L'homelie du dimanche

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30 août 2020

Allez venez, Milord

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Allez venez, Milord

Homélie pour le 23° Dimanche du temps ordinaire / Année A
06/09/2020

Cf. également :

Lier et délier : notre pouvoir des clés
La correction fraternelle
L’Esprit saint et nous-mêmes avons décidé que…
L’Aujourd’hui de Dieu dans nos vies

Allez, venez Milord !

Même les plus jeunes ont entendu un jour la voix éraillée de la môme Piaf invitant un homme en peine à quitter sa tristesse :

Allez venez, Milord
Vous asseoir à ma table
Il fait si froid dehors
Ici, c’est confortable
Laissez-vous faire, Milord
Et prenez bien vos aises
Vos peines sur mon cœur
Et vos pieds sur une chaise
Je vous connais, Milord
Vous ne m’avez jamais vue
Je ne suis qu’une fille du port
Une ombre de la rue…

Toutes proportions gardées, il y a un petit air d’« allez, venez Milord ! » dans notre psaume 94 de ce dimanche. On le qualifie d’invitatoire car effectivement il nous invite à nous rassembler pour la louange. « Venez ! » est la proclamation forte des lévites à l’entrée du Temple de Jérusalem où se pressaient les pèlerins pour les fêtes juives. Bien sûr, ce n’est pas « une ombre de la rue » qui nous appelle ici, mais pèlerins et Milords ont en commun de devoir sortir d’eux-mêmes, de leurs soucis ou tristesse du moment, pour retrouver la joie d’être en bonne compagnie, ou plutôt en communion. Du coup, ce psaume invitatoire a été choisi par les chrétiens pour ouvrir chaque office de Laudes le matin, 365 jours sur 365, ce qui souligne son importance dans la prière chrétienne, plus encore que dans la liturgie juive.

Regardons de près de plus près ce psaume 94, afin de mieux y percevoir l’invitation de Dieu lui-même à nous asseoir à sa table.

 

Répondre à l’appel

Il y a d’abord une altérité, marquée par l’impératif : « venez ! » qui suppose un Je et un Nous. Le groupe ne se conduit pas lui-même. Il est invité, appelé (choisi, « élu »). Autrefois, c’était par la voix des lévites du Temple à Jérusalem, par les shofars (cornes de bélier) annonçant les fêtes importantes. Puis les cloches ont pris le relais, bientôt imitées par les muezzins. L’appel à la prière nous sort de notre quotidien, nous fait quitter nos maisons, nos solitudes, et nous rassemble en Église selon l’étymologie du mot grec ekklèsia = peuple appelé au-dehors (ek-kaleo). La vocation (vocare = appeler) est constitutive de notre identité chrétienne (et juive d’abord) : se laisser rassembler en un seul peuple appelé à communier à l’unique sainteté de Dieu, c’est cela l’Église. Pas un club de gens qui se choisiraient selon leurs affinités, leur milieu social, leurs options politiques… Dans ce rassemblement en réponse à l’appel (« venez ! »), personne ne choisit son voisin. Nous montons ensemble au Temple parce que nous y sommes invités, et non parce que nous en avons envie, ni même parce que ce serait un devoir. Répondre à l’invitation qui nous est lancée de la part de Dieu fait de nous son peuple, son Église.

En même temps que l’impératif, il y a le pluriel : « venez », « criez », « acclamons », « crions ».

Même si la prière en secret dans sa chambre a toute sa valeur (Mt 6,6), c’est essentiellement à plusieurs, en groupe, en foule qu’elle s’exprime. Pourquoi ce pluriel ? Parce que la relation à l’autre fait partie de la relation à Dieu, et réciproquement. Parce que nous ne pouvons communier à Dieu sans communier les uns aux autres (et réciproquement). Parce que nous ne pouvons être sauvés seuls, et sûrement pas les uns sans les autres. Parce que si un membre est absent, le corps du Christ est déchiré.

Rien de moins individualiste que la prière juive ou chrétienne. D’ailleurs, même le Notre Père est au pluriel : prononcé seul dans le secret de la chambre, le Notre Père est toujours une prière ecclésiale. Le Nous n’est pas de majesté mais de solidarité avec tous les priants, et par extension avec ceux qui ne prient pas.

 

La structure du psaume

Essayons maintenant de discerner une structure dans la composition de ce psaume 94.
Après l’invitation (« venez ! »), Il y a quatre verbes d’acclamations dont l’objet – notre salut – est nettement précisé :
    Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher, notre salut !
    Allons jusqu’à lui en rendant grâce, par nos hymnes de fête acclamons-le !

Puis il y a quatre rappels de l’œuvre merveilleuse de la Création, témoin de la transcendance de Yahvé :
    Oui, le grand Dieu, c’est le Seigneur, le grand roi au-dessus de tous les dieux :
    il tient en main les profondeurs de la terre, et les sommets des montagnes sont à lui ;
    à lui la mer, c’est lui qui l’a faite, et les terres, car ses mainsles ont pétries.

Puis viennent quatre gestes de reconnaissance pour le salut du peuple, créé lui aussi comme les l’univers par la main de Dieu :
    Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits.
    Oui, il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit, le troupeau guidé par sa main.

Après ces 12 briques de louange, vient un avertissement se basant sur les 40 ans passés au désert :

« Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
Ne fermez pas votre cœur comme au désert, comme au jour de tentation (מַ֝סָּ֗ה = Massa) et de défi (כִּמְרִיבָ֑ה = Mériba), où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. Quarante ans leur génération m’a déçu, et j’ai dit : Ce peuple a le cœur égaré, il n’a pas connu mes chemins. Dans ma colère, j’en ai fait le serment : Jamais ils n’entreront dans mon repos.”

On ainsi la structure suivante :

Venez ! =>
Salut (4 éléments) du peuple
Création (4 éléments) du monde
Salut et Création du peuple (4 éléments)
Avertissement (les 40 ans)                            => Aujourd’hui, entrez (ou non) dans le repos de Dieu

Inutile de commenter longuement le symbolisme du chiffre 4 omniprésent dans ce plan (cf. les 4 points cardinaux etc.) : ce psaume est universel ; l’invitation n’est pas limitée au seul Israël, ni même à la seule Église. Elle vaut finalement - en Christ encore plus - pour tous les peuples de tous les siècles. Ce petit royaume d’Israël entouré de civilisations bien plus grandes et plus puissantes que lui a toujours follement prétendu que son Dieu était pour tous, « le grand roi au-dessus de tous les dieux ». L’universalisme de la prière juive ou chrétienne s’enracine là, et l’évocation de la Création en garantit la validité pour toutes les nations. Le Temple est bien une « maison de prière pour tous les peuples » (Is 56,7).

Quant au nombre 12, inutile encore d’en dire beaucoup. Ce sont bien les 12 tribus d’Israël, ou les 12 apôtres figurant l’Église, qui forment ce « peuple conduit par sa main », la part d’humanité qui accepte joyeusement de répondre à son invitation.

