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26 décembre 2017

Aimer nos familles « à partir de la fin »

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Aimer nos familles « à partir de la fin »


Homélie pour la fête de la Sainte Famille / Année B
31/12/2017

Cf. également :

Une sainte famille « ruminante »
Fêter la famille, multiforme et changeante
La vieillesse est un naufrage ? Honore la !
La Sainte Famille : le mariage homosexuel en débat
Une famille réfugiée politique
Familles, je vous aime ?
Trinité : ne faire qu’un à plusieurs
Personne dans la famille ne porte ce nom-là
Vendredi Saint : la déréliction de Marie
À partir de la fin !
 

Une table pour deux dans une brasserie. L’homme a la cinquantaine poivre et sel. Christophe repose sa bière sur la table du restaurant et laisse échapper, les yeux ailleurs :
- « Tu sais, c’est dur à admettre, mais la mort de ma mère m’a libéré ».
Un silence intense s’installe, et je résiste à l’interrompre.
- « Elle ne m’a jamais aimé, et toute mon enfance j’ai souffert de sa volonté de me faire du mal, consciemment. J’en avais des crampes à l’estomac tous les jours. Elle ne manquait jamais une occasion de me faire savoir que je n’étais pas le bienvenu ».
Nous avons ainsi longuement évoqué les conséquences pour lui de sa vie familiale infirme et douloureuse. La mort de sa mère a été la fin d’une longue domination froide et cruelle.

Je repense à lui au moment de fêter la Sainte-Famille. Comment glorifier maintenant nos familles humaines telles qu’elles sont, alors qu’elles engendrent tant de souffrances et de blessures ? Or c’est bien la Sainte-Famille que nous fêtons et non la nôtre au présent.
Autrement dit : c’est à la famille de Jésus que sont appelées nos familles humaines. Pas besoin de sacraliser nos liens du sang actuels alors qu’ils ne sont pas encore transformés en liens d’amour tel qu’ils seront en Dieu.

Aimer nos familles « à partir de la fin » dans Communauté spirituelle

Dieu n’est pas la projection imaginaire de nos manques. La famille du Christ n’est pas une idéalisation des nôtres. C’est d’ailleurs improbable et impossible avec une vierge-mère, un père adoptif et un enfant unique en son genre !

C’est l’homme qui est à l’image de Dieu et non l’inverse. Nos familles sont appelées à se transformer profondément pour correspondre mieux/moins mal à la famille de Nazareth.

« Souviens-toi de ton futur » : cette maxime des rabbins vaut également pour notre vie familiale. C’est du futur que nous viennent les repères pour aimer nos proches autrement, à la manière de Dieu et non à la manière des hommes.

Le passé importe bien moins que notre avenir en Dieu : de lui peut refluer sur notre présent de quoi métamorphoser nos façons d’être mari/femme, père/mère, conjoint, beaux-parents, frères/sœurs etc.

Christophe me racontait comment il s’est battu pour que son passé familial ne l’handicape pas trop. Il a découvert comment en faire une opportunité pour mieux écouter, mieux comprendre les failles des autres. Et dans son métier de consultant où il accompagne des personnes et des groupes, c’est finalement fort utile… La mort de sa femme, la galère de son fils et les défis ordinaires de la vie lui ont donné l’énergie pour construire son avenir sans rester rivé à son passé.

Image21.png-gu%C3%A9rison-de-lh%C3%A9morro%C3%AFse1 famille dans Communauté spirituelleVous pouvez vous épuiser - et épuiser votre argent ! - à fouiller les poubelles votre histoire pour faire l’inventaire interminable de ce qui vous a marqué et conditionné. Les psys et méthodes de développement personnel en tout genre prospèrent sur cette anamnèse du passé censée vous libérer par la seule magie de la nomination du mal subi ou commis autrefois. Si cela peut parfois aider, cela suffit rarement. Alors certains complètent à coups d’antidépresseurs et autres drogues chimiques dont la France est la championne de consommation. L’évangéliste Luc, également médecin, notait avec malice qu’une femme souffrant de pertes intimes avait dépensé tout son argent à courir de médecins en charlatans sans voir son état s’améliorer, avant qu’elle n’ose se tourner radicalement vers autre chose, vers un avenir impossible à prédire, en touchant la frange du manteau de Jésus passant sur la route. Et cette audace la guérit ! (Lc 8, 43-48) Se tourner vers son avenir est une guérison plus radicale que de se perdre dans l’archéologie de son passé…

Fêter la Sainte-Famille nous donne la même audace d’aimer nos proches à partir du Christ et non à partir de nos affections naturelles. Aimer « à partir de la fin » et non en extrapolant le présent. Aimer son fils à partir de ce qu’il est appelé à devenir en Dieu et non à partir de mes souvenirs de son enfance. Aimer son compagnon à partir de tous les possibles qu’il recèle en lui et non en le réduisant ‘aux acquêts’, à ce que j’ai compris et aimé  de lui jusqu’à présent.

