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27 janvier 2019

L’oubli est le pivot du bonheur

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

L’oubli est le pivot du bonheur


Homélie pour le 4° dimanche du temps ordinaire / Année C
03/02/2019

Cf. également :

Les djihadistes n’ont pas lu St Paul !
La grâce étonne ; c’est détonant !
Un nuage d’inconnaissance
Dès le sein de ta mère…
Amoris laetitia : la joie de l’amour
La hiérarchie des charismes
L’Aujourd’hui de Dieu dans nos vies
Toussaint : le bonheur illucide

L’oubli est le pivot du bonheur dans Communauté spirituelle 65440_5_photo3_g

Dans mon enfance, nous traversions souvent la ville de Tarbes en voiture pour aller visiter de la famille. À chaque fois, mon regard était accroché à travers la vitre par l’inscription du monument aux morts : Ni haine ni oubli. Je trouvais que c’était une belle formule, mais je n’en mesurais pas la portée. Il m’a fallu des années pour éprouver la tentation de la haine, sinon la haine elle-même. Ce n’est pas si facile de haïr… C’est plus moral et valorisant de haïr quelque chose (le nazisme, l’injustice, la misère…) que quelqu’un (un nazi, un injuste, un exploiteur…).

Refuser la haine est pourtant en notre pouvoir. L’hymne à l’amour de Paul de ce dimanche le dit bien (1Co 12,31 – 13,13) :

« L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il couvre tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout ».

Par contre, saint Paul va beaucoup plus loin que le monument aux morts de Tarbes : il fait l’éloge de l’oubli comme sommet de l’amour. « L’amour couvre tout ». Le terme utilisé par Paul évoque l’acte de recouvrir quelque chose afin de l’oublier. Le verbe « stegô » en grec veut dire : couvrir, protéger, cacher… « Stegè », c’est le toit, ou encore tout édifice couvert, la maison, le tombeau… L’amour met un toit au-dessus du péché, voire même il l’enferme dans un tombeau… Les emplois de ce terme sont plutôt rares dans la Bible, mais ont la même signification. Pierre écrit: « Conservez entre vous une très grande charité, car la charité couvre une multitude de péchés » (1P 4,8) , citant en cela le livre des Proverbes : « La haine excite les querelles, mais l’amour couvre toutes les fautes » (Pr 10,12) .

Il y a quelque chose de scandaleux dans ce lien établi entre amour et oubli ! Les officiels déposant une gerbe au monument aux morts vanteront plutôt la mémoire. « Never let us forget » est le leitmotiv des cimetières où les soldats morts de l’empire britannique reposent en longues lignes de croix blanches.

L’oubli ne conduit pas au pardon, mais le pardon à l’oubli

Les horreurs de la guerre d’Algérie furent telles que beaucoup ne voulaient pas en parler une fois revenus, de peur d’y sombrer. Oublier les attentats, la torture, les massacres étaient pour eux une condition de survie. De même mon grand-père, poilu de 14-18, n’évoquait qu’exceptionnellement l’horreur des tranchées, des mutilés, des gazés. Par contre, quand il parlait des Boches, des Fritz ou des Fridolins, sa barbe tremblait et on sentait bien que la haine n’était pas loin.

Oublier est utile pour se reconstruire, pour mobiliser son énergie à faire du neuf, pour ne pas vivre prisonnier de son passé en le ressassant sans cesse.

La généalogie de la morale par NietzscheNietzsche s’est fait le meilleur prophète de la puissance de l’oubli. Pour lui, oublier c’est se libérer du poids de l’histoire pour inventer un présent joyeux. L’oubli est le pivot du bonheur, en ce sens qu’il libère en nous la force de savourer le présent sans entraves.

« Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a quelque chose qui fait que le bonheur est un bonheur : la possibilité d’oublier […] Toute action exige l’oubli, comme la vie des êtres organiques exige non seulement la lumière mais aussi l’obscurité. Un homme qui ne voudrait sentir les choses qu’historiquement serait pareil à celui qu’on forcerait à s’abstenir de sommeil ou à l’animal qui ne devrait vivre que de ruminer et de ruminer sans fin. Donc, il est possible de vivre presque sans souvenir et de vivre heureux, comme le démontre l’animal, mais il est encore impossible de vivre sans oubli. Ou plus simplement encore, il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens, historique qui nuit au vivant et qui finit par le détruire, qu’il s’agisse d’un homme, d’une peuple ou d’une civilisation » (Généalogie de la morale, 1887).

« Fermer de temps en temps les portes et les fenêtres de la conscience ; demeurer insensibles au bruit et à la lutte que le monde souterrain des organes à notre service livre pour s’entraider ou s’entre-détruire ; faire silence, un peu, faire table rase dans notre conscience pour qu’il y ait de nouveau de la place pour les choses nouvelles […] voilà, je le répète, le rôle de la faculté active d’oubli, une sorte de gardienne, de surveillante chargée de maintenir l’ordre psychique, la tranquillité, l’étiquette. On en conclura immédiatement que nul bonheur, nulle sérénité, nulle espérance, nulle fierté, nulle jouissance de l’instant présent ne pourrait exister sans faculté d’oubli » (Considérations inactuelles, 1873-1876).

Cet oubli-là est salutaire, car il ouvre au présent. Mais il ne conduit pas au pardon. C’est juste un antalgique, au mieux un anesthésique. Pour la foi chrétienne, c’est au contraire le pardon qui conduit à l’oubli. Puisque « l’amour couvre tout », il n’y a plus besoin de faire mémoire du mal commis ou subi ! Dieu le premier oublie nos révoltes, nos ruptures d’alliance, nos incohérences, afin de nous recréer à son image et ressemblance.

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La Bible met dans la bouche de Dieu la promesse de cet oubli d’autant plus salutaire que c’est celui de Dieu lui-même :

« Je deviendrai leur Dieu, ils deviendront mon peuple.
[…] Je serai indulgent pour leurs fautes, et de leurs péchés, je ne me souviendrai plus (He 8,12)

« De leurs péchés et de leurs iniquités je ne me souviendrai plus. Or, là où il y a eu pardon, on ne fait plus d’offrande pour le péché » (He 10,17-18).

À l’inverse, lorsque Dieu est en colère contre Israël, il le menace de ne pas oublier :

« Yahvé l’a juré par l’orgueil de Jacob; jamais je n’oublierai aucune de leurs actions (Am 8,7) ».

Rébecca, la mère de Jacob, l’invite à compter sur le temps pour qu’Ésaü oublie le préjudice du vol du droit d’aînesse en échange du fameux plat de lentilles :

« Ton frère Ésaü veut se venger de toi en te tuant. Maintenant, mon fils, écoute-moi: pars, enfuis-toi chez mon frère Laban à Harân. Tu habiteras avec lui quelques temps, jusqu’à ce que se détourne la fureur de ton frère, jusqu’à ce que la colère de ton frère se détourne de toi et qu’il oublie ce que tu lui as fait; alors je t’enverrai chercher là-bas ». (Gn 27, 42-45).

Joseph, après le pardon accordé à ses frères qui l’avaient vendu comme esclave, constate que ce passé ne pèse plus sur sa mémoire, et il en fait le prénom de son fils :

« Joseph donna à l’aîné le nom de Manassé (= oublieux, en hébreu) car, dit-il, Dieu m’a fait oublier toute ma peine et toute la famille de mon père » (Gn 41,51).

