L'homelie du dimanche

  • Accueil
  • > Recherche : priere assassin

28 juin 2020

La sécession des élites selon Jésus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La sécession des élites selon Jésus

Homélie du 14° Dimanche du temps ordinaire / Année A
05/07/2020

Cf. également :

Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ?
C’est dans la fournaise qu’on voit l’humble
En joug, et à deux !

Didier Raoult, icône des oppositions françaises

La sécession des élites selon Jésus dans Communauté spirituellePendant la crise du Coronavirus, le débat sur la chloroquine est devenu un feuilleton hebdomadaire mondial, où la figure du géant blond marseillais façon viking suscitait – et suscite toujours – des clivages violents. Aux côtés du professeur Didier Raoult on trouve la majorité des marseillais de tous bords, heureux de marquer leur différence d’avec les milieux parisiens déconnectés de la réalité des territoires. Le petit peuple français a eu vite fait de prendre parti pour ce professeur au parler cash, apparemment plein de bon sens et compris de tous. Alors que le conseil scientifique présidentiel semblait bien lointain, composé d’experts inconnus ne pratiquant plus la médecine populaire, empêtrés  dans leurs contradictions successives. On retrouve ainsi des oppositions structurantes de la société française : province contre Paris, Gilets Jaunes contre bobos, périphéries contre métropoles, quartiers sensibles contre police, déclassés contre gagnants de la mondialisation, « somewhere » contre « anywhere » etc. Ce que Jérôme Fourquet appelle l’archipélisation de la France fait voler en éclats la façade d’unité nationale que le pouvoir voulait afficher pendant la crise :  sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, formation d’un réduit catholique, instauration d’une société multiculturelle de fait, dislocation des références culturelles communes… Marcel Gauchet en 1985 dans Le désenchantement du monde, s’exprimant sur la lutte des classes, avait déjà annoncé ce mouvement de fond : « Il est devenu indécent d’en parler, mais ce n’est pas moins elle [la lutte des classes] qui resurgit là où on ne l’attendait pas pour alimenter la poussée électorale continue de l’extrême droite (…) Un mur s’est dressé entre les élites et les populations, entre une France officielle, avouable, qui se pique de ses nobles sentiments, et un pays des marges, renvoyé dans l’ignoble, qui puise dans le déni opposé à ses difficultés d’existence l’aliment de sa rancœur ». Rappelons-nous que la lutte contre « la fracture sociale » était l’un des principaux thèmes de campagne de Jacques Chirac pour l’élection présidentielle française de 1995 ! Cette même année était publié, à titre posthume, un livre du sociologue américain Christopher Lasch intitulé :« La Révolte des élites et la trahison de la démocratie ». L’ouvrage analysait l’Amérique de son temps. Pourtant, il s’applique parfaitement à la France et à l’Europe d’aujourd’hui, dont il semble avoir anticipé l’évolution des classes favorisées avec une acuité visionnaire. Le livre pose l’hypothèse que ce n’est plus la « révolte des masses » qui menace désormais la vie démocratique, mais la coupure de plus en plus prononcée entre le peuple et les « élites ». Une coupure tant économique et matérielle qu’éducative et intellectuelle, dont résulte le repli sur eux-mêmes des privilégiés. Ces derniers ne parlent plus qu’à leurs pareils, c’est-à-dire non seulement à ceux qui bénéficient d’un même niveau de richesses, mais également à ceux qui partagent le même niveau d’instruction.

Dans une note publiée en 2012 pour la fondation Jean Jaurès [1], Jérôme Fourquet décrivait  ce phénomène de séparatisme social à l’œuvre en France : la sécession des élites.
Cette note portait un titre évocateur : « 1985-2017, quand les classes favorisées ont fait sécession ». Fourquet y explique notamment que la cohésion de la société française « est mise à mal aujourd’hui par un processus presque invisible à l’œil nu, mais néanmoins lourd de conséquences : un séparatisme social qui concerne toute une partie de la frange supérieure de la société, les occasions de contacts et d’interactions entre les catégories supérieures et le reste de la population étant en effet de moins en moins nombreuses ».

KAK

Imperceptiblement, sans le revendiquer, sans même le vouloir, les élites (richesse, culture, savoirs, position sociale) se sont habituées (sans doute inconsciemment) à ne fréquenter que leurs semblables : en envoyant leurs enfants dans les mêmes écoles privées prestigieuses ; en jouant au tennis, au golf ou au bridge dans les mêmes clubs très sélectifs ; en se regroupant par quartiers où le prix prohibitif du mètre carré leur assure une homogénéité de voisinage et de mode de vie ; en se reportant sur les candidats défendant leurs intérêts (Emmanuel Macron par exemple) ; en ayant leur résidence secondaire dans les mêmes endroits huppés ; en faisant du tourisme haut de gamme leur garantissant le non-mélange etc. Les « petits » ne choisissent pas cet éloignement de classe : ils le subissent, car ils n’ont pas les moyens de faire les mêmes choix que les élites (logement, loisirs, écoles etc.). Ce sont les élites qui font sécession, en refusant de se mélanger avec les autres. En réaction, ceux qui se trouvent ainsi séparés succombent à la tentation de constituer leur propre contre-société, basée sur le communautarisme, l’entraide ethnique, l’identité religieuse etc. Le populisme si souvent dénoncé par les médias officiels n’est en réalité que la réponse des peuples à l’éloignement de leurs classes dirigeantes…

Des auteurs comme Christophe Guilly, Emmanuel Todd, Michel Onfray, Thomas Porcher, Jérôme Fourquet, Marcel Gauchet et tant d’autres ont beaucoup écrit sur cette coupure qui s’installe entre ceux que Jésus appelle « les sages et les savants » et « les tous petits » : « ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (cf. l’évangile de ce dimanche : Mt 11, 25-30).