Marie et Joseph ne pouvaient que s’interroger devant leur bébé dans l’étable : que deviendra cet enfant ? Ils n’en avaient aucune idée. Les événements ultérieurs ont suscité leur désarroi, leur surprise, et même leurs reproches, comme devant la fugue de Jésus au Temple de Jérusalem à treize ans : « mon enfant, pourquoi nous as-tu fais cette peine ? Ne sais-tu pas que nous t’avons cherché pendant trois jours, morts d’inquiétude ? » (Lc 2, 41-50)

 MarieMarie avait confiance en son fils, mais sa fréquentation des prostituées, des collabos, des lépreux et autres gens infréquentables l’a évidemment troublée. Et que dire alors de cette mort infâme sur le gibet de la croix, qui a transpercé son cœur comme l’annonçait Syméon dans notre évangile aujourd’hui (Lc 2, 22-40) plus qu’aucune autre mère ? Car la déréliction de Marie n’était pas seulement la mort physique de son enfant (et c’est déjà l’épreuve la plus terrible pour les parents), mais également son anéantissement spirituel (sur la croix, il devenait un maudit de Dieu) et son échec le plus lamentable. Pourtant, c’est sur le Golgotha que la nouvelle famille de Marie lui est donnée : « femme, voici ton fils » et à Jean : « voici ta mère ». (Jn 19, 26-27) Les véritables liens de famille se tissent là, au pied de la croix, quand la mère accepte que son fils lui échappe, d’une manière aussi inexplicable que scandaleuse.

Si les familles veulent devenir saintes, elles ont à faire un parcours semblable, chacune selon son histoire.

Un cousin me confiait combien cela avait été long et difficile pour lui d’admettre que sa fille était homosexuelle. Il n’avait pas voulu aller à son mariage civil. Mais la venue de deux petits-enfants successivement l’a empêché de se durcir sans retour. Peu à peu, en accueillant ses petits-enfants, il a vu les choses autrement. Et pour ses 50 ans de mariage, il a invité la conjointe de sa fille qu’il ne voulait pas voir à la maison jusqu’à présent…

Devenir une Sainte-Famille est un cheminement, une succession d’étapes où les plus radicaux acceptent de s’ouvrir, où les intransigeants apprennent à discerner, où les caractères possessifs découvrent comment lâcher prise, où les indifférents se laissent toucher par le malheur de l’autre, où les forts se découvrent faibles et les faibles reprennent confiance en eux…

Lors du prochain repas de famille, dimanche autour du poulet rôti ou de la galette des rois, égrenez un à un les visages de ceux qui sont là autour de la table, et exercez-vous à les  aimer « à partir de la fin »… N’oubliez pas de faire de même avec ce qui ne sont pas là, et ceux qui ne sont plus là…

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Ton héritier sera quelqu’un de ton sang » (Gn 15, 1-6 ; 21, 1-3)
Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là,  la parole du Seigneur fut adressée à Abram dans une vision :  « Ne crains pas, Abram !  Je suis un bouclier pour toi.  Ta récompense sera très grande. » Abram répondit :  « Mon Seigneur Dieu, que pourrais-tu donc me donner ?  Je m’en vais sans enfant,  et l’héritier de ma maison, c’est Élièzer de Damas. »  Abram dit encore : « Tu ne m’as pas donné de descendance,  et c’est un de mes serviteurs qui sera mon héritier. » Alors cette parole du Seigneur fut adressée à Abram : « Ce n’est pas lui qui sera ton héritier,  mais quelqu’un de ton sang. » Puis il le fit sortir et lui dit :  « Regarde le ciel,  et compte les étoiles, si tu le peux… »  Et il déclara :  « Telle sera ta descendance ! » Abram eut foi dans le Seigneur  et le Seigneur estima qu’il était juste. Le Seigneur visita Sara  comme il l’avait annoncé ;  il agit pour elle comme il l’avait dit.  Elle devint enceinte,  et elle enfanta un fils pour Abraham dans sa vieillesse,  à la date que Dieu avait fixée.  Et Abraham donna un nom  au fils que Sara lui avait enfanté :  il l’appela Isaac.

Psaume
(104 (105), 1-2, 3-4, 5-6, 8-9)
R/ Le Seigneur, c’est lui notre Dieu ; il s’est toujours souvenu de son alliance. 104, 7a.8a

Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits ;
chantez et jouez pour lui,
redites sans fin ses merveilles.

Glorifiez-vous de son nom très saint :
joie pour les cœurs qui cherchent Dieu !
Cherchez le Seigneur et sa puissance,
recherchez sans trêve sa face.

