L'homélie du dimanche (prochain)

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29 novembre 2020

Justice et Paix s’embrassent

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Justice et Paix s’embrassent

 Homélie pour le 2° Dimanche de l’Avent / Année B
06/12/2020

Cf. également :

Réinterpréter Jean-Baptiste
Consolez, consolez mon peuple !
Devenir des précurseurs
Maintenant, je commence
Crier dans le désert
Le Verbe et la voix
Res et sacramentum
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Dieu est un chauffeur de taxi brousse
Le polythéisme des valeurs

Le Psaume 84 de ce dimanche nous invite à unir l’amour et la vérité, la justice et la paix. Deux fiancés avaient choisi ce psaume pour leur mariage. L’homélie de la célébration explore pourquoi :

·  Deux moines s’apprêtaient à traverser une rivière à gué. Une belle jeune femme les rejoignit. Elle aussi devait passer sur l’autre rive, mais la violence du courant l’effrayait. Un des moines la charge sur ses épaules et la déposa de l’autre côté. Son compagnon n’avait pas desserré les dents. Il fulminait : un moine n’était pas autorisé à toucher une femme, et voici que celui-là en portait sur ses épaules !
Des heures plus tard, en arrivant en vue du monastère, le moine puritain annonça :
- je vais informer le père abbé de ce qui s’est passé. Ce que tu as fait est interdit.
Le moine secourable s’étonna :
- de quoi parles-tu ? qu’est-ce qui est interdit ?
- as-tu oublié ce que tu as fait ? s’indigna l’autre. Tu as porté une belle jeune femme sur tes épaules !
- ah oui, bien sûr, se souvint le premier en riant. Il y a belle lurette que je l’ai laissée au bord de la rivière. Mais toi, est-elle toujours dans tes pensées ?

Justice et Paix s’embrassent dans Communauté spirituelle

Lequel des 2 moines a respecté cette femme davantage ?

· Tel est un peu le message chrétien : traverser ensemble les rivières de l’existence, juché sur les épaules l’un de l’autre, alternativement, sans que jamais cela ne devienne une possession ou une domination.

Tu n’es pas moine Kevin - çà se saurait ! - ni toi Sarah, mais vous êtes aujourd’hui confiés l’un à l’autre, pour poursuivre votre histoire, dans le respect mutuel, dans l’entraide, le soutien réciproque.
Depuis 5 ans que vous vous êtes retrouvés – et chaque année la fête de la musique  ravivera pour vous la mémoire de ces premiers moments – vous avez déjà construit une vie commune, une orientation professionnelle au service des plus jeunes.
Votre couple vous a mûri, le dialogue vous a permis de surmonter les tensions et les malentendus qui font partie de la vie ordinaire à deux.

Est-ce à dire que vous êtes fin prêts et que vous êtes sûrs de vous ?
Il n’y aurait pas besoin alors de venir se marier devant Dieu et devant l’Église !
Non, je crois qu’au contraire vous percevez qu’il y a dans le mariage chrétien un réservoir inépuisable de courage, une source intarissable d’énergie, pour que ce que vous avez commencé à bâtir puisse durer et se fortifier.

On ne le répétera jamais assez :
on ne se marie pas à l’église seulement parce qu’on s’aime, mais aussi pour s’aimer davantage, pour s’aimer dans la durée, pour s’aimer dans la vérité.

·      C’est ce qui m’a frappé dans votre préparation au mariage : votre souci de ne jamais séparer amour et vérité.

Mensonge dans le couple (Le)- Être vrai l’un devant l’autre, sur son passé familial, sur ses émotions, ses désirs profonds, chercher la vérité sans la posséder jamais. À l’image du couple du Cantique des cantiques : escalader des montagnes – et Dieu sait qu’il y a des routes dures à grimper dans le mariage ! – franchir les collines, accourir vers l’autre, le désirer, susciter son propre désir : « Lève toi mon amie, ma toute belle, ne reste pas blottie dans tes peurs, dans les pièges de ton histoire, parle-moi, montre-moi ton vrai visage ! » (Cantique des cantiques)

La Bible a toujours vu dans le jeu du désir entre l’homme et la femme le signe, le sacrement du désir entre l’humanité et Dieu. Saint Augustin disait cela d’une façon originale, qui s’applique aussi bien à la quête spirituelle qu’à la quête amoureuse : « le chercher avec le désir de le trouver et le trouver avec le désir de le chercher encore ».

- Être vrai dans l’amour engendre alors ce respect, cette juste distance que chantait Khalil Gibran :
« soyez ensemble, mais sachez demeurer seuls ; grandissez ensemble mais pas dans l’ombre l’un de l’autre. »
Seul le temps permet de conjuguer ainsi amour et vérité ; sans la durée, l’amour se réduit au sentiment amoureux, à l’illusion de l’émotion.
Lorsque des gens mariés trompent leur conjoint, c’est souvent qu’ils se sont trompés sur eux-mêmes, qu’ils avaient oublié ou négligé leur vérité intérieure, ou plus précisément la recherche de cette vérité. Seules les années qui passent permettent de purifier la relation pour la rendre plus humaine, plus réelle, plus vraie, dans la miséricorde et la tendresse envers soi-même comme envers l’autre.

- Être vrai l’un devant l’autre : vous y tenez fortement et c’est un de vos atouts à développer.
Je  suis également témoin que vous voulez être vrais devant l’Église et devant Dieu.
En reconnaissant que Dieu est pour vous à l’heure actuelle plus une question qu’un compagnon.
En laissant ouverte cette interrogation et du coup le questionnement que cela peut provoquer.
En redécouvrant l’Église, au-delà des images de l’enfance, comme une amie sur la route, respectueuse de votre liberté.
En devinant que vos enfants viendront vous pousser plus loin  encore dans votre quête, lorsqu’il faudra leur transmettre les valeurs, les savoirs que vous jugerez bons pour eux.
En accueillant encore les événements, dans les larmes ou l’enthousiasme, pour y déchiffrer une possibilité de progresser en humanité.

 

·      « Amour et vérité se rencontrent » prophétisait le psaume en parlant de la venue du Messie.
Faites venir le Messie en mariant l’amour et la vérité dans votre vie de couple et de famille !
L’amour sans la vérité devient vite la règle du subjectif, de l’illusion, des sincérités successives.
La vérité sans l’amour dégénère en idéologie et en dogmatisme.

Votre métier d’éducateur et d’enseignant vous invite à éviter ces deux pièges dans votre vie professionnelle. Puisse votre mariage dans cette église vous aider à les éviter dans votre relation de mari et femme ! 

Kevin, à toi maintenant de prendre Sarah sur tes épaules, pour lui faire traverser le gué – et de même Sarah pour ton mari – en sachant déposer l’autre à terre dès qu’il peut, en acceptant d’être porté un jour à son tour.

Soyez pour nous des signes vivants, des sacrements d’un Dieu qui n’a jamais fini de chercher avec passion, « car c’est là proprement voir Dieu que de n’être jamais rassasié de le désirer sans cesse » (Grégoire de Nysse IV° siècle).

 

Au-delà de cette célébration de mariage, la réflexion doit continuer sur la nécessaire tension entre la justice et la paix :

 

Ne pas réduire la justice à la domination du plus fort, ni la paix l’absence de conflits

Selon le Psaume 84 : « Amour et vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent. »
Justice & PaixRappelez-vous : la France et l’Allemagne étaient soi-disant en paix en 1918. Mais le traité de Versailles était si injuste que ce sentiment d’injustice favorisera la progression nazie dès les années 30…

Rappelez-vous : l’Amérique n’était pas en guerre dans les années 60, mais les lois raciales étaient si injustes qu’elles auraient pu déchaîner la violence entre Noirs et Blancs, si Martin Luther King et le mouvement des Droits civiques n’avaient pas puisé dans la Bible le courage de conjuguer la paix et la justice.

Regardez les récentes élections aux USA : comment être en paix lorsque les Républicains ont le sentiment de s’être fait voler le succès de Trump, ou lorsque les Démocrates ont le sentiment que Biden est injustement attaqué sur les votes par correspondance ? Quelle réconciliation si la justice n’est pas clairement manifestée et acceptée par tous ?

