L'homelie du dimanche

3 mai 2020

Gestion de crise

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Gestion de crise 


Homélie du 5° Dimanche de Pâques / Année A
10/05/2020

Cf. également :

Que connaissons-nous vraiment les uns des autres ?
Le but est déjà dans le chemin
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
De l’achat au don
Quand Dieu appelle
La gestion des conflits

Suivons notre première lecture (Ac 6, 1-7) qui nous raconte comment une grave crise a secoué l’Église naissante de Jérusalem. Découvrons au fil du texte les éléments et les étapes qui ont permis de surmonter cette crise.

 

Le nombre de chrétiens peut être un problème

Évidemment, en Occident aujourd’hui, on a un peu perdu de vue ce genre ce souci-là… Mais allez visiter les Églises d’Afrique noire : elles croulent sous le nombre de catéchumènes adultes, de catéchèses d’enfants, de pratiquants remplissant les lieux de culte toutes les heures le dimanche matin dès l’aube… Devant un tel afflux, bien des problèmes se posent. La question de l’authenticité du désir de devenir chrétien par exemple. Les Pères de l’Église au IV° siècle (après l’édit de Constantin) étaient presque nostalgiques des temps des persécutions où demander le baptême était un acte de vie ou de mort. Les ermites fuyaient la tiédeur chrétienne envahissante des villes ; ils ont ainsi ouvert la voie au monachisme, en Égypte et ailleurs. Notre première lecture nous raconte que dès le début, « le nombre des disciples augmentait », provoquant dissensions et récriminations (« murmures », comme dans le désert contre Moïse). Ici, le problème est à la fois ethnique (les Grecs se sentent discriminés) et éthique (les veuves, c’est-à-dire les plus pauvres du groupe, sont désavantagées).

La croissance numérique est une chance mais également une épreuve pour la toute naissante Église de Jérusalem. Ne rêvons pas la santé spirituelle des jeunes Églises de ce siècle : le nombre n’est pas une garantie de vérité, de droiture, de justice. C’est même un piège dans lequel l’Occident est tombé et a largement pataugé. Avec le nombre, l’Église s’enivre de devenir puissante et riche. Avec le nombre, elle veut contrôler toute la vie sociale pour y imposer sa morale, son rythme temporel, sa vision du monde. Avec le nombre, les conflits ethniques importés dans les communautés chrétiennes deviennent explosifs, les injustices se multiplient.

À confondre croissance spirituelle et croissance numérique, les désillusions peuvent être cruelles et les lendemains douloureux. Le cléricalisme des prêtres se comportant comme des chefs de clan engendrera des réactions violentes, la richesse accumulée témoignera contre l’institution ecclésiale, la domination exercée sur les esprits se paiera en rejet indigné et en athéisme généralisé etc. Ne soyons donc pas idolâtres du nombre (de baptêmes, d’ordinations, d’écoles catholiques etc.) mais soyons d’autant plus exigeants que davantage de gens se tournent vers le Christ. La tentation d’une Église minoritaire est le repli identitaire, l’illusion d’être une Église de purs. La tentation d’une Église majoritaire est la tiédeur, la compromission, la domination sociale, la reproduction des injustices et des oppositions en son sein.

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Les trois péchés de l’Église naissante

Les ennuis s’accumulent ! Les veuves grecques récriminent parce qu’elles se sentent désavantagées. Les oppositions ethniques (grec vs hébreux ici) sont transposées dans la communauté, contredisant ainsi sa vocation de fraternité universelle. Les injustices se multiplient, parce que dans l’entraide on avantage certains et pas d’autres. Et enfin la division commence à ruiner la communauté, s’alimentant de ces conflits ethniques et de ces injustices criantes.
La crise est donc triple : ethnique, éthique, ecclésiale.

 

Péché ethnique

414B7sR04QL._SX258_BO1,204,203,200_ Actes dans Communauté spirituelleRappelons-nous que l’ensemble du Rwanda était considéré comme chrétien avant que le génocide montre des chrétiens exterminant d’autres chrétiens avec qui il avait chanté et  communié le dimanche précédent à l’église. Souvenons-nous que l’Allemagne avant Hitler était considérée comme chrétienne (luthérienne et catholique), sans que cela empêche le peuple de haïr les juifs et de plébisciter leur Führer jusqu’à la fin. Ou encore que l’Église protestante d’Afrique du Sud a légitimé l’apartheid Bible en main jusqu’à sa chute.

