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18 novembre 2018

Le préfet le plus célèbre

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 01 min

Le préfet le plus célèbre

Homélie pour la fête du Christ-Roi / Année B
25/11/2018

Cf. également :

Le Christ-Roi, Barbara et les dinosaures
Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ?
Les trois tentations du Christ en croix
La violence a besoin du mensonge
Divine surprise
Le Christ Roi fait de nous des huiles
Non-violence : la voie royale
Roi, à plus d’un titre
Un roi pour les pires


Chaque dimanche, plus d’un milliard de personnes récitent son nom sans le connaître. Il n’était qu’un obscur fonctionnaire d’une lointaine province agitée de l’empire romain. On n’a retrouvé de lui qu’une inscription sur une pierre à Césarée en Palestine, avec le nom de son maître Tibère. Pourtant, Pilate sert de repère à la foi chrétienne, au point de l’insérer dans le Credo comme un ancrage historique essentiel.

La fête du Christ-Roi (Jn 18, 33b-37) nous rend témoins du dialogue étonnant entre le prophète de Galilée et le préfet romain le plus célèbre de l’histoire. Qu’avons-nous à apprendre de Pilate ? En quoi éclaire-t-il la royauté du Jésus devenu la nôtre par le baptême ?


Qui était Ponce Pilate ?

Ponce PilateSon nom le désigne comme membre de l’ordre équestre du sud de l’Italie, les Pontii (d’où Ponce), du clan des Samni. C’est à ces chevaliers que Rome confiait les préfectures des territoires perdus de l’empire. Son nom est peut-être la trace de son origine marine : Pontius = de la mer / Pilatus = armé (d’une lance).

Quoi qu’il en soit, on ne sait rien de lui avant qu’il soit nommé en Judée par Tibère (de 26 à 37). Là, il réside à Césarée de Philippe pour éviter la populace de Jérusalem et ses violences récurrentes. Il restera 11 ans à ce poste : longévité assez rare pour un préfet à l’époque, grâce à ses soutiens auprès de Tibère. Il se fait remarquer par un cynisme et une violence extrêmes. Il brave la fierté juive en installant des boucliers d’or avec des images de l’empereur dans Jérusalem (or la foi juive proscrit le culte des images). Devant l’indignation du peuple, il recule cette fois-ci. Mais sa main ne tremblera pas pour donner l’ordre de massacrer à coups de gourdins des manifestants juifs protestant contre le détournement de l’argent du Temple de Jérusalem pour faire construire un aqueduc [1]. Et sa répression sanglante d’un rassemblement de samaritains au monde Garizim fait tant de bruit que le légat voisin de Syrie, son hiérarchique, le déferrera à Rome pour être jugé. Mais Tibère meurt avant que Pilate n’arrive à Rome. Selon une tradition reprise par Eusèbe, il tomba en disgrâce sous le règne de Caligula et finit par se suicider, à Vienne (France) ou Lucerne (Suisse) selon des légendes peu crédibles (la tradition éthiopienne le fait mourir martyr à Rome, une fois converti au christianisme). On perd ensuite sa trace.

Tacite (Annales, XV, 44) fait mention de Pilate très brièvement en parlant des chrétiens : « Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus ».

Au total, les historiens comme Flavius Joseph ou Philon d’Alexandrie [2] font de lui un portrait beaucoup moins flatteur que les Évangiles. Pour les premiers chrétiens, il fallait en effet atténuer la responsabilité des Romains dans l’assassinat de Jésus si on voulait vivre en bonne intelligence avec eux partout dans l’empire [3]. Quitte à charger les autorités juives (ou le peuple entier pour Jean) d’une culpabilité beaucoup plus écrasante. Ce qui hélas sera à la source d’un antisémitisme ecclésial indigne de Jésus.

Ainsi le célèbre geste de Pilate qui « s’en lave les mains » après la clameur de la foule réclamant Barabbas plutôt que Jésus n’est guère crédible. Cette ablution rituelle est typiquement juive (Dt 21, 6-8) [4]  et on voit mal Pilate - qui justement veut ne rien avoir en commun avec les juifs (« est-ce que je suis juif, moi ? ») - adopter cette coutume religieuse pour lui-même, qui plus est dans l’exercice public de son autorité impériale romaine.

Bref, Pilate était un sale type, un fonctionnaire dur et inflexible, dont les chrétiens ont cherché à adoucir les traits pour ne pas compromettre leurs relations déjà précaires avec les autorités romaines (les persécutions commenceront très vite après la mort du Christ).

Tel qu’il est, cruel kapo à l’image retravaillée par la tradition orale chrétienne et la plume des évangélistes, Ponce Pilate nous intéresse cependant à plus d’un titre.


Une foi historique

Les journalistes : des Ponce Pilate ! dans Interventions de l'auteur pilateD’abord   on l’a dit   Pilate enracine solidement la foi chrétienne dans l’histoire. Impossible de réduire le christianisme à une théorie, une doctrine ou une idée lorsqu’on prononce la phrase : « crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il souffrit sa passion et fut mis au tombeau ». La foi chrétienne est d’abord constituée d’événements historiques. Viennent ensuite les interprétations, légitimement innombrables, qui feront la relecture de ces événements inépuisables pour y déceler la bonne nouvelle incarnée par ce juif de Palestine. Grâce à cette mention de Ponce Pilate, l’Église est sans cesse obligée de revenir à ces événements, de les mettre en relation avec les événements contemporains, empêchée ainsi de transformer sa foi en idéologie ou pure philosophie.

Questionner Jésus en direct

Le préfet le plus célèbre dans Communauté spirituelleInterroger Jésus est au départ de toute aventure spirituelle : qui es-tu ? Es-tu le roi des juifs ? La curiosité de Pilate est à mettre à son crédit. Il aurait pu se contenter de le faire exécuter comme tant d’autres, sans interrogatoire direct (ne parlons même pas de procès !). Mais non : il le fait appeler auprès de lui. C’est un détour qui commence comme le détour de Moïse pour observer le buisson en feu. Jésus est bien pour Pilate ce buisson insignifiant, mais capable d’enflammer Jérusalem avec sa prédication messianique. Prendre le temps d’interroger par soi-même ce qui trouble les autres est une attitude qui honore Pilate et qui devrait être la nôtre. Ne pas juger sur des buzz, des vidéos virales sur Youtube ou Facebook, fake news invérifiables, rumeurs, réputations sulfureuses, mais se faire une idée par soi-même.

 

 

Royauté ou vérité ?