Pour la Bible, c’est clair : c’est la justice et la paix, jamais l’une sans l’autre, que ce soit entre les peuples, entre innocents et coupables, dans une entreprise ou dans un couple.

« Amour et vérité se rencontrent. Justice et Paix s’embrassent… »

« La loi d’amour de l’Évangile n’invite pas les hommes à se résigner à l’injustice. Elle les appelle, au contraire, à une action efficace pour la vaincre dans ses racines spirituelles comme dans les structures où elle prolifère. C’est une fausse théologie de l’amour qui est invoquée par ceux qui voudraient camoufler les situations conflictuelles, prôner des attitudes de collaboration dans la confusion, en minimisant la réalité des antagonismes collectifs de tous genres. » (Les évêques de France, Pour une pratique chrétienne de la politique, Lourdes 1977)

Mais c’est de Dieu que nous recevons, d’une paix juste, ou d’une justice paisible.
C’est du Christ que nous recevons la force de faire la paix, même avec des gens que nous aimons peu, avec qui on a eu des problèmes, peut-être même faire la paix avec des adversaires.

« L’Eucharistie est-elle possible entre adversaires ?
Nelson Mandela nouvellement élu président de l'Afrique du Sud serrant la main de son prédécesseur, F.W. de Klerk, au Cap, en 1994.
Quand l’Eucharistie sera réalisée dans de telles communautés, par des adversaires, voire des ennemis, elle témoignera, à leurs propres yeux et aux yeux de tous, de l’unité essentielle et impossible. Certes, à transcender trop rapidement, pour communier ensemble, les oppositions et les irréductibilités de l’existence politique, on risque de donner l’impression de ne pas prendre au sérieux cette existence. Mais, à l’inverse, refuser de communier ensemble, c’est sous-estimer l’impact, ici et maintenant, sur l’existence politique, de la communion eucharistique pour renvoyer sa réalisation à la fin des temps.

La célébration de l’unité engage à vouloir, et donc à chercher, sa réalisation sur le terrain politique. Mais le rassemblement plural qui la conditionne démontre qu’elle ne peut être attendue que d’une grâce qui n’est pas de la terre. Ce serait une ignoble comédie de se désintéresser de l’avènement de ce qu’on célèbre symboliquement, mais ce serait une affreuse détresse de ne pouvoir jamais, entre militants opposés, affirmer ensemble à la face du monde, dans un moment de fête, qu’arrivera le terme final où les ennemis se mueront en compagnons, où les adversaires se reconnaîtront frères. » (ibid.)


Tel est
le geste de paix que nous échangeons avant de communier : non pas parce que nous sommes déjà en paix, mais pour le devenir.

Non pas notre paix, mais la paix du Christ qui nous vient de lui, devant, qui nous vient de l’avenir.
Nous nous souhaitons la paix du Christ, shalom Messiah : ce n’est pas un geste sentimental, c’est le désir d’anticiper la paix promise. C’est la volonté de mettre en œuvre une harmonie que je n’arrive pas à réaliser tout seul.
Voilà pourquoi on peut souhaiter la paix à son conjoint avec lequel on est pourtant en peine crise.
Voilà pourquoi un syndicaliste et un patron peuvent accomplir ce geste sans trahir leurs convictions ni d’être hypocrites.
Voilà pourquoi nous avons besoin de venir à la messe : nous n’arriverons pas à faire la paix si nous ne la recevons pas d’un Autre qui est plus grand que nous.


Le Christ, lui, est notre paix.
Il dirige vers nous la paix comme un fleuve.
Que la paix du Christ coule entre nous comme un fleuve, dans notre maison, dans notre cœur.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Préparez le chemin du Seigneur » (Is 40, 1-5.9-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes. Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. »
Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.

 

PSAUME
(84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14)
R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour,et donne-nous ton salut.  (84, 8)

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Ce que nous attendons, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle » (2 P 3, 8-14)

Lecture de la deuxième lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, il est une chose qui ne doit pas vous échapper : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. Cependant le jour du Seigneur viendra, comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper. Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution, vous voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu, ce jour où les cieux enflammés seront dissous, où les éléments embrasés seront en fusion. Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela, faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix.

 

ÉVANGILE
« Rendez droits les sentiers du Seigneur » (Mc 1, 1-8)
Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. Il est écrit dans Isaïe, le prophète : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi,pour ouvrir ton chemin.Voix de celui qui crie dans le désert :Préparez le chemin du Seigneur,rendez droits ses sentiers. Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.
Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés. Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »
Patrick BRAUD

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13 septembre 2020

Dieu trop-compréhensible

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Dieu trop-compréhensible

Homélie pour le 25° Dimanche du temps ordinaire / Année A
20/09/2020

Cf. également :
Le contrat ou la grâce ?
Personne ne nous a embauchés
Les ouvriers de la 11° heure
Premiers de cordée façon Jésus
Un festin par-dessus le marché

« Ne cherche pas à comprendre… »

- « Tu ne peux pas comprendre. C’est un mystère ».
Cette réponse assénée avec autorité par ma prof de caté autrefois me laissait à chaque fois insatisfait. Comment ! ? Il n’y aurait rien à comprendre dans le mystère de la Trinité ? dans le mystère eucharistique ? Dieu serait-il incompréhensible ? L’intelligence humaine devrait-elle abdiquer pour être capable d’adorer le Créateur ?

Une lecture trop rapide des textes de ce dimanche pourrait conforter ceux qui veulent ainsi mettre Dieu hors d’atteinte de l’homme.
Isaïe ne fait-il pas dire à Dieu : « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées » ? C’est donc qu’il faudrait s’incliner sans comprendre, se soumettre sans protester ?
Et Matthieu ne décrit-il pas un patron incompréhensible qui paye les ouvriers de la onzième heure autant que ceux de la première ? Une telle injustice serait à mettre uniquement sur le compte du bon vouloir patronal qui fait ce qu’il veut sans avoir de comptes à rendre à personne : « n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens » ?

Le Chat de Geluck.

 

La dérive du Mektoub

Le durcissement de ce genre d’argumentation a déjà fait tant de dégâts par le passé ! Au nom de la transcendance divine, on a casé Dieu dans les failles de la raison, en se disant que là au moins il serait à l’abri. Jusqu’à justifier l’injustifiable : ‘si Dieu permet le malheur innocent, c’est qu’il a ses raisons ; si nous ne comprenons pas son action, c’est normal et il n’y a qu’à accepter, car Dieu est plus grand que nous’. On n’est pas loin du Mektoub musulman, c’est-à-dire de l’idée que la soumission au destin décidé par Dieu est la seule voie possible, sans pouvoir ni le comprendre ni le maîtriser. Dire que Dieu est incompréhensible conduit la plupart du temps à la résignation et au fatalisme. Et cela fournit à l’homme de beaux motifs de révolte. La controverse sur le tremblement de terre de Lisbonne au XVIII° siècle en est un bon exemple. Voltaire fournira dans son pamphlet une base solide à l’athéisme européen des siècles suivants. Le premier novembre 1755 en effet, le tremblement de terre de Lisbonne avec ses 30 000 morts provoque un choc considérable sur la sensibilité philosophique du XVIII° siècle et Voltaire, en particulier, restera obsédé par cette catastrophe. À ce moment-là, Voltaire s’éloigne définitivement des théories optimistes (Leibniz : « tout est bien » car Dieu organise « le meilleur des mondes possibles » même si nous ne comprenons rien à sa sagesse). Il ne supporte plus que l’on cherche à nier le mal ou à la justifier par l’incompréhensibilité divine.

Poème sur le désastre de LisbonnePOÈME sur le DÉSASTRE DE LISBONNE ou EXAMEN DE CET AXIOME : ‘TOUT EST BIEN’.

Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous : « C’est l’effet des éternelles lois
Qui d’un Dieu libre et bon nécessitent le choix ? »
[…]
« Tout est bien, dites-vous, et tout est nécessaire. »
[…]
Ou l’homme est né coupable, et Dieu punit sa race,
Ou ce maître absolu de l’être et de l’espace,
Sans courroux, sans pitié, tranquille, indifférent,
De ses premiers décrets suit l’éternel torrent.