Isaïe annonce à Jérusalem qu’elle sera réconciliée avec elle-même grâce à l’oubli de ses iniquités : « N’aie pas peur, tu n’éprouveras plus de honte, ne sois pas confondue, tu n’auras plus à rougir; car tu vas oublier la honte de ta jeunesse, tu ne te souviendras plus de l’infamie de ton veuvage » (Is 54).

Et il décrit un Dieu qui ne tient plus compte du passé :

« On oubliera les angoisses anciennes, elles auront disparu de mes yeux » (Is 65,).

« C’est moi, moi, qui efface tes crimes par égard pour moi, et je ne me souviendrai plus de tes fautes » (Is 43,25).

C’est la prière constante des psaumes :

« Ne te souviens pas des égarements de ma jeunesse, mais de moi, selon ton amour souviens-toi ! » (Ps 25,7)

 

L’oubli illucide

Le monument aux morts disait : « Ni haine ni oubli ». Paul écrit : « Le pardon, donc l’oubli ». Pour vivre ensemble à nouveau, les traces du passé sont comme des points d’infection ne demandant qu’à se réveiller. Que génèrent les chapelets égrenant les exactions d’autrefois sinon le ressentiment et la méfiance ? On ne peut sans cesse invoquer les guerres de religion, les dragonnades, l’Inquisition si on veut vivre en communion catholiques et protestants. On ne peut pas brandir les invasions, les croisades, les génocides, l’esclavage à tout moment et vivre en paix musulmans et chrétiens. Ruminer la colonisation et ses horreurs finit à la longue par enfermer les Africains dans un complexe nourrissant l’aigreur et l’impuissance. Entretenir le souvenir d’une agression, d’un attentat, d’une injustice peut faire sombrer dans la dépression ou la violence. Les psychologues diront qu’on ne peut jamais oublier de tels traumatismes. C’est parce qu’ils fondent l’oubli sur une démarche volontaire, un effort sur soi. C’est vrai que vouloir oublier quelque chose (ou quelqu’un) c’est paradoxalement le faire exister davantage ! S’efforcer d’oublier quelque chose, c’est déjà s’en rappeler.

Le bonheur illucideOr nous croyons que l’oubli ne relève pas de l’effort. Refuser la haine relève de la volonté, mais l’oubli relève du don, du par-don car il est donné par-delà la blessure. Couvrir le mal au sens de Paul n’est pas naïf, au contraire. Paul sait d’expérience que le mal existe, terrible ! Il sait également qu’il peut détruire celui qui le subit (ou l e commet) si justement il s’y enferme. En pardonnant (ou en étant pardonné), l’amour stoppe cette contamination du présent par le passé. L’oubli du mal survient alors sans que l’on ait à le vouloir. Nulle thérapie ne pourra produire ce qui est proprement spirituel, c’est-à-dire le travail de l’Esprit en nous lorsqu’il fait toutes choses nouvelles (Ap 21,5). Cet oubli-là est illucide, c’est-à-dire qu’il n’a pas conscience de lui-même. Ce n’est pas par un travail sur soi que l’oubli viendra, mais par l’accueil de la faculté de pardonner (ou d’être pardonné). Sans mérite de notre part, le souvenir du mal sera couvert par l’amour.

Saint François de Paule, ermite italien, fondateur de l’Ordre des Minimes, écrit: « Pardonnez-vous mutuellement pour ensuite ne plus vous souvenir de vos torts. Garder le souvenir du mal, c’est un tort, c’est le chef d’œuvre de la colère, le maintien du péché, la haine de la justice; c’est une flèche à la pointe rouillée, le poison de l’âme, la disparition des vertus, le ver rongeur de l’esprit, le trouble de la prière, l’annulation des demandes que l’on adresse à Dieu, la perte de la charité, l’iniquité toujours en éveil, le péché toujours présent et la mort quotidienne » (Lettre de 1486).

 

Oublier jusqu’au bien accompli

Un homme ailé portant une tunique blanche tient une balance avec un homme miniature dans chaque plateau. Il est entouré de quatre anges portant des tuniques rouges avec des trompettes.L’oubli du mal est donc une condition du bonheur, en agrandissant la disponibilité au présent et à toutes ses potentialités. L’Évangile va plus loin encore. Jésus conseille à ses amis de ne pas tenir comptabilité de l’aide apportée aux autres : « lorsque tu donnes, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite » (Mt 6,3). Le bon samaritain de la parabole quitte l’auberge sans attendre de remerciement, en sachant qu’il ne reverra jamais le blessé secouru sur la route, comme s’il laissait derrière lui son acte de compassion. D’ailleurs, la plupart des rencontres de Jésus sont sans lendemain : il laisse ceux qu’il a guéris, écoutés, sauvés aller leur propre chemin sans lui. Une fois, cela va même jusqu’à faire le bien « à l’insu de son plein gré », lorsqu’une force sort de lui à la seule demande d’une femme malade qui touche son manteau (Lc 8,44). Et au Jugement dernier, Jésus nous prévient que nous serons surpris du bien que nous aurons accompli : « Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer,  étranger et de t’accueillir, nu et de te vêtir,  malade ou prisonnier et de venir te voir ? » (Mt 25,37-39).

Il est bon de ne pas compter les bonnes actions que nous pouvons accomplir. Il est meilleur encore de les oublier, pour ne pas rendre dépendants ceux que nous avons aidés, pour ne pas en tirer orgueil, pour garder un cœur de pauvre. Dietrich Bonhoeffer résumait cela ainsi : « Qui a le cœur pur ? C’est celui qui ne souille son cœur ni avec le mal qu’il commet, ni avec le bien qu’il fait ».

Répétons-le : cet oubli-là est illucide. Il sur-vient. Il nous est donné par surcroît, par-dessus le marché, sans que nous ayons à le chercher pour lui-même. C’est une heureuse conséquence spirituelle et non un but obsessionnel.

Alors oui, « l’amour couvre tout », comme le chante saint Paul.
L’amour couvre les fautes de l’autre, et par le pardon me permet de les oublier sans m’en apercevoir.
L’amour couvre les fautes que j’ai commises, et il n’y a plus de ressentiment envers soi-même.
L’amour couvre le bien que j’ai pu faire, et je ne peux plus ni ne veux plus en faire la liste.
L’amour me donne de me présenter devant Dieu les mains vides, ouvert à son présent.

Si tu savais le don de Dieu…, tu ne te laisserais pas entraver par ton passé. Tu pourrais t’écrier, avec Paul :
« oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être,  et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus » (Ph 3,13).

« L’amour couvre tout » : crois cela, et tu expérimenteras la puissance de l’oubli comme le pivot du bonheur présent.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Je fais de toi un prophète pour les nations » (Jr 1, 4-5.17-19)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Au temps de Josias, la parole du Seigneur me fut adressée : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations. Toi, mets ta ceinture autour des reins et lève-toi, tu diras contre eux tout ce que je t’ordonnerai. Ne tremble pas devant eux, sinon c’est moi qui te ferai trembler devant eux. Moi, je fais de toi aujourd’hui une ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze, pour faire face à tout le pays, aux rois de Juda et à ses princes, à ses prêtres et à tout le peuple du pays. Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer – oracle du Seigneur. »

Psaume
(Ps 70 (71), 1-2, 3, 5-6ab, 15ab.17)
R/ Sans fin, je proclamerai ta justice et ton salut.
(cf. Ps 70, 15)

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge :
garde-moi d’être humilié pour toujours.
Dans ta justice, défends-moi, libère-moi,
tends l’oreille vers moi, et sauve-moi.

