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4 janvier 2026

Devenez colombophiles !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Devenez colombophiles !

 

Homélie pour la Fête du Baptême du Seigneur / Année A
11/01/26

Cf. également :

La voix de la résilience
Ces moments où le ciel s’ouvre 

L’Esprit de la colombe
Une parole performative 

Jésus, un somewhere de la périphérie
De Star Wars au baptême du Christ
Baptême du Christ : le plongeur de Dieu
« Laisse faire » : éloge du non-agir
Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »
« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus
Lot de consolation
Yardén : le descendeur
Rameaux, kénose et relèvement
Il a été compté avec les pécheurs
Le principe de gratuité

 

1. Lâcher de colombes

Devenez colombophiles ! dans Communauté spirituelle Colombe-Pape-Francois-193x300Un monastère tout proche de la frontière turque : ce samedi 26 juin 2016, le pape François terminait sa visite en Arménie par un lâcher de colombes. Il venait de s’attirer les foudres du régime d’Ankara pour avoir osé rappeler la réalité et l’historicité du génocide arménien de 1945, commis essentiellement par des musulmans (turcs) sur les chrétiens (arméniens). Le chef de l’Église apostolique arménienne, Karenine II, a lui aussi lancé avec François une colombe en direction du Mont Ararat, lieu supposé du refuge pour l’arche de Noé après le déluge.

Comme quoi on peut être artisan de paix sans être naïf : pas de paix sans justice, pas d’amour des ennemis sans vérité historique. La colombe que Noé a envoyée par trois fois avant qu’elle lui rapporte un rameau d’olivier annonçant la fin du déluge (Gn 8) ne cache pas les crimes commis avec les ailes de l’excuse : un génocide est un génocide ; le reconnaître permettrait aux Turcs de s’engager sur un authentique chemin de réconciliation.

 

La colombe qui fait ce dimanche le trait d’union entre Jésus et son Père au Jourdain (Mt 3, 13-17) est bien sûr le rappel de la colombe de Noé : le baptême est bien ce déluge spirituel qui noie nos péchés ; l’Esprit est bien ce trait d’union entre nous et Dieu, qui annonce la paix avec soi-même, les autres, l’univers, grâce au pardon reçu dans les eaux du baptistère.

 

La colombe est un bel animal gracile au symbolisme si riche !

Lâcher de colombes pour un mariage : une tradition pleine d'émotionJ’ai eu la joie d’expérimenter la tradition nuptiale du lâcher de colombes au sortir d’un mariage, au lieu des jets de poignées de riz cinglantes et païennes (censées apporter fécondité et prospérité) : l’assemblée sortant de l’église a pu s’émerveiller de ces dizaines d’ailes blanches se déployant vers le ciel en un bruissement libre et joyeux.

Les colombes symbolisent en premier lieu l’amour et la fidélité. En effet, l’oiseau est connu pour garder le même conjoint jusqu’à sa mort. Le couple se partage les tâches, notamment la couvaison, en occupant le nid l’un après l’autre. On retrouve cette notion dans la fameuse expression “couple de tourtereaux”.

Selon la tradition, deux colombes libérées par les mariés représentent leur future vie ensemble pendant qu’elles volent vers le haut dans l’air. La présence de colombes le jour du mariage est synonyme d’amour, de paix, de prospérité, de foi et d’espérance.

Le Cantique des cantiques regorge de comparaisons entre la bien-aimée et la colombe :

Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle! Tes yeux sont des colombes (Ct 1,15).

Ma colombe, cachée au creux des rochers, en des retraites escarpées, montre-moi ton visage, fais-moi entendre ta voix; car ta voix est douce et charmant ton visage (Ct 2,14)

Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle! Tes yeux sont des colombes, derrière ton voile… (Ct 4,1).

Je dors, mais mon cœur veille. J’entends mon bien-aimé qui frappe. « Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, ma parfaite! Car ma tête est couverte de rosée, mes boucles, des gouttes de la nuit » (Ct 5,2).

Ses yeux sont des colombes, au bord des cours d’eau se baignant dans le lait, posées au bord d’une vasque (Ct 5,12).

Unique est ma colombe, ma parfaite. Elle est l’unique de sa mère, la préférée de celle qui l’enfanta (Ct 6,9). 

Pas étonnant que la colombe soit devenue le symbole de l’amour nuptial !

 

Dans de nombreuses cultures, les colombes étaient considérées comme des symboles de pureté, de douceur et de paix. Ces attributs s’alignent magnifiquement sur la compréhension chrétienne du rôle de l’Esprit Saint dans nos vies, en purifiant nos cœurs, en nous guidant doucement et en apportant la paix qui dépasse toute compréhension.

La capacité de la colombe à voler vers le ciel en a fait un symbole naturel pour le divin. Dans les mentalités anciennes, les oiseaux étaient des créatures qui pouvaient traverser la frontière entre la terre et le ciel, entre les royaumes de l’humain et du divin. Le Saint-Esprit, en tant que présence de Dieu actif dans notre monde, est parfaitement représenté par cette créature qui franchit les frontières.

Psychologiquement, l’image d’une colombe parle de notre besoin profond de douceur et d’éducation. Le Saint-Esprit, souvent décrit comme le Consolateur ou l’Avocat, trouve une représentation visuelle appropriée dans la colombe, une créature associée aux soins maternels et à la présence apaisante.

 

En hébreu, le mot pour Esprit (ruah) est féminin. Il atteste d’un pôle féminin en Dieu-même, et peut avoir Ruah ; recevez l'Esprit Saint !influencé le choix d’une colombe – souvent associée à des qualités féminines – comme symbole de l’Esprit.

L’imagerie de la colombe relie également le Saint-Esprit au concept de nouvelle création. Tout comme une colombe annonçait le nouveau départ après le déluge du temps de Noé, l’apparition de l’Esprit comme colombe au baptême de Jésus annonce l’inauguration d’une nouvelle ère dans l’histoire du salut.

Le retour de la colombe avec la feuille d’olivier signifie une nouvelle vie et une nouvelle fertilité. Après une inondation catastrophique qui a détruit toute la végétation, cette petite feuille verte était un signe puissant que la terre devenait à nouveau habitable. C’est une belle métaphore du renouveau et de la régénération, qui nous rappelle que même après les expériences les plus dévastatrices, une nouvelle vie peut émerger. La colombe au Jourdain annonce un monde enfin réconcilié en Jésus.

 

Le fait que la colombe ait été envoyée trois fois est également majeur. L’action de YHWH « trois fois saint » demande souvent trois jours pour se déployer, et les chrétiens ont bien compté trois jours entre le Vendredi Saint et la Dimanche de Pâques. La colombe au Jourdain préfigure ainsi la Résurrection du Christ, le début d’une nouvelle ère dans l’histoire du salut.

 

Les colombes nous enseignent la pureté et la simplicité. Jésus lui-même a exhorté ses disciples à être « aussi innocents que les colombes » (Mt 10,16). Cela ne signifie pas être naïf ou ignorer les complexités du monde. Il s’agit plutôt de cultiver un cœur et un but uniques, en se concentrant sur ce qui compte vraiment dans notre vie spirituelle. Dans notre société de consommation, la simplicité de la colombe nous met au défi d’examiner nos attachements et nos priorités. Sommes-nous en train d’encombrer nos vies avec des possessions ou des préoccupations inutiles ? Pouvons-nous, comme la colombe, trouver la joie dans la simplicité?