Le premier verbe après l’invitation « venez ! » est un impératif pluriel : « crions », dans lequel semble s’inclure celui qui vient de lancer l’invitation (indice que les lévites, puis les prêtres font partie de l’assemblée et ne sont pas seulement en vis-à-vis d’elle). Ce verbe n’est pas anodin. En hébreu (נָרִ֥יעַֽ = nā·rî·a‘), c’est le verbe qui désigne l’acclamation poussée par le peuple pour faire tomber les murailles de Jéricho au bout de 7 jours et 7 tours de ses remparts : « Poussez une clameur, le Seigneur vous a livré la ville ! La ville sera vouée à l’anathème pour le Seigneur, elle et tout ce qui s’y trouve. (…) Le peuple poussa la clameur et on sonna du cor. Lorsque le peuple entendit le son du cor, il poussa une grande clameur, et le rempart s’effondra sur place » (Jo 6,20). Le lien à l’histoire du salut est ainsi manifeste : nous avons de quoi crier si nous regardons les libérations déjà opérées dans notre histoire, les murailles que nous avons déjà réussies à faire tomber avec l’aide de Dieu, les remparts abattus pour que les villes comme Jéricho s’ouvrent à l’étranger…

Venir prier suppose donc que nous ayons déjà fait ensemble cet exercice collectif de relecture de notre histoire : quels Jérichos sont les nôtres ? quels Massas et Méribas (cf. infra) ? quel rocher dans quel désert ? quels Exodes hors de quelles Égyptes ?

Louer Dieu pour la grandeur de la nature est essentiel, mais le louer pour son compagnonnage dans notre histoire l’est encore davantage. Sinon nous risquons de le réduire à une vague puissance cosmique, et non plus un Dieu qui s’intéresse aux hommes. Le lien écologie-histoire humaine est fondamental.

Ce lien salut/création devient manifeste dans la troisième partie du psaume où les lévites semblent redonner de la voix pour inviter le peuple à entrer, s’incliner, se prosterner, adorer. Il y a de nouveaux cette altérité qui se fond en finale dans l’adoration commune (« adorons »). Il faut bien que quelques-uns rappellent à tous qu’ils sont invités, formés, conduits par la main d’un Tout-Autre.

L’ordre des motifs de louange par contre peut étonner : salut – création – salut et création. Ce n’est pas d’abord au Dieu cosmique que nous nous adressons, sinon il y aura toujours le risque d’un panthéisme déguisé. Sous couvert d’écologie, c’est peut-être l’une des tentations d’aujourd’hui : ne plus voir et défendre que les choses créées (la biodiversité, la planète, le climat) en oubliant leur Créateur, en les coupant de la source qui les maintient dans leur être, et de leur finalité qui est bien l’humanité. Pour la Bible, l’écologie est un humanisme, pas un nouveau matérialisme déguisé. Pour le psaume 94, comme pour l’ensemble de la Bible, l’histoire éclaire la création et à cause de cela vient en premier dans la louange adressée à Dieu. C’est parce qu’il est « notre rocher » (allusion l’épisode du rocher frappé par le bâton de Moïse dans le désert de l’Exode), « notre salut » (allusion à la Pâque comme aux autres libérations jalonnant l’histoire d’Israël), que Dieu peut également être appelé Créateur. « Il tient le monde dans ses mains » (He’s got the whole world in his hands), chante un vieux negro spiritual : c’est parce que les esclaves noirs éprouvaient la fidélité de Dieu dans l’épreuve qu’ils lui reconnaissaient la même sollicitude envers le monde entier qu’envers eux, ce qui nourrissait en retour leur confiance dans l’action de Dieu en leur faveur. Car salut et création s’unissent dans l’histoire du peuple : Israël est lui-même « formé, créé, conduit par la main de Dieu » comme le sont les soleils et les galaxies. Notons au passage que la création ici est continue. Pas une chiquenaude initiale, pas un big-bang isolé, pas un horloger qui abandonne l’horloge elle-même, mais une relation continue pour maintenir dans l’existence et faire évoluer ce qui a été créé.

Nous voilà maintenant entrés dans la louange, à l’intérieur du Temple, chantant la grandeur de Dieu telle qu’elle se manifeste dans notre histoire et dans la création. Vient alors l’avertissement, qui ‘casse un peu l’ambiance’ si on pardonne cet anachronisme ! « Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ? » La louange seule ne suffit donc pas : il faut y ajouter l’écoute de sa Parole, et sa mise en œuvre. Prier sans s’impliquer concrètement serait de l’hypocrisie. Le rappel de l’épisode de Massa et Mériba sonne aux yeux des juifs de Jérusalem comme le désagréable rappel de leurs murmures contre Dieu, de leur révolte contre Moïse. Massa et Mériba étaient devenus synonymes de tentation et de défi contre Dieu, et c’est pour cela que notre traduction liturgique omet les noms propres pour les remplacer par leur équivalent, pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire d’Israël. Le texte hébreu du psaume fait explicitement référence à cette méfiance ingrate du peuple qui l’a finalement privé d’entrer en Terre promise. Ce n’est pas la génération sortie d’Égypte qui est entrée dans le repos, mais leurs enfants, 40 ans après.
« Moïse donna au lieu de la révolte, le nom de Massa, c’est-à-dire l’épreuve, et aussi le nom de Mériba, c’est à dire querelle, parce que les fils d’Israël avaient cherché querelle au Seigneur, et parce qu’ils l’avaient mis à l’épreuve » (Ex 17,7).
L’avertissement est clair : entrer dans le repos de Dieu n’est pas automatique, loin de là ! Ce rappel tragique permet à l’auteur du psaume d’attirer l’attention sur l’enjeu réel de la liturgie du temple : vivre l’aujourd’hui de Dieu.

 

L’aujourd’hui du psaume

La Lettre aux Hébreux développe en deux passages l’importance de notre psaume 94 pour les convertis au Christ. Dans le premier passage, l’actualisation du psaume est toute tournée vers le Christ : maintenir notre engagement premier envers lui malgré les menaces, ne pas s’endurcir en reprenant une vie ‘comme avant’, voilà ce qui nous permettra d’entrer dans le repos de Dieu :

Allez venez, Milord dans Communauté spirituelle 41eLCE1xODL._SX334_BO1,204,203,200_« C’est pourquoi, comme le dit l’Esprit Saint dans un psaume :
Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur comme au temps du défi, comme au jour de l’épreuve dans le désert, quand vos pères m’ont mis à l’épreuve et provoqué. Alors ils m’ont vu à l’œuvre pendant quarante ans ; oui, je me suis emporté contre cette génération, et j’ai dit : Toujours ils ont le cœur égaré, ils n’ont pas connu mes chemins. Dans ma colère, j’en ai fait le serment : On verra bien s’ils entreront dans mon repos !
Frères, veillez à ce que personne d’entre vous n’ait un cœur mauvais que le manque de foi sépare du Dieu vivant. Au contraire, encouragez-vous les uns les autres jour après jour, aussi longtemps que retentit l’“aujourd’hui” de ce psaume, afin que personne parmi vous ne s’endurcisse en se laissant tromper par le péché. Car nous sommes devenus les compagnons du Christ, si du moins nous maintenons fermement, jusqu’à la fin, notre engagement premier. Il est dit en effet : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur comme au temps du défi. Qui donc a défié Dieu après l’avoir entendu ? N’est-ce pas tous ceux que Moïse avait fait sortir d’Égypte ? Contre qui Dieu s’est-il emporté pendant quarante ans ? N’est-ce pas contre ceux qui avaient péché, et dont les cadavres sont tombés dans le désert ? À qui a-t-il fait le serment qu’ils n’entreraient pas dans son repos, sinon à ceux qui avaient refusé de croire ? Nous constatons qu’ils n’ont pas pu entrer à cause de leur manque de foi. » (He 3, 7 19)

