L'homelie du dimanche

  • Accueil
  • > Recherche : priere entrer en tentation

11 juillet 2021

Les écarts de Jésus et les nôtres

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Les écarts de Jésus et les nôtres

 Homélie pour le 16° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
18/07/2021

Cf. également :

Il a détruit le mur de la haine
Medium is message
Du bon usage des leaders et du leadership
Des brebis, un berger, un loup
Le berger et la porte
La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste
Un manager nommé Jésus

Où est passé le Général ?

Les Brulûres de l’Histoire - 29 mai 1968 : De Gaulle disparaitLes journaux du 30 mai 1968 posaient tous la question à la Une : « où donc est De Gaulle ? » La veille en effet, il avait disparu de l’Élysée et personne ne savait vraiment où se trouvait le Président, pas même son premier ministre Georges Pompidou ! En pleine période d’émeutes et de manifestations de mai 68, le Général avait subitement ressenti le besoin de prendre du recul, de se mettre à l’écart de ce tumulte pendant quelques heures. On le reverra ce soir du 30 mai rentrant à La Boisserie, sa demeure de Colombey-les-Deux-Églises. On apprendra plus tard que le chef de l’État s’était entre-temps rendu à Baden-Baden en Allemagne pour aller prendre conseil auprès du général Massu… De Gaulle refera le coup du retrait spectaculaire en 1969, après l’échec du référendum qui l’amènera à démissionner. Du 10 mai au 19 juin 1969, on le vit arpenter les dunes sableuses en Irlande, avec sa femme Yvonne, aux confins de cette terre d’extrême occident qu’est la plage de Derrynane. Besoin là encore de prendre du recul, de la hauteur, en revenant à ses racines irlandaises à un tournant de son histoire.

Toutes proportions gardées, Jésus fait son petit De Gaulle (à moins que ce ne soit l’inverse !) dans l’Évangile de ce dimanche (Mc 6, 30-34), en obligeant ses disciples à venir avec lui à l’écart de la foule : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. (…) Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart ».

En français, ce mot écart est riche de significations. Quand quelqu’un fait un écart de conduite, c’est qu’il sort des rails tracés par les mœurs habituelles, ce qui est le plus souvent jugé négativement par les gens dits normaux. Commettre un écart de langage, c’est se laisser aller à des vulgarités choquantes. Le cheval qui fait un écart se débrouille ainsi pour éviter un obstacle. Les ballerines font le grand écart sur la scène théâtrale, pendant que les politiciens font le grand écart sur la scène publique entre des valeurs inconciliables… Il n’est jusqu’au tarot ou l’obligation d’écarter le chien réserve son lot de surprises à celui qui prend !

Jésus ici part à l’écart, et invite ses amis à faire de même avec lui. Qu’est-ce que cela veut dire ? En quoi cela peut-il nous concerner aujourd’hui ?

 

Pourquoi l’écart ?
Relisons les autres passages des Évangiles où Jésus va à l’écart.

– Pour se protéger

Les écarts de Jésus et les nôtres dans Communauté spirituelleDans l’Évangile de Marc d’abord, celui que nous lisons en cette année B.
Au début, il y est presque obligé, car un lépreux guéri lui fait une telle publicité que Jésus préfère éviter la  foule avide de sensationnel : « Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui » (Mc 1,45).
À nous également il peut nous arriver de rencontrer un tel succès que nous devons nous protéger de la curiosité des foules, surtout quand elle est malsaine.

 

Pour guérir

On amène à Jésus un sourd, qui de plus parlait difficilement. Pour lui redonner l’ouïe et la parole, Jésus l’amène à l’écart de la foule : « Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue » (Mc 7, 33).
Par respect de la pudeur de l’infirme sans doute. Pour éviter la curiosité de la foule sur ses prétendus secrets de guérisseur. Pour ne pas se mettre en vedette. Saint Vincent de Paul disait : « quand vous donnez à un pauvre, il faut se retirer avant qu’il puisse vous remercier ». Guérir à l’écart des regards relève de cette même pudeur qui préserve la liberté du guéri et le protège des foules. Et cet écart préserve le bienfaiteur de la vaine gloire.
À nous de pratiquer cette même discrétion lorsqu’il nous arrive d’intervenir en faveur de quelqu’un. Venir en aide à l’écart permet de ne pas humilier, de ne pas rendre dépendant, de ne pas en tirer orgueil soi-même. « Que ta main gauche ignore ce que donne la main droite ! » (Mt 6,3).

 

– Pour retrouver sa vraie identité

À un moment-clé de sa mission, avant de plonger dans l’enfer de sa Passion, Jésus prend de la hauteur, physiquement, en se séparant de tous ceux qui le suivent pour gravir le Mont Thabor. Il n’emmène avec lui, à l’écart, que les trois témoins de sa Transfiguration, qui seront également les trois témoins de sa défiguration de Gethsémani : « Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux » (Mc 9, 2).
Nous aussi, lorsque nous devinons être un moment-clé de notre parcours, il peut nous être salutaire d’aller à l’écart, avec deux ou trois compagnons de route, pour aller puiser en hauteur la force d’affronter les épreuves qui nous attendent en bas. Être transfiguré demande de faire un écart, de ne pas rester le nez collé à l’action immédiate, pour refluer à la source de notre identité : « tu es mon fils bien-aimé… »

 

- Pour poser une question confidentielle

Là, ce sont quelques disciples qui veulent poser une question délicate à Jésus : « Et comme il s’était assis au mont des Oliviers, en face du Temple, Pierre, Jacques, Jean et André l’interrogeaient à l’écart » (Mc 13, 3). Ils sont bien embarrassés de poser leur question devant tout le monde, car cela risque de déstabiliser le groupe : « Dis-nous quand cela arrivera et quel sera le signe donné lorsque tout cela va se terminer » (Mc 13, 4 5).
Il y a des moments nous devons attendre d’être à l’écart, en toute confidentialité, pour poser certaines questions, échanger certains propos. Tout n’est pas dicible ouvertement. À nous de discerner ce qui doit être échangé à l’écart.

Dans les trois autres Évangiles, on repère encore d’autres raisons pour lesquelles Jésus va à l’écart :

- Pour passer à une autre mission

« Quand les Apôtres revinrent, ils racontèrent à Jésus tout ce qu’ils avaient fait. Alors Jésus, les prenant avec lui, partit à l’écart, vers une ville appelée Bethsaïde » (Lc 9, 10). Après le débrief de la première mission, Jésus prépare ses disciples à l’épisode de la multiplication des pains.
Entre deux temps forts de nos responsabilités, nous pouvons également marquer un temps d’arrêt, une pause, à l’écart. Enchaîner les projets à un rythme infernal sans se ressourcer entre-deux est le symptôme d’une boulimie d’action plutôt inquiétante à la longue…

 

– Pour prier et s’interroger sur soi-même.

J%C3%A9sus-pleure-sur-J%C3%A9rusalem-Greg-Olsen-20e écart dans Communauté spirituelle« En ce jour-là, Jésus était en prière à l’écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : “Au dire des foules, qui suis-je ?” » (Lc 9, 18).
Jésus régulièrement se met en retrait pour prier. Seul, à l’écart, dans un endroit où il se retrouve. Le passage cité montre qu’à l’écart, il s’interroge sur sa véritable identité, au point de revenir vers ses disciples pour leur demander : « qui suis-je ? »
Qui de nous n’a jamais été troublé au point de se demander : ‘qui suis-je ?’ Aller à l’écart pour prier cette interrogation est toujours un réflexe de bonne santé spirituelle.

 

– Pour se reposer

C’est le sens le plus simple, celui de notre évangile de ce dimanche. Jésus fait le lien explicite entre être à l’écart et se reposer : « Il leur dit : “Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu.” De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger » (Mc 6, 31). En bon manager, il sait que son équipe a besoin de souffler de temps à autre. Et c’est vrai qu’en entreprise, prendre régulièrement une journée ‘au vert’ avec son équipe de travail est une sage et bonne habitude. Organiser un séminaire de rentrée dans un lieu agréable, prévoir une journée de débrief dans un cadre ressourçant etc. font partie des rituels indispensables à la santé relationnelle d’une équipe. Dans l’Évangile, c’est pour nourrir les foules de pain et de parole. Mais n’est-ce pas peu ou prou la finalité de toute activité professionnelle ?

 

De quoi l’écart est-il le nom ?

