L'homélie du dimanche (prochain)

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31 octobre 2021

Toussaint : Heureux ceux qui pleurent !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Toussaint : Heureux ceux qui pleurent !

Homélie pour la Fête de Tous les Saints / Année B
01/11/2020

Cf. également :
Toussaint : un avenir urbain et unitaire
Toussaint : la mort comme un poème
Toussaint alluvionnaire
Les cimetières de la Toussaint
Tous un : la Toussaint, le cimetière, et l’Église…
Toussaint d’en-haut, Toussaint d’en-bas
Toussaint : le bonheur illucide
Ton absence…
La mort, et après ?
J’irai prier sur vos tombes (Toussaint)
Le train de la vie

Et si la fête de la Toussaint était une invitation à retrouver la vulnérabilité de l’amour humain…
Retrouver la fragilité de l’amour…

Toussaint : Heureux ceux qui pleurent ! dans Communauté spirituelle 2020-04-16-15-02-44_8584491L’évangile nous a fait entendre cette déclaration  surprenante : « heureux ceux qui pleurent ! »
Vraiment ? Pleurer rend-il heureux ?

La Croix du Christ nous fait signe : le Dieu des chrétiens est là, fragile, dépouillé, exposé à la dérision, humilié et blessé, vulnérable.

Un sentiment d’affection qui n’irait pas jusqu’à cette vulnérabilité extrême serait-il vraiment de l’amour ?
Quel meilleur antidote que les pleurs à la volonté de puissance sur l’autre ?
Quel meilleur remède pour combattre la sournoise tentation de le dominer, de l’humilier, ou de se servir de lui pour moi uniquement ?

Quand un homme accepte de pleurer devant sa femme ou ses enfants, quand une mère arrive à trouver les mots pour articuler ses pleurs et sa souffrance, alors il y a une vérité de la relation, une profondeur qui permettent, avec respect et pudeur, de se donner à l’autre au-delà des apparences.

Le Christ en Croix, vulnérable, blessé, nous dit cette extraordinaire fragilité de l’amour offert.

Lui a pu continuer à se donner entièrement même lorsqu’il ne rencontrait que dérision, humiliation et rejet. Le Christ en Croix n’est ni invulnérable, ni tout-puissant. Il se laisse toucher, il éprouve l’absence, la douleur, et continue pourtant à vouloir se donner à ses frères, à se recevoir de son Père.

Il a pleuré devant Lazare au tombeau, parce qu’il était son ami.
Il a pleuré sur Jérusalem,  pace qu’elle refusait de reconnaitre celui qui la visitait et préparait ainsi son malheur.
Il a hurlé sur la croix parce qu’il s’éprouvait abandonné de tous, de Dieu même…

La récolte douce des larmes ebook by Edwidge DanticatBeaucoup peuvent en témoigner, que ce soit dans une vie de couple ou des tensions sociales : l’amour désarmé peut, dans la patience, avec le temps et le pardon, arriver à émouvoir l’autre et changer son cœur.

Quand on cherche ainsi être vrai l’un devant l’autre, en s’accueillant soi-même dans l’acceptation de l’être aimé, on fait l’expérience du côté inépuisable et infini de la relation de confiance.

Voilà donc une piste un peu surprenante, paradoxale : aimer, ne serait-ce pas s’exposer, se donner à l’autre, fragile et vulnérable, et le recevoir de même ? Jusqu’à accepter de pleurer plutôt que d’être impassible, invulnérable…
La foi ne protège pas : elle expose.
Les pleurs sont l’ouverture du cœur par où le visage de l’autre vient nous toucher, la brèche par où le vent de l’Esprit peut s’infiltrer, la faille qui laisse passer le rai de lumière…

Depuis quand n’avez-vous pas pleuré ainsi ?

Si cette vulnérabilité est réciproque, elle nous fera avancer ensemble, dans le respect mutuel ; et nous donnera envie de permettre à l’autre d’aller jusqu’au bout de lui-même. Dans le respect et la liberté.

Oui : « heureux ceux qui pleurent ! »

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7, 2-4.9-14)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer : « Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël.
Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! » Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants ; se jetant devant le Trône, face contre terre, ils se prosternèrent devant Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! » L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. »

 

PSAUME

(Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6)
R/ Voici le peuple de ceux qui cherchent ta face, Seigneur. (cf. Ps 23, 6)

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
Voici Jacob qui recherche ta face !

DEUXIÈME LECTURE
« Nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3, 1-3)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. Et quiconque met en lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

 

ÉVANGILE
« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » (Mt 5, 1-12a)
Alléluia. Alléluia.Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, dit le Seigneur, et moi, je vous procurerai le repos. Alléluia. (Mt 11, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Patrick BRAUD

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6 juin 2021

La croissance illucide

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La croissance illucide

Homélie pour le 11° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
13/06/2021

Cf. également :

Un Royaume colibri, papillon, small, not big
Le management du non-agirL’ « effet papillon » de la foi
Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires
Le pourquoi et le comment

La croissance illucide dans Communauté spirituelle le-bonheur-illucide--homlies-2009-10--anne-cIllucide : nous avons déjà utilisé ce néologisme pour évoquer le bonheur de la Toussaint (Toussaint : le bonheur illucide), ou la justice du Carême (Cendres : soyons des justes illucides). Et voilà que notre évangile de ce dimanche (Mc 4, 26-34) le remet à nouveau au premier plan de la vie spirituelle : « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment ».
L’adjectif lucide vient du latin lux, lucis = lumière. Est lucide celui qui voit les choses en pleine lumière, conscient de ce qui se passe. Est illucide celui qui ne sait pas comment les choses arrivent, ni même ce qui arrive.
Le bonheur de la Toussaint est illucide car nous ignorons la vraie valeur de nos actes : nous avons heureusement oublié le verre d’eau accordé à l’assoiffé. La justice du Carême est illucide car c’est « en secret » que tout se joue, et Dieu seul voit réellement le secret de chacun, car lui seul sonde les reins et les cœurs (Jr 17,10 ; Rm 8,27), nos passions et nos amours.

