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9 juillet 2018

Deux par deux, sans rien pour la route

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Deux par deux, sans rien pour la route


Homélie pour le 15° dimanche du temps ordinaire / Année B
15/07/2018

Cf. également :

Le polythéisme des valeurs
Plus on possède, moins on est libre
Secouez la poussière de vos pieds
Medium is message
Briefer et débriefer à la manière du Christ


mormons.jpgVous avez sûrement déjà remarqué que les témoins de Jéhovah ou les mormons font toujours du porte-à-porte deux par deux, jamais seuls. Plus basiquement, vous avez remarqué également que les humains se mettent en couple pour affronter les aléas de la vie et assurer leur mission de parents. Notre Évangile de ce dimanche en fait une règle au cœur de la mission de l’Église : il les envoie deux par deux. Jamais seuls, sans surnombre non plus.

Pourquoi ce deux par deux est-il aussi structurant, et pas seulement en Église ? Car en entreprise également, il est sage et prudent de prévoir des binômes, ainsi que dans la responsabilité associative etc.

Essayons de lister quelques arguments en faveur de ce deux par deux.

 

Ne pas trop personnaliser

Deux par deux, sans rien pour la route dans Communauté spirituelle a701fce12694b65db2cea61ff4a18c2e_XLUne première raison de cet envoi deux par deux est sans doute d’éviter l’hyperpersonnalisation. La dérive de type ‘gourou’ n’est jamais loin pour qui est en première ligne de l’évangélisation. Bien des télévangélistes américains sont tombés dans ce piège, avec tous les excès financiers politiques ou sexuels qui l’accompagnent. La tentation du pouvoir solitaire guette toujours les papes, les évêques, les prêtres ou autres responsables lorsqu’ils n’ont pas de relations suivies de pair à pair. Ainsi saint Paul s’est toujours méfié de la puissance de son charisme personnel. Il prenait soin d’orienter les convertis vers le Christ et non vers lui-même. Même avec Barnabé en mission, on veut les adorer comme des dieux : il proteste énergiquement. Il rappelle sans cesse que nous portons un trésor dans des vases d’argile. L’argile c’est l’apôtre, le trésor c’est le Christ et son Évangile.

La formule deux par deux limite le risque d’hyperpersonnalisation qui aujourd’hui avec les médias est cent fois plus dangereux qu’aux premiers siècles.

 

S’entraider

Le coup de fatigue de l’un peut trouver un appui dans la persévérance de l’autre. Les difficultés rencontrées sont moins lourdes lorsqu’elles sont partagées. Une solution inédite viendra peut-être du débat entre les deux apôtres. Jésus sait que la mission n’est pas un long fleuve tranquille : en les envoyant deux par deux, il donne à chacun un compagnon, un soutien, un point d’appui dont l’aide sera précieuse.

Deux alpinistes encordés progressant sur une pente de neige, corde tendue

 

Valoriser les regards croisés (en stéréo !)

Nul n’est si intelligent qu’il puisse embrasser la totalité du réel à lui tout seul. Paul sans  Pierre aurait été trop excessif, Pierre sans Paul trop judéo-centré, et Rome est devenue la chaire de Pierre et Paul, pas d’un seul.

À deux, on a la possibilité de croiser les regards, les analyses. L’Évangile demande d’utiliser au moins deux yeux pour voir en relief et deux oreilles pour entendre en stéréo !

stereoscopie-art-de-la-vision-en-relief22 débrief dans Communauté spirituelle

 

Deux, car il y a urgence

 EgliseSi dépasser le 1 est nécessaire pour la qualité de la mission, pourquoi alors s’arrêter ici à 2 ? Pourquoi pas trois par trois comme les Pères blancs en Afrique ? Ou même plus (comme les moines bénédictins) ?

En fait, Jésus sait qu’il y a urgence et que ses ressources sont limitées. Urgence, car sa Passion approche et les disciples doivent dès maintenant s’exercer à l’annonce de l’Évangile sans lui. Ressources limitées, car ils ne sont que 12 autour de lui, avec les 72 comme deuxième cercle, et c’est tout. Optimiser l’impact de l’évangélisation tout en limitant l’effet des égos aboutit effectivement à cette stratégie du deux par deux. Davantage obligerait à restreindre le champ de l’annonce. Moins exposerait au risque gourou.

Le caractère d’urgence de la mission est fortement souligné dans le texte par le fameux passage ou Jésus préconise de secouer la poussière de ses sandales et de partir d’un lieu non réceptif plutôt que de gaspiller temps et énergie qui seront plus féconds ailleurs.

Nous avons un peu perdu ce sentiment d’urgence dans la mission. C’est dommage. Car cela nous demande de ne pas concentrer toutes nos forces au même endroit, de multiplier nos points d’impact par de petites unités simples et agiles, et d’aller là où l’Évangile est attendu.

 

Témoigner de l’amitié par l’amitié

111610Les messagers vont eux-mêmes incarner leur message. Ils témoignent d’un Dieu qui est dialogue, conversation, échanges et amitié (philia = amitié en grec est un des noms de l’amour). D’abord pour lui-même (c’est la Trinité). Puis avec l’humanité et chacun de nous. L’atmosphère de coopération, d’entente et de vrai partenariat amical qui règne entre les apôtres renvoient au mystère de communion du Dieu Trinité. Impossible d’en témoigner seul. Même les ermites sont reliés à une communauté monastique. C’est ce principe qui fera de l’Église « comme un sacrement » (Vatican II) de la communion opérée en Dieu : « voyez comme ils s’aiment ».

La première responsabilité des apôtres et de pratiquer entre eux l’amitié qui unit le Fils à son Père dans l’Esprit. C’est en même temps leur message.

 

Medium is message

Medium envoiCar vous avez sans doute été étonnés que Jésus ne leur donne pas de programme  d’évangélisation, pas de versets à réciter, pas de loi à apprendre par cœur ! Bizarrement, il semble ne pas avoir de contenu à cet envoi en mission.

C’est que l’Évangile consiste moins en des choses à apprendre qu’à des relations à vivre. Marshal Mac Luhan, théoricien des médias, écrivait fort justement en 1964 : « the medium is the message ». La manière dont nous annonçons l’Évangile est l’Évangile lui-même…

Témoigner de l’amitié divine demande de la pratiquer entre envoyés plus que d’en écrire de volumineux traités. Pendant trois siècles, les martyrs chrétiens annonceront l’Évangile avec leur sang : la façon dont ils s’aimaient à la veille de leur martyre, leur pardon à leurs bourreaux, leur joie et leurs chants au moment de mourir ont fait plus pour convertir l’empire romain que Constantin avec son Édit en 313.

Plus tard, l’expansion musulmane sera totalement différente : Mohamed se réclamera être le seul dépositaire de la révélation, il transmettra un texte auquel se soumettre, par la force si besoin. L’évangélisation chrétienne et la conquête musulmane sont radicalement différentes en leur essence (même si hélas les Églises l’ont souvent dénaturé après le III°  siècle). L’une se fait par le témoignage des apôtres, l’autre se fait à la pointe du sabre et des conquêtes militaires.

Annoncer l’Évangile, c’est d’abord le vivre entre nous.

Cela ne résout pas tous les conflits, inévitablement récurrents. Mais on voit dans les Actes des Apôtres comment les Douze et les Églises avec eux ont continué à pratiquer l’amitié divine : par le débat et le consensus (cf. le concile de Jérusalem, Actes 15), par le réalisme dans la composition des équipes (cf. Paul et Barnabé se séparant après en être presque venus aux mains dans leur dispute !), par des lettres, des visites, des collectes solidaires entre Églises etc.

Envoyer deux par deux est un signe fort de l’amitié incarnant l’Évangile.

 

Sans rien pour la route

Un autre signe fort de l’Évangile est la pauvreté des moyens utilisés.

Pas de caravane publicitaire, pas de location de stade à grands frais, pas de show  époustouflant, pas d’argent à distribuer pour acheter les cœurs… 

« Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. ‘Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange’ ».

Mission des Douze 11.jpg

Là encore, la manière dont est annoncé l’Évangile fait partie du contenu de l’Évangile. Si Dieu est pauvre et désarmé en lui-même comme seul le concept de Trinité nous le révèle, ses disciples le seront également pour qu’ils témoignent de lui, et parce qu’ils vivent de sa vie, donc à sa manière, tout simplement.

« De l’or et de l’argent, je n’en ai pas. Mais ce que j’ai je te le donne : au nom de Jésus le Nazaréen, lève-toi et marche » : Pierre et André (à nouveau à deux) n’ont rien d’autre à donner à l’impotent de la Belle Porte du Temple que cette bonne nouvelle d’un Dieu remettant l’homme debout pour aimer, louer et servir.

Le concile Vatican II a retrouvé cette vision originelle de l’évangélisation en souhaitant une Église humble, servante et pauvre à l’image de Jésus de Nazareth. Que le pape François soit appelé ‘le pape des pauvres’ est un indice du renouveau profond de l’Église catholique. Bien du chemin reste à parcourir sur cette voie de simplicité fraternelle pour annoncer l’Évangile. Mais les bases sont posées par Jésus lui-même envoyant ses disciples deux par deux sans aucun arsenal missionnaire sinon l’amitié vécue.

 

Débriefer à deux

Jésus ne se contente pas d’envoyer, il est désireux de les entendre rendre compte au retour de leur mission. C’est le fameux débrief dont l’importance n’échappe à personne aujourd’hui, militaires et managers y compris. Or débriefer seul induirait un biais trop subjectif : qui sait si je ne travestis pas la réalité en la racontant avec mes mots, ma sensibilité, mes choix personnels etc. ? Débriefer à deux limite là encore le risque de mainmise d’un seul sur la mission exercée.

Chacun des deux aura ses nuances, ses mots propres, ses apports complémentaires ou même divergents. L’unanimité est une force, la capacité de ne pas appauvrir le réel en est une autre. Et la pluralité des approches garantit un meilleur respect de la réalité.

the debrief

La tumultueuse relation entre Pierre et Paul en est un bon exemple : Paul n’hésite pas à fustiger l’attitude de Pierre lorsqu’il le voit ne pas manger avec des païens convertis.  Pourtant il s’appuie sur lui comme une « colonne de l’Église » pour être initié à Jérusalem  pendant trois ans à son contact après le chemin de Damas.

Il faut donc qu’il y ait des analyses différentes, dès lors qu’on peut les croiser dans l’amitié et la recherche de ce qui est juste.

Vous devinez qu’en parlant de l’envoi deux par deux des disciples, nous parlions en même temps de l’envoi deux par deux des couples, des responsables économiques et politiques, des acteurs associatifs, de notre vie amicale, de quartier etc.

Transposez à chacun de ces domaines les points de repères évoqués et vous verrez que cette sagesse du deux par deux est terriblement actuelle !

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Va, tu seras prophète pour mon peuple » (Am 7, 12-15)

Lecture du livre du prophète Amos

En ces jours-là, Amazias, prêtre de Béthel, dit au prophète Amos : « Toi, le voyant, va-t’en d’ici, fuis au pays de Juda; c’est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. Mais ici, à Béthel, arrête de prophétiser; car c’est un sanctuaire royal, un temple du royaume. » Amos répondit à Amazias : « Je n’étais pas prophète ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les sycomores. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël.’ »

Psaume

(Ps 84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14)
R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. (Ps 84, 8)

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui, 
et ses pas traceront le chemin.

Deuxième lecture
« Il nous a choisis dans le Christ avant la fondation du monde » (Ep 1,3-14)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé. En lui, par son sang, nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes. C’est la richesse de la grâce que Dieu a fait déborder jusqu’à nous en toute sagesse et intelligence. Il nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre. En lui, nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu, nous y avons été prédestinés selon le projet de celui qui réalise tout ce qu’il a décidé : il a voulu que nous vivions à la louange de sa gloire, nous qui avons d’avance espéré dans le Christ. En lui, vous aussi, après avoir écouté la parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et après y avoir cru, vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint. Et l’Esprit promis par Dieu est une première avance sur notre héritage, en vue de la rédemption que nous obtiendrons, à la louange de sa gloire.

Évangile

« Il commença à les envoyer » (Mc 6,7-13) Alléluia. Alléluia. Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel. Alléluia. (cf. Ep 1, 17-18)

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus appela les Douze ; alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Il leur donnait autorité sur les esprits impurs, et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. « Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. » Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. » Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.
Patrick BRAUD

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16 janvier 2017

L’épervier de la fraternité

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L’épervier de la fraternité

Cf. également :

Descendre habiter aux carrefours des peuples

Ruptures et continuités : les conversions à vivre pour répondre à un appel

Quand Dieu appelle

Le polythéisme des valeurs

Les 153 gros poissons

Homélie du 3° dimanche du temps ordinaire / Année A 22/01/2017

Le jeu de l’épervier

Vous avez sûrement joué, enfants, au jeu de l’épervier dans la cour de récréation. Une bande de gamins forme une chaîne, comme un long filet de chalut, en se tenant la main. D’autres, non liés, leur font face. Au signal, tel un épervier fondant sur sa proie, la chaîne humaine doit avancer et capturer ceux d’en face qui n’arriveraient pas à passer entre les mailles du filet.

