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3 novembre 2019

D’Amazonie monte une clameur

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

D’Amazonie monte une clameur

Homélie du 32° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
10/11/2019

Cf. également :

Mourir pour une côtelette ?
Aimer Dieu comme on aime une vache ?
N’avez-vous pas lu dans l’Écriture ?
Sur quoi fonder le mariage ?

document préparatoire synode Amazonie spiritualités païennes anticolonialismeAmazonie, Allemagne : de ces deux immenses régions du monde - l’une par sa taille, l’autre par son poids historique et économique - monte une immense clameur qui retentit jusqu’à Rome : donnez-nous la possibilité d’ordonner des hommes mariés et de confier des ministères ordonnés à des femmes ! Le synode de l’Amazonie qui s’est conclu au Vatican les 26 et 27 octobre dernier a remis au pape François cette demande express (avec d’autres demandes concernant l’écologie, la déforestation, les inégalités sociales etc.) : « établir des critères et des dispositions par l’autorité compétente, d’ordonner des prêtres appropriés et reconnus de la communauté qui ont un diaconat permanent fécond et reçoivent une formation adéquate pour le sacerdoce, pouvant avoir une famille légitimement constituée et stable, pour soutenir la vie de la communauté chrétienne par la prédication de la Parole et la célébration des sacrements dans les zones les plus reculées de la région amazonienne ». Ce Document final a recueilli 128 voix pour et 40 contre.

L’une des raisons de ce vote est la dispersion géographique des communautés chrétiennes dans l’immense territoire amazonien : beaucoup ne voient un prêtre qu’une fois par an, de passage. Sauf à dire que le ministère ordonné n’est pas essentiel à la croissance d’une communauté chrétienne, on voit mal comment cette situation pourrait durer sans compromettre l’avenir de cette Église particulière. D’autant que - et c’est la deuxième raison - la concurrence des évangéliques se fait pressante. Ils pourraient devenir majoritaires en quelques décennies si rien n’est décidé.

En Allemagne, c’est le départ massif des catholiques qui inquiète, suite notamment aux scandales sexuels. En 2018, 216078 catholiques ont quitté l’Église. Ordonner des hommes mariés est un enjeu de santé affective pour le clergé selon les Allemands. La place des femmes dans l’animation et la vitalité des paroisses/aumôneries etc. est si importantes que l’opinion publique ne comprend plus qu’elles soient exclues des ministères et donc des prises de décision au plus haut niveau de l’Église. Ordonner des femmes diacres serait pour une majorité d’Allemands une juste réponse à la légitime aspiration à l’égalité hommes/femmes.

À vrai dire, il n’y a pas que l’Amazonie et l’Allemagne pour désirer une réforme des ministères ordonnés et du gouvernement de l’Église…

La dispute de Jésus avec les Sadducéens en ce dimanche peut nous aider à réfléchir sur cette brûlante question d’actualité. Bien sûr la pointe de cette controverse porte sur la résurrection des morts. Mais au passage, nous en apprenons beaucoup sur le statut conjugal et son avenir en Dieu. En nous appuyant sur ce texte, développons un raisonnement en trois temps : le mariage dit l’intensité de l’amour divin ; le célibat annonce l’universalité de cet amour ; les ministères ordonnés ont donc besoin des deux.

 

1. Le mariage dit l’intensité de l’amour divin.

page_le_mariageDe la création du monde au Cantique des cantiques, l’alliance homme/femme s’enracine dans la communion d’amour trinitaire. C’est ensemble et diiférents que l’homme et la femme sont « à l’image de Dieu », l’Unique et le Tout-Autre (d’où d’ailleurs la réticence biblique envers l’homosexualité qui ne peut porter cette symbolique d’altérité). Parce qu’ils sont différents et pourtant appelés à s’unir, l’homme et la femme dans le mariage disent quelque chose de cette intensité de relation qui unit le Père au Fils dans l’Esprit. Saint Paul élèvera cette union au rang de mystère (mysterion en grec = sacramentum en latin), c’est-à-dire de symbole désignant et rendant présent l’amour qui unit le Christ à son Église :

« C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne seront qu’une seule chair. Ce mystère est grand : moi, je déclare qu’il concerne le Christ et l’Église » (Ep 5,31-32).

L’incarnation de l’amour divin dans le couple est si forte qu’elle débouche naturellement sur la fécondité. Être ensemble à l’image de Dieu se traduit naturellement par cette générosité divine de donner la vie. D’où la loi du lévirat (Dt 25, 5-10) que les Sadducéens utilisent fort habilement dans l’Évangile de ce dimanche pour tendre un piège à Jésus. Laisser la femme de son frère sans enfant après son veuvage serait un affront, une humiliation, reléguant la veuve à une grande précarité matérielle et sociale. Le frère se devait donc autrefois d’assurer une descendance à la femme du défunt. Après sept tentatives infructueuses, le piège est alors en place : à la résurrection des morts, de qui cette femme sera-t-elle l’épouse puisqu’elle a eu les sept comme mari ? La réponse de Jésus est très claire : 

« Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. »

Autrement dit, le mariage est pour ici-bas. Le mariage est un sacrement de l’amour divin qui s’arrête avec la mort, ou plutôt qui sera transfiguré à travers la mort. Il ne peut donc être absolutisé. Il a besoin de l’autre état de vie - le célibat - pour signifier la plénitude de l’amour. Car la limite de l’amour humain est de devoir privilégier une relation (et une seule à la fois de préférence !) pour atteindre cette intensité. Or l’amour divin ne se limite pas à un seul peuple, ni au roi seul, ni même aux seuls juifs ou chrétiens. Il faut donc qu’une autre manière d’aimer signifie cette ouverture à tous que le mariage ne peut porter.

 

2. Le célibat annonce l’universalité de l’amour divin.

Le Célibat religieuxViendra un temps où il n’y aura plus besoin de privilégier une relation pour aimer.

Pour annoncer le monde de la résurrection, certain(e)s restent célibataires, afin de témoigner de notre espérance en un monde où « Dieu sera tout en tous » (1Co 15,28). Le célibat de Jésus - anormal pour un juif d’une trentaine d’années, rabbin de surcroît - puise ses racines dans son espérance en la résurrection. Signe eschatologique, le célibat conteste la prétention du mariage à épuiser la réalité de l’amour par sa conjugalité et sa fécondité. Il annonce un monde où il n’est plus besoin d’exclure pour aimer, d’engendrer pour survivre. D’ici là, le mariage symbolise la puissance de l’amour trinitaire, et lutte contre l’extinction de la famille humaine à travers l’engendrement de ses enfants.

Mariage et célibat ont besoin l’un de l’autre : le premier atteint une telle intensité – corporelle surtout - qu’il rend présent le feu de l’amour divin ; le second atteint une telle universalité qu’il empêche le lien amoureux de s’enclore sur lui-même. Le célibat annonce un monde où l’intensité de toutes les relations sera élevée à l’intensité amoureuse, et même mille fois au-delà !

 

3. Les ministères ordonnés ont besoin des deux.

Quelle est la finalité des ministères ? C’est d’ordonner l’Église au Christ, collectivement et personnellement. C’est-à-dire de permettre à l’épouse (l’Église) d’être unie à l’Époux (le Christ) comme le corps à sa tête, selon une équation du type :

diacres/prêtres/évêques  Ξ     Christ

assemblée (ekklèsia)                Église

pere yuriy et sa famille petit

C’est un rapport d’équivalence et non d’identité : les ministres ne sont pas le Christ (ni d’autres christs) mais permettent à l’assemblée (dont ils font partie) de s’éprouver comme unie au Christ. Comme ce lien est d’amour, les ministres mariés signifient l’intensité de cette communion (dans le lien mariage/eucharistie par exemple), alors que les ministres célibataires rappellent l’universalité de ce lien, et la nécessaire ouverture à tous (catholicité) de l’assemblée.