Souvenez-vous des merveilles qu’il a faites,
de ses prodiges, des jugements qu’il prononça,
vous, la race d’Abraham son serviteur,
les fils de Jacob, qu’il a choisis.

Il s’est toujours souvenu de son alliance,
parole édictée pour mille générations :
promesse faite à Abraham,
garantie par serment à Isaac.

Deuxième lecture
La foi d’Abraham, de Sara et d’Isaac (He 11, 8.11-12.17-19)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait.  Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses. C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort, a pu naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, une multitude innombrable.  Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu’il avait reçu les promesses et entendu cette parole : C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom. Il pensait en effet que Dieu est capable même de ressusciter les morts ; c’est pourquoi son fils lui fut rendu : il y a là une préfiguration.

Évangile
« L’enfant grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse » (Lc 2, 22-40)
Alléluia. Alléluia. À bien des reprises, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils. Alléluia. (He 1, 1-2)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes.  Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »  Il y avait aussi une femme prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge ; après sept ans de mariage, demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.  Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.
Patrick BRAUD

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18 décembre 2017

Tenir conte de Noël

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Tenir conte de Noël…


Homélie pour la fête de Noël / Année B
24/12/2017

Noël : solstices en tous genres
Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…
Noël : la trêve des braves
Noël : croyance dure ou croyance molle ?
Le potlatch de Noël
La bienveillance de Noël
Noël « numérique », version réseaux sociaux…
Noël : « On vous écrira… »
Enfanter le Verbe en nous…


Tenir conte de Noël…

La faute d’orthographe est bien sûr voulue. Noël est le temps des contes, et la plupart des veillées dans nos églises commencent avec un conte de Noël : indispensable !

Illustration: Conte de noël - Guy de MaupassantPourquoi se raconter des histoires devant la crèche ? Quelle est la fonction sociale de ces légendes merveilleuses qui courent d’une génération à l’autre ? Quelle valeur spirituelle accorder à ces enjoliveurs d’événements que sont nos histoires de fées, de lutins et autres Saint-Nicolas ?

Qu’est-ce qu’un conte ?

On peut le distinguer de la fable, qui est à visée morale, voire moralisante (cf. la leçon de la fable). Et également du mythe, qui a pour but de fonder hors du temps les modes de vie actuels. Un conte n’est pas non plus une parabole, qui développe une image en y transposant les éléments contemporains ; ni une allégorie, qui projette terme à terme des personnages et objets d’une situation dans une scène imaginaire.

Le conte est plutôt proche de la légende, au sens étymologique du terme : legenda (en latin) = ce qui doit être lu pour comprendre tel événement. Sans la légende au bas d’une cartographie, impossible de décoder les chiffres et graphiques représentés. De même, sans le conte de Noël, la nativité du Christ risque fort de ne pas être interprétée à sa juste profondeur…

Le conte se raconte : c’est donc tout simplement un récit, imaginé à partir un événement pour en faire percevoir toute la richesse.

Les spécialistes du conte ont identifié au moins trois fonctions sociales de ce genre littéraire (ou plutôt oral) : divertir /instruire /initier.

 

Divertir

Tenir conte de Noël dans Communauté spirituelle 41WJdvpF-6L._SX275_BO1,204,203,200_On raconte une histoire étincelante pour aider un enfant à s’endormir, ou à patienter pendant une longue veillée, ou à se calmer après une colère en ouvrant grand ses oreilles et en lâchant la bride à son imagination. Parce qu’il est parlé (à l’encontre d’un film, d’une bande dessinée ou d’un jeu vidéo), le conte possède en plus les propriétés de ce que Mac Luhan appelait le média chaud par excellence : la voix, l’oralité, qui laisse le champ libre à l’imaginaire.
Les yeux grands ouverts de l’enfant le sont sur sa vie intérieure, sur l’habillage fantasmatique des héros au nom programmatique : Chat Botté, Cendrillon, Blanche Neige, Riquet à la Houppe, Boucle d’or…
Le plaisir, le divertissement, intriguer, faire rire, pleurer et sourire font toujours partie des premiers effets recherchés par les conteurs.

 

Instruire

La deuxième fonction du conte est d’instruire, d’éduquer.
On apprend un tas de choses dans les contes ! Ce qu’il faut faire et ne pas faire, ce qui est admis ou non en société. Avec le Petit Poucet (Perrault) par exemple, on apprend que l’intelligence peut vaincre la force brute des ogres environnants. Avec la Petite Fille aux allumettes (Andersen), on découvre qu’il y a des enfants près de chez soi vivant dans la misère, la violence et la solitude, effrayantes. Avec la pastorale des santons de Provence, on s’émerveille de tous les métiers représentés autour de la crèche et de leur savoir-faire.