Loger Dieu dans les trous de notre connaissance, c’est le condamner à reculer à chaque fois que celle-ci avance. Autrefois, on organisait des rogations grandioses pour demander la pluie à Dieu lors d’une sécheresse : qui oserait le faire en France aujourd’hui (à part une poignée de catholiques traditionnels) ? Autrefois on croyait que les médailles miraculeuses épargnaient du choléra et de la peste : qui serait assez fou pour remplacer le masque par une médaille en période de Covid ? Récemment, certains essayaient de sauver Dieu-créateur en le mettant dans le big-bang, ou bien juste avant : mais si le big-bang s’avère n’être lui-même que la suite logique d’un big Crunch antérieur (Stephen Hawking), va-t-on déplacer encore l’acte créateur de quelques milliards d’années en arrière ? Et puis, comment pourrait-on renoncer à comprendre la Shoah et l’horreur des milliers de morts du XX° siècle sous prétexte que « les voies de Dieu sont impénétrables » ?

Si l’on en revient à nos lectures de ce dimanche, elles n’appellent pas à la grandeur de Dieu pour justifier l’injustifiable, mais au contraire pour justifier l’infinie miséricorde divine qui n’a rien à voir avec la vengeance ou même la justice humaines. Le chapitre 55 du livre d’Isaïe est situé entre la déclaration d’amour du Seigneur à Jérusalem pour la restaurer après l’Exil (chapitre 54) et la promesse d’y accueillir même les étrangers non juifs lorsqu’elle sera restaurée (chapitre 56) : les chemins de Dieu « qui ne sont pas comme ceux des hommes » sont donc des chemins de retour d’Exil et d’ouverture à l’universel, alors que les juifs désespéraient de revenir à Jérusalem, et qu’ils restaient encore fascinés par une identité fermée, excluant les étrangers de l’Alliance.

Quant à Mathieu et sa parabole des ouvriers de la 11° heure, il annonce une générosité divine certes surprenante – voire injuste – aux yeux des premiers, mais si bouleversante pour les derniers embauchés.

Dieu ne se révèle pas incompréhensible dans ces textes : il agit sans commune mesure avec nos raisonnements humains étriqués. Il est incommensurable plus qu’incompréhensible.

Au lieu d’opposer Dieu et raison, on devrait plutôt dire que Dieu est trop-compréhensible : plus je m’aventure en lui, plus je découvre qu’il y a bien plus encore à explorer. Dès que j’ai compris quelque chose de lui, je dois aussitôt le barrer ou le mettre de côté pour comprendre le contraire ou le tout autre. Les mystiques médiévaux ne témoignent-t-ils pas que Dieu est la coïncidence des contraires ? [1]

L’infinie distance entre Dieu et l’homme ne réside pas dans une impossibilité d’aller de l’un à l’autre (cf. l’échelle de Jacob), mais dans celle d’épuiser la richesse de l’un ou de l’autre. Ce n’est pas l’absurde ni l’incompréhensible qui caractérise Dieu, mais l’excès de signification, la plénitude de sens qui déborde toute théorie humaine sans pour autant la condamner.

 

La polysémie de l’Écriture

Prenons un exemple de cet excès de sens : la polysémie (pluralité de sens) de l’Écriture.

La parabole des ouvriers de la 11° heure peut donner lieu à une multitude d’interprétations. Si vous la lisez avec les lunettes de l’historien, vous y devinerez entre les lignes la situation au I° siècle des païens fraîchement convertis au Christ par rapport aux juifs devenus chrétiens : Mathieu demande qu’on les traite à égalité, alors que les juifs pourraient se targuer d’observer l’Alliance bien avant eux. Si vous chaussez les lunettes du psychologue, vous y lirez la chance de se convertir à tout âge de la vie. Qu’on soit baptisé à 20 ans ou à 70 ans ne confère aucun privilège ! On n’est jamais trop vieux pour rejoindre les ouvriers envoyés à la vigne. Si vous êtes moralistes, vous entendrez l’appel à résister à la jalousie, à la concupiscence qui est le vice faisant chuter les premiers en derniers. Au lieu de se réjouir du salaire des derniers, ils se comparent, ils veulent avoir plus, et cela les ferme à l’accueil du don qui leur est fait à eux aussi (la pièce d’argent). Si vous êtes économistes, vous serez sensibles à l’importance qu’a le travail ici pour humaniser le monde : le chômage est dégradant, et le maître de la vigne ne cesse de sortir de lui-même pour embaucher, ce qui est bien la responsabilité économique première. D’ailleurs, si vous êtes bibliste, ce verbe sortir résonnera en vous comme l’indice d’un Exode divin, d’un Exil où Dieu visite l’homme pour son salut, comme Moïse est sorti de son palais pour voir la misère de son peuple. Si vous êtes juriste, vous vous passionnez pour la dialectique du contrat et du don qui est à l’œuvre dans la parabole. Si vous êtes théologien, c’est la primauté de la grâce sur le droit qui nourrira votre méditation. Si vous êtes un peu tout cela et plus encore, alors vous n’en finirez pas d’explorer les harmoniques de ces quelques lignes vous ouvrant des perspectives de plus en plus vertigineuses.

Lire aux éclats par OuakninLes rabbins parlent d’une lecture infinie de la Torah parce qu’aucune interprétation ne peut prétendre enclore l’intégralité de sa richesse, et parce que plusieurs interprétations apparemment contradictoires peuvent coexister. L’évêque Grégoire de Nysse (IV° siècle) prolongeait cette intuition de la nécessaire polysémie de l’Écriture en la comparant à une source inépuisable :

Celui qui obtient en partage une de ces richesses ne doit pas croire qu’il y a seulement, dans la parole de Dieu, ce qu’il y trouve. Il doit comprendre au contraire qu’il a été capable d’y découvrir une seule chose parmi bien d’autres. Enrichi par la parole, il ne doit pas croire que celle-ci est appauvrie ; incapable de l’épuiser, qu’il rende grâce pour sa richesse. Réjouis-toi parce que tu es rassasié, mais ne t’attriste pas de ce qui te dépasse. Celui qui a soif se réjouit de boire, mais il ne s’attriste pas de ne pouvoir épuiser la source. Que la source apaise ta soif, sans que ta soif épuise la source. Si ta soif est étanchée sans que la source soit tarie, tu pourras y boire à nouveau, chaque fois que tu auras soif. Si au contraire, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur.

Rends grâce pour ce que tu as reçu et ne regrette pas ce qui demeure inutilisé. Ce que tu as pris et emporté est ta part ; mais ce qui reste est aussi ton héritage. Ce que tu n’as pas pu recevoir aussitôt, à cause de ta faiblesse, tu le recevras une autre fois, si tu persévères. N’aie donc pas la mauvaise pensée de vouloir prendre d’un seul trait ce qui ne peut être pris en une seule fois ; et ne renonce pas, par négligence, à ce que tu es capable d’absorber peu à peu. » Grégoire de Nysse (Homélie sur le Cantique des Cantiques)

Dieu trop-compréhensible est à l’image de cette source : plus on vient y boire, plus elle étanche notre soif, et plus elle suscite en nous d’autres soifs, d’autres désirs, et ceci à l’infini… Ainsi, « de commencements en commencements, par d’éternels commencements qui n’auront jamais de fin » (Grégoire de Nysse), nous pourrons sans cesse entrer dans le mystère de Dieu qui se révèle toujours plus grand que ce que nous aurons commencé à comprendre de lui.