Les orthodoxes ont gardé la tradition la plus ancienne : clergé marié et clergé célibataire coexistent (non sans tension parfois) depuis 2000 ans. Les protestants ont abandonné la sacramentalité du ministère pour en faire une simple fonction ; c’est pourquoi ils ont moins de mal à instituer des pasteurs mariés, des femmes pasteurs ou diaconesses. Si l’Église catholique franchissait le pas d’ordonner prêtres des hommes mariés/célibataires, et diaconesse des femmes mariées/célibataires, ce ne serait finalement que le retour à la tradition la plus ancienne, que l’Occident a infléchi au Moyen Âge pour des raisons essentiellement économiques (les problèmes liés à l’héritage des clercs !) mais pas de manière irréversible. D’ailleurs, les prêtres mariés des Églises catholiques de rite oriental (maronites, melkites etc. au Liban et ailleurs) en témoignent avec noblesse depuis toujours.

En outre, ce serait une autre manière d’annoncer le monde de la résurrection cher à Jésus. Car, comme le rappelle saint Paul : « en Christ, il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni l’homme ni la femme » (Ga 3,28). Ces distinctions sont pour un temps seulement ; elles seront abolies dans le monde à venir. Anticiper cette espérance en conjuguant mariage/célibat, masculin/féminin au sein de tous les ministères serait un témoignage très fort rendu à la résurrection !

 

4. Pour que les brebis du Christ ne meurent pas de faim…

Un dernier argument pour l’ordination d’hommes (et de femmes) mariés pourrait venir… du Concile de Trente ! En effet, ce concile au XVI° siècle a réaffirmé la célébration en latin (et non en langue vernaculaire) pour l’Occident - à l’exception notable des Églises ayant déjà l’autorisation de célébrer en langue locale - . Pourtant, il a introduit l’obligation pour les prêtres d’expliquer fréquemment en langue locale au cours de la messe et même de prononcer l’homélie en cette langue. L’argument était le besoin des fidèles de se nourrir des paroles de la messe et de ses lectures bibliques :

Bien que la messe contienne un grand enseignement pour le peuple fidèle, il n’a pas cependant paru bon aux pères qu’elle soit célébrée çà et là en langue vulgaire. C’est pourquoi, tout en gardant partout le rite antique propre à chaque Église et approuvé par la sainte Église romaine, Mère et maîtresse de toutes les Églises, pour que les brebis du Christ ne meurent pas de faim et que les petits ne demandent pas du pain et que personne ne leur en donne (Lm 4,4), le saint concile ordonne aux pasteurs et à tous ceux qui ont charge d’âme de donner quelques explications fréquemment, pendant la célébration des messes, par eux-mêmes ou par d’autres, à partir des textes lus à la messe, et, entre autres, d’éclairer le mystère de ce sacrifice, surtout les dimanches et les jours de fête. (Concile de Trente, 22° session, ch8 n° 1749&1759)

Ce même argument vaut pour l’Amazonie aujourd’hui : pour que les brebis du Christ ne meurent pas de faim, pour que les communautés ne demandent le pain eucharistique sans que personne leur en donne, il est urgent d’ordonner des prêtres parmi les hommes mariés de ces communautés, afin qu’elles puissent baptiser, se nourrir de l’eucharistie et assumer leur croissance numérique et spirituelle.

D’Amazonie monte une clameur dans Communauté spirituelle

Le pape François donnera sa réponse vers Noël ou au printemps 2020 : prions pour qu’il entende la clameur qui monte des fidèles d’Amazonie, d’Allemagne et d’ailleurs, avant qu’ils ne se détournent de l’Église catholique, engendrant une déforestation ecclésiale dramatique…

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle » (2 M 7, 1-2.9-14)

Lecture du deuxième livre des Martyrs d’Israël

En ces jours-là, sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiocos voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite. L’un d’eux se fit leur porte-parole et déclara : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. » Le deuxième frère lui dit, au moment de rendre le dernier soupir : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. » Après cela, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver. » Le roi et sa suite furent frappés de la grandeur d’âme de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances. Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices. Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. »

 

PSAUME
(Ps 16 (17), 1ab.3ab, 5-6, 8.15)

R/ Au réveil, je me rassasierai de ton visage, Seigneur. (Ps 16, 15b)

Seigneur, écoute la justice !
Entends ma plainte, accueille ma prière.
Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit,
tu m’éprouves, sans rien trouver.

J’ai tenu mes pas sur tes traces,
jamais mon pied n’a trébuché.
Je t’appelle, toi, le Dieu qui répond :
écoute-moi, entends ce que je dis.

Garde-moi comme la prunelle de l’œil ;
à l’ombre de tes ailes, cache-moi,
Et moi, par ta justice, je verrai ta face :
au réveil, je me rassasierai de ton visage.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Que le Seigneur vous affermisse « en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien » (2 Th 2, 16 – 3, 5)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien. Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous. Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais, car tout le monde n’a pas la foi. Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal. Et, dans le Seigneur, nous avons toute confiance en vous : vous faites et continuerez à faire ce que nous vous ordonnons. Que le Seigneur conduise vos cœurs dans l’amour de Dieu et l’endurance du Christ.

 

ÉVANGILE

« Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Lc 20, 27-38)
Alléluia. Alléluia.Jésus Christ, le premier-né d’entre les morts, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Alléluia. (Ap 1, 5a.6b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, quelques sadducéens – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus et l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a prescrit : Si un homme a un frère qui meurten laissant une épouse mais pas d’enfant,il doit épouser la veuvepour susciter une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; de même le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »
Jésus leur répondit : « Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »
Patrick BRAUD

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16 juin 2019

Bénir en tout temps en tout lieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 42 min

Bénir en tout temps en tout lieu

 

Homélie pour la fête du Saint Sacrement, Corps et sang du Christ / Année C
23/06/2019

Cf. également :

Les deux épiclèses eucharistiques
Les trois blancheurs
Comme une ancre jetée dans les cieux
Boire d’abord, vivre après, comprendre ensuite
De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?
Donnez-leur vous-mêmes à manger
Impossibilités et raretés eucharistiques
Je suis ce que je mange
L’eucharistie selon Melchisédech
2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie

 

La bénédiction, moteur de l’action juive et chrétienne

Dans l’évangile de ce dimanche (Lc 9, 11b-17), Jésus accomplit le geste à la fois liturgique et familial de la bénédiction avant le repas : « Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit… ».

Bénir en tout temps en tout lieu dans Communauté spirituelleUne légende juive illustre le pouvoir qu’induit la bénédiction (berakah en hébreu) sur le monde [1]. Elle raconte qu’au moment de la création du monde, les 22 lettres de l’alphabet hébreu vinrent une à une supplier l’Éternel de créer l’univers par elles.