 

Initier

51Ca0cL-LDL._SX303_BO1,204,203,200_ Bettelheim dans Communauté spirituelleLa troisième fonction du conte est d’initier. Au sens fort (en latin, initium = chemin), initier  c’est mettre quelqu’un sur le chemin où il va grandir pour passer d’un stade à un autre. Le conte initie ses auditeurs à d’autres manières de voir le monde, l’existence. La mort de la Petite Fille aux allumettes fait toujours pleurer des milliers d’enfants, qui redemandent pourtant qu’on leur lise encore et encore cette histoire si triste. Ce qu’ils y découvrent les prépare à la dure réalité de leur propre vie : oui, affronter la violence familiale, la misère sociale, et ultimement la mort font partie de la beauté de l’existence. Les monstres des contes (ogres, sorcières, dragons, et tous les « méchants ») préparent les enfants à devenir fort et courageux devant le mal.
Le psychanalyste Bruno Bettelheim a popularisé ce rôle initiatique des contes :

« Tel  est  exactement  le  message  que  les  contes  de  fées, de  mille manières  différentes  délivrent à l’enfant : que la  lutte contre  les graves difficultés  de la vie est  inévitable et  fait  partie intrinsèque de l’existence humaine,  mais que si,  au lieu de se dérober, on affronte  fermement les épreuves attendues et souvent injuste, on vient à bout de tous les obstacles et on finit par remporter victoire. » (Psychanalyse des contes de fées, 1976)

Vladimir Propp (Morphologie du conte, 1928) a donné ses lettres de noblesse au genre littéraire du conte en étudiant la structure commune à plus d’une centaine de contes russes. Il est à l’origine de l’analyse sémiotique, méthode rigoureuse d’un texte à partir de lui-même.

Le conte a ainsi une fonction d’apprentissage : il apprend à l’enfant à espérer même face aux pires difficultés qu’il rencontre ou rencontrera et qui sont à l’image des horribles sorcières ou des énormes géants.

Cela marche aussi pour les adultes ! Le lecteur attentif du Petit Prince (Saint Exupéry) sera peu à peu initié à un autre regard sur les ‘roses’ pour en singulariser une comme unique, à l’importance des rituels qui permettent de s’apprivoiser mutuellement, à affronter les ‘boas’ qui engloutissent toute espérance etc…

Initier et conter vont très bien ensemble !

Voilà donc trois bonnes raisons de continuer à tenir conte dans la veillée de Noël. Grâce aux contes, cette paraliturgie basée sur l’émerveillement, le questionnement et le rêve  prépare en effet enfants et adultes à accueillir le mystère de Noël avec un cœur grand ouvert.

 

Le midrash de Noël

41QrY8k1z9L._SX338_BO1,204,203,200_ conteIl y a peut-être plus encore. Dans la littérature juive et biblique, il existe une manière de raconter quelque chose sur un événement qu’on appelle midrash.

Qu’est-ce que le Midrash ? Une exégèse particulière. Midrash (pl.  Midrashim)  signifie  en  hébreu  « qui  vient du drash ». La racine hébreu drash  signifie « exiger », au sens second, « rechercher». Il s’agit donc d’une exégèse qui recherche les harmoniques cachées d’un évènement. Toutefois, il s’agit d’une  exégèse  très  particulière  qui  use  de  paraboles,  d’allégories,  de  métaphores,  de  jeux  de  mots  à  base  de glissements  phoniques  (y  compris  entre  hébreu,  araméen,  grec,  voire  latin),  sémantiques,  allusifs,  de  concordances témuriques (permutation des jeux de voyelles) et guématriques (à partir du calcul de la valeur  numérique des mots)… et qui finit par produire des textes fort éloignés du texte biblique commenté. (www.akadem.org )

Il se peut que les Évangiles de l’enfance (Bethléem, l’étoile, les anges, les mages, les saints innocents, la fuite en Égypte) soient eux-mêmes un superbe midrash nous aidant à décrypter les enjeux de la Nativité. Ce n’est pas mettre en péril le caractère historique et extraordinaire de cette naissance que de lire les premiers chapitres de Luc avec cette grille d’interprétation midrashique. Là où Matthieu fait une longue démonstration généalogique, là où Jean s’abîme dans une intense méditation sur le Verbe et la lumière, là où Marc est plutôt sobre et discret en sautant par-dessus ces premières années de Jésus, Luc prend le temps de développer à sa manière la portée immense de la conception et de la venue au monde de cet homme exceptionnel. Il le fait avec le matériau symbolique de son époque, et avec le croyable disponible de sa culture. Le résultat est plutôt réussi ! Car les scènes de la Nativité racontée par lui ont eu sûrement plus de succès populaire que les exigeantes méditations de Jean. Pourtant il faut les deux, et c’est bien pour cela qu’il y a quatre Évangiles ! Pour ne pas laisser le conte (Luc), la mystique (Jean), l’exégèse (Matthieu) ou le reportage (Marc) avoir le dernier mot, tant l’événement de Noël est irréductible à l’une ou l’autre de ces composantes portant chacune légitime !