 

Les noms divins

Un autre indice de l’excès du compréhensible en Dieu est la multitude des noms divins dans la Bible : « Adonaï » ; « Elohim » ; El Shaddai ; ‘El ‘Elyôn. Il est également « Sabaoth », « le Saint », « le Rocher », « l’Éternel », Berger, Justice, Amour, Père…

Dieu trop-compréhensible dans Communauté spirituelle Islam-Les-99-noms-de-Dieu-et-leurs-significations.9Pourtant, Moïse nous a appris à ne pas prononcer le Nom de Dieu, le Tétragramme : YHWH. Pour justement préserver sa transcendance, son altérité radicale. C’est donc qu’il nous faut à la fois accueillir Dieu comme le Tout-Autre et décliner son infinie différence en des termes familiers. Le Coran a précieusement recueilli cette tradition juive en égrenant le chapelet des 99 noms d’Allah tout en proclamant qu’il est l’Unique, au-dessus de tout. Quant aux chrétiens, ils reconnaissent en Jésus ce Dieu caché ; ils contemplent dans le crucifié le Père invisible ; ils croient que cet homme est le médiateur par qui nous pouvons communier avec Dieu en plénitude.

Dire que Dieu est trop-compréhensible n’est pas le rabaisser à ce que l’homme pourrait connaître de lui, ni lui enlever son caractère caché et ineffable. Car son incompréhensibilité réside justement dans le fait qu’il suscite une infinité de compréhensions possibles tout en les excédant toutes. Il est bien « l’Au-delà de tout » (Grégoire de Naziance), mais tout nous parle de lui.

Dieu est dans l’excès, toujours offert, jamais atteint ; toujours désiré, jamais possédé ; incompréhensible et compréhensible à la fois.

St Anselme plaidait pour que l’intelligence puisse rendre raison de la foi : « fides quaerens intellectum », et St Augustin pour que les deux quêtes humaines fassent système : « croire pour comprendre et comprendre pour croire ».

Loin d’éteindre l’intelligence humaine, le mystère qu’est Dieu la stimule et lui ouvre des horizons reculant sans cesse.

 

La quête inachevée de la science (et de l’amour)

41cpJAVky1L._SX320_BO1,204,203,200_ compréhensible dans Communauté spirituelleUne autre piste pour évoquer l’excès du compréhensible en Dieu est le mouvement même de la science moderne. Karl Popper (1902-1994) a bien montré que la recherche scientifique est par nature inachevée, car le réel excède toujours les représentations scientifiques. Les plus belles théories seront tôt ou tard contestées et remplacées par d’autres, plus puissantes. Une fois un problème résolu, éventuellement par une théorie, « nous nous efforçons aussi de prévoir les nouveaux problèmes que soulève notre théorie ». Et, ajoute-t-il, « la tâche est infinie et ne peut jamais être achevée ». Les théories progressent grâce à un jeu de tests sévères qui éliminent les fausses théories. La nouvelle théorie est celle qui résiste le mieux, provisoirement, à ces tests expérimentaux. Elle a un pouvoir explicatif plus grand que l’ancienne, qu’elle inclut d’ailleurs en temps qu’approximation (ex : Einstein incluant Newton). La science ne peut atteindre la vérité. Toute théorie est provisoire : c’est une quête inachevée de la vérité. La science vise certes la réalité des choses, mais elle ne peut donner qu’une approximation de la réalité. Elle indique avec certitude ce qui est faux, mais non ce qui est vrai.
Thomas Kühn (1922-1996) a mis en évidence les changements de paradigmes qui permettent d’élargir ou de changer radicalement notre vision du monde, de Newton à Einstein, de Maxwell à Planck…
Nul scientifique n’oserait plus affirmer aujourd’hui ce que le chimiste Berthelot fanfaronnait au XIX° siècle :« le monde est désormais sans mystère ». Au contraire, la science se fait humble, sachant qu’elle ne sait pas grand-chose, et que toute découverte soulève cent questions encore plus passionnantes !

La quête inachevée qu’est la science par nature nous donne alors une idée de ce qu’est la vie en Dieu : de trouvailles en découvertes, d’inventions géniales en progrès fulgurants, le mouvement de la quête scientifique vers le réel ressemble étrangement au mouvement de ceux qui cherchent Dieu de l’intérieur, le comprenant toujours plus tout en voyant leur ignorance s’accroître sans cesse…

C’est également le mouvement de la bien-aimée en quête de son bien-aimé dans le Cantique des cantiques… 

« Mes pensées ne sont pas vos pensées, mes chemins ne sont pas vos chemins » : que l’Esprit du Christ mette nos pas sur les chemins de Dieu, et nous deviendrons des pèlerins du trop-compréhensible


[1]coincidentia oppositorum (Nicolas de Cues ; 1401 – 1464). Selon lui, en passant à la limite, la raison est obligée de changer de régime, en passant du principe de non-contradiction à celui de la « coïncidence des opposés ». Un polygone inscrit dans un cercle finit par exemple par devenir le cercle lui-même, et donc une figure sans côté (un non-polygone), à mesure que le nombre de côtés augmente (quadrature du cercle). Dieu se conçoit comme fin infinie, limite illimitée, distinction indistincte, la coincidentia oppositorum ouvrant, seule, la voie d’accès à l’infini.

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Mes pensées ne sont pas vos pensées » (Is 55, 6-9)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ;invoquez-le tant qu’il est proche.Que le méchant abandonne son chemin,et l’homme perfide, ses pensées !Qu’il revienne vers le Seigneurqui lui montrera sa miséricorde,vers notre Dieuqui est riche en pardon.Car mes pensées ne sont pas vos pensées,et vos chemins ne sont pas mes chemins,oracle du Seigneur.Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre,autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins,et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

 

PSAUME
(Ps 144 (145), 2-3, 8-9, 17-18)
R/ Proche est le Seigneur de ceux qui l’invoquent. (cf. Ps 144, 18a)

Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.
Il est grand, le Seigneur, hautement loué ;
à sa grandeur, il n’est pas de limite.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de tous ceux qui l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

DEUXIÈME LECTURE
« Pour moi, vivre c’est le Christ » (Ph 1, 20c-24.27a)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères,soit que je vive, soit que je meure,le Christ sera glorifié dans mon corps.En effet, pour moi, vivre c’est le Christ,et mourir est un avantage.Mais si, en vivant en ce monde,j’arrive à faire un travail utile,je ne sais plus comment choisir.Je me sens pris entre les deux :je désire partirpour être avec le Christ,car c’est bien préférable ;mais, à cause de vous, demeurer en ce mondeest encore plus nécessaire.
Quant à vous,ayez un comportement digne de l’Évangile du Christ.

 

ÉVANGILE
« Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » (Mt 20, 1-16)
Alléluia. Alléluia.La bonté du Seigneur est pour tous,sa tendresse, pour toutes ses œuvres :tous acclameront sa justice.Alléluia. (cf. Ps 144, 9.7b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,Jésus disait cette parabole à ses disciples :« Le royaume des Cieux est comparableau maître d’un domaine qui sortit dès le matinafin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée :un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent,et il les envoya à sa vigne.Sorti vers neuf heures,il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire.Et à ceux-là, il dit :Allez à ma vigne, vous aussi,et je vous donnerai ce qui est juste.’Ils y allèrent.Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures,et fit de même.Vers cinq heures, il sortit encore,en trouva d’autres qui étaient là et leur dit :Pourquoi êtes-vous restés là,toute la journée, sans rien faire ?’Ils lui répondirent :Parce que personne ne nous a embauchés.’Il leur dit :Allez à ma vigne, vous aussi.’
Le soir venu,le maître de la vigne dit à son intendant :Appelle les ouvriers et distribue le salaire,en commençant par les dernierspour finir par les premiers.’Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrentet reçurent chacun une pièce d’un denier.Quand vint le tour des premiers,ils pensaient recevoir davantage,mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier.En la recevant,ils récriminaient contre le maître du domaine :Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure,et tu les traites à l’égal de nous,qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !’Mais le maître répondit à l’un d’entre eux :Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi.N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ?Prends ce qui te revient, et va-t’en.Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi :n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ?Ou alors ton regard est-il mauvaisparce que moi, je suis bon ?’
C’est ainsi que les derniers seront premiers,et les premiers seront derniers. »
 Patrick BRAUD

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6 septembre 2020

À Dieu la dette !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

À Dieu la dette !