Après que les revendications de toutes ces lettres eurent été rejetées s’approcha du Saint – Béni soit-Il – la lettre Bet (B) qui Lui fit cette prière : « Seigneur de l’univers ! Crée le monde, je T’en prie, par moi – pour que tous les habitants du monde puissent Te louer chaque jour par moi, comme il est dit : Béni soit le Seigneur chaque jour à jamais. Amen. Amen ! Le Saint, Béni soit-Il, accueillit aussitôt la demande de Bet, et il dit : « Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur ». Et il créa le monde au moyen de Bet, comme il est écrit : « Bereshit Dieu créa le ciel et la terre ». Une seule lettre s’était abstenue de faire des revendications : c’était la lettre ’Alef (A), la petite. Dieu l’en récompensa plus tard : il la plaça en tête du Décalogue.

Le sens de cette parabole de l’alphabet est clair : le monde a été créé par Bet parce que c’est l’initiale du mot berakah (bénédiction). Une façon de dire que le monde s’appuie sur la berakah : elle révèle l’identité du monde, et en entrouvre le sens à celui-là seul qui sait la prononcer. C’est pourquoi la tradition juive enjoint de prononcer une bénédiction en présence de toute réalité. Bénir Dieu traduit alors une connaissance fondamentale, un savoir radical, qui est le fondement et la condition épistémologique (epi-steme : un savoir au-dessus) des autres savoirs sur le monde et sur l’homme. C’est en quelque sorte la condition de possibilité de l’exploration humaine de l’univers, par l’intelligence et la pensée. Einstein s’en faisait l’écho lorsqu’il déclarait : « ce qui m’étonne, c’est que le monde soit intelligible ». La bénédiction célèbre la cohérence interne du créé, porté par l’amour de Dieu. « Sans la croyance qu’il est possible de saisir la réalité avec nos constructions théoriques – écrivait encore Einstein – sans la croyance en l’harmonie interne de notre monde, il ne pourrait pas y avoir de science. Cette croyance est et restera toujours le motif fondamental de toute création scientifique » [2].

 

Bénir Dieu, en tout temps et en tout lieu.

Le Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme nous rappelle que l’idéal du juif pieux est de réciter chaque jour 100 bénédictions… ! « Il est interdit de goûter quoi que ce soit avant de faire une bénédiction », dit le Talmud (Ber 35a). Pour se rendre compte de l’importance de cette pratique dans la vie quotidienne, il faut lire ce que le Talmud prescrit de réciter, depuis le lever du matin jusqu’au coucher du soir, en passant par toute la journée, et aussi en cas d’événements particuliers comme la maladie, le voyage ou la mort….

SAJ38-03 bénédiction dans Communauté spirituelleAinsi par exemple, avant de manger du pain, le fidèle doit dire : « Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, roi de l’univers, qui fais germer le pain de la terre » ;

avant de boire du vin : « Béni sois-tu… qui crées le fruit de la vigne »;
en regardant des épis de blé : « Béni sois-tu… qui crées la nourriture de la terre »;
quand on se parfume : « Béni sois-tu… qui crées les herbes parfumées »;
à l’approche du shabbat : « Béni sois-tu… qui nous as fait don du shabbat »;
en lisant la Torah : « Béni sois-tu… qui nous sanctifies par tes préceptes »;
en contemplant les collines, les montagnes et les fleuves : « Béni sois-tu… qui accomplis l’œuvre de la création »;
en découvrant l’océan : « Béni sois-tu,… toi qui as fait le grand océan »;
en construisant une nouvelle maison ou en en achetant le mobilier : « Béni sois-tu… lui nous as fait subsister et nous as fait arriver à ce moment »;
en revoyant un ami après trente jours : « Béni sois-tu… qui nous as gardés en vie et fait arriver jusqu’à ce jour »;
lorsqu’on rencontre un singe, un éléphant ou une chouette : « Béni sois-tu… qui rends les créatures si variées » etc…

Il existe même une bénédiction récitée à l’occasion des besoins physiologiques quand on va aux toilettes, et qui fait partie du Siddour (Livre de prières) : « Béni sois-tu… toi qui as formé l’homme avec sagesse et as créé en lui des orifices et des cavités. Il est bien évident devant ton trône glorieux que si l’un d’entre eux s’ouvrait ou se fermait, nul ne pourrait subsister et exister devant toi. Béni sois-tu, médecin de tout être créé, qui opères des prodiges ».

C’est justement parce que les bénédictions occupent, dans la tradition juive, une place si importante que leur est consacré le premier des trente (et plus) volumes du Talmud, tant babylonien que palestinien, les deux recueils de la science juive encyclopédique, rédigés aux environs des Vème et VIème siècles de l’ère chrétienne.

Cette coutume de réciter les bénédictions ne remonte pas seulement à un passé lointain, elle est encore vivante et bien actuelle, même chez bon nombre d’intellectuels. On raconte que S. Agnon (1888-1970), à l’annonce qu’il allait recevoir le prix Nobel, en 1966, a récité la bénédiction que voici : « Béni sois-tu… toi qui es bon et qui fais le bien »; et que, à la vue du roi de Suède, à l’occasion de la remise du prix, il prononça cette autre bénédiction : « Béni sois-tu… toi qui rends les mortels participants de ta gloire ». On raconte également qu’à l’École rabbinique de Paris, un orage ayant éclaté au moment où il donnait son cours, le professeur abandonna précipitamment sa chaise et s’approcha de la fenêtre pour réciter cette bénédiction : « Béni sois-tu… toi dont la force et la puissance remplissent la création » [3].

 

Genou

toddler girl sleeping on planeLe terme hébraïque de bénédiction (berakah) provient de la même racine que le terme bèrekh (genou), car le geste de plier le genou accompagnait la prière, les remerciements et les louanges adressées à Dieu (Is 45,23 : devant moi tout genou fléchira (// Rm 14,11); Ps 95,6 : à genoux devant YHWH qui nous a faits; Dn 6,11; 2 Ch 6,13… Cf. Mc 15,19 et l’hommage des mages; Lc 5,8 : Pierre aux genoux de Jésus; Lc 22,41 : fléchissant les genoux, il priait en disant…; Ac 7,60; 9,40; 20,36; 21,5; Rm 11,4; Ep 3,14; He 12,12…). En ce sens, la berakah rejoint l’étymologie grecque d’eu-logia , et celle latine de bene-dictio : il s’agit, en ployant les genoux devant Dieu, de lui rendre toute gloire en disant du bien de lui, en proclamant tout le bien qu’il fait pour l’homme.

La racine hébraïque : ‘tenir sur ses genoux’ est l’expression corporelle traduisant la bénédiction. Bénir quelqu’un signifie lui exprimer, quasi-physiquement, la tendresse de Dieu pour lui, comme une mère chérit son nouveau-né sur ses genoux (Gn 30,3; 50,23), selon la promesse transmise par Isaïe : « Vous serez nourris, portés sur la hanche ; vous serez choyés sur ses genoux » (Is 66,12).

 

Nappe d’eau

Berekah veut également dire ‘nappe d’eau’, près de laquelle on s’agenouille pour boire. La bénédiction est un don, et l’expression et la reconnaissance de ce don par la parole. On peut faire ici une distinction entre bénédiction et action de grâces : on bénit Dieu pour lui-même, pour ce qu’il est, de même que Dieu le premier bénit l’œuvre de sa création (Cf. le leitmotiv de Gn 1 : et Dieu vit que cela était bon… Gn 1,22.28 : Dieu les bénit…); alors qu’on rend grâces à Dieu pour tel don bien précis reçu de lui (ex : le pharisien en Lc 18,11 : je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes…). Le bien qu’apporte la bénédiction n’est pas un objet précis, un don défini, parce qu’il n’est pas de l’ordre de l’avoir, mais de celui de l’être. Bénir, c’est dire le don créateur et vivifiant. Le terme le plus proche en français serait peut-être celui de louange, qui connote bien une notion de gratuité et de désintéressement : on loue Dieu pour lui-même.