Examinons de plus près les enjeux de cet écart que Jésus fait faire aujourd’hui en embarquant ses disciples.

Frustrer les attentes immédiates de la foule.

Marc prend bien soin de préciser qu’il y avait un tel flux de demandeurs et de curieux qu’« on n’avait même pas le temps de manger ». Malgré l’attente énorme manifestée par tous ces gens, Jésus dit stop. En les mettant à l’écart, Jésus sait qu’il va couper tous ces gens d’un contact avec les disciples. Il file à l’anglaise, sachant qu’ils vont faire beaucoup de déçus dans l’immédiat. D’ailleurs la foule le supportera si peu qu’elle les suit en courant pour arriver avant de l’autre côté du lac ! La foule est dans le principe de plaisir : tout, tout de suite. Oser résister à cette pression populaire un peu magique fait partie du courage apostolique. Il est bon parfois de décevoir, de différer la demande. L’enjeu pour la foule est de transformer son besoin en désir, d’éduquer ce désir en le faisant grandir à la taille de ce que Dieu veut nous donner, qui est le plus souvent différent de ce que nous demandons… Pour les disciples, l’enjeu est d’apprendre à dire non, à devenir des pédagogues pour emmener ceux qui viennent à eux au-delà de leur première attente.

 

- Ne pas se laisser dévorer

Les gens ont faim de guérisons et de paroles. Du coup, ils dévorent les Douze, leur temps, leur énergie, jusqu’à les empêcher de manger eux-mêmes. Or rien ne sert aux pauvres que le riche épuise toute sa richesse d’un coup à tout donner ! La sagesse commande de préserver son intégrité en posant des limites, en sanctuarisant l’intime, en se soustrayant aux pressions indues. Un apôtre qui se viderait de lui-même au nom de sa mission y serait-il fidèle ? Comment pourrait-il à nouveau sauver, soigner, guérir, nourrir s’il s’effondre ? On a connu des militants très engagés qui se sont complètement négligés au nom de leur mission. Ce n’est pas sans susciter quelques interrogations : d’où vient cette volonté de toute-puissance ? Peut-on s’oublier soi-même au point de se détruire sous prétexte d’aider les autres ? L’amour des autres ne demande-t-il pas de s’aimer soi-même ? Le mythe de l’homme mangé qui sacrifie tout à la passion de son métier (de son ministère…) n’est pas au goût du Jésus ! Visiblement, ce n’est pas ce qu’il veut pour ses disciples, dont il prend soin en leur évitant le breakdown, le burn-out, en les emmenant à l’écart se reposer.

 

– Aimer la solitude

EALE-Mt-14-13-1024x684 reposÀ l’écart, dans un endroit désert : cela signifie se soustraire au bruit, à l’agitation, à la foule, aux occupations multiples. C’est accepter un rendez-vous avec soi-même, dans la solitude d’un monastère, d’un lieu spécial. Pour une équipe, c’est un rendez-vous avec un huis clos bienfaisant, en coupant les portables, en refusant l’éparpillement des journées de travail habituelles pour se retrouver ‘entre nous’.
Aimer la solitude permet donc de faire cet écart salutaire qui nous fera revenir remplis d’énergie et de richesse intérieure.
Elle serait suspecte l’agitation de quelqu’un qui multiplierait les activités, les actions, les occupations pour fuir la solitude, consciemment ou non…

 

– Aimer le repos

Les dimanches précédents nous ont fait aimer ces temps de repos où l’on fait une pause pour se ressourcer. « Dieu comble son bien-aimé quand il dort ». « Qu’il dorme ou qu’il se lève, la graine pousse d’elle-même sans qu’il sache comment ». Jouir d’un repos bien mérité, à l’écart du rythme ordinaire, est là encore une marque de sagesse. Les hyperactifs ont du mal à s’accorder ce temps de grâce, que les jaloux taxeront de paresse, les calculateurs de perte de temps. Pourtant, dormir bien calé dans le fond de la barque, admirer un beau paysage, savourer une bonne musique, tout simplement ne rien faire alors que tout s’agite autour de vous, tout cela fait partie d’une vie spirituelle équilibrée. Celui qui puise régulièrement à ce trésor d’équilibre aura à cœur d’en faire profiter son équipe, sa famille, ses amis. Les vacances, le tourisme, le sport, les rendez-vous festifs de l’été etc. s’inscrivent dans cette responsabilité qui est la nôtre : ouvrir à nos compagnons de route la possibilité de se reposer en chemin, à l’écart, dans un endroit désert.

 

- Nourrir l’action
Sans ce repos, l’action se vide de sa substance. Elle s’essouffle, tourne sur elle-même, se dégrade en activisme répétitif si régulièrement une césure ne vient à nouveau la connecter à sa source. Se mettre à l’écart, au repos, permet de revenir à l’action ensuite avec plus de profondeur. Tout engagement social, professionnel ou autre, s’il ne se nourrit pas régulièrement, dégénère en idéologie ou en répétition mécanique. Une nouvelle version du thème cher à Taizé autrefois : lutte et contemplation. Jamais l’une sans l’autre.
Être toujours dans l’action est une forme d’anorexie de l’âme. À la longue, cela ne peut qu’engendrer l’idolâtrie du pouvoir pour le pouvoir. Si l’action n’est pas nourrie de retraits réguliers, à l’écart, elle se transforme imperceptiblement en convulsions frénétiques, désordonnées, insensées.

 

Allons donc nous mettre à l’écart, cet été, pour nous reposer un peu. Et conduisons ceux dont nous sommes responsables à l’écart eux aussi, en barque, en téléphérique ou en montgolfière ! L’écart peut s’appeler monastère, lac de montagne, voilier en balade, randonnée en tous genres.
L’essentiel est de goûter le repos qui régénère, à l’écart des foules et du rythme ordinaire. Car Dieu comble son bien-aimé quand il dort, quand il rêve, quand il admire, s’émerveille, goûte la Création avec bonheur…

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je ramènerai le reste de mes brebis, je susciterai pour elles des pasteurs » (Jr 23, 1-6)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Quel malheur pour vous, pasteurs ! Vous laissez périr et vous dispersez les brebis de mon pâturage – oracle du Seigneur ! C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël, contre les pasteurs qui conduisent mon peuple : Vous avez dispersé mes brebis, vous les avez chassées, et vous ne vous êtes pas occupés d’elles. Eh bien ! Je vais m’occuper de vous, à cause de la malice de vos actes – oracle du Seigneur. Puis, je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis de tous les pays où je les ai chassées. Je les ramènerai dans leur enclos, elles seront fécondes et se multiplieront. Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront ; elles ne seront plus apeurées ni effrayées, et aucune ne sera perdue – oracle du Seigneur.
Voici venir des jours – oracle du Seigneur, où je susciterai pour David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice. En ces jours-là, Juda sera sauvé, et Israël habitera en sécurité. Voici le nom qu’on lui donnera : « Le-Seigneur-est-notre-justice. »

 

PSAUME
(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer. (cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Le Christ est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité » (Ep 2, 13-18)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ. C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix ; en sa personne, il a tué la haine. Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches. Par lui, en effet, les uns et les autres, nous avons, dans un seul Esprit, accès auprès du Père.

 

ÉVANGILE
« Ils étaient comme des brebis sans berger » (Mc 6, 30-34)
Alléluia. Alléluia.Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ; moi, je les connais, et elles me suivent. Alléluia. (Jn 10, 27)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, après leur première mission, les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné. Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux. En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement.
.Patrick Braud

Mots-clés : , ,

21 mars 2021

Rameaux : vous reprendrez bien un psaume ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Rameaux : vous reprendrez bien un psaume ?

 Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur / Année B
28/03/2021

Cf. également :

Rameaux : la Passion hallucinée de Jérôme Bosch
Rameaux : le conflit ou l’archipel
Comment devenir dépassionnés
Rameaux : assumer nos conflits
Rameaux, kénose et relèvement
Briser la logique infernale du bouc émissaire
Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux
Le tag cloud de la Passion du Christ
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
C’est l’outrage et non pas la douleur
Il a été compté avec les pécheurs
Sortir, partir ailleurs…

Le récit de la Passion que nous venons d’entendre – de vivre – en ce dimanche des Rameaux est le cœur du Nouveau Testament. Les premières traditions orales se sont constituées autour de ces trois jours à Jérusalem ; les premiers écrits de ce qui deviendra les Évangiles également. Une caractéristique de ces lignes saute aux yeux : elles sont truffées de citations de psaumes du début à la fin. Quand on en fait la recension, on obtient le tableau suivant, montrant que 7 psaumes sont cités par les rédacteurs à partir du procès. Et les célèbres 7 paroles du Christ en croix (si magnifiquement mises en musique pas Schütz, Pergolèse, Haydn, Franck ou Gounod) sont des bouts de psaumes mis sur les lèvres de Jésus agonisant.