 

3770025340203_1 baptême dans Communauté spirituelleLes colombes sont connues pour leur instinct de homing (comme les saumons !), leur capacité à retourner dans leurs nids en volant sur de grandes distances. Les poilus de 14-18 s’en servaient comme de fidèles messagers volant au-dessus des lignes de front pour communiquer avec l’arrière…  Cela peut nous en apprendre sur le retour spirituel, sur le retour à Dieu, peu importe jusqu’où nous nous sommes peut-être égarés. Le prophète Osée utilise l’image de colombes revenant de terres lointaines pour décrire le peuple de Dieu revenant à Lui : « Comme un oiseau, tout tremblants, ils viendront de l’Égypte, et comme une colombe, du pays d’Assour ; je les ferai habiter dans leurs maisons, – oracle du Seigneur » (Os 11,11). Dans notre propre vie, nous pouvons parfois nous sentir éloignés de Dieu, mais comme la colombe, nous avons toujours la capacité de revenir.

 

Les colombes nous enseignent encore la douceur. Dans un monde qui valorise souvent l’agressivité et la domination, la colombe nous rappelle la force que l’on retrouve dans la douceur. Comme l’a dit saint François de Sales, « rien n’est aussi fort que la douceur, rien n’est aussi doux que la force réelle ». Cette douceur n’est pas une faiblesse, mais une force puissante pour le bien dans nos relations et dans notre approche du monde.

Enfin, les colombes peuvent nous enseigner la communauté. De nombreuses espèces de colombes s’accouplent pour la vie et sont connues pour leur dévouement envers leurs partenaires et leur progéniture. En tant que chrétiens, nous sommes appelés à construire des communautés fortes et aimantes, en nous soutenant mutuellement dans nos voyages spirituels. L’exemple de la colombe nous met au défi d’approfondir nos engagements envers nos familles, nos communautés ecclésiales et l’humanité tout entière.

 

2. La colombe eucharistique

colombe eucharistiqueAu musée de Limoges, vous pouvez admirer un étrange oiseau recouvert d’émail champlevé, magnifique et gracieux : une colombe eucharistique. C’est qu’au Moyen-Âge on n’avait pas encore inventé l’adoration eucharistique. On ne conservait quelques hosties consacrées que pour les porter aux malades ou aux absents, selon l’antique tradition que les orthodoxes ont gardée. Alors, pour éviter que les rats ne les grignotent ou que l’humilité ne les moisisse, on gardait quelques hosties consacrées dans une pyxide (petite boîte) en forme de colombe, richement décorée, qu’on élevait au-dessus de l’autel à l’aide de chaînes pour qu’elle y demeure suspendue.

 

Planant ainsi au-dessus de l’autel eucharistique, cette colombe rappelait le rôle de l’Esprit dans la messe : c’est lui l’acteur de la transformation du pain/vin en corps sacramentel du Christ ; c’est lui l’acteur de la transformation de l’assemblée en « corps vrai » (comme on disait au Moyen-Âge) du Christ.


Relisez les deux épiclèses d’une prière eucharistique :

Taille-image-article-SNCC-12-300x231 colombe1ère épiclèse, sur les dons (épiclèse consécratoire) : « Sanctifie ces offrandes, en répandant sur elles ton Esprit; qu´elles deviennent pour nous le corps  et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur ».

2ème épiclèse, sur l’assemblée (épiclèse de communion) : « Humblement, nous te demandons qu´en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l´Esprit Saint en un seul corps ».

Ces deux épiclèses que toutes les prières eucharistiques doivent comporter (l’ancien canon romain y déroge, mais son déficit pneumatologique est bien connu [1]) l’affirment avec force : il arrive rien d’autre au pain et au vin que ce qui arrive à l’assemblée ; et il n’arrive rien d’autre à l’assemblée que ce qui arrive au pain et au vin, à savoir être unis au Christ ressuscité, par lui, avec lui et en lui. C’est l’Esprit commun du Père et du Fils qui opère cet enlacement amoureux des « trois corps du Christ », selon le processus ainsi résumé :

 colombe eucharistique

La colombe planant au-dessus de la tête de Jésus au Jourdain est déjà notre colombe eucharistique de Limoges : l’annonce que le culte véritable est de s’offrir soi-même « en vivante hostie », uni à Jésus qui fait l’offrande de lui-même à son Père : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre » (He 10,5-7).

Plongeons avec Jésus dans les eaux de notre baptême pour y noyer nos péchés.

Laissons l’Esprit comme une colombe soutenir notre envol vers le Père et faire de nous « une vivante offrande à la louange de sa gloire » (Prière eucharistique n° 4)… 

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[1] La liturgie romaine avait supprimé pendant longtemps les épiclèses, mais les a heureusement réintégrées  dans les diverses versions du canon de la messe à la suite de la réforme entreprise en 1963. En fait, la différence de pratique liturgique à ce sujet entre l’Orient et l’Occident reposait sur une dissension concernant le sacerdoce. Pour la théologie orientale, le prêtre ne s’identifie pas avec le Christ et il ne prononce pas les paroles : « Ceci est mon corps » in persona Christi, comme le suppose l’Église latine. Il parle au nom de la communauté, in persona Ecclesiae. Et pour que ses paroles aient une efficacité, on invoque l’Esprit, seul capable de donner le Christ. C’est par l’Esprit Saint que le Christ lui-même réalise les paroles prononcées par le prêtre et les siennes, l’Eucharistie actuelle et la Cène. L’épiclèse se trouve ainsi, plus encore que le Filioque, au centre d’un des sujets les plus importants pour l’œcuménisme : celui de la place et du sens du sacerdoce dans la communauté chrétienne.

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Petit excursus sur « les trois corps du Christ »

 

La théologie dite ‘des trois corps’ était très populaire au Moyen-Âge.

La réflexion chrétienne des premiers siècles parle de l’unique Corps du Christ, sous trois formes, dans la ligne du Nouveau Testament :

  • le corps historique de Jésus, né de Marie (devenu corps « spirituel », glorifié dans la Résurrection).
  • le corps eucharistique, qualifié de corps mystique, au sens du mystère biblique, c’est-à-dire d’une réalité imprégnée de grâce divine, pour le salut des fidèles. Il n’y avait pas alors d’objectivation de la réalité eucharistique; c’était sa finalisation qui importait, le fait que le pain soit vraiment une nourriture « non pas matériellement ou sous des espèces visibles, mais par une force et une puissance spirituelle » (Florus de Lyon au IXème siècle) qui fait que ce pain devienne en nous le mystère même du salut.
  • le corps du Christ qui est l’Église, qualifié de corpus verum (corps vrai), au sens biblique du mot vérité, c’est-à-dire ce vers quoi on tend, la finalité et la plénitude du mystère. La communion eucharistique n’a d’autre but que de nourrir les saints pour établir entre eux une vraie communion, et qu’ainsi l’Église (= l’assemblée des saints) devienne le verum corpus Christi. 

 

Il a avait donc là trois formes de présence du corps du Christ, indissociables: la réalité visée était d’établir la communion des saints qui constitue l’Église dans sa plénitude de corpus verum, ceci en se fondant sur les paroles et les gestes de la personne historique de Jésus, et grâce à la nourriture eucharistique qui recevait le nom de sacramentum corporis ou encore de corpus mysticum. Le lien entre corps eucharistique et corps ecclésial est alors très fort. Mais le débat en Occident sur les erreurs de Béranger de Tours (1088) va provoquer un véritable chassé-croisé : le vrai corps deviendra l’Eucharistie, et le Corps mystique l’Église. 