 

Les insultes de Jésus aux élites de son temps

C’est donc un apartheid social qui vient de loin ! Jésus avait observé lui aussi que les élites de Jérusalem étaient devenues incapables d’écouter et de comprendre le petit peuple de Galilée ou de Judée. Les prêtres et docteurs de la Loi à Jérusalem, imbus de leur savoir, imposaient au peuple des fardeaux (religieux, sociaux) qu’ils ne pouvaient s’appliquer à eux-mêmes. Les lévites et les scribes, orgueilleux de leur connaissance de la Torah, méprisaient les ignorants des campagnes, analphabètes et superstitieux. Si bien qu’un clivage de plus en plus violent opposait les foules aux élites en place. Les pharisiens – dont le nom signifie justement séparés – vivaient à l’écart des pécheurs dans leur obsession de la pureté rituelle et doctrinale. La sécession des élites (sauf belles exceptions comme Nicodème ou des femmes de haut rang) avait transformé en domination les inévitables différences sociales, à un point tel que plus d’une fois Jésus s’est laissé emporter par sa colère contre cette classe de nantis imposant ses règles aux sans-grades du pays. Les noms d’oiseaux dont Jésus accable les élites de son temps devraient nous choquer et nous alerter. Jésus traite les scribes et les pharisiens d’hypocrites, de guides aveugles, d’insensés, de sépulcres blanchis, de serpents, d’engeance de vipères, de fils d’assassins « vous filtrez le moucheron et vous avalez le chameau » ! (Mt 23). On croirait entendre le capitaine Haddock et sa litanie créative d’insultes choisies (bachi-bouzouk, ectoplasme etc.) ! Le doux Jésus n’est pas tendre avec ceux que la connaissance, la position sociale, le pouvoir ou la richesse ont corrompus au point de les couper des gens simples, du petit peuple. Il sait  par expérience que très peu sont capables de résister au désir de domination qu’engendrent ces privilèges. Il se méfie de l’arrogance des élites. Il constate, navré, que leurs oreilles se ferment à la révélation, leur cœur se détourne de l’amour du bien, leur intelligence refuse d’adopter le point de vue de Dieu. Alors que paradoxalement les moins considérés dans la société sont les premiers à accueillir le message de Jésus : « les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu » (Mt 21,31–32).

« Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » : ce n’est pas une apologie de la lutte des classes, mais l’avertissement solennel lancé aux élites pour qu’elles se mettent du côté des tout-petits, et ainsi penser, agir et comprendre le monde à la manière de Dieu.

 

Mais qui sont ces tout-petits ?

Deux acceptions du terme sont possibles : les enfants et ceux qui ont l’esprit d’enfance, c’est-à-dire les humbles, le petit peuple. Le mot grec nèpios, traduit ici par « tout-petit », désigne généralement un petit enfant. C’est son seul usage chez Luc, et il est ici métaphorique, car il s’agit dans cette prière de Jésus des « petites gens », des gens simples et sans prétention, mais au cœur ouvert, qui sont les bénéficiaires de la révélation évangélique, à l’encontre des intellectuels trop imbus de leur sagesse pour accueillir son message, et qui constituent une élite méprisante pour ces « petits ». 

 

La petite voie

À l’appui de la première interprétation, il y a bien sûr les paroles de Jésus sur les enfants, qu’il cite en exemple pour leur capacité à accueillir la révélation : « si vous ne changez pas pour devenir comme ces enfants, vous ne pourrez pas accueillir le royaume de Dieu » (Mt 18,3). Dieu se communique facilement aux tout-petits parce que comme les enfants ils savent accueillir au lieu de prendre, recevoir avant de donner, être dépendants par amour au lieu de compter sur leurs seules forces. Thérèse de Lisieux appelait cette ouverture du cœur « la petite voie de l’enfance spirituelle » : « à chaque battement de mon cœur : vivre dans l’instant présent la communion avec le Christ et le don de soi à sa suite. »

S’engager sur cette petite voie de l’enfance, c’est :
- espérer en Dieu, et ne pas compter sur nos mérites.
- s’édifier des qualités des autres, et ne pas s’étonner de leurs faiblesses.
- accepter nos imperfections, et ne pas désespérer des échecs,
- laisser faire Jésus humblement, et ne pas vouloir tout faire avec effort.
- rester caché en Dieu, et ne pas rechercher ce qui brille.
- privilégier l’ordinaire à l’extraordinaire.
- s’abandonner au Père, sans penser aux peurs qui paralysent.
- ne pas comptabiliser les œuvres, mais agrandir sa soif du Christ.
- ne pas s’attribuer les progrès, mais reconnaître que tout vient de Dieu.
- ne pas se décourager, mais croire qu’on est digne d’être aimé.
- ne pas se complaire dans la souffrance, mais fixer le regard sur Jésus. [2]

« La « petite voie », chemin de confiance et de remise totale de soi-même à la grâce du Seigneur, n’est pas une voie à banaliser, comme si elle était moins exigeante. Elle est en réalité exigeante, comme l’est toujours l’Évangile. Mais, c’est une voie où l’on est pénétré du sens de l’abandon confiant à la miséricorde divine, qui rend léger même l’engagement spirituel le plus rigoureux » (Jean-Paul II, 1997).

En théorie, les sages et les savants pourraient emprunter cette voie, comme l’ont fait de tous temps des saints qui ont brillé par leur intelligence, leur culture, sans pour autant se départir de l’humilité des enfants de Dieu. Augustin et les Pères de l’Église, Thérèse d’Avila ou Jean de la Croix était des géants de la pensée, de l’écriture, de la raison éclairée par leur foi et leur simplicité de vie. Hélas, en pratique, ce sont des exceptions, peu nombreuses. L’accumulation de savoirs, de notoriété, de sagesse humaine devient vite un écran qui sépare de la Parole de Dieu, une ivresse qui éloigne de l’esprit d’enfance. Tout se passe comme si Dieu lui-même se dérobait alors aux orgueilleux qui ne veulent rien recevoir de lui : « ce que tu as caché aux sages et aux savants… »

Devenir comme des enfants est donc le sommet de la maturité spirituelle (ce qui plairait à Nietzsche, lui qui faisait du stade de l’enfant le troisième de l’humanité après le chameau et le lion…).

Par définition, cette petite voie est simple, et accessible à tous : apprendre sans cesse à s’émerveiller, être capable de recevoir avec gratitude, accueillir avec joie, privilégier le présent qui est le cadeau de Dieu, écouter avant de parler, questionner plutôt qu’affirmer…

 

Un ramassis de gens de rien

À l’appui de la deuxième interprétation des « tout-petits », on peut citer Paul qui constate que les premières communautés chrétiennes comportent peu de bobos, de puissants ou de gens connus : « Aussi bien, frères, considérez votre appel : il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de gens bien nés. Mais ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est » (1 Co 1,26-28). Corinthe était un double port sur l’isthme unissant la Grèce du Nord au Péloponnèse. Cet isthme se situe à l’intersection de deux grands axes commerciaux : l’axe est-ouest où arrivent les produits de luxe orientaux et l’axe nord-sud. Par son flux de marchandises et de voyageurs, c’était l’équivalent du port d’Amsterdam chanté par Jacques Brel. L’Église de Corinthe était composée de dockers – des tatoués, des durs ! -, de prostituées habituées des marins loin de leurs bases, de petites gens qui grouillaient autour de la manne commerciale de la marine marchande. Voilà pourquoi Paul ose dire que – somme toute – l’assemblée de Corinthe a une sale gueule ! Le visiteur distingué venant d’ailleurs se boucherait le nez en passant entre les rangs de ces baptisés-là. Paul, pourtant issu de l’élite juive (école de Gamaliel) avait choisi son camp : il s’est assimilé à ces moins-que-rien qui ne comptent pas aux yeux de ceux qui ont réussi : « on nous calomnie, nous réconfortons. Jusqu’à présent, nous sommes pour ainsi dire l’ordure du monde, le rebut de l’humanité. » (1 Co 4,13)