Le deuxième commentaire du psaume 94 insiste sur la réalité du risque de ne pas entrer dans ce repos. Ceux qui ont refusé de croire (juifs et païens) se sont privés eux-mêmes de cette entrée. N’allons pas faire comme eux pour subir le même sort :

« Craignons donc, tant que demeure la promesse d’entrer dans le repos de Dieu, craignons que l’un d’entre vous n’arrive, en quelque sorte, trop tard. Certes, nous avons reçu une Bonne Nouvelle, comme ces gens-là ; cependant, la parole entendue ne leur servit à rien, parce qu’elle ne fut pas accueillie avec foi par ses auditeurs. Mais nous qui sommes venus à la foi, nous entrons dans le repos dont il est dit :
Dans ma colère, j’en ai fait le serment : On verra bien s’ils entreront dans mon repos !
Le travail de Dieu, assurément, était accompli depuis la fondation du monde, comme l’Écriture le dit à propos du septième jour : Et Dieu se reposa le septième jour de tout son travail. Et dans le psaume, de nouveau : On verra bien s’ils entreront dans mon repos ! Puisque certains doivent encore y entrer, et que les premiers à avoir reçu une Bonne Nouvelle n’y sont pas entrés à cause de leur refus de croire, il fixe de nouveau un jour, un aujourd’hui, en disant bien longtemps après, dans le psaume de David déjà cité : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur. Car si Josué leur avait donné le repos, David ne parlerait pas après cela d’un autre jour. Ainsi, un repos sabbatique doit encore advenir pour le peuple de Dieu. Car Celui qui est entré dans son repos s’est reposé lui aussi de son travail, comme Dieu s’est reposé du sien. Empressons-nous donc d’entrer dans ce repos-là, afin que plus personne ne tombe en suivant l’exemple de ceux qui ont refusé de croire. » (He 4, 1 12)

L’épreuve d’autrefois peut surgir à nouveau chez les juifs qui ont embrassé la foi en Jésus-Christ, et donc chez nous aujourd’hui. L’Apôtre « aux Hébreux » recommande deux remèdes : d’abord la solidarité. Il importe de se soutenir les uns les autres dans les épreuves.  Le deuxième est la prière.

La pointe de l’avertissement est sans doute dans l’aujourd’hui du psaume : c’est aujourd’hui le jour du salut (2 Co 6,2), c’est aujourd’hui que Dieu nous libère, nous façonne en nous libérant, nous créé en nous façonnant. Ni la liturgie ni la prière ne sont tournées vers Dieu béatement, ou vers le passé nostalgiquement : la louange et la mémoire convergent vers l’aujourd’hui du salut de Dieu. Aujourd’hui s’accomplit pour nous l’Écriture (Lc 4,21).

À tous ceux qui viennent adorer et louer, le Christ adresse cet encouragement et cet appel :
       « Regarde ta propre histoire.
       C’est toujours chaque instant présent qui contient la signification de ton histoire.
       Tu ne peux pas regarder cette histoire en spectateur.
       Tu dois l’envisager à partir de tes décisions, à partir de ta responsabilité.
     Dans chaque instant présent de ta vie sommeille la possibilité qu’il soit l’instant du salut. À toi de le réveiller » [1].

C’est maintenant le moment favorable, pas hier, pas demain.
Aujourd’hui, cette parole du Christ s’accomplit pour nous qui l’entendons. Mais aujourd’hui, écouterons-nous sa parole ? 

Prions le Psaume 94 ce dimanche, et chaque matin dans les Laudes, en nous éveillant à l’aujourd’hui de Dieu qui commence.

« Allez, venez Milord… » 

 


[1]. Bultmann, Histoire et eschatologie, Delachaux & Niestlé, Neuchâtel-Paris, 1959.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Si tu n’avertis pas le méchant, c’est à toi que je demanderai compte de son sang » (Ez 33, 7-9)

Lecture du livre du prophète Ézékiel

La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertisses pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

PSAUME

(Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)
R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! (cf. Ps 94, 8a.7d)

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

DEUXIÈME LECTURE
« Celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi » (Rm 13, 8-10)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, n’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi. La Loi dit : Tu ne commettras pas d’adultère,tu ne commettras pas de meurtre,tu ne commettras pas de vol,tu ne convoiteras pas. Ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour.

ÉVANGILE
« S’il t’écoute, tu as gagné ton frère » (Mt 18, 15-20)
Alléluia. Alléluia.Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui : il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation. Alléluia. (cf. 2 Co 5, 19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »
 Patrick BRAUD

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15 septembre 2019

Peut-on faire l’économie de sa religion ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Peut-on faire l’économie de sa religion ?

Homélie du 25° Dimanche du Temps Ordinaire / Année C
22/09/2019

Cf. également :
Trompez l’Argent trompeur !
Prier pour la France ?
Éthique de conviction, éthique de responsabilité

Le double lien foi-économie

Y a-t-il un lien entre les croyances d’un groupe et le type d’économie qu’il pratique ? Pourquoi le capitalisme est-il né dans des sociétés majoritairement judéo-chrétiennes et pas ailleurs ? L’emprise des religions magiques en Afrique serait-elle un obstacle au développement économique tel que l’entend l’Occident ?

Ces questions autour du lien foi-économie sont ici posées au niveau collectif. Mais elles sont tout autant redoutables au niveau individuel ! Comment concilier par exemple l’impératif chrétien de charité et de partage avec la rivalité et la compétition régnant dans les économies modernes ? Comment le dimanche entendre parler d’amour du prochain et à l’usine ou au bureau ensuite exécuter des ordres en complète contradiction ?

Peut-on faire l’économie de sa religion ? dans Communauté spirituelle p_travailLe prophète Amos (vers 750 avant JC) avait déjà observé cette dichotomie foi/économie, où les puissants font semblant d’être religieux à la synagogue et exploitent les pauvres sans vergogne à peine sortis :

Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » Le Seigneur le jure par la Fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. (Am 8, 4-7) 

Son constat est d’actualité : les riches pestent contre les obligations religieuses parce qu’elles leur font perdre de l’argent ! Ne pas travailler ni vendre les jours de fête, respecter la justice et notamment le droit des pauvres : tous les impératifs religieux sont mauvais pour le commerce… Vivement qu’on en soit débarrassé : l’enrichissement sera alors plus facile et sans limites !