Ce péché ethnique des Églises locales pèse lourd, contre-témoignage flagrant qui éloigne les générations suivantes pour longtemps, non sans raison.

 

Péché éthique

Le péché éthique de l’Église n’est pas moins dramatique. Pour avoir négligé les pauvres du royaume de France au profit des évêques, des puissantes abbayes et des princes, l’Église de France sous l’Ancien Régime a fait monter la colère révolutionnaire du bas clergé et du Tiers État contre cette insolence matérielle étalée sous les yeux du peuple criant famine. Les vandalismes des cathédrales, monastères et autres propriétés d’Église à partir de 1789 expriment le ressentiment des délaissés de l’institution ecclésiale. Prenons garde aujourd’hui encore de par le monde à ne pas désavantager les plus pauvres dans notre vie ecclésiale ! Ils ne nous le pardonneront pas ; et nous nous renierions nous-mêmes.

 

Péché ecclésial

Le dernier péché de la communauté de Jérusalem est ecclésial : ces dissensions abîment la communion fraternelle qui est la vocation même de l’Église. Vatican II la définit comme « le sacrement de la communion trinitaire » (CEC 747 ; 1108) : c’est donc que chacun, quelles que soient ses opinions et même ses croyances, doit pouvoir trouver en elle un avant-goût de la communion qui unit le Père au Fils dans l’Esprit. Les divisions, les clans et les fractures compromettent gravement l’identité même de l’Église, son témoignage. Comment croire que Dieu est Un si les relations des chrétiens entre eux ne reflètent pas – au moins partiellement – cette communion d’amour fondatrice. ?

 

La gestion de la crise

Cette expression nous parle, en cette période de pandémie Coronavirus…
Ac 6 nous livre un processus de gestion de crise exemplaire, dont nous pourrions nous inspirer pour les crises actuelles.

Que faire ?

Conile de Jérusalem - Sanhédrin- D’abord, il faut reconnaître le problème, et oser le nommer. Au lieu de minorer le nombre de morts comme la Chine au début de la crise, au lieu de traiter de « grippounette » la maladie, au lieu d’afficher une confiance imperturbable en l’économie ( -0,1% du PIB français nous disait-on au début !), de « masquer » le nombre de protections disponibles etc., mieux vaut dire la vérité et exposer clairement les difficultés et les enjeux à tous. En tout cas c’est ce que font les Douze, en convoquant l’assemblée (« tous les disciples ») pour leur exposer la situation telle qu’elle est.

Devant une crise, plusieurs attitudes sont possibles. On peut l’exacerber jusqu’au conflit, jusqu’à la rupture (l’histoire des schismes est longue…). On peut nier le problème en l’ensevelissant sous des discours lénifiants (du style : « soyez gentils, soyez patients, tout finira bien par s’arranger »), irréalistes (« mais non, tout va bien »), lénifiants (« Dieu nous envoie cette épreuve »)… Visiblement, ce ne sont pas ces dénis de la crise que choisit la communauté de Jérusalem ! Les Douze convoquent la « foule » des disciples : ils ont conscience de porter la difficulté devant toute la communauté ; c’est la grande assemblée convoquée (ek-klesia en hébreu) qui doit permettre de surmonter la crise (et pas un petit comité d’experts). Dans cette assemblée, il y a des débats, des prises de parole faisant autorité (c’est à dire recueillant un consensus) où les Douze jouent leur rôle, et font jouer un rôle actif à la « foule » (choisir 7 hommes à appeler, prier…). Le dénouement indique que l’Esprit agissait dans l’Église lors de la gestion de cette crise : l

Ne pas tricher, ne pas mentir à son peuple, ne pas minorer ni surjouer l’épreuve : l’attitude des Douze est celle de responsables qui savent avoir besoin de tous pour dépasser la crise. Ainsi, la Parole du Seigneur reprend sa croissance numérique sans compromission…

 

- Puis il faut proposer des solutions en y impliquant tout le monde.
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Les Douze font preuve de créativité et d’imagination en proposant d’établir sept hommes  pour le service des pauvres. Jésus n’avait jamais demandé cela. Leur lavant les pieds, il avait certes demandé à toute l’Église de rester en tenue de service. C’est l’intelligence pratique des Douze qui leur font donc inventer les ministères des Sept, qui deviendra le ministère diaconal. Or, ces Sept-là, Jésus ne les avait pas suscités. C’est l’Esprit (via la prière, l’imposition des mains, le consensus…) qui, au cœur des débats de l’Église convoquée, fait surgir des appels nouveaux pour des temps nouveaux.