Le dialogue qui s’ensuit dans l’entrevue Pilate/Jésus est quelque peu surréaliste. Tous deux ne parlent pas de la même chose. Pilate est obnubilé par la royauté, particulièrement intrigué par celle attribuée à Jésus. Il est pourtant le préfet de l’empereur, donc de celui qui était au-dessus de tous les rois. Un nouveau roi juif pourrait être une opportunité, ou peut-être une menace. Pilate souffre en quelque sorte du complexe Napoléon : établir à tout prix une autorité au-dessus des princes et rois aux alentours. Jésus quant à lui ne semble pas du tout intéressé par la royauté, mais par la vérité :

« C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix ».

Étrange dialogue : le préfet de César fait face à l’Oint de Dieu, l’un avec ses gardes l’autre sans même un avocat (mais l’Esprit de Dieu est un merveilleux conseiller !), Pilate cherchant un roi et Jésus cherchant à manifester la vérité.

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Arrivé à ce point du dialogue, Pilate semble décrocher : « qu’est-ce que la vérité ? », lance-t-il dubitatif, sans guère attendre de réponse. Sa longévité politique l’a rendu cynique : on peut tout justifier au nom de Rome, il faut être prêt à tout et son contraire pour demeurer au pouvoir.

La maladie dont souffrent nos sociétés démocratiques libérales pourrait bien trouver là  une de ses causes : le désintérêt de nos concitoyens vis-à-vis de la république, des élections, de notre personnel politique, repose sur une exaspération légitime. Les élus ne songent qu’à conserver le pouvoir et ne représentent plus ceux qui ont voté. Les faits divers et les sondages gouvernent davantage que la vision du bien commun. Ceux qui font les lois ne se préoccupent pas de vérité mais de « royauté », pour reprendre les termes du dialogue Pilate/Jésus, c’est-à-dire de se maintenir en place. Sans transcendance, le débat démocratique s’épuise en rapport de forces où les opinions publiques et les lobbys font oublier ce qui est au-dessus des intérêts particuliers. Et l’Europe fédérale de Bruxelles, qui voudrait incarner cette transcendance laïque, tombe elle-même dans le piège de la confiscation par quelques-uns du pouvoir appartenant à tous.

La royauté ou la vérité ?

Pilate ne s’aperçoit pas que sa question est mal posée. Il aurait dû demander : qui est la vérité ? Car la vérité n’est pas une chose. Ce faisant, ses yeux auraient contemplé devant lui la réponse vivante à sa quête intérieure. Car le prisonnier Jésus incarne paradoxalement la vérité sur l’homme dans sa dignité la plus profonde. C’est pourquoi Jean a – ironiquement - mis sur les lèvres de Pilate deux déclarations qui se révéleront prophétiques a posteriori :

- Ecce homo (« voici l’homme » Jn 19,5), car Jésus humilié non-violent et pardonnant est bien l’image de Dieu vivant en chacun de nous.

- La mention que Pilate a voulue sur le panneau attaché à la croix : « Jésus de Nazareth roi des juifs » (I. N. R. I.) est le titre royal, dérisoire vendredi, triomphal dimanche, qui convient à ce crucifié couronné d’épines (Jn 18,19).

Jésus ne revendique jamais pour lui-même ce titre royal. Il prêche bien un royaume, mais celui de son Père. Il cherchait à l’établir, mais dans les cœurs et pas dans l’administration  politique ; par la douceur et non par la violence. Ses armes sont l’esprit de service (le lavement des pieds), la guérison, la pauvreté volontaire, le combat contre le mal, toutes choses à l’opposé des moyens ordinaires par lesquels les royaumes se maintiennent, les républiques se défendent, les théocraties imposent leur loi. C’est pourquoi le royaume de Jésus (en réalité le royaume de Dieu qui lui est partagé comme à un fils) n’est pas de ce monde, et contestera toujours la prétention des politiques à établir le royaume de Dieu sur terre…

tableau montrant Ponce Pilate présentant Jésus de Nazareth aux habitants de Jérusalem


Ponce Pilate aurait dû écouter sa femme !

claudia1 Pilate dans Communauté spirituelleClaudia en effet a fait un songe, rapporte Jean (Mt 27,19), où elle a vu ce galiléen comme provenant d’auprès de Dieu. Elle le confie à son mari, qui en est peut-être troublé si réellement qu’il a cherché à sauver Jésus en recourant au subterfuge de cette coutume (non attestée historiquement) de la libération d’un prisonnier lors de la fête de Pâques.

Même les pires bourreaux ont auprès d’eux des conseillers, des messagers (des « anges ») – ici c’est une femme – qui les avertissent lorsqu’ils franchissent des seuils dans l’injustice et l’inhumanité. Tous ceux qui exercent le pouvoir – entreprise, collectivités locales, famille, association etc. – ont eux aussi ces voix à leurs côtés leur murmurant de faire attention à tel ou tel, car là cela va trop loin. S’ils n’écoutent pas ces messagers à leurs côtés, les tenants du pouvoir deviendront cyniques et cruels comme Pilate…


Les ambiguïtés de Pilate et les nôtres

Saint Joseph d'Arimathie vient demander à Pilate de lui donner le corps de Notre Seigneur après sa mort en CroixPour être complet, il faut saluer en finale la décision de Pilate de remettre le corps de Jésus à Joseph d’Arimathie, au lieu de le laisser exposé aux corbeaux pendant le sabbat. Mais en même temps, il accorde aux autorités juives le droit de placer des gardes autour du sépulcre de Jésus pour empêcher le vol de son cadavre.

Ambigu, Ponce Pilate l’aura été jusqu’au bout, préférant jouer sur tous les tableaux plutôt que de prendre parti pour la vérité, obnubilé par le pouvoir et sa conservation à tout prix. Machiavel n’a rien inventé…

S’il y a un peu de Ponce Pilate en nous, cela doit nous rendre vigilants sur ce qui nous guide : la royauté (le pouvoir) ou la vérité ?
Et Pilate peut également nous rendre vigilants sur nos ambiguïtés, provenant comme chez lui du désir de conserver à tout prix la maîtrise et le pouvoir, quitte à prendre « en même temps » les décisions les plus contradictoires.
Prenons garde à ce que, au nom du Christ-Roi, nous ne devenions pas les Pilate de nos proches…

 

 


[1]. « En ce même temps survinrent des gens qui lui rapportèrent ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs victimes.  Prenant la parole, il leur dit: « Pensez-vous que, pour avoir subi pareil sort, ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens? » (Lc 13, 1-2)

[2]. Philon affirme que Pilate se caractérisait par « sa vénalité, sa violence, ses vols, ses assauts, sa conduite abusive, ses fréquentes exécutions des prisonniers qui n’avaient pas été jugés, et sa férocité sans bornes » (Légation à Caïus 302).