51S5AA1X1GL._SX312_BO1,204,203,200_ élites dans Communauté spirituelleLes Grecs et les Romains des premiers siècles étaient choqués par cette réalité ecclésiale. Les uns aimaient les esthètes et les philosophes, les autres les gladiateurs et les tribuns : ils ne pouvaient que mépriser au début ce ramassis d’esclaves et d’inférieurs qui constituait le gros des troupes chrétiennes… Quelle folie à leurs yeux de croire que l’humanité nouvelle était en train de naître au milieu de ces assemblées relevant davantage  de la Cour des Miracles que du Sénat de Rome ! Ce fut d’ailleurs une source de mépris pendant trois siècles de la part des élites romaines : cette secte juive est composée d’esclaves et de classes inférieures, à l’image de leur leader crucifié comme les esclaves et les « inferiores » de l’Empire. Comment un tel ramassis de dockers et de prostituées à Corinthe, de frustres paysans et pêcheurs en Palestine, de gens du peuple et de métèques à Rome pourrait-il attirer les hauts fonctionnaires, les nobles, les riches commerçants de l’époque ? Celse exprimait son dégoût et son mépris des chrétiens de Rome : « engeance exécrable formée de la ligue de tous les ennemis du genre humain, ramassis d’esclaves, d’indigents, de mécontents, de gens de rien et sans aveu, conspirant contre l’ordre établi, désertant le service militaire, fuyant les fonctions publiques, préconisant le célibat, maudissant la douceur de vivre, jetant l’anathème sur toute la culture païenne » [3]

Ce n’est qu’avec la conversion de Constantin et l’Édit de Milan que la mode fera venir les « gens bien » dans les assemblées chrétiennes. Avec toutes les dérives qui s’en suivront, et notamment l’occultation de notre évangile de ce dimanche faisant l’éloge des tout-petits… Si nous sommes uniquement une Église de « gens bien », qui ont réussi dans la vie, gagnants de la mondialisation, alors nous arracherons inconsciemment toutes les pages de la Bible qui montrent Dieu renversant les puissants de leur trône et élevant les humbles… Regardez nos assemblées (catholiques) en France : où sont les Gilets Jaunes ? (et s’il y en a, sur quel banc ?) les SDF ? les prostituées et les publicains d’aujourd’hui ? le petit peuple ?

Les assemblées évangéliques ont au moins le courage de fonder des communautés dans les banlieues issues de l’immigration et des DOM-TOM, avec les petits en bas de l’échelle sociale !

Heureusement, on voit encore ce peuple des tout-petits en masse à Lourdes, aux JMJ, aux Rameaux ou à la Toussaint etc. Puisque Dieu se révèle à eux de façon privilégiée, il n’est pas trop tard pour leur donner la parole au lieu de parler d’eux, de les laisser prier avec nous au lieu de prier pour eux, de partir de leur expérience spirituelle au lieu d’affirmer un discours théologique ou moral digne des scribes et des pharisiens…

 

Esprit d’enfance ou petit peuple, la révélation du Père nous demande ces deux conversions  radicales, individuellement et collectivement : apprenons à écouter Dieu à partir de ceux d’en-bas, devenons nous-mêmes ces tout-petits qui accueillent le don de Dieu avec joie jour après jour.

 


[3]. Louis Rougier, Celse, le conflit du christianisme primitif et de la civilisation antique, Paris, 1926

 

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Voici ton roi qui vient à toi : il est pauvre » (Za 9, 9-10)

Lecture du livre du prophète Zacharie

Ainsi parle le Seigneur : « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, et de l’Euphrate à l’autre bout du pays. »

 

PSAUME
(Ps 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14)
R/ Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais ! ou : Alléluia ! (Ps 144, 1)

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi ;
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour.
La bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent,
il redresse tous les accablés.

DEUXIÈME LECTURE
« Si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez » (Rm 8, 9.11-13)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais elle n’est pas envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez.

 

ÉVANGILE
« Je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 25-30)
Alléluia. Alléluia.Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.
Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , ,

17 février 2019

Aimer ses ennemis : un anti-parcours spirituel

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

Aimer ses ennemis : un anti-parcours spirituel

Homélie pour le 7° dimanche du temps ordinaire / Année C
24/02/2019

Cf. également :

Boali, ou l’amour des ennemis
Le pur amour : pour qui êtes-vous prêts à aller en enfer ?
Pardonner 70 fois 7 fois

« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. »

Avec ce commandement de l’amour des ennemis (Lc 6, 27-38), nous sommes au cœur du christianisme. « Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger. S’il a soif, donne-lui à boire. Par-là, ce sera comme si tu lui mettais des charbons ardents sur la tête » (Rm 12,20).

Aucune morale ne s’est jamais structurée autour d’un tel impératif. Aucune doctrine philosophique n’a formulé ce genre de conseil. Aucune sagesse d’Orient ou d’Occident n’a prôné cet amour-là, qui semble injuste, contradictoire et impossible. Le Premier Testament l’a maintes fois approché, même s’il est rempli de batailles meurtrières où exterminer son ennemi semblait rendre gloire à Dieu. Notre première lecture (1S 26,2 23) ne nous montre-t-elle pas David épargnant Saül qui était à portée de sa lance ? Et d’autres passages vont également dans ce sens :

« Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère… car je suis Dieu et non pas homme » (Os 11,9).
« Dieu ne nous traite pas selon nos péchés, ne nous rend pas selon nos fautes » (Ps 103,10).
« Le roi d’Israël dit à Elisée (en voyant ses ennemis à sa merci) :  » Mon père ! dois-je les tuer ?  » Il répondit:  » Ne les tue pas! As-tu l’habitude de tuer ceux que tu fais prisonniers avec ton épée ou avec ton arc ? Sers-leur du pain et de l’eau; qu’ils mangent et boivent et qu’ils s’en aillent vers leur maître.  » Le roi leur fit servir un grand repas; ils mangèrent et ils burent. Puis il les congédia et ils s’en allèrent vers leur maître. Les bandes araméennes cessèrent leurs incursions en terre d’Israël. » (2R 6, 8-23)

Jésus dans l’évangile de Luc en fait le texte clé de notre ressemblance divine [1] : « soyez parfaits que votre père céleste est parfait ». Or Dieu fait pleuvoir sur les bons comme sur les méchants, et lui le premier aime ceux qui le haïssent, car sa nature – elle – émet sans limitation, sans condition.