La tradition catholique – légèrement volontariste ! – a su valoriser la lucidité comme objectif spirituel. Sans doute parce que la lucidité et le mérite sont liés : si je suis lucide sur le bien que j’ai fait, sur ma valeur personnelle, alors je peux m’en attribuer le mérite, la récompense de mes actes, et me glorifier de mes efforts. D’ailleurs, le Christ n’a-t-il pas dit : « celui qui fait la vérité vient à la lumière » ? Préférer l’obscurité à la clarté, n’est-ce pas le signe que nous nous habituons à notre péché et que nous avons peur qu’il soit dévoilé ?
Soit. Mais l’orgueil n’est jamais loin quand je peux faire la liste de tout ce que j’ai fait de bien, tel le pharisien au Temple alors que le publicain, lui, n’a rien à présenter. À force de croire que je peux voir clair entièrement en moi ou chez les autres, je passe à côté de la complexité des choses et des êtres…

La-Docte-Ignorance Esprit dans Communauté spirituelleHeureusement, les mystiques ont toujours contesté ce volontarisme très catholique.
Marie la première confesse ne pas savoir comment l’Esprit pourrait susciter la vie en elle : « comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » En acceptant de ne pas savoir, elle engendre un être unique, plus grand qu’elle.
D’ailleurs, dès le commencement, « ne pas savoir comment » préside au surgissement de l’autre : la mystérieuse torpeur qui s’empare d’Adam lorsque Dieu façonne Ève de son flanc (Gn 2,21) garantit le mystère de la relation homme-femme, son infinie profondeur et dignité, car Adam ne sait pas comment Ève a surgi face à lui.
Les Pères du désert parlaient de repos en Dieu (hésychie), au-delà du bien et du mal, où le seul désir est de laisser agir l’Esprit en nous, sans savoir comment il agit.
Les mystiques rhénans (Tauler, Eckhart, Suso) traitent de ‘pauvres fous’ les gens pieux qui comptabilisent leurs bonnes actions pour aller au ciel. Ils prêchent l’abandon (Abgeschiedenheit), le détachement, la dépossession, le non-savoir.
Nicolas de Cues chantait la « docte ignorance », ce fruit de l’Esprit qui nous libère de toute mainmise sur nos œuvres.
Et Jeanne d’Arc, à qui l’évêque demandait si elle était en état de grâce, savait répondre, illucide : « si je n’y suis pas, Dieu m’y mette. Si j’y suis, Dieu m’y garde ». Autrement dit : ‘il ne m’appartient pas de savoir si je suis en état de grâce ou non ; c’est le travail de Dieu en moi, et prétendre connaître la réponse – positive ou négative – l’annulerait par là-même’.
Saint Jean de la Croix chante quant à lui « la nuit obscure » où la bien-aimée (l’âme humaine) cherche son bien-aimé (le Christ), car elle ne sait pas où il est. Et c’est « en secret » que Dieu prépare son cœur à la rencontre, sans qu’elle sache comment.

Être illucide ne signifie donc pas être inconscient – au sens psychologique du terme – ni inactif. C’est plutôt le désir de se laisser conduire au lieu de tout maîtriser, de travailler gratuitement à la vigne au lieu d’en comptabiliser les fruits. Le bonheur, la justice ou la croissance ne sont pas des objectifs à poursuivre, mais des fruits à accueillir, toujours surprenants, inattendus. Un bienfait collatéral, en quelque sorte. Vouloir être heureux, c’est déjà ne plus l’être. Celui qui l’est ne sait pas qu’il l’est, et son bonheur est parfait. Vouloir être juste, c’est s’épuiser à accumuler des bonnes actions, des œuvres remarquables, alors que Dieu comble son bien-aimé quand il dort, et que le bon larron est accueilli sans avoir rien fait que de croire.
Les artistes du Moyen-Âge ne signaient pas leurs œuvres, s’effaçant devant leur création. Ceux de la Renaissance y déposaient leur nom pour être couverts de gloire. L’illucide préfère l’anonymat, selon la parole de Jésus : « que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite… » (Mt 6,3)

semence hétimasieDans la parabole du grain qui pousse tout seul de ce dimanche, Jésus nous remet devant l’illucidité de toute croissance authentiquement spirituelle : « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi ».
Bien sûr que le cultivateur connaît le processus de germination, ce qu’il y faut d’engrais, de pluie, de soleil etc. Mais fondamentalement, une fois qu’il a planté la graine, tout cela se passe sans lui, et en tout cas il n’est pas le maître absolu de la nature. Bien des récoltes seront décevantes alors qu’elles s’annonçaient généreuses ; bien des vendanges seront compromises par la grêle, le gel, des maladies imprévues.
La croissance de la graine est une dynamique vitale qui se passe largement de nous (les immenses forêts primaires sont là pour nous le rappeler). La sagesse populaire dit fort bien qu’on ne fait pas pousser une plante en tirant dessus !

La croissance dont parle Jésus est d’abord celle du Royaume autour de nous : nous n’en sommes pas maîtres. Si vous avez un jour accompagné des adultes dans le catéchuménat vers le baptême, vous connaissez déjà cette liberté qu’a l’Esprit pour susciter des conversions là où on ne les attendait pas. Des gens découvrent le Christ par hasard, sans action pastorale planifiée. Des peuples comme la Corée au XVIII° siècle grandissent dans la foi en lisant la Bible loin de toute société missionnaire. Des acteurs courageux – très loins du Christ – produisent soudain des fruits admirables, tel le roi perse Cyrus autorisant Israël à revenir de sa déportation de Babylone. Et tout cela sans que nous y soyons pour grand-chose. Le Royaume grandit autour de nous, et nous ne savons pas comment. Et c’est tant mieux ! Car sinon nous pourrions imaginer que c’est grâce à nous, nous pourrions avoir la tentation de vouloir domestiquer et contrôler cette croissance selon nos propres vues.

Le grain qui pousse tout seul désigne également la croissance du Royaume de Dieu en chacun de nous. Nous savons pas comment, mais un jour nous nous réveillons plus libres, ou plus décidés, ou plus aimants. N’avez-vous jamais été surpris de découvrir en vous des forces neuves, une gaieté retrouvée, une paix intérieure évidente et durable ? Je me souviens que, au lycée, j’aimais bien plancher sur des problèmes de mathématiques ardus juste avant de me coucher. Et au petit matin, comme par enchantement, grâce à une bonne nuit de sommeil, tout se dénouait facilement : j’écrivais d’une seule traite la solution aux exercices les plus difficiles. Toutes proportions gardées, c’est bien le même processus d’abandon qui est à l’œuvre : Dieu comble son bien-aimé quand il dort (Ps 126,2) ! Tout se dénoue un jour lorsque nous abandonnons en Dieu nos problèmes les plus insolubles. Et nous ne savons pas comment. Mieux : le fait de ne pas savoir, de ne pas vouloir savoir, libère en nous la puissance de cette force prodigieuse qui travaille en nous sans que nous puissions la maîtriser.