[3]. Pilate est même rangé parmi les saints de l’Église éthiopienne et de l’Église copte ! Selon cette tradition, il se serait converti en secret au christianisme, sous l’influence de sa femme Claudia Procula (ou Claudia Procla ou Abroqla). Ils sont tous les deux fêtés le 25 juin. Les Églises grecques orthodoxes honorent seulement cette dernière sous le nom de Claudia Procula.

[4]. « Tous les anciens de la ville la plus proche de l’homme tué se laveront les mains dans le cours d’eau, sur la génisse abattue.  Ils prononceront ces paroles: « Nos mains n’ont pas versé ce sang et nos yeux n’ont rien vu.  Pardonne à Israël ton peuple, toi Yahvé qui l’as racheté, et ne laisse pas verser un sang innocent au milieu d’Israël ton peuple. Et ce sang leur sera pardonné. »

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Sa domination est une domination éternelle » (Dn 7, 13-14)

Lecture du livre du prophète Daniel

Moi, Daniel, je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

Psaume
(Ps 92 (93), 1abc, 1d-2, 5)
R/ Le Seigneur est roi ; il s’est vêtu de magnificence.
(Ps 92, 1ab)

Le Seigneur est roi ;
il s’est vêtu de magnificence,
le Seigneur a revêtu sa force.

Et la terre tient bon, inébranlable ;
dès l’origine ton trône tient bon,
depuis toujours, tu es.

Tes volontés sont vraiment immuables :
la sainteté emplit ta maison,
Seigneur, pour la suite des temps.

Deuxième lecture
« Le prince des rois de la terre a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu » (Ap 1, 5-8)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

À vous, la grâce et la paix, de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre.
À lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen. Voici qu’il vient avec les nuées, tout œil le verra, ils le verront, ceux qui l’ont transpercé ; et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre. Oui ! Amen !
Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers.

Évangile
« C’est toi-même qui dis que je suis roi » (Jn 18, 33b-37) Alléluia. Alléluia.

Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père. Alléluia. (Mc 11, 9b-10a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Pilate appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » Pilate répondit : « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » Jésus déclara : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »
Patrick BRAUD

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17 septembre 2018

Dieu s’est fait infâme

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Dieu s’est fait infâme


Homélie pour le 25° dimanche du temps ordinaire / Année B
23/09/2018

Cf. également :

La jalousie entre nature et culture
Jesus as a servant leader
« J’ai renoncé au comparatif »
C’est l’outrage et non pas la douleur
Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ
Un roi pour les pires

 

Que connaissez-vous de l’infamie ?

Que savez-vous de cette flétrissure du nom, de cette marque au fer rouge qui désigne sans cesse les infâmes au ressentiment populaire ?

la lettre ecarlate de Nathaniel HawthorneAvez-vous croisé de ces ombres obligées désormais de s’excuser d’exister, à cause de la lettre écarlate [1] qu’ils portent sur leur visage raviné, leurs cheveux filasses, leurs mâchoires sans dents ? Avez-vous jamais parlé avec ceux qui sont devenus des rebuts de leur propre famille, village ou société, à cause d’un crime supposé ou réel ? Quand vous vous écriez : ‘c’est infâme !’ après avoir trempé vos lèvres dans un plat, le dégoût que vous exprimez vous donne une idée de ce que les ignobles lisent dans les yeux de leurs pourtant concitoyens et frères en humanité.

Ainsi, quand notre première lecture (Sg 2, 12.17-20) décrit la manigance des puissants pour éliminer un gêneur, on pense immanquablement à la fois à ces infâmes et à Jésus :

« Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un interviendra pour lui. »

Être condamné à mort est déjà impensable pour un homme de bien. Dans notre Évangile de ce dimanche (Mc 9, 30-37), les disciples ne comprennent rien à cette annonce du meurtre de Jésus, car c’est proprement impensable pour eux qu’un Messie soit ainsi éliminé :

« Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. » Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger. »

En effet, un envoyé de Dieu doit réussir, sinon il n’est pas celui qu’il prétend être.

« Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires. » (Sg 2,18)

Voilà pourquoi le Coran, revenant à une compréhension « naturelle » de l’action de Dieu, ne peut envisager le meurtre de Jésus. Il expose des théories diverses, comme la substitution de Jésus par un disciple où un soldat, ou la crucifixion d’un sosie, ce qui aurait trompé les disciples éloignés du Golgotha :

« Et à cause leur parole : Nous avons vraiment tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le Messager d’Allah… Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié ; mais ce n’était qu’un faux semblant ! (d’autre traduction : Sa ressemblance a été placée sur un autre homme et ils ont tué cet homme) Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l’incertitude: ils n’en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l’ont certainement pas tué. Mais Allah l’a élevé vers Lui et Allah est Puissant et Sage. » Sourate 4, 157-158

« (Rappelle-toi) quand Allah dit:  » Ô Jésus, certes, Je vais mettre fin à ta vie terrestre t’élever vers Moi. » Sourate 3,53

Voilà donc a contrario un indice très solide de l’historicité de la mort de Jésus : c’est tellement invraisemblable pour des croyants que justement ils n’ont pu inventer cela.

Dieu s'est fait infâme dans Communauté spirituellePire encore : Jésus n’est pas seulement un condamné à mort (ce qui déjà le range parmi les pires), mais surtout un crucifié (les pires parmi les pires). De multiples recherches historiques ont montré l’horreur que suscite ce supplice dans l’empire romain notamment. Les nobles et les citoyens romains étaient décapités (comme Paul), exilés, empoisonnés (comme Socrate), mais pas crucifiés. C’était réservé aux humiliores = sous hommes (en latin) - aux Untermenschen dira l’idéologie nazie plus tard - à ceux de la plus basse condition : esclaves, métèques, pirates, nomades… C’était la mors turpissima = la mort la plus honteuse. L’exposition à la foule en pleine nudité, la lente agonie d’asphyxie défigurant le corps, l’exposition du cadavre sur la croix des jours durant pour le priver de sépulture et en faire la proie des oiseaux charognards, l’exécration publique … : tout était orchestré pour que les crucifiés deviennent infâmes, ignobles [2]. L’étymologie confirme que l’infâme n’a plus ni renommée (in-famus = négation de la réputation, d’où le verbe : diffamer = salir la réputation de quelqu’un) ni noblesse (ig-noble). Sa postérité sera effacée de la Terre, son nom de la mémoire des hommes, ou alors entaché d’un opprobre indélébile.