Aimer ses ennemis n’est pas une affaire de sentiment. « Heureusement que Jésus ne m’a pas demandé de trouver mon ennemi sympathique. Je ne peux pas trouver sympathique celui qui envoie ses chiens sur moi et détruit ma maison. En revanche, je peux l’aimer », confait Martin Luther King avec un brin d’humour…

Alors, comment faire pour entendre cet appel à aimer ceux qui me veulent et me font du mal ?
Explorons cinq étapes qui balisent ce chemin, cet anti-parcours du combattant en quelque sorte.

 

1. Inquiétez-vous si vous pensez ne pas avoir d’ennemis !

Si c’est le cas, soit vous êtes naïfs et aveugles, refusant de constater que certains ne vous aiment pas et ne cherchent qu’à vous nuire, soit vous menez une vie tellement lisse qu’elle ne dérange plus personne.

Dans le premier cas, votre désillusion sera grande lorsque surgiront de l’ombre les attaques, les coups bas, les mépris que vous ne vouliez pas imaginer.

Le second cas est plus grave encore ! Si vous ne dérangez jamais les intérêts des puissants, si vous n’avez nul conflit avec l’injustice, si vous êtes aussi transparents qu’une goutte d’eau dans l’océan, alors la foi chrétienne n’est sûrement pas le moteur de notre existence. Jésus le savait d’expérience, voyant ceux de ses concitoyens qui cherchaient à se faufiler au milieu des controverses de l’époque sans prendre de coups : « Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous !  C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes » (Lc 6,26). Des chrétiens ne suscitant pas d’opposition risquent fort d’être devenus le sel si fade dont parle Jésus qu’on le jette dehors pour le piétiner car il ne sert plus à rien : « Oui, c’est une bonne chose que le sel. Mais si le sel lui-même perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il n’est bon ni pour la terre, ni pour le fumier; on le jette dehors. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende » (Luc 14,34-35). Que ce soit sur des questions de société comme le respect de toute vie du commencement à la fin, la dignité des plus pauvres, la priorité à donner au bien commun sur les intérêts particuliers etc. ou sur des questions plus individuelles (pardonner  70 fois 7 fois, aimer ses ennemis etc.), il serait contre nature que l’Évangile ne provoque pas discussions, oppositions, et le plus souvent violences et persécutions. C’est d’ailleurs le risque de la petite minorité chrétienne en Europe : se replier sur un christianisme réduit au bien-être, au développement personnel, aux thérapies en tout genre centrées sur le ‘moi’, évitant soigneusement tout point de friction sociale ou idéologique.

Être levain dans la pâte demande de la soulever, avec force et puissance. Sinon ce n’est plus que de la poussière sans effet sur le pain. Or cela ne se fait pas sans générer des résistances !

Ne pas avoir d’ennemis est un symptôme d’insignifiance. Si nous ne suscitons que de l’indifférence polie (ou de la curiosité qu’on accorde aux choses folkloriques), alors c’est que nous avons trahi la grande espérance incarnée par le Christ d’un monde différent où le mal serait vaincu.

Inquiétez-vous donc si vous ne vous connaissez pas d’ennemis ! Mais ne vous réjouissez pas trop vite si vous en avez ! Car il faut encore vérifier que c’est bien à cause de l’Évangile, sinon ce ne serait que des querelles ordinaires trop humaines. Certains leaders politiques n’existent qu’en créant des adversaires qui légitiment ainsi leur combat. Ne fabriquons pas des ennemis pour exister ! Mais acceptons que les choix inspirés par notre attachement au Christ nous vaillent des inimitiés, des obstacles, des oppositions violentes. C’est le contraire qui serait étonnant, et à vrai dire mauvais signe.

 

2. Refuser de haïr ses ennemis

Ainsi donc nous aurons des ennemis, petits ou grands, à la mesure de la vive flamme d’amour qui nous brûle. Qu’en faire ? Le ressentiment naturel serait de leur rendre la pareille. Puisqu’ils nous haïssent, nous trouvons juste et légitime de faire de même. Le piège de la ressemblance se referme alors sur nous : plus nous haïssons nos ennemis, plus nous leur devenons semblables. Ceux qui voulaient ‘casser du Boche’ en 14-18 n’étaient pas meilleurs que leurs agresseurs à casque à pointe. Même la haine antinazie en 1945 a sali la joie de la Libération par des actes innommables longtemps occultés par les vainqueurs.

La haine nous avilit, et nous rabaisse au même rang que nos agresseurs. Or nous pouvons la refuser. Il est en notre pouvoir de décider de ne pas haïr, car c’est un sentiment qui s’entretient : ne pas le nourrir, c’est le faire dépérir à coup sûr.

Vous n'aurez pas ma haineSouvenons-nous de ce message sur Facebook (qui est devenu un livre et une pièce de théâtre) d’un jeune époux et père de famille après les attentats du Bataclan à Paris en 2015 : « vous n’aurez pas ma haine ». Antoine Leiris a perdu sa femme adorée sous les balles des islamistes. Il pourrait légitimement être ivre de colère et de rage. Mais le mal aurait gagné deux fois : en supprimant des êtres chers et en le rendant semblable à ces bourreaux.

« Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.
Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore. »

Jésus a choisi de ne pas haïr, ni Judas qui le livre, ni les soldats qui le giflent et l’humilient, ni les pharisiens avec qui il est en conflit ouvert, ni ceux qui voulaient le lapider à Nazareth, ni la foule criant ‘Barabbas’ après ‘Hosannah’ etc. En cela également il était Fils de son Père, désirant que les méchants se convertissent et non qu’ils meurent, guettant le fils prodigue de très loin avant même qu’il ait retourné sur ses pas.