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C’est bien un filet de pêche style épervier que jettent ensemble Simon et André dans la ‘mer’ (le lac !) de Tibériade. Un large filet, souvent garni de petits plombs pour le faire plonger rapidement, qu’on jette à la mer pour capturer par surprise les poissons passant par là. Il faut le remonter très vite pour que le piège se referme sur les poissons avant qu’ils aient le temps de comprendre ce qui leur arrive…

L’appel de Jésus se calque sur cette technique ancestrale : joindre ses efforts pour tirer hors de la mer (symbole du mal et de la mort pour les hébreux, piètres navigateurs) le maximum d’hommes et de femmes à sauver. Il y a deux mots grecs dans notre texte qui désignent les filets : aμφίβληστρον(amphiblēstron) = jeter ensemble à deux, et δίκτυα (diktya) = attraper, capturer. Unir ses efforts, à 2, à 4 puis bientôt à 12 pour sauver les hommes est donc la base de l’appel du Christ à le suivre.

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Des liens à renouveler

Dans une symbolique de rupture et de continuité tout à la fois, Jésus part des liens unissant ceux qu’il appelle. Ce sont nos liens qui constituent notre identité. En Dieu le premier, c’est la relation qui est subsistante, dira saint Thomas d’Aquin, c’est-à-dire que le fait d’être lié, en communion avec un autre nous constitue comme sujet, comme personne désirante et aimante, désirée et aimée.

Les liens qui unissent les quatre premiers disciples dans Mathieu sont multiples :

- liens du sang :

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Jésus appelle 2 fois 2 frères. On sait que l’un des deux pères  s’appelle Zébédée (la bande dessinée « le voyage des pères » écrira une très jolie histoire-midrash de ces pères enquêtant sur le sort de leur fils). Mais il faut quitter son père pour suivre Jésus, comme il fallait quitter son père et sa mère pour s’attacher à son conjoint et ne faire qu’un avec lui/elle (Gn 2,24).

Les liens du sang sont précieux pour grandir et recevoir. En christianisme, ils ne sont pas sacralisés mais convertis, intégrés dans une fraternité beaucoup plus grande : l’Église, l’humanité tout entière appelée à être unie à Dieu. Aucune mafia ecclésiale ne remplacera les mafias familiales ! Ce sont des liens nouveaux, ne reniant pas le meilleur de l’affection familiale (sinon Jésus n’aurait pas appelé les frères ensemble) mais les convertissant au service du salut de tous. Pendant les trois premiers siècles de persécutions, les baptisés s’appelaient entre eux frères et sœurs à cause de cette conviction. Convertir les liens du sang est toujours un défi pour évangélisation, notamment dans les cultures traditionnelles où la famille est quasi-idolâtrée.

À côté des liens du sang, d’autres points communs entre Simon et André, Jacques et Jean vont être transformés :

- liens ethniques et géographiques

Afficher l'image d'origineTous les 4 sont des galiléens, de cette région un peu ‘paumée’, à la réputation douteuse auprès des juifs de Jérusalem. D’ailleurs c’est son accent galiléen qui trahira Pierre repéré comme un disciple de Jésus par la servante du grand prêtre au moment du procès de Jésus. Et plus tard on essaiera de ridiculiser  les premiers chrétiens en les appelant «la secte des Galiléens  ».

C’est en partant de notre solidarité avec les petits, les sans-grades, ceux qui ne comptent pas, que le Christ veut nous appeler à sa suite.

Qui sont donc les galiléens d’aujourd’hui ?

 

- liens professionnels et hiérarchiques

Afficher l'image d'origineLes 4 pêcheurs appartiennent à la même TPE (très petite entreprise), dont André et Simon sont sans doute les propriétaires. Les 4 sont appelés, à égalité. Même la primauté accordée à Pierre par Jésus plus tard sera une primauté de service et non de domination. Vivre nos relations professionnelles, nos subordinations ou nos commandements hiérarchiques à la lumière de cet appel du Christ est donc révolutionnaire. Devant lui, l’employé à temps partiel au SMIC a autant de valeur que le PDG de Renault. Car il faut quitter ses filets d’avant pour suivre le Christ. En même temps, le fait d’avoir travaillé ensemble se prolongera dans la mission commune des 12 apôtres.

Introduire la fraternité évangélique dans les rapports d’entreprise et de production n’est pas une utopie : c’est un appel du Christ. Ou alors, si c’est une utopie, c’est une utopie féconde qui inspire des entrepreneurs et les pousse à révolutionner la manière de travailler ensemble, de partager le fruit du travail, de faire prospérer la barque commune…

- liens sociaux et spirituels

Les pêcheurs formaient une catégorie sociale à part. Ces « gens de la mer » (ἁλιεῖς = halieis,comme l’écrit le texte grec) ont des odeurs, un vocabulaire, un statut social à part, peu prisé. Répétons que les hébreux avaient peur de la mer, royaume de l’obscur, mal maîtrisée, capable de déluge semblable à la mort. La pêche des quatre est ici symbolique du combat contre les forces du mal et de la mort. Ils affrontent l’abîme empli de terreur pour en soustraire quelques poissons rapportés à terre. On se souvient que le poisson (avec l’acronyme Christus en grec) était le symbole de reconnaissance des baptisés dans les catacombes… L’appel du Christ se situe résolument dans ce combat spirituel : ne rêvez pas d’une mission sans risque, car vous aurez affaire à forte partie… Le social et le spirituel sont ainsi fortement imbriqués dans cet appel de pêcheurs de poissons et d’hommes.

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La fraternité, une idée neuve

Tous ces liens sont à convertir, à transfigurer, pour pouvoir se mettre à la suite du Christ. Celui qui les englobe tous est le lien de la fraternité. «Vous navez quun seul Père, et vous êtes tous frères  »(Mt 23/8-9).

Afficher l'image d'origineValeur républicaine s’il en est, inscrite sur les frontons de nos mairies avec les deux autres, la fraternité est pourtant la grande oubliée de la République française. Les libéraux, de droite ou de gauche, mettent tout en œuvre pour que la liberté d’entreprendre, l’initiative individuelle, la liberté de consommer, de circuler, soient assurées par le pouvoir politique. La gauche traditionnelle met l’égalité au-dessus de tout : par la fiscalité, la législation, les aides sociales etc. Très peu de politiques intègrent le troisième terme – la fraternité – dans leurs programmes. Ils sont démunis devant les peurs réciproques isolant des quartiers où des classes sociales. Ils ne comprennent pas les haines religieuses ou ethniques qui resurgissent régulièrement. Peut-être parce que eux-mêmes ne vivent que des fraternités sélectives et privilégiées, de l’ENA à la loge maçonnique, de la même classe préparatoire au même club de golf ou de tennis… Plus  la responsabilité confiée est grande, plus les politiques devraient approfondir leurs  liens fraternels avec les galiléens, les pêcheurs, les sans-grades desquels leur  fonction les éloigne et les isole. Cela vaut d’ailleurs pour tous les niveaux hiérarchiques, en entreprise, en Église…

Cette fraternité demande d’abord de vivre et de partager l’intimité, sans calcul. À la manière de Jésus et de ses apôtres partageant l’itinérance sur les chemins de Judée et d’Israël, mangeant et buvant ensemble, traversant ensemble succès et échecs, rencontres étonnantes et oppositions farouches.

Le Net de la fraternité

En anglais, filet se dit : net. Internet est par nature le projet de relier les hommes entre eux à la manière du filet des pêcheurs de Tibériade : à égalité (les grades ne servent à rien sur le Net), pour unir les efforts (penser à Wikipédia, au décryptage du génome humain, aux logiciels Open Source etc. !) afin de relier entre eux des internautes autrement isolés. Le filet du Web peut donc devenir un média de la fraternité.

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On y trouve évidemment le meilleur et le pire mélangés. Mais convertir ce puissant outil au service de la fraternité est un appel impérieux. Les exemples en sont nombreux : des sites coopératifs au crowfunding en passant par des pétitions ou du gratuit, des sites de rencontre utiles aux MOOC démocratisant le savoir, les initiatives foisonnent pour que le Net devienne vraiment un lien fraternel entre des gens que tout éloigne autrement. Cela n’exclut pas, au contraire, la fraternité physique : le sport, la chorale, l’associatif etc. La multiplication de ces sources de fraternité est vitale, sinon la liberté d’un côté et l’égalité de l’autre se feront la guerre, s’affronteront dans ce que Max Weber appelait le polythéisme des valeurs. Et les politiques à eux seuls ne peuvent assurer ce terreau fraternel.

Alors, jetons nos filets d’avant, et comme Simon et André, Jacques et Jean, mettons-nous à la suite du frère universel, comme Charles de Foucauld aimait à appeler Jésus.

Jetons ensemble l’épervier de la fraternité sur les eaux troubles qui nous entourent.

 

1ère lecture : Dans la Galilée des nations le peuple a vu se lever une grande lumière (Is 8, 23b – 9, 3) Lecture du livre du prophète Isaïe

Dans un premier temps, le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ; mais ensuite, il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain, et la Galilée des nations. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés comme au jour de Madiane.

Psaume : Ps 26 (27), 1, 4abcd, 13-14
R/ Le Seigneur est ma lumière et mon salut. Ps 26, 1a)

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ?

J’ai demandé une chose au Seigneur,
la seule que je cherche :
habiter la maison du Seigneur
tous les jours de ma vie,

Mais j’en suis sûr,
je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants.
« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ;
espère le Seigneur.

2ème lecture : « Tenez tous le même langage ; qu’il n’y ait pas de division entre vous » (1 Co 1, 10-13.17)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens
Frères, je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ : ayez tous un même langage ; qu’il n’y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et d’opinions. Il m’a été rapporté à votre sujet, mes frères, par les gens de chez Chloé, qu’il y a entre vous des rivalités. Je m’explique. Chacun de vous prend parti en disant : « Moi, j’appartiens à Paul », ou bien : « Moi, j’appartiens à Apollos », ou bien : « Moi, j’appartiens à Pierre », ou bien : « Moi, j’appartiens au Christ ». Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? Le Christ, en effet, ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, et cela sans avoir recours au langage de la sagesse humaine, ce qui rendrait vaine la croix du Christ.

Evangile : Il vint habiter à Capharnaüm pour que soit accomplie la parole d’Isaïe (Mt 4, 12-23)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus proclamait l’Évangile du Royaume, et guérissait toute maladie dans le peuple. Alléluia. (cf. Mt 4, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe : Pays de Zabulon et pays de Nephtali,route de la mer et pays au-delà du Jourdain,Galilée des nations !Le peuple qui habitait dans les ténèbresa vu une grande lumière.Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort,une lumière s’est levée. À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »  Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.  De là, il avança et il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque avec leur père, en train de réparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent.  Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.
Patrick BRAUD

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8 juillet 2015

Le polythéisme des valeurs

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le polythéisme des valeurs


Homélie du 15° dimanche du temps ordinaire / Année B
12 juillet 2015

Cf. également :

Plus on possède, moins on est libre

Les 4 vertus du Psaume 84

Le polythéisme des valeurs dans Communauté spirituelle accommodementsUne fois n’est pas coutume, attardons-nous sur le psaume 84 de ce dimanche. Notamment sur ce verset célèbre : « amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ».

Pourquoi tenir autant à réconcilier ces quatre vertus ? Pourquoi ne pas les aligner une par une comme des caractéristiques du règne de Dieu sur son peuple ?

C’est que justement, dans l’histoire ordinaire, ces quatre principes sont en tension permanente. Prenez l’amour et la vérité. Au nom de la vérité, chaque camp politique ou religieux a connu des périodes de massacres, d’élimination de ceux qui étaient ‘dans l’erreur’. Au nom de leur orthodoxie, des chrétiens ont brûlé des hérétiques, des musulmans ont persécuté des païens et des chrétiens, des pays occidentaux ont colonisé des peuples ‘sauvages’ au nom des Lumières etc. La tension traverse l’Église elle-même : être vrai sur les questions de divorce et de remariage peut sembler à beaucoup très éloigné de l’amour et de la compassion qu’on attend de l’Église. Idem pour la juste attitude envers toutes les formes d’homosexualité. Si la vérité veut être aimable et aimée, elle devra souvent être réinterprétée de fond en comble. Et on sait bien qu’il faut parfois mentir par amour pour préserver une relation…

L’autre tandem justice-et-paix n’est pas moins sensible.

Que serait une paix sans justice, sinon le silence des lâches ? Pourtant c’est bien ce qui arrive le plus souvent : pour ne pas avoir de problème, chacun est tenté de mettre le mouchoir dans sa poche au lieu d’aborder le sujet qui fâche. Les puissants maintiennent le calme parmi ceux qu’ils dominent en distribuant quelques faveurs et en faisant croire qu’il n’y a pas d’autre solution que de continuer comme maintenant…

Et que serait une justice qui ne voudrait pas rétablir la paix ? Les commissions  nationales de réconciliation qui ont été mises en place en Afrique du Sud après l’apartheid et au Rwanda après le génocide relèvent de cette volonté : exercer une justice qui pacifie, et non une justice de revanche ou de représailles. Le traité de Versailles en 1918 en Europe a largement démontré qu’une paix sans justice engendre les pires démons de violence en retour.