Alors, continuons à tenir conte de Noël, afin de nous initier mutuellement à la vie divine que le Verbe de Dieu engendre en nous, de sa naissance à sa venue.

 

N.B. : Pour ne pas vous laisser sur votre faim, voici un conte de Noël, triste et joyeux, intrigant et savoureux comme beaucoup d’autres. Bonne lecture !

 

LES QUATRE ARBRES

·         Il était une fois, en haut d’une montagne, quatre petits arbres qui rêvaient à ce qu’ils voudraient devenir quand ils seraient plus grands.

Ø  Le premier regarda les étoiles qui brillaient comme des diamants au dessus de lui.

« Je veux abriter un trésor. Je veux être recouvert d’or et rempli de pierres précieuses. Je serai le plus beau coffre à trésor du monde. »

Ø  Le deuxième arbre regarda le petit ruisseau qui suivait sa route vers l’océan.

« Je veux être un grand voilier. Je veux naviguer sur de vastes océans et transporter des rois puissants. Je serai le bateau le plus fort du monde. »

Ø  Le troisième petit arbre regarda dans la vallée au dessous de lui et il vit la ville où des hommes et des femmes s’affairaient.

« Je ne veux jamais quitter cette montagne. Je veux pousser si haut que lorsque les gens s’arrêteront pour me regarder, ils lèveront leurs yeux au ciel et penseront à Dieu. Je serai le plus grand arbre du monde ! »

Ø  Le quatrième arbre leva les yeux vers le château fort qui dominait tout le paysage.

« Je veux être le pont-levis qui défend l’entrée de ce château. Devant moi, les gens seront impressionnés et se sentiront tout-petits. Je serai le pont-levis le plus impressionnant du monde ».

·         Les années passèrent. Les pluies tombèrent, le soleil brilla, et les petits arbres devinrent grands.

Un jour, quatre bûcherons montèrent dans la montagne.

Ø  Le premier bûcheron regarda le premier arbre et dit : « C’est un bel arbre. Il est parfait. » En un éclair, abattu d’un coup de hache, le premier arbre tomba.
« Maintenant, je vais être un coffre magnifique », pensa le premier arbre. « J’abriterai un merveilleux trésor ».

Ø  Le deuxième bûcheron regarda le deuxième arbre et dit: « Cet arbre est vigoureux. Voilà ce qu’il me faut. » En un éclair, abattu d’un coup de hache, le deuxième arbre tomba.
« Désormais, je vais naviguer sur de vastes océans »,
pensa le deuxième arbre. « Je serai un grand navire digne des rois. »

Ø  Le troisième arbre sentit son cœur flancher quand le bûcheron le regarda.
« N’importe quel arbre me conviendra », se dit le bûcheron. En un éclair, abattu d’un coup de hache, le troisième arbre tomba.

Ø  Le quatrième bûcheron remarqua le dernier arbre et dit : « Cet arbre est assez large. C’est exactement ce que je cherche ». En un éclair, abattu d’un coup de hache, le quatrième arbre tomba.
Il se disait :
« Maintenant, je vais partir rejoindre le château fort ».

Ø  Le premier arbre se réjouit lorsque le bûcheron l’apporta chez le charpentier, mais le charpentier était bien trop occupé pour penser à fabriquer des coffres. De ses mains calleuses, il transforma l’arbre en mangeoire pour animaux. L’arbre qui avait été autrefois très beau n’était pas recouvert d’or ni rempli de trésors. Il était couvert de sciure et rempli de foin pour nourrir les animaux affamés de la ferme.

Le deuxième arbre sourit quand le bûcheron le transporta vers le chantier naval, mais ce jour là, nul ne songeait à construire un voilier. À grands coups de marteau et de scie, l’arbre fut transformé en simple bateau de pêche. Trop petit, trop fragile pour naviguer sur un océan ou même sur une rivière, il fut emmené sur un petit lac. Tous les jours, il transportait des cargaisons de poissons morts qui sentaient affreusement fort.

Ø  Le troisième arbre devint très triste quand le bûcheron le coupa pour le transformer en grosses poutres qu’il empila dans la cour. « Que s’est -il passé ? » se demanda l’arbre qui avait été autrefois très grand. « Tout ce que je désirais, c’était rester sur la montagne en pensant à Dieu. »

Ø  Le quatrième arbre frémit lorsque le bûcheron le découpa en planches bien larges. Le menuisier les assembla, non pas pour en faire un pont-levis, mais une grande table bien ordinaire, même si elle pouvait porter beaucoup de monde. Déçu, l’arbre pleurait en voyant le château fort s’éloigner et son pont-levis…

·         Beaucoup de jours et de nuits passèrent. Les quatre arbres oublièrent presque leurs rêves.