Pourquoi ne pas continuer à pratiquer cette même créativité, en matière de ministères notamment, sous l’impulsion de l’Esprit Saint ? Pourquoi ne pas appeler aujourd’hui des femmes à ce ministère diaconal ? Ou inventer d’autres formes de charges pastorales adaptées aux situations locales (comme l’ont fait par exemple au XIX° siècle les Pères Blancs avec les catéchistes laïcs en Afrique noire ) ?

Dans le choix des Sept, il faut souligner l’implication active de la communauté. Ce ne sont pas les Douze qui choisissent, mais tout le monde. « On » (= tous) présente aux apôtres sept hommes, qui a priori ne sont pas candidats eux-mêmes (pas d’élections, pas de campagne électorale) mais qu’on appelle. « Nous avons besoin d’hommes comme vous pour résoudre la crise et pour maintenir notre Église servante et fraternelle. Acceptez-vous ? Nous sommes libres de vous appeler. Vous êtes libres de dire oui ou non. » Autrement dit, la vocation à ce ministère diaconal (comme au ministère presbytéral) ne relève pas d’abord du désir individuel de candidats qui se proposeraient d’eux-mêmes, mais du discernement de la communauté qui choisit, appelle et présente aux apôtres ceux qu’elle désire établir diacres. Pastorale des vocations et qualité de vie communautaire sont liées, dirait-on aujourd’hui. Au lieu de réduire la vocation à un parcours individuel où quelqu’un se sentirait appelé par Dieu en direct, les Actes des Apôtres nous montrent l’appel pratiqué par une communauté, en fonction de ses besoins.

Beaucoup de nos dérives cléricales viennent d’un certain gauchissement de cette procédure d’appel…

Si on transpose sur le plan politique (ou sanitaire), l’adhésion, l’implication et la participation de tous aux mesures d’urgence se révèle être une condition indispensable pour l’efficacité des décisions prises. Ce qui demande d’élaborer ces décisions avec ceux qui sont sur le terrain, et non pas au-dessus d’eux ou contre eux (cf. les déplorables polémiques sur la chloroquine, ou sur les masques etc.). La co-construction des chemins de sortie de crise ne sera jamais remplacée par l’opinion – au demeurant utile – des experts ou de la technostructure. C’est quelquefois plus long (quoique, avec les moyens numériques contemporains, on peut aller aussi vite que la communauté de Jérusalem pour choisir les Sept !). Mais sans l’adhésion, la participation et l’engagement de tous, les décisions prises au sommet seront inopérantes, voire contre-productives. Un exemple parmi d’autres : dès le début la crise, la Direction Générale d’un géant de la grande distribution (Auchan) a annoncé très vite une prime de 1000 € pour les salariés en magasin, c’est-à-dire en première ligne pour nourrir les habitants, exposés à la contamination. Décision patronale pour une fois saluée  unanimement par tous, syndicats y compris, comme une reconnaissance du travail accompli par ces héros de l’ordinaire (même si des masques, des gants, des protections auraient été utiles dès les premières semaines en magasin…). Las ! La mise en œuvre de cette décision passe par les mains de la Direction des Ressources Humaines ou plutôt de ses techniciens qui raisonnent en frais de personnel. Ils décident alors - selon une logique toute comptable - de proratiser cette prime en fonction du temps de travail. Tollé chez les syndicats, émotion dans l’opinion publique, incompréhension des salariés pour qui le risque de contamination n’est pas proportionnel à leur temps de présence au contact des clients… Et voilà comment une bonne décision à l’origine est ‘gâtée’ (comme on dirait en Afrique !) par une mise en œuvre d’une technostructure soi-disant experte (et donc croyant n’avoir pas besoin de concertation avec le terrain)… Un vrai gâchis !

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Bref : articuler le communautaire (tout le monde), le collégial (les Douze), et le personnel (cf. le rôle de Pierre dans les autres résolutions de conflits comme Ac 15 etc.) demeurent un triptyque indispensable à toute gestion de crise, à toute action politique authentiquement humaine [1].