Un conflit permanent

C’est donc il y a un antagonisme permanent de ces quatre valeurs prises deux à deux. À tel point que Saint Bernard par exemple imaginait que leur conciliation serait un signe proprement messianique :

Saint Bernard a reconstitué une petite pièce de théâtre à partir de ce psaume. Il s’agit de discussions dramatiques des quatre Vertus avec le Père des lumières, en vue de résoudre le cas d’Adam après sa chute. Vérité et Justice réclament la mort d’Adam au nom des engagements pris par le Seigneur. Amour s’écrie alors : « Pourquoi, Père, m’as-tu donné le jour, si je dois vivre si peu de temps? » Paix intervient : « Il ne convient pas aux Vertus de se disputer entre elles! » et suggère de s’en remettre au Fils. Celui-ci en vrai Salomon prononce : « L’Une dit : C’en est fait de moi, si Adam ne meurt ! - L’Autre reprend : Je suis perdue s’il ne lui est pas fait miséricorde! - Donc que la mort devienne bonne, et chacune aura gagné son procès! »

Étonnement général devant tant de sagesse : mais comment faire ? Le Fils, souverain Juge, reprend : « Il en sera ainsi, s’il se trouve quelqu’un qui, ne devant rien à la mort,veuille bien souffrir la mort par amour pour l’homme… Car l’amour est plus fort que la mort ! » On devine le reste : le Fils trace son propre destin car il sera celui-là. Il assume par amour une condition mortelle.  [1]

Le polythéisme des valeurs

Le sociologue allemand Max Weber avait repéré dès 1917 cet antagonisme des valeurs :

essais_theorie_L20 antagonisme dans Communauté spirituelleToute méditation empirique sur ces situations nous conduirait, selon la juste remarque du vieux Mill, à reconnaître que le polythéisme absolu est la seule métaphysique qui leur convienne. Une analyse non empirique mais orientée vers l’interprétation de significations, bref une authentique philosophie des valeurs qui dépasserait ce point de vue devrait reconnaître qu’aucun système conceptuel des « valeurs », si ordonné fût-il, n’est de taille à prendre la mesure du point décisif de cet état de choses. Il s’agit en fin de compte, partout et toujours, à propos de l’opposition entre valeurs, non seulement d’alternatives, mais encore d’une lutte mortelle et insurmontable, comparable à celle qui oppose « Dieu » et le « diable ».  [2]

S’il est une chose que de nos jours nous n’ignorons plus, c’est qu’une chose peut être sainte non seulement bien qu’elle ne soit pas belle mais encore parce que et dans la mesure où elle n’est pas belle – vous en trouverez les références au chapitre LIII du livre d’Isaïe et dans le psaume 21. De même une chose peut être belle non seulement bien qu’elle ne soit pas bonne, mais précisément par ce en quoi elle n’est pas bonne. Nietzsche nous l’a réappris, mais avant lui Baudelaire l’avait déjà dit dans les Fleurs du Mal, c’est là le titre qu’il a choisi pour son oeuvre poétique. Enfin la sagesse populaire nous enseigne qu’une chose peut être vraie bien qu’elle ne soit et alors qu’elle n’est ni belle ni sainte ni bonne. Mais ce ne sont là que les cas les plus élémentaires de la lutte qui oppose les dieux des différents ordres et des différentes valeurs. J’ignore comment on pourrait s’y prendre pour trancher « scientifiquement » la question de la valeur de la culture française comparée à la culture allemande; car là aussi différents dieux se combattent, et sans doute pour toujours. Les choses ne se passent donc pas autrement que dans le monde antique, encore sous le charme des dieux et des démons, mais prennent un sens différent. [3]

La conclusion de Weber est forte :

Pour autant que la vie a en elle-même un sens et qu’elle se comprend d’elle-même, elle ne connaît que le combat éternel que les dieux se font entre eux ou, en évitant la métaphore, elle ne connaît que l’incompatibilité des points de vue ultimes possibles, l’impossibilité de régler leurs conflits et par conséquent la nécessité de se décider en faveur de l’un ou de l’autre.  [4]

 coïncidentiaDans la devise française par exemple, ces tensions entre valeurs sont patentes : plus de liberté diminue l’égalité entre les hommes, et fait reculer la fraternité. Chacune des trois valeurs compromet les deux autres en se développant seule. Pour autant, il n’y a aucune raison a priori de choisir telle ou telle valeur plutôt que telle autre. Aucune valeur ne s’impose comme transcendante ou évidemment supérieure aux autres, alors qu’elle entre en conflit avec elles.

Ainsi chacun est obligé de faire des compromis pour ne pas trop maltraiter la vérité lorsqu’il essaie d’aimer, pour ne pas oublier la justice lorsqu’il construit la paix, etc.

 

Notre Psaume 84 nous annonce que c’est l’action de Dieu lui-même que de réconcilier ces quatre valeurs aujourd’hui antagonistes. En Jésus, l’amour et la vérité se rencontre réellement, « en personne ». C’est donc qu’en participant à l’être de Dieu, il nous sera donné de discerner quels compromis permettront de faire marcher une vertu avec l’autre, jamais sans elle.

Prenez le cas de la Grèce et de sa dette faramineuse : la justice exigerait que la Grèce rembourse, même sur des décennies, tous ses emprunts. L’amour commande qu’on réduise sa dette avant qu’elle soit insupportable et qu’elle ne menace la paix sociale. La vérité oblige à se souvenir de la responsabilité des créanciers des banques européennes ou américaines,et pas simplement du débiteur etc.

Plutôt qu’une position européenne rigide et dogmatique, la conciliation des vertus appelle à un cheminement, un discernement patient, où la justice économique ne pourra se faire au détriment de la paix sociale.

L’union des contraires

51fezBncXwL GounelleLa théologie médiévale avait médité sur l’antagonisme des valeurs. Sans utiliser ce mot de Max Weber, elle avait déjà pointé que, pour l’homme, réconcilier les extrêmes semble impossible. Mais pas pour Dieu. En Dieu, les opposés coïncident  (c’est la célèbre thèse de la coïncidentia oppositorum). Ce qui est folie pour l’homme est sagesse en Dieu, force et faiblesse se rejoignent en lui, amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent.

Dieu transcende toute affirmation et toute négation. Ainsi la considération de l’infini abolit les règles de la logique traditionnelle aristotélicienne fondée sur le principe de non contradiction qui fonctionne dans nos raisonnements habituels.

« Or, cela dépasse toute notre intelligence, car elle ne peut pas, dans son principe, combiner les contradictoires par la voie de la raison, parce que nous cheminons parmi les objets que nous manifeste la nature elle-même ; et notre intelligence, trébuchant parce qu’elle est loin de cette force infinie, ne peut pas lier des contradictoires, séparés par un infini. Donc, au-dessus de toute démarche de la raison, nous voyons, d’une façon incompréhensible, que la maximité absolue est infinie, que rien ne lui est opposé, et qu’avec elle coïncide le minimum. »  [5]

Un théologien protestant comme André Gounelle reprend ce concept à travers la notion de paradoxe évangélique :

Le paradoxe serait une structure de l’être lui-même. En ce sens, il n’est pas insolite, mais constitutif et habituel, il se rencontre à chaque moment. La théologie existentielle, influencée par Luther et Kierkegaard le caractérise par la coïncidentia oppositorum, la coïncidence incompréhensible des opposés : ainsi la sagesse humaine est folie devant Dieu et la sagesse divine scandale pour la rationalité humaine; ou encore la gloire de Dieu se manifeste dans l’ignominie de la croix, sa puissance dans la faiblesse de l’homme Jésus. Le paradoxe signifie que la logique divine contredit, inverse la logique humaine, qu’elle opère sans cesse des retournements. Barth et Brunner, dans cette ligne, définissent le paradoxe comme une « impossible possibilité ». Le paradoxe, c’est que Dieu se fasse homme, que le Christ ressuscite, que le pécheur soit pardonné. Ce sont des choses que la raison humaine ne peut pas comprendre, et qu’elle doit accepter par une sorte de sacrifice de l’intelligence. Le paradoxe signifie l’insuffisance radicale de la raison humaine qui doit renoncer à sa logique et à son savoir pour se soumettre au « fait » de la révélation qui contredit ses catégories. Dans cette perspective, on ne pense pas le paradoxe, il est aussi impensable que les postulats mathématiques sont indémontrables ; mais on pense à partir du paradoxe, comme on développe des théorèmes à partir des postulats.  [6]

 

Ne restons pas prisonniers des oppositions que notre paganisme naturel nous fait dresser entre liberté et sécurité, entre droit et miséricorde, entre développement et sobriété, entre égalité et fraternité etc.

Si en Dieu les contraires s’unissent, alors le polythéisme des valeurs diagnostiqué par Weber n’aura pas le dernier mot. Et cela peut orienter notre discernement, nos choix de vie, personnels et collectifs.

 

 _____________________________________________

[1]Cf. http://www.interbible.org/interBible/cithare/psaumes/2004/psa_041210.htm

[2]. Max Weber, Essais sur la théorie de la science, Quatrième essai : « Essai sur le sens de la « neutralité axiologique » dans les sciences sociologiques et économiques” (1917), p. 21.

[3]. Max Weber, Le savant et le politique, Paris, coll. 10 / 18, pp. 22-23.

[4]ibid., p. 26.

[5]. Nicolas de Cues (1401-1464), Docte ignorance I,4

 

 

1ère lecture : « Va, tu seras prophète pour mon peuple » (Am 7, 12-15)

Lecture du livre du prophète Amos

En ces jours-là, Amazias, prêtre de Béthel, dit au prophète Amos :« Toi, le voyant, va-t’en d’ici, fuis au pays de Juda ; c’est là-basque tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète.     Mais ici, à Béthel,arrête de prophétiser ; car c’est unsanctuaire royal, un temple du royaume. » Amos répondit à Amazias : « Je n’étais pas prophète ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les sycomores.     Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va,tu seras prophète pour mon peuple Israël.’ »

 Psaume: Ps 84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14
R/Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. (Ps84, 8)

J’écoute: que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pastraceront le chemin.

2ème lecture : « Il nous a choisis dans le Christ avant la fondation du monde » (Ep 1,3-14)
Lecturede la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

   Béni soit Dieu, le Père
de notre Seigneur Jésus Christ !
Il nous a bénis et comblés
des bénédictions de l’Esprit,
au ciel, dans le Christ.

   Il nous a choisis, dans le Christ,
avant la fondation du monde,
pour que nous soyons saints, immaculés
devant lui, dans l’amour.

   Il nous a prédestinés
à être, pour lui, des fils adoptifs
par Jésus, le Christ.

Ainsi l’a voulu sa bonté,
à  la louange de gloire de sa grâce,
la grâce qu’il nous donne
dans le Fils bien-aimé.

   En lui, par son sang,
nous avons la rédemption,
le pardon de nos fautes.

C’est la richesse de la grâce
que Dieu a fait déborder jusqu’à nous
en toute sagesse et intelligence. 

   Il nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté,
selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ :
pour mener les temps à leur plénitude,
récapituler toutes choses dans le Christ,
celles du ciel et celles de la terre.

   En lui, nous sommes devenus
le domaine particulier de Dieu,
nous y avons été prédestinés
selon le projet de celui qui réalise tout ce qu’il a décidé:
il a voulu  que nous vivions
à la louange de sa gloire,
nous qui avons d’avance espéré dans le Christ.

   En lui, vous aussi,
après avoir écouté la parole de vérité,
l’Évangile de votre salut,
et après y avoir cru,
vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint.
Et l’Esprit promis par Dieu
est une première avance sur notre héritage,
en vue de la rédemption que nous obtiendrons,
à la louange de sa gloire.

Evangile: « Il commença à les envoyer » (Mc6,7-13)
Acclamation: Alléluia. Alléluia.
Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur,
pour que nous percevions l’espérance que donne son appel. Alléluia.(cf. Ep 1, 17-18)

Evangilede Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus appela les Douze ; alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Il leur donnait autorité sur les esprits impurs, et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture.     « Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. »  Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage.» Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.
Patrick BRAUD

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8 février 2015

La riposte des oulémas contre les fanatiques islamistes

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 00 min

La riposte des oulémas contre les fanatiques islamistes

 

La riposte des oulémas contre les fanatiques islamistes dans Communauté spirituelle riposte-musulmane

Dans une lettre ouverte au calife autoproclamé de l’État islamique (EI), plus d’une centaine de spécialistes du Coran condamnent les meurtres et les attentats commis au nom de l’islam, en s’appuyant sur les textes.

 

Alors que son fils part faire le djihad en Syrie, un père tente de le retenir en arguant simplement l’interdit de tuer. Le jeune extrémiste répond par une citation du Coran, qui exhorte à prendre les armes pour Dieu. Il reste sourd à l’argument du sens commun, et part.

Comment aurait-il pu être ramené à la raison? Pas en lui reprochant sa foi, accusée d’être une folie. On se serait alors déclaré son ennemi. Alors? Une autre option: parler son langage et l’encourager à cultiver davantage la lecture du Coran. Qu’il devienne plus taliban que les talibans, soit, littéralement, un «étudiant» en arabe.

Des théologiens musulmans sunnites s’y sont essayés, s’attelant à cette tâche pédagogique dès septembre 2014. Ces savants (oulémas, en arabe) de toutes nations (Nigeria, Égypte, Émirat d’Abou Dabi, Pakistan, États-Unis…) ont ainsi adressé une lettre ouverte à Abou Bakr Al-Baghdadi, le pseudo-calife de l’État islamique, à l’usage de qui voudrait fourbir ses armes théoriques pour lutter contre le fanatisme.

En s’appuyant sur leur maîtrise du Coran et du Hadith (le livre des traditions), ils entendent prouver que les islamistes fanatiques sont non seulement des criminels mais aussi des impies, et ils les condamnent. Que contiennent ces vingt-quatre mises au point et que dit le Coran ?