Ø  Mais une nuit, la lumière d’une étoile dorée éclaira le premier arbre au moment où une jeune femme plaçait son nouveau né dans la mangeoire. « J’aurais aimé pouvoir lui faire un berceau », murmura son mari. La mère serra la main du père et sourit tandis que la lumière de l’étoile brillait sur le bois poli. « Cette mangeoire est magnifique », dit-elle.
Et soudain, le premier arbre sut qu’il renfermait le trésor le plus précieux du monde.

Ø  D’autres jours et d’autres nuits passèrent, mais un soir, un voyageur fatigué et ses amis s’entassèrent dans la vieille barque de pêcheur. Tandis que le deuxième arbre voguait tranquillement sur le lac, le voyageur s’endormit. Soudain, l’orage éclata et la tempête se leva. Le petit arbre trembla. Il savait qu’il n’avait pas la force de transporter tant de monde en sécurité dans le vent et la pluie. Le voyageur s’éveilla. Il se leva, écarta les bras et dit : « Paix ». La tempête se calma aussi vite qu’elle était apparue.
Et soudain, le deuxième arbre sut qu’il transportait le roi des cieux et de la terre.

Ø  À quelque temps de là, un vendredi matin, le troisième arbre fut fort surpris lorsque ses poutres furent arrachées de la pile de bois oubliée. Transporté au milieu des cris d’une foule en colère et railleuse, il frissonna quand les soldats clouèrent sur lui les mains d’un homme. Il se sentit horrible et cruel.
Mais le dimanche matin, quand le soleil se leva et que la terre tout entière vibra d’une joie immense, le troisième arbre sut que l’amour de Dieu avait tout transformé. Il avait rendu le premier arbre beau. Il avait rendu le second arbre fort. Et à chaque fois que les gens penseraient au troisième arbre, ils penseraient à Dieu.
Cela était beaucoup mieux que d’être le plus grand arbre du monde.

Ø  Des années et des années passèrent encore. Le quatrième arbre fut transporté un jour à Jérusalem, où on intégra le bois dans une table étonnante, placée au milieu d’une église. Il n’avait jamais vu une table en bois pareille. On l’appelait « autel ». Il s’étonnait de voir des gens de partout venir autour de lui. Toute cette foule parlait beaucoup de joie, de paix, de familles réunies… Chaque année, une nuit de plein hiver, la porte restait ouverte pour accueillir plein d’enfants… À chaque fois, l’arbre pleurait de joie, et était si fier de porter sur lui l’enfant de Noël présent dans un peu de pain et de vin…
Il se disait, souriant au milieu des larmes : « Je suis fait pour offrir et non pas pour défendre. Je suis le plus heureux des arbres »…

 

Messe de la Nuit de Noël

1ère lecture : Le prince de la paix (Is 9, 1-6)
Lecture du livre d’Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi.
Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus.
Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane.
Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés.
Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort,Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ».
Ainsi le pouvoir s’étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers.

Psaume : Ps 95, 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13ac
R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : c’est le Christ, le Seigneur.

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
pour gouverner le monde avec justice.

2ème lecture : La grâce de Dieu s’est manifestée (Tt 2, 11-14)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre à Tite

La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes.
C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnable, justes et religieux,
et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur.
Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

Evangile : Naissance de Jésus (Lc 2, 1-14)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Je vous annonce une grande joie. Aujourd’hui nous est né un Sauveur : c’est le Messie, le Seigneur !Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre ? ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie ?
Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David.
Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter.
Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte,
mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple :
Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur.
Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »
Patrick Braud

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7 avril 2017

VENDREDI SAINT

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VENDREDI SAINT

Cf. :

Vendredi Saint : paroles de crucifié

Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ

Vendredi Saint : les morts oubliés

Vendredi Saint : la déréliction de Marie

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

La Passion du Christ selon Mel Gibson

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27 décembre 2016

Devenir la Mère de Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Devenir la Mère de Dieu

Cf. également :

Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique
Vendredi Saint : la déréliction de Marie
Une sainte famille « ruminante »
Une famille réfugiée politique
Fêter la famille, multiforme et changeante
La vieillesse est un naufrage ? Honore la !
Familles, je vous aime?


Homélie pour la fête de sainte Marie Mère de Dieu / Année A
01/01/2017

À Noël, nous avons lu Jean Tauler (XIV° siècle) nous inviter à engendrer le Verbe de Dieu en nous, autrement dit : à devenir la Mère de Dieu avec Marie ! C’est la troisième naissance de Noël, que nous fêtons aujourd’hui avec la fête de Marie Theotokos. Marie est Mère de Dieu en engendrant le Verbe, en croyant à sa parole et en la mettant en pratique (Mc 3,31-35). Nous engendrons avec elle si nous la suivons dans l’attitude spirituelle de l’évangile de ce dimanche : « Marie retenait tous ces événements et les gardait en son cœur ».