                                              LES PSAUMES DE LA PASSION

Les psaumes de la Passion

En italique ou souligné, les allusions ou citations mises dans la bouche de Jésus

Que peut nous apprendre aujourd’hui ce recours aux psaumes pour décrire la Passion du Christ ?
À quel usage des psaumes cela peut-il nous appeler pour nos propres passions ?
Pourquoi donc prier les psaumes ?

 

1. Pour trouver les mots lorsqu’on n’en a plus

Rameaux : vous reprendrez bien un psaume ? dans Communauté spirituelle M02204011738-sourceTout au long des sept offices quotidiens, les moines et les moniales chantent les 150 psaumes de la Bible en une semaine, chaque semaine. À force, ils les connaissent par cœur. Ou plutôt par le cœur : leurs mots leur viennent aux lèvres naturellement quand une émotion vient les bouleverser, heureuse ou dramatique. Les millions de prêtres, religieux et religieuses, et même de laïcs pratiquant le bréviaire (« Prière du Temps Présent ») deux ou trois fois par jour font la même expérience : lorsqu’on est submergé par un sentiment très fort, l’esprit va puiser inconsciemment dans les réserves de mots accumulées par temps calme. Alors que l’émotion nous rend muet, la mémoire nous fournit les mots. Lorsque l’angoisse nous étreint au-delà de tout, nous murmurons : « mon cœur est comme de la cire, il fond au milieu de mes entrailles » (Ps 21,15). Lorsque le désir de Dieu nous brûle, nous nous tournons vers lui : « Dieu tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube. Mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau » (Ps 62,2). Lorsque nous subissons le mal de la part d’autrui : « écoute, ô mon Dieu, le cri de ma plainte ; face à l’ennemi redoutable, protège ma vie » (Ps 63,2). Lorsque la reconnaissance nous inonde pour les bienfaits reçus, nous répétons le leitmotiv du psaume 117 : « éternel est son amour… »

Relisez le psautier : à chaque strophe, vous pourrez associer un ou plusieurs épisodes de votre vie. Et inversement, à chaque moment de votre vie vous pouvez associer un ou plusieurs psaumes qui mettent en forme avec une justesse incroyable ce que vous ressentez.

Avec le lait de sa mère, Jésus lui aussi a été biberonné à la psalmodie de ces prières attribuées à David. Aussi, quand l’horreur de la Passion le saisit, il reste silencieux, ou va chercher dans les psaumes les mots pour approcher l’indicible.
Ceux qui ont un jour trop souffert, ou trop aimé, savent ce dont il est question…

Voilà donc un premier enjeu pour nous : la familiarité avec les psaumes nous fournit un réservoir de mots plus précieux que la cave du George V !

 

2. Pour endosser l’habit d’un qui a déjà traversé

figma-le-david-de-michel-ange-table-museum croix dans Communauté spirituelleLes psaumes sont écrits à la première personne. C’est donc que leur auteur est vivant : s’il  raconte une épreuve, c’est qu’il l’a traversée. S’il se plaint de ses ennemis, c’est qu’il en a triomphé. S’il multiplie les formules d’allégresse, c’est qu’il l’a sauvegardée dans sa mémoire. Alors, prier le psaume écrit par un autre (symboliquement : David) permet d’endosser son vêtement pour faire le chemin avec lui, sachant que lui est déjà parvenu au terme. Puisqu’il n’a pas été anéanti par l’angoisse qu’il exprime, je peux sans danger laisser sortir de moi mes doutes les plus terribles, mes dérélictions les plus affreuses. Puisqu’il a su résister à ses ennemis, je peux m’exposer en criant ma peur avec lui. Puisqu’il ne s’est  finalement pas détourné de Dieu, je peux crier avec lui ma révolte devant l’injuste et l’absurde. Puisque le bonheur l’a rapproché de Dieu, je peux avec lui laisser éclater ma joie pour qu’elle s’enracine au plus haut des cieux.

Le psaume me protège : l’armure des mots de son auteur m’autorise à marcher dans ses pas. La vérité de son cri est la fronde de David pour terrasser les géants qui m’effraient. En chantant les phrases d’un qui a déjà traversé sur l’autre rive (du malheur, de l’injustice, de la joie…), je peux déjà me réjouir d’être sur un sentier de vie. Parce qu’ils sont écrits par des sauvés, je peux goûter déjà ce salut rien qu’en empruntant aux psaumes leurs mots…

 

3. Pour convertir la douleur à force de louange

#Withsyria Banksy (Capture d'écran vidéo #Withsyria Banksy)Les psaumes vont souvent de la louange à la louange. Même ceux cités dans les récits de la Passion. Ainsi le psaume 21 commence comme tant d’autres au verset 1 par la suscription : « Du maître de chant. Sur la ‘biche de l’aurore’. Psaume. De David » (Ps 21,1). Par ce rappel du chant et de David, le cadre liturgique et royal est posé, en amont. Et la mention : « sur la biche de l’aurore » est sans doute une allusion à la beauté de la reine Esther qui fit se lever l’aurore dans la nuit de la persécution vécue par son peuple. Cette référence à Pourim (la fête célébrant la délivrance des juifs vivant en Perse de leur persécuteur) éclaire d’une puissante espérance le cri de déréliction qui vient juste après : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (v 2). Le corps du psaume que Jésus a prié dans son corps souffrant sur la croix décrit ensuite longuement le mépris, l’insulte, la dérision, l’abandon que traverse le juste persécuté, l’innocent qu’on élimine. Mais en finale, le psaume revient à la louange : « je te loue en pleine assemblée » (v 23)… et se termine sur une espérance dans laquelle les chrétiens reconnaîtront l’Église : « Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ; on annoncera le Seigneur aux générations à venir. On proclamera sa justice au peuple qui va naître : Voilà son œuvre ! » (Ps 21, 31 32).

On peut faire cette analyse pour quasiment chaque psaume. La douleur et la souffrance sont bien présents, mais comme le pli au milieu de la feuille de papier qu’on parcourt d’un bord à l’autre. On les traverse.

Dans sa Passion, Jésus éprouve une triple douleur : morale d’abord (trahison de Judas, fuite de ses amis, insultes, mépris, procès injuste), spirituel surtout (être abandonné de son Père, devenir un renégat à cause du châtiment de la croix, voir son identité de Fils dispersée avec ses vêtements partagés entre les soldats, mise en pièces par la déchéance religieuse liée à la croix), physique enfin (le fouet, les épines, les clous, l’asphyxie lente et cruelle). De ces trois douleurs, la pire est celle qui touche sa relation à Dieu. Jésus a puisé dans les psaumes de quoi convertir cette douleur extrême à force de louange. Le fiel du psaume 62 l’assimile au juste bafoué sans raison. Les moqueries, les tentations, l’abandon, le partage des vêtements, la soif du psaume 21 lui promettent la louange finale. La confiance du psaume 30,6 est le point d’orgue de son agonie.

Dans les Passions qui sont les nôtres, déchiffrer ce qui nous arrive à la lumière des psaumes nous permettra avec Jésus de donner sens à l’incompréhensible, de convertir – pas de supprimer – notre douleur en pierre d’attente. Et c’est la louange qui opère en nous cette alchimie de la douleur…

 

4. Pour rejoindre la foule des priants

Charente : avec les sœurs confinées de l’abbaye de MaumontLa plupart des psaumes supposent un climat liturgique, au Temple de Jérusalem : on y entend les foules se lamenter ou exulter, les prêtres inviter les pèlerins à gravir les marches du Temple. On y sent fumer l’encens et dégouliner la graisse des sacrifices. On y admire la mémoire d’un peuple capable de relire son histoire collective en y discernant le fil rouge de l’amour de Dieu.