Ce document est disponible en anglais, en perse, en turc, en bosniaque. En voici une traduction partielle, avant le texte intégral. Les extraits reproduits montrent que le Coran n’est qu’un prétexte pour les extrémistes, et qu’une lecture radicale et profonde encouragerait à l’union et à la paix.

 

 EXTRAITS

Oulémas

5. Il est interdit par l’islam d’ignorer les réalités contemporaines lorsqu’elles enseignent des règles légales
« La “jurisprudence pratique” est l’application de la charia, qui s’adapte aux réalités et aux circonstances dans lesquelles les gens vivent. Il faut identifier leurs problèmes, difficultés et capacités particuliers auxquels ils sont soumis. Comme le dit Ibn Quayyim (in I’lam Al-Muqui’een, IV, p.157).

6. Il est interdit par l’islam de tuer des innocents

Ne tuez aucun homme, car Dieu vous l’a défendu, sauf pour une cause juste. (Coran, 17, 33) 

Je vais vous lire ce que votre Seigneur vous a défendu : ne lui associez aucun être, traitez vos pères et vos mères avec générosité, ne tuez pas vos enfants à cause de la pauvreté : nous vous donnerons de quoi vivre ainsi qu’à eux, soyez éloignés aussi bien du dehors que de l’intérieur des turpitudes, ne tuez point les hommes, car Dieu vous l’a défendu, excepté si la justice l’exige. Voilà ce que Dieu vous recommande, pour que vous 

compreniez enfin. (Coran, 6,151) 

Tuer une âme est haraam, c’est-à-dire interdit et inviolable sous la loi islamique. Par ailleurs, il est aussi dit :

Celui qui aura tué un homme sans que celui-ci ait tué un homme ou semé le désordre dans le pays sera regardé comme le meurtrier du genre humain. Et celui qui aura rendu la vie à un homme sera regardé comme s’il avait rendu la vie a tout le genre humain. (Coran, 5, 31)

Toi, tu as tué des innocents qui n’étaient pas armés, juste parce qu’ils n’étaient pas d’accord avec tes opinions.

7. Il est interdit par l’islam de tuer des émissaires, des ambassadeurs et des diplomates, de même qu’il est interdit de tuer des journalistes et des aides humanitaires

Toutes les religions interdisent de tuer les émissaires et autres messagers, comme le dit Ibn Masoud, in Musnad (VI, p.306).

Les journalistes honnêtes sont des émissaires de la vérité. Or toi tu as tué J.Foley et S.Sotloff. Et l’aide humanitaire D.Haines. Tu as commis ce qui était haraam.

[...] 10. Il est interdit par l’islam de maltraiter ou de faire du mal aux chrétiens ou tout autre peuple de l’Écriture.

Aux Arabes chrétiens, tu as proposé l’impôt, la mort ou la conversion. Mais tu as peint leurs maisons, tu as détruit leurs églises, et leur a demandé de partir avec ce qu’ils avaient sur le dos, sinon ils étaient tués. Or ils étaient des amis et des voisins, ils ont fait la guerre avec nous.

Dieu ne vous défend pas d’être bons et équitables envers ceux qui n’ont point combattu contre vous à cause de votre religion, et qui ne vous ont point bannis de vos foyers. Dieu aime ceux qui agissent avec équité. (Coran, 60, 8) 

L’impôt que tu voulais imposer ne s’applique que dans certains cas. Pour les Arabes chrétiens, il n’est pas valable.

Faites la guerre à ceux qui ne croient point en Dieu ni au jour dernier, qui ne regardent point comme défendu ce que Dieu et son apôtre ont défendu, et à ceux d’entre les hommes des Écritures qui ne professent pas la croyance de la vérité. Faites-leur la guerre jusqu’à ce qu’ils payent le tribut, tous sans exception, et qu’ils soient humiliés. (Coran 9,29) 

Ne combattrez-vous pas contre un peuple qui a violé ses serments, qui s’efforce de chasser votre prophète ? Ce sont eux qui ont été les agresseurs. Les craindrez-vous ? Dieu mérite bien plus que vous les craigniez, si vous êtes croyants. (Coran, 9, 13) 

Comme le calife Omar l’a fait, il faut pratiquer la charité, sadaqah, avec ces chrétiens qui ont toujours voulu vivre avec nous.

[...] 12. La réintroduction de l’esclavage est interdite par l’islam. Il a été aboli par un consensus universel

Pas un seul universitaire musulman ne prétendrait que ce n’est pas un but de l’islam que d’abolir l’esclavage.

Qu’est-ce qui peut apprendre ce que c’est que la pente ? C’est de racheter les captifs, de nourrir, aux jours de disette, l’orphelin qui est notre proche. (Coran, 90, 12-14)

 […] Ils affranchiront un esclave avant qu’il y ait une nouvelle cohabitation. (Coran, 58, 3)

Dans la Sunnah, voire Ibn Kathir’s Al-Bidayah (V, p.284), il est dit que le Prophète Mahomet a libéré les hommes et les femmes qu’on lui avait donné. Tous les pays musulmans sont signataires de conventions anti-esclavage scellées par les siècles. Tu es responsable de crimes contre tous les musulmans. »

 

RÉSUMÉ 

1- Il est interdit en islam de promulguer des fatwas sans posséder toutes les connaissances nécessaires. Même alors, les fatwas doivent suivre la théorie juridique islamique telle que définie dans les textes classiques. Il est également interdit de citer une partie du Coran – ou une partie d’un verset – pour en déduire une règle sans regarder tout l’enseignement du Coran et des hadiths lié à cette question. En d’autres termes, il y a de stricts préalables à la fois subjectifs et objectifs envers les fatwas et on ne peut se permettre de « piquer de-ci-delà » des versets du Coran sortis du contexte du Coran et des hadiths pour les ériger en lois.

2- Il est interdit en Islam d’édicter des lois sur quoi que ce soit sans maîtrise de la langue arabe.

3- Il est interdit en Islam de simplifier à l’extrême des questions relatives à la charia sans tenir compte de ce qu’en disent les savants musulmans.

4- Il est permis dans l’islam d’avoir des avis différents sur quels que soient les sujets, à l’exception des fondements de la religion que tout musulman doit connaître.

5- Il est interdit dans l’islam d’ignorer la réalité de l’époque contemporaine lorsque l’on rend un avis juridique.

6- Il est interdit en islam de tuer des innocents.

7- Il est interdit en Islam de tuer des émissaires, des ambassadeurs et des diplomates ; il est donc interdit de tuer les journalistes et les travailleurs humanitaires.

8- En Islam le Jihad est une guerre de défense. Elle n’est pas autorisée sans de bonnes raisons, sans cause juste et sans des règles de conduite.

9- Il est interdit en Islam de déclarer non-musulmans des personnes sans qu’elles le déclarent elles-mêmes ouvertement.

10- Il est interdit en Islam de faire du mal ou de maltraiter d’une quelconque façon des chrétiens ou des « gens du Livre ».

11- Il est obligatoire de considérer les Yazidis comme des gens du Livre.

12- Est interdite en Islam la réintroduction de l’esclavage aboli par entente universelle.

13- Il est interdit en Islam de forcer des gens à se convertir.

14- Il est interdit en Islam de nier les droits de la femme.

15- Il est interdit en Islam de nier les droits des enfants.

16- Il est interdit en Islam de promulguer des punitions légales (hudud) sans suivre les procédures qui permettent d’assurer la justice et la clémence.

17- Il est interdit en Islam de torturer.

18- Il est interdit en Islam de défigurer des morts.

19- Il est interdit en Islam d’attribuer à Dieu des actes mauvais.

20- Il est interdit en Islam de détruire les tombeaux et lieux de pèlerinage des Prophètes et des Compagnons.

21- L’insurrection armée est interdite en Islam pour des raisons autres que celle de l’incroyance explicite du dirigeant et son refus de laisser prier les gens.

22- Il est interdit en Islam de proclamer un califat sans le consensus de tous les musulmans.

23- La loyauté envers son pays est permise en Islam.

24- Après la mort du Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) , l’Islam n’exige de personne d’émigrer où que ce soit.

 

LETTRE OUVERTE

TEXTE INTÉGRAL

 

Au nom de Dieu, Celui qui fait miséricorde, le Miséricordieux,

Gloire à Dieu, le Seigneur des Mondes,

Paix et Bénédictions soient sur le Sceau des Prophètes et les Messagers.

Par le jour en déclin.

Oui, l’homme est en perdition, à l’exception de ceux qui croient, et qui font de bonnes œuvres, qui

s’encouragent à rechercher la vérité et s’exhortent à la patience. (Sr 103, 1-3)

 

Lettre ouverte

Au Dr Ibrahim Awwad Al-Badri, alias ‘Abu Bakr Al-Baghdadi’

Aux combattants et partisans de l’« État islamique autoproclamé ».

 

La Paix et la Miséricorde de Dieu soit sur vous.

 

5928-61 attentat dans Communauté spirituelleLors de votre sermon du 6 du mois de Ramadan, 1435 (4 juillet 2014), vous déclariez, paraphrasant Abu Bakr Al-Siddiq: « Si vous trouvez que ce que je dis et fais est juste, alors soutenez-moi, mais si vous trouvez que ce que je dis et fais n’est pas correct, alors conseillez moi et remettez-moi dans le droit chemin ». Ce qui suit est l’opinion d’intellectuels via les medias. Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  dit: « La religion c’est l’avis [qui rectifie] [1].» Tout ce qui est rapporté ci-dessous s’appuie entièrement sur les déclarations et actes des compagnons de l’  « État islamique » tels qu’ils les ont eux-mêmes promulgués dans les réseaux sociaux ou dans les rapports de témoins musulmans. On a tout fait pour éviter de pures inventions et des malentendus. En outre, tout ce qui est dit ici consiste en un résumé écrit dans un style simple qui reflète l’opinion de la majorité écrasante des intellectuels sunnites tout au cours de l’histoire musulmane. Dans l’un de ses discours [2], Abu Muhammad Al-Adnani dit : « Que Dieu bénisse le Prophète Mohammed (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  qui a été envoyé avec l’épée de la Miséricorde à tous les mondes. [3] » Cette déclaration comporte une série de confusions et offre un exemple erroné. Elle est pourtant souvent reprise par les partisans de l’« État islamique ». Concernant Dieu qui a envoyé Mohammed (à lui le Salut) à tous les mondes : « Nous ne vous avons envoyé qu’en signe de miséricorde à tous les mondes. » (AlAnbiya’, 22: 107). Cela reste vrai pour tous les temps et tous les lieux. Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  fut envoyé en signe de miséricorde aux gens, aux animaux, aux plantes, aux cieux et aux êtres subtils, ceci, tout musulman le reconnaît. C’est une déclaration commune qui ne souffre aucunes conditions et qui est tirée du Coran lui-même. Cependant, l’expression « envoyé avec l’épée » fait partie d’un hadith se rapportant à une certaine époque et un certain lieu qui ne sont plus. Il est donc interdit d’assimiler de cette façon Coran et hadiths, tout comme il est interdit de mêler le général et le particulier, le conditionnel et l’inconditionnel. D’ailleurs, Dieu s’était présenté comme Miséricorde : « « Votre Seigneur s’est prescrit à lui-même la miséricorde … » (Al-An’am, 6: 54). Dieu a également déclaré que Sa Miséricorde recouvre toutes choses… « Ma Miséricorde s’étend à toutes choses … » (Al-A’raf, 7, 156). Dans un hadith classé authentique, le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  dit : « Quand Dieu fit la création, il écrivit au-dessus de son trône : ‘En vérité, Ma Miséricorde surpasse Ma colère [4]’. Il est donc interdit d’assimiler « l’épée » –et par là la colère et l’intransigeance – avec « la Miséricorde ». Il est également interdit de faire croire que l’expression « miséricorde pour tous les peuples » s’efface devant l’expression « envoyé par l’épée ». De plus, comment pourrait « une épée » influencer des royaumes là où les épées n’ont aucun effet, comme dans les cieux, sur les êtres subtils et les plantes ? Le Prophète Mohammed (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  étant miséricorde, on ne peut le taxer de l’être sous conditions pour avoir pris l’épée (à une certaine époque, pour une raison spécifique et dans un contexte particulier). Et ceci n’est pas que de la théorie. Cela révèle justement le sens de la plupart des choses qui vont arriver quand on assimile à tort l’épée à la miséricorde divine.