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LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE

« Voici mon serviteur, qui a toute ma faveur » (Is 42, 1-4.6-7)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; aux nations, il proclamera le droit. Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors. Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité. Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses lois.
 Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice ; je te saisis par la main, je te façonne, je fais de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations : tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et, de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. »

 

PSAUME

(Ps 28 (29), 1-2, 3ac-4, 3b.9c-10)
R/ Le Seigneur bénit son peuple en lui donnant la paix. (Ps 28, 11b)

 

Rendez au Seigneur, vous, les dieux,
rendez au Seigneur gloire et puissance.
Rendez au Seigneur la gloire de son nom,
adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.

 

La voix du Seigneur domine les eaux,
le Seigneur domine la masse des eaux.
Voix du Seigneur dans sa force,
voix du Seigneur qui éblouit.

 

Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre,
Et tous dans son temple s’écrient : « Gloire ! »
Au déluge le Seigneur a siégé ;
il siège, le Seigneur, il est roi pour toujours !

 

DEUXIÈME LECTURE

« Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint » (Ac 10, 34-38)

 

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée, chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. Telle est la parole qu’il a envoyée aux fils d’Israël, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ, lui qui est le Seigneur de tous. Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. »

 

ÉVANGILE

« Dès que Jésus fut baptisé, il vit l’Esprit de Dieu venir sur lui » (Mt 3, 13-17)
Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui, le ciel s’est ouvert, l’Esprit descend sur Jésus, et la voix du Père domine les eaux : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ! » Alléluia. (cf. Mt 3, 16-17, Ps 28, 3)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Alors paraît Jésus. Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Alors Jean le laisse faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. »
Patrick Braud

 

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10 août 2025

L’Assomption selon Titien

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

L’Assomption selon Titien

 

Homélie pour la fête de l’Assomption de la Vierge / Année C
15/08/25

Cf. également :

Assomption : l’Église vaut mieux que la Vierge Marie … 

Assomption : Marie est-elle morte ?
Le grand dragon rouge feu de l’Assomption
Assomption : entraîne-moi !
Marie et le drapeau européen
Quelle place a Marie dans votre vie ?
Le Magnificat de l’Assomption : exalter / exulter
L’Assomption : Marie, bien en chair
Assomption : Ne vous faites pas voler votre espérance
Assomption : les sentinelles de l’invisible
L’Assomption de Marie, étoile de la mer
L’Assomption de Marie : une femme entre en Résistance
Marie, parfaite image de l’Église à venir
Marie en son Assomption : une femme qui assume !
Marie, notre sœur
Vendredi Saint : la déréliction de Marie

 

L’Assomption selon Titien dans Communauté spirituelle Tizian_041Si vous passez (ou repassez) à Venise, allez-vous Assomption Titien 2recueillir dans la Basilique dei Frari.

Dès l’entrée, vous ne pourrez manquer l’imposant tableau du Titien, dont le rouge flamboie au loin dans le chœur : l’Assomption de la Vierge. C’est un bon compagnon pour le 15 août.

L’Assomption de la Vierge est un très grand retable (6,90 m × 3,60 m) à l’huile sur panneaux en bois, peint en 1515-1518. C’est le plus grand retable de Venise, avec des personnages représentés bien plus grands que nature, nécessité par les proportions de l’église qui présente une distance importante entre l’autel et l’assemblée.

Laissons le Titien nous guider dans sa méditation mariale.

 

L’organisation géométrique du tableau

 

Le triangle

Le rouge des 3 personnages les plus visibles fait tout de suite apparaître un triangle aux yeux du visiteur. Les deux apôtres en bas amorcent un mouvement d’élévation convergeant vers la tête de Marie, dessinant ainsi un triangle, ou plutôt une pyramide selon les codes de la peinture vénitienne fortement inspirée par les motifs égyptiens. Le mouvement d’élévation est ainsi fortement marqué d’emblée, et l’on devine qu’il s’agit d’un mouvement de l’humanité vers Dieu.

 

Les trois étages

Trois plans horizontaux structurent la scène (traits pointillés blancs) : les apôtres en bas, sur la terre. Dieu le Père en haut, dans le ciel nimbé d’or lumineux. Au milieu : Marie, entourée d’une couronne de d’une multitude d’anges en fête, est située dans l’entre-deux, toujours des nôtres (apparence très réaliste) et déjà dans l’autre monde, au-dessus des nuages.

 

Le mouvement

La nouveauté – scandaleuse pour l’époque – du Titien réside dans le mouvement et l’agitation de cette montée vers le ciel. Comme un escalier en colimaçon, comme une spirale s’enroulant sur elle-même en s’élevant vers le ciel, des lignes (couleur noire sur l’image de droite) viennent dessiner une double échelle de Jacob pour escalader les hauteurs. Les deux angelots du bas ont en effet leurs corps parallèles, celui de gauche prolongeant d’ailleurs l’élan imprimé par le bras tendu par l’apôtre que l’on voit de dos, à droite, en rouge. Deux autres parallèles (couleur noire), perpendiculaires à ces 2 premières, sont évoquées par les deux bras de la Vierge, construisant ainsi un mouvement d’ascension qui se prolonge vers un cinquième parallèle (couleur noire) en haut à droite, dans la ligne du corps de l’ange regardant le Père. On a ainsi une dynamique de mouvement ascensionnel qui, tel un chemin de montagne en lacets, conduit de la terre au ciel avec beaucoup d’énergie et de puissance.

 

Le cercle

En haut à gauche, l’angelot apporte au Père la couronne de gloire destinée à Marie, dont Paul parle pour lui-même (2Tm 4,7-8). Et le cercle de la couronne se retrouve dans le cercle (couleur jaune) que forment les angelots si nombreux sur les nuages aux pieds de Marie. Ce cercle, symbole de plénitude et de perfection, contient déjà Marie tout entière, signe de sa participation totale à la nature divine.

 

La croix

On voit les apôtres, on voit Marie, on voit le Père : mais où est le Christ ? D’habitude, dans les autres tableaux, c’est lui qui accueille sa mère et qui la couronne. Pas ici. Pourtant, presque en filigrane, on devine (couleur bleue) une croix qui relie les deux regards du Père et de Marie (trait vertical) et la ligne formée par l’ample manteau du Père (trait  horizontal) qui plane au-dessus de la scène, tel un aigle déployant ses ailes pour veiller sur ses petits. La croix ainsi figurée atteste de l’association de Marie à la Passion de son fils, ce qui lui ouvre la porte de la Résurrection avec lui.

 

Les personnages

 

Les apôtres

Le Titien, Assomption de la Vierge dans la Basilique Santa Maria Gloriosa dei Frari à VeniseOn a du mal à en distinguer certains, mais il y a 11 apôtres rassemblés en cercle sous les  nuages (Judas n’est plus là). Deux sont en tunique rouge : sans doute Jean à gauche (car plus jeune que les autres), peut-être Jacques, de dos, à droite. Jacques a le bras levé vers Marie, comme s’il venait de la lancer vers le ciel ! Ou bien comme s’il commençait à être lui-même aspiré par cette élévation !