Les premiers disciples de Jésus disaient non à la guerre et au service militaire, les considérant comme incompatibles avec l’éthique d’amour de Jésus et avec l’injonction d’aimer ses ennemis. On demandait même aux futurs baptisés de quitter le métier des armes si c’était le leur avant…

 

3. Priez pour nos ennemis

Aimer ceux qui nous font du mal, ce n’est certes pas éprouver de l’affection pour eux, les trouver ‘sympathiques’ comme disait Martin Luther King. C’est plutôt les confier à Dieu, sachant que lui a le pouvoir de faire surgir des enfants d’Abraham à partir des pierres que voici (Mt 3,9). Nous ne savons pas ce qui est le mieux pour eux. Nous sommes incapables d’en prendre soin comme Dieu le fait. Mieux vaut humblement reconnaître - surtout quand la colère est à son apogée avec le mal subi - que nous sommes impuissants à leur faire du bien, à les changer ; mieux vaut les remettre avec confiance entre les mains de Dieu qui saura bien trouver les médiations pour toucher leur cœur, ou faire sortir de ce mal un bien plus grand encore.

Le Père Christian de Chergé./Illustration Dominique Bar pour La CroixSouvenons-nous de la prière de frère Christian de Chergé, juste avant que des assassins (non encore formellement identifiés) viennent couper les têtes des sept moines en Algérie :

« Cette vie perdue totalement mienne et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d’hier et d’aujourd’hui, et vous, ô mes amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis ! Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « À-DIEU » envisagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.
AMEN ! Inch’Allah ! »
Alger, 1
er décembre 1993 / Tibhirine, 1er janvier 1994

Exercez-vous à prier pour vos ennemis. Visualisez tel visage de quelqu’un qui vous a fait ou vous fait du mal. Confiez-le à Dieu et laisser l’amour de Dieu s’en charger, vous libérant ainsi de ce poids de haine qui aurait empoisonné votre vie. Prier pour l’autre n’est pas approuver ce qu’il a fait, mais souhaiter pour lui un avenir meilleur. Dieu devient ainsi le plus court chemin de réconciliation entre ceux que tout oppose actuellement.

 

4. Pardonnez à nos ennemis

« Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34).

Si nos ennemis savaient vraiment le mal commis, ils reculeraient, effrayés et horrifiés de leurs actes. Hannah Arendt a bien pointé que seule la « banalité ordinaire du mal » permettait à des nazis cultivés de jouer du Mozart à côté des baraques d’Auschwitz. Se reconnaître pécheurs est une révélation : nous l’esquivons tant de fois pour nous-mêmes que nous devrions le comprendre chez nos adversaires. Pardonner à ses ennemis, c’est imiter Dieu ou plutôt retrouver son image et sa ressemblance au plus profond de nous. C’est enlever le dard du ressentiment qui lentement inocule son désespoir dans nos veines depuis la blessure infligée par l’ennemi.

Joseph a embrassé ses frères qui pourtant l’avaient trahi :

«  »Je suis Joseph votre frère, dit-il, moi que vous avez vendu en Égypte ». […]
Il se jeta au cou de son frère Benjamin en pleurant et Benjamin pleura à son cou. Il embrassa tous ses frères et les couvrit de larmes, puis ses frères s’entretinrent avec lui. » (Gn 45, 13-15)

Puis Joseph a pardonné à ses frères leur jalousie qui les avait amenés à le vendre comme esclave :
« Voyant que leur père était mort, les frères de Joseph se dirent: « Si Joseph allait nous traiter en ennemis et nous rendre tout le mal que nous lui avons causé ! » Ils demandèrent à Joseph: « Ton père a donné cet ordre avant sa mort : Vous parlerez ainsi à Joseph : « De grâce, pardonne le forfait et la faute de tes frères. Certes, ils t’ont causé bien du mal mais, de grâce, pardonne maintenant le forfait des serviteurs du Dieu de ton père. « Quand ils lui parlèrent ainsi, Joseph pleura. Ses frères allèrent d’eux-mêmes se jeter devant lui et dirent: « N
Forgivenous voici tes esclaves! » Joseph leur répondit: « Ne craignez point. Suis-je en effet à la place de Dieu ? Vous avez voulu me faire du mal, Dieu a voulu en faire du bien : conserver la vie à un peuple nombreux comme cela se réalise aujourd’hui. Désormais, ne craignez pas, je pourvoirai à votre subsistance et à celle de vos enfants. » Il les réconforta et leur parla cœur à cœur. »
Dieu peut donc transformer le mal commis par des ennemis en un bien plus grand encore !

Allez voir au cinéma le film Forgiven avec Forest Whitaker qui vient de sortir en 2019.
En 1994, à la fin de l’apartheid, Nelson Mandela nomme L’archevêque Desmond Tutu président de la commission « Vérité et réconciliation » : aveux contre rédemption. Il se heurte le plus souvent au silence d’anciens tortionnaires. Jusqu’au jour où il est mis à l’épreuve par Piet Blomfield, un assassin condamné à perpétuité. Desmond Tutu se bat alors pour retenir un pays qui menace de se déchirer une nouvelle fois. Il sait que seul le pardon permettra de vivre à nouveau ensemble, à condition que le mal soit désarmé…

 

5. Laisser Dieu aimer nos ennemis en nous

Finalement, l’amour des ennemis est impossible et surhumain. Il l’est tant que nous pensons y parvenir par nos seules forces. Ce qu’il y a d’inouï dans l’Évangile, c’est que cet amour des ennemis est central (contrairement aux autres religions et sagesses) et qu’il nous est donné. Il ne s’obtient pas par l’ascèse, ni par le perfectionnement de soi, ni par un effort moral ou un progrès philosophique. C’est pour cela que ces étapes constituent un anti-parcours spirituel, car c’est Dieu qui le fait en nous et non l’inverse.

Aimer ses ennemis : un anti-parcours spirituel dans Communauté spirituelle CTO11-Lapinbleu330C-Ga2_20L’amour des ennemis est un don de l’Esprit de Dieu agissant en nous. Il est à accueillir, suite à l’union au Christ miséricordieux : « je vis, mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). Paul comme Pierre en prison se sont défendus avec vigueur et ont refusé l’injustice, mais ils ont aimé leur geôliers jusqu’à leur ouvrir le chemin du salut, et leurs bourreaux jusqu’à intercéder pour eux.

Plus notre communion au Christ vainqueur du mal par l’amour sera intense, plus il nous sera facile de le laisser pardonner, prier, conjurer la haine en nous. L’amour des ennemis ne relève pas du droit, ni de la morale, mais de la vie spirituelle au sens le plus fort, le plus mystique du terme. Si nous n’adoptons pas le point de vue de Dieu jusqu’à devenir « participants de sa nature divine » (2P 1,4), comment reconnaître en tout ennemi un frère, une providence, une promesse ?