1. Théorie sur les lois (fiqh) et exégèse coranique :

Parlant de l’exégèse coranique, de la compréhension des hadiths et de la question de la théorie sur les lois en général, la méthodologie employée par Dieu dans le Coran et par le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  dans le hadith se présente comme suit: considérer tout ce qui a été révélé sur une question particulière dans son entièreté sans la faire dépendre d’un angle de vision puis juger – si l’on est qualifié pour le faire – en se basant sur toutes les sources scripturaires disponibles. Dieu (il n’y a pas d’autre Dieu que Lui) dit: « Quoi, croyez-vous à une certaine partie du Livre et vous restez incrédules sur une autre ? (Al-Baqarah, 2: 85) «. «… Ils altèrent le sens des mots, en les sortant de leur contexte ; ils oublient une partie de ce qui leur avait été rappelé » (Al-Ma’idah, 5: 13) ; « … ceux qui ont réduit le Coran en pièces » (Al-Hijr,15:91). Une fois tous les passages scripturaires pertinents collectés, il s’agit de distinguer ce qui est ‘général’ de ce qui est ‘particulier’, ce qui est ‘sujet à conditions’ de ce qui est ‘inconditionnel’. De même faut-il distinguer entre passages ‘en clair’ et textes allégoriques. De plus, les raisons et les circonstances de la révélation (asbab annuzul) pour tous les passages et les versets ainsi que toutes autres conditions d’herméneutique mentionnées par les imams classiques, doivent être bien comprises. C’est pourquoi il n’est pas permis de citer un verset ou même une partie sans prendre en compte du sens précis que leur donnent le Coran et les Hadiths. La raison c’est que tout ce qui est dans le Coran est vérité et tout ce qui est dans un hadith authentique est inspiré par Dieu. Il n’est donc pas permis de trier à son gré. Il est en effet impératif de concilier tous les textes entre eux pour autant qu’il soit possible et quand il y a des raisons pour qu’un texte l’emporte sur un autre. C’est ce qu’explique l’imam Shafi’i dans son Al-Risalah que rejoignent tous les spécialistes du Fiqh. L’imam al-Haramayn, Al-Juwayni, dit dans Al-Burhan fi Usul AlFiqh : concernant les qualités requises à un mufti et les disciplines qu’il doit posséder : … il est impératif que le mufti soit un connaisseur de la langue, pour comprendre la charia en arabe. … il est impératif qu’il soit expert en syntaxe et en analyse grammaticale, … il est impératif qu’il connaisse bien le Coran puisque le Coran est la base de toutes les règles fondamentales… Qu’il ait une connaissance de l’abrogation des textes est indispensable ainsi que la science des fondements de la jurisprudence (usul), pierre angulaire de tout l’ensemble… Il devrait aussi posséder toutes les clés pour répondre aux questions qui demandent preuves et arguments ainsi que leurs fondements. Il leur faut également posséder la science du hadith pour être capables de distinguer le hadith authentique du peu fiable, le correct de l’apocryphe … Il devrait être formé à la jurisprudence… De plus, sachant qu’un « esprit de légiste » (fiqh el-nafs) est indispensable, cela devient le propre de quiconque a affaire avec les principes de lois. Les savants musulmans ont résumé tout cela en disant qu’un mufti est « quelqu’un qui a la maîtrise des textes et les arguments pour justifier les principes légaux. » « Les textes » signifient qu’on soit capable de maîtriser la langue, l’exégèse coranique et la connaissance des hadiths ; quant aux « arguments » il s’agit de posséder la théorie des lois, de raisonner par analogie pour comprendre les divers cas et avoir l’esprit des lois (fiqh al-nafs). Al-Ghazali a tenu un même langage dans Al-Mustasfa (Vol. 1, p.342), tout comme Al-Suyuti dans Al-Itqan fi Ulum Al-Qur’an (Vol. 4, p.213).

2. La langue :

Comme nous l’avons déjà dit, un des piliers les plus importants de la théorie des lois c’est la maîtrise de la langue arabe. Cela veut dire, de l’arabe, maîtriser la grammaire, la syntaxe, la morphologie, la rhétorique, la poésie, l’étymologie et l’exégèse coranique. Si l’on ne maîtrise pas ces disciplines, il est inévitable que l’on se fourvoie. Votre déclaration de ce que vous appelez « le Califat » était intitulée « Ce que Dieu a promis ». Celui qui a formulé cette déclaration voulait faire allusion au verset qui dit: « Dieu a promis à ceux d’entre vous qui croient et qui pratiquent de bonnes œuvres qu’il en ferait ses lieutenants sur la terre, tout comme Il le fit pour ceux qui vécurent avant eux. Il leur a promis aussi d’établir fermement leur religion qu’Il lui a plu de leur donner et de changer, ensuite, leur inquiétude en sécurité. Ils m’adoreront et ils ne m’associeront rien. Ceux qui, après cela, seront incrédules, ceux-là sont les pervers » (An-nur, 24, 55). Mais il n’est pas permis d’invoquer un verset particulier tiré du Coran pour l’appliquer à un évènement 1400 ans après que le verset ait été révélé. Comment Abu Mohammed Al-Adnani peut-il dire que c’est la promesse de Dieu qui se réalise dans ce qu’il appelle un califat ? Même en supposant que sa revendication soit juste, il aurait dû dire : « ceci tient de la promesse de Dieu ». Il y a encore une autre erreur : en ce sens qu’il s’est approprié le mot « istikhlaf » (succession) pour l’attribuer à ce qu’il appelle un califat. On peut trouver la preuve que l’utilisation de ce mot n’est pas correcte en lisant le verset suivant: « Il dit: ‘peut-être votre Seigneur fera-t-il périr votre ennemi et, après la disparition de celui-ci, vous fera-t-il son lieutenant pour voir comment vous vous comporterez?’» (Al-Araf, 7, 129). Le mot « istikhlaf » (succession) signifie qu’ils se sont installés sur la terre où vivait un autre peuple. Cela ne veut pas dire qu’ils sont les dirigeants d’un système politique particulier. Selon Ibn Taymiyyah, il n’existe pas de tautologie dans le Coran [5]. Il y a une différence entre « khilafah » et « istikhlaf ». Al-Tabari dit dans son exégèse (tafsir) du Coran: « il vous fera successeurs (yastakhlifakum). Par là il veut dire: « il vous fera leur succéder sur leur terre après leur destruction ; ne les craignez pas ni aucun autre peuple [6]. » Ceci prouve que le mot « istikhlaf », ici, ne signifie pas « gouvernance » mais plutôt « occupation de leur terre ».

3. Une simplification à outrance :

Il n’est pas permis de parler constamment de « simplifier les choses » ni de « piquer ça et là » un extrait du Coran sans l’appréhender dans tout son contexte. Il n’est pas non plus permis de dire: « L’Islam est simple et le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) , et ses honorables Compagnons étaient simples, alors pourquoi compliquer l’islam ? ». C’est exactement ce qu’Abu Al-Baraa’Al-Hindi a fait dans sa vidéo en ligne de juillet 2014 où il dit: « Ouvrez le Coran et lisez les versets sur le jihad et tout deviendra clair… tous les savants me disent: « Ceci est obligatoire devant la loi (fard) ou cela ne l’est pas et que ce n’est pas le moment pour un jihad… ignorez-les tous et lisez le Coran, vous saurez ce qu’est le jihad » «. Les gens ont besoin de comprendre que le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  et ses honorables Compagnons se sont débrouillés avec peu, sans technologie sophistiquée, mais ils étaient plus à même que nous tous de comprendre la jurisprudence et l’esprit. Pourtant un tout petit nombre seulement de Compagnons furent qualifiés pour promulguer des fatwas. Dieu dit dans le Coran: « Dis: « Ceux qui savent et ceux qui ne savent pas se valent-ils ? » (Al-Zumar, 39: 9). Dieu dit encore: « Interrogez les gens auxquels le Rappel a été adressé, si vous ne savez pas » (Al-Anbiya’, 21: 7) ; et encore: « Si on l’avait rapporté au Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  et à ceux qui, parmi eux, détiennent l’autorité, ceux qui parmi eux sont capables de discernement l’auraient appris d’eux… ». (Al-Nisa’, 4: 83). Ainsi, la jurisprudence n’est pas chose facile et n’importe qui ne peut en parler avec autorité, ni décréter des fatwas (ordonnances religieuses). Dieu dit dans le Coran: « …Mais seuls réfléchissent ceux qui sont doués d’intelligence » (Al-Ra’d, 13: 19). Et le Prophète Mohammed (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  dit : « Quiconque parle du Coran sans le connaître mérite d’attendre sa place au Feu « [7]. Il est aussi grand temps d’arrêter de dire de façon irréfléchie: « ce sont des hommes et nous sommes hommes » ; ceux qui prétendent cela n’ont pas du tout la même appréhension et le même discernement que les vénérables Compagnons et les imams des Pieux ancêtres (as-salaf as-saleh) auxquels ils se réfèrent.

4. Quand les points de vue diffèrent :

Il y a deux sortes de points de vue: les blâmables et les louables. Pour ce qui diffère dans les blâmables, Dieu dit dans le Coran: « Ceux qui ont reçu le Livre ne se sont divisés qu’après la venue de la preuve décisive. » (Al-Bayyinah, 98: 4). Quant à la différence de point de vue dans les louables, Dieu dit : « Dieu a dirigé ceux qui ont cru à la Vérité au sujet de laquelle d’autres se sont disputés, avec sa permission… » (Al-Baqarah, 2, 213). C’est l’opinion qui a été défendue par Al-Imam Asshafi’i dans Al-Risalah, par les trois autres imams et tous les savants de l’islam pendant plus d’un millier d’années. Quand il y a différence de points de vue parmi les éminents savants, on choisit le plus miséricordieux, c’est-à-dire le meilleur. La sévérité est à éviter tout comme on devrait éviter l’idée que la sévérité est la mesure de la piété. Dieu dit en effet : « Suivez l’excellente Révélation qui vous est parvenue de la part de votre Seigneur … » (Az-Zumar, 39, 55) ; et aussi : « Pratique le pardon, ordonne la bonté et tiens-toi loin des ignorants. » (Al-A’raf, 7, 199). Il dit encore : « [Ceux] qui écoutent la Parole [de Dieu] et qui obéissent à ce qu’elle contient de meilleur, voilà ceux que Dieu dirige, voilà ceux qui sont doués d’intelligence ! » (Az-zumar, 39, 18). Dans un hadith de source authentique, on rapporte ces mots d’Aïcha: « Devant plusieurs choix, le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  a toujours choisi le moins sévère [8]. ». On ne devrait pas considérer le point de vue le plus sévère comme le plus pieux, le plus religieux ou le plus conforme à Dieu. En effet, dans la sévérité il y a de l’exagération et de l’extrémisme. Dieu dit dans le Coran : « Dieu veut pour vous la facilité, il ne vous veut pas la contrainte. » (Al-Baqarah, 2: 185). D’ailleurs, le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  déclare : « Ne soyez pas sévères avec vous-mêmes de peur que Dieu le soit envers vous. Un peuple a été sévère avec lui-même et Dieu le leur a bien rendu [9]. Il y a de la folie des grandeurs et de la vanité dans la sévérité, car les gens sévères se disent en eux-mêmes : « Je suis sévère, quiconque l’est moins que moi est un faible et je leur suis donc supérieur. » Il est évident qu’on attribue là une mauvaise intention à Dieu, comme s’Il avait révélé le Coran pour rendre les gens malheureux. Dieu dit en effet : « Ta. Ha. Nous n’avons pas fait descendre sur toi le Coran pour te rendre malheureux ». (Ta Ha, 20, 1-2). Il est intéressant de noter que la plupart des gens devenus musulmans à travers l’histoire, y ont été invités par la douceur (da’wah hasanah). Dieu dit encore : « Appelle les hommes vers les chemins de ton Seigneur par la Sagesse et une belle exhortation ; discute avec eux de la meilleure manière. Oui, ton Seigneur connaît parfaitement celui qui s’égare hors de son chemin, comme il connaît ceux qui sont bien dirigés. » (Al-Nahl, 16: 125). Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  dit: “Soyez doux et méfiez-vous de la violence et du langage grossier [10]. » Et, alors que l’islam se répandait politiquement de l’Asie Centrale (Khurasan) à l’Afrique du Nord au gré des conquêtes musulmanes, la majorité des habitants de ces contrées sont restés chrétiens pendant des centaines d’années jusqu’à voir certains d’entre eux l’accepter progressivement, invités par la douceur et non par la sévérité ou la contrainte. En effet d’immenses pays et des provinces entières devinrent musulmanes non pas par la conquête mais par l’invitation (da’wah), ainsi en fut-il de l’Indonésie, de la Malaisie, de l’Ouest et de l’Est de l’Afrique et autres. La sévérité n’est donc ni une marque de piété ni une manière de répandre l’islam.

5. La jurisprudence dans les faits (fiqh al-waq’i) :

Que veut-on dire par jurisprudence dans les faits ? Il s’agit du processus à suivre pour appliquer les règles de la charia et les adapter aux réalités et conditions que vivent les gens. Il faut pour cela connaître de l’intérieur les réalités que vivent les gens, sentir leurs problèmes, leurs combats, leurs possibilités et ce qu’ils ont à supporter. La jurisprudence dans la pratique (fiqh al-waq’i) étudie les textes applicables aux réalités des gens dans un temps donné et les obligations que l’on peut repousser ou retarder jusqu’à ce qu’ils soient capables de les suivre. L’imam Ghazali dit : « Concernant les façons de faire qui s’imposent, il n’y a pas à chercher bien loin, il suffit d’un effort individuel de réflexion (ijtihad) pour les trouver, même si elles n’existaient pas [11]. Ibn Qayyim Al-Jawziyyah dit: “Un juriste doit comprendre la propension qu’a une population à comploter, tromper et frauder, en plus des coutumes et traditions qui sont les siennes. Les édits religieux (fatwas) changent avec l’époque, les lieux, les coutumes et les circonstances. Tout ceci vient de la religion de Dieu, telle qu’elle a déjà été expliquée [12].

