L'homelie du dimanche

6 mars 2017

Leikh leikha : Va vers toi !

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Leikh leikha : Va vers toi !

 

Homélie du 2° Dimanche de Carême / Année A
12/03/2017

Cf. également :

Dressons trois tentes…

La vraie beauté d’un être humain

Visage exposé, à l’écart, en hauteur

Figurez-vous la figure des figures

 

Traduire, trahir

Résultat de recherche d'images pour "Traduttore, traditore"Renoncer à soi-même, obéir à Dieu, oublier son ego, penser d’abord aux autres… : nous sommes tous habités de ces représentations religieuses où il faudrait s’éloigner de soi pour aller vers Dieu, renoncer au monde pour trouver Dieu. Notre première lecture de ce dimanche semble abonder en ce sens : quitte ton pays, la maison de ton père… Mais est-ce bien cela ? Traduttore, traditore, disaient les Anciens. Traduire, c’est trahir ! Et la traduction française des bibles courantes commet ici un lourd faux sens. En hébreu, leikh leikha se traduit littéralement par : va vers toi. C’est totalement différent de : quitte ton pays ! Le grand commentateur juif médiéval de la Torah, Rachi de Troyes, n’avait pas perdu ce sens premier lorsqu’il traduit : va pour toi, pour ton bonheur. Et il ajoute :

« Pour ton bonheur et pour ton bien. C’est là-bas que je te ferai devenir une grande nation. Ici tu n’auras pas la faveur d’avoir des enfants (Roch haChana 16b).
Et de plus, je ferai connaître ta nature à travers le monde (Midrach tan‘houma Lèkh lekha 3) ».

La psychanalyste Marie Balmarie a retrouvé cette exégèse de Rachi, et elle en a bondi de joie !

« YHWH ne dit pas non plus à Abram : Viens vers moi. Ni même : Monte vers moi. […] YHWH est celui qui appelle l’homme vers l’homme : ceci m’apparaît comme un événement d’une portée incalculable pour le devenir conscient de l’humanité. Avec quelle joie n’ai-je pas lu, dans ma jeunesse, le « Deviens qui tu es » de Nietzsche. Et de quelle libération était porteuse la formule de Freud : « Où ça était, je dois advenir » (Wo es war, soll ich werden). Qui nous aurait dit que ces deux perles de la parole venaient croiser si fortement l’appel originaire d’Israël nous aurait beaucoup surpris. Ce « Va vers toi » a pu dormir durant des siècles dans cet écrit sans que la plupart d’entre nous y aient accès. […]
Par une des roueries de l’histoire, cet appel divin qui n’a pas été retenu dans sa lettre par ceux qui voulaient transmettre Dieu, a été trouvé sans le savoir par ceux qui pensaient l’homme malade à cause du religieux (Nietzsche, Freud par exemple).
Comme si le chemin était meilleur pour trouver Dieu, de chercher l’homme que de chercher Dieu lui-même, et la maladie une meilleure voie vers la vérité que la théologie [1].

Leikh leikha : Va vers toi ! dans Communauté spirituelle lekh-lekha-2-hesychia-1-e1536662199461

Va vers toi. Dieu ne demande pas à Abraham de venir vers Lui. Il ne l’invite pas à se quitter : au contraire, à se retrouver. Il ne l’appelle pas à renoncer à tout, mais à découvrir la vraie possession de soi. C’est comme s’il disait : ‘c’est en cherchant qui tu es que tu me trouveras.

Va vers toi. C’est au plus intime de toi que se cache ton identité divine, et le vrai voyage est d’entreprendre ce pèlerinage intérieur. Pour cela, oui, il te faudra quitter : quitter tes représentations paternelles (la maison de ton père), le polythéisme familial (donc tes idoles)… Si tu vas vers toi, je ferai de toi une bénédiction pour tous, car tous verront que ce chemin de soi à soi est ouvert et possible pour chacun’.

Dieu ne demande pas ici d’aller vers Lui : parce qu’il est amour, il désire que chacun trouve sa voie, son épanouissement, sa propre identité. 

Lorsque les parents sont assez désintéressés pour encourager leur enfant à se réaliser selon sa propre voie, même si ce n’est pas celle qu’ils auraient choisie pour lui, ils commencent à aimer comme Dieu aime, à devenir père et mère comme Dieu est Père et Mère.

Va vers toi est à la parole parentale indispensable pour qu’un enfant largue les amarres et ose chercher à réaliser sa vraie vocation. Celui qui entreprend ce pèlerinage intérieur vers soi va en même temps vers Dieu, qu’il le sache ou non, qu’il le veuille ou non.

Jésus en quête de lui-même

Résultat de recherche d'images pour "qui suis-je ?"Jésus unira les trois amours (de Dieu / des autres / de soi) en une seule exigence. Tout au long de ses rencontres, des conflits qui les jalonnent, il ne cessera de demander aux autres et à soi-même : qui suis-je ? Aller vers soi s’incarnera alors pour lui dans la figure du messie humilié annoncé par les Écritures. Jusqu’au bout, il se battra pour devenir ce qu’il est au plus profond de lui-même : le fils de Dieu, celui qui se reçoit entièrement de son Père, celui qui fait corps avec les exclus pour les ramener dans l’intimité trinitaire. Mieux encore qu’Abraham quittant son pays pour devenir lui-même, Jésus prendra tous les risques pour découvrir qui il est, et s’accomplir en accomplissant sa mission. C’est une question de fidélité à soi-même.