Dans sa parabole du gérant malhonnête qui se fait des amis avec l’argent de sa commission exorbitante, Jésus dans notre évangile (Lc 16, 1-13) plaide pour un autre usage de l’argent que l’accumulation et la domination. « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent » : voilà une situation où le fameux « en même temps » est impossible ! Il nous faut choisir : soit mettre l’argent (et tout ce qui va avec : pouvoir, renommée, vie facile, rang social etc.) au-dessus des autres objectifs, soit le mettre au service de ces autres objectifs, Dieu en premier.

Mauvais maître, l’argent devient bon serviteur lorsqu’il est remis à sa place.

 

Peut-on faire l’économie de sa religion ?

51GJogm-kBL._SX359_BO1,204,203,200_ dans Communauté spirituelleLa question est double : peut-on / doit-on mettre sa religion entre parenthèses dans son travail, sa consommation, son impact sur la planète, car ce sont des réalités distinctes qu’il ne faut surtout pas mélanger ? Peut-on / doit-on à  l’inverse traduire ses convictions religieuses par des mesures économiques radicales ?

On peut penser aux banques islamiques, qui donnent l’exemple d’une finance tenant compte de l’interdit du prêt à intérêt dans le Coran.

En Tanzanie, dès qu’un agriculteur s’enrichit trop, il est accusé de sorcellerie et se retrouve contraint de devoir redistribuer l’excédent de sa production aux autres agriculteurs s’il veut échapper à des sanctions plus violentes. Des situations semblables peuvent être observées au Cameroun ou encore au Liberia.

La croyance en la sorcellerie pèse sur le budget des habitants de ces pays, dans la mesure où une telle croyance engendre des dépenses visant à se prémunir contre les supposées menaces. On comprend alors que la prise en compte de ces phénomènes est une nécessité, dès lors qu’il s’agit de penser la forme que doit prendre l’aide au développement. En effet, une aide qui prendrait la forme de subventions faites à certains agriculteurs aurait, dans les pays précités, vraisemblablement peu d’effets du fait des pressions religieuses qui pèsent sur les membres de ces sociétés. L’étude de l’imbrication du religieux et de l’économique doit en conséquence être un point essentiel de l’aide à la décision en matière de politique de développement.


L’affinité entre l’expérience spirituelle et les bouleversements économiques

Faisons un détour par l’histoire.

FRANCOIS D'ASSISE - LE RETOUR A L'EVANGILE.: ELOI LECLERC.Une présentation de la vie de François d’Assise, par Eloi Leclerc [1], à l’occasion du huitième centenaire de la naissance de François, peut aider à deviner les enjeux proprement spirituels des liens existants entre foi et économie.

L’époque de François est celle d’une véritable mutation de société. D’une société féodale, solidement installée depuis quatre siècles environ, les XII° et XIII° siècles basculent vers une société urbaine. Dans l’une, le personnage-clé est le seigneur; dans l’autre: le marchand, et bientôt le bourgeois. Le premier univers était marqué par la terre et la stabilité. Le second développe les valeurs du commerce, de l’économie de marché, de la libre-circulation, et le goût des voyages. Aux relations verticales de subordination qui caractérisaient la vassalité, le monde nouveau, aux origines du capitalisme, développe des relations horizontales de libre-association (hanses, guildes, corporations…). A la terre, il substitue l’or, l’argent et la monnaie. L’importance des foires européennes, la montée en puissance des communes, déstabilisent la cohésion féodale rurale. Bref: un monde ancien s’écroule, les prémices d’un nouveau prolifèrent, pour le meilleur et pour le pire.

Pourtant, l’Église du temps de François est encore liée, trop liée, à cet ancien monde. Les évêques sont des seigneurs et veulent vivre comme eux. Les clercs et les religieux ont d’immenses propriétés terriennes et de substantiels « bénéfices ». Ils ne vont  guère par les routes pour rencontrer leur peuple. Ils détestent pour la plupart le mouvement communal et sont incapables de le comprendre. Les relations dans l’Église sont calquées sur la verticalité féodale avec laquelle elles formaient autrefois un art de vivre cohérent.

François, lui, est issu du monde nouveau des communes. Par son père, il appartient à la nouvelle classe des marchands. Il a 16 ans lorsque les habitants d’Assise assiègent et démantèlent la forteresse féodale de La Rocca qui dominait la ville. Il en a 18 quand Assise s’érige en commune libre. Il partage l’ambition de la bourgeoisie d’affaires, ambition faite de liberté, d’amour courtois, de promotion sociale par la chevalerie, de rivalités communales et de goût pour l’argent.

Sa conversion sera pour l’Église une nouvelle rencontre de l’Évangile et de l’histoire. En François, la société nouvelle est introduite au cœur de la vie de l’Église, moyennant une triple conversion:

- conversion par accomplissement: le meilleur des valeurs de liberté et de fraternité que prônait le monde des marchands, François en fait l’esprit de son ordre: mobilité géographique, vie itinérante et rencontre avec la population urbaine, égalité des frères, redécouverte de l’humilité de Dieu (la crèche) au lieu de porter l’accent sur la « seigneurie » divine etc…

- conversion par redressement: l’esprit du mouvement communal n’est pas exempt de lutte pour le prestige et le pouvoir; la rivalité entre Assise et Pérouse l’a appris à François. Tout en reprenant l’esprit du serment communal, qui liait la personne à un groupe et qui en même temps engageait le groupe tout entier, François combattait cette tentation du pouvoir qui divisait les communes libres, et qui faisait des bourgeois les nouveaux maîtres dans la commune elle-même. Les pauvres n’avaient fait souvent que changer de maîtres…

- conversion par redressement: François connaît bien la passion pour l’argent de cette classe de marchands dont il est issu. Il y discerne cette force d’auto-destruction qui est capable de faire échouer l’aspiration à la fraternité et à la liberté qui travaille le monde nouveau. En dénonçant prophétiquement la puissance de l’argent, en retournant la logique de domination qu’elle suppose en logique de fraternité, François indique une voie pour que la nouvelle organisation économique ne désespère pas de sa capacité à surmonter les contradictions qui la traversent.

Cette affinité entre deux types d’expérience, celle du monde économique et celle de l’Esprit, est en soi une motivation vitale pour l’Église de s’intéresser à la vie économique et d’essayer de la comprendre pour elle-même. De plus, s’il y a des racines économiques et sociales à l’expérience spirituelle, il est vraisemblable qu’en retour il y ait des racines spirituelles à toute forme de transformation économique et sociale: c’est alors la responsabilité de l’Église dans cette transformation qui est en jeu.

 

Quand l’Église entre en économie

Un sociologue réputé, Émile Poulat, soulignait l’importance du phénomène de l’intervention des épiscopats locaux en matière économique [2], intervention qui à la fin du siècle dernier devenait quantitativement et qualitativement le signe de nouveaux rapports entre les Églises et leur environnement économique [3]. L’Église « entre en économie », écrivait-il, « est-ce pour cela que l’économie va entrer en religion ? » Depuis une vingtaine d’années, l’épiscopat français est plus frileux et n’intervient plus guère sur les questions économiques, hélas.