La honte engendrée par la crucifixion romaine ne tenait pas d’abord aux douleurs du supplice, mais à l’infamie perpétuelle attachée au crucifié et son souvenir.

Dans le monde juif, l’infamie de la croix redoublait avec la vieille malédiction du Deutéronome :
« Maudit celui qui est pendu au bois » (Dt 21, 23 ; cf. Ga 3,13).
Le crucifié, déjà immonde aux yeux des Romains, était en plus un maudit de Dieu aux yeux des juifs. Il n’avait plus droit à l’identité juive, donc était déshérité de la promesse faite à Abraham. Quand Jésus s’écrie : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15,34) c’est sans doute parce qu’il ressent sur lui cette malédiction déchirant son identité de Fils de Dieu. Sa mission échoue, le supplice l’humilie plus que tout, le bois de la croix l’assimile à un maudit : quelle déréliction plus grande pour celui qui est l’intime de Dieu ?

Jésus a certes pressenti que sa prédication allait lui attirer des ennuis. Plus il prêchait, plus il devinait la colère des puissants qu’il dérangeait. Avec sa conscience prophétique, il savait bien que tôt ou tard la lapidation serait probablement au bout du chemin (cf. Étienne, le premier martyr Ac 7,58 [3]) :

« Les Juifs apportèrent de nouveau des pierres pour le lapider. Jésus leur dit alors: « Je vous ai montré quantité de bonnes œuvres, venant du Père; pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? » Les Juifs lui répondirent : « Ce n’est pas pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème et parce que toi, n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu. » […] Ils cherchaient donc de nouveau à le saisir, mais il leur échappa des mains. Jn 10, 31-39

« Ses disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas ! » Jn 11,5

« Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble sa couvée sous ses ailes… » Lc 13,34

La lapidation, c’est déjà terrible ! Mais les prophètes lui ont donné quelques lettres de noblesse. Alors que la crucifixion…

Le combat intérieur de Gethsémani était peut-être cette lutte ultime pour accepter d’être dépossédé non seulement de la vie, mais d’une mort noble, d’une mort choisie qui sauvegarderait les apparences.

Jésus meurt dans l’infamie de sa nudité, pendu en l’air, comme si ni le ciel ni la terre ne voulaient de lui ; il meurt dans la honte de qui est condamné à la fois par le magistère officiel de sa religion et par l’autorité civile, parce que nocif au bien commun de la cité !

Jésus, à la différence du Baptiste, ne meurt pas comme un martyr, mais bien comme un excommunié et un maudit, comme aime à le dire Paul, qui se vante de prêcher Jésus-Christ crucifié, scandale pour les hommes religieux et folie pour les sages du monde grec (cf. 1 Co 1,23).

La croix est le signe de cette mort infamante de Jésus « compté parmi les malfaiteurs » (Lc 22,37), se complaisent à souligner les évangélistes. Elle est le récit de sa solidarité avec les pécheurs, de son abaissement jusqu’à la condition de l’esclave humilié, « jusqu’à la mort, et la mort sur une croix » (Ph 2,8), comme l’atteste Paul.

bosch-die-kreuztragung-christi croix dans Communauté spirituelle

Jésus a porté le patibulum en public, cette poutre de bois transversale sur laquelle on allait l’attacher et le clouer pour l’emboîter ensuite à un pieu vertical. Le français appelle d’ailleurs patibulaire quelqu’un qui est digne (indigne !) d’être condamné à cette infamie.

Patibulaire Jésus…

Le pape François vient d’inscrire dans le Catéchisme de l’Église catholique l’engagement de lutter contre toute peine de mort [4], en mémoire de celle subie par Jésus.
Il faut prolonger cet engagement par celui de combattre toute infamie, dont Jésus fut au plus haut point victime. À sa suite, pendant trois siècles (car Constantin a tout changé en 313…), les chrétiens furent assimilés à la fange de l’humanité. La dérision, la moquerie de la Passion du Christ était la leur dans les arènes romaines ou les lapidations populaires. L’ignominie du supplice du feu, de la roue, des fauves étaient les conséquences prévisibles du baptême.

Alexamenos adore son Dieu« Alexamenos adore son Dieu » : ce graffiti [5] caricaturant un chrétien adorant un homme à tête d’âne crucifié dit bien l’opprobre que les citoyens honnêtes jetaient sur cette secte de dégénérés, au sujet desquels couraient de folles rumeurs d’infanticide et d’anthropophagie. L’auteur du graffiti trouve complètement ridicule qu’Alexamenos puisse reconnaître comme sauveur un homme crucifié. À cette époque, et en encore pour plusieurs siècles, on ne représentait jamais Jésus en croix. La croix était une réalité trop affreuse, trop diffamante. Ce n’est qu’à partir du IV° siècle que l’image du Christ en croix apparaît.

Ce graffiti est l’exemple parfait des railleries ordinaires des polythéistes gréco-romains qui attribuaient à l’ensemble des chrétiens le dieu à tête d’âne, Dieu des sethiens pour qui le Messie, le Fils de l’Homme, est Seth.

C’est l’outrage et non la douleur qui fait du crucifié un infâme, un sous-homme indigne de porter ce nom.

Paul encouragera les premières communautés à tenir bon malgré cette réprobation générale :

« Jésus, qui au lieu de la joie qui lui était proposée, endura une croix, dont il méprisa l’infamie, et qui est assis désormais à la droite du trône de Dieu. Songez à celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle opposition, afin de ne pas défaillir par lassitude de vos âmes ». He 12, 2-3

« Jusqu’à l’heure présente, nous avons faim, nous avons soif, nous sommes nus, maltraités et errants; nous nous épuisons à travailler de nos mains. On nous insulte et nous bénissons; on nous persécute et nous l’endurons; on nous calomnie et nous consolons. Nous sommes devenus comme l’ordure du monde, jusqu’à présent l’universel rebut » 1Co 4, 11-13.

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Lorsque Voltaire signait ses lettres par un vibrant : « écrasons l’infâme », il prolongeait inconsciemment cette longue tradition de diffamation de la foi chrétienne (même s’il visait l’obscurantisme et le fanatisme religieux, son animosité s’exerçait en pratique surtout contre l’Église catholique…).