Homélie pour le 24° Dimanche du temps ordinaire / Année A
13/09/2020

Cf. également :

Pardonner 70 fois 7 fois
La pierre noire du pardon

 

Des milliards comme s’il en pleuvait

Evolution dette France 1985-2020

Evolution dette France 1985-2020

Depuis le déconfinement du mois de mai, les milliards pleuvent sur les budgets publics : nous entendons – ahuris – que 460 milliards d’euros ont été dépensés pour passer la crise, plus 100 milliards débloqués pour soutenir la relance de l’économie en France. Et 750 milliards de fonds européens ont été votés pour des prêts et subventions aux États-membres en difficulté etc. Dire qu’avant la crise sanitaire un trou de 12 milliards d’euros dans les caisses de retraite était présenté comme un drame absolu ! Dire que les 3 % de déficit autorisés du Traité de Maastricht étaient doctement assénés comme une règle intangible et un objectif sacré !

Conséquence de cette manne financière incroyable, les dettes des États s’envolent. Celle de la France par exemple est passée en quelques mois de 98 % à 121 % du PIB… C’est la résurrection de John Maynard de Keynes, dont la théorie économique prône de soutenir la consommation populaire par des déficits publics afin d’éviter la récession et les cracks comme celui de 1929.

Pendant ce temps, la dette flambe, plus sûrement que les feux de forêt chaque été.

La situation n’est pas meilleure en Afrique. De nombreux pays africains sont surendettés ou en passe de l’être. Le défaut de paiement apparaît pour certains quasiment inévitable. Ainsi, la Zambie, deuxième producteur de cuivre en Afrique, a un besoin urgent de restructurer sa dette publique extérieure – 11,2 milliards de dollars – pour éviter la banqueroute. D’autres, comme l’Angola, le Ghana ou encore l’Éthiopie, sont eux aussi proches d’un scénario similaire. En mars 2020, les ministres africains des finances avaient demandé 100 milliards de dollars à la communauté internationale pour lutter contre le Covid-19, dont 44 milliards affectés au remboursement de leurs dettes. Le 13 avril, Emmanuel Macron a annoncé vouloir « annuler massivement la dette » des pays africains. Pour l’instant, les pays du G20, dont la France, ont tout juste suspendu quelques remboursements. 200 organisations du monde entier demandent de véritables annulations des dettes pour permettre aux pays du Sud de faire face à la crise. Et que dire du Liban dont la situation financière était déjà catastrophique avant l’explosion au port de Beyrouth ?

 

Le lien dette-pardon

Et remets-nous nos dettes comme nous remettons à nos débiteursCette question de la dette est au cœur de l’Évangile de ce dimanche (Mt 18, 21-35). La parabole du débiteur impitoyable est inventée par Jésus pour demander à Pierre de pardonner 70 × 7 fois s’il le faut, c’est-à-dire sans limites. Or nous avons oublié le lien entre pardon et dette. Depuis que nous ne prions plus : sicut et nos dimittimus debitoribus nostri,  nous nous focalisons sur le pardon (pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux…) en oubliant la cause première du pardon : la dette contractée (debitoribus), ou au moins l’offense selon la (médiocre) traduction liturgique.

Car Jésus compare explicitement le pardon à une remise de dettes, non à l’effacement d’une offense, et il emploie pour cela le vocabulaire économique de son temps. Il l’avait déjà fait pour le Notre Père : « Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. » (Mt 6, 12) C’est le même mot grec opheilēmata = dettes qui est utilisé. Cet enseignement du Christ est dans la droite ligne du Jubilé (Lv 25 cf. infra) : pratiquer régulièrement l’effacement des dettes mutuelles, pour éviter que ne s’accumulent la haine, la rancœur et les vengeances sans fin (cf. Si 27,30 ; 28,1-7).

Il nous faut donc redécouvrir ce lien entre dette et pardon : comment pardonner si vous n’avez rien prêté à autrui ? Comment éprouver la joie d’être pardonné si vous ne devez rien à personne ? Voilà peut-être pourquoi nous avons éliminé la référence à la dette dans notre prière et notre conscience chrétienne : sous l’influence de l’individualisme contemporain (ne rien devoir à personne) ou d’un catéchisme psychanalytique mal digéré (enlever toute trace de culpabilité), nous oublions que nous vivons et prospérons grâce aux dettes contractées ou accordées à d’autres. Ne serait-ce que la dette de la vie ! Personne ne s’est fait tout seul : il doit à ses parents et à la formidable énergie vitale d’être apparu dans le monde. Il doit à la société l’école et l’université qui l’ont fait grandir. Il doit à notre système de santé d’espérer vieillir jusqu’à 80 ans et non plus 40 ans comme sous Louis XIV etc.

Éliminer la question de la dette, c’est se condamner à un isolationnisme superbe mais désespéré. Car c’est la circulation de la dette qui nous permet de nous éprouver comme liés  et solidaires, à condition que cette dette reste raisonnable, c’est-à-dire remboursable sans conséquences mortelles.

Pardonner 70 fois cette fois, c’est donc s’engager dans un circuit illimité de prêt–remboursement–remise de dettes. Nous le faisons sur le plan économique, pourquoi ne pas y revenir sur le plan spirituel ?

La remise des dettes est bien l’autre nom évangélique du pardon. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » demande Paul (1 Co 4,7) pour mettre en évidence la primauté de la grâce sur le mérite. De fait, qui n’est pas débiteur envers un autre, et Dieu en premier ? Symétriquement, malheur à moi si je n’ai jamais prêté à quelqu’un, si je n’ai jamais risqué mon argent, mon temps, mes biens en les confiant à un autre, bref si personne ne me doit rien ! Cela signifierait tant de solitude et si peu de confiance…

Pardonner sans limites, si l’on suit la parabole du débiteur impitoyable, c’est donc remettre les dettes lorsqu’elles deviennent insupportables.

Un exemple historique peut nous aider à croire que cela est possible : il y a des dettes odieuses qui doivent être annulées purement et simplement, dans l’intérêt de tous.


La dette odieuse

À Dieu la dette ! dans Communauté spirituelle 41T7mqZFzeL._SX322_BO1,204,203,200_En 1883, le Mexique avait refusé de rembourser une dette contractée auparavant par l’empereur Maximilien. Un régime injuste et illégitime ne pouvait lier le sort de son peuple pour des décennies. L’argument fit jurisprudence dans le droit international. Les États-Unis ont ainsi refusé que Cuba paye les dettes contractées par le régime colonial espagnol. Ils ont obtenu gain de cause via le Traité de Paris en 1898. C’est Alexander Nahum Sack, ancien ministre du Tsar Nicolas II, émigré en France après la révolution de 1917, professeur de droit à Paris, qui a formulé en 1927 ce concept juridique de « dette odieuse » :

« Si un pouvoir despotique contracte une dette non pas selon les besoins et les intérêts de l’État, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, cette dette est odieuse pour la population de l’État entier. Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation : c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée ; par conséquent, elle tombe avec la chute de ce pouvoir. »

On se souvient de l’énorme dette imposée à l’Allemagne en 1918 au nom des réparations de guerre : insupportable et humiliante, elle a été pour une part à l’origine de l’inflation galopante des années 30 en Allemagne, et de la montée du nazisme qui a su exploiter la dénonciation de ce joug injuste. Les vainqueurs de 1945 ne referont pas cette même erreur d’imposer une autre dette odieuse, et au contraire aideront l’Allemagne à se reconstruire, grâce au Plan Marshall notamment.

Les disciples du Christ feront écho sans peine à cette demande de ne pas faire peser sur les épaules des enfants les dettes que les pères ont injustement contractées. Tant de régimes dictatoriaux, en Afrique comme ailleurs, ont « plombé » l’avenir de leur peuple : il est de notre devoir de militer pour l’annulation de ces dettes odieuses, d’autant que souvent elles ont été conclues en connaissance de cause par les créanciers (un peu comme les banquiers ont fermé les yeux lors du surendettement des familles pauvres jusqu’en 2008)…

Sur le plan spirituel, la « dette odieuse » est celle que l’humanité a contractée à travers Adam symboliquement. C’est la structure même de notre condition de créatures, où nous découvrons notre complicité avec le mal, et la dette que cela engendre à l’égard de Dieu. C’est cette « dette odieuse » que le Christ a clouée sur le bois de la croix, selon le mot de Paul : « Il a détruit, au détriment des ordonnances légales, l’attestation de notre dette, qui nous était contraire ; il l’a supprimée en la clouant à la croix. »(Col 2,14)

Croire que nous ne vivons plus sous le régime de l’expiation pour des fautes passées est au cœur du christianisme : la grâce offerte annule les dettes odieuses.
Cela doit avoir des conséquences économiques.