Le juif qui prie ces chants tout seul dans sa chambre, ou à quelques-uns dans une synagogue de campagne, sait bien qu’il n’est pas seul : cette psalmodie l’intègre à tout un peuple, de tous les âges. Il en est de même chez les chrétiens : en priant un psaume seul devant votre smartphone (grâce à l’application géniale et gratuite AELF !), vous savez que vous êtes en communion avec les milliers, les millions de priants de par le monde qui prononcent les mêmes mots à la même heure du jour (même si c’est dans des langues et des fuseaux horaires différents). Lire, réciter, prier, méditer un psaume est un acte à la fois singulier (c’est moi qui souffre, espère, lutte dans le texte) et extraordinairement collectif (c’est l’Église qui prie les psaumes avec le Christ et en lui).

Application gratuite AELFÀ l’office de Laudes, je rejoins l’immense peuple des priants qui font se lever le jour, « biche de l’aurore ». A Vêpres, mon action de grâces pour la journée écoulée s’unit à tous ceux et celles qui en font autant au soir de leur labeur. À Complies, je me confie en paix entre les bras du « Maître souverain », et je suis relié à ce Corps immense qui se repose ainsi en lui.

Elle est bien là, la force des psaumes : nous incorporer à la communion des saints de tous les lieux et tous les âges, tout en nourrissant notre identité la plus singulière, la plus personnelle. Si la souffrance ou le malheur me font croire que je suis seul dans mon épreuve, les psaumes me donneront des compagnons invisibles par milliers. Si la joie ou l’exaltation me montent à la tête en me croyant unique, les psaumes me feront humblement unir ma louange à celle d’Israël et de l’Église, depuis toujours à toujours…

Les psaumes de la Passion du Christ peuvent devenir les nôtres : à nous de pratiquer régulièrement, obstinément, cette respiration spirituelle aussi vitale que notre souffle.

Il suffit pour cela d’une application gratuite…

MESSE DE LA PASSION

PREMIÈRE LECTURE
« Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu » (Is 50, 4-7)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

 

PSAUME
(21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a)

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (21, 2a)

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 6-11)

Lecture de la lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.
Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,
afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers,
et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

 

ÉVANGILE
Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Mc 14, 1 – 15, 47)
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Ph 2, 8-9)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Marc

Indications pour la lecture dialoguée : Les sigles désignant les divers interlocuteurs son les suivants :
X = Jésus ; 
= Lecteur ; D = Disciples et amis ; = Foule ; = Autres personnages.

L. La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir. Car ils se disaient : A. « Pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple. »

 L. Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête. Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : A. « À quoi bon gaspiller ce parfum ? On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » L. Et ils la rudoyaient. Mais Jésus leur dit : X « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours. Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement. Amen, je vous le dis : partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »

 L. Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus. À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable.

 Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : D. « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » L. Il envoie deux de ses disciples en leur disant : X « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : ‘Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?’ Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. » L. Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.

 Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : X « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. » L. Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : D. « Serait-ce moi ? » L. Il leur dit : X « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » L. Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : X « Prenez, ceci est mon corps. » L. Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : X « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

 L. Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Jésus leur dit : X « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger,et les brebis seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » L. Pierre lui dit alors : D. « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. » L. Jésus lui répond : X « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » L. Mais lui reprenait de plus belle : D. « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » L. Et tous en disaient autant.

 Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : X « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. » L. Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : X « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. » L. Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui. Il disait : X « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » L. Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : X « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » L. De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles. Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre. Une troisième fois, il revient et leur dit : X « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »

 L. Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens. Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu : D. « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. » L. À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : D. « Rabbi ! » L. Et il l’embrassa. Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent. Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille. Alors Jésus leur déclara : X « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. » L. Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous. Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter. Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu.

 Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes. Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu. Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas. De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas. Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage : A. « Nous l’avons entendu dire : ‘Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.’ » L. Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants. Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : A. « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? » L. Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : A. « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? » L. Jésus lui dit : X « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. » L. Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : A. « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » L. Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : F. « Fais le prophète ! » L. Et les gardes lui donnèrent des coups.

 Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre. Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : A. « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! » L. Pierre le nia : D. « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » L. Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta. La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : A. « Celui-ci est l’un d’entre eux ! » L. De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : F. « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. » L. Alors il se mit à protester violemment et à jurer : D. « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. » L. Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.

L. Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Celui-ci l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : X « C’est toi-même qui le dis. » L. Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate lui demanda à nouveau : A. « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. » L. Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné. À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient. Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute. La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude. Pilate leur répondit : A. « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré. Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas. Et comme Pilate reprenait : A. « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? », L. de nouveau ils crièrent : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate leur disait : A. « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » L. Mais ils crièrent encore plus fort : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.

 Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde, ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée. Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : F. « Salut, roi des Juifs ! » L. Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements.

Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier, et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire). Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun. C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia. L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ». Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : F. « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! » L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : A. « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » L. Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.

 Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : X « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », L. ce qui se traduit : X « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » L. L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : F. « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! » L. L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : A. « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! » L. Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.

 (Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant)

 Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : A. « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »
 L. Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem. Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat, Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps. Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps. Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.
Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , ,

30 août 2020

Allez venez, Milord

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Allez venez, Milord

Homélie pour le 23° Dimanche du temps ordinaire / Année A
06/09/2020

Cf. également :

Lier et délier : notre pouvoir des clés
La correction fraternelle
L’Esprit saint et nous-mêmes avons décidé que…
L’Aujourd’hui de Dieu dans nos vies

Allez, venez Milord !

Même les plus jeunes ont entendu un jour la voix éraillée de la môme Piaf invitant un homme en peine à quitter sa tristesse :

Allez venez, Milord
Vous asseoir à ma table
Il fait si froid dehors
Ici, c’est confortable
Laissez-vous faire, Milord
Et prenez bien vos aises
Vos peines sur mon cœur
Et vos pieds sur une chaise
Je vous connais, Milord
Vous ne m’avez jamais vue
Je ne suis qu’une fille du port
Une ombre de la rue…

Toutes proportions gardées, il y a un petit air d’« allez, venez Milord ! » dans notre psaume 94 de ce dimanche. On le qualifie d’invitatoire car effectivement il nous invite à nous rassembler pour la louange. « Venez ! » est la proclamation forte des lévites à l’entrée du Temple de Jérusalem où se pressaient les pèlerins pour les fêtes juives. Bien sûr, ce n’est pas « une ombre de la rue » qui nous appelle ici, mais pèlerins et Milords ont en commun de devoir sortir d’eux-mêmes, de leurs soucis ou tristesse du moment, pour retrouver la joie d’être en bonne compagnie, ou plutôt en communion. Du coup, ce psaume invitatoire a été choisi par les chrétiens pour ouvrir chaque office de Laudes le matin, 365 jours sur 365, ce qui souligne son importance dans la prière chrétienne, plus encore que dans la liturgie juive.

Regardons de près de plus près ce psaume 94, afin de mieux y percevoir l’invitation de Dieu lui-même à nous asseoir à sa table.

 

Répondre à l’appel

Il y a d’abord une altérité, marquée par l’impératif : « venez ! » qui suppose un Je et un Nous. Le groupe ne se conduit pas lui-même. Il est invité, appelé (choisi, « élu »). Autrefois, c’était par la voix des lévites du Temple à Jérusalem, par les shofars (cornes de bélier) annonçant les fêtes importantes. Puis les cloches ont pris le relais, bientôt imitées par les muezzins. L’appel à la prière nous sort de notre quotidien, nous fait quitter nos maisons, nos solitudes, et nous rassemble en Église selon l’étymologie du mot grec ekklèsia = peuple appelé au-dehors (ek-kaleo). La vocation (vocare = appeler) est constitutive de notre identité chrétienne (et juive d’abord) : se laisser rassembler en un seul peuple appelé à communier à l’unique sainteté de Dieu, c’est cela l’Église. Pas un club de gens qui se choisiraient selon leurs affinités, leur milieu social, leurs options politiques… Dans ce rassemblement en réponse à l’appel (« venez ! »), personne ne choisit son voisin. Nous montons ensemble au Temple parce que nous y sommes invités, et non parce que nous en avons envie, ni même parce que ce serait un devoir. Répondre à l’invitation qui nous est lancée de la part de Dieu fait de nous son peuple, son Église.

En même temps que l’impératif, il y a le pluriel : « venez », « criez », « acclamons », « crions ».

Même si la prière en secret dans sa chambre a toute sa valeur (Mt 6,6), c’est essentiellement à plusieurs, en groupe, en foule qu’elle s’exprime. Pourquoi ce pluriel ? Parce que la relation à l’autre fait partie de la relation à Dieu, et réciproquement. Parce que nous ne pouvons communier à Dieu sans communier les uns aux autres (et réciproquement). Parce que nous ne pouvons être sauvés seuls, et sûrement pas les uns sans les autres. Parce que si un membre est absent, le corps du Christ est déchiré.