4-niveaux-de-competence illucideAbraham Maslow (l’auteur de la célèbre pyramide !) avait théorisé les 4 étapes de l’apprentissage, qui conduisent au savoir illucide :
Phase 1 : Je ne sais pas que je ne sais pas …
C’est le stade du candidat à l’apprentissage ignorant tout de sa discipline.
Phase 2 : Je sais que je ne sais pas …
L’apprenti découvre les immenses possibilités de son art, qu’il ne maîtrise pas. Il apprend.
Phase 3 : Je sais que je sais …
L’apprenti commence à maîtriser consciemment l’expertise apprise.
Phase 4 : Je ne sais plus que je sais
L’apprenti est devenu un maître, accomplissant les subtilités de son art sans même s’en rendre compte.
La progression de la vis spirituelle suit ces 4 étapes, jusqu’à parvenir à la compétence illucide, s’accroissant sans cesse sans même le savoir.


Une telle croissance illucide est le fruit de l’Esprit, ‘qui est Seigneur et qui donne la vie’.

L’illucidité de cette croissance entraîne trois conséquences spirituelles :

Toujours espérer dans la force du travail de Dieu en moi.
Si moi je perds cœur, lui ne perdra pas son Souffle. Si moi je ne vois rien grandir, lui saura me faire discerner comme Isaïe au Mont Carmel le petit nuage gros comme le poing à l’horizon qui deviendra une pluie bienfaisante (1 R 18, 44). Si moi je désespère d’avoir les mains vides devant lui, lui me les remplira mieux que je n’aurais su le faire. Tels les 5 pains et les 2 poissons pour une foule de 5000 hommes, le peu de bonne terre que chacun a en lui suffit à Dieu pour y faire pousser des arbres remarquables ! Il n’y a qu’à le laisser faire – même si nous ne savons pas comment il le fait – au lieu de le faire à notre façon.

– Toujours espérer dans la puissance du travail de l’Esprit en l’autre.
Aimer son prochain comme soi-même demande en effet de voir en lui le même potentiel de croissance que celui que je découvre en moi. Lui aussi – fut-il le pire criminel – possède en lui ce presque-rien, cette minuscule graine qui ne demande qu’à croître et porter du fruit. Certes, l’autre peut la piétiner, l’étouffer, s’en détourner. Reste qu’il est créé à l’image de Dieu, et rien – pas même le pire péché – ne peut totalement déraciner ce reflet divin de son être. S’il rencontre quelqu’un qui croit en lui, qui porte sur lui un regard d’espérance, la graine germera. S’il s’écœure lui-même à force de méchanceté, il sera surpris un jour de découvrir en lui une parcelle d’humanité qui ne demande qu’à croître.
C’est l’une des raisons théologiques les plus fortes à notre opposition radicale à toute peine de mort : Dieu n’en a jamais fini avec nous. Même dans le condamné le plus ignoble, l’Esprit a la liberté de faire grandir une humanité admirable, et nous ne savons pas comment.

analyse-trans1 Jésus

 

– Laisser à l’Esprit une réelle marge de manœuvre.
© 1988 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet
Si notre croissance spirituelle est largement illucide, alors plus nous voulons tout maîtriser et moins nous grandissons ! Certains croient que la foi est une morale où il faut accumuler les bonnes œuvres. D’autres planifient leur vie religieuse comment construire un gratte-ciel, en ne laissant rien au hasard. Or, les ingénieurs prévoient toujours quelques degrés de liberté dans leur construction, pour qu’elle vive, qu’elle respire, qu’elle s’adapte à l’imprévu. Regardez les ponts par en dessous : vous verrez les joints de dilatation qui permettent à la structure de ne pas être figée, de bouger, de se dilater sous l’action de la chaleur. Eh bien, laissez de la place à Dieu dans vos ambitions humaines ! Laissez du vide à ne surtout pas combler, des espaces pour vous dilater lorsque la chaleur de l’Esprit vous embrasera ! Ne prévoyez pas tout, car vous ne savez pas comment va croître le Royaume de Dieu en vous et autour de vous. Les gens affairés qui ont un agenda rempli à ras bord n’ont plus de place pour l’imprévu, la rencontre fortuite, le hasard qui pourrait bouleverser leur vie. Ils avancent, mais sur des rails, alors que l’Esprit souffle où il veut ! Si vous acceptez de ne pas savoir comment s’opère cette croissance en vous, alors vous serez disponibles à l’inattendu, capable de bifurquer là où l’Esprit vous emmène.

Les orthodoxes ont une disposition liturgique fort symbolique pour cela (l’hétimasie) : ils laissent vide la chaise cathédrale, car elle ne peut être occupée que par le Christ en personne, absent physiquement de l’histoire. L’évêque (ou le patriarche) qui siège dans cette cathédrale a son trône toujours placé en dessous du trône vide du Christ, le Chef invisible de l’Église. Si quelqu’un prend sa place, comment se laisser guider par le Christ ?

Laissez donc du vide dans vos agendas, vos projets, vos constructions. Alors grandira le Royaume au-dedans de vous et autour de vous, et vous ne saurez pas comment

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je relève l’arbre renversé » (Ez 17, 22-24)

Lecture du livre du prophète Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : « À la cime du grand cèdre, je prendrai une tige ; au sommet de sa ramure, j’en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-même sur une montagne très élevée. Sur la haute montagne d’Israël je la planterai. Elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux, à l’ombre de ses branches ils habiteront. Alors tous les arbres des champs sauront que Je suis le Seigneur : je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. »

 

PSAUME
(91 (92), 2-3, 13-14, 15-16)
R/ Il est bon, Seigneur, de te rendre grâce ! (cf. 91, 2a)

Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur,
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
d’annoncer dès le matin ton amour,
ta fidélité, au long des nuits.