 

La dette effaçable

9782227369016-200x303-1 dette dans Communauté spirituelleTous les 50 ans, la Bible prévoit de remettre en quelque sorte les compteurs à zéro entre créanciers et débiteurs.

« Vous déclarerez sainte cette cinquantième année et proclamerez l’affranchissement de tous les habitants du pays. Ce sera pour vous un jubilé : chacun de vous rentrera dans son patrimoine, chacun de vous retournera dans son clan » (Lv 25,10).

L’institution du Jubilé est l’expression d’une volonté politique pour lutter contre l’accumulation des inégalités et des handicaps sociaux, qui autrement ne feraient qu’augmenter de génération en génération. En annulant les dettes, en libérant les esclaves, en bridant l’héritage, Dieu invite l’homme à lui ressembler jusque dans ses relations sociales.

Dans certains documents civils grecs, le mot « aphésis » (pardon) signifie une « remise des taxes ». Et la traduction grecque de la Bible, appelée Septante, use de ce mot pour désigner, lors de l’année sabbatique, la relâche de l’homme accablé de dettes (Dt 15,1) mais aussi la relâche accordée à la terre pour qu’elle se repose (Ex 23,11) ou encore la libération des esclaves (Jr 34,17).

Le chap. 25 du Lévitique parle de l’année du Jubilé. Dans la Septante, le mot « aphèsis » y traduit exactement le mot hébreu « derôr », « libération » : « Vous déclarerez sainte la cinquantième année et vous proclamerez dans le pays la libération pour tous les habitants » (v.10). Mais – et cela est capital – il traduit aussi le mot « yobel », « jubilé ». Là où le texte hébreu dit : « ce sera pour vous un jubilé », la traduction grecque comprend : « ce sera pour vous un signal de liberté »(v.10 et 11). On le voit d’emblée : comprendre le sens libérateur du Jubilé, c’est mettre en valeur ses implications économiques et sociales. [1] 

La remise des dettes à chaque Jubilé ne semble guère avoir été observée jusqu’à présent. En tout cas, la remise jubilaire des dettes reste écrite dans la Torah comme l’expression de la sainteté de Dieu. Le gouverneur Néhémie par exemple obtient des riches du peuple qu’ils abandonnent la dette contractée par les plus pauvres en temps de famine, parce qu’elle est devenue insupportable (Ne 5,1-13).

Nombres d’économistes se sont inspirés de cette loi du Jubilé pour demander l’annulation de la dette des pays du Tiers-monde. On se souvient par exemple du sommet du G8 en 2005, où les 8 pays créanciers se sont entendus sur un effacement de dette pour 18 pays pauvres très endettés, pour un montant de 40 milliards de dollars. C’est donc qu’il est possible de poursuivre sur cette voie de libération des plus pauvres d’une dette insupportable (sous condition de lutte contre la corruption et de respect des plans d’ajustement structurel qui visent à favoriser les investissements privés).

Pourquoi ne pas en étudier les modalités pour les dettes des pays riches ?
Les 26-27 Octobre 2011, l’Europe a ainsi accepté que 50 % des 70 % de la dette grecque détenue par les créanciers privés (les banques au premier chef, les assureurs, des fonds d’investissement) – soit 35 % de la dette totale – soit purement et simplement effacée.

La parabole du débiteur impitoyable (Lc 18,23-35) résonne comme un appel à faire circuler l’effacement de la dette entre nous, condition essentielle pour rester libres. Car, dans l’esprit du Jubilé, remettre les dettes est jubilatoire…

 

La dette vertueuse

Le capitalisme repose sur le crédit (credo), c’est-à-dire sur la confiance (croire en l’autre). La monnaie fiduciaire (fides = foi, confiance) est le symbole de cette relation de confiance qui unit créanciers et débiteurs. Sans confiance pas d’échanges, pas d’économies modernes. En ce sens, un niveau de dette raisonnable est compatible avec la notion de risque pour faire fructifier les talents reçus.

Plans de sauvetage : une comparaison internationale

Après la crise de 1929, on a mis en pratique les théories de John Maynard Keynes sur l’offre et la demande. Si la crise est une crise de surproduction et de sous-consommation, alors il suffit d’injecter de l’argent public (quitte à ce que l’État s’endette pour cela) pour relancer la consommation et la croissance, faisant ainsi reculer le chômage et l’inflation. Hitler l’avait bien compris avec ses grands travaux d’infrastructure et ses dépenses publiques pour le réarmement de l’Allemagne. Le plan Marshall ensuite après-guerre a mis ces idées en pratique, et engendré l’hyperconsommation des années 50-80. Ces « Trente glorieuses » ont consacré la théorie keynésienne de la dette vertueuse : ce n’est pas grave d’emprunter, même massivement, car cela se retrouvera dans la croissance. C’est le fameux mythe du multiplicateur keynésien : endettez-vous de 100 € pour relancer l’économie par des dépenses publiques, et vous en trouverez 120 ou 150 dans la richesse produite.
Les plans de relance post-Covid ont remis cette mécanique keynésienne sous les feux de la rampe, pour que les économies des pays ne s’écroulent pas à court-terme sous l’absence de la consommation. Mais avec quelles conséquences sur les générations futures ?…
On sait pourtant que dépenser beaucoup plus que ce que l’on gagne est à terme toujours catastrophique, pour les États comme pour les particuliers !

L’argent est devenu en quelque sorte magique suite à la crise sanitaire de 2020 : il suffit de quelques signatures pour créer comme par enchantement 750 milliards de lignes de crédit à la Banque Centrale Européenne, ou 500 milliards supplémentaires dans le budget national français… La seule magie qui opère ici est celle de la confiance (fides toujours) : tant que les acteurs des marchés ont confiance dans la capacité des États à rembourser peu ou prou (au moins les intérêts de la dette !), la dynamique semble en équilibre. Jusqu’à la prochaine crise de confiance dont la dévastation sera à la hauteur des déficits consentis…

Par contre, il existe bel et bien une ‘dette vertueuse’ en régime chrétien.

« Ne gardez entre vous aucune dette, sinon celle de l’amour mutuel » (Rm 13,8): Saint-Paul ne veut pas d’une économie basée sur l’emprunt dans la communauté chrétienne. Mais il sait que la circulation du don est liée à la reconnaissance de la dette d’amour, envers Dieu d’abord et tous ensuite. « Pour ne rien dire de la dette qui t’oblige toujours à mon endroit, et qui est toi-même! » (Ph 1,19) précise encore Paul à l’encontre du maître de l’esclave Philémon.

Je suis aimé avant que d’aimer.
Je reçois la vie avant de la donner.
Cette antériorité de l’amour reçu sur l’amour donné crée une dette vertueuse qui oblige à la faire circuler entre tous. Chacun, ne pouvant rembourser cette dette-là, accorde à l’autre un crédit qu’il renonce par avance à récupérer entièrement.
La parabole du bon samaritain qui soigne le blessé à l’auberge et disparaît pour ne pas être remboursé de sa dette en est la figure évangélique la plus aboutie (Lc 10,25-37).

Vive la dette qui circule et crée l’échange !

 

La dette souveraine

C’est la dette d’un État souverain.