Aller vers soi est tellement fondateur que c’est comme une nouvelle naissance. D’ailleurs, Dieu change souvent le nom de celui qui accouche ainsi de lui-même. Abram deviendra Abraham, comme Saraï (‘ma princesse’) deviendra Sarah (‘princesse’, sans le possessif de son époux). Jésus changera de même le nom de Simon en Pierre, de Saül en Paul etc. Les moines et moniales continuent à changer de prénom lorsqu’ils prononcent leurs vœux, signe qu’ils se sont ainsi trouvés en l’abbaye où ils jettent l’ancre pour plonger au plus profond d’eux-mêmes. Le pape fait de même en répondant à l’appel des cardinaux etc.

 

Le « va vers toi » des amoureux

zoomL’expression leikh leikha en hébreu est unique dans toute la Bible. Pourtant, il y a deux autres passages, et ceux-là seulement, qui sont très proches. Ils sont, dans le Cantique des cantiques, constitutifs de l’appel du bien-aimé à sa bien-aimée. À tel point que Chouraqui n’hésite pas à traduire :

Il répond, mon amant, et me dit : Lève-toi vers toi-mêmema compagne, ma belle, et va vers toi-même !
Oui, voici, l’hiver est passé,la pluie a cessé, elle s’en est allée.
Les bourgeons se voient sur terre,le temps du rossignol est arrivé,la voix de la tourterelle s’entend sur notre terre.
Le figuier embaume ses sycones,les vignes en pousse donnent leur parfum.
Lève-toi vers toi-même, ma compagne, ma belle, et va vers toi-même ! (Ct 2, 10-13)

À l’image de Dieu appelant à Abraham à aller vers lui-même, l’amant invite celle qu’il aime à se lever (c’est le verbe de la résurrection) pour aller vers elle-même. Et ce faisant, il lui promet sans aucun doute d’être à ses côtés tout au long de ce pèlerinage intérieur, pour l’accompagner dans sa quête si personnelle.

« Deviens qui tu es… » Celui qui profère une telle parole devant autrui sans lui promettre en même temps d’être là, d’être présent à ce que l’autre deviendra, qu’a-t-il vraiment accompli pour l’homme ? Autant dire au mendiant « Sois heureux » en passant son chemin. (Marie Balamry, ibid)

 Le véritable amour n’est pas de posséder l’autre, mais de lui donner envie de se lever et de devenir soi. Lacan ne dira pas autre chose : désirer l’autre ne suffit pas, l’amour consiste à désirer le désir de l’autre.

Va vers toi : l’appel amoureux n’est pas possessif ; il libère en l’autre l’énergie et l’envie d’être pleinement lui-même. Il l’accompagne humblement, pour être à ses côtés le fervent supporter, le puissant sponsor au service du rendez-vous de l’être aimé avec lui-même…

Va vers toi : on devine ce que cet appel peut changer dans le style de management en entreprise, dans le coaching sportif, musical, dans l’éducation, dans l’enseignement… Puissions-nous comme Abraham nous mettre en route vers nous-mêmes, et transmettre cet appel à d’autres !


[1] . In L’Univers de la Bible, Ed. Lidis, vol. 6, p. 31 ss.

  

 

PREMIÈRE LECTURE
Vocation d’Abraham, père du peuple de Dieu (Gn 12, 1-4a)
Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. »  Abram s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth s’en alla avec lui.

PSAUME
(Ps 32 (33), 4-5, 18-19, 20.22)
R/ Que ton amour, Seigneur, soit sur nous, comme notre espoir est en toi ! (Ps 32, 22)

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

DEUXIÈME LECTURE
Dieu nous appelle et nous éclaire (2 Tm 1, 8b-10)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Fils bien-aimé, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile. Car Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles, et maintenant elle est devenue visible, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s’est manifesté : il a détruit la mort, et il a fait resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Évangile.

ÉVANGILE
« Son visage devint brillant comme le soleil » (Mt 17, 1-9)
Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur.
De la nuée lumineuse, la voix du Père a retenti : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! »
Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Mt 17, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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16 décembre 2015

Visiter l’autre

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Visiter l’autre

 

Cf. également :

Enfanter le Verbe en nous…

« Tu as de la visite » 

Bouge-toi : tu as de la visite ! 

 

Homélie du 4° dimanche de l’Avent / Année C
20/12/2015

 

Visiter la famille

Noël sera encore cette année, malgré les attentats, une période de retrouvailles familiales. On va faire des kilomètres pour aller réveillonner avec les parents, ou des frères et soeurs. On va se partager entre la famille et la belle-famille. Et surtout on va prendre le temps, autour d’une bonne table, de se parler, de faire le tour des nouvelles des enfants de chacun, de raconter ses joies et ses peines, de faire remonter à la mémoire des souvenirs d’enfance etc.

Pour certains, ce rituel familial est devenu lourd, hypocrite, obsolète. Pour d’autres il est devenu impossible par suite des deuils, des séparations, des brouilles. Pour beaucoup, c’est encore un réservoir d’affection et de liens de proximité indispensable pour continuer la route, en se sachant aimé et membre d’une même famille.

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Pour Marie et Élisabeth en tout cas, cette visite familiale est si importante qu’elles y mettent une belle énergie. Enceintes toutes les deux, il eût été plus sage de continuer tranquillement la grossesse sans se bousculer. Or Marie et Joseph sortent de chez eux, prennent la route – qui à l’époque est conséquente, même avec un âne !, ou dangereuse – et quittent leur domicile pendant trois mois de grossesse.

 

La visite de l’autre, même si d’abord il s’agit d’un proche, est donc essentielle dans l’Évangile pour pouvoir accoucher du Tout Autre, Dieu fait homme !

Visiter la famille, c’est renouveler l’expérience de l’altérité sur fond de liens indissolubles. Jésus ne sera pas comme Jean-Baptiste. Marie et Joseph n’ont pas la même histoire de couple qu’Elisabeth et Zacharie. Mettre en commun leurs deux histoires familiales leur permet de reconnaître un même Dieu à l’oeuvre dans leur vie.