Les 11 visages traduisent 11 sentiments différents : de l’enthousiasme de Jacques au recueillement de Pierre en prière (barbe blanche au centre ; de l’admiration intense d’André (vêtement vert et blanc à gauche) à la surprise émerveillée d’un autre (vêtement vert à droite). Un autre apôtre joint ses deux mains en l’air, comme un signe de victoire et d’adoration triomphale. Un autre pointe Marie du doigt, incrédule ou interloqué. Tous sont visiblement surpris, et ont du mal à comprendre. On sait que les figures des apôtres sont bien réelles : le Titien a pris pour modèles des gondoliers de Venise (plutôt athlètiques d’ailleurs), ce qui rapproche les apôtres des gens ordinaires de la cité.

Bref : le petit cercle des apôtres est bien agité sous les nuages !

 

Les angelots

On ne peut les compter tant ils sont nombreux, et c’est fait pour ! Les deux angelots parallèles du bas semblent peiner pour soulever et soutenir les nuages où le corps imposant de Marie doit peser lourd… Avec malice, le pied de l’angelot de droite effleure la tête d’un apôtre, comme pour prendre appui sur lui, ou pour annoncer que les deux mondes se touchent…

Certains tendent le bras vers Marie, et pointent l’incroyable transformation de cette femme. À droite, un angelot est si étonné et admiratif qu’il en oublie de jouer du flûtiau  qu’il tient à la main !

Cette couronne angélique de visages réjouis de surprise, ce méli-mélo d’ailes chérubiniques  et de corps potelés bruisse de mouvement, d’agitation, voire de joyeux chahut pour accueillir celle qui est élevée au plus haut.

 

Marie

250px-Tiziani%2C_assunta_04 Assomption dans Communauté spirituelleSon corps est massif, comme celui d’une femme qui a enfanté. Son visage, pas forcément très beau mais plutôt réaliste, est sans doute celui d’une vénitienne qui a servi de modèle. En zoomant, on voit sa bouche entrouverte d’une louange étonnée et muette. Ses yeux sont levés vers le Père, en adoration et reconnaissance.

Ses deux mains tendues vers le ciel marquent à la fois l’action de grâces pour la gloire reçue, et l’ascension de tout son être vers son Père.

 

Le Père

Le Titien, Assomption de la Vierge dans la Basilique Santa Maria Gloriosa dei Frari à VeniseAvec les pans de son grand manteau rouge, il plane comme sur les ailes d’un aigle au-dessus de la scène. Peut-être est-ce l’allusion à l’Esprit qui planait sur les eaux de la Création ? Son regard plonge dans celui de Marie. Il accueille les deux couronnes que lui apportent deux anges (peut-être celle de la Passion et celle du couronnement de gloire).

 

L’Esprit

Lui aussi est visiblement absent, mais évoqué symboliquement dans le vol du manteau du Père. Également dans les mouvements de la tunique de Marie soulevée par le vent. Il est encore dans le tourbillon, le mouvement et le souffle qui parcourt l’agitation des personnages et la dynamique d’élévation de l’ensemble. C’est assez génial en fait d’inclure l’Esprit et le Christ de manière allusive, montrant ainsi l’unité des Trois en Dieu !

 Marie

Les couleurs

Le rouge
Le rouge est la couleur dominante, qui attire l’œil du paroissien dès l’entrée de l’église. Il est commun aux deux apôtres du bas, à Marie au milieu, et au manteau du Père. Rouge  passion, rouge du sang versé, de la vie offerte et reçue : ces subtiles variations de la gamme des rouges, du rouge vermillonné à la laque garance cramoisie, sont présentes à tous les étages de la représentation, manteau rouge sombre de Dieu le Père, immense robe d’un rouge éclatant de la Vierge, tuniques rouges de plusieurs des apôtres…

 

Le bleu

Le bleu marial est ici la marque de la divinité qui vient s’unir à l’humanité de Marie. La tunique bleue de Marie annonce qu’elle est d’ores et déjà divinisée : par son Assomption,  Marie est revêtue de la gloire du Père.

 

La lumière

La lumière dorée du cercle divin rappelle celles des icônes orthodoxes, avec un dégradé qui souligne l’intensité croissante en se rapprochant du Père.

 

Le retable du Titien avec son encadrement complet.

 

Conclusion

Le Titien peint après avoir médité et prié. Il se montre théologien, poète, catéchiste…

Il réintroduit le mouvement, le tumulte, l’agitation des foules très humaines des ruelles et des canaux de Venise, là où les tableaux avant lui dépeignaient une Dormition immobile, hiératique et céleste. Il supprime le tombeau (sarcophage) de la Vierge que les autres artistes s’obligeaient à peindre, car la mort n’existe plus, et la joie enlève le deuil. Oubliées les références à la mort et à tous les tombeaux et autres lamentations en tout genre !

C’est une Vierge joyeuse – entourée d’anges émerveillés devant des apôtres tout aussi remués qu’elle – qui monte vers Dieu en tant que reine du ciel.

Marie est cette femme du peuple qui est la première surprise de ce qui lui arrive, étonnée et pleine de gratitude.

Les apôtres aux visages des bateliers de Venise se préparent à être élevés eux aussi, après Marie…

 

C’est bien notre espérance d’être pleinement associés à la gloire divine que nous fêtons aujourd’hui avec l’Assomption de Marie !

 

MESSE DU JOUR


PREMIÈRE LECTURE
« Une Femme, ayant le soleil pour manteau et la lune sous les pieds » (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab)


Lecture de l’Apocalypse de saint Jean
Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire.
Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place. Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »


PSAUME
(Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16)
R/ Debout, à la droite du Seigneur,se tient la reine, toute parée d’or.(cf. Ps 44, 10b)


Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ;
oublie ton peuple et la maison de ton père :
le roi sera séduit par ta beauté.


Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui.
Alors, les plus riches du peuple,
chargés de présents, quêteront ton sourire.


Fille de roi, elle est là, dans sa gloire,
vêtue d’étoffes d’or ;
on la conduit, toute parée, vers le roi.


Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ;
on les conduit parmi les chants de fête :
elles entrent au palais du roi.


DEUXIÈME LECTURE
« En premier, le Christ ; ensuite, ceux qui lui appartiennent » (1 Co 15, 20-27a)


Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens
Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, caril a tout mis sous ses pieds.


ÉVANGILE
« Le Puissant fit pour moi des merveilles : il élève les humbles » (Lc 1, 39-56)
Alléluia. Alléluia.Aujourd’hui s’est ouverte la porte du paradis : Marie est entrée dans la gloire de Dieu ; exultez dans le ciel, tous les anges ! Alléluia.


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. » Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.
Patrick BRAUD

 

 

 

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15 avril 2025

Vendredi Saint : Éveille-toi, ô toi qui dors !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Vendredi Saint : Éveille-toi, ô toi qui dors !