L’explosion des dettes américaines et européennes est en effet en train d’engendrer une crise plus grave que celle des subprimes en 2008. À l’époque, c’étaient les pauvres qui s’endettaient trop – sous la pression des banques – pour acheter leur maison aux USA. Aujourd’hui, ce sont les États riches qui risquent de devenir insolvables…

Sur le graphique ci-dessous, on s’aperçoit toutefois que cette question est un vieux problème : depuis deux siècles, la dette publique française a connu des sommets plus impressionnants qu’aujourd’hui ! Mais à chaque fois cela s’est mal terminé : guerres, dépression économique, inflation galopante…

Dette France 1790-2010

Dette France 1790-2010

Les partisans d’une certaine sobriété ne manqueront pas d’en tirer avantage, en s’appuyant sur les appels évangéliques à la simplicité de vie. La frugalité était une vertu du capitalisme naissant. On ferait bien d’y revenir !
Mais les plans de relance suite à la crise du Covid 19 vont faire exploser la dette publique de tous les pays : décidément, Keynes n’est pas mort…

Relisons cette semaine la parabole du débiteur impitoyable, en nous souvenant de l’invitation de Paul qui lui fait écho : « Ne gardez entre vous aucune dette, sinon celle de l’amour mutuel ».

 


 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis » (Si 27, 30 – 28, 7)

Lecture du livre de Ben Sira le Sage

Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur est passé maître. Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés. Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ? Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ; qui donc lui pardonnera ses péchés ? Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements. Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas.

PSAUME

(Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 9-10, 11-12)
R/ Le Seigneur est tendresse et pitié,lent à la colère et plein d’amour. (Ps 102, 8)

Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses
et te guérit de toute maladie ;
il réclame ta vie à la tombe
et te couronne d’amour et de tendresse.

Il n’est pas pour toujours en procès,
ne maintient pas sans fin ses reproches ;
il n’agit pas envers nous selon nos fautes,
ne nous rend pas selon nos offenses.

Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint ;
aussi loin qu’est l’orient de l’occident,
il met loin de nous nos péchés.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Si nous vivons, si nous mourons, c’est pour le Seigneur » (Rm 14, 7-9)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.

ÉVANGILE

« Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois » (Mt 18, 21-35)
Alléluia. Alléluia.Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » Alléluia. (cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent). Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.’ Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette.
Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : ‘Rembourse ta dette !’ Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai.’ Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait. Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : ‘Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?’ Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.
C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »
 Patrick BRAUD

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24 août 2020

Mon âme a soif de toi

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Mon âme a soif de toi

Homélie pour le 22° Dimanche du temps ordinaire / Année A
30/08/2020

Cf. également :

Le serpent temporel
L’effet saumon
Le jeu du qui-perd-gagne
La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste
Les trois soifs dont Dieu a soif

Le Psautier : Version oecuménique, texte liturgiqueLe psaume de notre liturgie (2° lecture ; Ps 62) est celui de l’office de Laudes de chaque dimanche du temps pascal et de la semaine I. Tous ces dimanches, des millions d’hommes et de femmes s’éveillent à la louange du jour de la Résurrection avec les mêmes mots sur leurs lèvres : « Dieu tu es mon Dieu ; je te cherche dès l’aube. Mon âme a soif de toi, terre aride, altéré, sans eau ».

Le thème de la quête et celui de la soif se croisent ainsi en un gémissement où le désir de Dieu s’accroît de psalmodier ce cri plusieurs fois millénaire. Avoir soif de Dieu, le chercher en toutes choses et avant toutes choses, c’est le moteur même de la vie spirituelle. Reconnaître qu’il me manque, que mon désir le plus vrai au-delà des pulsions instinctives est orienté vers lui : les psaumes n’en finissent pas de chercher Dieu, criant vers lui « des profondeurs » ou « jubilant à l’ombre de ses ailes », blottis en lui « comme un petit enfant tout contre sa mère » ou désespérés de n’éprouver que son silence et son absence… Comme le psaume 62 (63), le psaume 41 (42) exprime lui aussi notre soif de Dieu et l’intensité de notre quête de Dieu, mais à travers l’image d’un cerf assoiffé : « comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche, toi mon Dieu ». Cette allégorie du cerf assoiffé est souvent sculptée sur les façades de nos églises romanes, en la situant dans une scène de chasse familière en ces temps-là (XI°–XIII° siècles).

 

La double frise de la cathédrale d’Angoulême

Un des plus beaux exemples de cette soif de Dieu incarnée dans un cerf est gravé sur la façade et le chevet de la cathédrale d’Angoulême (Charente). Chef-d’œuvre de l’art roman à coupoles, sa façade est une véritable catéchèse de pierre regorgeant de symboles. Parmi eux, une première frise assez longue (4m à 5 m sur 1 m de hauteur) représente un cerf pourchassé par les chiens d’une meute.

 

La chasse à courre : une frise mystique

En bas à droite de la façade, cette frise attire nos regards. Un cerf y est pourchassé par un cavalier (qui sonne de sa trompe et tient un arc à la main avec sa flèche prête à être tirée), deux chiens, et un maître piqueur avec son lévrier en laisse.  C’est donc une scène de chasse à courre.

Frise Cerf Cathédrale Angoulême Façade

Frise Cathédrale Angoulême Façade

Pourquoi graver une scène de chasse sur la façade d’une cathédrale ?
Parce que Girard II (l’auteur de la cathédrale, évêque d’Angoulême de 1102 à 1130 environ) aurait été chasseur ? par pur motif esthétique ?
Sans doute non. La chasse est en effet un thème spirituel omniprésent dans la littérature spirituelle biblique, depuis les rabbis parlant de la quête de Dieu comme d’une chasse, jusqu’aux Pères de l’Église exploitant tous les détails de cette allégorie de la chasse à courre pour parler du désir de Dieu.
Ne dit-on pas en français courant : « se mettre en chasse » pour désigner la quête d’un objet, ou même d’un partenaire amoureux ? Se mettre en quête du Christ est donc une condition indispensable pour parcourir le programme de la façade de la cathédrale.

Dans l’iconographie médiévale, le cerf en était venu à désigner le Christ. Ses bois évoquent le bois de la Croix, car ils repoussent si on les coupe, à l’image du Christ ressuscitant quand on lui enlève la vie. On raconte qu’Hubert se convertit en voyant dans les bois d’un cerf le signe de la Croix du Christ ; saint Eustache également (ils devinrent pour cela patron des chasseurs / des sonneurs).

Le chercheur de Dieu devient lui-même un cerf : « comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche, toi mon Dieu. Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant… » (Ps 42)
« De même que le cerf, après avoir été chassé, a soif, de même toi, cours tout bonnement devant toi et laisse s’allumer en toi une nouvelle soif de Dieu. C’est pour cela que tu es chassé. Ou encore : « l’homme, cerf chassé, court à Dieu comme il convient, gagné par la soif de Celui en qui sont réellement toute paix, toute vérité, toute consolation » (Tauler au XIV° siècle).

Cette frise est donc proprement mystique. Elle traduit le désir de Dieu, la quête intérieure qui permet au visiteur d’entrer véritablement dans le mystère offert par la cathédrale, au lieu d’en rester purement extérieur. Celui qui entre sans être habité par une soif de Dieu comparable à celle du cerf poursuivi par la meute risque de passer à côté de ce que la cathédrale a à lui offrir.

 

La chasse à courre : le désir infini

De manière inclusive, fortement voulue par l’auteur de la cathédrale, le chevet de l’édifice comporte une frise semblable, celle d’une biche, frémissante de sa course, poursuivie par deux chiens à la gueule ouverte et aux crocs menaçants.

Frise Cerf Cathédrale Angoulême Chevet

Frise Cathédrale Angoulême Chevet

Elle forme donc une magnifique inclusion avec la frise de la chasse à courre sur la façade, à l’autre extrémité de l’édifice, ainsi traversé de part en part par le thème de la soif de Dieu. Même après avoir franchi la porte, s’être rassemblé avec l’Église, avoir communié au Christ dans son eucharistie, le chemin n’est pas encore terminé pour autant ! Ni la vie en Église, ni les sacrements ne suffisent pour aller totalement à la rencontre du Dieu vivant. La quête spirituelle continue une fois sorti de la cathédrale, et se prolonge dans tous les domaines de la vie. La dimension mystique de la foi se nourrit de ce passage dans la cathédrale, et se joue dans la vie intérieure, mais aussi familiale, sociale…

Il s’agit de ne jamais enclore la recherche de Dieu, de ne jamais croire qu’on l’a trouvé. Comme l’écrivait le génial Saint Augustin : « Le chercher avec le désir de le trouver, et le trouver avec le désir de le chercher encore…. »

La biche poursuivant sa course, haletante du désir de Dieu, nous invite à ne jamais nous arrêter dans notre propre course intérieure. « Le seul élément stable du christianisme, c’est l’ordre de ne s’arrêter jamais » (Bergson). « Car c’est là proprement voir Dieu que ne d’être jamais rassasié de le désirer sans cesse… » (Grégoire de Nysse).