Alors, si nous voulons suivre le Christ jusqu’au bout, nous ne pouvons pas éviter de fréquenter les infâmes d’aujourd’hui.
Alors, si la volonté de destruction manifestée par la malédiction de la croix nous révolte, nous devons dénoncer les infamies de notre société.

La Sagesse parlait du juste innocent condamné à l’infamie. La croix de Jésus prend le parti des coupables, pas seulement des innocents, de ceux qui n’ont plus dignité humaine à cause de leurs actes, et leur promet : « aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23,42).

gadagada infâmeIl nous faut donc entreprendre avec courage la fréquentation des égouts de l’humanité de nos sociétés : les prisonniers, que certains veulent punir et que nous voulons sauver ; les intouchables que nous voulons mettre au centre ; les SDF crasseux et repoussants que nous voulons habiller à neuf et avec qui nous voulons fraterniser ; les « différents » qui s’auto-excluent en communautés fermées et méprisées ; les « gens de rien » qu’on accuse d’assistés ; les difformes de corps ou d’esprit dont on voudrait bien qu’ils ne naissent plus à l’avenir etc.

Jésus avait prévenu :

« Heureux êtes-vous, quand les hommes vous haïront, quand ils vous frapperont d’exclusion et qu’ils insulteront et proscriront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme » Lc 6,22 // Mt 5,11.

Et la Sagesse s’étonne de la Résurrection de ceux que les puissants croyaient avoir éliminés :

« Le voilà, celui que nous avons jadis tourné en dérision et dont nous avons fait un objet d’outrage, nous, insensés ! Nous avons tenu sa vie pour folie, et sa fin pour infâme. Comment donc a-t-il été compté parmi les fils de Dieu ? Comment a-t-il son lot parmi les saints ? » Sg 5, 4-5

couleurs-de-l-infamie-les-tome-1-couleurs-de-l-infamie-les outrageSur la croix, Dieu s’est fait infâme, pour que tous les damnés de la terre ne désespèrent plus d’être aimés de Dieu et des hommes. La vilaine mort du Christ suscite l’espérance des vilains de ce monde. La laideur de sa condamnation rejoint ceux qui se cachent après une terrible décision de justice ou du pouvoir politique. La dérision dont on accable ce pendu au gibet le rend frère des gens dérisoires et raillés d’exister.

Il y a peut-être plus encore.

Si la crucifixion de Jésus nous oblige à faire corps avec les infâmes autour de nous, elle nous permet également d’affronter la part d’infamie qui est en chacun de nous. N’espérons pas trop vite être du côté de ceux qui aident les autres à se relever de leur ignominie. Faisons d’abord l’expérience de l’infâme qui est en nous (c’est le rôle traditionnel de la contrition, s’appuyant sur le dégoût de notre complicité bien réelle avec le mal et son ignoble cortège de conséquences). Si nous éprouvons combien Jésus crucifié vient nous rejoindre jusque dans cette part d’ombre en nous, nous pourrons en être les témoins vivants auprès de ceux qui n’osent pas espérer de rédemption. Ainsi Paul a conscience d’être ce pécheur pour lequel Jésus a donné sa vie :

« À peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir; mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous. » Rm 5, 7-8


Puisque le Dieu s’est fait infâme, n’hésitons pas à rejoindre ceux que l’infamie déshonore, et d’abord en nous-mêmes…

 


[1]. Cf. le roman : La lettre écarlate, de Nathaniel Hawthorne, publié en 1850.

[2]. «  Tarquin l’Ancien (5° roi de Rome, mort en 579 av JC) fit clouer sur une croix le corps de tous ceux qui s’étaient donné la mort (lors d’un chantier), pour en faire à la fois un spectacle pour les citoyens et une proie à déchirer pour les bêtes sauvages et les oiseaux.  » Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, XXXVI, 106-107.

«  Que le nom même de croix soient écarté non seulement de la personne des citoyens romains, mais de leurs pensées, de leurs yeux, de leurs oreilles. Car pour de tels supplices, ce n’est pas seulement l’effet et l’exécution, c’est le caractère, l’attente, le nom seul qui sont indignes d’un citoyen romain et d’un homme libre.  » Cicéron, Pro Rabirio, 16.

«  Se trouve-t-il donc un homme qui aime mieux fondre dans les tourments, périr membre à membre et répandre autant de fois sa vie goutte à goutte, que de l’exhaler d’un seul coup ? Oui, qui attaché au gibet maudit, déjà infirme, déjà informe, les épaules et la poitrine remontée en deux bosses affreuses, ayant ainsi, même avant la croix, mille motifs de mourir, veut prolonger une existence qui prolongera tant de tortures ?  » Sénèque, Lettres à Lucilius, 101, 14.

[3]. « La mort la plus infâme, ils l’appellent martyre ». (Corneille, Polyeucte, III, 4)

[4]. « L’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que la peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne et elle s’engage de façon déterminée en vue de son abolition partout dans le monde. » (article 2267)

[5]. Ce graffiti a été découvert en 1857, parmi de nombreux autres, lors de la mise au jour des vestiges de la domus Gelotiana, bâtiment lié au complexe palatial romain. On pense qu’il a été dessiné entre le I° et le III° siècle.

 

 

Lectures de la messe

 Première lecture
« Condamnons-le à une mort infâme » (Sg 2, 12.17-20)

Lecture du livre de la Sagesse

Ceux qui méditent le mal se disent en eux-mêmes : « Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie, il s’oppose à nos entreprises, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu, et nous accuse d’infidélités à notre éducation. Voyons si ses paroles sont vraies, regardons comment il en sortira. Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un interviendra pour lui. »

Psaume
(Ps 53 (54), 3-4, 5, 6.8)
R/ Le Seigneur est mon appui entre tous. (Ps 53, 6b)

Par ton nom, Dieu, sauve-moi,
par ta puissance rends-moi justice ;
Dieu, entends ma prière,
écoute les paroles de ma bouche.

Des étrangers se sont levés contre moi,
des puissants cherchent ma perte :
ils n’ont pas souci de Dieu.

Mais voici que Dieu vient à mon aide,
le Seigneur est mon appui entre tous.
De grand cœur, je t’offrirai le sacrifice,
je rendrai grâce à ton nom, car il est bon !

Deuxième lecture
« C’est dans la paix qu’est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de paix » (Jc 3, 16 – 4, 3)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Bien-aimés, la jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes. Au contraire, la sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie. C’est dans la paix qu’est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de la paix. D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement de tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes ? Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre. Vous n’obtenez rien parce que vous ne demandez pas ; vous demandez, mais vous ne recevez rien ; en effet, vos demandes sont mauvaises, puisque c’est pour tout dépenser en plaisirs.