Le juste grandira comme un palmier,
il poussera comme un cèdre du Liban ;
planté dans les parvis du Seigneur,
il grandira dans la maison de notre Dieu.

Vieillissant, il fructifie encore,
il garde sa sève et sa verdeur
pour annoncer : « Le Seigneur est droit !
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »

 

DEUXIÈME LECTURE
« Que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur » (2 Co 5, 6-10)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, nous gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur, tant que nous demeurons dans ce corps ; en effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision. Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. Mais de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps.

 

ÉVANGILE

« C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle grandit, elle dépasse toutes les plantes potagères » (Mc 4, 26-34)
Alléluia. Alléluia. La semence est la parole de Dieu ;le semeur est le Christ ;celui qui le trouve demeure pour toujours. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, parlant à la foule, Jésus disait : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. »
Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »
Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.
.Patrick Braud

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25 octobre 2020

Que pensent les chrysanthèmes de la Toussaint ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Que pensent les chrysanthèmes de la Toussaint ?

Toussaint : Homélie pour la Fête de Tous les Saints / Année A
01/11/2020

Cf. également :
Toussaint : un avenir urbain et unitaire
Toussaint : la mort comme un poème
Toussaint alluvionnaire
Les cimetières de la Toussaint
Tous un : la Toussaint, le cimetière, et l’Église…
Toussaint d’en-haut, Toussaint d’en-bas
Toussaint : le bonheur illucide
Ton absence…
La mort, et après ?
J’irai prier sur vos tombes (Toussaint)
Le train de la vie

 

Mauriac et la mort impensable

Que pensent les chrysanthèmes de la Toussaint ? dans Communauté spirituelle 41fSuIdpFaL._SX291_BO1,204,203,200_À l’occasion de cette fête de Toussaint, et du Jour des défunts qui en est inséparable, voici quelques lignes de l’immense François Mauriac, dans ses « Nouveaux Mémoires intérieurs » écrits en 1965 à l’âge de 80 ans, qui peuvent nous aider à méditer sur la mort :

« Une foi même très vive, une espérance qui ne fléchit jamais, ne nous rendent pas plus aisée la contemplation de la mort. Car arrêter sa pensée sur la séparation qui nous attend, sur cet arrachement à tout ce qui nous tient, choses et êtres, revient moins à méditer sur la mort que sur ce qu’elle entraîne. La mort n’est pas arrachement, mais engloutissement, et par-delà le néant ne nous paraît pas plus pensable que l’être. »
« Et si c’était la mort qui n’existait pas ? Et si cette impuissance à l’exprimer, mais même à la concevoir, tenait à son inexistence ? Il n’y a rien à dire du passage de l’être d’un état connu à un état inconnu, si l’être demeure. La dépouille humaine est cette chrysalide diaphane des cigales que je recherchais quand j’étais enfant… »

La mort est en quelque sorte l’impensable par nature, puisque le Je de la pensée n’existe plus au moment où elle survient. Trois siècles avant Jésus-Christ, Épicure l’avait fort logiquement observé : « quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes pas ! Elle ne concerne donc ni les vivants ni les trépassés, étant donné que pour les uns, elle n’est point, et que les autres ne sont plus ». Il en tirait la conclusion qu’il faut renoncer à la vie éternelle. Mauriac lui continue d’espérer en un au-delà tout en reconnaissant qu’il échappe à toute emprise et à toute représentation :
« Chaque pas que je fais m’en rapproche. Je suis pareil à un homme parti à l’aube, et cheminant vers la mer qu’il n’a jamais vue. Il n’en est plus séparé que par une dernière dune. Il entend ce grondement tout proche, il a le goût sur ses lèvres d’un terrible sel. Et pourtant il demeure incapable d’imaginer ce qu’il va voir demain, cette nuit, tout à l’heure ».

Cette approche de la mer ultime n’est pas forcément un long fleuve tranquille et serein :
« Nous nous cabrons, nous nous raidissons à la porte de l’abattoir, incapables d’imaginer ce qui est, capables seulement d’horreur et de terreur devant cette ténèbre ».

 

L’abattoir, serial killer

Se cabrer, se raidir devant la mort : voilà une image sur laquelle s’arrêter, car elle nous parle de la mort donnée, et pas seulement de la mort subie. En effet, la référence à l’abattoir qu’utilise Mauriac fait aussitôt surgir en nous des images hélas trop actuelles : celles que L214 [1] diffuse sur YouTube pour dénoncer les conditions d’abattage des vaches, veaux et autres animaux tués pour nous nourrir.

Régulièrement, cette association militant pour les droits des animaux publie des reportages effrayants effectués en abattoir – le plus souvent en caméra cachée – montrant les conditions épouvantables dans lesquels les bêtes sont conduites à la mort et exécutées. Les salariés de ces entreprises de la mort sont transformés en serial killers, obligés d’endurcir leur conscience pour ne pas devenir fous. L’un d’eux témoigne :

« En 2013, j’ai pris le poste en triperie. Là, je passais la journée à faire le tri entre les boyaux, la panse et la rate. Le premier jour, j’ai ouvert l’utérus d’une vache avec un couteau et j’ai vu un veau de près de 1 m, gisant, gluant dans son liquide amniotique. J’étais choqué. Il devait peser 25 kg. Je n’arrivais même pas à le soulever. Puis, j’ai appelé mon chef. Je lui ai dit « Chef, il y a un problème ! » Il m’a regardé et son visage s’est assombri. Il a hurlé « T’es un pédé ou t’es un homme ? » J’ai fini par pousser le veau jusqu’à la poubelle sur le plan de travail glissant.
Cette opération, je l’ai répétée tous les jours. Plusieurs fois par jour. On jetait quotidiennement 10 à 15 veaux à la poubelle. Je me disais « Comment c’est possible ? » On est en France. […]
Plus les mois passaient, plus je devenais fou. On ne peut pas sortir indemne quand on fait ce boulot pendant des années. On passe la journée dans la merde, le sang, les cris, la puanteur. Sans compter le mépris et les insultes. À force de vivre ça, de voir ces fœtus morts tous les jours, on devient fou. On devient carrément cinglé. Je me posais des questions en permanence. Mais en fait, tout ça, c’est pour l’argent. Une vache pleine est plus lourde et elle se vend donc plus cher. J’ai essayé de demander à mes chefs pourquoi on faisait ça. Tout ce qu’ils trouvaient à me dire, c’était « baisse la tête, ferme ta gueule et fais ton boulot. Si t’es pas content, dégage ! » » [2]