La bénédiction, remontant du particulier au Dieu créateur, prend toujours une dimension universelle, tandis que l’action de grâces part d’un événement historique, ponctuel et précis, même si elle s’ouvre à l’infini de Dieu à partir de cet événement.

Les doxologies du Psautier représentent une forme développée de la bénédiction [4] : chacun des cinq livres du Psautier se termine par un tel cri de louange. Le livre I se termine par (Ps 41,13) : « Béni soit le Seigneur, Dieu d’Israël, depuis toujours et à jamais (litt : depuis le monde jusqu’au monde). Amen ! Amen ! » Le livre II par (Ps 72,18-19) : « Béni soit le Seigneur, Dieu d’Israël, qui seul fait des merveilles. Et béni soit à jamais son nom glorieux, que sa gloire remplisse toute la terre ! Amen ! Amen ! » Le livre III par (Ps 89,52) : « Béni soit le Seigneur à jamais ! Amen ! Amen ! » Le livre IV par (Ps 106, 49) : « Béni soit le Seigneur, Dieu d’Israël depuis toujours jusqu’à toujours ! Et tout le peuple dira : Amen, célébrez YHWH ! » Le livre V par le Ps 150, magnifique doxologie finale où culmine tout le mouvement de louange du Psautier.

Bénir des objets ?

51zeAR6DESL._SX331_BO1,204,203,200_ eucharistieCette bénédiction n’a rien de magique, contrairement aux invocations païennes sur les objets pour les ‘protéger’ des maléfices ou pour en faire une sorte de talisman. D’ailleurs, en rigueur de termes, c’est toujours quelqu’un et non quelque chose qui est béni.. La bénédiction s’adresse d’abord à Dieu, et ce, non pas pour qu’il envoie sa grâce sur nous ou sur nos biens, mais pour nous référer à lui-même comme la source de la vie et de l’amour, dans une perspective foncièrement désintéressée (Cf. Dn 3, 24-90 : la louange des trois enfants dans la fournaise). La formule la plus classique par laquelle commencent toutes les berakhot est : ‘Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, Roi de l’univers…’. Rien à voir donc avec une formule magique qui conférerait un pouvoir à des objets. On peut cependant remarquer que l’action de bénir a pour complément d’objet, sinon des choses, du moins des hommes (et Dieu en premier, mais au passif : béni sois-tu). En Gn 32, 26, Jacob implore cette bénédiction : « je ne te laisserai pas aller que tu ne m’aies béni ». La bénédiction paternelle accordée pour l’héritage ou le voyage des enfants s’applique de même à ceux qui sont l’objet de la sollicitude familiale.

L’habitude chrétienne de bénir des objets doit donc sérieusement se purifier en retrouvant la source de la berakah juive : Dieu le premier est béni, il nous bénit lui-même, et permet ainsi à l’homme de jouir de toutes les réalités créées, à l’intérieur de la relation d’Alliance et comme une réponse à cette Alliance, comme des signes de la tendresse et de l’amour de Dieu à notre égard.

 grâceLe Livre des Bénédictions de l’Église catholique, traduit en français en 1988, en garde la trace. Il est divisé en 6 grands chapitres, qui commencent, fort heureusement, par les bénédictions concernant directement les personnes, puis celles concernant les bâtiments et autres ouvrages; viennent ensuite celles concernant les objets du culte et les objets de dévotion populaire; puis celles liées aux fêtes et aux saisons, et enfin celles pour des nécessités et occasions diverses. Dans ce Livre des Bénédictions, l’Église met en garde contre des pratiques purement mécaniques dont on ne donnerait pas oralement l’interprétation : ‘Les signes extérieurs de bénédiction, et particulièrement le signe de la croix, sont eux-mêmes des manières de prêcher l’Évangile et d’exprimer la foi; mais afin d’assurer une participation active à la célébration et d’éviter tout danger de superstition, il n’est pas permis ordinairement de bénir quelque chose et ou quelque lieu que ce soit par le signe seul de la bénédiction, sans l’accompagner en même temps de la Parole de Dieu ou de quelque prière’ .

Le danger de s’attacher à des détails sans importance est un problème constant de la religion. Le fait que les Grecs aient appelé ‘phylactères’ (amulettes) les tefillin des juifs montre, par exemple, que certaines personnes (des Gentils peut-être) attribuaient une puissance particulière à ces étuis contenant des textes sacrés. S’il est extrêmement important de répondre au besoin qu’ont les êtres humains de symboles et de gestes, les responsables de communautés religieuses doivent constamment veiller contre la tendance, chez le peuple, à attribuer une puissance particulière aux signes extérieurs eux-mêmes. Tout comme le bon roi Ezéchias dut détruire le serpent de bronze Nehushtan qu’avait fait Moïse (2 R 18,4; cf. Nb 21,9), les responsables religieux doivent, à chaque génération, purifier la foi de leurs communautés. « Les richesses de cette tradition biblique intégrées dans les cérémonies et rituels de ce Livre des Bénédictions devraient amener les fidèles catholiques à reconnaître toujours davantage l’amour et l’action de Dieu dans leur vie. » [5]

La bénédiction sacerdotale de Nb 6, 24-26 toujours en vigueur exprime cela mieux que toute autre : « Que le Seigneur vous bénisse et vous garde; que le Seigneur fasse luire sa face sur vous et vous soit favorable; que le Seigneur fasse lever sur vous son visage et vous apporte la paix ! »

 

Une vie eucharistique

La bénédiction que Jésus fait sur le pain et le vin en ce dimanche du Saint Sacrement peut devenir la nôtre : bénir, dire du bien en tout temps en tout lieu, de Dieu, de la Création, de nos proches, de nos collègues… Voilà une existence authentiquement eucharistique !

 


[1]. Cf. DI SANTE C., Le sens de la berakha juive, in SIDIC XXVI/1, 1993, pp 42-45.
[2]. EINSTEIN A. / INFELD L., L’évolution des idées en physique, Flammarion, coll. Champs n° 119, Paris, 1983, p. 276.
[3]. Cf. DI SANTE C., op. cit., pp. 11-12.
[4]. Cf. LOEWE H., Le concept juif de bénédiction, in SIDIC XXVI/1, 1993, 2-10.
[5]. FRIZZELL L.E., Réflexions sur le nouveau Livre Catholique des Bénédictions, in SIDIC XXVI/1, 1993, 18.

 

Lectures de la messe

Première lecture
Melkisédek offre le pain et le vin (Gn 14, 18-20)

Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, Melkisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu très-haut. Il bénit Abram en disant : « Béni soit Abram par le Dieu très-haut, qui a fait le ciel et la terre ; et béni soit le Dieu très-haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abram lui donna le dixième de tout ce qu’il avait pris.