 


[1]. Pour Jean, c’est plutôt l’amour mutuel au sein de la communauté : « à ceci on vous reconnaîtra pour mes disciples, à l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13,35). Est-ce parce qu’en 90 les persécutions romaines et juives étaient plus violentes ?

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Le Seigneur t’avait livré entre mes mains, mais je n’ai pas voulu porter la main sur le messie du Seigneur » (1 S 26, 2.7-9.12-13.22-23)

Lecture du premier livre de Samuel

 En ces jours-là, Saül se mit en route, il descendit vers le désert de Zif avec trois mille hommes, l’élite d’Israël, pour y traquer David. David et Abishaï arrivèrent de nuit, près de la troupe. Or, Saül était couché, endormi, au milieu du camp, sa lance plantée en terre près de sa tête ; Abner et ses hommes étaient couchés autour de lui. Alors Abishaï dit à David : « Aujourd’hui Dieu a livré ton ennemi entre tes mains. Laisse-moi donc le clouer à terre avec sa propre lance, d’un seul coup, et je n’aurai pas à m’y reprendre à deux fois. » Mais David dit à Abishaï : « Ne le tue pas ! Qui pourrait demeurer impuni après avoir porté la main sur celui qui a reçu l’onction du Seigneur ? » David prit la lance et la gourde d’eau qui étaient près de la tête de Saül, et ils s’en allèrent. Personne ne vit rien, personne ne le sut, personne ne s’éveilla : ils dormaient tous, car le Seigneur avait fait tomber sur eux un sommeil mystérieux. David passa sur l’autre versant de la montagne et s’arrêta sur le sommet, au loin, à bonne distance. Il appela Saül et lui cria : « Voici la lance du roi. Qu’un jeune garçon traverse et vienne la prendre ! Le Seigneur rendra à chacun selon sa justice et sa fidélité. Aujourd’hui, le Seigneur t’avait livré entre mes mains, mais je n’ai pas voulu porter la main sur le messie du Seigneur. »

Psaume
(Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 8.10, 12-13)
R/ Le Seigneur est tendresse et pitié.
(Ps 102, 8a)

Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses
et te guérit de toute maladie ;
il réclame ta vie à la tombe
et te couronne d’amour et de tendresse.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
il n’agit pas envers nous selon nos fautes,
ne nous rend pas selon nos offenses.

Aussi loin qu’est l’orient de l’occident,
il met loin de nous nos péchés ;
comme la tendresse du père pour ses fils,
la tendresse du Seigneur pour qui le craint !

Deuxième lecture
« De même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel » (1 Co 15, 45-49)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, l’Écriture dit : Le premier homme, Adam, devint un être vivant ; le dernier Adam – le Christ – est devenu l’être spirituel qui donne la vie. Ce qui vient d’abord, ce n’est pas le spirituel, mais le physique ; ensuite seulement vient le spirituel. Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel. Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel. Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel.

Évangile
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 27-38)
Alléluia. Alléluia.
Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » Alléluia. (cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus déclarait à ses disciples : « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique. Donne à quiconque te demande, et à qui prend ton bien, ne le réclame pas. Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs en font autant. Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car lui, il est bon pour les ingrats et les méchants.
Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous. »

Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , , ,

31 janvier 2017

Mesdames-Messieurs les candidats, avez-vous lu Isaïe ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Mesdames-Messieurs les candidats, avez-vous lu Isaïe ?

Homélie du 5° dimanche du temps ordinaire / année A
05/02/2017

Cf. également :

On n’est pas dans le monde des Bisounours !
L’Église et la modernité: sel de la terre ou lumière du monde ?
Le coup de gueule de saint Jacques
La bande des vautrés n’existera plus
Maison de prière pour tous les peuples
Nourriture contre travail ?


Demandez le programme !

Lisez à haute voix la première lecture de ce dimanche, en y mettant quelques intonations « de bruit et de fureur » :

Ainsi parle le Seigneur : Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche. Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi. (Is 58, 7-10)

Vous croiriez presque avoir en main le programme de Mélenchon pour les élections présidentielles de 2017 ! Il y a bien des résonances entre ce que le prophète Isaïe met sur les lèvres de Dieu lui-même et les propositions politiques des révoltés d’aujourd’hui : partager avec les pauvres, délivrer de la domination financière, accueillir les sans-abri, rétablir la justice…

Une différence – majeure – est qu’Isaïe s’adresse à chacun en l’appelant à pratiquer lui-même, chez lui en premier, la justice et le respect de la liberté de chacun envers les pauvres, alors que les programmes l’attendent de la fiscalité, de l’État, des réformes institutionnelles, bref : des autres.

C’est en Amérique latine que cette lecture d’Isaïe et les autres textes bibliques parlant des pauvres a produit la forme la plus aboutie d’engagement social, qu’on appelle la théologie de la libération.

 

Qu’est-ce que la théologie de la libération ?

Les théologiens les plus marquants de ce courant la définissent comme une pratique de libération des opprimés :

« La théologie de la libération cherche à articuler une lecture de la réalité à partir des pauvres et en vue de la libération des pauvres ; elle utilise en fonction de cela les sciences de l’homme et de la société, elle médite théologiquement et postule des actions pastorales qui facilitent la marche des opprimés » (Léonardo Boff, De la libération, 1984)

On pourrait dire que c’est notre texte d’Isaïe traduit en réformes sociales et politiques, suite à une analyse des inégalités et injustices se produisant dans la société actuelle. Plus qu’une idéologie, ce courant se voulait au départ porté par les pauvres et pour eux, par le biais notamment des multitudes de communautés ecclésiales de base (CEB) où la Bible est élue et interprétée par tous dans le sens de la libération des opprimés.

Le moment fondateur fut la Conférence de l’épiscopat latino-américain à Medellin en 1968, où l’on utilisa allègrement le terme libération. Selon Leonardo Boff, cette époque était marquée par « une indignation éthique devant la pauvreté et la marginalisation de grandes masses ». D’où la nécessité d’une théologie vécue et écrite « de l’envers de l‘histoire », d’après l’expression de Gustavo Gutierrez. De très nombreux religieux, des prêtres, prirent fait et cause pour les classes paupérisées, n’hésitant pas à joindre des mouvements sociaux et politiques. Ils mirent en place la création des communautés ecclésiales de base, organisèrent des systèmes d’éducation populaires etc.

Benoit XVI et la théologie de la libération dans 2 P Benoit XVI theologie-de-la-liberation-2-300x224On se souvient que des dérives sont alors apparues, liées à l’utilisation de la grille marxiste (on est dans les années 60) pour analyser les causes de la pauvreté en termes de classes antagonistes et de rapports de force à inverser. L’image de Jean-Paul II réprimandant Ernesto Cardenal en 1983 à sa descente d’avion (prêtre et ministre sandiniste) au Nicaragua reste dans la mémoire comme un avertissement fait à une déviation idéologique insupportable, où la théologie de la libération perdait sa saveur biblique en s’inféodant au marxisme.