La fin du récit d’Actes 6 montre la résolution du conflit et ses conséquences : la croissance reprend, cette fois-ci qualitative et quantitative, et même les prêtres juifs (les Cohen) embrassent la foi au Christ (ce qui posera d’autres problèmes plus tard, comme la sacerdotalisation du ministère presbytéral… mais ceci est une autre histoire !).
La foi peut se nourrir des crises pour grandir.
On pourrait presque poser un regard hégélien sur cet épisode des Sept à Jérusalem. La crise est utile en ce sens qu’elle force la communauté à affronter ses conflits internes, à progresser dans la compréhension de sa vocation, à inventer de nouveaux chemins pour surmonter les contradictions présentes. La crise comme moteur de l’histoire en somme ! Cette Aufhebung [2] ecclésiale n’est pas unique dans les Actes des Apôtres : relisez le remplacement de Judas par Matthias, l’hypocrisie d’Ananie et Saphire, la visite de Pierre chez le centurion Corneille, le conflit sur la circoncision ou sur les nourritures interdites, les algarades entre Pierre et Paul sur ces sujets, la séparation de Paul avec Barnabé, le reniement de certains par peur des persécutions etc.

Affronter les crises avec le livre des Actes comme mode d’emploi est sain, utile, nécessaire.
Au lieu de nous lamenter des conflits qui traversent notre Église ou notre société, apprenons donc à les déchiffrer autrement : comme une invitation à progresser « vers la vérité tout entière » en nous réformant sans cesse, grâce au courage et à l’imagination que l’Esprit ne cesse de souffler à son Église, à la société.

 


[1]. « Le ministère ordonné devrait être exercé selon un mode personnel, collégial et communautaire.
Le ministère ordonné doit être exercé selon un mode personnel.
Une personne ordonnée pour proclamer l’Évangile et appeler la communauté à servir le Seigneur dans l’unité de la vie et du témoignage manifeste le plus effectivement la présence du Christ au milieu de son peuple.
Le ministère ordonné doit être exercé selon un mode collégial, c’est-à-dire qu’il faut qu’un collège de ministres ordonnés partage la tâche de représenter les préoccupations de la communauté.
Finalement, la relation étroite entre le ministère ordonné et la communauté doit trouver son expression dans une dimension communautaire, c’est-à-dire que l’exercice du ministère ordonné doit être enraciné dans la vie de la communauté et qu’il requiert sa participation effective dans la recherche de la volonté de Dieu et de la conduite de l’Esprit », Document œcuménique Baptême-Eucharistie-Ministère, n° 26, 1982.

[2]. Terme de la philosophie hégélienne qui désigne la troisième étape de la dialectique  thèse/antithèse/synthèse, soit l’intégration et le dépassement de la contradiction dans un niveau de pensée supérieur.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Ils choisirent sept hommes remplis d’Esprit Saint » (Ac 6, 1-7)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque, parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées dans le service quotidien. Les Douze convoquèrent alors l’ensemble des disciples et leur dirent : « Il n’est pas bon que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables. Cherchez plutôt, frères, sept d’entre vous, des hommes qui soient estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse, et nous les établirons dans cette charge. En ce qui nous concerne, nous resterons assidus à la prière et au service de la Parole. » Ces propos plurent à tout le monde, et l’on choisit : Étienne, homme rempli de foi et d’Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un converti au judaïsme, originaire d’Antioche. On les présenta aux Apôtres, et après avoir prié, ils leur imposèrent les mains. La parole de Dieu était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres juifs parvenaient à l’obéissance de la foi.

 

PSAUME

(Ps 32 (33), 1-2, 4-5, 18-19)
R/ Que ton amour, Seigneur, soit sur nous,comme notre espoir est en toi !ou : Alléluia ! (Ps 32, 22)

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
Rendez grâce au Seigneur sur la cithare,
jouez pour lui sur la harpe à dix cordes.