Sois le rocher qui m’accueille,
toujours accessible ;
tu as résolu de me sauver :
ma forteresse et mon roc, c’est toi !

Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance,
mon appui dès ma jeunesse.
Toi, mon soutien dès avant ma naissance,
tu m’as choisi dès le ventre de ma mère.

Ma bouche annonce tout le jour
tes actes de justice et de salut.
Mon Dieu, tu m’as instruit dès ma jeunesse,
jusqu’à présent, j’ai proclamé tes merveilles.

Deuxième lecture
« Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité » (1Co 12, 31 – 13, 13)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, recherchez avec ardeur les dons les plus grands. Et maintenant, je vais vous indiquer le chemin par excellence.
J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.
L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais.
Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée. En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles. Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel sera dépassé. Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant.
Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu. Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité.

Évangile
Jésus, comme Élie et Élisée, n’est pas envoyé aux seuls Juifs (Lc 4, 21-30) Alléluia. Alléluia.
Le Seigneur m’a envoyé, porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération. Alléluia. (Lc 4, 18cd)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, dans la synagogue de Nazareth, après la lecture du livre d’Isaïe, Jésus déclara : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : ‘Médecin, guéris-toi toi-même’, et me dire : ‘Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !’ » Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays.. En vérité, je vous le dis : Au temps du prophète Élie, lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie, et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon, chez une veuve étrangère. Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; et aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman le Syrien. »
À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin.

Patrick BRAUD

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1 octobre 2018

Le semblable par le semblable

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le semblable par le semblable


Homélie pour le 27° dimanche du temps ordinaire / Année B
07/10/2018

Cf. également :

L’homme, la femme, et Dieu au milieu
Le mariage et l’enfant : recevoir de se recevoir
Sur quoi fonder le mariage ?
Le festin obligé

 

Bienvenue aux Alcooliques Anonymes !

Le semblable par le semblable dans Communauté spirituelle meres-anonymes1-300x205« – Bonjour. Je m’appelle Caroline.
- Bonjour, Caroline ! clame en chœur le groupe assis en cercle sur des chaises toutes simples.
- Je suis alcoolique. Cela fait trois mois que je n’ai pas touché un verre ».
Et le groupe applaudit.

Ce rituel des Alcooliques Anonymes est célèbre dans le monde entier. Il garantit l’égalité de condition des participants à ce groupe de parole. Il crée un lien de solidarité entre les participants : nous sommes tous confrontés à la même maladie ; nous savons de quoi nous parlons ; nous allons pouvoir nous entraider.

Ce qui est vrai des Alcooliques Anonymes l’est aussi d’autres groupes et associations de personnes touchées par un combat commun : des femmes battues, des victimes d’attentats, des malades de cancer, des veufs et veuves, des parents ayant perdu un enfant etc.

Pourquoi se regrouper ainsi ?

Parce que seuls ceux qui ont vécu telle expérience spécifique savent en parler aux autres. Parce qu’ils peuvent s’écouter mutuellement sans plaquer des aprioris et des clichés de l’extérieur. Entre compagnons de galère, on se reconnaît, on devine ce que l’autre ressent et veut exprimer, car on y est passé soi-même. Entendre quelqu’un parler du cancer en général, c’est bien ; mais rien ne remplace le témoignage personnel de quelqu’un qui a traversé le même cancer que le mien : celui-là, je peux le comprendre, recevoir ses paroles, lui accorder un crédit de confiance car son chemin est proche du mien. À l’inverse, les conseils, les belles paroles et les exhortations de ceux qui n’ont jamais vécu ma situation risquent d’être plaqués, extérieurs, et finalement peu pertinents.

Résultat de recherche d'images pour "Jonathan Pierres Vivantes"Quand un politique discourt sur la grande pauvreté par exemple, on ne peut qu’être méfiant : que connaît-t-il de la bataille quotidienne pour nourrir une famille avec cinq euros ? Que sait-il de l’usure morale et physique d’une mise à l’écart sociale pendant des années ? Même s’il s’appuie sur des études et des associations, ce sera toujours un riche qui se penche sur le problème des pauvres.

C’est pourquoi un prêtre des cités populaires a fondé ATD Quart-Monde. C’est grâce à un jeune aveugle, François Lesueur, que Valentin Haüy a pu créer sa Fondation pour aveugles. Ce sont des parents endeuillés qui ont créé l’association Jonathan Pierres Vivantes etc.

Les Pères de l’Église condensaient cette loi humaine en une formule bien frappée : « ce qui n’a pas été assumé ne peut être sauvé ». Autrement dit : c’est de l’intérieur, par des proches, des gens qui ont vécu la même chose que peut venir l’entraide.

 

Jésus, mon semblable.

La lettre aux Hébreux dans notre deuxième lecture constate que Jésus lui-même s’est soumis à cette loi anthropologique :
« celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir même origine ; pour cette raison, Jésus n’a pas honte de les appeler ses frères » (He 2,11)

z Action Catholique dans Communauté spirituellez empowermentRésultat de recherche d'images pour "jésus bon larron"La libération ne peut venir de quelqu’un n’ayant pas la même origine. Lorsque quelqu’un ignore cela, il tombe dans la condescendance, l’assistance, la manipulation. Seuls des frères peuvent sauver les frères, sinon la domination ne fera que changer de mains. Quand Moïse par exemple, après son éducation égyptienne, redécouvre son appartenance au peuple hébreu, c’est alors qu’il peut en devenir le libérateur. Dieu l’a renvoyé vers les siens (épisode du buisson ardent) alors qu’il fuyait au désert la vie avec ses semblables.

Parce qu’il a la même origine en humanité, Jésus connaît de l’intérieur nos combats, nos détresses, nos dérélictions les plus extrêmes, car qu’y a-t-il de plus extrême que la croix pour lui ? Parce qu’il est mon semblable en humanité, je peux parler à Jésus comme à un ami, un frère, un compagnon de route. Il a assumé mes tentations, il a vibré à la beauté du monde comme moi, il a connu l’amour, l’amitié, la trahison, la joie, la tristesse, la colère, la souffrance sous toutes ses formes…

« Ce qui n’est pas assumé ne peut être sauvé » : les Pères de l’Église ont martelé cette formule à l’encontre de ceux qui niaient l’humanité de Jésus pour sauvegarder sa divinité. La prière eucharistique n° 4 redit cela avec force (cf. He 4,15) : « il a vécu notre condition d’homme en toutes choses, excepté le péché » (car en réalité le péché n’est pas humain ; il ne fait pas partie de notre vocation humaine).

Jésus se fait le semblable de tous, et surtout des pauvres, des petits, des sans-grades afin que tout être humain trouve en lui un égal, un familier.

 

Pourquoi est-ce si important d’avoir la même origine ?

LA DAME PATRONNESSERedisons-le : ceux qui veulent résoudre les problèmes des autres sans en avoir l’expérience directe ressemblent aux dames patronnesses du 19° siècle. Ils veulent faire pour, souvent avec générosité, mais hélas avec incompétence. Si bien que leur bonne volonté devient vite dangereuse. C’était par exemple le drame du pouvoir colonial français : il voulait assurer le ‘progrès’ des indigènes en faisant pour eux des infrastructures, des lois, une organisation sociale qu’ils imaginaient pour eux.