 

Homélie pour le Vendredi Saint / Année C
18/04/25


Cf. également :

Le Vendredi Saint du Serviteur souffrant
Le grand silence du Samedi Saint
Vendredi saint : les soldats, libres d’obéir
Vendredi Saint : la Passion musicale
Comme un agneau conduit à l’abattoir
Vendredi Saint : paroles de crucifié
Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ
Vendredi Saint : les morts oubliés
Vendredi Saint : la déréliction de Marie
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

 

L’office des Lectures du Samedi Saint nous fait lire chaque année ce jour-là une homélie du IV° siècle attribuée à Saint Épiphane de Salamine (IV° siècle). Elle convient également parfaitement à la lecture de la Passion que nous venons d’entendre en ce Vendredi Saint. Qu’elle nous aide à méditer la promesse qui nous est faite aujourd’hui…


Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, grand silence sur la terre ; grand silence et ensuite solitude parce que le Roi sommeille. La terre a tremblé et elle s’est apaisée, parce que Dieu s’est endormi dans la chair et il a éveillé ceux qui dorment depuis les origines. Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s’est mis à trembler. 


Vendredi Saint : Éveille-toi, ô toi qui dors ! dans Communauté spirituelle 91fU2UGKiIL._AC_SL1500_C’est le premier homme qu’il va chercher, comme la brebis perdue. Il veut aussi visiter ceux qui demeurent dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort. Oui. c’est vers Adam captif, en même temps que vers Ève, captive elle aussi, que Dieu se dirige, et son Fils avec lui, pour les délivrer de leurs douleurs. 


Le Seigneur s’est avancé vers eux, muni de la croix, l’arme de sa victoire. Lorsqu’il le vit, Adam, le premier homme, se frappant la poitrine dans sa stupeur, s’écria vers tous les autres : « Mon Seigneur avec nous tous ! » Et le Christ répondit à Adam : « Et avec ton esprit ». Il le prend par la main et le relève en disant : Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.


« C’est moi ton Dieu, qui, pour toi, suis devenu ton fils ; c’est moi qui, pour toi et pour tes descendants, te parle maintenant et qui, par ma puissance, ordonne à ceux qui sont dans les chaînes : Sortez. À ceux qui sont dans les ténèbres : Soyez illuminés. À ceux qui sont endormis : Relevez-vous.


Je te l’ordonne : Éveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts. Relève-toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable qui as été créé à mon image. Éveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi, et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible.

C’est pour toi que moi, ton Dieu, je suis devenu ton fils ; c’est pour toi que moi, le Maître, j’ai pris ta forme d’esclave ; c’est pour toi que moi, qui domine les cieux, je suis venu sur la terre et au-dessous de la terre ; c’est pour toi, l’homme, que je suis devenu comme un homme abandonné, libre entre les morts ; c’est pour toi, qui es sorti du jardin, que j’ai été livré aux Juifs dans un jardin et que j’ai été crucifié dans un jardin.


Vois les crachats sur mon visage ; c’est pour toi que je les ai subis afin de te ramener à ton premier souffle de vie. Vois les soufflets sur mes joues : je les ai subis pour rétablir ta forme défigurée afin de la restaurer à mon image.


Vois la flagellation sur mon dos, que j’ai subie pour éloigner le fardeau de tes péchés qui pesait sur ton dos. Vois mes mains solidement clouées au bois, à cause de toi qui as péché en tendant la main vers le bois. 


Je me suis endormi sur la croix, et la lance a pénétré dans mon côté, à cause de toi qui t’es endormi dans le paradis et, de ton côté, tu as donné naissance à Ève. Mon côté a guéri la douleur de ton côté ; mon sommeil va te tirer du sommeil des enfers. Ma lance a arrêté la lance qui se tournait vers toi.


Lève-toi, partons d’ici. L’ennemi t’a fait sortir de la terre du paradis ; moi je ne t’installerai plus dans le paradis, mais sur un trône céleste. Je t’ai écarté de l’arbre symbolique de la vie ; mais voici que moi, qui suis la vie, je ne fais qu’un avec toi. J’ai posté les chérubins pour qu’ils te gardent comme un serviteur; je fais maintenant que les chérubins t’adorent comme un Dieu. 


Le trône des chérubins est préparé, les porteurs sont alertés, le lit nuptial est dressé, les aliments sont apprêtés, les tentes et les demeures éternelles le sont aussi. Les trésors du bonheur sont ouverts et le royaume des cieux est prêt de toute éternité. »

 

Homélie ancienne pour le grand et Saint Samedi

Éveille-toi, ô toi qui dors !

 

 

 

Lectures de l’Office de la Passion


Première lecture
« C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé » (Is 52, 13 – 53, 12)


Lecture du livre du prophète Isaïe
Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme. Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.
Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.
Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.
Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

Psaume
(30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25)
R/ Ô Père, en tes mains je remets mon esprit.
 (cf. Lc 23, 46)

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.

Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins ;
je fais peur à mes amis,
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.

On m’ignore comme un mort oublié,
comme une chose qu’on jette.
J’entends les calomnies de la foule :
ils s’accordent pour m’ôter la vie.

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur,
je dis : « Tu es mon Dieu ! »
Mes jours sont dans ta main : délivre-moi
des mains hostiles qui s’acharnent.

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le Seigneur !

Deuxième lecture
Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9)


Lecture de la lettre aux Hébreux
Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.


Évangile
Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)
Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur.

Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom.
Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. (cf. Ph 2, 8-9)


La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean
Indications pour la lecture dialoguée : les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.


L. En ce temps-là, après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils lui répondirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Il leur dit : X « C’est moi, je le suis. » L. Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre. Il leur demanda de nouveau : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils dirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Jésus répondit : X « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » L. Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Or Simon-Pierre avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : X « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? » L. Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. » Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. Cette jeune servante dit alors à Pierre : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » L. Il répondit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer. Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : X « Moi, j’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette. Pourquoi m’interroges-tu ? Ce que je leur ai dit, demande-le à ceux qui m’ont entendu. Eux savent ce que j’ai dit. » L. À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : A. « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » L. Jésus lui répliqua : X « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » L. Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe. Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » L. Pierre le nia et dit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : A. « Est-ce que moi, je ne t’ai pas vu dans le jardin avec lui ? » L. Encore une fois, Pierre le nia. Et aussitôt un coq chanta. Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire. C’était le matin. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire, pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal. Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda : A. « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » L. Ils lui répondirent : F. « S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi. » L. Les Juifs lui dirent : F. « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. » L. Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans le Prétoire ; il appela Jésus et lui dit : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus lui demanda : X « Dis-tu cela de toi-même, Ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » L. Pilate répondit : A. « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » L. Jésus déclara : X « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » L. Pilate lui dit : A. « Alors, tu es roi ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » L. Pilate lui dit : A. « Qu’est-ce que la vérité ? » L. Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara : A. « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais, chez vous, c’est la coutume que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Alors ils répliquèrent en criant : F. « Pas lui ! Mais Barabbas ! » L. Or ce Barabbas était un bandit. Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé. Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils lui posèrent sur la tête ; puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre. Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : F. « Salut à toi, roi des Juifs ! » L. Et ils le giflaient. Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit : A. « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara : A. « Voici l’homme. » L. Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : F. « Crucifie-le! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Ils lui répondirent : F. « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » L. Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus : A. « D’où es-tu? » L. Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : A. « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et pouvoir de te crucifier ? » L. Jésus répondit : X « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi porte un péché plus grand. » L. Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Juifs se mirent à crier : F. « Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » L. En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors; il le fit asseoir sur une estrade au lieu dit le Dallage – en hébreu : Gabbatha. C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs : A. « Voici votre roi. » L. Alors ils crièrent : F. « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » L. Pilate leur dit : A. « Vais-je crucifier votre roi ? » L. Les grands prêtres répondirent : F. « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » L. Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié. Ils se saisirent de Jésus. Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : F. « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais : “Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.” » L. Pilate répondit : A. « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : A. « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats. Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : X « Femme, voici ton fils. » L. Puis il dit au disciple : X « Voici ta mère. » L. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : X « J’ai soif. » L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : X « Tout est accompli. » L. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. (Ici on fléchit le genou, et on s’arrête un instant.) Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé. Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé. Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.