Compendium de la doctrine sociale de l'ÉglisePourtant, depuis Léon XIII (1891), l’Église s’est inlassablement dotée d’une pensée sociale face aux défis de société. En revanche, elle ne s’est jamais véritablement souciée d’avoir une pensée économique. Le peut-elle ? Le doit-elle ? Quelles conditions sont requises pour que l’intervention de l’Église soit crédible ? Et suffit-il d’avancer ici au nom de l’éthique ? Peut-on concevoir une pratique chrétienne de l’économie [4] sans imaginer une pensée chrétienne de l’économie ? « Une critique, généreusement inspirée par la misère du monde, les maux de société et la dignité de tout homme, mais qui ne prendrait pas à bras-le-corps les problèmes économiques, ne risque-t-elle pas d’être inopérante, d’apparaître insignifiante et futile ? »

Les chrétiens qui sont passés par les formations des grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce, ou par d’autres écoles de pensée façonnant fortement les mentalités en matière d’économie, savent ce que c’est que d’avoir une double culture. En situation de responsabilité dans les entreprises, les administrations, la recherche etc… ces chrétiens devront tôt ou tard affronter un conflit d’identité : d’un côté les souvenirs qu’ils auront gardé de leur éducation religieuse où des attitudes d’amour, de service et de pauvreté sont valorisées; de l’autre, un univers professionnel qui leur paraît d’une logique terriblement hétérogène, faite d’efficacité, de compétition, de rentabilité, de lois contraignantes où la marge de manœuvre est quasi-nulle.

Un économiste professionnel prenait un jour cette comparaison:

« Il y a un trou énorme entre nos convictions morales et les réalités économiques. Les principes de l’analyse économique n’ont rien à voir avec ma foi chrétienne, et le discours de l’Église ne m’aide pas du tout à faire le pont. C’est comme si les habitants d’un immeuble se plaignaient de ce que les chiens de leurs voisins de palier aboient après 22 heures. Mais dire: ‘faites en sorte que vos chiens n’aboient plus après 22 heures’, c’est faire tomber l’impératif moral dans l’impuissance pratique, car on ne peut à la fois se réjouir de la compagnie des chiens et les empêcher d’aboyer même quand on ne le souhaiterait pas. Le discours de l’Église dénonce très bien les chiens qui aboient et gênent les voisins après 22 heures, mais sa réponse est souvent comme si elle conseillait… d’acheter une montre à son chien ! Ce qui bien évidemment n’est pas une réponse… »

41ZGFR5F6KL._SX308_BO1,204,203,200_Cette déchirure intérieure, ce conflit entre deux logiques et deux identités guette les acteurs économiques chrétiens. Soit ils se réfugient dans une vie d’Église très chaleureuse d’où les dimensions économiques et sociales de leurs responsabilités seront gommées. Soit ils vivent douloureusement cette déchirure intérieure avec un sentiment d’impuissance, et l’impression que leur existence est cloisonnée en plusieurs compartiments étanches. Soit ils identifient leur pratique professionnelle avec la solution du problème, et alors toutes les légitimations au nom de la foi, même les plus dangereuses, deviennent possibles.

Pour permettre l’unification personnelle des acteurs économiques chrétiens, et notamment de ceux qui sont en situation de responsabilité, une parole d’Église devra donc éviter deux dangers :

- une parole morale plaquée de l’extérieur sur les injustices économiques. C’est le plus souvent condamner les acteurs de ces situations économiques à l’impuissance morale, car l’Évangile ne suffit pas pour transformer d’un coup de baguette magique les dures contraintes économiques ;

- une acceptation, voire une légitimation (inconsciente) des pratiques et coutumes courantes. L’Église catholique a ainsi prêché la résignation aux pauvres pendant la Révolution industrielle, et l’a même légitimée par la promesse d’un paradis inversement proportionnel à la misère ici-bas… Ou inversement, certaines Églises ont pu être complices du discours marxiste de certains extrémistes en Amérique latine, croyant défendre les opprimés en épousant la lutte des classes.

Dans tous les cas, c’est une rupture ruineuse entre culture économique et foi chrétienne. Le souci de l’unification personnelle et de la cohérence entre foi et culture nous oblige à reformuler autrement les termes du débat.

En France, les Semaines Sociales organisent chaque année trois jours de débat / confrontation sur des thèmes de société et d’économie où l’éclairage mutuel foi / économie produit des inspirations nouvelles. Pour 2019 et 2020, les SSF ont retenu le thème «Refaire société ». L’événement national aura lieu à Lille les 16 et 17 novembre 2019.
Des revues et journaux – notamment chrétiens, mais pas uniquement – publient régulièrement des dossiers sur l’engagement des chrétiens en matière économique.
Des mouvements de laïcs (JOC, ACO, MCC, EDC, L’Emmanuel etc.) tissent un réseau de petites équipes où chacun confronte ses responsabilités professionnelles et sa foi chrétienne.
De grands témoins comme Jacques Delors autrefois, de grands patrons ou syndicalistes aujourd’hui écrivent des livres sur leur synthèse personnelle entre leur foi et leur vision de l’entreprise.
L’encyclique Laudato si renouvelle la façon de concevoir l’écologie et les combats qu’elle implique etc.
Bref : il y a de multiples moyens pour chacun de se cultiver sur cette problématique si importante soulevée par nos textes ce Dimanche.

 

Qu’allez-vous décider, afin de devenir aussi habiles que « les enfants de ce monde » avec l’argent, mais en agissant en « enfants de la lumière » ?

 


[1]. Eloi LECLERC, François d’Assise, Desclée de Brouwer, 1981.

[2]. Émile POULAT, Pensée chrétienne et vie économique, Lettre du Centre Lebret no 155-157, Paris, 1987.

[3]. Les documents récents les plus marquants sont la Lettre pastorale des évêques américains, Justice économique pour tous, Documentation Catholique no 1942, 2 Juin 1987; et le document de la Commission sociale de l’épiscopat français, Face au défi du chômage, Créer et Partager, Documentation Catholique no 1943, 21 Juin 1987.

[4]. cf. Michel FALISE, Une pratique chrétienne de l’économie, Le Centurion, Paris, 1985.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
Contre ceux qui « achètent le faible pour un peu d’argent » (Am 8, 4-7)

Lecture du livre du prophète Amos

Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » Le Seigneur le jure par la Fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits.

PSAUME
(Ps 112 (113), 1-2, 5-6, 7-8)
R/ Louez le nom du Seigneur : de la poussière il relève le faible. ou : Alléluia ! (Ps 112, 1b.7a)

Louez, serviteurs du Seigneur,
louez le nom du Seigneur !
Béni soit le nom du Seigneur,
maintenant et pour les siècles des siècles !