6. Le massacre d’innocents :

Dieu dit dans le Coran : « Ne tuez pas l’homme que Dieu vous a interdit de tuer sinon pour une juste raison » (Al-Isra, 17, 33). Il dit encore : « Dis, « Venez ! Je vous dirai ce que votre Seigneur vous a interdit: ne lui associez rien ; soyez bons envers vos parents ; ne tuez pas vos enfants par crainte de la pauvreté – nous vous accorderons votre subsistance avec la leur – éloignez-vous des péchés abominables, apparents ou cachés ; ne tuez personne injustement, Dieu vous l’a interdit. Voilà ce que Dieu vous ordonne. Peut-être comprendrez-vous » «. (Al-An’am, 6, 151). Eliminer un être vivant (quel qu’il soit) est harram (absolument interdit par la loi musulmane) c’est aussi un des péchés les plus abominables (mubiqat). Dieu dit dans le Coran : « Voilà pourquoi nous avons prescrit aux fils d’Israël que quiconque a tué un homme qui lui-même n’a pas tué ni commis de violence sur terre, est considéré comme s’il avait tué toute l’humanité ; et celui qui sauve un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé l’humanité entière. Nos prophètes étaient venus à eux avec des preuves irréfutables, mais, par la suite, un grand nombre d’entre eux se mirent à commettre des excès sur terre. » (Al-Ma’idah, 5: 32). Vous avez tué de nombreux innocents qui n’étaient ni des combattants, ni armés mais simplement parce qu’ils n’étaient pas d’accord avec vous [13].

7. Le meurtre d’émissaires :

Il est clair que toute religion interdit le meurtre d’émissaires. Ce qu’on entend ici par émissaires ce sont les gens qui sont envoyés d’un pays à un autre pour accomplir la noble tâche de réconciliation ou la délivrance d’un message. Les émissaires ont un statut spécial d’inviolabilité. Voici ce que dit Ibn Masoud: «La Sunnah maintient qu’aucun émissaire ne soit jamais tué [14]«. Les journalistes – s’ils sont honnêtes et, bien sûr, pas des espions – sont des émissaires de la vérité, parce que leur travail est en général de présenter la vérité des faits en public. Vous avez tué sans pitié les journalistes James Foley et Steven Sotloff, même après que la mère de Sotloff vous eût supplié et imploré de l’épargner. Les travailleurs humanitaires sont aussi des ambassadeurs de la miséricorde et de la douceur. David Haines en était et vous l’avez tué. Ce que vous avez fait est absolument interdit (harram).

8. Le jihad :

Tout musulman voit dans le jihad quelque chose de vertueux. Dieu dit, sourate Al-Tawbah, 9, 38 : « Ô vous qui croyez, qu’avez-vous ? Lorsque l’on vous a dit : ‘élancez-vous sur le chemin de Dieu’, vous vous êtes appesantis sur la terre. Préférez-vous la vie de ce monde à la vie future ? » Il dit encore : « combattez sur le chemin de Dieu ceux qui luttent contre vous. Ne soyez pas agressifs, Dieu n’aime pas les agressifs » (Al-Baqarah, 2, 190) et bien d’autres versets. L’imam Shafi’i, les trois autres imams et d’ailleurs tous les savants voient dans le jihad une obligation faite à tous (fard kifayah) et non pas une obligation personnelle (fard ayn) du fait que Dieu a dit : « Dieu a promis à tous d’excellentes choses, mais Il préfère les combattants à ceux qui restent chez eux et il leur réserve une grande récompense. » (An-Nisa’, 4, 95). Le mot ‘jihad’ est un terme musulman qui ne peut s’appliquer à un conflit armé contre un autre musulman ; c’est un principe fermement établi. De plus, tous les savants s’accordent pour dire que le jihad ne peut se faire qu’avec le consentement de ses parents. Preuve en est qu’un jour, un homme vint trouver le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  pour lui demander la permission de faire le jihad, ce à quoi le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) lui a rétorqué : ‘Tes parents sont-ils vivants ?’, ‘- Oui’, dit-il, ‘Alors, fais ton jihad (combat) en les aidant.’ [15]. En fait, il y a deux jihad en islam : le grand qui est un combat contre soi-même et le petit, pour combattre son ennemi. Parlant du grand jihad, le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) dit : « Nous sommes revenus du grand jihad pour aller au petit [16]«. Si vous dites que ce hadith est de faible authenticité ou apocryphe, vous en trouverez évidence dans le Coran lui-même : « Ne te soumets pas aux incrédules, lutte contre eux, avec force [litt. un grand jihad]. (Al-furqan, 25, 52). Le mot “en plus” dans ce verset nous réfère au Coran et signifie « une guérison pour ce qui est dans les cœurs » (Yunus, 10, 57). Il se retrouve clairement exprimé dans le hadith du Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) : « Vous dirais-je ce que sont les meilleures actions et le plus bel acte de piété aux yeux de notre Seigneur, ce sont ceux qui élèveront votre rang dans l’Au-delà, ce qui est mieux pour vous que d’acheter de l’or ou des traites et mieux encore que de vous lancer armés à l’assaut de votre ennemi et de vous entretuer ? – ‘Oui’, disent-ils et le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) de répondre : ‘C’est se souvenir de Dieu’ [17]« Ainsi, le grand jihad, c’est le jihad contre soi-même et l’arme c’est se souvenir de Dieu et purifier son âme. De plus, Dieu, dans un autre verset, nous éclaire sur la relation qu’il y a entre les deux sortes de jihad: « Ô vous qui croyez ! Soyez fermes quand vous rencontrez un ennemi, souvenez-vous de Dieu, que vous puissiez l’emporter ». (Al-Anfal, 8, 45). Ainsi, rester ferme, tel est le petit jihad ; il dépend du grand jihad qui est le combat contre soi-même dans le souvenir de Dieu et la purification de l’âme. De toute façon, le jihad est un chemin qui mène à la paix et à la sécurité et non une fin en soi. Dieu a des paroles claires : « Combattez-les jusqu’à la fin de la révolte et que le culte de Dieu soit rétabli. S’ils s’arrêtent, cessez de combattre, sauf contre les malfrats. «(Al-Baqarah, 2: 193). Dans votre discours du 4 juillet 2014, vous dites : « Il n’y a pas de vie sans jihad. » Vous vous basez peut- être sur l’exégèse d’Al-Qurtubi du verset suivant : « Ô vous qui croyez ! Répondez à Dieu et à son Prophète, quand il vous appelle à ce qui vous fait vivre… » (Al-Anfal, 8: 24). Un vrai jihad vivifie le cœur. Mais il peut y avoir vie sans jihad, car des musulmans peuvent passer une vie entière sans être appelés à combattre ou sans avoir à faire appel au jihad. L’histoire musulmane en regorge d’exemples. De fait, vous êtes, vous et vos compagnons, d’intrépides combattants prêts à vous sacrifier dans votre course au jihad. Tout ceux qui suivent fidèlement les évènements, qu’ils soient amis ou ennemis, le reconnaissent. Mais un jihad sans raisons, ni buts, ni méthodologies, ni intentions légitimes, n’est pas un jihad mais relève plutôt d’une propagande belliciste et du crime. a. L’intention derrière le Jihad: Dieu dit : « L’homme ne possédera que ce qu’il aura acquis par ses efforts. » (Al-Najm, 53: 39). La tradition prophétique rapporte que sous l’autorité de Abu Mussa Al-Ash’ari, un homme vint trouver le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  pour lui dire : ‘De celui qui combat par zèle, par courage ou par orgueil, lequel des trois est dans la voie de Dieu ? Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  répondit : ‘Quiconque combat pour que l’emporte la Parole de Dieu est dans la voie de Dieu. [18] Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) dit encore : « Le premier qui sera jugé au jour de la Résurrection c’est celui qui est mort en martyr. Il sera présenté à Dieu qui lui fera connaître ses talents et il les reconnaîtra. Il lui demandera : ‘Qu’est ce que tu en as fait ?’ A quoi il répondra : ‘J’ai combattu pour vous jusqu’à en mourir’. Dieu dira : ‘Tu mens. Tu as combattu pour qu’on puisse dire de toi que tu es courageux et c’est ce qui est arrivé’. Il sera ensuite ôté de sa Face et jeté au Feu… » [19] b. La raison derrière le Jihad: la raison qui pousse les musulmans au jihad c’est lutter contre ceux qui les attaquent et non pas attaquer quelqu’un qui ne les as pas attaqués, ni faire violence contre quelqu’un qui ne leur a pas fait de mal. Les mots de Dieu qui permettent le jihad sont les suivants: « Toute permission est donnée de se défendre à ceux qui ont été attaqués parce qu’ils ont été opprimés injustement. Dieu est tout à fait capable de les aider ; et ceux qui ont été chassés injustement de leurs maisons pour avoir seulement dit : ‘Notre Seigneur est notre Dieu’. Si Dieu n’avait pas permis à certains de repousser d’autres hommes, des ermitages auraient été démolis, des synagogues, des oratoires et des mosquées où le nom de Dieu est largement invoqué. Oui, Dieu sauvera ceux qui l’assistent. Dieu le Fort, le Puissant. » (Al-Hajj, 22: 39-40). C’est ainsi que le jihad est lié à la sécurité, à la liberté de religion, à ceux qui ont subi du tort, qui ont été chassés de leurs terres. Ces deux versets ont été révélés après que le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) et ses Compagnons aient été torturés, massacrés et persécutés durant 13 ans sous les coups d’idolâtres. Il n’existe donc aucun jihad offensif ou agressif pour la simple raison qu’on a une religion ou des opinions différentes. C’est la position d’Abu Hanifa, les imams Malik et Ahmed et tous les autres savants y compris Ibn Taymiyyah à l’exception de quelques savants de l’école chafiite [20] c. Le but du Jihad: Les savants en islam s’accordent sur le but du jihad car Dieu dit : « Combattez-les jusqu’à la fin de la révolte et que le culte de Dieu soit rétabli. S’ils s’arrêtent, cessez de combattre, sauf contre les malfrats. «(Al-Baqarah, 2: 193). Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) dira plus tard : « Il m’a été demandé de combattre des gens jusqu’à ce qu’ils disent : ‘Il n’y a pas de dieu hormis Dieu. Si donc quelqu’un dit : ‘Il n’y a pas de dieu, hormis Dieu’, il est sauvé lui et ses biens en dehors de ce que permet la loi, et il est estimé de Dieu [21]. Tel est le but du jihad quand la guerre est engagée contre des musulmans. Ces textes disent ce qu’est la victoire dans le cas où les musulmans l’emportent ; ils précisent que la raison de faire le jihad ne doit pas se confondre avec son but. Le hadith cité plus haut se rapporte à un évènement qui a déjà eu lieu et qui se réfère à la Parole de Dieu : « C’est Lui qui a envoyé son Messager avec la direction et la religion vraie pour la faire prévaloir sur toute autre religion. Dieu se suffit comme témoin. » (AlFath, 48: 28). Cet évènement a eu lieu dans la péninsule arabique au temps du Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) , car Dieu dit : « … afin que tu avertisses la Mère des cités [Umal-Qura] et ceux des environs… (Al-An’am, 6: 92) ; et aussi: “ Ô vous qui croyez! Combattez ceux des incrédules qui sont près de vous… » (Al-Tawbah, 9: 123). Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  dit également : « Sortez les idolâtres de la péninsule arabique [22]«. Comment ceci n’a-t-il pas pu se passer quand Dieu promet au Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  : « C’est Lui qui a envoyé son Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  avec la direction, la religion vraie, pour la placer au-dessus de tout autre religion, en dépit des polythéistes. » (Al-Saff, 61: 9). Ce qu’on entend ici se passe dans la péninsule arabique au temps du Prophète. De toute façon, si les commandeurs du jihad voit que c’est dans l’intérêt des musulmans, il leur est permis de cesser le combat, même si le but n’a pas été atteint, car Dieu dit : « … S’ils s’arrêtent, cessez de combattre, sauf contre les malfrats. «(Al-Baqarah, 2: 193) Preuve en sont les évènements de Sulh al Hudaybiyyah. d. Le code de conduite du jihad: Le code de conduite du jihad se résume dans les propos du Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  : « Mène la guerre mais ne sois pas sévère, ni traître, ne mutile ni ne tue des enfants [23]… ». Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  a dit encore, le jour de la conquête de la Mecque: « Vous ne devez pas tuer, ni blesser, ni faire du mal à ceux qui battent en retraite et quiconque ferme sa porte sera sauf. [24]«. De même, quand Abu Bakr As-saddiq mit sur pied une armée et l’envoya au Levant il déclara : « Vous trouverez des gens qui se sont dévoués à la vie en monastères, laissez-les à leurs dévotions. Vous en trouverez d’autres qui ont le diable en têtes (les diacres armés [25]), coupez-leur le cou. Mais ne tuez pas les vieux et les perclus, ni les femmes ou les enfants ; ne détruisez pas les maisons, ne coupez pas les arbres, ne vous attaquez pas au bétail sans bonnes raisons, ne brûlez pas, ni ne noyez les palmiers, ne soyez pas des traîtres ni des lâches, ne mutilez pas, ne pillez pas. Alors Dieu soutiendra ceux qui l’honorent Lui et Ses messagers alors qu’ils ne Le voient pas. Dieu est le Fort et le Puissant [26]. » Quant à l’exécution des prisonniers, la loi islamique l’interdit. Et pourtant vous avez tué de nombreux prisonniers y compris les 1700 du Camp Speicher à Tikrit en juin 2014, les 200 sur le champ pétrolier de Sha’er en juillet 2014, les 700 de la tribu des Sha’État à Deir el-Zor, (dont 600 civils nonarmés). Vous avez tués 250 prisonniers sur la base aérienne de Tabqah à Al-Raqqah en août 2014 ainsi que des militaires kurdes et libanais et tant d’autres dont on a rien dit mais que Dieu connaît. Ce sont là de haineux crimes de guerre. Si vous vous recommandez du Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  qui aurait tué des prisonniers au cours de batailles, sachez qu’il n’en a ordonné l’exécution que de deux, à la bataille de Badr : Uqbah ibn Abi Mu’ayt et Nadr ibn AlHarith. C’était des chefs de guerre et des criminels et l’exécution de criminels de guerre est admise dans le cadre des lois de la guerre. C’est ce qu’a fait Saladin en prenant Jérusalem et ce qu’ont fait les alliés au procès de Nuremberg après la 2eguerre mondiale. Quant aux dizaines de milliers de prisonniers qui tombèrent sous la juridiction du Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  au cours des dix ans qui furent le théâtre de 29 batailles, il n’a pas exécuté un seul soldat régulier. Bien mieux, il confia qu’ils avaient été traités avec clémence. [27]Le commandement de Dieu concernant les prisonniers et les prisonniers de guerre se lit ainsi: « … Puis vous choisirez entre les libérer ou les rançonner… » (Mohammed, 47, 4). Dieu commande que les captifs et les prisonniers de guerre soient traités avec dignité et respect : « Ils nourrissaient le pauvre, l’orphelin et le captif, pour l’amour de Dieu. » (Al-Insan, 76: 8). C’est un fait que la Sunna du Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  revendique le pardon et l’amnistie pour les captifs, comme on peut le voir durant la conquête de la Mecque quand le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  déclara : « Je le dis comme mon frère Joseph l’a dit : ‘Il n’y aura aucun reproche ce jour’ Allez, vous êtes libres ! [28] » Finalement, un des plus grands principes sur la façon de mener le jihad c’est qu’on ne peut tuer que des combattants. On ne peut attenter intentionnellement à la vie de leurs familles ou de n’importe quel civil. Si vous voulez prendre en exemple ce qu’a dit le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  quand on lui a demandé si les personnes collatérales au combat et les femmes tuées en même temps que les idolâtres, voici : « Ils en font partie » [29]. Il faut savoir que ce hadith se rapporte à la mort d’innocents par accident et qu’il ne peut en aucune façon signifier que tuer intentionnellement des innocents – comme dans des bombardements – soit permis. Et quand Dieu dit : « … sois dur avec eux… » (Al-Tawbah, 9: 73) ; et: ‘… qu’ils vous trouvent durs…’ (Al-Tawbah, 9: 123), il s’agit d’un temps de guerre et non pas après.