Patrick BRAUD

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17 novembre 2024

Est-ce que je suis juif, moi ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Est-ce que je suis juif, moi ?

 

Homélie pour la fête du Christ Roi / Année B
24/11/24

Cf. également :
Christ-Roi : idéologie ou spiritualité ?
Christ-Roi : Comme larrons en foire
Le jugement des nations
Un roi pour les pires
Église-Monde-Royaume
Le préfet le plus célèbre
Christ-Roi : Reconnaître l’innocent
La violence a besoin du mensonge
Non-violence : la voie royale
Le Christ-Roi, Barbara et les dinosaures
Roi, à plus d’un titre
Divine surprise
Le Christ-Roi fait de nous des huiles

D’Anubis à saint Michel
Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ?
Roi, à plus d’un titre
Les trois tentations du Christ en croix
Le préfet le plus célèbre
Des « juifs perfides » à « nos frères aînés »

 

Des chiffres inquiétants

Le nombre d’actes antisémites recensés en France a bondi à 1676 lors de l’année 2023, contre 436 l’année précédente, alerte un rapport du CRIF de 2024. Cette quasi-multiplication par quatre en un an doit être mise en perspective : on avait quelques dizaines d’actes par an dans les années 1990, quelques centaines sur la période 2000-2022.

Entre le jour de l’attaque terroriste du Hamas en Israël et le 31 août, 1660 citoyens français de confession juive ont décidé de faire leur alya (‘montée’ ou retour à Jérusalem).

On constate une hausse de 300 % des actes antisémites au premier trimestre 2024 par rapport à la même période en 2023. Et, en 2023, les actes antisémites représentaient 60% des actes antireligieux [1], contre 26% en 2022, alors que les juifs ne sont que 0,6% de la population française (la communauté juive de France est la première communauté juive d’Europe, avec environ 500 000 personnes vivant sur le territoire national).

 

De manière inquiétante, les vieilles calomnies sur une influence juive supposée dans les médias ou les affaires gagnent en audience : plus de la moitié des Français y croient ! Pire encore, les doutes sur la manipulation du statut de victimes de la Shoah atteignent désormais un Français sur deux.

Antisémitisme 1

Source : https://www.fondapol.org/etude/radiographie-de-lantisemitisme-en-france-2/ 

 

Si 17 % des Français aux globales sont sensibles aux thèses antisémites, les moins de 35 ans sont 23 % : les jeunes générations semblent à nouveau sensibles aux thèses antijuives.

Antisémitisme 2 

Indice de pénétration (en %), de l’antisémitisme : par tranche d’âge

 

Comme on s’y attendait, les Français de confession musulmane sont 3 fois plus nombreux que les autres à penser que l’antisémitisme n’est pas leur problème.

Antisémitisme 3 

Une attitude « à la Pilate » en quelque sorte, comme le rapporte notre Évangile du Christ Roi (Jn 18,33-37) : « Est-ce que je suis juif, moi ? » clame Pilate pour se dédouaner des troubles survenus au sein de Jérusalem pendant la Pâque. Et bientôt, il se lavera les mains du sort de Jésus, ne voulant avoir rien en commun avec ce peuple qu’il gouverne militairement au nom de Rome.

 

Depuis les massacres terroristes du Hamas le 7 octobre 2023, nombre de nos concitoyens allument leur télévision en souhaitant regarder ailleurs : « Est-ce que je suis juif, moi ? »

Sous-entendu : cela ne me regarde pas. Pourquoi se mêler d’un conflit où il n’y a que des coups à prendre ? Cette indifférence se transforme en hostilité ouverte pour certaines générations plus jeunes, musulmanes ou LFI (ou les deux) : « ils n’ont que ce qu’ils méritent ! ». « Ce sont des colons, capitalistes, qui font subir aux Palestiniens un ‘génocide’ qu’ils légitiment par la Shoah, cherchant ainsi à faire oublier la Naqba = la catastrophe de la création de l’État d’Israël en 1948″.

 

Cette dégradation de l’opinion publique en France appelle de la part des chrétiens un sursaut courageux.

Revenons au face-à-face entre le roi des juifs et le préfet romain le plus célèbre de l’histoire : que peut nous apprendre Pilate sur la lâcheté politique ?

 

Pilate, où l’antisémitisme passif

 

- Qui était Ponce Pilate ?

Ponce PilateSon nom le désigne comme membre de l’ordre équestre du sud de l’Italie, les Pontii (d’où Ponce), du clan des Samni. C’est à ces chevaliers que Rome confiait les préfectures des territoires perdus de l’empire. Son nom est peut-être la trace de son origine marine : Pontius = de la mer / Pilatus = armé (d’une lance).

Quoi qu’il en soit, on ne sait rien de lui avant qu’il soit nommé en Judée par Tibère (de 26 à 37). Là, il réside à Césarée de Philippe pour éviter la populace de Jérusalem et ses violences récurrentes. Il restera 11 ans à ce poste : longévité assez rare pour un préfet à l’époque, grâce à ses soutiens auprès de Tibère. Il se fait remarquer par un cynisme et une violence extrêmes. Il brave la fierté juive en installant des boucliers d’or avec des images de l’empereur dans Jérusalem (or la foi juive proscrit le culte des images). Devant l’indignation du peuple, il recule cette fois-ci. Mais sa main ne tremblera pas pour donner l’ordre de massacrer à coups de gourdins des manifestants juifs protestant contre le détournement de l’argent du Temple de Jérusalem pour faire construire un aqueduc. Et sa répression sanglante d’un rassemblement de samaritains au monde Garizim fait tant de bruit que le légat voisin de Syrie, son hiérarchique, le déferrera à Rome pour être jugé. Mais Tibère meurt avant que Pilate n’arrive à Rome. Selon une tradition reprise par Eusèbe, il tomba en disgrâce sous le règne de Caligula et finit par se suicider, à Vienne (France) ou Lucerne (Suisse) selon des légendes peu crédibles (la tradition éthiopienne le fait mourir martyr à Rome, une fois converti au christianisme). On perd ensuite sa trace.

 

Tacite (Annales, XV, 44) fait mention de Pilate très brièvement en parlant des chrétiens : « Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus ».

Au total, les historiens comme Flavius Joseph ou Philon d’Alexandrie font de lui un portrait beaucoup moins flatteur que les Évangiles. Pour les premiers chrétiens, il fallait en effet atténuer la responsabilité des Romains dans l’assassinat de Jésus si on voulait vivre en bonne intelligence avec eux partout dans l’empire. Quitte à charger les autorités juives (ou le peuple entier pour Jean) d’une culpabilité beaucoup plus écrasante. Ce qui hélas sera à la source d’un antisémitisme ecclésial indigne de Jésus.

 

Bref, Pilate était un sale type, un fonctionnaire dur et inflexible, dont les chrétiens ont cherché à adoucir les traits pour ne pas compromettre leurs relations déjà précaires avec les autorités romaines (les persécutions commenceront très vite après la mort du Christ).