Qui est semblable au Seigneur notre Dieu ?
Lui, il siège là-haut.
Mais il abaisse son regard
vers le ciel et vers la terre.

De la poussière il relève le faible,
il retire le pauvre de la cendre
pour qu’il siège parmi les princes,
parmi les princes de son peuple.

DEUXIÈME LECTURE
« J’encourage à faire des prières pour tous les hommes à Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 1-8)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, j’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. Cette prière est bonne et agréable à Dieu notre Sauveur, car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. Aux temps fixés, il a rendu ce témoignage, pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’apôtre – je dis vrai, je ne mens pas – moi qui enseigne aux nations la foi et la vérité. Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en élevant les mains, saintement, sans colère ni dispute.

ÉVANGILE
« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » (Lc 16, 1-13)
Alléluia. Alléluia. Jésus Christ s’est fait pauvre, lui qui était riche, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Alléluia. (cf. 2 Co 8, 9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le convoqua et lui dit : ‘Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.’ Le gérant se dit en lui-même : ‘Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.’ Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : ‘Combien dois-tu à mon maître ?’ Il répondit : ‘Cent barils d’huile.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.’ Puis il demanda à un autre : ‘Et toi, combien dois-tu ?’ Il répondit : ‘Cent sacs de blé.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu, écris 80’.
Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.

Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande. Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »
Patrick BRAUD

11 février 2018

Cendres : soyons des justes illucides

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

Cendres : soyons des justes illucides 


Homélie pour le Mercredi des Cendres / Année B
14/02/2018

Cf. également :

Déchirez vos cœurs et non vos vêtements
Mercredi des cendres : de Grenouille à l’Apocalypse, un parfum d’Évangile
La radieuse tristesse du Carême
Carême : quand le secret humanise
Mercredi des Cendres : 4 raisons de jeûner
Le symbolisme des cendres
Toussaint : le bonheur illucide
Le Magnificat de l’Assomption : exalter / exulter


Matriona ou la non-remarquée des hommes

La_maison_de_Matriona_et_autres_recits avenir dans Communauté spirituelleUn village perdu de l’ex-URSS. Une femme âgée vivait là, dans une cabane misérable, apparemment seule avec ses animaux. Alexandre Soljenitsyne raconte que dans l’été 1953, de retour d’exil, sans attache et sans le sou, il trouve un petit emploi de professeur de mathématiques en Russie. Dans le village, une vieille femme – Matriona – accepte de l’héberger, plus pour lui rendre service qu’autre chose. L’auteur nous raconte la vie misérable de Matriona, et le terme accidentel de son existence : la brave femme encaisse tous les travers et n’agit que pour aider son prochain. Le livre : « la maison de Matriona » s’achève par cette phrase superbe : « … elle n’avait pas accumulé d’avoir pour le jour de sa mort. Une chèvre blanc sale, un chat bancal, des ficus… Et nous tous qui vivions à ses côtés, n’avions pas compris qu’elle était ce juste dont parle le proverbe et sans lequel il n’est village qui tienne. Ni ville. Ni notre terre entière. »
Au milieu de ce village se tenait cette vieille femme, Matriona, que personne ne connaissait vraiment, mais qui pourtant soutenait le village à bout de bras de manière  invisible, sans même en avoir conscience …

Cela rejoint l’étonnement d’un ami devant cette phrase de notre évangile du Mercredi des Cendres (Mt 6, 1-6.16-18) : « que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Comment oublier ce que je fais de bien et pourquoi ? Tout le passage d’évangile est d’ailleurs basé sur ce leitmotiv : « ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer ». Jusqu’à s’inclure soi-même dans ceux devant qui il est inutile de briller par sa générosité : « que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite ».

Toussaint : le bonheur illucide dans Communauté spirituelle 9782020251556FSOn peut appeler illucide [1] le juste qui accomplit sa justice sans comptabiliser pour lui-même, sans même en être conscient. Le juste illucide ne tient pas la liste des personnes secourues, ni des aides accordées. Il oublie le bien qu’il fait au moment même où il l’accomplit.

On peut penser à l’industriel allemand Schindler qui se met à sauver des juifs dans son usine en 39-45 sans trop réfléchir. Le film « La liste de Schindler » a immortalisé cette démarche presque naïve, car sans aucun repli sur elle-même. Si vous allez d’ailleurs au mémorial de Yad Vashem en Israël, vous verrez le nom de Schindler parmi des milliers d’autres justes. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Les vrais justes sont connus de Dieu plus que des hommes.

Cela rejoint le thème du bonheur illucide déjà rencontré pour la fête de Toussaint avec les Béatitudes. Les pauvres sont heureux parce qu’ils possèdent le Royaume des cieux, mais ils ne le savent pas. De même pour les doux, les assoiffés de justice, les artisans de paix…

Le bonheur comme la justice ne se possèdent pas. Leur illucidité est la conséquence de cette non-possession. Comme le disait Jeanne d’Arc à ses juges qui lui demandaient si elle était en état de grâce : « Si je ne suis pas, Dieu m’y mette. Si j’y suis, Dieu m’y mette ». Autrement dit : il ne me revient pas de savoir si je suis heureux ou juste. Cela appartient à Dieu seul. Il me revient par contre de ne pas m’attacher à mes œuvres, de ne pas comptabiliser mes bonnes actions, jusqu’à ignorer même ce que j’aurais pu faire de bien.

D’où la surprise promise par Jésus lors du jugement dernier (Mt 25). « Comment ? Je t’ai vu nu et je t’ai habillé ? En prison et je t’ai visité ? Mais où et quand l’ai-je fait ? » C’est donc que le juste ne peut pas fournir la liste de ses dons et de ses visites. Il est étonné, car sa main gauche ignore ce que fait sa main droite.

Nous connaissons tous de ces personnes qui rayonnent d’une grande bonté sans s’en apercevoir. Elles le font quasi naturellement, sans calcul, sans stratégie. Elles irradient sans compter. Être reconnues des hommes leur importe peu, car elles ne le font pas pour cela, et n’ont d’ailleurs pas conscience de le faire.

L’humilité évangélique est elle aussi illucide, comme le notait Luther avec finesse :

« La vraie humilité ne sait jamais qu’elle est humble, car, si elle le savait, elle tirerait orgueil de la contemplation de cette belle vertu : au contraire, elle s’attache par le cœur, les pensées et tous les sens aux choses viles: elle les a sans relâche devant les yeux; c’est là l’image dont elle est pleine, et parce qu’elle a ces choses sous les yeux, elle ne peut pas se voir elle-même ni s’apercevoir qu’elle existe, et encore moins prendre conscience des choses élevées : c’est pourquoi, l’honneur et l’élévation lui échoient forcément à l’improviste et la surprennent forcément dans des pensées tout à fait étrangères à l’honneur et à l’élévation : c’est là ce que dit Luc .
La fausse humilité, en revanche, ne sait jamais qu’elle est orgueil (car, si elle le savait, elle deviendrait vite humble à la vue de ce vilain défaut); au contraire, elle s’attache par le cœur, la pensée et les sens aux choses élevées et les tient sans relâche sous ses yeux. » (Commentaire du Magnificat).