Psaume

(Ps 109 (110), 1, 2, 3, 4)
R/ Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melkisédek.
(cf. Ps 109, 4)

Oracle du Seigneur à mon seigneur :
« Siège à ma droite,
et je ferai de tes ennemis
le marchepied de ton trône. »

De Sion, le Seigneur te présente
le sceptre de ta force :
« Domine jusqu’au cœur de l’ennemi. »

Le jour où paraît ta puissance,
tu es prince, éblouissant de sainteté :
« Comme la rosée qui naît de l’aurore,
je t’ai engendré. »

Le Seigneur l’a juré
dans un serment irrévocable :
« Tu es prêtre à jamais
selon l’ordre du roi Melkisédek. »

Deuxième lecture
« Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

Séquence

Cette séquence (ad libitum) peut être dite intégralement ou sous une forme abrégée à partir de : « Le voici, le pain des anges ».
Sion, célèbre ton Sauveur, chante ton chef et ton pasteur par des hymnes et des chants.
Tant que tu peux, tu dois oser, car il dépasse tes louanges, tu ne peux trop le louer.
Le Pain vivant, le Pain de vie, il est aujourd’hui proposé comme objet de tes louanges.
Au repas sacré de la Cène, il est bien vrai qu’il fut donné au groupe des douze frères.
Louons-le à voix pleine et forte, que soit joyeuse et rayonnante l’allégresse de nos cœurs !
C’est en effet la journée solennelle où nous fêtons de ce banquet divin la première institution.
À ce banquet du nouveau Roi, la Pâque de la Loi nouvelle met fin à la Pâque ancienne.
L’ordre ancien le cède au nouveau, la réalité chasse l’ombre, et la lumière, la nuit.
Ce que fit le Christ à la Cène, il ordonna qu’en sa mémoire nous le fassions après lui.
Instruits par son précepte saint, nous consacrons le pain, le vin, en victime de salut.
C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang.
Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature.
L’une et l’autre de ces espèces, qui ne sont que de purs signes, voilent un réel divin.
Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces.
On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier.
Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître.
Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort.
Mort des pécheurs, vie pour les justes ; vois : ils prennent pareillement ; quel résultat différent !
Si l’on divise les espèces, n’hésite pas, mais souviens-toi qu’il est présent dans un fragment aussi bien que dans le tout.
Le signe seul est partagé, le Christ n’est en rien divisé, ni sa taille ni son état n’ont en rien diminué.

* Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens.
D’avance il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’agneau pascal immolé, par la manne de nos pères.
Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants.
Toi qui sais tout et qui peux tout, toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous ton héritage, en compagnie de tes saints. Amen.

Évangile
« Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés » (Lc 9, 11b-17)
Alléluia. Alléluia.
Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel, dit le Seigneur ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Alléluia. (Jn 6, 51)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus parlait aux foules du règne de Dieu, et guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. » Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. » Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. » Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.
Patrick BRAUD

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28 mai 2018

Les deux épiclèses eucharistiques

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Les deux épiclèses eucharistiques


Homélie pour la fête du Corps et du Sang du Christ / Année B
03/06/2018

Cf. également :

Les trois blancheurs
Emmaüs : mettre les 5 E dans le même panier
Comme une ancre jetée dans les cieux
Boire d’abord, vivre après, comprendre ensuite
De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?
Donnez-leur vous-mêmes à manger
Impossibilités et raretés eucharistiques
Je suis ce que je mange
L’eucharistie selon Melchisédek
 

- « Elle était bien, votre messe, M. l’Abbé ! »
Le paroissien enthousiaste croit faire plaisir au prêtre qui présidait l’eucharistie de dimanche.
Une autre paroissienne renchérit :
- « J’aime bien quand c’est vous qui célébrez. »
La mine renfrognée, le prêtre se dit qu’il est temps de se lancer dans une catéchèse solide  sur l’eucharistie… Car qui célèbre, sinon l’Église tout entière ? Qui consacre, sinon l’Esprit Saint lui-même ? Qui fait l’eucharistie sinon l’Église !

Alors, en cette fête du Saint-Sacrement, dite également du Corps et du Sang du Christ, reprenons quelques éléments théologiques fondamentaux sur l’eucharistie.

 

La théologie des trois corps

Où est le corps du Christ ?
Nous en avons perdu l’habitude, mais le Moyen Âge avait popularisé une très belle conception du corps du Christ appelé théologie des trois corps.

Les deux épiclèses eucharistiques dans Communauté spirituelle 119299804_oEn effet, il y a d’abord le corps personnel de Jésus ressuscité.

Celui avec lequel il a été élevé dans la gloire du père. Ce corps glorieux, ou spirituel, est ajusté au monde de la Résurrection. Il est à la fois radicalement nouveau (les apôtres ne le reconnaissent pas tout de suite) et fidèlement hérité de sa vie humaine (cf. les traces des clous qu’exige de voir Thomas). Ce corps-là du Christ ressuscité est absent, invisible. Il échappe à notre espace-temps car il appartient au monde nouveau à venir.

Il y a ensuite le corps ecclésial du Christ.

« Vous êtes le corps du Christ » ne cesse de répéter Saint-Paul, plaçant le Christ à la Tête de cet organisme vivant dont nous sommes membres les uns des autres, reliés par le lien de la paix et de la charité dans l’Esprit. Ce corps ecclésial a pour vocation d’être uni au Christ-Tête pour rayonner de son amour à travers le monde.

Il y a enfin le corps sacramentel du Christ, sous les espèces eucharistiques du pain et du vin. C’est ce corps que nous fêtons aujourd’hui. Notons au passage qu’au Moyen Âge, on appelait corps vrai le corps ecclésial, et corps mystique le corps eucharistique. Puis, sous l’influence de crises successives contestant la transformation eucharistique, on a (malheureusement) inversé les deux termes.

On peut par exemple lire chez Guillaume de St Thierry (XI°-XII° siècles) :

Chaque fois que le prudent lecteur trouvera dans les livres quelque chose concernant la chair ou le corps du Dieu Jésus, qu’il ait recours à cette triple définition de sa chair ou de son corps, telle que je ne l’ai pas trouvée dans ma présomption ni forgée par mon sens propre, mais telle que je l’ai tirée des sentences des Pères…
Il faut en effet se représenter autrement cette chair ou ce corps qui pendit au bois et est sacrifié sur l’autel, – autrement sa chair ou son corps qui est Vie demeurant en celui qui l’a mangé, – autrement enfin sa chair ou son corps, qui est l’Église : car l’Église est dite la chair du Christ…  […]
Car le corps du Christ pour autant qu’il est en lui, se livre à tous en nourriture de vie éternelle, et il fait que ceux qui le reçoivent fidèlement vivent en unité avec lui, et par l’amour spirituel et par le partage de sa propre nature, à lui qui est la Tête du Corps de l’Église [1].

L’eucharistie sym-bolise, c’est-à-dire met ensemble, réunit les deux autres corps du Christ, personnel et ecclésial, de façon à ce que le Christ soit réellement présent en plénitude dans notre humanité sans quitter pour autant sa divinité.

On peut voir une trace de ce travail sacramentel de l’eucharistie dans les deux épiclèses  des prières eucharistiques. On appelle épiclèse une invocation de l’Esprit au-dessus de personnes ou d’objets. Or, écoutez bien : il y a deux épiclèses dans les prières eucharistiques (sauf le canon romain, la Prière eucharistique n° 1, qui illustre ainsi le déficit d’importance accordée à l’Esprit en Occident pendant des siècles).

La 1° épiclèse est faite sur le pain et le vin : « Dieu notre Père, nous te prions : Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit ; qu’elles deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur » (Prière Eucharistique n° 2).

La 2°est faite sur l’assemblée (sur l’ekklèsia = l’Église) : « Humblement, nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps » (PE n° 2).