L’angoisse panique qui saisit ces animaux en pressentant qu’on les conduit vers la fin – et une fin cruelle, sanglante, douloureuse – nous donne une idée de ce que nous pourrons nous-mêmes ressentir à l’approche de notre mort. Nous nous cabrerons peut-être. La façon dont nous donnons la mort dit quelque chose de la façon dont nous la vivons nous-mêmes : cachée, en série, douloureuse, irrespectueuse. Et la question concerne des milliards d’êtres vivants : selon les chiffres de la FAO, 143 milliards d’animaux (sans compter les poissons) ont été tués en 2013 (dont 9 milliards pour les USA, 1 milliard pour la France). Chaque personne consommait en moyenne 43 kg de viande par an sur Terre en 2014. Cela représente 20 kg de plus par rapport à 1961. Un Européen consomme en moyenne 80 kg de viande par an, un Australien ou un habitant d’Amérique du Nord en consomme environ 110 kg par an. Mais dans certains pays d’Afrique, ce chiffre n’excède pas 10 kg annuels.
Dis-moi combien et comment tu tues, et je te dirai qui tu es…

 

Les 3 âmes

À la suite d’Aristote, saint Thomas d’Aquin parlait de l’âme des animaux, ainsi que de l’âme des végétaux. Il y a un seul principe vital qui anime (en latin, anima = âme) toute forme du vivant, si bien qu’une grande solidarité unit les hommes aux bêtes, les bêtes aux arbres et aux plantes, les végétaux aux hommes.

·         L’âme végétale est douée de la faculté nutritive, qui comprend la capacité de croître et la capacité d’engendrer. « L’âme du végétal est ce qui engendre un être semblable selon l’espèce ».

·         L’âme animale se distingue de l’âme végétale en ce qu’elle est douée d’une faculté de sentir (les études actuelles sur les arbres contredisent cette distinction).

·         L’âme humaine se distingue de l’âme animale en ce qu’elle a une faculté de connaître (l’intelligence, la conscience). St Thomas dira que seule cette âme est immortelle.

Ces distinctions permettront aux commentateurs d’établir trois espèces d’âme : l’âme végétative, l’âme sensitive et l’âme intellective.
Bien sûr il y a une différence de nature et pas seulement de degré entre ces trois âmes (contrairement à ce que soutiennent les antispécistes). Il n’empêche que cela traduit une réelle solidarité entre toutes les formes du vivant, dont nous ne pouvons pas faire abstraction au moment où nous leur donnons la mort.

La solidarité du vivant sous toutes ses formes est le fondement de ce que le pape François appelle une écologie intégrale, parce qu’elle prend en compte tous les liens, toutes les interactions entre les espèces.  

« Étant donné que tout est intimement lié, et que les problèmes actuels requièrent un regard qui tienne compte de tous les aspects de la crise mondiale, je propose à présent que nous nous arrêtions pour penser aux diverses composantes d’une écologie intégrale, qui a clairement des dimensions humaines et sociales » (n° 137).

« Tout est lié » : ce leitmotiv de l’encyclique Laudato si veut d’abord unir le souci de l’environnement à celui de la justice, de la culture, du sort des plus pauvres, bref à tenir ensemble l’humain et la nature, dans toutes leurs composantes. Cela veut donc dire qu’il y a une solidarité du vivant sous toutes ses formes. La dignité humaine s’éprouve aussi bien au sort réservé aux plus faibles qu’au sort des animaux dépecés dans nos abattoirs.

 

La vie secrète des arbres

51iyXjdfPwL._SX323_BO1,204,203,200_ animaux dans Communauté spirituelleImageOn peut même aller plus loin encore, et parler d’une solidarité avec les arbres et autres végétaux, qui ne sont pas si insensibles que les anciens le pensaient en Occident. Lisez « La vie secrète des arbres » (2015) du garde forestier Peter Wohllebenet et vous ne pourrez plus jamais vous balader en forêt comme avant ! Il décrit en effet les étonnantes capacités  d’organisation, de communication des arbres entre eux. Par les racines qui se touchent, par les substances émises des feuilles, par les impulsions électriques qu’ils sont capables de créer, les arbres coopèrent, s’avertissent, font système. Ils acquièrent même une forme de mémoire pour s’adapter aux événements, témoignant d’une capacité d’apprentissage étonnante. Ils influent sur leur milieu pour en retenir l’eau, abaisser la température, développer les espèces végétales et animales qui leur seront des alliés etc. Si bien que mettre à mort des arbres n’importe comment devrait nous être aussi insupportable que de voir une génisse éventrée avec son veau de six mois à l’abattoir. Nous devrions comme Idéfix pleurer à chaque arbre abattu ! L’homme se maltraite lui-même en ne respectant pas la dignité du vivant qui l’entoure. Jusque dans la mort.

Bien vivre notre mort demanderait peut-être de réfléchir à la mort que nous infligeons aux futures viandes dans nos assiettes, et aux forêts exploitées selon les seules règles de l’économie marchande.

Bien sûr il n’est pas question de prêter des sentiments humains à des arbres. Il n’empêche qu’une forme de ressenti, une capacité d’organisation, de communication, d’apprentissage et de mémoire les caractérisant nous les rend plus proches que de simples choses sans âme comme nous l’imaginions dans les siècles passés.

Notre première lecture  (Ap 7, 2-4.9-14) ne dit-elle pas : « Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres… » ?

 

Que pensent les dindes de Noël ?

51h2FH6qIsL._SX327_BO1,204,203,200_ arbresC’est le titre provoquant d’un ouvrage [3] qui veut nous faire passer de l’autre côté pour adopter le point de vue de l’animal que nous élevons afin de le tuer et de le manger.