Si vous avez dans votre famille la tradition des cousinades, vous savez ce que représentent une fois par an ces retrouvailles avec ses si proches / si différents que sont nos cousins / cousines. On repart de ces grandes tablées réchauffés par le clan, impressionnés de ce qu’ont traversé tel ou telle, émus d’avoir évoqué ensemble les racines de ces liens, heureux d’avoir ri, mangé et bu et renforcé la solidarité la plus ancienne de l’humanité, celle du sang.

 

Visiter l’autre

Mais la Bible va plus loin que la seule visite familiale. À la visite d’Elisabeth par Marie il faut ajouter par exemple l’accueil des trois étrangers par Abraham. Les Grecs appellent ce passage la philoxénie d’Abraham, ce qui veut dire l’amour des étrangers que pratique Abraham en se mettant en quatre pour offrir l’hospitalité à ces trois étranges visiteurs. On peut aussi regarder ce passage du côté des voyageurs : car l’initiative vient de ces trois-là (en qui les chrétiens ont reconnu  l’annonce de la Trinité). Ils sortent de leur univers (comme le Verbe de Dieu est sorti de la divinité pour se faire l’un de nous à Noël), ils prennent le risque du voyage et de la route, ils frappent à la tente de quelqu’un qu’ils ne connaissent pas… On ne peut pas vanter l’hospitalité sans féliciter ceux qui sortent ainsi d’eux-mêmes pour se laisser accueillir.

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La visite de l’autre – beaucoup plus autre que nos familles – vient ainsi dans le prolongement de l’Alliance biblique, et de l’incarnation du Verbe.

Là encore, il est question de donner la vie, car c’est la visite de l’autre qui engendre chez Abraham et Sarah la capacité – inespérée – d’enfanter Isaac. Quitter son univers pour aller visiter l’autre, c’est donc lui faire ce cadeau inouï d’engendrer la vie beaucoup plus que s’il était resté clos sur lui-même. On devine que juifs et chrétiens ne peuvent pas voir les migrations actuelles tout à fait comme leurs contemporains…

 

Depuis les envoyés à Abraham, depuis Marie visitant Elisabeth, les chrétiens n’ont de cesse, particulièrement à Noël, d’aller visiter l’autre.

Afficher l'image d'origineC’est l’équipe de l’aumônerie d’une prison qui fera tout pour établir des liens, des messages, des cadeaux, entre détenus et paroissiens, famille, amis. C’est l’aumônerie de l’hôpital qui multipliera les visites aux malades alors que la solitude est plus cruelle sous les guirlandes de Noël. C’est la maraude de Médecins du Monde qui patrouille encore plus à la recherche des SDF isolés. C’est tout simplement des voisins attentifs qui pour les fêtes inviteront la personne seule à côté de chez eux.

Toutes ces initiatives rejoignent le sens profond de Noël : sortir de soi pour faire corps avec l’autre, tel le Verbe de Dieu sortant de sa divinité pour prendre chair de notre chair.

 

Je me souviens pour ma part d’un Noël en Afrique. Nous avions décidé avec des étudiants africains de consacrer notre soirée du 24 décembre à aller chercher sur les marchés ceux qu’on appelle les fous, pauvres hères sans case ni famille, à moitié nus et les cheveux pleins de terre, pour leur proposer ce qui à l’époque équivalait à un vrai festin : du pain bien frais et des sardines à l’huile. Tantôt accueillis avec des jets de pierres et des imprécations, tantôt avec de grands sourires sans dents et des bénédictions immenses, ce fut l’un de mes plus beaux Noëls, le plus fidèle à sa signification d’origine.

 

Visiter les musulmans

En notre contexte d’attentats islamiques de par le monde entier, il faut revenir à l’initiative récente du pape François à Bangui. Il était en visite pastorale, conformément à la tradition évoquée plus haut : sortir de Rome pour aller à la rencontre de peuples différents. En Centrafrique, il a voulu aller dans le fameux quartier appelé PK5, théâtre de nombreuses violences entre chrétiens et musulmans. Il a même été rendre visite à la mosquée de Bangui, pour souligner combien toute religion authentique prône la paix et le dialogue avec l’autre.

En appelant ce lundi matin 30/11/15 à « dire non à la violence », en particulier « celle qui est perpétrée au nom d’une religion ou d’un Dieu » dans ce quartier stigmatisé de Bangui, le pape François a tenu les paroles fortes que musulmans et chrétiens attendaient, comme la veille à la cathédrale, lorsqu’il avait invité les Centrafricains à « dépasser la peur de l’autre ». En visite à la mosquée de Bangui, le pape François enfonce le clou :

« Chrétiens et musulmans nous sommes frères. Nous devons donc nous considérer comme tels, nous comporter comme tels. Nous savons bien que les derniers événements et les violences qui ont secoué votre pays n’étaient pas fondés sur des motifs proprement religieux. Celui qui dit croire en Dieu doit être aussi un homme, une femme, de paix. Chrétiens, musulmans et membres des religions traditionnelles ont vécu pacifiquement ensemble pendant de nombreuses années. Nous devons donc demeurer unis pour que cesse toute action qui, de part et d’autre, défigure le Visage de Dieu et a finalement pour but de défendre par tous les moyens des intérêts particuliers, au détriment du bien commun. Ensemble, disons non à la haine, non à la vengeance, non à la violence, en particulier à celle qui est perpétrée au nom d’une religion ou de Dieu. Dieu est paix, Dieu salam. […]

Chers amis, chers frères, je vous invite à prier et à travailler pour la réconciliation, la fraternité et la solidarité entre tous, sans oublier les personnes qui ont le plus souffert de ces événements.