Rien de moins individualiste que la prière juive ou chrétienne. D’ailleurs, même le Notre Père est au pluriel : prononcé seul dans le secret de la chambre, le Notre Père est toujours une prière ecclésiale. Le Nous n’est pas de majesté mais de solidarité avec tous les priants, et par extension avec ceux qui ne prient pas.

 

La structure du psaume

Essayons maintenant de discerner une structure dans la composition de ce psaume 94.
Après l’invitation (« venez ! »), Il y a quatre verbes d’acclamations dont l’objet – notre salut – est nettement précisé :
    Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher, notre salut !
    Allons jusqu’à lui en rendant grâce, par nos hymnes de fête acclamons-le !

Puis il y a quatre rappels de l’œuvre merveilleuse de la Création, témoin de la transcendance de Yahvé :
    Oui, le grand Dieu, c’est le Seigneur, le grand roi au-dessus de tous les dieux :
    il tient en main les profondeurs de la terre, et les sommets des montagnes sont à lui ;
    à lui la mer, c’est lui qui l’a faite, et les terres, car ses mainsles ont pétries.

Puis viennent quatre gestes de reconnaissance pour le salut du peuple, créé lui aussi comme les l’univers par la main de Dieu :
    Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits.
    Oui, il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit, le troupeau guidé par sa main.

Après ces 12 briques de louange, vient un avertissement se basant sur les 40 ans passés au désert :

« Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
Ne fermez pas votre cœur comme au désert, comme au jour de tentation (מַ֝סָּ֗ה = Massa) et de défi (כִּמְרִיבָ֑ה = Mériba), où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. Quarante ans leur génération m’a déçu, et j’ai dit : Ce peuple a le cœur égaré, il n’a pas connu mes chemins. Dans ma colère, j’en ai fait le serment : Jamais ils n’entreront dans mon repos.”

On ainsi la structure suivante :

Venez ! =>
Salut (4 éléments) du peuple
Création (4 éléments) du monde
Salut et Création du peuple (4 éléments)
Avertissement (les 40 ans)                            => Aujourd’hui, entrez (ou non) dans le repos de Dieu

Inutile de commenter longuement le symbolisme du chiffre 4 omniprésent dans ce plan (cf. les 4 points cardinaux etc.) : ce psaume est universel ; l’invitation n’est pas limitée au seul Israël, ni même à la seule Église. Elle vaut finalement - en Christ encore plus - pour tous les peuples de tous les siècles. Ce petit royaume d’Israël entouré de civilisations bien plus grandes et plus puissantes que lui a toujours follement prétendu que son Dieu était pour tous, « le grand roi au-dessus de tous les dieux ». L’universalisme de la prière juive ou chrétienne s’enracine là, et l’évocation de la Création en garantit la validité pour toutes les nations. Le Temple est bien une « maison de prière pour tous les peuples » (Is 56,7).

Quant au nombre 12, inutile encore d’en dire beaucoup. Ce sont bien les 12 tribus d’Israël, ou les 12 apôtres figurant l’Église, qui forment ce « peuple conduit par sa main », la part d’humanité qui accepte joyeusement de répondre à son invitation.

Le premier verbe après l’invitation « venez ! » est un impératif pluriel : « crions », dans lequel semble s’inclure celui qui vient de lancer l’invitation (indice que les lévites, puis les prêtres font partie de l’assemblée et ne sont pas seulement en vis-à-vis d’elle). Ce verbe n’est pas anodin. En hébreu (נָרִ֥יעַֽ = nā·rî·a‘), c’est le verbe qui désigne l’acclamation poussée par le peuple pour faire tomber les murailles de Jéricho au bout de 7 jours et 7 tours de ses remparts : « Poussez une clameur, le Seigneur vous a livré la ville ! La ville sera vouée à l’anathème pour le Seigneur, elle et tout ce qui s’y trouve. (…) Le peuple poussa la clameur et on sonna du cor. Lorsque le peuple entendit le son du cor, il poussa une grande clameur, et le rempart s’effondra sur place » (Jo 6,20). Le lien à l’histoire du salut est ainsi manifeste : nous avons de quoi crier si nous regardons les libérations déjà opérées dans notre histoire, les murailles que nous avons déjà réussies à faire tomber avec l’aide de Dieu, les remparts abattus pour que les villes comme Jéricho s’ouvrent à l’étranger…

Venir prier suppose donc que nous ayons déjà fait ensemble cet exercice collectif de relecture de notre histoire : quels Jérichos sont les nôtres ? quels Massas et Méribas (cf. infra) ? quel rocher dans quel désert ? quels Exodes hors de quelles Égyptes ?

Louer Dieu pour la grandeur de la nature est essentiel, mais le louer pour son compagnonnage dans notre histoire l’est encore davantage. Sinon nous risquons de le réduire à une vague puissance cosmique, et non plus un Dieu qui s’intéresse aux hommes. Le lien écologie-histoire humaine est fondamental.

Ce lien salut/création devient manifeste dans la troisième partie du psaume où les lévites semblent redonner de la voix pour inviter le peuple à entrer, s’incliner, se prosterner, adorer. Il y a de nouveaux cette altérité qui se fond en finale dans l’adoration commune (« adorons »). Il faut bien que quelques-uns rappellent à tous qu’ils sont invités, formés, conduits par la main d’un Tout-Autre.

L’ordre des motifs de louange par contre peut étonner : salut – création – salut et création. Ce n’est pas d’abord au Dieu cosmique que nous nous adressons, sinon il y aura toujours le risque d’un panthéisme déguisé. Sous couvert d’écologie, c’est peut-être l’une des tentations d’aujourd’hui : ne plus voir et défendre que les choses créées (la biodiversité, la planète, le climat) en oubliant leur Créateur, en les coupant de la source qui les maintient dans leur être, et de leur finalité qui est bien l’humanité. Pour la Bible, l’écologie est un humanisme, pas un nouveau matérialisme déguisé. Pour le psaume 94, comme pour l’ensemble de la Bible, l’histoire éclaire la création et à cause de cela vient en premier dans la louange adressée à Dieu. C’est parce qu’il est « notre rocher » (allusion l’épisode du rocher frappé par le bâton de Moïse dans le désert de l’Exode), « notre salut » (allusion à la Pâque comme aux autres libérations jalonnant l’histoire d’Israël), que Dieu peut également être appelé Créateur. « Il tient le monde dans ses mains » (He’s got the whole world in his hands), chante un vieux negro spiritual : c’est parce que les esclaves noirs éprouvaient la fidélité de Dieu dans l’épreuve qu’ils lui reconnaissaient la même sollicitude envers le monde entier qu’envers eux, ce qui nourrissait en retour leur confiance dans l’action de Dieu en leur faveur. Car salut et création s’unissent dans l’histoire du peuple : Israël est lui-même « formé, créé, conduit par la main de Dieu » comme le sont les soleils et les galaxies. Notons au passage que la création ici est continue. Pas une chiquenaude initiale, pas un big-bang isolé, pas un horloger qui abandonne l’horloge elle-même, mais une relation continue pour maintenir dans l’existence et faire évoluer ce qui a été créé.

Nous voilà maintenant entrés dans la louange, à l’intérieur du Temple, chantant la grandeur de Dieu telle qu’elle se manifeste dans notre histoire et dans la création. Vient alors l’avertissement, qui ‘casse un peu l’ambiance’ si on pardonne cet anachronisme ! « Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ? » La louange seule ne suffit donc pas : il faut y ajouter l’écoute de sa Parole, et sa mise en œuvre. Prier sans s’impliquer concrètement serait de l’hypocrisie. Le rappel de l’épisode de Massa et Mériba sonne aux yeux des juifs de Jérusalem comme le désagréable rappel de leurs murmures contre Dieu, de leur révolte contre Moïse. Massa et Mériba étaient devenus synonymes de tentation et de défi contre Dieu, et c’est pour cela que notre traduction liturgique omet les noms propres pour les remplacer par leur équivalent, pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire d’Israël. Le texte hébreu du psaume fait explicitement référence à cette méfiance ingrate du peuple qui l’a finalement privé d’entrer en Terre promise. Ce n’est pas la génération sortie d’Égypte qui est entrée dans le repos, mais leurs enfants, 40 ans après.
« Moïse donna au lieu de la révolte, le nom de Massa, c’est-à-dire l’épreuve, et aussi le nom de Mériba, c’est à dire querelle, parce que les fils d’Israël avaient cherché querelle au Seigneur, et parce qu’ils l’avaient mis à l’épreuve » (Ex 17,7).
L’avertissement est clair : entrer dans le repos de Dieu n’est pas automatique, loin de là ! Ce rappel tragique permet à l’auteur du psaume d’attirer l’attention sur l’enjeu réel de la liturgie du temple : vivre l’aujourd’hui de Dieu.