On a donc la structure suivante pour les prières eucharistiques, où se joue liturgiquement l’union du Christ et de son Église :

a) 1° épiclèse sur les dons (épiclèse consécratoire)

b) récit de l’Institution (+ anamnèse)

c) 2° épiclèse, sur l’assemblée – ekklèsia (épiclèse de communion)

d) intercession-supplication dans la communion de toute l’Église, du ciel et de la terre.

On pourrait faire une lecture ecclésiologique de cette structure fondamentale, en se souvenant de la théologie des trois corps qui présidait à la compréhension de l’Église.

3 corps 2 épiclèses

d) intercession

a) La première épiclèse invoque l’Esprit pour sanctifier les dons, le pain et le vin, « afin que le Christ Jésus réalise au milieu de nous la présence de son corps et de son sang ». Le repas va « prendre corps », grâce à l’Esprit, afin que l’offrande de Jésus, son unique sacrifice accompli une fois pour toutes, continue de s’actualiser dans et par son Église, l’ekklèsia localement rassemblée. En rigueur de termes, c’est donc l’Esprit-Saint qui est l’acteur principal de la transformation des espèces eucharistiques. Le lien Église-Esprit est ici évident, et le sera encore plus en c), soulignant la dimension épiclétique de l’assemblée qu’est l’Église.

b) le récit de l’Institution est bâti comme une sorte de contraction et d’arrangement des quatre textes principaux (Mt, Mc, Lc, 1Co). Il fait donc partie intégrante de la PE. Impossible d’être chrétien sans cet ancrage historique.

c) la deuxième épiclèse a une portée ecclésiologique capitale. L’Église invoque le Christ pour qu’elle devienne une seule offrande avec le Christ. Elle désire être envahie par l’Esprit, afin de se laisser entraîner dans l’offrande sacrificielle de son Sauveur, dans la communion avec le Père. L’Église, par la puissance de l’Esprit, devient une seule offrande, dans le Christ, à la louange de la gloire du Père. C’est l’enlacement symbolique du Christ et de l’Église qui s’effectue ainsi dans l’eucharistie, selon la si belle formule de St Augustin: « soyez ce que vous voyez, recevez ce que vous êtes ». C’est l’Esprit qui fait de l’Église le corps ecclésial du Christ, « rassemblée par l’Esprit-Saint en un seul corps, pour qu’ils soient eux-mêmes dans le Christ une vivante offrande à la louange de ta gloire » (PE 4). On ne peut donc séparer le corps eucharistique du corps ecclésial : celui-ci est fait pour celui-là, celui-là devient lui-même grâce à celui-ci. Les conséquences, notamment pour le culte de l’eucharistie en-dehors de la messe, sont énormes : toute césure entre l’eucharistie et l’Église serait « meurtrière », pour reprendre l’expression du Père de Lubac.

19237_apercu corps dans Communauté spirituelle

 Qui consacre, qui célèbre ?

L’épiclèse souligne avec une précision superbe l’humilité du ministère sacerdotal. Parfois on dit que le prêtre consacre. En rigueur de termes, l’affirmation ne tient pas. L’épiclèse révèle en tout cas très exactement ce que fait le prêtre : il dit la prière par laquelle la communauté célébrante demande au Père d’envoyer son Esprit Saint sur le pain et sur le vin pour qu’ils deviennent le corps et le sang de Jésus.

La Prière eucharistique III dit explicitement : « Nous te supplions de consacrer toi-même les offrandes que nous apportons. Sanctifie-les par ton Esprit pour qu’elles deviennent le corps et le sang de ton Fils. » C’est donc le Père qui consacre par son Esprit. Il revient au prêtre de dire la prière, au nom de la communauté, pour qu’il en soit ainsi.

Pie XII, citant Bellarmin dans Mediator Dei (20/11/1947), redit la foi commune de l’Église depuis les origines : « le sacrifice est offert principalement dans la personne du Christ. C’est pourquoi l’offrande qui suit la consécration atteste en quelque sorte que toute l’Église consent à l’oblation faite par le Christ et offre avec Lui ». L’hésitation de la Prière eucharistique n° 1 (« nous t’offrons pour eux, ou ils t’offrent pour eux-mêmes ») est la trace de cette conviction, malgré la survalorisation sacrificielle du rôle du prêtre.

D’ailleurs, le « nous » de la PE n’est pas un pluriel de majesté : même s’il est seul ministre ordonné, le prêtre dit « nous » pour exprimer qu’il dit la prière de l’Église, au nom de l’Église et avec elle. Encore une fois; répétons que tous célèbrent, mais pas de la même manière. Le Catéchisme de l’Église catholique est là-dessus très clair : « La liturgie est ‘action’ du ‘Christ tout entier’ (Christus totus). Ceux qui dès maintenant la célèbrent au-delà des signes sont déjà dans la liturgie céleste, là où la célébration est totalement communion et Fête. » (CEC n° 1136, question : Qui célèbre ?)

Les numéros suivants développent l’argumentation, qui est eschatologique : parce que la liturgie anticipe la louange finale, tous y sont associés, et tous célèbrent.

« C’est à cette liturgie éternelle que l’Esprit et l’Église nous font participer lorsque nous célébrons le mystère du salut dans les sacrements. C’est toute la Communauté, le Corps du Christ uni à son Chef (Caput = sa Tête) qui célèbre. ‘Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est le ‘sacrement de l’unité’, c’est-à-dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des évêques. C’est pourquoi elles appartiennent au Corps tout entier de l’Église, elles le manifestent et elles l’affectent; mais elles atteignent chacun de ses membres, de façon diverse, selon la diversité des ordres, des fonctions et de la participation effective’ (SC 26).

C’est pourquoi aussi ‘chaque fois que les rites, selon la nature propre de chacun, comportent une célébration commune, avec fréquentation et participation active des fidèles, on soulignera que celle-ci, dans la mesure du possible, doit l’emporter sur leur célébration individuelle et quasi privée’ (SC 27).

L’assemblée qui célèbre est la communauté des baptisés qui, ‘par la régénération et l’onction de l’Esprit Saint, sont consacrés pour être une maison spirituelle et un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels’ (LG 10).

Ce ‘sacerdoce commun’ est celui du Christ, unique Prêtre, participé par tous ses membres. » (CEC nos 1139-1141)

« Ainsi, dans la célébration des sacrements, c’est toute l’assemblée qui est ‘liturge’, chacun selon sa fonction, mais dans ‘l’unité de l’Esprit’ qui agit en tous. ‘Dans les célébrations liturgiques, chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques’ (SC 28). » (CEC n° 1144)

Au Moyen-Âge, on affirmait avec audace: « Le prêtre ne sacrifie pas seul, ne consacre pas seul, mais toute l’assemblée des fidèles qui assistent consacre avec lui, sacrifie avec lui [2] ». Le Père Congar confirme : « Toute l’assemblée liturgique est célébrante et consacrante. » Et il ajoute : « Mais ce serait une erreur ecclésiologique et une hérésie liturgique de faire dire les paroles de la consécration par toute l’assemblée. Elle a son président, qui y fonctionne comme président. Et cependant elle est tout entière sacerdotale et célébrante [3]. »

Fêtons donc le Saint Sacrement, en ne séparant pas l’eucharistie de l’Eglise, en nous impliquant dans chaque messe en tant que concélébrants, grâce au prêtre qui préside…

 

 


[1]. Guillaume de Saint-Thierry, Sur le sacrement de l’Autel, ch. 12 (P. L. 180, 361-362) in Catholicisme, Les aspects sociaux du dogme, Œuvres complètes VII, pp. 345-346, tr. fr. Henri de Lubac, Cerf, Paris, 2003.