Que Dieu vous bénisse et vous protège ! Salam alaykuom ! »

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Que les chrétiens visitent des musulmans, nous n’y sommes guère habitués en France ! On s’en méfierait presque. Et pourtant c’est bien l’un des sens profonds de Noël. En cela le pape François est fidèle à celui dont il a choisi le prénom, François d’Assise. En 1219, alors que la guerre battait son plein entre chrétiens et musulmans, François eut ce geste fou d’aller, seul, désarmé, à la rencontre du sultan Malik al-Kamil :

S’exposant avec courage aux dangers de tous les instants, François voulait se rendre chez le sultan de Babylone en personne. La guerre sévissait alors, implacable entre chrétiens et sarrasins, et les deux armées ayant pris position face à face dans la plaine, on ne pouvait sans risquer sa vie passer de l’une à l’autre.

Mais dans l’espoir d’obtenir sans tarder ce qu’il désirait, François résolut de s’y rendre. Après avoir prié, il obtint la force du Seigneur et, plein de confiance, chanta ce verset du Prophète: « Si j’ai à marcher au milieu des ombres de la mort, je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi ».

S’étant adjoint pour compagnon frère Illuminé, homme d’intelligence et de courage, il s’était mis en route traversant la mer et se retrouvant dans le pays du sultan. Quelques pas plus loin, ils tombaient dans les avant-postes des sarrasins, et ceux-ci, plus rapides, se précipitèrent sur eux. Ils les accablèrent d’injures, les chargeant de chaînes et les rouant de coups. À la fin, après les avoir maltraités et meurtris de toutes manières, ils les amenèrent, conformément aux décrets de la divine Providence, en présence du sultan: c’était ce qu’avait désiré François.

Afficher l'image d'origineLe prince leur demanda qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir; avec sa belle assurance, François répondit qu’il avait été envoyé d’au delà des mers non par un homme mais par le Dieu Très-Haut pour lui indiquer, à lui et à son peuple, la voie du salut et leur annoncer l’Évangile qui est la vérité. Puis il prêcha au sultan Dieu Trinité et Jésus sauveur du monde, avec une telle vigueur de pensée, une telle force d’âme et une telle ferveur d’esprit qu’en lui vraiment se réalisait de façon éclatante ce verset de l’Évangile: « Je mettrai dans votre bouche une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront ni résister ni contredire ».

Témoin en effet de cette ardeur et de ce courage, le sultan l’écoutait avec plaisir et le pressait de prolonger son séjour auprès de lui. Il offrit à François de nombreux et riches cadeaux que l’homme de Dieu méprisa comme de la boue: ce n’était pas des richesses du monde qu’il était avide, mais du salut des âmes.

Le sultan n’en conçut que plus de dévotion encore pour lui, à constater chez le saint un si parfait mépris des biens d’ici-bas.
François quitta le pays du sultan escorté par ses soldats ».

St Bonaventure, vie de St François

 

Alors, ce Noël pourrait bien aujourd’hui encore vous amener à prendre contact avec telle ou telle communauté musulmane, à organiser des visites réciproques de nos lieux de culte et d’assemblée, à prendre le thé ou le café ensemble, à échanger nos points de vue sur l’actualité, sur la naissance de Jésus, Prince de la paix pour les chrétiens et souffle de Dieu pour les musulmans…

 

Sans renoncer aux autres visites si importantes en cette fin d’année, pourquoi ne pas prendre le temps (et le courage) d’aller rendre visite à nos cousins musulmans ?

 

 

1ère lecture : « De toi sortira celui qui doit gouverner Israël »(Mi 5, 1-4a)
Lecture du livre du prophète Michée

Ainsi parle le Seigneur : Toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent aux temps anciens, aux jours d’autrefois. Mais Dieu livrera son peuple jusqu’au jour où enfantera… celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les fils d’Israël. Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom du Seigneur, son Dieu. Ils habiteront en sécurité, car désormais il sera grand jusqu’aux lointains de la terre, et lui-même, il sera la paix !

Psaume : Ps 79 (80), 2a.c.3bc, 15-16a, 18-19

R/ Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire,
et nous serons sauvés !
(Ps 79, 4)

Berger d’Israël, écoute,
resplendis au-dessus des Kéroubim !
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

Dieu de l’univers, reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu’a plantée ta main puissante.

Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l’homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

2ème lecture : « Me voici, je suis venu pour faire ta volonté »(He 10, 5-10)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre. Le Christ commence donc par dire : Tu n’as pas voulu ni agréé les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les sacrifices pour le péché, ceux que la Loi prescrit d’offrir. Puis il déclare : Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. Ainsi, il supprime le premier état de choses pour établir le second. Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.

Evangile : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1, 39-45)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Voici la servante du Seigneur : que tout m’advienne selon ta parole.
Alléluia. (Lc 1, 38)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
Patrick BRAUD

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27 juillet 2013

La force de l’intercession

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LA FORCE DE L’INTERCESSION


Homélie du 17° dimanche du temps ordinaire
Année C     28/07/2013

 

La négociation (le marchandage !) d’Abraham en faveur de Sodome rejoint la prise de tête que l’ami de la parabole de Jésus inflige à son ami pour nourrir un autre ami. Avec en toile de fond une conviction qui parcourt toute la Bible : l’intercession d’un seul a plus de puissance que le mal commis par beaucoup. Ou encore, comme l’écrit saint Jacques : « la supplication fervente du juste a beaucoup de puissance » (Jc 5,6).

Ce qui entraîne des conséquences très concrètes :

- chacun de nous peut intercéder en faveur de beaucoup, car chacun est le juste d’un autre.