À l’inverse, si De Gaulle n’avait pas réussi à imposer la légitimité de son gouvernement aux Alliés en 39-45, si les chars du maréchal Leclerc n’avaient pas symboliquement libéré Paris avant les Américains, nous serions devenus une nation sous tutelle, mineure et assistée. Si les français n’avaient pas parlé aux français depuis Londres, nous aurions perdu notre indépendance pour des années.



 

 

L’empowerment

Comme le chante l’hymne de Ph 2, 6-11, Jésus a quitté sa condition divine pour aller épouser notre humanité, au plus bas, afin de la faire remonter auprès de Dieu dans son triomphe sur le mal et la mort. Il s’est fait proche. Il est devenu notre semblable. Il a voulu que l’homme soit sauvé non pas de l’extérieur, par un Dieu tout autre, mais par un frère qui libère en chacun sa capacité à être fils de Dieu.

On l’a dit : faire pour est peut-être généreux, mais naïf et dangereux. L’étape suivante est d’essayer de faire avec. C’est plus noble. Le risque persiste cependant de faire faire à l’autre ce que je pense être le meilleur. L’Occident décide ainsi de grands projets de développement économique et cherche des partenaires locaux en Afrique ou en Asie pour les réaliser avec eux. Mais qui a pris le temps d’écouter ce que les Africains, les Asiatiques mettent sous le terme ‘développement’ ? Faire avec suppose fait en réalité que l’autre ait déjà pris conscience de ce qu’il souhaite faire. Sinon, c’est une parodie de coopération où finalement j’impose mon point de vue en le faisant réaliser par mes ‘partenaires’.

Empowered

Il s’agit donc de rendre d’abord l’autre capable de vouloir et de faire, puis de faire ensemble. C’est ce qu’exprime le terme anglais empowerment : il s’agit de donner le pouvoir (power) à l’autre sur lui-même. L’empowerment est ce travail d’accompagnement qui consiste à libérer en l’autre sa capacité à décider et entreprendre par lui-même. L’empowerment redonne du pouvoir, de la liberté, de l’autonomie et des moyens pour construire son propre chemin par soi-même, en coopération libre avec d’autres.

Au lieu de faire pour, on donne à l’autre de quoi faire par lui-même, et alors seulement on peut faire avec.

Ainsi lorsque Jésus constate après un miracle : « ta foi t’a sauvé », il suit cette pédagogie : il révèle à l’autre la puissance du désir qui est en lui, et l’invite alors à mettre en œuvre cette puissance de salut par lui-même. C’est sa foi qui l’a sauvé et non pas Jésus de l’extérieur. Jésus agit alors comme un catalyseur : en se décentrant de lui-même, il donne à l’autre de découvrir son centre le plus personnel, et travaille avec lui à la réalisation de son désir le plus vrai, le plus saint.

 

Évangéliser le semblable par le semblable

C’est l’une des intuitions les plus fécondes de l’Action Catholique. Au milieu des questions sociales nées de la Révolution industrielle, les chrétiens ont fait l’expérience que mieux que tout autre les ouvriers savent parler aux ouvriers de l’Évangile dans leur culture, leurs modes de vie. De même les cadres trouvent les mots qui vont toucher d’autres cadres pour témoigner du Christ etc. Ainsi sont nés la JOC, la JEC, la JIC, la JICF, les CMR, l’ACO, le MCC, les EDC, le MCR… Si ces mouvements sont aujourd’hui exsangues, c’est sans doute à cause de leur emprunt idéologique à d’autres pensées (marxiste, socialiste, sociologiques…) qui leur ont fait perdre de vue cette intuition évangélique :
« celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir même origine ; pour cette raison, Jésus n’a pas honte de les appeler ses frères » (He 2,11)

51EKW7SBRQL._AC_US400_ évangélisationAu congrès de Besançon en 1898, l’ACJF avait déjà entendu la revendication d’une évangélisation du semblable par le semblable. Le souci d’atteindre les masses a conduit l’Action Catholique à se spécialiser par milieu social, à partir de cette idée que ce sont les jeunes d’un milieu qui sont capables de toucher l’ensemble des jeunes de ce milieu : « entre eux, par eux, pour eux ». Cette idée, c’est l’abbé Cardjin, puis l’abbé Guérin qui vont véritablement la mettre en œuvre. En 1925 la JOC est fondée en Belgique, en 1926 en France. Pie XI (pontificat 1922-1939) consacrera cette intuition dans son encyclique Quadragesimo anno dans le langage de l’époque :

« Les circonstances nous tracent clairement la voie dans laquelle nous devons nous engager. Comme à d’autres époques de l’histoire de l’Église, nous affrontons un monde retombé en grande partie dans le paganisme. Pour ramener au Christ ces diverses classes d’hommes qui l’ont renié, il faut avant tout recruter et former dans leur sein même des auxiliaires de l’Église qui comprenne leur mentalité et leurs aspirations et qui sachent parler à leur cœur dans un esprit de fraternelle charité. Les premiers apôtres, les apôtres immédiats des ouvriers seront les ouvriers ; les apôtres du monde industriel et commerçant seront des industriels et des commerçants ».

Les effectifs sont importants : en 1937, la JOC compte 30 000 adhérents et réunit 85 000 jeunes au Parc des Princes pour célébrer son dixième anniversaire. Les prêtres ouvriers naissent de la même intuition de proximité : ils sont 10 en 1947, 25 un an plus tard, puis une centaine. L’objectif n’est plus de convertir la masse ouvrière mais de réinventer l’Église en milieu ouvrier ; les maîtres mots sont « naturalisation » des prêtres et « incarnation » de l’Église. C’est à propos de la question communiste que leur aventure va prendre fin, dans le contexte de la guerre froide. En 1954, Rome met fin à l’expérience des prêtres ouvriers. Certains refusent de se soumettre et d’abandonner leur travail. La mission de France poursuit actuellement cette conception de l’évangélisation, en y incluant des laïcs.

Le constat demeure : avoir la même origine (sociale, géographique, culturelle, intellectuelle etc.) que l’autre m’en rend plus naturellement frère. Cette proximité me permet d’acculturer l’Évangile, de le traduire dans sa mentalité, son vocabulaire, sa vision du monde afin qu’il puisse entendre comme à Pentecôte le message dans sa langue maternelle.

 

Mais qui est mon semblable ?

Jésus s’est fait le semblable de tout homme. Mais moi, de qui suis-je naturellement le semblable ? Qui a la même origine que moi, si bien que nous pourrons facilement échanger, nous confier l’un à l’autre, interpréter ensemble l’Évangile dans notre condition commune ?
Le jeune homme riche demandait à Jésus : qui est mon prochain ?
Il nous faut lui demander aujourd’hui : qui est mon semblable ? quelle est mon origine ? qui la partage avec moi ?
Nous pourrons alors, de façon privilégiée et non exclusive, nous tourner vers nos semblables pour fraternellement leur proposer la belle aventure de la foi chrétienne qu’ils écriront avec nous.

Demandez-vous donc – et demandez au Christ – cette semaine : qui est mon semblable ?