9. Décréter des gens non-musulmans (takfir) :

Il s’est créé une confusion à propos du mot takfir, suite à l’exagération de quelques maîtres salafistes en matière de takfir (décréter quelqu’un non-musulman) et en poussant à l’extrême ce que Ibn Taymiyyah et Ibn Al-Qayyim en ont présenté. En bref, on peut résumer le takfir comme suit : a. Dans la quintessence de l’islam, quiconque déclare: « Il n’y a pas d’autre dieu que Dieu et Mohammed est le Prophète de Dieu «, est musulman et ne peut pas être déclaré non-musulman. Dieu dit : « Ô vous qui croyez ! Lorsque vous vous engagez dans le chemin de Dieu, soyez lucides et ne dites pas à celui qui vous offre la paix : ‘Tu n’es pas croyant !’Vous rechercheriez ainsi les biens de la vie de ce monde ; mais le butin est abondant auprès de Dieu. Vous vous comportiez ainsi autrefois : Dieu vous a accordé sa grâce, soyez lucides ! Dieu est bien informé de ce que vous faites ! » (Al-Nisa’, 4: 94). La signification du ‘soyez lucides’ dans le verset ci-dessus revient à poser la question: ‘Etes-vous musulmans ?’ La réponse est à prendre dans sa valeur nominale sans vouloir questionner ou éprouver leur foi. De plus, le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  dit : « Malheur à vous, regardez ! Une fois que je serai mort, ne revenez pas à l’incroyance, et à vous entretuer [30] ». Il dit encore : « Quiconque dit : ‘Il n’y a pas d’autre dieu que Dieu’ se sauve lui-même et ses biens, excepté ce qui est permis par la loi, et il est apprécié de Dieu [31] ». Ibn Omar et Aïcha ont dit : « Il n’est pas permis de déclarer les gens de la Qiblah non-musulmans [32]. » b. Cette question est de la plus haute importance car on l’invoque pour justifier le meurtre de musulmans, pour violer leur intégrité et usurper leurs biens et leurs droits. Dieu dit: « Quiconque tue volontairement un croyant aura l’enfer en rétribution ; il y séjournera et y encourra la colère de Dieu qui le maudit et lui prépare un châtiment terrible ». (Al-Nisa’, 4: 93). Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  , ajoute : « Qui dit à son frère: ‘Ô mécréant, cela arrivera certainement à l’un d’entre vous [33]. » Dieu s’est élevé, dans des termes on ne peut plus sévères, contre celui qui tue quelqu’un qui confesse l’islam : « S’ils se tiennent à l’écart, s’ils ne combattent pas contre vous, s’ils vous offrent la paix, Dieu ne vous donne plus alors aucune raison de lutter contre eux. (Al-Nisa’, 4: 90). Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  s’oppose à ce qu’on accuse des gens d’être polythéistes et de lever l’épée contre eux : « Celui que vous devez craindre le plus c’est celui qui a lu le Coran…, qui l’a mis de côté, jeté derrière lui et qui a levé l’épée contre son voisin, l’accusant de polythéisme [34]. » Il n’est pas permis de tuer un musulman (ni non plus tout être humain) sans arme et hors du combat. Usamah Ibn Zayd nous dit qu’après avoir tué un homme qui lui avait dit : « Il n’y a d’autre dieu que Dieu «, le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  lui posa la question : « Il t’a dit ‘Il n’y a d’autre dieu que Dieu’ et tu l’as tué ? «Je lui répondis : « Ô messager de Dieu, il l’a simplement dit de peur de passer par nos armes. » Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  lui dit: «As-tu pu lire dans son cœur pour savoir s’il le pensait vraiment ? « [35]. Il y a peu de temps, nous avons pu voir sur une vidéo de Youtube Shaker Wahib, membre de ce que l’on connaissait alors sous le nom d’État islamique de l’Iraq et du Levant (ISIL) arrêter des civils nonarmés qui se déclaraient musulmans. Il leur a demandé combien de prostrations (raka’ahs) il y avait dans les prières rituelles. Comme ils n’avaient pas su répondre, il les a tués [36], un crime abominable, absolument interdit pas la loi musulmane. c. Les actions des hommes sont liées aux intentions qui sont derrière. Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  dit: « Les actions valent par leur intention et chacun méritera en fonction de l’intention qu’il a eue [37]. ». De plus, Dieu dit : « Quand les hypocrites viennent à toi, ils disent : ‘Nous attestons que tu es le Prophète de Dieu !’ Et Dieu sait que tu es son Prophète, et Dieu atteste que les hypocrites sont menteurs. » (Al-Munafiqun, 63: 1). C’est ainsi que Dieu considère les mots des hypocrites sur le message du Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  – fait incontestable –comme des mensonges vu que leur intention en le disant était de mentir. C’est un mensonge puisque leur bouche a prononcé une vérité que, Dieu le sait, leur cœur rejette. Ce qui veut dire que pour renier Dieu il faut en manifester l’intention et pas seulement lâcher des mots ou poser des actes. Il n’est pas permis d’accuser quelqu’un d’incroyance sans avoir la preuve qu’il le fait délibérément. Il n’est pas non plus permis d’accuser quiconque d’être non-musulman sans s’assurer de son intention. Il est, après tout, possible que quelqu’un ait été contraint, qu’il ne sache pas, qu’il soit aliéné ou qu’il se soit mal exprimé. Il a pu aussi mal interpréter une question. Dieu dit: « Celui qui renie Dieu après avoir cru – non pas celui qui subit une contrainte et dont le cœur reste en paix dans la foi – celui qui, délibérément, ouvre son cœur à l’incrédulité, la colère de Dieu est sur lui et un terrible châtiment l’atteindra. » (Al-Nahl, 16: 106). Il est interdit de faire des interprétations sur les conséquences des actes que posent les autres ; seule la personne elle-même peut les interpréter, surtout quand il y a différences d’opinion à ce sujet parmi les musulmans. Il est également interdit de déclarer quelqu’un non-musulman (takfir) sur la base d’un élément sur lequel il y a différences d’opinion parmi les savants musulmans. Il est interdit de déclarer non-musulman un peuple tout entier. C’est individuellement que l’on est incroyant par les actes que l’on pose et l’intention qui les fondent. Dieu dit : « Nul ne portera le fardeau d’un autre. » (Al-Zumar, 39: 7). Enfin, ceux qui savent leur entourage incroyant ou qui refusent de les appeler non-musulmans, il est interdit de les dire non-musulmans. La raison pour laquelle cette question a été longuement travaillée c’est que vous avez distribué les livres de Mohammed ben Abdel-Wahhab dès que vous avez atteint Mossoul et Alep. De toute façon, les savants, y compris Ibn Taymiyyah et Ibn Al-Qayyim Al-Jawziyyah font la distinction entre les actes de l’incroyant (kafir) et le fait de déclarer des gens non-musulmans (takfir). Même si quelqu’un pose des gestes dignes d’un incroyant, on ne peut, pour les raisons déjà citées, dire qu’il est incroyant. Al-Dhahabi [38] rapporte que son maître, Ibn Taymiyyah, avait l’habitude de dire à la fin de sa vie : « Je ne déclare aucun membre de la Ummah non-musulman. … Le Prophète dit : ‘Quiconque fait ses ablutions est un croyant’. C’est pourquoi je dis, qui observe ses prières avec ses ablutions est un musulman. » Ceci est très important. En effet, le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  dit : « Le chirk subtil, (chirk = associer des dieux à Dieu) c’est quand un homme se met en position de faire sa prière et fait le beau pour qu’on le voit prier [39].» Il appelle donc l’ostentation dans la prière le chirk subtil, qui est un petit chirk. Ce petit chirk auquel succombent certains fidèles n’est pas considéré comme une association d’idolesmajeure, il ne conduit pas au takfir ni à quitter l’islam. A part les prophètes et les messagers, tous les autres adorent Dieu comme ils le peuvent et non comme Dieu le mérite. Dieu dit : « Ils n’apprécient pas Dieu à sa juste mesure… » (Al-An’am, 6: 91). Et aussi : « Ils vont t’interroger sur l’Esprit. Dis : ‘L’Esprit procède du commandement de mon Seigneur.’ Et il ne vous a été donné que peu de science…’ » (Al-Isra’, 17: 85). Et pourtant Dieu accepte cette adoration. Mais on ne peut concevoir la nature de Dieu parce que: « Rien n’est semblable à Lui » (Al-Shura, 42: 11) et encore : « Le regard des hommes ne peut l’atteindre, mais Lui scrute les regards. » (Al-An’am, 6: 103). On ne connaît rien de Lui si ce n’est ce qu’Il a dévoilé dans la révélation (al-wahy) ou transmis au Prophète Mohammed (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  : « Son Esprit, il le lance sur qui il veut parmi ses serviteurs … » (Ghafir, 40: 15). Alors comment pourrait un homme lever l’épée contre les autres simplement parce qu’il pense qu’ils n’adorent pas Dieu comme Il le mérite ? Aucun n’adore Dieu comme Il le mérite si ce n’est avec sa permission. Plus fondamentalement encore, la question du chirk chez les Arabes est discutable, comme le dit le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  : « Le démon a perdu espoir de voir les Arabes de la Péninsule l’adorer, mais il cherche à semer la discorde parmi eux. [40] »

10. Les gens du Livre:

Aux Arabes chrétiens, vous avez donné trois choix: la jizyah (l’impôt), l’épée ou la conversion à l’islam. Vous avez peint leurs maisons en rouge, détruit leurs églises et en certains endroits, saccagé leurs demeures et leurs propriétés. Vous en avez tués et vous avez forcé à l’exil beaucoup d’autres avec rien d’autre sur le dos que ce qu’ils portaient. Ces chrétiens ne sont pas de ceux qui ont combattu l’islam, ni de ceux qui l’ont attaqué. Au contraire, ce sont des amis, des voisins, des concitoyens. Dans la perspective de la Chari’a, ils tombent tous sous des accords ancestraux qui remontent à 1400 ans et les lois du jihad ne s’appliquent pas à eux. Certains ont même combattu dans les rangs de l’armée du Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  contre les Byzantins et sont, depuis, citoyens de l’État de Médine. D’autres bénéficient d’accords passés au temps d’Omar Ibn Al-Khattab, de Khalid Ibn Al-Walid, des Umayyades, des Abbassides, des Ottomans et leurs régimes respectifs. Bref, ce ne sont pas des étrangers sur ces terres, bien au contraire, ils sont originaires de ces lieux depuis les temps préislamiques. Ce ne sont pas des ennemis, mais des amis. Pendant 1400 ans, ils ont défendu leurs pays en guerroyant contre les Croisés, les colons, Israël et les autres… Alors comment pouvez-vous les traiter en ennemis ? Dieu dit dans le Coran : « Dieu ne vous interdit pas d’être bons et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre foi et ne vous ont pas expulsés de chez vous. Traitez-les avec bonté et commercez avec eux dans l’équité. Dieu aime les justes.» (Al-Mumtahanah, 60: 8). Parlant de la jizyah, il faut dire qu’il y a deux sortes de jizyah dans la chari’a (loi islamique): La 1ère jizyah est celle qu’on lève sur des sujets qui ‘viennent d’être battus’. Elle s’applique à ceux qui ont combattu l’islam comme le dit la Parole de Dieu : « Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu ni au Jour dernier, ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) ont déclaré illicite, ceux qui, parmi les gens du Livre, ne pratiquent pas la vraie religion. Combattez-les jusqu’à ce qu’ils paient le tribut de la jizya après s’être soumis ». (Al-Tawbah, 9: 29). Comme il est dit dans un verset précédant cette sourate, ceux là sont ceux qui ont précédemment attaqué les musulmans : « Ne combattrez-vous pas des gens qui ont violé leurs serments et cherché à expulser le Prophète ? N’ont-ils pas attaqué les premiers ? En aurez-vous peur ? Alors que Dieu mérite plus qu’eux d’être redouté, si vous êtes croyants ? (Al-Tawbah, 9: 13) [41]. La 2ème sorte de jizyah est celle qu’on lève sur ceux qui n’ont pas combattu l’islam. Elle remplace la zakat (dont seuls s’acquittent les musulmans et qui est plus élevée que la jizyah). Elle procède d’un engagement sans contrainte. Omar Ibn Al-Kattab convint de l’appeler « geste de charité » (sadaqah). La jizyah est alors déposée dans le trésor public et distribuée aux citoyens y compris aux chrétiens, comme cela s’est fait durant le califat d’Omar [42].