Évangile
« Le Fils de l’homme est livré…Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le serviteur de tous » (Mc 9, 30-37) Alléluia. Alléluia.
Par l’annonce de l’Évangile, Dieu nous appelle à partager la gloire de notre Seigneur Jésus Christ. Alléluia. (cf. 2 Th 2, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus traversait la Galilée avec ses disciples, et il ne voulait pas qu’on le sache, car il enseignait ses disciples en leur disant : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. » Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger. Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » Ils se taisaient, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. »
Patrick BRAUD

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27 mars 2018

Deux prérequis de Pâques

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Deux prérequis de Pâques


Homélie pour la fête de Pâques / Année B
01/04/18

Cf. également :

Pâques : Courir plus vite que Pierre
Les Inukshuks de Pâques
Pâques n’est décidément pas une fête sucrée
Comment annoncer l’espérance de Pâques ?
Incroyable !
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Les sans-dents, pierre angulaire


Que s’est-il passé entre la sinistre éclipse du Vendredi saint vers 15 heures et l’annonce incroyable de l’aurore de Pâques en ce dimanche matin ?

Nul ne saura jamais quelle mystérieuse alchimie opérant dans le tombeau scellé a produit ce corps transfiguré adapté à l’autre monde. Par contre, nous connaissons deux démarches qui ont préparé sans le savoir cet évènement hors normes. Deux prérequis en quelque sorte, indispensables pour que quelque chose d’inouï arrive. Sans rien enlever à la gratuité de l’événement pascal, ces deux prérequis soulignent la part humaine, notre contribution à la résurrection du Christ, rien moins que cela !

 

Réhabiliter les vaincus de l’histoire (Joseph d’Arimathie)

L’Évangile de Jean nous rapporte l’intervention courageuse de Joseph d’Arimathie auprès des autorités juives :

« Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus (Jn 19,38) ». 

Deux prérequis de Pâques dans Communauté spirituelle MaT%2B-%2BLouviers%2B27%2B%25282%2529C’est un peu comme demander le corps de Jean Moulin à la Kommandantur après qu’il ait été supplicié par la Gestapo. Alors que l’affaire Jésus s’est soldée par la défaite totale de ce faux prophète et la mise en déroute de sa bande, ce notable Joseph d’Arimathie, respecté et ayant pignon sur rue, risque sa réputation et sa sécurité pour récupérer le cadavre lamentable qui gît au pied de la croix. Il ose ainsi se dévoiler, prendre parti, et risquer l’affrontement avec les vainqueurs apparents de la confrontation.

Il fait plus encore : il place le cadavre dans un tombeau neuf prévu pour un riche. Donner une sépulture à un crucifié est déjà une transgression, car la loi juive demande de laisser les corps pendre au gibet, sans doute à titre d’exemple (barbarie assez répandue hélas), pour que la honte et l’humiliation soient portées à l’extrême avec les oiseaux et autres charognards déchiquetant les chairs… Rappelons-nous que la malédiction attachée au supplice de la croix fait du crucifié un non-juif, un maudit de Dieu, rayé du peuple, exclu de toute dignité humaine même après sa mort (Ga 3,13; Dt 21,23).

Or Joseph ose lui redonner cette dignité en lui offrant son tombeau. Et un tombeau de riche, c’est-à-dire de quelqu’un béni des dieux, admiré des hommes. Un théologien – Jean-Baptiste Metz – a appelé « souvenir des vaincus » cette démarche au cœur de Pâques : faire mémoire de la Pâque du Christ, c’est se souvenir de tous les vaincus de l’histoire qui aurait dû passer aux oubliettes de la mémoire collective, mais inoubliables en Christ.

Réhabiliter les vaincus de l’histoire, c’est raconter les millions de vies supprimées dans les goulags soviétiques, donner un nom aux ombres des camps de Pol Pot ou de Mao, réécrire l’histoire des pauvres gens et pas seulement des princes, des rois et des puissants. C’est adopter le point de vue des plus petits lorsqu’on envisage un projet d’entreprise. C’est faire attention à ceux que personne ne remarque. C’est écrire les monographies des familles du Quart-Monde avec ATD. C’est ne pas passer sous silence les existences éliminées en début ou en fin de vie sans état d’âme. C’est égrener le nom des indigents morts dans la rue et destinés à la fosse commune.

Cette réhabilitation comporte un risque majeur : être soi-même identifié à ceux dont on réclame les corps pour les honorer, et finalement subir le même sort qu’eux. C’est pourquoi les candidats ne se bousculent pas ! Mais Joseph d’Arimathie a eu ce courage. Sans lui, pas de tombeau pour Jésus le maudit.

 

Être un baume versé sur tant de plaies

Les deux Marie (mais où est la mère de Jésus ?) et la mère de Salomé incarnent le deuxième prérequis de Pâques : embaumer le corps du supplicié.

« Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller oindre le corps.  Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil s’étant levé. » (Mc 16,1-2)

Toutes les familles qui ont eu recours à un thanatopracteur après un décès comprennent ce que cela signifie. Rendre à un visage aimé un peu de beauté et de sérénité après l’épreuve de la maladie et ici de la croix. Retravailler les tissus abîmés après un accident de la route, disposer les membres déformés de manière à leur redonner apparence convenable. Embaumer, c’est mettre du baume sur les plaies et préserver la dignité du corps humain le plus longtemps possible. Les embaumements égyptiens de pharaons préparaient ainsi la vie des puissants dans l’au-delà. Les trois femmes du matin de Pâques viennent embaumer un malheureux sans pouvoir imaginer que c’est lui qui leur ouvrira l’au-delà. Elles veulent faire de lui un « oint » de leurs aromates, et c’est le Christ (l’Oint de Dieu) qui les consolera.

« On voudrait être un baume versé sur tant de plaies » : c’est la dernière phrase du journal intime d’Etty Hillesum en 1942 [1], avant de partir volontairement du quartier juif d’Amsterdam vers le camp de Westerbrok où elle mourut en 1943. Etty a consacré ses mois de captivité à Westerbrok à être aux côtés de ses compagnons d’infortune, avec générosité, compassion, et même beaucoup d’humour et de gaieté. À l’image des deux Marie et de Salomé, Etty voulait comme embaumer ceux que l’extermination nazie allait gazer puis incinérer. Sans aucun doute préparait-t-elle ainsi leur résurrection, unis au sacrifice du Christ, l’un des leurs.