- nous pouvons également nous confier à l’intercession des autres, car chacun peut devenir l’ami d’un juste.

 

Intercéder pour beaucoup

Sur le plan strictement matériel, c’est un travail de lobbying que les députés, maires et autres élus locaux connaissent bien ! Intercéder pour une famille en difficulté qui cherche un logement social de toute urgence ; intervenir pour qu’une subvention, un dossier, voire un emploi soient décrochés rapidement en cas de réelle nécessité etc.

Ne passons pas trop vite sur ce premier type d’intercession qui est vitale. C’est bien du pain que l’ami de la parabole demande et pas une pieuse pensée. C’est bien la vie sauve que négocie Abraham pour Sodome et pas une vague prière.

Comme l’écrit encore saint Jacques : « Si un frère ou une soeur sont nus, s’ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l’un d’entre vous leur dise: « Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous », sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il ? » (Jc 2,15-16).

Et que personne ne se soustraie à ce devoir d’intercession en s’excusant : « je n’ai aucun pouvoir, et donc je ne peux intervenir en ta faveur ». Parcourez vos dizaines d’adresses de vos contacts Gmail, ou vos « amis » Facebook, vos followers Twitter etc. Si vous ne mobilisez jamais vos réseaux en faveur de gens en difficulté, alors vous gardez pour vous seul un trésor égoïstement. Les enquêtes sur les demandeurs d’emploi montrent que les réseaux sont plus efficaces que Pôle Emploi ! Et souvent ce n’est pas le premier cercle des amis qui permet le contact décisif, mais le deuxième ou troisième cercle, c’est-à-dire les amis de mes amis : c’est donc il faut bénéficier de ricochets d’influences pour décrocher un emploi. Une intercession à la puissance N en quelque sorte.

Avant d’intercéder auprès de Dieu en faveur de quelqu’un - ou plutôt en même temps - il est impératif de faire jouer ses réseaux, sinon l’intercession ne serait qu’une pieuse hypocrisie.

Bien sûr, l’intercession revêt également un caractère spirituel. Tout en cherchant à aider concrètement quelqu’un, on le confie dans la prière à Celui qui peut tout transformer en source de progrès, selon le mot de saint Paul : « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8,28).

Abraham n’approuve rien de la conduite de Sodome, mais il se bat bec et ongles pour sauver cette ville, en s’appuyant sur les justes qui y vivent. Nous aussi, nous pouvons – nous devons ? « casser la tête » à Dieu, « sans-gêne », pour obtenir de lui de quoi nourrir nos amis dans le besoin.

Et lorsque nous ne pouvons plus rien, ni argent ni influence, il nous reste toujours la prière. « Seigneur, je te confie untel… Tu sais mieux que moi de quoi il a besoin et comment il peut l’obtenir. Guide-le, accompagne-le, mets sur sa route les personnes qu’il faut… » Nous intercédons tout en sachant qu’au bout du compte, la prière pour autrui nous invite à un radical lâcher-prise par rapport à nos demandes immédiates : « que ta volonté soit faite ».

Chacun de nous est donc un intercesseur en puissance. Sans tomber dans la fraternité sélective façon maçonnique, il existe un devoir d’intercession qui nous oblige.

Auprès de Dieu comme auprès de nos relations, intercéder pour ceux qui croisent notre route est une obligation morale et spirituelle.

De là les chaînes de prière qui portent des combats douloureux ; de là des initiatives de solidarité avec les chômeurs, les gens du voyage ou autres populations en souffrance etc.

Intercéder pour beaucoup appartient au basiques de l’identité chrétienne. Les moines et les moniales on en fait une de leurs spécialités dans la prière, mais c’est justement pour rappeler à tous que cela fait partie de la vocation baptismale commune.

 

Devenir l’ami d’un juste

Le verbe intercéder devrait pouvoir se conjuguer au passif.

Être intercédé signifierait : avoir trouvé un juste qui va plaider ma cause auprès des Patrick Braudautres, auprès de Dieu. Le gérant malhonnête d’une autre parabole de Jésus nous met sur la voie : « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête » (Lc 16,9), car ce sont eux qui vous recevront lorsque vous serez en détresse. Le véritable investissement est bien celui-là : élargir son cercle de relations pour y inclure des justes qui sauront intercéder le temps venu. Mieux vaut ce calcul ouvert sur l’avenir que la seule recherche de semblables pour profiter du présent. Malheur à vous si vous n’avez pas dans vos amis de tels intercesseurs en puissance ! Lorsque viendront les temps difficiles, vos semblables se détourneront de vous. Lorsqu’il faudra « en pleine nuit » débarquer sans prévenir pour demander de l’aide, vers qui pouvez-vous vous tourner ?

Tous ceux qui savent pouvoir compter sur la prière d’une communauté monastique chiffreraient ce soutien au plus haut des investissements productifs. À condition d’avoir l’humilité de demander de l’aide à l’approche du mauvais temps. À condition d’avoir auparavant pris le temps et les moyens d’une véritable proximité, désintéressée celle-là. Paradoxalement, la gratuité dans l’amitié et le devoir d’intercession vont bien ensemble. Ce n’est pas pour t’utiliser lorsque j’aurai besoin de toi que je deviens ton ami ; mais si nous sommes réellement amis, il est évident que j’oserai te demander ton soutien si besoin. Sinon, c’est que je veux rester indépendant, c’est-à-dire ne dépendre de personne, et donc finalement rester seul. Car ceux qui refusent de dépendre de l’intercession des autres sont encore dans une volonté de toute-puissance très illusoire.