[2]. Attribué à Guerric d’Igny, Sermo 5,15; PL 185,87 AB : cité par CONGAR Y., Vatican II, Cerf, coll. Unam Sanctam 66, Paris, 1967, p. 252.

[3]. CONGAR Y., Le Concile de Vatican II, Cerf, coll. Théologie Historique 71, Paris, 1984, p. 113.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Dieu t’a donné cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue » (Dt 8, 2-3.14b-16a)

Lecture du livre du Deutéronome
Moïse disait au peuple d’Israël : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ? Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. C’est lui qui t’a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif. C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure. C’est lui qui, dans le désert, t’a donné la manne – cette nourriture inconnue de tes pères. »

PSAUME
(Ps 147 (147 B), 12-13, 14-15, 19-20)
R/ Glorifie le Seigneur, Jérusalem ! (Ps 147, 12a)

Glorifie le Seigneur, Jérusalem !
Célèbre ton Dieu, ô Sion !
Il a consolidé les barres de tes portes,
dans tes murs il a béni tes enfants.

Il fait régner la paix à tes frontières,
et d’un pain de froment te rassasie.
Il envoie sa parole sur la terre :
rapide, son verbe la parcourt.

Il révèle sa parole à Jacob,
ses volontés et ses lois à Israël.
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ;
nul autre n’a connu ses volontés.

DEUXIÈME LECTURE
« Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps » (1 Co 10, 16-17)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, la coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.

SÉQUENCE
Cette séquence (ad libitum) peut être dite intégralement ou sous une forme abrégée à partir de : « Le voici, le pain des anges ».
Sion, célèbre ton Sauveur, chante ton chef et ton pasteur par des hymnes et des chants. Tant que tu peux, tu dois oser, car il dépasse tes louanges, tu ne peux trop le louer. Le Pain vivant, le Pain de vie, il est aujourd’hui proposé comme objet de tes louanges. Au repas sacré de la Cène, il est bien vrai qu’il fut donné au groupe des douze frères. Louons-le à voix pleine et forte, que soit joyeuse et rayonnante l’allégresse de nos cœurs ! C’est en effet la journée solennelle où nous fêtons de ce banquet divin la première institution. À ce banquet du nouveau Roi, la Pâque de la Loi nouvelle met fin à la Pâque ancienne. L’ordre ancien le cède au nouveau, la réalité chasse l’ombre, et la lumière, la nuit. Ce que fit le Christ à la Cène, il ordonna qu’en sa mémoire nous le fassions après lui. Instruits par son précepte saint, nous consacrons le pain, le vin, en victime de salut. C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang. Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature. L’une et l’autre de ces espèces, qui ne sont que de purs signes, voilent un réel divin. Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces. On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier. Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître. Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort. Mort des pécheurs, vie pour les justes ; vois : ils prennent pareillement ; quel résultat différent ! Si l’on divise les espèces, n’hésite pas, mais souviens-toi qu’il est présent dans un fragment aussi bien que dans le tout. Le signe seul est partagé, le Christ n’est en rien divisé, ni sa taille ni son état n’ont en rien diminué. * Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens. D’avance il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’agneau pascal immolé, par la manne de nos pères. Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants. Toi qui sais tout et qui peux tout, toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous ton héritage, en compagnie de tes saints. Amen.

ÉVANGILE
« Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson » (Jn 6, 51-58)
Alléluia. Alléluia. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel, dit le Seigneur ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.

Alléluia. (Jn 6, 51.58)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
 En ce temps-là, Jésus disait aux foules des Juifs :  « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »  Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »  Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous.  Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.  En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.  Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.  De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.  Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
Patrick BRAUD

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24 juillet 2017

Tirer de son trésor du neuf et de l’ancien

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Tirer de son trésor du neuf et de l’ancien

Homélie pour le 17° dimanche du temps ordinaire / Année A
30/07/2017 

Cf. également :

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Acquis d’initié
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Les bonheurs de Sophie
Épiphanie : la sagesse des nations
L’identité narrative : relire son histoire
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Le scribe d’Astérix

Il existe sur une Youtube une vidéo culte (plus d’un million de vues !), extraite du film Astérix et Cléopâtre. On y voit Astérix (Christian Clavier) demander au scribe de Cléopâtre en quoi consiste son métier. Le scribe part alors dans une description improbable, philosophique et hilarante de son activité professionnelle. Il termine par cette réplique devenue culte elle aussi : « je chante l’amour, je ne suis qu’amour »… Astérix et Obélix ont le visage qui s’allonge au fur et à mesure, ne comprenant pas grand-chose au galimatias du scribe, pourtant plus profond qu’il n’y paraît…

Ce scribe d’Astérix est totalement compatible avec celui de Jésus dans notre évangile ! Dans sa quatrième parabole sur le royaume des cieux de ce dimanche (cf. , Mt 13, 44-52)  Jésus évoque en effet le travail créatif et innovant du scribe authentique : « tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »

 

De quoi, de qui êtes-vous le scribe ?

Cette mini parabole s’adresse donc aux scribes. Métier de copiste à l’origine, le scribe était devenu également l’exégète des textes qu’il diffusait. Rappelons qu’à l’époque, le canon des Écritures n’était pas encore définitivement fixé. De nombreux manuscrits circulaient (comme par exemple ceux de la mer Morte), mais on ne distinguait pas encore les canoniques des apocryphes. Le scribe faisait connaître des textes, et les accompagnait de commentaires oraux, en lien avec les docteurs de la Loi. C’est d’ailleurs la tradition orale qui primait. Les manuscrits n’étaient jamais que la retranscription fidèle des récits qui avaient été forgés dans la prédication orale et se répétaient avec exactitude.

Les révélations des manuscrits de la mer Morte

Et vous, de quoi êtes-vous le scribe ?

Une vieChacun de nous peut se considérer comme scribe de son propre parcours de vie. Puisque l’Alliance de chacun avec Dieu est une histoire sainte, il y a beaucoup à raconter, beaucoup à écrire des évènements traversés avec Dieu comme compagnon de route. Des Mémoires de Charles De Gaulle aux biopics pour adolescents, tout le monde pressent confusément qu’il faut écrire quelque chose de sa vie ou de la vie des autres. C’est un devoir commun d’humanité !

La mort récente de Simone Veil a par exemple ravivé ce besoin non seulement de se souvenir mais de raconter (la Shoah, le Parlement européen, la loi sur l’IVG…) en puisant dans cette vie exemplaire des sources d’inspiration pour aujourd’hui. Il y aura des livres, des films, des émissions TV sur cette histoire d’une jeune fille juive échappant à la mort des camps nazis pour devenir une figure féminine hors du commun.

Mais chacun de nous est une Simone Veil à sa mesure ! Raconter à ses enfants, petits-enfants est un devoir d’héritage. Et on ne raconte jamais ce qui nous a touché – du rire aux larmes – de façon froide et purement « factuelle ». On le fait avec le recul des années, en fonction du contexte présent, selon les destinataires etc.

Tirer de son trésor du neuf et de l’ancien dans Communauté spirituelle scribe-ptahchepses

De qui êtes-vous le scribe ?