Ainsi l’Esprit de Dieu en Marie l’entraînait à exalter/exulter, sans même s’en rendre compte : son Magnificat jaillit sans retenue, exprimant le fond de son être, en toute humilité.

 

Pourquoi ignorer ce que je fais de bien ?

Tout simplement parce que la gratuité est au cœur du salut offert en Jésus-Christ. Ce n’est pas à la force du poignet que je pourrai me hisser à la sainteté du Christ : c’est un cadeau offert sans condition. Ce n’est pas en accumulant les bonnes œuvres que j’obtiendrai mon passeport vers la vie éternelle : il me suffit de croire et d’accueillir, comme le criminel crucifié à la droite de Jésus.

Si l’amour de Dieu est gratuit, alors je n’ai pas à le mériter, ni même à chercher à le mériter. J’arriverai devant Dieu au terme de ma vie « les mains vides » comme l’écrivait Thérèse de Lisieux.

 

Comment arriver à cette illucidité ?

Elle viendra comme conséquence et non un but atteint. Libéré de l’obsession d’être juste par mes propres forces, je peux me recentrer sur l’expérience de l’amour inconditionnel. Et si je laisse cette gratuité m’habiter au point de devenir intime, plus intime que le fait de respirer ou de faire battre mon cœur – activités ordinairement illucides s’il en est – alors, sans effort, cette gratuité se répandra dans tous les actes comme le sang dans l’organisme, au point de ne plus savoir ce que je fais de bien, car aucune comptabilité n’est nécessaire.

 

Nous sommes tous des soldats inconnus

Les saints authentiques ne savent pas eux-mêmes qu’ils vivent en odeur de sainteté – comme dit la sagesse populaire – car ce n’est pas cela qui les intéresse. Ils n’agissent pas pour obtenir une récompense des hommes, mais « Dieu le leur rendra »  comme dit Jésus, sans qu’on sache ni comment ni quand.

Anne Frank, Etty Hillesum, Irena Sendler sont trois jeunes femmes qui ont vécu l’horreur nazie, à Amsterdam ou Varsovie. Nous reconnaissons en elles aujourd’hui des figures d’humanité absolument remarquables. Mais à leur époque, elles passèrent inaperçues. Sans le journal intime d’Anne ou d’Etty, sans l’enquête d’historiens postcommunistes pour Irena, jamais nous n’aurions distingué leur justice. Elles s’en moquaient d’ailleurs. Ce n’est qu’après coup, une fois leur visage évanoui, que nous avons pris conscience de leur sainteté. Il y en a sans doute des milliers d’autres, oubliés des hommes, connus de Dieu.

Cendres : soyons des justes illucides dans Communauté spirituelle known-unto-god_dsc_0290Dans les cimetières militaires aux milliers de croix impeccablement alignées, les tombes de soldats inconnus anglais portent justement cette épitaphe : known unto God (connu de Dieu seul). À ce titre, nous sommes chacun ce soldat inconnu des hommes, connu de Dieu seul. « Mieux vaut compter sur Dieu que de s’appuyer sur des mortels », chantaient déjà les psaumes (Ps 118,8).

Les justes n’agissent pas pour être remarqués des hommes. Ils laissent simplement déborder l’amour reçu. Ils s’appuient sur Dieu seul, et Dieu seul sonde les reins et les cœurs. Les généreux, les solidaires ne calculent pas leur déduction fiscale : ils donnent  comme la rose fleurit, sans pourquoi. Les partageux ignorent ce que donne leur main droite, car leur attention est ailleurs.

Ne cherchons donc pas à devenir ces justes illucides dont parle Jésus. Cela nous sera donné, par surcroît, lorsque justement nous aurons cessé de vouloir être justes.

Car il suffit d’accueillir…

 


[1] . Lucide = qui a conscience, qui juge, voit clairement, objectivement les choses dans leur réalité (Larousse). Vient du latin lux, lucis = lumière (élucider = mettre en plein lumière). Illucide = qui n’a pas conscience de lui-même.

 

 

 

PREMIÈRE LECTURE
« Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements » (Jl 2, 12-18)

Lecture du livre du prophète Joël

Maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière lui sa bénédiction : alors, vous pourrez présenter offrandes et libations au Seigneur votre Dieu. Sonnez du cor dans Sion : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une fête solennelle, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre ! Entre le portail et l’autel, les prêtres, serviteurs du Seigneur, iront pleurer et diront : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple, n’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra-t-il qu’on dise : “Où donc est leur Dieu ?” »
Et le Seigneur s’est ému en faveur de son pays, il a eu pitié de son peuple.

PSAUME(50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17)

R/ Pitié, Seigneur, car nous avons péché ! (cf. 50, 3)

Pitié pour moi, mon Dieu,
dans ton amour, selon ta grande miséricorde,
e
fface mon péché.

Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.
Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.

Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.
Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.

Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint.
Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne.
Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.

DEUXIÈME LECTURE
« Laissez-vous réconcilier avec Dieu. Voici maintenant le moment favorable » (2 Co 5, 20 – 6, 2)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu. En tant que coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui. Car il dit dans l’Écriture: Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut.

ÉVANGILE

« Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6, 1-6.16-18)
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.
Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur.
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (cf. Ps 94, 8a.7d)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.

Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. »
Patrick BRAUD

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1 janvier 2018

ÉPIPHANIE : Êtes-vous fabophile ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

ÉPIPHANIE : Êtes-vous fabophile ?


Homélie pour la fête de l’Épiphanie / Année B
07/01/2018

Cf. également :

Épiphanie : l’économie du don
Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?
Le potlatch de Noël
Épiphanie : qu’est-ce que l’universel ?
L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture
L’inquiétude et la curiosité d’Hérode
Éloge de la mobilité épiphanique
La sagesse des nations


Ingrédients pour recette épiphanique…


Êtes-vous fabophile ?
Cette fête de l’Épiphanie pourrait vous y inciter…
Fabophile se dit de quelqu’un qui collectionne les fèves, et il y a des passionnés !
* Mais pourquoi les fèves vont-elles bien avec l’Épiphanie ?

Il faut se souvenir qu’à Rome, en Janvier, on fêtait les Saturnales.
Le peuple élisait pour ces festivités
un roi de dérision, pris parmi les esclaves ou les criminels, le roi d’un jour. On l’élisait en votant comme on le faisait pour les votes romains : en déposant une fève dans l’urne.
Fève blanche pour le oui, fève noire pour le non (ça pourrait re-servir dans les prochaines élections…).
Les chrétiens des premiers siècles ont essayé d’évangéliser ces fêtes païennes : l’Épiphanie remplace les Saturnales, la fève sert désormais à ‘tirer les rois’.