Or cela peut être très humiliant dans un premier temps d’être obligé de compter sur les autres pour obtenir un travail, un logement, un coup de main, ou pire encore pour survivre tout simplement. Celui-ci n’est jamais passé par ce chemin de dépendance ne sait pas ce qu’est l’humilité. Celui qui n’a jamais été faible ne connaît pas la compassion. Celui qui s’est toujours débrouillé tout seul ne peut pas dire avoir de vrais amis. Oser demander l’intercession d’un autre est un chemin d’humanité. « Frappez, la porte sera ouverte » : cette expérience est bouleversante, que la porte s’ouvre pour soi ou pour un autre.

Intercéder en actes et en prière est un devoir aussi sacré que l’hospitalité biblique (Abraham en est témoin).
Accepter de demander l’intercession d’un autre fait partie de l’humilité chrétienne.

 

Car chacun est le juste d’un autre.
Et chacun peut devenir l’ami d’un juste.

 

 

1ère lecture : Abraham intercède pour la ville condamnée (Gn 18, 20-32)

Lecture du livre de la Genèse

Les trois visiteurs d’Abraham allaient partir pour Sodome. Le Seigneur lui dit : « Comme elle est grande, la clameur qui monte de Sodome et de Gomorrhe ! Et leur faute, comme elle est lourde ! Je veux descendre pour voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à moi. Si c’est faux, je le reconnaîtrai. »
Les deux hommes se dirigèrent vers Sodome, tandis qu’Abraham demeurait devant le Seigneur.
Il s’avança et dit : « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le pécheur ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Est-ce que tu ne pardonneras pas à cause des cinquante justes qui sont dans la ville ? Quelle horreur, si tu faisais une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le pécheur, traiter le juste de la même manière que le pécheur, quelle horreur ! Celui qui juge toute la terre va-t-il rendre une sentence contraire à la justice ?»
Le Seigneur répondit: « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, à cause d’eux je pardonnerai à toute la ville. »
Abraham reprit : « Oserai-je parler encore à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre ? Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? » Il répondit : « Non, je ne la détruirai pas, si j’en trouve quarante-cinq. »
Abraham insista : « Peut-être en trouvera-t-on seulement quarante ? » Le Seigneur répondit : « Pour quarante, je ne le ferai pas. »
Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j’ose parler encore : peut-être y en aura-t-il seulement trente ? » Il répondit : « Si j’en trouve trente, je ne le ferai pas. »
Abraham dit alors : « Oserai-je parler encore à mon Seigneur ? Peut-être en trouvera-t-on seulement vingt ? » Il répondit : « Pour vingt, je ne détruirai pas. »
Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu’une fois. Peut-être en trouvera-t-on seulement dix ? » Et le Seigneur répondit : « Pour dix, je ne détruirai pas la ville de Sodome. »

Psaume : Ps 137, 1-2a, 2bc-3, 6-7ab, 7c-8

R/ Tu écoutes, Seigneur, quand je crie vers toi.

De tout mon c?ur, Seigneur, je te rends grâce :
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
vers ton temple sacré, je me prosterne. 

Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité, 
car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
Le jour où tu répondis à mon appel, 
tu fis grandir en mon âme la force. 

Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble ; 
de loin, il reconnaît l’orgueilleux. 
Si je marche au milieu des angoisses, tu me fais vivre, 
ta main s’abat sur mes ennemis en colère. 

Ta droite me rend vainqueur. 
Le Seigneur fait tout pour moi ! 
Seigneur, éternel est ton amour : 
n’arrête pas l’?uvre de tes mains.

2ème lecture : La croix du Christ, source de notre vie (Col 2, 12-14)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens

Frère,
par le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui, avec lui vous avez été ressuscités, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui a ressuscité le Christ d’entre les morts.
Vous étiez des morts, parce que vous aviez péché et que vous n’aviez pas reçu de circoncision. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné tous nos péchés.
Il a supprimé le billet de la dette qui nous accablait depuis que les commandements pesaient sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix du Christ.

Evangile : Enseignements de Jésus sur la prière (Lc 11, 1-13)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Animés par l’Esprit qui fait de nous des fils, nous appelons Dieu : Notre Père. Alléluia. (cf. Rm 8, 15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Un jour, quelque part, Jésus était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean Baptiste l’a appris à ses disciples. »
Il leur répondit : « Quand vous priez, dites :
‘Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne.
Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour.
Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons à tous ceux qui ont des torts envers nous.
Et ne nous soumets pas à la tentation.’ »

Jésus leur dit encore : « Supposons que l’un de vous ait un ami et aille le trouver en pleine nuit pour lui demander : ‘Mon ami, prête-moi trois pains : un de mes amis arrive de voyage, et je n’ai rien à lui offrir.’
Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : ‘Ne viens pas me tourmenter ! Maintenant, la porte est fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner du pain’,
moi, je vous l’affirme : même s’il ne se lève pas pour les donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut.
Eh bien, moi, je vous dis : Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte.
Celui qui demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et pour celui qui frappe, la porte s’ouvre.
Quel père parmi vous donnerait un serpent à son fils qui lui demande un poisson ?
ou un scorpion, quand il demande un ?uf ?
Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »
Patrick Braud 

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17 juillet 2010

Bouge-toi : tu as de la visite !

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Bouge-toi : tu as de la visite !

 

Homélie du 16° Dimanche du temps ordinaire / Année C

18/07/2010.

 

Deux hospitalités devenues légendaires.

Celle d’Abraham sous les chênes de Mambré.

Celle de Marthe à Béthanie.

 

À chaque fois, c’est Dieu lui-même qui est accueilli, grâce à ce simple geste d’ouvrir sa maison à un inconnu, d’offrir un repas à des voyageurs.

 

L’hospitalité d’Abraham est la plus célèbre.