Le premier texte officiel romain (1984) sur la théologie de la libération fut logiquement très négatif, allumant un contre-feu pour stopper cette dérive. La Congrégation pour la doctrine de la foi, présidée par un certain cardinal Ratzinger, y accusait la théologie de la libération d’introduire, sans recul critique, l’analyse marxiste à l’intérieur du discours théologique. « Cet emprunt à l’idéologie totalisante du marxisme a pour conséquence une perversion de la foi chrétienne », expliquait Mgr Ratzinger, en faisant référence à la politisation radicale des affirmations de la foi (Jésus aurait été un leader révolutionnaire) et aux jugements théologiques, notamment la théorisation de l’Église du peuple de Dieu comme Église de classe.

Une fois ces premiers excès écartés, les pauvres d’Amérique latine ont pourtant continué à lire les prophètes bibliques invitant à la libération de toute forme de servitude, et ont continué à s’engager pour le respect des droits des pauvres. Avec des figures remarquables : Dom Helder Camara (archevêque d’Olinda et de Recife au Brésil : « Je nourris un pauvre et l’on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n’a pas de quoi se nourrir et l’on me traite de communiste »), Mgr Oscar Romero (assassiné en 1980 pour avoir dénoncé la répression de l’armée et l’oligarchie au pouvoir alors qu’il célébrait l’eucharistie) etc.

Du coup, un deuxième texte romain (1986) est paru, faisant une relecture beaucoup plus positive de cette expérience populaire. Le cardinal Ratzinger pouvait y reconnaître désormais un apport fondamental au trésor commun de toute l’Église : l’option préférentielle pour les pauvres. C’est devenu un des concepts clés de la Doctrine sociale de l’Église.

« Il faut réaffirmer, dans toute sa force, l’option préférentielle pour les pauvres : C’est là une option, ou une forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne dont témoigne toute la tradition de l’Église. Elle concerne la vie de chaque chrétien, en tant qu’il imite la vie du Christ, mais elle s’applique également à nos responsabilités sociales et donc à notre façon de vivre, aux décisions que nous avons à prendre de manière cohérente au sujet de la propriété et de l’usage des biens. Mais aujourd’hui, étant donné la dimension mondiale qu’a prise la question sociale, cet amour préférentiel, de même que les décisions qu’il nous inspire, ne peut pas ne pas embrasser les multitudes immenses des affamés, des mendiants, des sans-abri, des personnes sans assistance médicale et, par-dessus tout, sans espérance d’un avenir meilleur ». (Compendium de la Doctrine sociale de l’Église n° 182)

Afficher l'image d'origine

Construire la société (droit, justice, économie, politique…) à partir des plus pauvres, traduire en actes – individuels et collectifs – cette option (ou amour) préférentielle  (mais non exclusive des riches !) est donc l’honneur du politique. Il est juste de lire Isaïe devant les candidats de 2017 et de leur demander : êtes-vous d’accord avec ces priorités ? Comment comptez-vous nous aider à les mettre en œuvre ? Et les mettre en œuvre au sein de l’État ?

 

Un drôle de crucifix

Le pape François est-il un théologien de la libération ? Un cadeau a fortement intrigué – voire scandalisé - beaucoup d’observateurs : le président bolivien Evo Morales a offert au pape François lors de sa visite en Amérique du Sud un crucifix en forme de faucille et de marteau [1]. Les conservateurs romains eurent vite fait de propager la fausse rumeur : le pape serait-il marxiste sous couvert de défendre les pauvres ?

En Argentine, le cardinal Bergoglio a longuement fréquenté et vécu avec les communautés ecclésiales de base. En tant que provincial jésuite, il a parcouru une bonne partie de l’Amérique latine et pris le temps de voir, d’écouter les paysans, les ouvriers, les chrétiens de la base réclamant des réformes au nom du dieu d’Isaïe. C’est pourquoi le pape François parle plus volontiers de théologie du peuple que de la libération. Cette théologie « recherche les chemins de la libération intégrale de notre peuple, en mettant en avant la nouveauté évangélique, sans tomber dans les réductions idéologiques » disait le futur pape François. Car le peuple a ce sens de la foi (sensus fidei) qui lui fait lire les prophètes bibliques, les Évangiles et toute la foi chrétienne comme un appel à la réconciliation de tous dans le respect des plus petits (et non à la lutte des classes remplaçant une dictature par une autre). Alors que les théologiens de la libération identifient le Peuple de Dieu au peuple comme classe, la théologie du peuple entend le « Peuple de Dieu » comme les peuples de la terre, chacun avec sa culture propre et son enracinement. En Amérique latine, les garants de la culture et des valeurs de chaque peuple sont avant tout les pauvres. Ce sont eux qui maintiennent vivante la notion de peuple, qui sont le plus attachés à leur culture. D’où une sollicitude et une attention supplémentaires aux pauvres. D’où l’importance, pour la théologie du peuple que prône le pape, de l’évangélisation de la culture, et de l’inculturation de l’Évangile. En plus de la justice sociale et de la lutte évangélique pour le respect des plus humbles.

 

En vue des élections de 2017

Afficher l'image d'origineLe Christ nous appelle à être sel de la Terre et lumière du monde dans l’évangile de ce dimanche. Cela vaut pour notre participation au débat politique ! Avons-nous à cœur de relire Isaïe et tous nos prophètes pour préparer cette échéance ? Serons-nous discerner les exigences concernant chacun individuellement et tous collectivement ? Aurons-nous le courage d’interpeller les candidats à la présidentielle – et aux législatives ! – sur le partage avec les pauvres, l’accueil des sans-abri, le combat contre toute forme d’oppression, de servitude et de haine [2] ?

La Fondation Abbé Pierre publie son 22° rapport sur le mal logement en France. Elle va rencontrer tous les candidats à la présidentielle pour leur soumettre ses propositions sur le logement

cf. http://www.fondation-abbe-pierre.fr/nos-actions/comprendre-et-interpeller/31-janvier-2017-22e-rapport-sur-letat-du-mal-logement-de-la-fondation 

Voilà une action exemplaire qui montre comment la foi chrétienne peut être active pour transformer la condition des plus démunis.

Au-delà de notre vote, si nécessaire, porterons-nous l’option préférentielle pour les pauvres au cœur de nos responsabilités professionnelles et nos engagements associatifs ? de notre vie familiale, de quartier… ?