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal » (1 P 2, 4-9)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, approchez-vous du Seigneur Jésus : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ. En effet, il y a ceci dans l’Écriture : Je vais poser en Sion une pierre angulaire,une pierre choisie, précieuse ;celui qui met en elle sa foine saurait connaître la honte. Ainsi donc, honneur à vous les croyants, mais, pour ceux qui refusent de croire, il est écrit : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseursest devenue la pierre d’angle,une pierre d’achoppement,un rocher sur lequel on trébuche. Ils achoppent, ceux qui refusent d’obéir à la Parole, et c’est bien ce qui devait leur arriver. Mais vous, vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

 

ÉVANGILE

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 1-12)
Alléluia. Alléluia.Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, dit le Seigneur. Personne ne va vers le Père sans passer par moi. Alléluia. (Jn 14, 6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : ‘Je pars vous préparer une place’ ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père »
Patrick BRAUD

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6 mai 2015

Le communautarisme fait sa cuisine

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 01 min

Le communautarisme fait sa cuisine

cf. également

Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses dures

Homélie du 6° dimanche de Pâques / Année B
10/05/2015

 

Attentats, tentatives d’attentat, ‘apartheid social’ (Manuel Valls), débats sur la laïcité… : l’actualité française remet en lumière les cloisonnements tissés entre des groupes entiers de la population. Les juifs vivent avec les juifs, les musulmans avec les musulmans, les autres se regroupent également par réseaux.

Le communautarisme fait sa cuisine dans Communauté spirituelle Aspect+humoristique+du+communautarisme

Dans cette partition de la société française en communautés juxtaposées, la plupart des commentateurs méconnaissent le rôle joué… par la cuisine ! Manger casher ou halal n’est pas seulement une jolie diversité à intégrer dans le ‘vivre ensemble’ républicain. C’est une vision du monde qui a de très importantes conséquences sociales. Considérer qu’il y a des animaux purs ou impurs à consommer implique qu’on ne peut pas se mettre à table avec n’importe qui, parce qu’on risquerait de manger n’importe quoi.

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La première lecture de ce dimanche est la parfaite illustration de ce lien entre cuisine et communautarisme. Dans le chapitre 10 du livre des Actes des Apôtres qu’il faut lire en entier, Pierre a une extase sur la terrasse d’un certain Simon, corroyeur à Juppé. Il y voit « le ciel ouvert et un objet, semblable à une grande nappe nouée aux quatre coins, en descendre vers la terre.  Et dedans il y avait tous les quadrupèdes et les reptiles, et tous les oiseaux du ciel.  Une voix lui dit alors: « Allons, Pierre, immole et mange. »  Mais Pierre répondit: « Oh non ! Seigneur, car je n’ai jamais rien mangé de souillé ni d’impur ! »  De nouveau, une seconde fois, la voix lui parle: « Ce que Dieu a purifié, toi, ne le dis pas souillé. »  Cela se répéta par trois fois, et aussitôt l’objet fut remporté au ciel. »(Ac 10, 11-16)

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Voilà un premier tournant décisif, que l’on ne doit pas à Paul, pourtant farouche partisan de la liberté face aux prescriptions juives. Pierre se voit signifier par trois fois que tous les aliments sont purs à manger. Trois fois : ce qui signifie que cet ordre vient du Dieu trois fois saint ; et il faut bien cela pour que Pierre ose abandonner la cashrout, c’est-à-dire les interdits alimentaires juifs.

Le deuxième tournant décisif est celui qui suit, logiquement : Pierre ose entrer chez le païen Corneille, plus encore il ose manger avec eux, et baptiser  toute la famille, alors que normalement un juif n’a pas le droit d’entrer en contact avec des non-juifs, toujours à cause de l’impureté rituelle : « Vous le savez, il est absolument interdit à un Juif de frayer avec un étranger ou d’entrer chez lui. Mais Dieu vient de me montrer, à moi, qu’il ne faut appeler aucun homme souillé ou impur » (Ac 10,28).

 