On l’appelle « philoxénie » dans la tradition orthodoxe, c’est-à-dire « amour de l’étranger ». Car c’est en accueillant des étrangers avec amour qu’Abraham a pu accueillir lui-même le don de Dieu, l’enfant de sa vieillesse avec Sarah. « Retiens l’étranger si tu veux reconnaître ton Sauveur » écrira plus tard le génial Augustin…

 

Vous devinez combien ce thème de l’hospitalité, de l’accueil des voyageurs, des étrangers, est un thème socialement explosif ! Pensez aux « aires d’accueil » (si mal nommées) pour les gens du voyage dans nos communes. Pensez aux difficultés que nous avons à recevoir à notre table des gens d’un autre milieu social, d’une autre origine que la nôtre (culturelle, ethnique…).

 

Ni Adam l’exilé, ni Caïn le fratricide, ni Noé le survivant n’avaient pu pratiquer une telle hospitalité auparavant. Seul Abraham, le premier et en plénitude, indiqua au peuple juif (qui l’oublie souvent, comme nous hélas !) : « N‘oubliez pas l’hospitalité, car c’est grâce à elle que quelques-uns, à leur insu, hébergèrent des anges » (He 13,2).

 

·      Une hospitalité en actes

Une des caractéristiques de cette hospitalité est son empressement à agir.

Abraham fait beaucoup plus qu’il ne dit, ici. Il fait tout avec empressement.

Que fait Abraham (un vieillard qui vient de subir une opération, la circoncision) ?  

1. Il investit d’autres personnes pour réaliser au  plus vite la mitsva (commandement) et accueillir convenablement ses invités.  

2. Il fait faire des gâteaux de farine (des petits pains)

3. Il fait préparer un jeune et tendre bovin

4. Il offre (lui-même) aussi de la crème et du lait et le jeune veau.  

5. Il installe les anges sous un arbre, et reste avec eux pendant qu’ils mangent.  

Comme dit le psaume 119, 60 : « Je me suis dépêché et je n’ai pas traîné pour accomplir Tes commandements ».  

Dans Gn. 22, 3: Abraham se lève tôt pour aller au mont Moria. 

Gn. 28, 18: Jacob se lève tôt pour construire l’autel de l’Éternel. 

Ex. 34, 4: Moïse se lève tôt pour monter au Sinaï. 

On peut citer le principe hala’hique : « les zélés se lèvent tôt pour accomplir les mitsvot (commandements) ».  C’est pourquoi par exemple on fait la circoncision le matin après l’office, ou on prie avec le lever du soleil.

Pour le judaïsme, l’amour de Dieu passe par des actes, ce n’est pas un simple sentiment ou une émotion.  Le signe que la mitsva est accomplie dans l’amour de Dieu est la joie.

La hâte pour agir est l’une des qualités les plus importantes de l’hospitalité d’Abraham.

Elle nous fait penser à la hâte de Marie pour aller goûter l’hospitalité d’Élisabeth sa cousine. À celle de Bartimée qui court ? alors qu’il est aveugle — pour aller à la rencontre de Jésus. Ou même à la hâte de Marthe qui s’affaire à la cuisine pour accueillir Jésus chez elle.

L’accueil de l’autre, ce n’est pas des paroles en l’air : c’est un remue-ménage pour que l’autre soit nourri, rafraîchi, lavé, reposé…

Une charité en actes.

C’est d’autant plus impressionnant en ce qui concerne Abraham qu’il est alors un vieillard, convalescent à la suite de cette opération handicapante qu’est la circoncision pour un homme de plus de 80 ans… Or malgré son état, il court à la rencontre des trois visiteurs !

St Jacques en tirera toutes les conséquences :

« Si un frère ou une soeur sont nus, s’ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l’un d’entre vous leur dise: « Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous », sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il?  Ainsi en est-il de la foi: si elle n’a pas les oeuvres, elle est tout à fait morte » (Jc 2,15-17).

 

·      Pourquoi trois visiteurs, et pas un seul ?

La tradition chrétienne y verra bien sûr la préfiguration de la Trinité, à l’?uvre dès l’Ancien Testament.

La tradition juive y voit 3 missions divines :

Un rabbin espagnol du 13° siècle (Ramban) commente :

Il lui est apparu: Citation de Rachi « pour rendre visite au malade ». 

Rabbi Hama bar Hanina enseigne: le troisième jour de sa circoncision, le Saint, béni soit-Il, vint s’enquérir de lui.  

Et voici trois hommes: les anges qui vinrent avaient une apparence humaine.  

Trois:

- l’un pour annoncer la bonne nouvelle à Sara [Michaël],

- un pour guérir Abraham [Raphaël] et

- un pour détruire Sodome [Gabriel]. 

Et Raphaël qui guérit Abraham, partit sauver Lot, car  ce ne sont pas deux missions, puisqu’il s’agissait d’un lieu différent ou bien les deux missions visaient à sauver (c’est donc une seule).  

 Cette visite divine a donc trois buts : sauver (un malade), annoncer (une naissance), détruire (Sodome).

 

·      La fécondité de l’accueil

Dieu visite l’homme blessé, il lui donne la force de courir à sa rencontre, de se dépenser sans compter pour lui offrir l’hospitalité. Dieu nous donne la force de l’accueillir : nous recevons de lui l’énergie pour le recevoir, pour nous recevoir de lui (à travers la promesse de la naissance d’un fils pour Sarah). Cette hospitalité sera féconde : non seulement à travers la fécondité promise à Sarah malgré sa vieillesse, mais aussi à travers l’histoire du peuple juif.

Les trois attitudes d’Abraham vis-à-vis de ses trois visiteurs procureront trois bénédictions à Israël :

Rabbi Hama fils de Hanina enseigne: par le mérite de ces trois actes, ses descendants méritèrent trois choses:

- par le mérite de « la crème et du lait », ils méritèrent la manne. 