 

Les bergers et le fugueur

Il n’y a que deux passages dans toute la Bible, et c’est dans l’évangile de Luc, où  cette expression se retrouve : garder toutes ces choses en son cœur.

La première (2,19) est au moment de la visite des bergers à la crèche. Tous s’étonnent de ce que les bergers disent de l’enfant. Marie elle retenait tous ces événements (ces paroles) et les gardait en son cœur.

La seconde (toujours chez Luc, en 2,51) est après le pèlerinage (la visite) de la famille au Temple de Jérusalem. Tous s’étonnent de ce que Jésus dit de la Torah. Marie elle gardait tous ces événements (ces paroles) dans son cœur.

En précisant les termes grecs employés, on a donc le parallélisme suivant entre les deux séquences :

Tableau Lc 2,51

Des bergers de Bethléem au fugueur de Jérusalem, tout se passe comme si Marie (désignée comme telle en 2,19) apprenait à devenir mère (c’est ainsi qu’elle est appelée en 2,51). Comment ?

- D’abord en se laissant étonner. Étonner par ce que les bergers disent de son enfant (2,18). Étonner ensuite par son comportement étrange au Temple (2,48).

- Puis en allant plus loin que l’étonnement.

Devant les bergers, Marie rassemble précieusement toutes les paroles éparses qui ont jalonné cette grossesse et cette naissance depuis le début. C’est le sens du verbe « garder ensemble » (syne-terei  2,19) qui est renforcé dans le verbe « méditant » (symballousa), littéralement : mettre ensemble ce qui apparemment est sans lien commun.

Marie devine que tous ces éléments épars doivent avoir un sens lorsqu’on les met ensemble. C’est pourquoi elle les recueille précieusement, comme les perles d’un collier dont le fil est rompu, comme les pièces d’un puzzle dans sa boîte, en se disant qu’un jour on arrivera bien à les mettre ensemble. Le mot symbole vient d’ailleurs de là : joindre ensemble des choses (événements, paroles) qui apparaissaient séparées et sans lien.

Marie est donc celle qui est capable de se laisser étonner sans cesser de croire pour autant que tout cela a un sens caché, symbolique, que Dieu dévoilera plus tard.

- La seconde fois, après la fugue de Jésus au Temple, Marie est désignée comme sa mère justement parce que, étonnée du comportement de Jésus, elle va engranger ses paroles (« ne savez-vous pas qu’il me faut être chez mon père ? ») jusqu’au jour où elle apprendra ce que veut dire sa réponse sans : « être chez mon père ». C’est d’ailleurs la première parole de Jésus dans l’Évangile de Luc, et elle est pour nommer son Père (comme s’il fallait cette reconnaissance du Père pour que Marie soit appelée mère !). Il faudra attendre sa dernière parole, lorsque – crucifié – il désigne à nouveau son père (« Père, entre tes mains, je remets mon esprit ») pour que Marie comprenne en plénitude ce qu’être sa mère veut dire… (cf. la déréliction de Marie).

Entre deux, Marie va cheminer dans la foi. Elle va faire ce que Jean Paul II appelait son pèlerinage de confiance, afin de devenir davantage ce qu’elle est depuis l’Annonciation : la Mère de Dieu.

Des bergers de Bethléem au fugueur de Jérusalem, les étapes de cette maternité divine de Marie sont encore les nôtres : se laisser étonner / rassembler précieusement tout ce qui arrive / garder tout cela à travers le temps et l’espace, tout au long des événements pour leur donner enfin leur pleine signification.

 

Se laisser étonner

pink%20question%20mark%20clipartDéjà la visite des bergers à Bethléem était surprenante ! Mais en plus, ils racontent  de drôles de choses sur le bébé, en l’appelant sauveur, Christ, Seigneur… Et puis au Temple de Jérusalem, les parents ont de quoi s’étonner – voire se mettre en colère – en constatant que leur gamin de 12 ans est resté là depuis trois jours sans s’inquiéter de leur inquiétude à son sujet !

C’est donc qu’il est impossible d’engendrer le Verbe en nous sans nous laisser étonner, surprendre à la manière de Marie. La vie spirituelle – et la vie tout court – est remplie de ces moments où l’interrogation est profonde : pourquoi nous fais-tu cela ? Que ce soit devant la Shoah ou le cancer d’un proche, l’injustice injustifiable ou la violence incompréhensible… Nos pourquoi sont ceux de Marie, la mère de Dieu, qui ne comprend pas sur l’instant.