Être un baume versé sur tant de plaies se traduit aujourd’hui par la présence auprès des migrants, des prisonniers, des mourants, des rejetés de toutes sortes…

Entre Vendredi saint et matin de Pâques, un homme et trois femmes incarnent deux prérequis de la Résurrection : réhabiliter les vaincus de l’histoire, être soi-même comme un baume versé sur les plaies de notre entourage…

Que l’Esprit de Dieu nous souffle comment nous engager sur cette double voie : nous goûterons alors à la vraie joie de Pâques.

 


[1] . Une vie bouleversée. suivi de Lettres de Westerbork, Journal 1941-1943, Etty Hillesum, 1995, Seuil, coll. Points.

 

 

MESSE DU JOUR DE PÂQUES

PREMIÈRE LECTURE
« Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »

PSAUME
(Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23)
R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! (Ps 117, 24)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Recherchez les réalités d’en haut, là où est le Christ » (Col 3, 1-4)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens

Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire.

SÉQUENCE
À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.

L’Agneau a racheté les brebis ;
le Christ innocent a réconcilié
l’homme pécheur avec le Père.

La mort et la vie s’affrontèrent
en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.

 « Dis-nous, Marie Madeleine,
qu’as-tu vu en chemin ? »

 « J’ai vu le sépulcre du Christ vivant,
j’ai vu la gloire du Ressuscité.

J’ai vu les anges ses témoins,
le suaire et les vêtements.

Le Christ, mon espérance, est ressuscité !
Il vous précédera en Galilée. »

Nous le savons : le Christ
est vraiment ressuscité des morts.

Roi victorieux,
prends-nous tous en pitié !
Amen.

 

ÉVANGILE
« Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)

Alléluia. Alléluia. Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur ! Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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25 mars 2018

Comme un agneau conduit à l’abattoir

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 01 min

Comme un agneau conduit à l’abattoir


Homélie pour le Vendredi Saint / Année B
30/03/18

Cf. également :

Vendredi Saint : paroles de crucifié
Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ
Vendredi Saint : les morts oubliés
Vendredi Saint : la déréliction de Marie
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
La Passion du Christ selon Mel Gibson


L214 : ce groupe d’activistes de la cause animale fait régulièrement parler de lui en diffusant sur Internet des vidéos terribles d’animaux tués en abattoirs industriels 
[1]. On ne ressort pas indemne de ces images, ce qui nous révèle à nouveau notre proximité avec toute forme de vie animale. On y voit des porcs massacrés en plusieurs fois, des vaches suspendues vivantes à des crochets, des bêtes écorchées vives, des agneaux bêlant de terreur pressés dans le corridor qui les conduit à une mort certaine…

C’est ce genre d’image que prend Isaïe pour décrire la Passion mystérieuse du serviteur de YHWH dans ses chapitres 40 à 55 :

« Comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? »

Or dans ce serviteur souffrant les rabbins reconnaissent la figure collective d’Israël, peuple choisi pour témoigner de Dieu jusque dans l’horreur de la Shoah. Et les chrétiens quant à eux ont déchiffré l’horreur du gibet de la croix grâce à cette prophétie.

Comme un agneau conduit à l'abattoir dans Communauté spirituelle FlegellIsraël ou Jésus, le serviteur d’Isaïe est comme un agneau conduit à l’abattoir…
Pourquoi ne se révolte-il pas ?
Pourquoi ne pas déposer un recours en justice auprès des autorités compétentes ?
Pourquoi un tel déferlement de haine sur lui ?
Pourquoi ne pas utiliser sa puissance pour anéantir son agresseur ?

Dans le cas d’Israël, la réponse est difficile et sensible. On a accusé les juifs du ghetto de Varsovie de s’être laissés facilement déporter sans résister. On a accusé les déportés d’Auschwitz ou de Ravensbrück de se résigner trop facilement à la mort, alors qu’ils auraient pu numériquement tenter quelque chose comme dans le camp de Sobibor. Comment se fait-il que 6 millions de juifs se soient laissés conduire à l’abattoir sans lutter ? Est-ce un signe de faiblesse impardonnable ?

Les chrétiens, voyant le Christ en filigrane derrière les silhouettes faméliques des matricules dans les camps nazis, se gardent bien d’entonner de tels reproches injustifiés. Reste que la boucherie s’est accomplie sans beaucoup de protestations de victimes (ni des autres hélas !).

« Et pourtant il n’avait pas commis de violence » : on peut tenter un début d’explication par la non-violence, seule véritable arme conduisant au succès final et définitif. La violence nazie a cru réussir, mais sa ruine a été complète. Après la guerre, on s’est rendu compte que finalement les juifs auront triomphé de leur ennemi, la création de l’État d’Israël n’en étant pas le moindre signe. La non-violence vécue jusqu’au bout refuse d’exterminer l’exterminateur, car sinon le mal aurait gagné deux fois : la première en généralisant le meurtre, la seconde en transformant la victime innocente à l’image de son bourreau, la rendant égale à lui dans son inhumanité.
Le prix à payer en est le sacrifice de soi.

Isaïe savait bien que l’agneau est l’animal de Pâques, celui qu’Israël sacrifie pour recouvrer sa liberté. En comparant le serviteur souffrant à un agneau, il intériorise la notion de sacrifice. Le vrai sacrifice n’est pas d’offrir un animal à Dieu, mais de s’offrir soi-même, sans limites, jusqu’à accepter de perdre sa vie à cause de ce que l’on croit. Jésus appellera cela l’amour des ennemis. Notons à nouveau en passant – et cela réjouira L. 214 ! – que l’agneau sauve sa peau dans ce passage du sacrifice extérieur à intérieur…

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La non-violence, artisan du succès final, est sans doute la meilleure clé de lecture de notre texte d’Isaïe. Une non-violence active qui dénonce l’injustice mais refuse d’utiliser les moyens contraires à ce qu’elle annonce.

D’autres interprétations sont possibles. Notamment l’idée que la soumission inconditionnelle à la volonté de Dieu, même la plus absurde en apparence, attire finalement la récompense sur celui qui a tout enduré sans chercher à comprendre ni même à protester. Vous devinez que cette ligne d’interprétation peut très vite flirter avec le radicalisme musulman ou juif : se soumettre sans ouvrir la bouche – même dans le malheur – à la volonté de Dieu peut conduire à toutes les oppressions et tous les fatalismes. Or Job se bat contre Dieu lorsque le malheur innocent le frappe. Et Jésus sue sang et eau à Gethsémani pour entrer dans la volonté de son Père d’aller épouser les sans-Dieu. La deuxième lecture nous le montre se débattant jusqu’au bout pour échapper à la mort si c’était possible :

« Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect » (He 5,7).