 

Tel qu’il est, cruel kapo à l’image retravaillée par la tradition orale chrétienne et la plume des évangélistes, Ponce Pilate nous intéresse cependant à plus d’un titre.

 

- Antisémitisme passif

Pilate a donc été capable des pires cruautés et exactions contre le peuple juif qu’il  gouvernait d’une main de fer. Ici, devant Jésus, il paraît plutôt hésitant. Ce ‘roi des juifs’  est si dérisoire, si entêté… Il voudrait bien ne pas être impliqué dans ces dissensions compliquées. Mais se proclamer roi – fût-ce de pacotille – est un acte politique qui conteste l’autorité de l’Empire : impossible de s’en désintéresser totalement. Se lavant les mains du problème, Pilate incarne une ligne de conduite qui n’en est pas une : laisser les juifs endosser la responsabilité des événements, quoi qu’il arrive. Et pouvoir ensuite les accuser si cela tourne mal. Bien sûr, Pilate rejette Jésus à cause de sa prétention royale plus que de sa judéité, mais finalement il englobe tous les protagonistes dans son mépris du peuple d’Israël.

 

L’antisémitisme passif aujourd’hui encore renvoie les juifs à leur responsabilité comme s’ils étaient les uniques acteurs et coupables de leurs malheurs. Les braves gens de la France occupée en 1939-45 fermaient les yeux sur ce qu’ils auraient pu voir ou entendre à propos des 200 camps de détention construits chez eux, des trains emmenant des familles juives qu’on ne revoyait plus, des théories raciales sur les Untermenschen (les sous-hommes) au nez crochu… « Est-ce que je suis juif, moi ? »

Est-ce que je suis juif, moi ? dans Communauté spirituelle 66e04a18599c2dbf618b4585

 

Aujourd’hui, les mêmes braves gens trouvent que, quand même, la guerre en Israël coûte trop cher, que Tsahal en fait trop, que tout cela va mal se terminer pour tout le monde si  Israël s’entête. Pourquoi se mobiliser pour un camp plutôt qu’un autre ? « Est-ce que je suis juif, moi ? »

 

Heureusement il y eut Pie XI, qui n’a pas détourné son regard de la tragédie en préparation dans les années 30 : « L’antisémitisme est inadmissible ». « Spirituellement, nous sommes des sémites » (1938). Il condamne l’Action Française dès 1926 pour son antisémitisme, et publie en 1937 l’encyclique Mit brenneder Sorge (avec une brûlante inquiétude) écrite en allemand, et lue en chaire dans toutes les églises d’Allemagne le dimanche des Rameaux pour contourner l’interdiction d’Hitler.

 

Heureusement il y eut le cardinal Saliège qui ne détourna pas les yeux du sort réservé aux juifs de Toulouse et de France, au milieu d’une fausse indifférence générale.

 

Heureusement, il y eut tous les justes qui cachèrent, protégèrent et exfiltrèrent leurs compatriotes juifs poursuivis par les nazis.

 

Heureusement, il y eut Vatican II qu’il a lavé les juifs de l’accusation de « peuple déicide » :

« Ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S’il est vrai que l’Église est le nouveau Peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. […]

En outre, l’Église, qui réprouve toutes les persécutions contre tous les hommes, quels qu’ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l’Évangile, déplore les haines, les persécutions et les manifestations d’antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs » (Nostra Aetate n°4).

 

Heureusement, il y eut Paul VI qui promulgua en 1970 une nouvelle version de la grande prière universelle du Vendredi Saint pour qu’il ne soit plus fait mention des « juifs perfides » (« Prions aussi pour les Juifs perfides afin que Dieu Notre Seigneur enlève le voile qui couvre leurs cœurs et qu’eux aussi reconnaissent Jésus, le Christ, Notre-Seigneur ») : « Prions pour les Juifs, à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité de son Alliance. (Tous prient en silence. Puis le prêtre dit :) Dieu éternel et tout-puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier peuple de l’Alliance, comme ton Église t’en supplie. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur ».

 

Heureusement, il y eut Jean-Paul II qui lors de sa visite à la synagogue de Rome en 1986 osa rappeler les liens de famille qui nous unissent : « Vous êtes nos frères préférés et, d’une certaine manière, on pourrait dire nos frères aînés ». C’était la première fois qu’un pape se rendait dans une synagogue.

 

Au lieu de se laver les mains du sort des juifs à la Pilate, ces chrétiens et tant d’autres ont lavé le peuple juif des fausses accusations millénaires proférées de tous bords contre lui !

Allons-nous rester sur le côté, regardant le Moyen-Orient de loin, en nous excusant : « Est-ce que je suis juif, moi ? Est-ce que je suis palestinien ? »

Allons-nous  répéter la lâcheté de Caïn : « Est-ce que je suis le gardien de mon frère ? »

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[1]. Voici les chiffres des actes anti-religieux à date recensés sur l’année 2023 par le Ministère de l’Intérieur :
- 1762 actes antisémites (pour 0,6% de la population !)
- 564 actes antichrétiens
- 131 actes antimusulmans

 

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Excursus sur les différents visages de l’antisémitisme

 

L’antisémitisme actuel prend de nombreuses formes, combinant parfois des éléments religieux, économiques, raciaux et politiques aux origines très anciennes. Il est alimenté par les tensions au Moyen-Orient, la montée des théories du complot, et les divisions sociales croissantes en Europe et aux États-Unis. L’antisémitisme a évolué à travers les siècles, passant d’une hostilité religieuse à des formes plus politiques, économiques et raciales. Chaque époque a vu l’émergence de figures clés qui ont attisé ces sentiments de haine, influençant la perception du peuple juif.

 

L’antijudaïsme chrétien

C’est une opposition religieuse où beaucoup de Pères de l’Église dénonçaient le rejet par les juifs du Christ comme Messie  d’Israël. Les croisades et l’Inquisition ont nourri une féroce haine populaire contre les juifs, engendrant pogroms et discriminations en tous genres.

Cela allait jusqu’à l’accusation de « peuple déicide » dont on a vu que Vatican II a lavé le peuple juif, mettant fin à plus d’un millénaire d’hostilité chrétienne. 

 

Le mythe du juif errant

Le roman-feuilleton d’Eugène Sue, « Le Juif errant », connaît l’un des plus grands succès publics du XIX° siècle (1844-45). Sue exploite l’idée de la malédiction qui accompagne le Juif errant en faisant coïncider son arrivée à Paris avec l’épidémie de choléra d’avril 1832 qui a fait plus de 12 000 victimes – on ignorait alors presque tout sur cette maladie et son mode de propagation. À ce mythe du Juif errant viennent s’ajouter les vieilles calomnies médiévales accusant les juifs de pratiques sataniques : sacrifices d’enfants vivants ou de chrétiens, profanation d’hosties, empoisonnement de sources, crachats sur des crucifix, etc.

 

L’antijudaïsme musulman

5-189x300 antisémitisme dans Communauté spirituelleLe Coran reproche aux juifs d’avoir falsifié le message des prophètes, et ne tolère les juifs que s’ils payent une taxe et reconnaissent l’Islam comme religion d’État. C’est la dhimmitude, statut censé protéger les minorités comme les juifs ou les chrétiens moyennant taxe financière et statut inférieur : « Combattez ceux qui ne croient ni en Dieu ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce que Dieu et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leurs propres mains, après s’être humiliés » (Coran 29,9).