Que pensent les chrysanthèmes de la Toussaint ?’ pourrait-on parodier pour provoquer les consciences. Les chrétiens ne devraient-ils pas les premiers réfléchir à la façon dont nous donnons la mort ? Puisque la croix du Christ est l’abattoir épouvantable par excellence, dégradant jusqu’à l’identité humaine du condamné, comment fêter l’espérance en un au-delà de la mort sans s’intéresser à l’en-deçà qui frappe si cruellement animaux et végétaux à cause de nous ? Il doit bien exister une façon digne de se nourrir, d’élever et de tuer, de faire grandir et de récolter ! N’espérons pas « paraître devant Dieu avec assurance » (He 4,16) si nous avons refusé à nos semblables une fin de vie juste et respectueuse. « La mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous » (Lc 6,38) : l’avertissement de Jésus vaut pour nos abattoirs, nos déforestations, nos compagnons du vivant.

Le nouveau maire (écologiste) de Bordeaux a fait polémique récemment en refusant de planter un arbre mort au milieu de sa ville : le sapin de Noël (coutume que l’Église catholique a d’ailleurs longtemps combattue avant de l’intégrer) est pour lui le symbole de ces arbres qu’on abat en pleine force de l’âge pour le seul plaisir des passants.

Pas de cadavre près de nos crèches !’ pourrait être un slogan catho-écolo fort disruptif… Faut-il aller jusque-là ? En tout cas, difficile pour les chrétiens - partisans d’une écologie intégrale - de se désintéresser de la mort de ceux que François d’Assise appelait ses frères et ses sœurs (même le loup de Gubbio !). Si la fête de Toussaint résonne pour nous comme une promesse de résurrection, n’oublions pas que Dieu ne nous recréera pas seuls, mais en lien avec un monde nouveau : « des cieux nouveaux et une terre nouvelle » (Is 65,17 ; Ap 21,1) où d’autres formes de vie seront présentes.

 

Allons donc porter des chrysanthèmes sur les tombes de nos défunts, en pensant que cela nous engage à faire mourir nos compagnons du vivant plus dignement qu’aujourd’hui.

 

 


[1]. En référence à référence à l’article L214 du code rural qui pour la première fois en 1976 désignent les animaux en tant qu’êtres sensibles : Art L214-1 : « Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce ».
[3]. Que pensent les dindes de Noël ? Oser se mettre à la place de l’animal, Fabienne Delfour, Coll. Tana Document, 2019.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7, 2-4.9-14)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer : « Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël.
Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! » Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants ; se jetant devant le Trône, face contre terre, ils se prosternèrent devant Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! » L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. »

 

PSAUME

(Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6)
R/ Voici le peuple de ceux qui cherchent ta face, Seigneur. (cf. Ps 23, 6)

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
Voici Jacob qui recherche ta face !

DEUXIÈME LECTURE
« Nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3, 1-3)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. Et quiconque met en lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

 

ÉVANGILE
« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » (Mt 5, 1-12a)
Alléluia. Alléluia.Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, dit le Seigneur, et moi, je vous procurerai le repos. Alléluia. (Mt 11, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Patrick BRAUD

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9 août 2020

Marie et le drapeau européen

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Marie et le drapeau européen

Homélie pour la fête de l’Assomption de la Vierge Marie / Année A
15/08/2020

Cf. également :

Le Magnificat de l’Assomption : exalter / exulter
Assomption : Ne vous faites pas voler votre espérance
Assomption : les sentinelles de l’invisible
L’Assomption de Marie, étoile de la mer
L’Assomption de Marie : une femme entre en Résistance
Marie, parfaite image de l’Église à venir
Marie en son Assomption : une femme qui assume !
Toussaint : le bonheur illucide

Le clash de Mélenchon

Vous souvenez-vous du clash de Jean-Luc Mélenchon peu après l’élection présidentielle de 2017 ? Il voulait retirer la bannière bleue à douze étoiles de l’hémicycle de l’Assemblée Nationale au motif qu’il s’agirait d’un « symbole confessionnel ». Le chef de file de La France Insoumise avait déposé, avec les autres députés de son parti, un amendement, rejeté mercredi 11 octobre 2017 par les députés, visant à retirer le drapeau européen de l’Assemblée Nationale, pour le remplacer par celui de l’Organisation des Nations Unies. Pour sanctuariser sa présence, le président Emmanuel Macron souhaite au contraire reconnaître officiellement le drapeau européen, présent dans l’Hémicycle depuis 2008. Jean-Luc Mélenchon s’est indigné de cette annonce, en publiant un communiqué dans lequel il explique son rejet de cet « emblème européen confessionnel », contraire à la laïcité française selon lui :

« Monsieur le Président, vous n’avez pas le droit d’imposer à la France un emblème européen confessionnel. Il n’est pas le sien et la France a voté contre son adoption sans ambiguïté.
Je rappelle que notre opposition à cet emblème ne tient pas au fait qu’il prétend être celui de l’Europe, mais parce qu’il exprime une vision confessionnelle de l’Union, et cela à l’heure où plus que jamais religion et politique doivent être séparées.
Le refus du traité constitutionnel de 2005, dans lequel cet emblème était proposé, vaut décision du peuple français sur le sujet. »

La première lecture de la fête de l’Assomption (Ap 11,19-12,10) est en effet ce passage grandiose de l’Apocalypse où l’on voit une femme enceinte, couronnée de 12 étoiles, être emmenée au désert pour que son fils à naître échappe au dragon cherchant à le dévorer dès sa naissance :

« Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. […] L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place ».

Bien sûr, la femme fait immédiatement penser à Marie, sa place préparée par Dieu au désert fait penser à son Assomption, sa couronne d’étoiles au couronnement de la Vierge si souvent peint et sculpté, la lune-piédestal et le soleil-manteau à son rôle cosmique de Vierge-Mère.

Y aurait-il un lien entre l’Apocalypse et le drapeau européen, entre l’Assomption et le projet politique des 27 pays adhérents à l’Union Européenne ?
Oui dans la pensée de son concepteur. Non dans les commentaires officiels qu’en donnent les organisations européennes.

 

L’inspiration mariale d’Arsène Heitz

Le drapeau européen a été créé en 1955, à l’origine pour symboliser non pas l’Union européenne, ni même son ancêtre la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), mais bien le Conseil de l’Europe, une modeste organisation de défense des droits de l’homme et de la culture.
Plusieurs projets de drapeaux sont proposés et successivement rejetés, expliquait en 1985  Robert Bichet, président du comité ad hoc pour un emblème européen :

•   un grand « E » vert sur fond blanc, symbole du Mouvement européen, dont l’esthétique a été critiquée (il était comparé à « un caleçon qui sèche sur un pré ») ;
•   un cercle doré barré d’une croix, sur fond bleu : proposition que les Français et les Turcs (membres du Conseil de l’Europe) ont refusée en raison justement du symbole religieux ;
•   des constellations d’étoiles, complexes à reproduire, ou une quinzaine d’étoiles en cercle, représentant le nombre de membres du Conseil à l’époque – mais les Allemands ne souhaitaient pas que la Sarre y soit comptée comme un État membre.