 

L’aujourd’hui du psaume

La Lettre aux Hébreux développe en deux passages l’importance de notre psaume 94 pour les convertis au Christ. Dans le premier passage, l’actualisation du psaume est toute tournée vers le Christ : maintenir notre engagement premier envers lui malgré les menaces, ne pas s’endurcir en reprenant une vie ‘comme avant’, voilà ce qui nous permettra d’entrer dans le repos de Dieu :

Allez venez, Milord dans Communauté spirituelle 41eLCE1xODL._SX334_BO1,204,203,200_« C’est pourquoi, comme le dit l’Esprit Saint dans un psaume :
Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur comme au temps du défi, comme au jour de l’épreuve dans le désert, quand vos pères m’ont mis à l’épreuve et provoqué. Alors ils m’ont vu à l’œuvre pendant quarante ans ; oui, je me suis emporté contre cette génération, et j’ai dit : Toujours ils ont le cœur égaré, ils n’ont pas connu mes chemins. Dans ma colère, j’en ai fait le serment : On verra bien s’ils entreront dans mon repos !
Frères, veillez à ce que personne d’entre vous n’ait un cœur mauvais que le manque de foi sépare du Dieu vivant. Au contraire, encouragez-vous les uns les autres jour après jour, aussi longtemps que retentit l’“aujourd’hui” de ce psaume, afin que personne parmi vous ne s’endurcisse en se laissant tromper par le péché. Car nous sommes devenus les compagnons du Christ, si du moins nous maintenons fermement, jusqu’à la fin, notre engagement premier. Il est dit en effet : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur comme au temps du défi. Qui donc a défié Dieu après l’avoir entendu ? N’est-ce pas tous ceux que Moïse avait fait sortir d’Égypte ? Contre qui Dieu s’est-il emporté pendant quarante ans ? N’est-ce pas contre ceux qui avaient péché, et dont les cadavres sont tombés dans le désert ? À qui a-t-il fait le serment qu’ils n’entreraient pas dans son repos, sinon à ceux qui avaient refusé de croire ? Nous constatons qu’ils n’ont pas pu entrer à cause de leur manque de foi. » (He 3, 7 19)

Le deuxième commentaire du psaume 94 insiste sur la réalité du risque de ne pas entrer dans ce repos. Ceux qui ont refusé de croire (juifs et païens) se sont privés eux-mêmes de cette entrée. N’allons pas faire comme eux pour subir le même sort :

« Craignons donc, tant que demeure la promesse d’entrer dans le repos de Dieu, craignons que l’un d’entre vous n’arrive, en quelque sorte, trop tard. Certes, nous avons reçu une Bonne Nouvelle, comme ces gens-là ; cependant, la parole entendue ne leur servit à rien, parce qu’elle ne fut pas accueillie avec foi par ses auditeurs. Mais nous qui sommes venus à la foi, nous entrons dans le repos dont il est dit :
Dans ma colère, j’en ai fait le serment : On verra bien s’ils entreront dans mon repos !
Le travail de Dieu, assurément, était accompli depuis la fondation du monde, comme l’Écriture le dit à propos du septième jour : Et Dieu se reposa le septième jour de tout son travail. Et dans le psaume, de nouveau : On verra bien s’ils entreront dans mon repos ! Puisque certains doivent encore y entrer, et que les premiers à avoir reçu une Bonne Nouvelle n’y sont pas entrés à cause de leur refus de croire, il fixe de nouveau un jour, un aujourd’hui, en disant bien longtemps après, dans le psaume de David déjà cité : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur. Car si Josué leur avait donné le repos, David ne parlerait pas après cela d’un autre jour. Ainsi, un repos sabbatique doit encore advenir pour le peuple de Dieu. Car Celui qui est entré dans son repos s’est reposé lui aussi de son travail, comme Dieu s’est reposé du sien. Empressons-nous donc d’entrer dans ce repos-là, afin que plus personne ne tombe en suivant l’exemple de ceux qui ont refusé de croire. » (He 4, 1 12)

L’épreuve d’autrefois peut surgir à nouveau chez les juifs qui ont embrassé la foi en Jésus-Christ, et donc chez nous aujourd’hui. L’Apôtre « aux Hébreux » recommande deux remèdes : d’abord la solidarité. Il importe de se soutenir les uns les autres dans les épreuves.  Le deuxième est la prière.

La pointe de l’avertissement est sans doute dans l’aujourd’hui du psaume : c’est aujourd’hui le jour du salut (2 Co 6,2), c’est aujourd’hui que Dieu nous libère, nous façonne en nous libérant, nous créé en nous façonnant. Ni la liturgie ni la prière ne sont tournées vers Dieu béatement, ou vers le passé nostalgiquement : la louange et la mémoire convergent vers l’aujourd’hui du salut de Dieu. Aujourd’hui s’accomplit pour nous l’Écriture (Lc 4,21).

À tous ceux qui viennent adorer et louer, le Christ adresse cet encouragement et cet appel :
       « Regarde ta propre histoire.
       C’est toujours chaque instant présent qui contient la signification de ton histoire.
       Tu ne peux pas regarder cette histoire en spectateur.
       Tu dois l’envisager à partir de tes décisions, à partir de ta responsabilité.
     Dans chaque instant présent de ta vie sommeille la possibilité qu’il soit l’instant du salut. À toi de le réveiller » [1].

C’est maintenant le moment favorable, pas hier, pas demain.
Aujourd’hui, cette parole du Christ s’accomplit pour nous qui l’entendons. Mais aujourd’hui, écouterons-nous sa parole ? 

Prions le Psaume 94 ce dimanche, et chaque matin dans les Laudes, en nous éveillant à l’aujourd’hui de Dieu qui commence.

« Allez, venez Milord… » 

 


[1]. Bultmann, Histoire et eschatologie, Delachaux & Niestlé, Neuchâtel-Paris, 1959.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Si tu n’avertis pas le méchant, c’est à toi que je demanderai compte de son sang » (Ez 33, 7-9)

Lecture du livre du prophète Ézékiel

La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertisses pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

PSAUME

(Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)
R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! (cf. Ps 94, 8a.7d)

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

DEUXIÈME LECTURE
« Celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi » (Rm 13, 8-10)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, n’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi. La Loi dit : Tu ne commettras pas d’adultère,tu ne commettras pas de meurtre,tu ne commettras pas de vol,tu ne convoiteras pas. Ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour.

ÉVANGILE
« S’il t’écoute, tu as gagné ton frère » (Mt 18, 15-20)
Alléluia. Alléluia.Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui : il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation. Alléluia. (cf. 2 Co 5, 19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »
 Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , ,

12 juillet 2020

Accepter l’ivraie en chacun

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Accepter l’ivraie en chacun

Homélie du 16° Dimanche du temps ordinaire / Année A
19/07/2020

Cf. également :

Le levain dans la pâte : interprétations symboliques
Ecclésia permixta
La patience serait-elle l’arme des forts ?
Foi de moutarde !
Quelle est votre écharde dans la chair ?

Faut-il déboulonner les statues ?

Couv campagne FaidherbeLes manifestations antiracistes suite au meurtre de Georges Floyd aux USA par la police ont donné lieu à des scènes étonnantes autour des statues dans nos villes : De Gaulle a été badigeonné de jaune, Colbert est menacé d’être déboulonné, Gallieni et Faidherbe sont dans le collimateur des militants d’histoire épurée de ses figures colonialistes voire racistes. Et c’est vrai qu’il y a le De Gaulle du 18 juin et celui du « je vous ai compris ». De même qu’il y a le Pétain de Verdun et celui de Vichy, le Jules Ferry de l’école pour tous et celui de la colonisation au nom des Lumières, le Colbert organisant le royaume et celui du Code Noir, le Faidherbe sauvant le nord des Prussiens en 1870 et le colonisateur du Sénégal avec violence etc.