Le danger de la fonction de scribe est de devenir un flagorneur, un biographe officiel des puissants. Le scribe de Jésus est libre : parce qu’il s’est « converti » (« disciples du royaume des cieux ») il n’est plus le fonctionnaire d’un pouvoir, mais un « maître de maison », capable d’indépendance. Produire sa propre interprétation des événements, sans autre intérêt que celui du royaume des cieux, est la marque du scribe chrétien. Au lieu de reproduire les commentaires autorisés, les avis de la pensée dominante, ce scribe n’appartient à personne sinon au royaume des cieux. Avons-nous cette liberté intérieure ? Sommes-nous capables de nous émanciper des récits officiels pour produire notre propre histoire, notre relecture des événements de notre vie ?

 

Le trésor des scribes

Vierge de l'Annonciation de Fra AngelicoC’est de son trésor que le scribe selon Jésus puise de quoi nourrir ses lecteurs/auditeurs. Ce trésor, c’est tout d’abord l’Écriture bien sûr qu’il est chargé de transmettre. Pour nous, c’est également le trésor des événements, heureux ou difficiles, qui nous parlent de Dieu et de notre itinéraire avec ou sans lui. Si chacun était persuadé que sa vie est un trésor, il en prendrait soin mieux encore que de son assurance-vie ! L’histoire d’un couple, d’une carrière professionnelle, d’un engagement social ou politique, d’une passion artistique ou culturelle… : ce qui nous est arrivé a tant de valeur ! C’est de cela que nous pouvons / devons tirer de quoi nourrir les générations futures, à commencer par nos proches, mais pas seulement.

Cela demande de prendre du recul, de méditer sur les méandres de notre existence,  de ruminer l’imprévu et l’étonnement qui ont jalonné ce parcours. À l’image de Marie qui gardait toutes ces choses en son cœur…

Impossible d’être le scribe du royaume des cieux sans se livrer régulièrement à cet exercice de relecture des événements, pour y discerner les paroles que Dieu nous y adresse, ses appels qu’il nous faut transmettre à d’autres. Cela va de la semaine de retraite dans un monastère cet été à la minute d’examen de conscience en fin de soirée. Cela engendre la prière d’action de grâces pour le don reçu et la prière de supplication pour  réussir à déchiffrer, à décrypter l’inouï – joyeux ou souffrant – qui nous est survenu.

 

Du neuf et de l’ancien

Une fois assurés dans notre métier de scribe, et conscients du trésor qui nous est confié, Jésus nous demande de pratiquer l’alliage du neuf et de l’ancien. Pour le scribe juif, c’est  savoir lire la nouveauté chrétienne dans la Torah, la Sagesse et les Prophètes. Pour l’exégète chrétien, c’est savoir enraciner la révélation chrétienne dans l’Ancien Testament. Finalement il s’agit de lire l’ancien à la lumière du nouveau, et réciproquement !

Ce n’est pas vrai seulement des deux testaments ! C’est vrai aussi pour le trésor de ne vie.

Du neuf et de l'ancienNe pas répéter indéfiniment – en s’y enfermant – les blessures du passé. Ne pas nourrir la nostalgie du « c’était mieux avant ». Et à l’inverse ne pas pratiquer la table rase de ceux qui croient pouvoir bâtir sans racines.

Cela ressemblerait presque au fameux slogan de Valéry Giscard d’Estaing en 1974 : « le changement dans la continuité » ! C’est en effet une gageure de ne pas opposer créativité et fidélité, innovation et tradition. Mais c’est notre responsabilité éthique. Vis-à-vis de nous-mêmes d’abord : honorer notre passé, assumer ce que nous avons fait ou pas fait, tout en nous tournant vers l’avenir avec énergie.

C’est une démarche à mi-chemin entre l’exploration du passé de type psychanalytique et la création ex nihilo de type start-up comme les GAFA il y a 10 ans… La doxa psychanalytique  croit que rien ne peut se dénouer sans visiter d’abord les combles et le grenier de notre histoire personnelle. Fasciné par le poids du passé, ce travail en a perdu plus d’un, car il est incapable par lui-même de produire autre chose que le fruit du passé, incapable d’accueillir ce qui nous vient de l’avenir, ce qui nous est donné gratuitement en rupture totale avec nos conditionnements d’autrefois.

À l’inverse, le mode start-up devient dangereux s’il oublie d’intégrer les contraintes du passé, s’il ne pense qu’à l’instant en négligeant le long terme.

La fixation sur l’ancien engendre blocage et immobilisme. La séduction exclusive du nouveau génère précarité et perte d’identité. Penser un pays en mode start-up est tout autant idolâtre (de la nouveauté) que le traditionalisme en matière religieuse (refuser le travail de l’Esprit qui actualise sans cesse le dépôt de la foi).

Sur le plan personnel, tirer du neuf de l’ancien repose sur une philosophie du temps proprement chrétienne. Ni cyclique à la manière de la Tradition des Anciens, ni linéaire à la manière du Progrès des Lumières, le temps chrétien est plutôt… hélicoïdal ! C’est-à-dire qu’il navigue sans cesse entre la promesse de Dieu et ce qu’elle a déjà réalisé dans nos vies,  pour discerner ce qu’elle est en train de créer de nouveau aujourd’hui. L’eucharistie est par excellence cet enroulement symbolique de la mémoire et de l’avenir, de la continuité et de la rupture, de l’ancien et du nouveau.

Apprenons patiemment à pratiquer une telle lecture de nos histoires humaines. Encourageons-nous mutuellement à tirer du trésor de nos vies à la fois du neuf et de l’ancien !

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Tu m’as demandé le discernement » (1 R 3, 5.7-12)
Lecture du premier livre des Rois
 En ces jours-là, à Gabaon, pendant la nuit, le Seigneur apparut en songe à Salomon. Dieu lui dit : « Demande ce que je dois te donner. » Salomon répondit : « Ainsi donc, Seigneur mon Dieu, c’est toi qui m’as fait roi, moi, ton serviteur, à la place de David, mon père ; or, je suis un tout jeune homme, ne sachant comment se comporter, et me voilà au milieu du peuple que tu as élu ; c’est un peuple nombreux, si nombreux qu’on ne peut ni l’évaluer ni le compter. Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; sans cela, comment gouverner ton peuple, qui est si important ? »
 Cette demande de Salomon plut au Seigneur, qui lui dit : « Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis, mais puisque tu as demandé le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi. »

PSAUME
(Ps 118 (119), 57.72, 76-77, 127-128, 129-130)
R/ De quel amour j’aime ta loi, Seigneur ! (Ps 118, 97a)

Mon partage, Seigneur, je l’ai dit,
c’est d’observer tes paroles.
Mon bonheur, c’est la loi de ta bouche,
plus qu’un monceau d’or ou d’argent.

Que j’aie pour consolation ton amour
selon tes promesses à ton serviteur !
Que vienne à moi ta tendresse, et je vivrai :
ta loi fait mon plaisir.

Aussi j’aime tes volontés,
plus que l’or le plus précieux.
Je me règle sur chacun de tes préceptes,
je hais tout chemin de mensonge.

Quelle merveille, tes exigences,
aussi mon âme les garde !
Déchiffrer ta parole illumine
et les simples comprennent.

DEUXIÈME LECTUR
« Il nous a destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils » (Rm 8, 28-30)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour. Ceux que, d’avance, il connaissait, il les a aussi destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils, pour que ce Fils soit le premier-né d’une multitude de frères. Ceux qu’il avait destinés d’avance, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu’il a rendus justes, il leur a donné sa gloire.

ÉVANGILE
« Il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ » (Mt 13, 44-52) Alléluia. Alléluia.
Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à la foule ces paraboles : « Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.
 Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle.
 Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons. Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
 « Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent : « Oui ». Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »
Patrick BRAUD

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