 


[1] . Le crucifix offert par le président bolivien Evo Morales est une réplique de celui en bois que tailla, dans les années 1970, le jésuite espagnol Luis Espinal, en forme de faucille et marteau, sur lequel il fixa le Christ de ses premiers vœux de religieux (il fut ordonné en 1962 en Catalogne). Il mena à partir de 1968, date de son arrivée en Colombie, un apostolat engagé auprès des pauvres, comme journaliste et réalisateur de films qui dénonçaient les injustices et les abus de la dictature militaire. Il participa également aux grèves des mineurs et des travailleurs. Le 21 Mars 1980, il fut enlevé, torturé, et finalement abattu sur ordre du dictateur luis Garcia Meza Tejada. Avant son entretien avec le président Morales, le pape François alla se recueillir devant la croix érigée à l’entrée du quartier d’Achachicala, à La Paz, où fut retrouvé le corps supplicié du prêtre, et loua le courage de ce défenseur du droit des opprimés: « Il prêcha l’évangile, cet évangile qui nous apporte la liberté, qui nous rend libre, comme tout enfant de Dieu ».

[2] . cf. Conseil permanent de la conférence des évêques de France, Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique, Octobre 2016.

 

 

1ère lecture : « Ta lumière jaillira comme l’aurore » (Is 58, 7-10)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche. Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi.

Psaume : Ps 111 (112),.4-5, 6-7, 8a.9

R/ Lumière des cœurs droits, le juste s’est levé dans les ténèbres. ou : Alléluia ! (cf. Ps 111, 4)

Lumière des cœurs droits, il s’est levé dans les ténèbres,
homme de justice, de tendresse et de pitié.
L’homme de bien a pitié, il partage ;
il mène ses affaires avec droiture.

Cet homme jamais ne tombera ;
toujours on fera mémoire du juste.
Il ne craint pas l’annonce d’un malheur :
le cœur ferme, il s’appuie sur le Seigneur.

Son cœur est confiant, il ne craint pas.
À pleines mains, il donne au pauvre ;
à jamais se maintiendra sa justice,
sa puissance grandira, et sa gloire

2ème lecture : « Je suis venu vous annoncer le mystère du Christ crucifié » (1 Co 2, 1-5)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié. Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous. Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.

Evangile : « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-16)
Acclamation :Alléluia. Alléluia.
Moi, je suis la lumière du monde, dit le Seigneur. Celui qui me suit aura la lumière de la vie.
Alléluia.(cf. Jn 8, 12)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, avec quoi sera-t-il salé ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , , ,

26 juillet 2016

Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 21 h 51 min

« Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait. » (1 Jn 3,13)

 

Un prêtre a été assassiné ce matin à l’arme blanche, le Père Jacques Hamel.

Il célébrait la messe dans l’église de St Etienne du Rouvray, près de Rouen.

D’autres personnes ont été blessées.

Les deux terroristes ont été abattus. Visiblement des « radicalisés » islamistes, comme on les appelle désormais.

Jacques Hamel avait 84 ans. 

L’émotion est considérable.

Car en plus de tuer un innocent, c’est s’attaquer à un symbole que d’égorger un prêtre pendant qu’il célèbre l’eucharistie.

 

Mgr. Lebrun, l’évêque de Rouen, et Mgr. Vingt-Trois, cardinal archevêque de Paris, donnaient ce soir à TF1 quelques éléments pour aller plus loin que la seule émotion, bien légitime :

 

- il n’est pas surprenant que des chrétiens soient visés.

Depuis longtemps, les chrétiens d’Orient sont persécutés, exilés, massacrés dans une grande indifférence occidentale.

Ces chrétiens savent que l’islam politique est rarement tolérant, et que les pays où l’islam est religion d’État voient peu à peu leurs chrétiens chassés, expulsés. L’Iran, l’Irak, le Liban, l’Afghanistan, la Syrie, la Lybie, le Nigéria etc. ont eu leur population chrétienne divisée par deux ou même quasiment réduite à rien.

 

- c’est non seulement à un symbole chrétien que les terroristes s’attaquent, mais également à la laïcité à la française, qui garantit à chaque religion sa liberté de conscience et de culte.

 

- nul doute qu’ils cherchent à diviser le peuple français, à susciter la méfiance entre chrétiens et musulmans, car un pays divisé est affaibli de l’intérieur, et ne pourra plus mener ses guerres à l’extérieur, dont celle contre Daech.

 

- nous gagnerons la guerre contre Daech. Mais le fanatisme ne s’éteindra pas pour autant. Il a d’autres racines, profondes, et d’autres arguments pour séduire des personnalités fragiles ou malades psychologiquement. Il faut donc dès maintenant penser au-delà de la défaite militaire de Daech.

 

- multiplier les militaires et les surveillances policières ne pourra pas empêcher les attentats, qui sont par nature quasi-imprévisibles. La sécurité absolue est une illusion. Il nous faut apprendre à vivre avec cette violence présente au quotidien chez nous, potentiellement partout.

 

- cela demande de lutter contre Daech avec d’autres armes que les bombes ou les bougies.

Les musulmans en premier lieu doivent réfléchir à un magistère qui promulguerait les interprétations du Coran conformes à leur tradition. Sinon les sourates meurtrières du Coran – et il y en beaucoup – feront toujours autant de dégâts dans la tête de musulmans peu instruits qui prennent le texte pour la parole de Dieu incréée, c’est-à-dire  sans interprétation possible.

Cela demande aussi que l’Occident invoque d’autres causes que la seule liberté d’aller boire une bière sur les terrasses en ville. On ne combat par une soif d’absolu par une culture du divertissement…

 

- la parole du Christ sur l’amour des ennemis résonne avec d’autant plus de force en ces circonstances :

« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament. » (Lc 6, 27-28 ; 35)

« Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,33)

Et Paul renchérit : « si ton ennemi a faim, donne-lui à manger; s’il a soif, donne-lui à boire; ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête.  Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. » (Rm 12, 20-21)

Matthieu 5:44 

L’Église catholique est en deuil, et avec elle la communauté nationale comme pour la tuerie de Nice, du Bataclan, de Charlie Hebdo… Après le temps de la colère viendra celui de la réflexion. C’est là que nous devrons refuser les solutions trop faciles, les démissions idéologiques.

Actuellement, l’heure est au recueillement, et à la prière pour tous ceux que ce drame touche de près.

Mais hélas, d’autres attentats nous obligeront à reposer ces questions de fond, encore et encore.

Mots-clés : , , , , , , ,
1234