Ainsi le roi Philippe de Belgique lui-même a reconnu que l’histoire de la colonisation du Congo par Léopold II son aïeul devait être « pacifiée » : « A l’époque de l’Etat indépendant du Congo (quand ce territoire africain était la propriété de l’ex roi Léopold II) des actes de violence et de cruauté ont été commis, qui pèsent encore sur notre mémoire collective », a assuré Philippe, qui règne depuis 2013. « La période coloniale qui a suivi (celle du Congo belge de 1908 à 1960) a également causé des souffrances et des humiliations », a-t-il ajouté. « J’encourage la réflexion qui est entamée par notre parlement afin que notre mémoire soit définitivement pacifiée », a-t-il poursuivi (lettre adressée au président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, le 30/06/2020). 

Ériger une statue, c’est proposer une personnalité en exemple à tous, c’est célébrer son œuvre (d’ailleurs il y a bien peu de femmes parmi nos monuments de l’histoire française…). On ne fait pas rentrer n’importe qui au Panthéon ! On pourrait donc remiser au musée les statues de ceux qui certes font partie de notre histoire, mais qui sont bien peu exemplaires en réalité. En Belgique, commencer par Léopold II serait un symbole…

Mais qui n’a pas sa part d’ombre ? Quelle figure historique est irréprochable ? Quelle statue  pourra résister à l’examen des générations après elle ? Et pourtant, abattre les statues de Staline, de Mussolini, de Pol Pot ou de Saddam Hussein était un signe d’une liberté retrouvée, de fausses valeurs enfin démasquées ! Il nous faut bien choisir ceux que nous faisons entrer au Panthéon, et accepter parfois de nous être trompés. Pas simple de discerner qui honorer et qui déshonorer !


Manager par le contrôle ou la confiance ?

Accepter l’ivraie en chacun dans Communauté spirituelle 41QD+b25qcL._SX335_BO1,204,203,200_Prenons le problème autrement. Mettez-vous du côté du manager d’une entreprise dite « libérée », c’est-à-dire misant sur l’autonomie et la responsabilité de ses employés. Un des postulats de l’entreprise libérée est la bonté fondamentale de chacun. Zobrist, le patron emblématique qui a mis en œuvre ce type de management chez FAVI, fonderie de pièces automobiles, le résumait ainsi :
« À la Favi, la première valeur limite que j’ai imposée, c’est : l’homme est bon. Donc, aucun contrôle : le moindre papier, la plus petite procédure ou le premier individu qui parle de contrôle est instantanément mis à l’écart ! » [1]
Pourtant, les entreprises voient se multiplier les arrêts maladie de complaisance ; les fraudes sociales atteignent des sommets (le fisc français a récupéré 12 milliards d’euros en 2019 !) ; les radars de vitesse sur les routes crépitent ; la traite humaine reprend de plus belle après le confinement ; les mafias recrutent et prospèrent…

« L’homme est bon » : ce credo généreux et rousseauiste se heurte à l’écueil des faits, toujours têtus. Cette erreur anthropologique a déjà engendré le monstre du socialisme réel : c’est la société qui corrompt l’homme disait-on ; pour le changer, il suffirait de révolutionner la société – par la force si besoin – et l’homme s’en trouvera changé, meilleur, sans classes, retrouvant sa bonté originelle. On sait où cela nous a conduit. « Qui veut faire l’ange fait la bête » (Blaise Pascal).

La parabole du bon grain et de l’ivraie de notre dimanche (Mt 13, 24-43) vient avec sagesse tordre le cou à ces deux mythes complémentaires de la noirceur sans nuances (déboulonner les statues) et de la bonté sans mélange (pas de contrôle).

Un mot d’abord sur le contexte historique de la parabole. Elle vise les faux chrétiens qui au premier siècle s’immisçaient dans les premières communautés chrétiennes pour des raisons multiples. Il y avait des convertis du bout des lèvres, prêts à retourner au judaïsme ou paganisme au premier obstacle. Il y avait des croyants sincères, mais que les menaces et persécutions effrayaient (à juste titre). Les moins courageux pouvaient dénoncer leur famille, l’Église, pour éviter la prison ou le supplice. Sans oublier les espions juifs ou romains infiltrés. L’ivraie semée avec le bon grain était d’abord cette part de la communauté qui pouvait se retourner contre elle sous la pression des ennemis des chrétiens, si nombreux à l’époque.
Une fois la paix de l’Empire accordée, après l’édit de Constantin (313), la parabole fournit un autre domaine d’interprétation, tout aussi pertinent.


Le mal est inéluctable

Image-11.pngLe champ des semailles peut représenter la vie intérieure de chacun, son parcours spirituel. Dieu, le propriétaire du champ, n’y sème que du bon grain, mais ne peut empêcher qu’un ennemi tente de gâter la récolte en y mélangeant de l’ivraie. C’est donc que la présence du mal en nous est inéluctable : Dieu lui-même n’y peut rien ! Jésus fait avec sagesse un constat lucide : l’homme est mélangé. Il n’y a pas en lui que du bon. Il n’y a pas en lui que du mal non plus. Il est depuis toujours cet arc-en-ciel de nuances qui entache les héros les plus grands et empêche de désespérer des salauds les plus sombres. « N’enlevez pas l’ivraie » : l’avertissement est solennel ! Ne croyez pas que l’on puisse extirper totalement le mal de la vie collective ou personnelle. Cette tentation de la pureté est suicidaire, car « vous risquez d’arracher le blé en même temps ». Déboulonner les statues à cause de l’ambivalence de leurs titulaires peut conduire à abattre toutes les statues, c’est-à-dire à ne plus avoir d’histoire. Croire qu’on peut fabriquer un homme nouveau – socialiste, national-socialiste, écologiste – enfin pur de toute compromission, conduit à toutes les dictatures. Croire que l’homme n’est que bon, sans ivraie mélangée, conduit à une moisson gâtée, inexploitable. La tentation d’arracher l’ivraie fut celle des rigoureux qui voulaient exclure les lapsi (chrétiens ayant renié leur baptême sous la persécution) de la réconciliation ecclésiale. Ou la tentation cathare des parfaits se coupant du monde pour vivre entre purs. Ou les « justices » d’exception lors de l’épuration à partir de Mai 1945. Ou peut-être l’intransigeance catholique actuelle sur le divorce, la contraception, l’homosexualité. Ou bien c’est la peur des pratiquants réguliers lorsqu’ils voient débarquer en masse les occasionnels pour les Rameaux, la Toussaint, Noël…

Sur le plan personnel, ce constat lucide est salvateur : oui, c’est normal qu’il y ait du mal en moi. Je n’en suis pas responsable (« c’est un ennemi qui a fait cela »). Mais il me traverse, il s’incorpore à ma structure de pensée, d’action, de jugement. Simplement parce que je suis humain, je participe de ce mélange inextricable dont je ne me rends même pas compte, tant que les épis ne sont pas apparus. Ainsi le meilleur des hommes aux 18e-19° siècles peut être esclavagiste sans avoir de problème de conscience. Ainsi Jules Ferry peut-il être colonialiste au nom des Lumières par lesquelles l’Occident allait apporter progrès et civilisation à tous les peuples pensait-il. C’est ce que Jean-Paul II appelait les structures de péché au niveau collectif, et ce que depuis Augustin nous appelons péché originel au niveau personnel. Bien « malin » qui pourrait se croire libre de toute forme d’asservissement au mal d’une manière ou d’une autre ! D’ailleurs, qui sait si ceux qui veulent déboulonner les statues (parfois avec raison je le répète) ne seront pas durement jugés par leurs arrière-petits-enfants dans un siècle ou deux ? Qui sait si telle pratique qui aujourd’hui nous paraît évidente, naturelle et juste ne sera pas dénoncée par les générations suivantes comme inhumaine et intolérable (je pense à l’avortement par exemple) ? « La mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous » (Lc 6,38) : les zélateurs d’une pureté historique sans faille feraient bien de se méfier des revers de l’histoire où ils apparaîtront à leur tour comme des monstres aveugles et froids aux yeux de leurs successeurs.