 

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Tous deux ne feront plus qu’un » (Gn 2, 18-24)

Lecture du livre de la Genèse

Le Seigneur Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra. » Avec de la terre, le Seigneur Dieu modela toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les amena vers l’homme pour voir quels noms il leur donnerait. C’étaient des êtres vivants, et l’homme donna un nom à chacun. L’homme donna donc leurs noms à tous les animaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes des champs. Mais il ne trouva aucune aide qui lui corresponde. Alors le Seigneur Dieu fit tomber sur lui un sommeil mystérieux, et l’homme s’endormit. Le Seigneur Dieu prit une de ses côtes, puis il referma la chair à sa place. Avec la côte qu’il avait prise à l’homme, il façonna une femme et il l’amena vers l’homme. L’homme dit alors : « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! On l’appellera femme – Ishsha –, elle qui fut tirée de l’homme – Ish. » À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.

Psaume
(Ps 127 (128), 1-2, 3, 4-6)
R/ Que le Seigneur nous bénisse tous les jours de notre vie ! (cf. Ps 127, 5ac)

Heureux qui craint le Seigneur
et marche selon ses voies !
Tu te nourriras du travail de tes mains :
Heureux es-tu ! À toi, le bonheur !

Ta femme sera dans ta maison
comme une vigne généreuse,
et tes fils, autour de la table,
comme des plants d’olivier.

Voilà comment sera béni l’homme qui craint le Seigneur.
De Sion, que le Seigneur te bénisse !
Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie,
et tu verras les fils de tes fils. Paix sur Israël.

Deuxième lecture
« Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir même origine » (He 2, 9-11)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, Jésus, qui a été abaissé un peu au-dessous des anges, nous le voyons couronné de gloire et d’honneur à cause de sa Passion et de sa mort. Si donc il a fait l’expérience de la mort, c’est, par grâce de Dieu, au profit de tous. Celui pour qui et par qui tout existe voulait conduire une multitude de fils jusqu’à la gloire ; c’est pourquoi il convenait qu’il mène à sa perfection, par des souffrances, celui qui est à l’origine de leur salut. Car celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir même origine ; pour cette raison, Jésus n’a pas honte de les appeler ses frères.

Évangile
« Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (Mc 10, 2-16) Alléluia. Alléluia.
Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous ; en nous, son amour atteint la perfection. Alléluia. (1 Jn 4, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, des pharisiens abordèrent Jésus et, pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » Jésus leur répondit : « Que vous a prescrit Moïse ? » Ils lui dirent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. » Jésus répliqua : « C’est en raison de la dureté de vos cœurs qu’il a formulé pour vous cette règle. Mais, au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » De retour à la maison, les disciples l’interrogeaient de nouveau sur cette question. Il leur déclara : « Celui qui renvoie sa femme et en épouse une autre devient adultère envers elle. Si une femme qui a renvoyé son mari en épouse un autre, elle devient adultère. »
Des gens présentaient à Jésus des enfants pour qu’il pose la main sur eux ; mais les disciples les écartèrent vivement. Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.
Patrick BRAUD

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3 septembre 2018

Le speed dating en mode Jésus

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Le speed dating en mode Jésus

 

Homélie pour le 23° dimanche du temps ordinaire / Année B
09/09/2018

Cf. également :

Le coup de gueule de saint Jacques
La revanche de Dieu et la nôtre
Effata : la Forteresse vide
L’Église est comme un hôpital de campagne !


Connaissez-vous le speed dating ?

Le speed dating en mode Jésus dans Communauté spirituelleEh bien, figurez-vous que c’est un rabbin qui a inventé ce mode de rencontre [1] ! Au départ, il voulait favoriser les mariages entre juifs (vieille obsession biblique, pour que la foi ne se perde pas car c’est la mère juive qui fait l’identité juive de ses enfants). Cela a tellement bien marché que le principe en a été étendu à toutes les rencontres.

La méthode est simple. Réunissez dans une même pièce sept hommes et sept femmes (ou plus). Les femmes sont assises à une table et ne bougent pas. Toutes les sept minutes, un homme différent vient s’asseoir à leur table, et c’est parti pour sept minutes de conversation à bâtons rompus, histoire d’éprouver ou non un déclic pour une relation d’amitié ou d’amour par la suite. On peut ainsi et rapidement (speed) mettre en contact (dating) ceux qui désirent tous les deux en savoir plus l’un sur l’autre. La technique s’est même étendue au recrutement de nouveaux embauchés : les entreprises cherchant de nouveaux talents tiennent la place des femmes, les chercheurs d’emploi celle des hommes (on parle alors de job dating).

Il semblerait que les foules pratiquent souvent sans le savoir le Jésus dating dans les Évangiles !

Ainsi dans le passage de ce dimanche (Mc 7, 31-37) :
« Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, et supplient Jésus de poser la main sur lui ».

Effata2 amener dans Communauté spirituelleAmener quelqu’un au Christ, voilà qui n’est pas banal ! Servir cette rencontre, unique entre toutes, rapide, bouleversante, sans forcément revoir ce Jésus après… Ici c’est un sourd qu’on amène à Jésus. On ne sait pas s’il est d’accord ou non : sa guérison devra beaucoup plus à ceux qui l’ont amené qu’à lui-même ! On les présente l’un à l’autre, puis on les laisse tranquilles tous les deux, et d’ailleurs Jésus s’isole pour mettre de la salive sur la langue du sourd-muet et prononcer son fameux : Effata !

Qui est ce « on » sans qui rien ne serait arrivé ? Pourquoi organise-t-il cette rencontre ? On peut deviner que ce sont des proches, des voisins, les habitants d’un même village. On peut imaginer qu’ils font cela parce qu’ils ont entendu parler de la réputation de guérisseur de Jésus, et que l’intéressé n’était pas prêt à y aller tout seul. Donc ils l’accompagnent, le convainquent, le portent s’il le faut, bref : ils l’amènent au Christ.

Dans l’Évangile de Marc, ce verbe amener (à Jésus) est employé plusieurs fois (du verbe φέρω = pheró en grec).

- La première fois, c’est pour lui amener tous les malades qui traînent dans le coin :
Mc 1,32 : Le soir, après le coucher du soleil, on lui amena tous les malades et les possédés.
La maison de Simon et André à Capharnaüm, que Jésus a adoptée comme sa maison en fait, est devenue alors une mini grotte de Lourdes, envahie par tous ceux que la médecine de l’époque ne pouvait soigner. Voilà un peu l’hôpital de campagne dont parlait le pape François pour désigner l’Église aujourd’hui : une maison fraternelle où l’on peut amener au Christ tous les malades, tous les possédés de nos sociétés, et Dieu sait s’il y en a !

ob_939972_paralytique Christ- La deuxième fois, c’est un paralytique qu’on lui présente, soulevé par des porteurs de brancards :
Mc 2,3 : On vient lui amener un paralytique, soulevé par quatre hommes.
La scène se passe « à la maison », c’est-à-dire à Capharnaüm. Le geste d’amener un frère paralysé est ici hautement symbolique de la foi de la foule, qui obtient non seulement la guérison physique, mais surtout la rémission des péchés, ce qui fait grincer des dents les scribes au milieu de la foule enthousiaste.

- La troisième fois que ce verbe amener (à Jésus) est utilisé, c’est pour notre sourd-muet mal parlant.
Mc 7,32 : On lui amena un sourd, qui avait de la difficulté à parler, et on le pria de lui imposer les mains.

- La troisième fois, c’est pour lui présenter un aveugle :
Mc 8,22 : Ils se rendirent à Bethsaïda; et on amena vers Jésus un aveugle, qu’on le pria de toucher.
À nouveau la salive de Jésus (avec l’imposition de ses mains) transforme cet aveugle, à l’écart.