Finalement, le projet retenu reprend un cercle d’étoiles sur un fond azur. Pas 15 ni 14 étoiles (à cause la Sarre), pas 13 étoiles (nombre maudit…), mais 12, nombre qui parle à tous. Le fonctionnaire européen qui a dessiné le drapeau, Arsène Heitz, était un fervent catholique. Il a raconté bien plus tard qu’il avait tiré son inspiration de la médaille miraculeuse de la Vierge Marie, qui la représente entourée de douze étoiles d’or. Heitz se disait « très fier que le drapeau de l’Europe soit celui de Notre-Dame ».

[image]

 

La médaille miraculeuse de la Rue du Bac

Médaille Miraculeuse enversLe 27 novembre 1830, en fin d’après-midi, alors que la jeune religieuse Catherine Labouré prie dans la chapelle de la rue du Bac à Paris, elle voit se dessiner deux tableaux au-dessus de l’autel. Sur le second tableau (qui sera le verso de la médaille), Catherine voit apparaître le « M » de Marie, entrelacé avec la croix de Jésus, comme pour rappeler le lien indéfectible qui les unit. Autour, sont dessinées les douze étoiles de la « Reine du ciel ». Deux cœurs se tiennent côte à côte. À gauche, celui de Jésus reconnaissable à la couronne d’épines qui l’entoure. Sur sa droite, un cœur transpercé par un glaive, comme pour représenter la douleur d’une mère voyant son enfant souffrir. C’est le cœur de Marie.

En février 1832 éclate à Paris une terrible épidémie de choléra, qui fera plus de 20 000 morts. En juin, les premières médailles réalisées par l’orfèvre Vachette sont distribuées par les Filles de la Charité. Aussitôt guérisons, conversions, protections se multiplient. C’est un raz-de-marée. Le peuple de Paris appelle la médaille de l’Immaculée la « médaille miraculeuse ».

 

Heitz ou Lévy ?

Marie et le drapeau européen dans Communauté spirituelle 440px-EU_Flag_specification.svgAgent au service du courrier du Conseil de l’Europe, Arsène Heitz prend le projet très au sérieux. De 1952 à 1955, il dessine plusieurs croquis différents. L’un d’entre eux représente un rectangle bleu uni, orné d’un cercle de quinze étoiles, dont une en son centre. Le drapeau plaît au directeur de la presse du Conseil, Paul Michel Gabriel Lévy, et au rapporteur Robert Bichet. Mais le nombre d’étoiles est ramené de quinze à douze: le Conseil de l’Europe compte bien quinze membres à cette période, mais à cause du statut  problématique de la Sarre d’après-guerre, à cause du nombre de pays pouvant être amené à varier, on lui préfère le douze. En 1955, le drapeau définitif est adopté à l’unanimité par l’Assemblée parlementaire. Depuis 1986, il est la bannière de la totalité des institutions européennes.

Par un clin d’œil de l’histoire, hasard de l’agenda, le texte portant adoption du drapeau a été voté un jour avant le calendrier officiel qui prévoyait de le faire le 9 décembre 1955 : c’est donc un 8 décembre que l’Europe s’est dotée du cercle de 12 étoiles d’or sur fond bleu… soit le jour même de la fête de l’Immaculée Conception, si liée à la médaille de la rue du Bac et à son invocation : « O Marie conçue sans péché, priez pour nous » ! ! !

Pour les dirigeants chrétiens-démocrates à l’origine de la construction européenne (Conrad Adenauer, Robert Schuman, Alcide De Gasperi…), cette inspiration mariale, explicite ou cachée, ne pose pas problème… Mais cette inspiration est totalement absente de la genèse du drapeau telle que décrite par le rapporteur Robert Bichet en 1985, et est démentie dès 1998 par Paul Michel Gabriel Lévy chargé du projet, qui revendique la réduction de quinze à douze étoiles sur fond d’argumentation politique. Il affirme que la ressemblance avec la couronne de Marie n’est qu’une coïncidence qui lui a été indiquée postérieurement à la décision. Elle ne rend pas compte non plus de pourquoi la première soumission de la commission en 1953 avait quinze étoiles. Selon Paul Collowald, témoin de l’avancement du projet auprès de Paul Lévy, Arsène Heitz ne saurait revendiquer la conception car sa participation relève d’un simple concours technique dans l’ultime phase de présentation au Conseil.

Dans le texte de l’Apocalypse, les 12 étoiles symbolisent sans doute les 12 apôtres, et accomplissent les 12 tribus d’Israël. Sur le drapeau européen, on pourrait y voir une allusion aux racines judéo-chrétiennes de l’Europe. Mais ce ne sont pas des étoiles de David, car elles n’ont que cinq branches. Dans le texte de l’Apocalypse, le nombre 12 renvoie plutôt à l’Église, nouvel Israël, image de la Jérusalem céleste ayant 12 portes pour accueillir tous les peuples de l’univers.

Les 12 étoiles disposées en couronne sont devenues le thème classique du couronnement de la Vierge dans l’art occidental à partir du XII° siècle.

La couleur or des étoiles peut faire penser au soleil qui sert de manteau à la femme de l’Apocalypse, mais également à l’or royal des empires et royaumes qui ont marqué l’histoire européenne.

Le bleu est pour nous actuellement la couleur mariale par excellence. Pas une statue de la vierge qui n’ait une touche de bleu ! Bernadette Soubirous à Lourdes en 1858 décrira la Dame de ses apparitions portant une belle ceinture bleue. Pourtant il n’en fut pas toujours ainsi. Cherchez le mot bleu dans la Bible tout entière : il n’y est jamais mentionné ! Ni comme adjectif, ni comme substantif. Associer Marie à la couleur bleue est donc une invention tardive.