Accepter n’est pas consentir

Gabrielle Althen, La splendeur et l'échardePour autant, ne pas extirper le mal ne signifie pas consentir. La parabole demande d’exercer cette forte vigilance pour repérer assez vite les parcelles contaminées. Et surtout elle demande d’enlever l’ivraie au temps de la moisson, pour la lier en bottes et la brûler. C’est donc qu’il faut le recul du temps et de la sagesse pour combattre l’ivraie en nous, mais il n’est pas question de capituler en laissant le mal abîmer la moisson intérieure. À quel moment extirper ce mal ? Certains pensent que le temps de la moisson de la parabole est celui de la mort individuelle, ou du jugement collectif. Sans doute, car la vérité de nos vies ne sera révélée en plénitude que face à Dieu, au-delà de la mort. Mais cela n’empêche pas cette révélation d’être à l’œuvre dès maintenant. Nous moissonnons plusieurs étés au cours de notre vie. À chaque fois, en prenant du recul, de la distance, en relisant notre histoire à la lumière des Écritures, nous apprenons à discerner ce qui peut être amassé dans le grenier du cœur et ce qui n’est finalement qu’un feu de mauvaises herbes. Ainsi, de moisson en moisson, loin de nous résigner à la présence du mal en nous, nous le transformons en compagnon de voyage qui nous rend vigilant sur notre croissance. C’est la fameuse « écharde dans la chair » (2 Co 12,7) qui rappelle Paul à l’humilité quand il se croit super-apôtre, et lui apprend à recevoir du Christ au lieu de compter sur lui-même. Le mal en nous est finalement utile, si nous muselons assez nos démesures pour ne pas trop blesser autrui. Pourquoi vouloir enlever l’écharde si elle me rend plus humain, l’ivraie si elle m’oblige à veiller sur le blé ?

D’autant qu’il existe comme une dissymétrie fondamentale entre les deux, la même qui existe entre le ciel et l’enfer. En effet, l’Église par la canonisation ose proclamer que telle personne est déjà « au ciel », alors qu’elle n’a jamais osé affirmer que tel criminel – fut-il Hitler en personne – serait « en enfer ». C’est que le mal n’est pas de même nature que le bien. L’ivraie ne peut empêcher qu’il y ait du blé, assez abondant pour emplir les greniers. La croix du Christ - grain de blé entre deux bandits - proclame la victoire de l’amour sur toute forme de mal, y compris la mort. Ivraie, où est ta victoire ? pourrait-on s’écrier en parodiant Paul ! Dès lors, le mal ne fait plus peur ; il ne peut gagner à la fin. Il suffit de le nommer tel pour émousser sa puissance et le réduire à un feu de paille. Formidable espérance qui permet aux grévistes de Gdansk de défier les chars soviétiques, mais aussi à Jacques Fesch de se détourner de ses crimes avant de monter à l’échafaud…

Dans le texte grec de la parabole et de son explication par Jésus (Mt 13, 24-43), l’ivraie est nommé 8 fois par le terme ζιζάνια = zizania qui a donné le mot zizanie en français. Semer la zizanie, est l’œuvre de l’ennemi qui veut corrompre la récolte. Le bon grain est nommé 8 fois lui aussi, mais avec deux mots différents : σπέρμα = sperma = la semence (5 fois) et σῖτον = sitos = le blé (3 fois). Cette apparente égalité à hauteur du chiffre huit semble renvoyer le résultat du mélange des deux au huitième jour, jour messianique de la moisson (καιρῷ = kairos).


Accepter le blé aussi, et même d’abord

Estime de soi (L')Accepter le mal en soi n’est donc pas y consentir, ni encore moins s’y résigner. La parabole invite également à accepter le blé semé en nous, plus fondamental puisque l’ivraie vient de l’ennemi, pas du maître. Pour certains, c’est moins facile qu’il n’y paraît : se voir comme un champ de possibles multiples et généreux, découvrir au creux de ses sillons intérieurs les pépites de vie qui ne demandent qu’à croître, faire grandir avec elles la confiance en soi, en la bonne graine semée en chacun… Il faut parfois des années avant de se voir ainsi, avec réalisme, avec une joyeuse humilité n’enfouissant aucun des talents reçus si ce n’est pour les faire germer. L’amour de soi est au prix de ce travail d’auto-évaluation, où le regard des autres peut être décisif : quels sont les graines semées en moi porteuses de croissance, de fécondité ? Un coach de vie, un psychologue, des amis clairvoyants sont de précieux auxiliaires pour conquérir ainsi une juste estime de soi. Certains, abîmés par un passé familial et affectif déstructurant, auront beaucoup de mal à trouver ces pépites en eux et à ne pas céder au non-amour de soi. D’autres au contraire seront tellement favorisés qu’ils risqueront de passer à côté de la vraie richesse intérieure, ce qui demande toujours de traverser l’épreuve comme l’or au creuset. Il y faut des années, de la patience, voire de l’obstination ou au moins de la ténacité. Ce n’est jamais acquis une fois pour toutes : une mauvaise moisson, un incendie dans le champ, et tout peut être remis en question… Mais ceux qui font ce travail en eux pourront croire que le blé existe aussi chez l’autre, quel qu’il soit, Faidherbe ou Derek Chauvin (le meurtrier de George Floyd). Mieux : en témoignant de son parcours intérieur, ou simplement en étant là, en paix avec lui-même, il pourra induire chez l’autre la quête de l’amour de soi. Et l’on sait que la violence, la volonté de faire le mal sont liées à l’absence de cet amour de soi.


Croissez et multipliez- vous !

ivraieblc3a9.jpgFinalement, l’important dans la parabole est de grandir : « laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ». Que cette croissance soit mélangée ne doit pas nous étonner, nous scandaliser ou nous décourager. Chacun a son côté obscur et son côté lumineux. L’essentiel est de grandir, en humanité, en sagesse, jusqu’à relativiser la présence du mal en nous sans l’occulter. Car les moissons successives au long des années nous apprennent à ne pas nous attarder aux feux de mauvaises herbes qu’il faut régulièrement effectuer, pour nous concentrer sur les épis gorgés de vie avec à récolter.

Laissez pousser en vous le blé et l’ivraie, faites grandir sans cesse le meilleur de vous-même sans vous laisser détourner de cette croissance par la présence inévitable du mal en vous. Alors, le grenier de votre vie aura de quoi nourrir famille et amis, collègues et passants, tel Joseph en Égypte.

Toute ivraie brûlée, vous pourrez rire des échardes plantées dans votre chair en célébrant l’abondance de la moisson due à la générosité du semeur !

 


[1]https://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2013-3-page-37.htm#
FAVI, Fonderie en Picardie (Hallencourt), FAVI est devenue leader mondial de la fabrication des fourchettes de boîtes de vitesse.
Ecclésia permixta dans Communauté spirituelle epis-de-ble

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Après la faute tu accordes la conversion » (Sg 12, 13.16-19)

Lecture du livre de la Sagesse

Il n’y a pas d’autre dieu que toi, qui prenne soin de toute chose : tu montres ainsi que tes jugements ne sont pas injustes. Ta force est à l’origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te permet d’épargner toute chose. Tu montres ta force si l’on ne croit pas à la plénitude de ta puissance, et ceux qui la bravent sciemment, tu les réprimes. Mais toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance. Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain ; à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion.

 

PSAUME

(Ps 85 (86), 5-6, 9ab.10, 15-16ab)
R/ Toi qui es bon et qui pardonnes, écoute ma prière, Seigneur. (cf. Ps 85, 5a.6a)

Toi qui es bon et qui pardonnes,
plein d’amour pour tous ceux qui t’appellent,
écoute ma prière, Seigneur,
entends ma voix qui te supplie.

Toutes les nations, que tu as faites,
viendront se prosterner devant toi,
car tu es grand et tu fais des merveilles,
toi, Dieu, le seul.

Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié,
lent à la colère, plein d’amour et de vérité !
Regarde vers moi,
prends pitié de moi.

 

DEUXIÈME LECTURE
« L’Esprit lui-même intercède par des gémissements inexprimables » (Rm 8, 26-27)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles.

 

ÉVANGILE

« Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson » (Mt 13, 24-43)
Alléluia. Alléluia.Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : ‘Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?’ Il leur dit : ‘C’est un ennemi qui a fait cela.’ Les serviteurs lui disent : ‘Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?’ Il répond : ‘Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.’ »

Il leur proposa une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches. » Il leur dit une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. »

Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole, accomplissant ainsi la parole du prophète : J’ouvrirai la bouche pour des paraboles,je publierai ce qui fut caché depuis la fondation du monde. Alors, laissant les foules, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. » Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal ; ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père.
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , ,
12345...9