- La cinquième fois, c’est un enfant épileptique qu’on lui amène. Le père avait pris l’initiative et Jésus demande la foule de lui apporter cet enfant aux crises si effrayantes pour les mentalités de l’époque.
Mc 9,17-20 : Quelqu’un de la foule lui dit: « Maître, je t’ai amené mon fils qui a un esprit muet. Quand il le saisit, il le jette à terre, et il écume, grince des dents et devient raide. Et j’ai dit à tes disciples de l’expulser et ils n’en ont pas été capables » — « Engeance incrédule, leur répond-il, jusques à quand serai-je auprès de vous? Jusques à quand vous supporterai-je ? Amenez-le-moi. » Et ils le lui amenèrent.
Jésus peut donc demander qu’on lui amène des gens, ce n’est pas à sens unique.

- La sixième fois, c’est pour lui amener (προσφέρω = pros- pheró) des enfants.
Mc 10,13 : On lui amena des petits enfants, afin qu’il les touchât. Mais les disciples reprirent ceux qui les amenaient.
Il s’agit de provoquer un contact physique (toucher, imposer les mains comme pour le sourd ou l’aveugle) non pour guérir, mais pour bénir :
Mc 10,16 : Puis il les embrassa et les bénit en leur imposant les mains.
Amener au Christ ne relève pas uniquement d’une démarche de guérison : portés par leurs proches, les petits-enfants – que nous pouvons devenir pour recevoir le royaume de Dieu, selon Mt 18,13 – sont entourés de tendresse, d’affection et de de bénédiction dans cette brève rencontre avec le Christ.

 

salome laisser faireÀ l’inverse de ces usages positifs du verbe amener (au Christ), Marc mentionne le sombre épisode où Hérode fait amener à sa belle-fille la tête de Jean-Baptiste sur un plat :
Mc 6,27-28 : Et aussitôt le roi envoya un garde en lui ordonnant d’apporter la tête de Jean. Le garde s’en alla et le décapita dans la prison; puis il apporta sa tête sur un plat et la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère.
On peut donc aujourd’hui encore apporter à son idole (la convoitise de la fille de son frère ici pour Hérode) la tête de quelqu’un de valeur… Hélas, sacrifier quelques têtes pour obtenir des faveurs est toujours d’actualité ! C’est le mouvement symétrique, inverse de la foi : tuer l’autre pour l’amener mort à une idole, au lieu d’amener l’autre souffrant au Christ pour qu’il guérisse et vive pleinement.

Pour être complet signalons deux autres usages du verbe amener (à Jésus) : 

- Mc 11,1.7 : vous trouverez, à l’attache, un ânon que personne au monde n’a encore monté. Détachez-le et amenez-le. (…) Ils amènent l’ânon à Jésus et ils mettent sur lui leurs manteaux et il s’assit dessus.
Même les ânes peuvent être amenés au Christ ! Il saura comment transformer l’humble petit âne en monture royale pour la procession dite des rameaux.

- Même un denier apporté au Christ (Marc 12,15 — 16) peut révéler ce qui revient à César et ce qui revient à Dieu.
Mc 12,16 : Apportez-moi un denier, que je le voie. Ils en apportèrent un (…)

 

Le dernier usage du verbe amener chez Marc n’est plus pour amener au Christ mais pour amener le Christ au Golgotha.
Mc 15,22 : Et ils amènent Jésus au lieu-dit Golgotha, ce qui se traduit lieu du Crâne.
Ultime inversion des rôles : celui à qui on avait amené l’humanité est maintenant celui qu’on amène à l’inhumain.
Il imposait les mains, à l’écart, pour guérir et bénir. On lui impose les clous, en public, pour le tuer et le maudire.
Parce qu’il se laisse ainsi amener au sacrifice, Jésus renverse la violence faite à toutes les victimes qu’on amène à l’abattoir. Par sa résurrection, il fera de ce chemin de perdition une voie de salut, dont le criminel à sa droite est le premier bénéficiaire.

On le voit, amener quelqu’un au Christ n’est pas chose banale !

Et si c’était la mission de ses disciples aujourd’hui encore ? À la manière d’un speed dating ou d’un job dating astucieux, n’est-ce pas de notre responsabilité de baptisés d’organiser des rendez-vous avec le Christ ? De provoquer ces rencontres-éclair d’où un coup de foudre peut jaillir et bouleverser une vie ? De mettre en présence du Christ ceux qui souffrent dans leur cœur ou dans leur corps ?

Proposer la foi dans la société actuelle. Volume 3, Lettre aux catholiques de FranceAmener au Christ en français, c’est prendre par la main pour accompagner quelqu’un vers quelqu’un (on apporte quelque chose, mais on amène quelqu’un, par la main). Ce n’est donc pas le forcer, le contraindre. Amener au Christ relève de la proposition de la foi, pas de l’imposition d’une religion. Si les sourds-muets, paralytiques et aveugles se laissent conduire à Lourdes par exemple en pèlerinage, c’est parce qu’ils ont confiance dans les hospitaliers qui les y amènent. Ils n’ont pas forcément la foi ni même l’espoir de guérir. Ils se laissent faire par des aidants, des amis, des soignants, l’immense foule des hospitaliers et hospitalières au service des malades dans ces énormes pèlerinages d’été notamment à Lourdes.

Même les enfants qu’on amène au Christ n’y sont pas forcés : eux aussi font confiance aux adultes qui leur font découvrir qui est Jésus, à travers le catéchisme, les messes des familles, les histoires bibliques qu’on raconte avant de dormir le soir etc.

Certaines fois, la rencontre avec le Christ semble impossible. Tant de grands-parents aimeraient amener leurs petits-enfants au Christ, mais tout s’y oppose… Reste alors le speed dating de la prière. On peut toujours présenter au Christ dans la prière tel collègue, telle personne souffrante, tel enfant éclatant de vie, tel adolescent doutant de lui-même. Et c’est même souvent la seule prière possible : « Seigneur, je te présente Léa. Je ne sais pas ce qui est le meilleur pour elle. Mais je crois qu’elle trouvera auprès de toi ce qu’elle cherche. Touche-la, bénis-la, par les moyens que toi seul connais et peux mettre en œuvre… » Sainte Monique a ainsi présenté son fils Augustin à Jésus dans les larmes de sa prière pendant de nombreuses années, jusqu’à ce que l’attrait éblouissant du Livre parmi les livres le renverse comme Paul vers Damas (« tolle et lege ! »).

Il ne nous appartient pas de savoir comment se passera cette rencontre. Nous n’avons pas à maîtriser ce qu’elle va produire ou non. Il nous revient seulement, comme la foule amenant le sourd-muet à Jésus, de rendre possible le face-à-face, d’en être le catalyseur, acceptant de disparaître quand les deux sont réunis. C’est ce que Jean-Baptiste appelait « être l’ami de l’époux », les amenant l’un à l’autre, puis s’éclipsant sur la pointe des pieds…
Jn 3,29 : Qui a l’épouse est l’époux; mais l’ami de l’époux qui se tient là et qui l’entend, est ravi de joie à la voix de l’époux. Telle est ma joie, et elle est complète.

Cette semaine, qui puis-je amener au Christ ? Comment ? Par une invitation, une lecture, une conférence, une célébration, un coup de fil ? Par la prière ?

Soyons les « speed daters » du Christ !