ob_9bfbd09db15204184b6879402ba5e116_pur-et-imupr-lapin-bleu communautarismeAbroger les interdits alimentaires, c’est abattre les séparations entre les communautés. Il n’y aurait pas d’universalisme chrétien si l’Église respectait encore les règles d’abattage des animaux ou l’interdiction de manger du porc, de tel poisson ou autre met ‘immonde’. Regardez les supermarchés casher ou halal (tristement remis sous les feux des médias avec les attentats) : parce qu’ils mangent différemment, les consommateurs achètent différemment, et finalement se séparent en autant de communautés. En pratique, l’obligation de manger casher ou halal oblige logiquement à manger avec ses frères juifs ou musulmans, pas avec les autres. Ce qu’on appelle la commensalité, qui a été le problème le plus grave de l’Église naissante. À tel point qu’il a fallu un concile – le premier, à Jérusalem – pour résoudre la grave question de la communion de table (et donc de foi, de fraternité) entre juifs et païens (Ac 15). Pierre racontera alors dans  cette assemblée ce qui lui est arrivé à Joppé avec le centurion Corneille, où l’Esprit Saint en personne est intervenu pour le forcer à abandonner la cashrout. En fidélité d’ailleurs à ce que le Christ avait déclaré : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l’homme » (Mt 15,11). « Ainsi il déclarait purs tous les aliments » précise Marc (Mc 7,19).

 

Cela pèsera lourd dans la décision de ce concile de ne pas imposer les interdits alimentaires (ou la circoncision) aux païens désirant le baptême.

publicain2 cuisineMais c’était tellement à contre-courant des habitudes juives que Pierre lui-même retombera dans ce travers communautariste un peu plus tard. Paul le prendra en fragrant délit de contradiction à Antioche : « quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était donné tort.  En effet, avant l’arrivée de certaines gens de l’entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l’écart, par peur des circoncis.  Et les autres Juifs l’imitèrent dans sa dissimulation, au point d’entraîner Barnabé lui-même à dissimuler avec eux.  Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde: « Si toi qui es Juif, tu vis comme les païens, et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à judaïser ? » (Ga 2,11-14).

 

L’apostrophe de Paul à Pierre montre que le danger est réel : ne pas vouloir manger avec l’autre ruine la fraternité universelle qui est la vocation de l’Église. Or les interdits alimentaires ont toujours eu pour but – non pas l’hygiène comme le croient les occidentaux, matérialistes – mais la préservation de l’identité communautaire [1]. C’est pour se différencier des autres que le peuple juif ne mange pas comme eux : afin de ne pas disparaître au milieu des nations. Le Coran n’a fait que reprendre ces interdits alimentaires de l’Ancien Testament, en faisant en sorte de disqualifier aussi bien la cashrout juive que la liberté alimentaire chrétienne.

 

On voit bien que cuisine et communautarisme peuvent se nourrir l’un l’autre…

Le double tournant des Actes des Apôtres (alimentaire, fraternel) n’en est que plus urgent et plus actuel : en déclarant que tous les aliments sont purs, l’Esprit Saint rend possible une fraternité vraiment universelle, où la table de l’eucharistie accueille tous les peuples.

 

Avoir une cuisine à part (ou des vêtements à part), c’est vouloir constituer un peuple à part. Les chrétiens, depuis Pierre, se sont toujours battus pour la liberté alimentaire, sachant que sinon les conflits entre identités resurgiraient, plus violents.

0 Esprit 

Les débats sur la nourriture à la cantine de l’école ou de l’entreprise sont finalement de vieux débats ! L’Esprit du Christ nous pousse à refuser tous les replis communautaristes qui séparent les choses et finalement les hommes entre eux purs et impurs.

Rien de plus engageant socialement que cette attitude spirituelle !

 

 


[1]. Pour être exact il faut signaler qu’il y a aussi un enjeu théologique : respecter la séparation des espèces telles que Dieu l’aurait voulue à la création du monde, c’est-à-dire ne pas dé-créer le monde par notre activité de consommation.

 

 

1ère lecture : « Même sur les nations païennes, le don de l’Esprit Saint avait été répandu » (Ac 10, 25-26.34-35.44-48)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Comme Pierre arrivait à Césarée chez Corneille, centurion de l’armée romaine, celui-ci vint à sa rencontre, et, tombant à ses pieds, il se prosterna. Mais Pierre le releva en disant : « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi aussi. » Alors Pierre prit la parole et dit : « En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. » Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole. Les croyants qui accompagnaient Pierre, et qui étaient juifs d’origine, furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l’Esprit Saint avait été répandu. En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu. Pierre dit alors : « Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? » Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ. Alors ils lui demandèrent de rester quelques jours avec eux.

Psaume : 97 (98), 1, 2-3ab, 3cd-4

R/ Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. ou : Alléluia ! (97, 2)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

2ème lecture : « Dieu est amour » (1 Jn 4, 7-10)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés.

Evangile : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 9-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia. (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. »
Patrick BRAUD

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