Jean, rédigeant son Évangile vers 70, avait bien en tête la figure majestueuse du serviteur souffrant d’Isaïe traversant les injures et les crachats sans rien dire ou presque : « femme voici ton fils » ; « voici ta mère » ; « j’ai soif », « tout est accompli ». Et ce qui est accompli est tout particulièrement l’annonce prophétique d’Isaïe sur la réussite ultime du serviteur défiguré.

Le Christ n’a pas pris d’avocat comme l’espérait peut-être Luc ; il n’a pas levé des milices comme l’espérait Judas ; il n’a même pas ouvert la bouche pour se défendre comme l’attendait Pilate. Arrivé ce moment paroxystique de son opposition frontale aux autorités religieuses et politiques, il savait bien que la partie était déjà jouée et perdue. Ce procès n’était qu’une mascarade. Comme le sont encore les procès de tant de journalistes en Turquie, de délinquants  noirs aux USA, d’opposants politiques en Russie, de soi-disant apostats au Pakistan ou ailleurs… Tout engagé dans un combat d’idées sent le moment où les puissants ne lui feront plus de cadeau quoi qu’il arrive. À partir de là, rien ne sert plus de protester ou de gémir. La mort est inéluctable, sous les pierres de la lapidation à Téhéran ou dans les camps de rééducation communistes. Alors, autant affronter avec calme et sérénité la vague de haine et de violence qui vous broie, le mensonge qui vous déshonore, plutôt que de chercher à inspirer la pitié et de ne nourrir que le mépris des bourreaux. C’est ainsi que les martyrs chrétiens de tous temps et de tous lieux ont su trouver une manière de mourir qui a impressionné le public des cirques romains, des exécutions publiques en Corée, en Afrique, et aujourd’hui encore hélas dans tant de pays du monde.

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Le serviteur réussira : cette folle espérance d’Isaïe nous permet de tenir bon dans les vendredis saints qui sont les nôtres.
C’est la non-violence du Christ qui nous donnera ce succès, dès maintenant et au-delà de la mort.
C’est la condition de serviteur, vécu dans l’offrande de soi et non le sacrifice de quelque chose d’extérieur, qui nous identifiera au Christ élevé près du Père.
Tenons bon dans cette non-violence qui fut celle du Christ.

 

 


[1] . L’association tire son nom de l’article L214-1 du Code rural dans lequel les animaux sont pour la première fois désignés comme « êtres sensibles » dans le droit français : « Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce ».

 

 

Célébration de la Passion du Seigneur
1ère lecture : « C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé »(Is 52, 13 – 53, 12)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme. Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.

Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.

Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.

Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

 

Psaume : 30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25
R/ Ô Père, en tes mains je remets mon esprit. (cf. Lc 23, 46)

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.

Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins ;
je fais peur à mes amis,
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.

On m’ignore comme un mort oublié,
comme une chose qu’on jette.
J’entends les calomnies de la foule :
ils s’accordent pour m’ôter la vie.

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur,
je dis : « Tu es mon Dieu ! »
Mes jours sont dans ta main : délivre-moi
des mains hostiles qui s’acharnent.

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le Seigneur !

 

2ème lecture : Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.  Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

 

Evangile : Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)

Acclamation : Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur.
Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom.
Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. (cf. Ph 2, 8-9)

La Passionde notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean

Indications pour la lecture dialoguée : les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. En ce temps-là, après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils lui répondirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Il leur dit : X « C’est moi, je le suis. » L. Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre. Il leur demanda de nouveau : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils dirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Jésus répondit : X « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » L. Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Or Simon-Pierre avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : X « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? » L. Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. »  Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. Cette jeune servante dit alors à Pierre : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » L. Il répondit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer. Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : X « Moi, j’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette. Pourquoi m’interroges-tu? Ce que je leur ai dit, demande-le à ceux qui m’ont entendu. Eux savent ce que j’ai dit. » L. À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : A. « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » L. Jésus lui répliqua : X « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu? » L. Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe.  Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » L. Pierre le nia et dit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : A. « Est-ce que moi, je ne t’ai pas vu dans le jardin avec lui ? » L. Encore une fois, Pierre le nia. Et aussitôt un coq chanta.  Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire. C’était le matin. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire, pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal. Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda : A. « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » L. Ils lui répondirent : F. « S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi. » L. Les Juifs lui dirent : F. « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. » L. Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans le Prétoire ; il appela Jésus et lui dit : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus lui demanda : X « Dis-tu cela de toi-même, Ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » L. Pilate répondit : A. « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » L. Jésus déclara : X « Ma royauté n’est pas de ce monde ;si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » L. Pilate lui dit : A. « Alors, tu es roi ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la véritéé coute ma voix. » L. Pilate lui dit : A. « Qu’est-ce que la vérité ? » L. Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara : A. « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais, chez vous, c’est la coutume que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Alors ils répliquèrent en criant : F. « Pas lui ! Mais Barabbas ! » L. Or ce Barabbas était un bandit.  Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé. Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils lui posèrent sur la tête ; puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre. Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : F. « Salut à toi, roi des Juifs ! » L. Et ils le giflaient.  Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit : A. « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara : A. « Voici l’homme. » L. Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : F. « Crucifie-le! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Ils lui répondirent : F. « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » L. Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus : A. « D’où es-tu? » L. Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : A. « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et pouvoir de te crucifier ? » L. Jésus répondit : X « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moisi tu ne l’avais reçu d’en haut ;c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi porte un péché plus grand. » L. Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Juifs se mirent à crier : F. « Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » L. En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors; il le fit asseoir sur une estrade au lieu-dit le Dallage – en hébreu : Gabbatha. C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs : A. « Voici votre roi. » L. Alors ils crièrent : F. « À mort ! À mort ! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Vais-je crucifier votre roi ? » L. Les grands prêtres répondirent : F. « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » L. Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié.  Ils se saisirent de Jésus. Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu-dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : F. « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais : “Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.” » L. Pilate répondit : A. « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. »  L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : A. « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ;ils ont tiré au sort mon vêtement.C’est bien ce que firent les soldats.  Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : X « Femme, voici ton fils. » L. Puis il dit au disciple : X « Voici ta mère. » L. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : X « J’ai soif. » L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : X « Tout est accompli. » L. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.  (Ici on fléchit le genou, et on s’arrête un instant.)  Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé.Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.  Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Patrick BRAUD

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