 


[1]. La méthode a été créée par le rabbin Yaacov Deyo de Aish HaTorah aux États-Unis à la fin des années 1990. Deyo avait pour objectif de préserver la culture juive en poussant aux mariages intracommunautaires. La méthode s’est depuis propagée aux autres communautés, puis à d’autres pays.

 

 

Lectures de la messe 

Première lecture
« Alors s’ouvriront les oreilles des sourds et la bouche du muet criera de joie » (Is 35, 4-7a)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie ; car l’eau jaillira dans le désert, des torrents dans le pays aride. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif, en eaux jaillissantes.

Psaume
(Ps 145 (146), 6c-7, 8-9a, 9bc-10)
R/ Je veux louer le Seigneur, tant que je vis. ou : Alléluia. (Ps 145, 2)

Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

Deuxième lecture
« Dieu n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres pour en faire des héritiers du Royaume ? » (Jc 2, 1-5)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Mes frères, dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire, n’ayez aucune partialité envers les personnes. Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps un homme au vêtement rutilant, portant une bague en or, et un pauvre au vêtement sale. Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant et vous lui dites : « Assieds-toi ici, en bonne place » ; et vous dites au pauvre : « Toi, reste là debout », ou bien : « Assieds-toi au bas de mon marchepied. » Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon de faux critères ? Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ?

Évangile
« Il fait entendre les sourds et parler les muets » (Mc 7, 31-37)
Alléluia. Alléluia. Jésus proclamait l’Évangile du Royaume et guérissait toute maladie dans le peuple. Alléluia. (cf. Mt 4, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, et supplient Jésus de poser la main sur lui. Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement. Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient. Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »
Patrick BRAUD

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1 juin 2016

La déradicalisation selon saint Paul

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La déradicalisation selon saint Paul

 

Cf. également :

Naïm, ou la rétroactivité en marche

Homélie pour le 10° dimanche du temps ordinaire / Année C
05/06/2016

 

Le gouvernement de Manuel Valls a publié le 9 mai dernier 80 mesures pour lutter contre la radicalisation islamique qui chaque année pousse des centaines de Français à partir faire le djihad en Syrie ou ailleurs. La deuxième lecture de ce dimanche rejoint cette actualité. Paul raconte avec force détails combien il était fanatique avant d’avoir rencontré le Ressuscité :

« Vous avez entendu parler du comportement que j’avais autrefois dans le judaïsme : je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu, et je cherchais à la détruire. J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères. » (Ga 1, 11-19)

Dans ces longs passages en forme de confession publique, on peut mettre en valeur deux éléments, deux dimensions de la conversion de Paul qui correspondent assez bien à ce qu’on appelle aujourd’hui le processus de déradicalisation.

 

Les personnes avant les idées

Afficher l'image d'origineLe pharisaïsme de Paul, c’était d’abord son attachement à la loi juive et aux coutumes dont les maîtres pharisiens l’avaient habillé. Pour l’ultra-religieux qu’il était devenu, le plus important était l’observance extérieure de tout ce qu’il fallait soi-disant faire pour être un bon juif : la circoncision évidemment, mais aussi le respect absolu du shabbat (jusque dans ses détails les plus absurdes et les plus contradictoires), le lavage des coupes, des mains, la manière de s’habiller (les hadissim contemporains sont toujours très sourcilleux de leurs papillotes, chapeaux de fourrure, les tephillim et autres distinctions vestimentaires) etc. Les islamistes n’ont rien inventé hélas : les intégristes juifs ont depuis longtemps enserré la vie quotidienne dans un carcan de règles frisant l’obsession pathologique. Le film Timbuktu raconte l’étonnement et l’incompréhension des villageois à qui les djihadistes demandent de porter des gants pour manipuler du poisson, de ne pas écouter de musique non religieuse, de ne pas jouer au football…

Des humoristes irakiens croquent régulièrement sur la télévision publique ce délire des fanatiques musulmans dans une émission appelée « Al-Basheer Show, l’émission qui combat Daech avec le rire » …. On y voit par exemple des « barbus » menacer ceux qui oseraient utiliser des W.C. dits ‘à l’occidentale’ parce qu’ils utilisent du papier au lieu de l’eau, seule purification autorisée par l’islam des djihadistes etc.

Les fanatiques sont obsédés par les choses à faire et en oublient les personnes à aimer. Ainsi a été Paul, barbu pharisien plus intransigeant que les terroristes, puisqu’il obtenait du pouvoir légal le droit de pourchasser, d’emprisonner et de faire tuer ces chrétiens « kouffars » (mécréants en arabe) comme diraient les terroristes aujourd’hui.

Ce qui l’a fait changer, c’est justement la rencontre d’une personne, de quelqu’un de vivant. « Je suis Jésus que tu persécutes » (Ac 9,5 ; 22,8 ; 26,15) : cette rencontre éblouissante va lui révéler dans quel aveuglement il s’égarait. Sa cécité passagère traduit alors sa prise de conscience des ténèbres de la pensée où il se perdait. À force de vouloir aimer la Loi, il ne respirait plus que haine et meurtre envers les chrétiens. On a connu ce même aveuglement avec les Allemands, pourtant intelligents et cultivés, qui avaient épousé l’idéologie nazie. Ou bien avec les Russes, les Chinois, les Cambodgiens qui voulaient imposer la révolution communiste façon Staline, Mao ou Pol Pot… Même Che Guevara dont on a fait un mythe romantique était dans la lignée de ce terrorisme violent et haineux, où les idées priment sur les personnes. « Il vaut mieux qu’un seul homme meure plutôt que tout le peuple » (Jn 11,50) disait déjà le grand prêtre Caïphe en légitimant ainsi le meurtre de Jésus au nom de la raison d’État. La raison de l’État islamique légitime l’assassinat d’innocents au nom de la charia, cette loi idolâtrée qui ressemble à celle qui fascinait Paul autrefois.

 

Un élément de la déradicalisation - des jeunes notamment - tentés par le fanatisme religieux est donc la rencontre de personnes bien concrètes, en chair et en os, qui témoignent de la réalité des victimes du terrorisme. « Je suis Jésus que tu persécutes » se conjugue aujourd’hui en : « Je suis la mère de l’enfant qu’a tué Mohamed Merah en 2012 à Toulouse, et je peux te raconter la souffrance qui s’est installée dans ma vie depuis » (cf. le témoignage de Latifa Ibn Ziaten, mère d’Imad, tué par Mohamed Merah).

Les 80 mesures de Valls contiennent cette recommandation de faire témoigner et circuler le témoignage concret des victimes. Afin que la violence terroriste ne reste pas virtuelle, idéalisée, magnifiée, mais terriblement proche et personnelle, donnons la parole à ceux qui souffrent de la dictature des religieux de tous bords sur leur vie quotidienne, par l’imposition de règles vestimentaires, de coutumes culinaires, d’interdits culturels de toutes sortes.

 

Rompre l’enfermement algorithmique

« Enfermement algorithmique » : l’expression est dans les 80 mesures [1].

Elle désigne le processus maintenant connu où Internet joue comme un multiplicateur et un accélérateur de fanatisme. Lorsque vous cliquez sur un lien qui vous amène à une vidéo sur l’islam, par le jeu des analyses croisées, Youtube ou Google vous proposent immédiatement 10 autres vidéos sur le même sujet, allant plus loin dans la logique d’exposition. Et ainsi, de clic en clic, de lien en lien, de site en site, l’internaute rebondit sans cesse à l’intérieur d’un univers de pensée qui ne renvoie plus qu’à lui-même. Les algorithmes de recommandations peuvent réellement enfermer le surfeur dans une seule vague de pensée, de plus en plus radicale, de plus en plus étroite.