 

Le bleu marial

assumption.png« Marie n’a pas toujours été habillée de bleu. Il faut même attendre le XII° siècle pour que dans la peinture occidentale elle soit prioritairement associée à cette couleur. [...]

Auparavant, dans les images, Marie peut être vêtue de n’importe quelle couleur mais il s’agit presque toujours d’une couleur sombre : noir, gris, brun, violet ou vert foncé. L’idée qui domine est celle d’une couleur d’affliction, une couleur de deuil. [...]

C’est aux alentours de 1140 que les maîtres-verriers mettent au point le célèbre « bleu de Saint-Denis », lié à la reconstruction de l’église abbatiale. Ce bleu verrier exprime une conception nouvelle du ciel et de la lumière [...] Plus tard encore, dans les premières décennies du XIII° siècle, quelques grands personnages, à l’imitation de la reine du ciel, se mettent à porter des vêtements bleus, ce qui aurait été impensable deux ou trois générations plus tôt. Saint Louis est le premier roi de France qui le fasse régulièrement.

[...] Avec l’art baroque, une mode nouvelle se met progressivement en place : celle des vierges d’or, ou dorées, couleur passant pour celle de la lumière divine. Cette mode triomphe au XVIII° siècle et se maintient fort avant dans le XIXe. Cependant, à partir du dogme de l’Immaculée Conception – selon lequel, Marie, dès le premier instant de sa conception, par un privilège unique de Dieu a été préservée de la souillure du péché originel -, dogme définitivement reconnu par le pape Pie IX en 1854, la couleur iconographique de la Vierge devient le blanc, symbole de pureté et de virginité. Dès lors, pour la première fois depuis les temps les plus anciens du christianisme, la couleur iconographique de Marie et sa couleur liturgique sont enfin identiques : le blanc. Dans la liturgie en effet, depuis le V° siècle pour certains diocèses et depuis le pontificat d’Innocent III (1198-1216) pour une bonne partie de la Chrétienté romaine, les fêtes de la Vierge sont associées à la couleur blanche. » [1]

Au fil des siècles, la Vierge est ainsi passée par toutes les couleurs ou presque, comme le montre une étonnante statue taillée dans un beau bois de tilleul peu après l’an mil et aujourd’hui conservée au musée de Liège. Cette vierge romane avait d’abord été peinte en noir, comme c’était fréquemment le cas à cette époque. Au XIII° siècle, elle fut repeinte en bleu, selon les canons de l’iconographie et de la théologie gothiques. Mais à la fin du XVII° siècle cette même Vierge fut, comme tant d’autres « baroquisée » et quitta le bleu pour le doré, couleur qu’elle conserva pendant deux siècles environ, avant d’être visitée par le dogme de l’Immaculée Conception et, ce faisant, entièrement badigeonnée de peinture blanche (vers 1880). Cette superposition de quatre couleurs successives en un millénaire d’histoire fait de cette fragile sculpture un objet vivant ainsi qu’un exceptionnel document d’histoire picturale et symbolique. »

 

Les commentaires officiels

exposition-sur-le-drapeau-europeen Assomption dans Communauté spirituelleSur le site officiel de l’Europe, les symboles du drapeau européen sont expliqués indépendamment de toute connotation religieuse.

Voici la description officielle du drapeau européen : « Sur le fond bleu du ciel, les étoiles figurant les peuples d’Europe forment un cercle en signe d’union. Elles sont au nombre invariable de douze, symbole de la perfection et de la plénitude. Sur fond azur, un cercle composé de douze étoiles d’or à cinq rais dont les pointes ne se touchent pas. »

« Les étoiles symbolisent les idéaux d’unité, de solidarité et d’harmonie entre les peuples d’Europe. Le nombre d’étoiles n’est pas lié au nombre d’États membres, bien que le cercle soit symbole d’unité. Il y a douze étoiles, car ce chiffre est traditionnellement un symbole de perfection, de plénitude et d’unité. Ainsi, le drapeau restera le même, indépendamment des futurs élargissements de l’Union européenne. »
« Dans différentes traditions, douze est un chiffre symbolique représentant la complétude (il correspond également au nombre de mois de l’année et au nombre d’heures sur le cadran d’une montre). Quant au cercle, il est entre autres un symbole d’unité. »

 

Décidément, politique et religion sont inextricablement mêlées dans l’histoire européenne comme dans ses symboles…

L’essentiel est peut-être pour nous en ce 15 août de contempler en Marie la femme de l’Apocalypse. Comme elle, nous sommes dans les douleurs de l’enfantement : l’enfantement du Verbe en nous.

C’est un travail très personnel, pour que chacun(e) accouche de sa véritable identité (« ce n’est pas moi qui vis, mais Christ qui vit en moi » Ga 2,20).

C’est également un travail collectif, donc politique, pour que nos sociétés accouchent de conditions de vie dignes de la vocation divine de notre humanité. Particulièrement en Europe où le christianisme a puissamment contribué à façonner les institutions, les mentalités, les symboliques depuis 2000 ans.

 


[1]. Michel Pastoureau, Bleu, Histoire d’une couleur, Seuil, 2000, pp 54-55.

 

MESSE DU JOUR

 

PREMIÈRE LECTURE

« Une Femme, ayant le soleil pour manteau et la lune sous les pieds » (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire.
Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place. Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »

 

PSAUME

(Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16)
R/ Debout, à la droite du Seigneur,se tient la reine, toute parée d’or. (cf. Ps 44, 10b)

Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ;
oublie ton peuple et la maison de ton père :
le roi sera séduit par ta beauté.

Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui.
Alors, les plus riches du peuple,
chargés de présents, quêteront ton sourire.

Fille de roi, elle est là, dans sa gloire,
vêtue d’étoffes d’or ;
on la conduit, toute parée, vers le roi.

Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ;
on les conduit parmi les chants de fête :
elles entrent au palais du roi.

 

DEUXIÈME LECTURE

« En premier, le Christ ; ensuite, ceux qui lui appartiennent » (1 Co 15, 20-27a)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds.

 

ÉVANGILE

« Le Puissant fit pour moi des merveilles : il élève les humbles » (Lc 1, 39-56)
Alléluia. Alléluia.Aujourd’hui s’est ouverte la porte du paradis : Marie est entrée dans la gloire de Dieu ; exultez dans le ciel, tous les anges ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »  Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.
Patrick BRAUD

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