 

Jean Tauler et le cerf altéré

Une fois n’est pas coutume, voici le sermon 11 de Jean Tauler (1300–1361), un des plus grands représentants du courant appelé « mystique rhénane » (au XIV° siècle en Rhénanie), avec Maître Eckhart et Henri Suso. Tauler évoque la soif spirituelle qui fait de nous des cerfs pourchassés par les tentations, mais promis à la jubilation de la source à pleine gorgées.

 

Sermon 11 [1]

Mon âme a soif de toi dans Communauté spirituelle 51DYVRZ82XL._SX285_BO1,204,203,200_« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi » (Jn 7,37–38).
Ce qu’est la soif de Dieu. Comment elle se développe pareille à celle d’un cerf, dans la chasse faite à l’homme par les chiens de multiples tentations.

« Si quelqu’un a soif ». Qu’est-ce donc que cette soif ? C’est tout simplement ceci : quand le Saint Esprit vient dans l’âme et y allume un feu d’amour, un charbon d’amour qui provoque dans l’âme un incendie d’amour. Du feu de cet incendie jaillisse alors des étincelles d’amour qui engendrent une soif et un délicieux désir de Dieu ; et il arrive parfois que l’homme ne sache pas alors ce qu’il a, tant il ressent une détresse et un dégoût de toute créature.

« Comme le cerf soupire après l’eau vive, mon âme a soif de toi, mon Dieu. (Psaume 41,2).
Quand le cerf est vivement chassé par les chiens à travers forêts et montagnes, son grand échauffement éveille en lui une soif et un désir de boire plus ardents qu’en aucun autre animal. De même que le cerf est chassé par les chiens, ainsi le débutant dans les voies de Dieu est chassé par les tentations. Dès qu’il se détourne du monde, il est en particulier pourchassé avec ardeur par sept forts mâtins vigoureux et agiles. Ce sont les sept péchés capitaux. Ils le chassent avec de fortes et grandes tentations. Plus cette chasse est vive et impétueuse, plus grande devrait être notre soif de Dieu et l’ardeur de notre désir. Parfois il arrive qu’un des chiens rattrape le cerf et s’accroche, avec ses dents, au ventre de la bête. Quand alors le cerf ne peut se débarrasser du chien, il l’entraîne avec lui près d’un arbre et le frappe si fort contre l’arbre qu’il lui brise la tête et ainsi s’en délivre. Voilà précisément ce que l’homme doit faire. Quand il ne peut se rendre maître de ses chiens, de ses tentations, il doit en grande hâte courir à l’arbre de la Croix et de la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ et là y cogner son chien, c’est-à-dire sa tentation et lui briser la tête. Cela veut dire que là, il triomphe de toute tentation et s’en délivre complètement.

Mais quand le cerf s’est débarrassé des gros chiens, viennent alors les petits bassets qui courent sous le cerf et le mordillent çà et là. Le cerf ne se garde pas suffisamment de ces petits chiens, et cependant ils le déchiquettent tant et si bien qu’il finit par en faiblir. Il en va de même pour l’homme. Quand il s’est débarrassé et a triomphé des grosses fautes, alors accourent les petits chien dont il ne se garde pas : bijoux, compagnies mondaines, passe-temps humains, amabilités, peu importe, tout cela l’entame çà et là par petits morceaux, c’est-à-dire qu’ils éparpillent son cœur et son for intérieur, de telle sorte que cet homme finit, comme le cerf, par faiblir dans toute sa vie pieuse, à la grâce et à la dévotion. Tout son zèle pour la piété s’évanouit un ainsi que tout sentiment de Dieu et de toute sainte pensée. C’est ainsi que ces petits chiens lui font souvent plus de tort que les grandes tentations. Car des grandes, il se garde, les tenants pour mauvaises, mais des petites, il ne s’en soucie pas.

Voici maintenant ce que font souvent les chasseurs. Quand le cerf est épuisé de soif et de fatigue, ils rappellent et retiennent les chiens pendant quelque temps – quand ils sont sûrs  de tenir le cerf – et ils le laissent un peu reprendre haleine pendant quelques instants. La bête en est ainsi très réconfortée et peut d’autant mieux supporter la chasse une seconde fois. C’est ainsi qu’agit notre Seigneur. Quand il voit que la tentation et sa chasse deviennent trop violentes et trop pénibles pour l’homme, il les arrêtent un peu et met sur les lèvres du cœur de l’homme une goutte de la douce saveur des choses divines. L’homme en est si fortifié que tout ce qui n’est pas Dieu lui paraît méprisable, et qu’il lui semble alors avoir triomphé de toute sa misère. Mais ce n’est là qu’un réconfort pour une nouvelle chasse. Au moment où il y pense le moins, voilà que les chiens lui sautent de nouveau à la gorge et l’assaillent avec un acharnement beaucoup plus fort que la première fois. Mais cependant il est fortifié et a bien plus de résistance qu’auparavant.

Quand le cerf a triomphé de tous les chiens et qu’il est arrivé à l’eau, il s’y abandonne à boire à pleine bouche et se désaltère tout à son aise, autant qu’il peut. L’homme agit de même lorsque, avec le secours de Dieu, il s’est débarrassé de toute la meute de chiens, grands et petits, et qu’altéré il arrive à Dieu. Que ferait-il alors si ce n’est de humer et boire à pleine bouche le divin breuvage tant et si bien qu’il soit vraiment enivré et si plein de Dieu, que dans la plénitude de sa félicité, il s’oublie complètement lui-même. Il ne craint plus ni vie ni mort, ni plaisir ni douleur. Cela vient de ce qu’il est enivré. Après cela, il entre dans une paix ineffable, en sorte que tout lui est allégresse et joie.

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi… de son sein couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 37-38).
Dieu avait besoin de trouver en nous une soif qui nous attire et lui permette de nous abreuver si abondamment que, du sein de ceux qui ont bu à ce breuvage « couleront des fleuves d’eau vive ».

 


[1]. Jean Tauler, Aux amis de Dieu, Ed. du Cerf, collection Foi vivante, 2001, pp. 41–44.

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« La parole du Seigneur attire sur moi l’insulte » (Jr 20, 7-9)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. À longueur de journée je suis exposé à la raillerie, tout le monde se moque de moi. Chaque fois que j’ai à dire la parole, je dois crier, je dois proclamer : « Violence et dévastation ! » À longueur de journée, la parole du Seigneur attire sur moi l’insulte et la moquerie. Je me disais : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. » Mais elle était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir.

PSAUME

(Ps 62 (63), 2, 3-4, 5-6, 8-9)
R/ Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu ! (cf. Ps 62, 2b)

Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube :
Mon âme a soif de toi ;
Après toi languit ma chair,
Terre aride, altérée, sans eau.

Je t’ai contemplé au sanctuaire,
j’ai vu ta force et ta gloire.
Ton amour vaut mieux que la vie :
tu seras la louange de mes lèvres !

Toute ma vie je vais te bénir,
lever les mains en invoquant ton nom.
Comme par un festin je serai rassasié ;
la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

Oui, tu es venu à mon secours :
je crie de joie à l’ombre de tes ailes.
Mon âme s’attache à toi,
ta main droite me soutient.

DEUXIÈME LECTURE

« Présentez votre corps en sacrifice vivant » (Rm 12, 1-2)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.

 

ÉVANGILE

« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même » (Mt 16, 21-27)
Alléluia. Alléluia.Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel. Alléluia. (cf. Ep 1, 17-18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 En ce temps-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »
Patrick BRAUD

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