ÉPIPHANIE : Êtes-vous fabophile ? dans Communauté spirituelle fc3a8vesLe symbolisme de cette fève est d’ailleurs rehaussé du fait que c’est la première légumineuse récoltée dans le jardin, annonçant la renaissance du printemps. Et regardez bien une bonne fève de chez nous (celle qu’on mange en ‘croque au sel’ !), vous verrez qu’elle a la forme… d’un embryon ! Le lien avec l’enfant de la crèche, ou la renaissance de Pâque qu’annonce Noël, est alors troublante… Les Égyptiens n’appelaient pas d’ailleurs leurs cimetières des ‘cimetières’ (‘dortoirs’ en grec), mais des « champs de fèves » : les corps déposés-là étaient comme des embryons attendant la renaissance…

I-Moyenne-22043-feve-aguadulce-a-tres-longue-cosse-ab.net encens dans Communauté spirituelleReste que cette fève, maintenant remplacée par du plastique ou de la porcelaine, est glissée dans le fameux gâteau de l’Épiphanie, frangipane ou couronne briochée.
Pour que le partage soit équitable, le plus jeune de la famille se glisse sous la table et désigne le nom de chacun lorsqu’on lui demande : « c’est pour qui ? ». Le petit dernier des enfants attend ce moment avec bonheur. Sans compter la part du pauvre, qu’il fallait garder intacte, au cas où…

L’Épiphanie, c’est un peu tout cela, et bien plus encore !
Les coutumes populaires sont précieuses pour ne pas perdre le goût de chaque fête… La foi a besoin de cette culture populaire, de ces coutumes familiales, pour ne pas devenir élitiste, car l’Épiphanie, c’est le Christ manifesté à tous !

Continuons dans notre visite des incontournables de l’Épiphanie
* Les 3 rois Mages par exemple !
Vous avez entendu l’Évangile : il n’est pas dit qu’ils soient rois, ni qu’ils soient trois, on dit seulement : « des mages venus d’Orient ».
Des mages :
pensez à
magique, magiciens… Ce sont les savants de l’époque, la NASA des païens. Tout savants qu’ils sont, ils viennent s’incliner devant l’enfant de la crèche.
L’Épiphanie, c’est la sagesse et la science humaine qui vivent en harmonie avec la foi.
La raison salue la foi et les 2 avancent ensemble…

 

- Puis, dans l’histoire, ces mages sont très vite devenus trois.

Parce qu’il y avait 3 cadeaux peut-être.

Sans doute aussi parce que à l’époque on pensait qu’il y avait 3 continents. Alors, pour signifier l’universalité de Noël, on a représenté toute l’humanité à travers ces 3 mages ; et la tradition a précisé : l’européen Melchior apportait l’or,  l’asiatique Gaspard apportait la myrrhe (l’Asie de l’époque recouvrait en gros la Turquie actuelle et au-delà : d’où un visage semblable à l’européen), l’Africain Balthasar apportait l’encens.

Aujourd’hui il faudrait représenter 5 Mages au moins, aux visages des 5 continents…


- Et ces 3 Mages sont devenus 3 rois.

Sans doute à partir du 9ème siècle, où les controverses entre le spirituel et le temporel devinrent épiques. Entre le Pape et les empereurs, la bataille était si rude que transformer les Mages en rois montrait bien que le pouvoir politique devait reconnaître ses limites devant le pouvoir spirituel…
L’Épiphanie devenait alors l’évangélisation du politique, qui se grandit en reconnaissant que cet enfant est plus grand que lui. 
Évangélisation non terminée…

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* Et les 3 cadeaux ?

Ils signifiaient sans doute que Jésus était bien le Messie annoncé par les Écritures.
Messie – Grand Prêtre, on lui offre de l’encens comme au Temple de Jérusalem.
Roi-Messie, on lui offre de l’or, présent royal.
Messie-Prophète, on lui offre la myrrhe, qui annonce prophétiquement l’embaumement de son corps après la Passion. Les baptisés qui regardent ces 3 coffrets sur les tableaux se souviennent alors que l’huile du baptême a fait d’eux aussi des prêtres, des prophètes et des rois.

Au temps des querelles des premiers siècles, on a vu également dans ces 3 présents la preuve que Jésus est bien vrai Dieu et vrai Homme. St Léon le Grand, pape du V° siècle, atteste :« ils offrent de l’encens comme à Dieu, de la myrrhe comme à l’homme, de l’or comme au roi, conscients d’honorer dans l’unité la nature divine et la nature humaine »- (1er Sermon pour Épiphanie).

Bref, ces 3 cadeaux, c’est la foi en Jésus vrai Dieu et vrai Homme, c’est notre triple dignité de baptisés, prêtres, prophètes et rois.
St Bernard avait un peu oublié tout cela au 12ème siècle ! Il écrivait : « ils offrirent de l’or à la Ste Vierge pour soulager sa détresse, de l’encens pour chasser la puanteur de l’étable, de la myrrhe pour fortifier les membres de l’enfant et pour expulser de hideux insectes » (cité dans la ‘Légende dorée’ de Jacques Voragine, 13ème siècle). Un micro-crédit, un désodorisant, un insecticide… ! Nos 3 cadeaux valent mieux que cela…

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* Un dernier mot sur l’étoile :

Elle représente la science astrologique d’alors, et aussi la croyance dans le destin écrit dans les astres. Or, en s’arrêtant à Jérusalem, l’étoile reconnaît avoir besoin de l’Écriture pour aller plus loin. À l’heure où nombre de citoyens se fient à leurs horoscopes, à leurs voyants et autres thèmes astraux, l’étoile de l’Épiphanie nous demande de considérer avec bienveillance la recherche des Mages modernes, qui cherchent Dieu à travers tous les savoirs et thérapies alternatives qui fleurissent aujourd’hui, et en même temps d’oser proposer l’Écriture comme révélation pour aller plus loin.
Mieux vaut chercher une étoile dans le ciel que de ne rien attendre de la vie ; mais quel dommage si personne ne propose à ces chercheurs de Dieu d’ouvrir la Bible pour aller plus loin que la seule sagesse humaine… !

 fabophile

Impossible de tout dire ! Il faudrait notamment parler de la date du 6 Janvier, du lien entre Noël – Épiphanie – Noces de Cana et Baptême du Seigneur… mais ce sera pour une autre fois !

Que cette belle fête de l’Épiphanie nous régale de la joie de Noël offerte à toute l’humanité…

 

 

LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« La gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is 60, 1-6)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur. 

PSAUME
(71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13)
R/ Toutes les nations, Seigneur,  se prosterneront devant toi. cf. 71,11

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

DEUXIÈME LECTURE
« Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse » (Ep 3, 2-3a.5-6)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, vous avez appris, je pense,  en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :  par révélation, il m’a fait connaître le mystère.  Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance  des hommes des générations passées,  comme il a été révélé maintenant  à ses saints Apôtres et aux prophètes,  dans l’Esprit.  Ce mystère,  c’est que toutes les nations sont associées au même héritage,  au même corps,  au partage de la même promesse,  dans le Christ Jésus,  par l’annonce de l’Évangile.  –

ÉVANGILE
Nous sommes venus d’Orient adorer le roi (Mt 2, 1-12)
Alléluia. Alléluia. Nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent.
Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

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