- par le mérite de « il se tint au-dessus d’eux » (pour rester attentif à leurs besoins), ils méritèrent les nuées de gloire. 

- par le mérite de « il sera pris un peu d’eau », ils méritèrent le puits de Myriam.  

 

·      La délicatesse de l’accueilli

Les anges manifestent d?ailleurs une étonnante pudeur, pour respecter les coutumes locales de ceux qui les accueillent.

Rachi commente :

Ils mangèrent: ils montrèrent comme s’ils mangeaient.  De là nous apprenons qu’on ne doit pas changer les coutumes de l’endroit.  

 

Les êtres spirituels ne mangent pas, mais venus sur terre, ils font comme s’ils mangeaient.  De même Moïse en montant au Sinaï se conduisit comme les anges puisqu’ il ne mangea ni ne but durant quarante jours et quarante nuits. 

C’est une règle d’or pour ceux qui bénéficient de l’hospitalité d’autrui (missionnaires, touristes?) : respecter les coutumes locales, et les imiter, tant qu’elles ne contredisent pas formellement l’essentiel de la foi. Matteo RICCI en Chine ou les Pères Blancs en Afrique se souviendront de cette règle de savoir-vivre lorsqu’on est accueilli par un autre peuple?

 

  

·      Le but ultime de l’hospitalité

Même en réprimandant Marthe avec douceur, Jésus ne renie rien de l’hospitalité juive. Il apprécie la hâte avec laquelle Marthe fait tout pour le service ; il sait que sa foi est grande et se manifestera à la mort de son frère Lazare (Jn 11). Simplement, il lui rappelle que l’hospitalité a pour but d’être avec le visiteur, pas de le laisser seul…

Abraham a su, mieux que Marthe, « se tenir debout, très les visiteurs, sous l’arbre, pendant qu’ils mangeaient ».

Voilà l’hospitalité qui est féconde : celle qui agit au lieu de parler, celle qui prend le temps d’être avec au lieu de laisser seul, celle qui écoute la parole de l’autre au lieu de se noyer dans les ordres à donner pour les préparatifs.

 

Une telle hospitalité fait surgir un avenir là où humainement c’était impensable. Sarah aura un fils malgré sa vieillesse, malgré son célèbre rire où elle doutera une telle transformation de son histoire, de son corps, de sa vie.

 

« N‘oubliez pas l’hospitalité, car c’est grâce à elle que quelques-uns, à leur insu, hébergèrent des anges » (He 13,2).

 

Et nous, avec qui allons nous pratiquer l’hospitalité cet été ?

À quels visiteurs allons-nous ouvrir notre porte ? Avec quel accueil ?

 

1ère lecture : Abraham donne l’hospitalité à Dieu, qui lui promet un fils (Gn 18, 1-10a)

Aux chênes de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham, qui était assis à l’entrée de la tente. C’était l’heure la plus chaude du jour.
Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Aussitôt, il courut à leur rencontre, se prosterna jusqu’à terre et dit:
« Seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur.
On va vous apporter un peu d’eau, vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre.
Je vais chercher du pain, et vous reprendrez des forces avant d’aller plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! » Ils répondirent : « C’est bien. Fais ce que tu as dit. »
Abraham se hâta d’aller trouver Sara dans sa tente, et il lui dit : « Prends vite trois grandes mesures de farine, pétris la pâte et fais des galettes. »
Puis Abraham courut au troupeau, il prit un veau gras et tendre, et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer.
Il prit du fromage blanc, du lait, le veau qu’on avait apprêté, et les déposa devant eux ; il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, pendant qu’ils mangeaient.
Ils lui demandèrent : « Où est Sara, ta femme ? » Il répondit : « Elle est à l’intérieur de la tente. »
Le voyageur reprit : « Je reviendrai chez toi dans un an, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. »

 

Psaume : Ps 14, 1a.2, 3bc-4ab, 5

R/ Tu es proche, Seigneur : fais-nous vivre avec toi

 

Seigneur, qui séjournera sous ta tente ?
Celui qui se conduit parfaitement,
qui agit avec justice
et dit la vérité selon son coeur. 

Il ne fait pas de tort à son frère 
et n’outrage pas son prochain. 
A ses yeux, le réprouvé est méprisable 
mais il honore les fidèles du Seigneur. 

Il prête son argent sans intérêt, 
n’accepte rien qui nuise à l’innocent. 
L’homme qui fait ainsi 
demeure inébranlable.

2ème lecture : Le mystère du Christ s’accomplit dans la vie de l’Apôtre (Col 1, 24-28)

 

Frère,
je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous, car ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l’accomplis dans ma propre chair, pour son corps qui est l’Église.
De cette Église, je suis devenu ministre, et la charge que Dieu m’a confiée, c’est d’accomplir pour vous sa parole,
le mystère qui était caché depuis toujours à toutes les générations, mais qui maintenant a été manifesté aux membres de son peuple saint.
Car Dieu a bien voulu leur faire connaître en quoi consiste, au milieu des nations païennes, la gloire sans prix de ce mystère : le Christ est au milieu de vous, lui, l’espérance de la gloire !
Ce Christ, nous l’annonçons : nous avertissons tout homme, nous instruisons tout homme avec sagesse, afin d’amener tout homme à sa perfection dans le Christ.

 

Evangile : Marthe et Marie accueillent Jésus chez elles (Lc 10, 38-42)

Alors qu’il était en route avec ses disciples, Jésus entra dans un village. Une femme appelée Marthe le reçut dans sa maison.
Elle avait une soeur nommée Marie qui, se tenant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.
Marthe était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma soeur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m’aider. »
Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses.
Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée. »
Patrick BRAUD  

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