« À cause de leur violation de l’engagement, Nous avons maudits les Juifs et endurci leurs cœurs : ils détournent les paroles de leur sens et oublient une partie de ce qui leur a été rappelé. Tu ne cesseras de découvrir leur trahison, sauf d’un petit nombre d’entre eux. Pardonne-leur donc et oublie [leurs fautes]. Car Dieu aime, certes, les bienfaisants » (Coran 5,13).

Du côté du Hamas, du Hezbollah ou de l’Iran, l’objectif final est au mieux un pays où les trois religions abrahamiques cohabiteraient pacifiquement « à l’ombre de l’islam », donc dans la situation inégalitaire qui était celle des États islamiques anciens. Et leur référence aux « Protocoles des Sages de Sion » (un célèbre faux, inventé de toutes pièces par la Russie tsariste pour calomnier les Juifs) est récurrente, ce qui transforme l’histoire en un vaste complot juif.

 

L’antisémitisme de gauche

La critique de Marx sur le pouvoir financier international des grandes familles juives rejoint la position de nombre d’autres penseurs révolutionnaires socialistes voulant abolir la religion, et la religion juive tout particulièrement. 

« Quel est le fond profane du judaïsme ? Le besoin pratique, l’utilité personnelle. Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic. Quel est son Dieu profane ? L’argent. Eh bien, en s’émancipant du trafic et de l’argent, par conséquent du judaïsme réel et pratique, l’époque actuelle s’émanciperait elle-même » (Karl Marx, La question juive, 1843). Ayant des adversaires dans les milieux économiques, certains socialistes, sous une certaine forme radicale, cultivent l’idée que les Juifs sont surreprésentés à ce niveau-là. Ils ne se rendent peut-être pas compte, ou bien ce n’est pas leur problème, mais ces athées puisent leur imaginaire dans le Moyen Âge chrétien, où les Juifs étaient exclus des métiers liés à la terre et poussés à s’investir par exemple dans la finance, interdits aux chrétiens à cause du commandement biblique sur l’usure et le prêt à intérêt.
Voltaire n’a pas de sarcasmes assez cinglants envers le peuple juif, « le plus abominable de la terre », « peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition et à la plus invincible haine » (Dictionnaire philosophique, 1764).

La France a été la première nation à attribuer la pleine égalité de droits aux Juifs par le vote de l’Assemblée constituante en 1791. Le député Clermont-Tonnerre, lors des débats de l’Assemblée sur la citoyenneté active, avait cependant affirmé : « Aux Juifs, en tant que nation, il faut tout refuser ; mais aux Juifs, en tant qu’hommes, il faut tout accorder [...] il ne peut y avoir de nation dans la nation ». On voit qu’en poussant un peu loin ce précepte, en soi légitime, on pouvait s’acheminer vers l’alternative suivante : ou les Juifs perdent leurs particularités, autrement dit ou ils s’assimilent complètement (renonçant au sabbat, à l’alimentation casher, etc.), et dès lors ils sont pleinement Français car ils ont cessé d’être Juifs ; ou bien, ils gardent leurs coutumes et leurs lois, et dès lors ils doivent être « expulsés ». Tandis que la droite (l’abbé Maury notamment) disait : respectons les convictions religieuses des Juifs mais n’en faisons pas des citoyens, la gauche, elle, pouvait, en offrant la citoyenneté aux Juifs, leur interdire à terme ce qu’on n’appelait pas encore ‘le droit à la différence’.

Proudhon écrit dans ses Carnets :

« Juifs. Faire un article contre cette race qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion de France, à l’exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l’abolition de ce culte » Pour lui, le juif est « l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie ou l’exterminer ».

En mai 1895, Jaurès, en voyage en Algérie, décèle « sous la forme un peu étroite de l’antisémitisme… un véritable esprit révolutionnaire » (La Dépêche de Toulouse, 8 mai 1895), et il y stigmatise « l’usure juive ».

La gauche française prendra certes le parti de Dreyfus, mais certains extrêmes continueront de propager des thèses antijuives.

 

L’antisémitisme racial

Il n’est hélas que trop célèbre, depuis Hitler et les pseudos théories scientifiques aryennes voulant démontrer l’infériorité d’une prétendue race juive qui n’existe pas. On espère que cette haine n’est plus que résiduelle dans le monde…

 

L’antisionisme

Les États et courants politiques ou religieux (musulmans essentiellement) qui s’opposent à la création de l’État d’Israël ne parlent jamais du peuple juif ni d’Israël, mais des « sionistes » et de « l’entité sioniste » qu’ils veulent combattre jusqu’à son élimination pure et simple. C’est l’idéologie du Hamas qui veut libérer la Palestine « du fleuve à la mer », c’est-à-dire du Jourdain à la Méditerranée en expulsant tous les juifs. C’était l’idéologie du grand Mufti de Jérusalem dont les alliances et l’amitié avec Hitler ont discrédité l’autorité religieuse. C’est toujours l’idéologie du Hezbollah, et du régime chiite en Iran, combattant pour la destruction et l’anéantissement d’Israël.

 

L’islamo-gauchisme

L’alliance d’opportunité électorale entre des haines musulmanes antijuives et les critiques de gauche sur le capitalisme juif supposé fait que dans les sondages en France aujourd’hui, les électorats LFI des quartiers populaires plutôt musulmans sont 3 à 4 fois plus antisémites que la moyenne des Français…

 

L’antisémitisme d’extrême droite

Héritier de Drumont, de l’affaire Dreyfus et les théories du complot, certains courants d’extrême droite véhiculent encore des idées nauséabondes sur l’élimination du « pouvoir juif ».

 

L’histoire montre qu’il n’y a pas d’atavisme antisémite. Jaurès n’a-t-il pas finalement défendu Dreyfus ? L’écrivain Georges Bernanos, disciple de l’antisémite Drumont, n’a-t-il pas combattu courageusement le franquisme et le régime de Vichy ?

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Lectures de la messe

Première lecture
« Sa domination est une domination éternelle » (Dn 7, 13-14)

Lecture du livre du prophète Daniel

Moi, Daniel, je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

Psaume
(Ps 92 (93), 1abc, 1d-2, 5)
R/ Le Seigneur est roi ; il s’est vêtu de magnificence.
 (Ps 92, 1ab)

Le Seigneur est roi ;
il s’est vêtu de magnificence,
le Seigneur a revêtu sa force.

Et la terre tient bon, inébranlable ;
dès l’origine ton trône tient bon,
depuis toujours, tu es.

Tes volontés sont vraiment immuables :
la sainteté emplit ta maison,
Seigneur, pour la suite des temps.

Deuxième lecture
« Le prince des rois de la terre a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu » (Ap 1, 5-8)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

À vous, la grâce et la paix, de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre.
À lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen. Voici qu’il vient avec les nuées, tout œil le verra, ils le verront, ceux qui l’ont transpercé ; et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre. Oui ! Amen !
Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers.

Évangile
« C’est toi-même qui dis que je suis roi » (Jn 18, 33b-37) Alléluia. Alléluia. 
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père. Alléluia. (Mc 11, 9b-10a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Pilate appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » Pilate répondit : « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » Jésus déclara : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »
Patrick BRAUD

 

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