple que d’avance il a discerné » (Rm 11,2).

Le Concile Vatican II le redira dans la déclaration Nostra Aetate :

« les Juifs restent encore, à cause de leurs pères, très chers à Dieu, dont les dons et l’appel sont sans repentance. Avec les prophètes et le même apôtre, l’Église attend le jour, connu de Dieu seul, où tous les peuples invoqueront le Seigneur d’une seule voix et « le serviront sous un même joug » ». (NA n°4)

Avant que les pogroms et autres persécutions éclatent contre les juifs en Europe, les frères Van Eyck proclamaient de manière éclatante que juifs et chrétiens sont associés à part égale à la Jérusalem céleste.

 

Plus encore, derrière les prophètes juifs, on reconnaît à leur faciès des sages et philosophes païens venus de tous les continents, (et parmi eux sans doute Virgile, vêtu de blanc, une couronne tressée à la main). C’est donc que le salut est offert largement à tous les hommes de sagesse qui ont cherché la vérité dans leur culture, et pas seulement aux fils d’Abraham. Belle affirmation de l’universalité du salut, hors des frontières visibles de l’Église !

 

En bas à droite, reconnaissables à leurs habits liturgiques, viennent les prêtres, diacres (Etienne y porte les pierres de sa lapidation), évêques, papes et autres membres de l’Église, derrière les 12 apôtres représentés pauvrement habillés de leur robe de bure. À égalité avec Israël et les païens, l’Église est conviée à se désaltérer à la fontaine de vie, au calice de l’eucharistie.

 

Dans le paysage en arrière-plan, on reconnaît mille et un détails réalistes de l’époque des frères Van Eyck (Hubert et Jan) : les clochers, les villes, les plantes, les passants sur le chemin, les forêts renvoient au monde connu des Gantois, ainsi qu’à l’immensité du monde à découvrir (cf. les espèces végétales non européennes).

 

Le retable replié fait apparaître le « Oui » de Marie à l’Annonciation : l’écart  extrême entre l’acceptation d’une jeune femme de la Palestine occupée par les Romains et l’ouverture de la source de vie à toutes les nations qu’elle permet ainsi !

 

Cette magnifique méditation sur l’Apocalypse attire des centaines de milliers de touristes à Gand chaque année. Le reste de la ville mérite d’ailleurs largement le détour.

 

Que l’Agneau mystique nous fasse également faire ce détour par l’Apocalypse, pour nous dévoiler (c’est le sens du mot Apocalypse) le sens ultime de notre marche à travers « la grande épreuve »

 

 

 

1ère lecture : L’Évangile annoncé aux païens (Ac 13, 14.43-52)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

Paul et Barnabé étaient arrivés à Antioche de Pisidie. Le Jour du sabbat, ils entrèrent à la synagoque. Quand l’assemblée se sépara, beaucoup de Juifs et de convertis au judaïsme les suivirent. Paul et Barnabé, parlant avec eux, les encourageaient à rester fidèles à la grâce de Dieu.
Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur. Quand les Juifs virent tant de monde, ils furent remplis de fureur ; ils repoussaient les affirmations de Paul avec des injures. Paul et Barnabé leur déclarèrent avec assurance : « C’est à vous d’abord qu’il fallait adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les païens. C’est le commandement que le Seigneur nous a donné : J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre.
En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux que Dieu avait préparés pour la vie éternelle devinrent croyants. Ainsi la parole du Seigneur se répandait dans toute la région.
Mais les Juifs entraînèrent les dames influentes converties au judaïsme, ainsi que les notables de la ville ; ils provoquèrent des poursuites contre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire. Ceux-ci secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds et se rendirent à Iconium, tandis que les disciples étaient pleins de joie dans l’Esprit Saint.

Psaume : Ps 99, 1-2, 3, 5

R/ Tu nous guideras aux sentiers de vie, tu nous ouvriras ta maison, Seigneur.

Acclamez le Seigneur, terre entière,
servez le Seigneur dans l’allégresse,
venez à lui avec des chants de joie ! 

Reconnaissez que le Seigneur est Dieu : 
il nous a faits, et nous sommes à lui, 
nous, son peuple, son troupeau. 

Oui, le Seigneur est bon, 
éternel est son amour, 
sa fidélité demeure d’âge en âge.

2ème lecture : La joie éternelle des rachetés (Ap 7, 9.14b-17)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean
Moi, Jean, j’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main.

L’un des Anciens me dit :« Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils se tiennent devant le trône de Dieu, et le servent jour et nuit dans son temple. Celui qui siège sur le Trône habitera parmi eux. Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif,la brûlure du soleil ne les accablera plus, puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire vers les eaux de la source de vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. »

Evangile : Le Bon Pasteur donne la Vie à ses brebis (Jn 10, 27-30)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus, le bon Pasteur, connaît ses brebis et ses brebis le connaissent : pour elles il a donné sa vie. Alléluia. (cf. Jn 10, 14-15)
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jésus avait dit aux Juifs : « Je suis le Bon Pasteur (le vrai berger). » Il leur dit encore : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main.
Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut rien arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. » 
Patrick BRAUD

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