C’est par exemple l’étonnement que nous devrions avoir devant les bergers d’aujourd’hui, migrants et réfugiés d’Orient, d’Afrique, qui nous révèlent les points forts et les points faibles de notre civilisation occidentale …

 

Rassembler les pièces éparses du puzzle

Marie ne comprend pas. Elle n’abandonne pas pour autant. Elle recueille précieusement (she treasured up, traduit joliment l’anglais) toutes les paroles, les gestes, les événements liés à son fils, pour ne pas en perdre une miette. Sur l’instant, comme les 10 000 morceaux du puzzle mis en boîte, cela ne dessine pas grand-chose. Mais plus tard…

C’est ce qu’elle espère, et nous avec elle. D’où l’importance du récit, de la mémoire, pour se dire à soi-même et aux autres. Si Anne Frank et Etty Hillesum n’avaient pas dans leur journal intime patiemment écrit ce qui leur arrivait, elles n’auraient pas pu accoucher de l’immense figure spirituelle que chacune est devenue à travers cela.

Le travail d’engendrement qui nous configure à la Mère de Dieu passe par un travail d’écriture, de parole, de récit, de mémoire…

Il s’agit de ne rien perdre de ce qui nous est donné à travers l’apparente incohérence des événements du moment.

 

Méditer toutes ces choses en son cœur à travers le temps et l’espace

Une fois réunies, les pièces du puzzle commencent à s’assembler, deux par deux, sous-ensemble avec sous-ensemble… Avec les années, si nous gardons comme Marie ce trésor au cœur pour y puiser régulièrement des associations nouvelles, nous pourrons déchiffrer ce qui nous arrive. Il faudra souvent attendre comme elle la fin de l’histoire – la croix, et plus encore la résurrection – pour comprendre enfin, pour avoir enfin une vue d’ensemble du paysage, du tableau, du portrait que les 10 000 pièces du puzzle forment ensemble.

L’unité intérieure d’un être vient de sa capacité à relier constamment son passé et son présent, à y deviner les lignes de force qui s’y dessinent, les grandes tendances où Dieu l’emmène, bref sa vocation la plus personnelle.

Devenir la Mère de Dieu dans Communauté spirituelle gif-puzzle-spectrum-1786418

Marie la première a parcouru ce chemin, en rassemblant et méditant précieusement tout ce qui arrivait à son fils, du début à la fin, et au-delà.

À nous, en cultivant notre étonnement, notre mémoire, notre rumination intérieure quoi qu’il arrive, à nous d’engendrer dans l’Esprit Saint Celui qui désire prendre chair de notre chair.

 

1ère lecture : « Ils invoqueront mon nom sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai » (Nb 6, 22-27)
Lecture du livre des Nombres

Le Seigneur parla à Moïse. Il dit :« Parle à Aaron et à ses fils. Tu leur diras :Voici en quels termes vous bénirez les fils d’Israël :Que le Seigneur te bénisse et te garde !Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage,qu’il te prenne en grâce !Que le Seigneur tourne vers toi son visage,qu’il t’apporte la paix !”Ils invoqueront ainsi mon nom sur les fils d’Israël,et moi, je les bénirai. »

Psaume : Ps 66 (67), 2-3, 5, 6.8
R/ Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse ! (Ps 66, 2)

Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture,
sur la terre, tu conduis les nations.

Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ;
qu’ils te rendent grâce tous ensemble !
Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !

2ème lecture : « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme » (Ga 4, 4-7)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères,lorsqu’est venue la plénitude des temps,Dieu a envoyé son Fils,né d’une femmeet soumis à la loi de Moïse,afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loiet pour que nous soyons adoptés comme fils.Et voici la preuve que vous êtes des fils :Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs,et cet Esprit crie« Abba ! », c’est-à-dire : Père !Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils,et puisque tu es fils, tu es aussi héritier :c’est l’œuvre de Dieu.

Evangile : « Ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né.Quand fut arrivé le huitième jour, l’enfant reçut le nom de Jésus » (Lc 2, 16-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
À bien des reprises, Dieu, dans le passé,
a parlé à nos pères par les prophètes ;à la fin, en ces jours où nous sommes,il nous a parlé par son Fils. Alléluia.  (cf. He 1, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem,et ils découvrirent Marie et Joseph,avec le nouveau-nécouché dans la mangeoire.Après avoir vu,ils racontèrent ce qui leur avait été annoncéau sujet de cet enfant.Et tous ceux qui entendirent s’étonnaientde ce que leur racontaient les bergers.Marie, cependant, retenait tous ces événementset les méditait dans son cœur.Les bergers repartirent ;ils glorifiaient et louaient Dieupour tout ce qu’ils avaient entendu et vu,selon ce qui leur avait été annoncé.  Quand fut arrivé le huitième jour,celui de la circoncision,l’enfant reçut le nom de Jésus,le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.
Patrick BRAUD

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