Paul a vécu quelque chose de cet enfermement algorithmique avant sa rencontre du Ressuscité. Il ne mangeait qu’avec ses coreligionnaires, il discutait avec des pharisiens ultra-convaincus, il ne lisait que des ouvrages sur l’observance de la Loi. À l’école de Gabriel, il devait encore être un étudiant ouvert à plusieurs courants de pensée. Pourtant il avait assisté et approuvé la lapidation d’Étienne. Son cercle des relations s’est sans doute rétréci, ses lectures également, et il a peu à peu devenu prisonnier d’un petit univers ne renvoyant qu’à lui-même.

Quand un jeune sélectionne ses amis au point de ne plus fréquenter qu’un seul style, quand il n’écoute plus qu’une seule musique ou ne s’habille que d’une seule mode vestimentaire, on peut craindre pour lui.

 

Rompre l’enfermement algorithmique est donc un autre atout essentiel à la déradicalisation.

Cela passe par la production d’un contre-discours idéologique apportant des arguments factuels, historiques, littéraires, théologiques, exégétiques…

Cela demande également de pratiquer l’ouverture d’esprit avec les jeunes dont on est en charge, avant qu’ils ne se durcissent et les refusent par principe. Le cinéma, l’art, d’autres lectures et surtout d’autres rencontres seront des pare-feu utiles pour éviter que l’embrigadement des esprits ne prolifère.

 

Afficher l'image d'originePour Paul, la rupture de l’enfermement algorithmique va se faire dans un premier temps chez Ananie, ce chrétien de Tarse qui l’a accueilli, écouté, soigné, baptisé. Jamais il ne serait entré dans une maison de non-pharisiens auparavant. Puis il a fallu à Paul trois ans de solitude, en Arabie, pour faire le point sur ses années pharisiennes, ouvrir les yeux sur ses égarements passés, et choisir de donner un nouveau sens à sa vie. Comme quoi l’intériorité, le silence, et un certain retour sur soi à travers une solitude habitée sont des aides puissantes pour se désintoxiquer du fanatisme et se retrouver pleinement. On aurait tort de négliger les ressources que représentent les monastères, de toutes religions, dans la lutte contre la radicalisation des esprits. Ils ont toujours été des lieux de relecture de son histoire, de reprise de soi, de conscientisation sur ses propres contradictions, d’aspiration à une unité intérieure non-violente, authentique.

 

Faire passer les personnes avant les idées.
Lutter contre l’enfermement algorithmique.

Ces deux éléments de la conversion de Paul ne valent pas que pour les djihadistes. Chacun de nous a besoin de travailler sur ses propres tentations dans ces deux domaines.

Qui peut dire qu’il ne s’est pas installé dans un système de croyance et de pensée qui l’empêche de rencontrer en vérité des personnes nouvelles ou différentes ?

Qui peut affirmer qu’il reste ouvert alors que les algorithmes sociaux nous poussent à fréquenter nos semblables uniquement et à penser comme eux ?

Travaillons à la déradicalisation du fanatique qui sommeille en chacun de nous.

 

________________________________

[1]. Mesure 59 : Lutter contre l’enfermement algorithmique.
Si les mécanismes de radicalisation chez les jeunes sont complexes, et divers, et qu’ils font généralement intervenir des contacts humains à un moment donné, Internet peut jouer un rôle dans le renforcement des convictions radicales des personnes fragiles et leur motivation jusqu’au départ vers les zones de combat. Les algorithmes de recommandation de certains réseaux sociaux ou plateformes vidéo ont l’effet imprévu d’enfermer l’utilisateur dans des contenus systématiquement orientés dans le même sens. La visualisation préalable d’un contenu vu ou aimé conduit mécaniquement à ce que la personne concernée s’en voit proposer 10 de nature similaire, puis 10 autres, jusqu’à ce que l’offre présentée à l’utilisateur soit parfois entièrement consacrée à ces contenus de haine. Ce phénomène d’enfermement algorithmique ne peut être combattu que par les acteurs économiques concernés, qui devront prendre en compte d’autres facteurs dans leurs mécanismes techniques de recommandation, comme par exemple les signalements et éventuels retraits passés de contenus similaires. Le Gouvernement a entamé un dialogue stratégique et technique avec les principaux acteurs concernés afin de parvenir à circonscrire ce phénomène, et aboutir à une limitation de l’enfermement pour les contenus de haine, voire à la recommandation de contre-discours dans l’offre de contenus.
Plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme (PART) – 9 mai 2016

 

 

1ère lecture : « Regarde, ton fils est vivant ! » (1 R 17, 17-24)
Lecture du premier livre des Rois

En ces jours-là, le fils de la femme chez qui habitait le prophète Élie tomba malade ; le mal fut si violent que l’enfant expira. Alors la femme dit à Élie : « Que me veux-tu, homme de Dieu ? Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! » Élie répondit : « Donne-moi ton fils ! » Il le prit des bras de sa mère, le porta dans sa chambre en haut de la maison et l’étendit sur son lit. Puis il invoqua le Seigneur : « Seigneur, mon Dieu, cette veuve chez qui je loge, lui veux-tu du mal jusqu’à faire mourir son fils ? » Par trois fois, il s’étendit sur l’enfant en invoquant le Seigneur : « Seigneur, mon Dieu, je t’en supplie, rends la vie à cet enfant ! » Le Seigneur entendit la prière d’Élie ; le souffle de l’enfant revint en lui : il était vivant ! Élie prit alors l’enfant, de sa chambre il le descendit dans la maison, le remit à sa mère et dit : « Regarde, ton fils est vivant ! » La femme lui répondit : « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, et que, dans ta bouche, la parole du Seigneur est véridique. »

Psaume : Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. (Ps 29, 2a)

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri ;
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

2ème lecture : « Dieu a trouvé bon de révéler en moi son Fils, pour que je l’annonce parmi les nations » (Ga 1, 11-19)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères, je tiens à ce que vous le sachiez, l’Évangile que j’ai proclamé n’est pas une invention humaine. Ce n’est pas non plus d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par révélation de Jésus Christ. Vous avez entendu parler du comportement que j’avais autrefois dans le judaïsme : je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu, et je cherchais à la détruire. J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères. Mais Dieu m’avait mis à part dès le sein de ma mère ; dans sa grâce, il m’a appelé ; et il a trouvé bon de révéler en moi son Fils, pour que je l’annonce parmi les nations païennes. Aussitôt, sans prendre l’avis de personne, sans même monter à Jérusalem pour y rencontrer ceux qui étaient Apôtres avant moi, je suis parti pour l’Arabie et, de là, je suis retourné à Damas. Puis, trois ans après, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre, et je suis resté quinze jours auprès de lui. Je n’ai vu aucun des autres Apôtres sauf Jacques, le frère du Seigneur.

Evangile : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi » (Lc 7, 11-17)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Un grand prophète s’est levé parmi nous : et Dieu a visité son peuple. Alléluia. (Lc 7, 16)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme. Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : « Ne pleure pas. » Il s’approcha et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » Et cette parole sur Jésus se répandit dans la Judée entière et dans toute la région.
Patrick BRAUD

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