11. Les Yazidis :

Vous avez combattus les Yazidis sous la bannière du jihad mais ils n’avaient attaqué ni vous ni les musulmans. Vous les avez considérez comme des possédés du démon et leur avez donné le choix de la mort ou de la conversion forcée à l’islam. Vous en avez tués des centaines et les avez enterrés dans des fosses communes. Vous avez fait mourir et souffrir des centaines d’autres. Sans l’intervention des Américains et des Kurdes, des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards auraient été tués. Ce sont là d’horribles crimes. Selon la législation de la Chari’a, ce sont desMages et le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) dit: « Traitez-les comme les gens du Livre [43]«. Oui, ce sont des gens du Livre car Dieu dit : « Le Jour de la Résurrection, Dieu distinguera les uns des autres : les croyants, les Juifs, les Sabéens, les Chrétiens, les Mages et les polythéistes. Dieu est témoin de tout. » (Al-Hajj, 22: 17). Même si vous doutez qu’ils soient des gens du Livre, selon la législation de la Chari’a, nombreux sont parmi les Vénérés Anciens à les assimiler à ces Mages dont il est fait mention dans les Hadiths. Les Umayyades considéraient même les Hindous et les Bouddhistes comme des dhimmis. Al-Qurtubi dit : «‘Al-Awza’I a dit: “La jizyah est levée sur ceux qui adorent les idoles et le feu, ainsi que sur les incroyants et les agnostiques.” C’est également la position des malékites. Selon l’Imam Malik, on prélevait la jizyah sur tous les adorateurs d’idoles et les incroyants, qu’ils soient arabes ou non … exception faite des apostats. [44]

12. L’esclavage :

Il n’est point de savants de l’islam qui mettent en cause que les visées de l’islam soient d’abolir l’esclavage. Dieu dit en effet : « Et comment savoir quelle est la barre à dépasser ? C’est racheter un captif, nourrir un proche en temps de famine » (Al-Balad, 90: 12-14) et encore: «… [Leur peine, ce sera] d’affranchir un esclave avant de cohabiter à nouveau…. » (Al-Mujadilah, 58: 3). La Sunna du Prophète rapporte qu’il libéra tous les esclaves hommes et femmes de sa maison ou qui lui avaient été remis [45]. Pendant plus d’un siècle, les musulmans, et pratiquement le monde entier se sont ligués pour interdire et criminaliser l’esclavage, ce qui fut un pas énorme dans l’histoire de l’humanité. Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) dit en parlant du ‘Pacte des Vertueux’ d’avant l’islam au temps de la Jahiliyyah : « Si on m’avait demandé de l’accomplir en islam, je l’aurai fait [46]. Après un siècle d’accord entre musulmans sur l’interdiction de l’esclavage, vous l’avez violé. Vous avez pris des femmes pour en faire vos concubines faisant ainsi renaître conflits, séditions (fitnah), corruption et obscénité sur la terre. You avez ressuscité ce que la Chari’a avait infatigablement travaillé à supprimer et qu’elle considère unanimement interdit depuis plus d’un siècle. Oui, tous les pays musulmans du monde ont signé des conventions antiesclavagistes. Dieu dit : « Tenez vos engagements car les hommes seront interrogés sur leurs engagements. » (Al-Isra’, 17: 34). Vous portez la responsabilité d’un grand crime ainsi que toutes les réactions qu’il peut imputer aux musulmans.

13. Coercition et Contrainte:

Dieu dit: « Tu n’es pas leur surveillant.» (Al-Ghashiyah, 88: 22), et encore: “Pas de contrainte en religion. La voie droite se distingue bien de l’erreur… » (Al-Baqarah, 2: 256). Et aussi : « Si ton Seigneur l’avait voulu, tous les habitants de la terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les hommes à être croyants, alors qu’il n’appartient à personne de croire ? » (Yunus, 10: 99). Et ceci: « Dis : ‘La Vérité émane de votre Seigneur. Que celui qui le veut croie donc et que celui qui le veut ne croie pas’. » (AlKahf, 18: 29) et enfin: « A vous votre religion, à moi, la mienne.» (Al-Kafirun, 109: 6). On sait que le verset : « Pas de contrainte en religion », fut révélé après la conquête de la Mecque, on ne peut donc pas dire qu’il a été abrogé. Vous avez forcé des gens à se convertir à l’islam tout comme vous avez forcé des musulmans à adopter vos vues. Vous avez également forcé ceux que vous avez pris sous votre contrôle à vous suivre en tous points, importants ou pas et même sur des sujets qui regardent chacun dans son rapport avec Dieu. A Al-Raqqa, Deir el-Zor et dans d’autres régions que vous contrôlez, des groupes armés qui se font appeler ‘al-hisbah’, font leurs rondes parmi les populations et mettent les gens aux travaux forcés comme s’ils avaient reçu un ordre de Dieu. Et pourtant pas un seul des Compagnons ne s’est comporté ainsi. Ceci n’a rien à voir avec encourager ce qui est bien et honnête et interdire le mal. Au contraire, c’est de la violence, du harcèlement et de l’intimidation gratuite et continue. Si Dieu avait voulu ça, il vous l’aurait indiqué dans les plus minutieux détails de Sa religion. Car Dieu dit : « N’ont-ils pas compris, les croyants, que s’Il le voulait, Dieu aurait pu diriger tous l’humanité ? … » (Al-Ra’d, 13: 31). Et ceci : « Si nous le voulions nous ferions descendre du ciel un Signe sur eux et leurs nuques ploieraient devant lui. (Al-Shu’ara’, 26: 4).


14. Les femmes :

Vous traitez tout simplement les femmes comme des détenues et des prisonnières. Vous les faites s’habiller selon vos caprices. Elles ne peuvent quitter leurs demeures, ni aller à l’école. Et pourtant le Prophète a dit : « Il est obligatoire pour tout musulman de développer ses connaissances [47]. D’ailleurs le premier mot révélé du Coran fut : « Lis ». Elles n’ont pas non plus le droit de travailler ni de gagner leur vie, de vaquer librement à leurs occupations. Elles sont forcées de marier vos combattants. Dieu dit : « Vous les hommes, craignez votre Dieu qui vous a créés d’un seul être et de celui-ci a créé son épouse et a fait naître de ce couple un grand nombre d’hommes et de femmes. Craignez Dieu dont vous revendiquez [vos droits] des uns sur les autres et vos relations. Dieu vous voit. » (Al-Nisa’, 4: 1).Et le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) : « Respectez les femmes [48]«

15. Les enfants:

Vous avez enrôlé des enfants dans la guerre et les avez poussés à tuer. Certains ont des armes dans les mains et d’autres jouent avec la tête de vos victimes. Vous envoyez des enfants au front pour tuer et se faire tuer. Dans vos écoles, des enfants sont torturés et forcés de faire tout ce que vous leur ordonnez, d’autres sont exécutés. Ce sont des crimes contre des innocents si jeunes qu’ils ne se rendent pas compte du mal qu’ils font. Dieu dit : « Pourquoi ne combattez-vous pas dans la voie de Dieu, pour les opprimés, les femmes et les enfants qui disent : ‘Seigneur, fais-nous sortir de ce pays dont les habitants sont injustes. Protège-nous. Porte-nous secours’. » (Al-Nisa’, 4: 75).

16. Les châtiments dits Hudud :

Les châtiments (hudud) sont fixés par le Coran et les hadiths et sont imposables sans rémission par la loi islamique. Mais on ne peut pas les appliquer sans qu’ils aient été clairement édictés, annoncés, rappelés et que la preuve fasse foi. Ils ne peuvent être pratiqués de manière cruelle. C’est ainsi que le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) évitait dans certains cas d’en arriver au hudud ; il est aussi notoire qu’Omar Ibn Al-Khattab a suspendu le hudud pendant la famine. Toutes les écoles de jurisprudence ont édicté pour les châtiments du hudud une manière bien définie empreinte de mansuétude qui les rend difficiles à mettre en pratique dans les faits. De plus, la suspicion et les doutes limitent le hudud au point que s’il y a un quelconque doute, on ne prononce pas le châtiment. D’ailleurs, ce châtiment n’est pas appliqué envers ceux qui sont dans le besoin, démunis ou destitués. On ne pratique pas le hudud envers ceux qui ont volé des fruits ou des légumes ou une somme modique. Vous vous êtes hâtés de remettre en valeur le hudud alors qu’en réalité la ferveur religieuse fait de la pratique du hudud quelque chose de difficile à réaliser avec un maximum de preuve.

17. La torture:

Des prisonniers et certains de ceux que vous contrôliez ont dit que vous les torturiez et les terrorisiez en les battant jusqu’à la mort et par d’autres formes de torture dont l’ensevelissement vivant. Vous avez décapité des gens au couteau, une des formes les plus cruelles de torture, ce qui est interdit par la loi islamique (Chari’a). Dans les massacres de masse que vous avez perpétrés – interdits par la loi islamique – vos combattants se moquaient de leurs victimes, bêlant devant eux pour leur dire qu’ils seraient tués comme des moutons avant de les achever comme des bêtes. Vos combattants ne se contentent pas de tuer, ils humilient, rabaissent et ridiculisent. Dieu dit : « Ô vous les croyants, ne laissez personne se moquer des autres : ils pourraient être meilleurs qu’eux… » (Al-Hujurat, 49: 11).

18. La mutilation:

Non seulement vous avez mutilé des corps, mais vous avez planté des têtes décapitées sur des piques et des bâtons. Vous avez shooté dans des têtes comme avec des ballons et vous avez diffusé ces images sur vidéos pendant la Coupe du Monde – un sport admis par l’islam et qui permet aux gens de se détendre et d’oublier leurs problèmes. Vous avez ri devant des cadavres et des têtes coupées et posté ces vues sur internet depuis des bases militaires que vous occupez en Syrie. Avec vos vidéos d’actes infâmes que vous prétendez être au profit de l’islam, vous avez ainsi procuré une provision d’armes à ceux qui veulent faire de l’islam un barbare. Vous avez donné au monde un bâton pour battre l’islam alors qu’en réalité l’islam est absolument innocent de ces actes et il les proscrit.

19. Faire de Dieu un criminel par humilité:

Après avoir attaché des soldats de la 17e division du Nordest de la Syrie à des barbelés, vous leur avez coupé la tête au couteau et posté le tout sur internet. Dans la vidéo, vous déclarez : « Nous sommes vos frères, les soldats de l’État islamique. Dieu nous a gratifiés de la victoire en gagnant contre la 17e division une victoire grâce à Dieu. Notre recours est en Dieu, notre force et notre pouvoir. Notre recours est en Dieu par nos armes et notre bravoure ». Vous avez donc attribué à Dieu ces crimes haineux et vous feignez une humble soumission à Dieu en disant que c’est lui qui a œuvré et pas vous. Mais Dieu dit : « Quand ils commettent l’abominable, ils disent : ‘Nous avons vu nos pères en faire autant et Dieu nous l’a ordonné’. Dis : ‘Dieu n’ordonne pas l’abomination. Dites-vous de Dieu ce que vous ne savez pas ? » (Al-A’raf, 7: 28).

20. Destruction des tombes et des sanctuaires des Prophètes et des Compagnons :

Vous avez fait sauter et détruit les tombeaux des Prophètes et des Compagnons. Les savants musulmans ne sont pas tous d’accord sur la question des tombes. Mais il n’est pas permis de détruire les tombeaux des Prophètes et des Compagnons et de déterrer leurs restes. Tout comme il est interdit de détruire des raisins sous prétexte que des gens en font du vin. Dieu dit : « … Ceux dont l’avis prévalut, dirent : ‘Elevons un sanctuaire au-dessus d’eux.’ » (Al-Kahf, 18: 21). Et encore : « Prenez la station d’Abraham comme lieu de prière… » (Al-Kahf, 18: 21). Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) dit : « Je vous avais d’abord interdit de visiter les tombes. Permission a été accordée à Mohammed de visiter celle de sa mère, alors, visitez-les, car elles vous rappellent la mort et l’au-delà. » [49] La visite des tombes aide les gens à se rappeler la mort et l’au-delà. Dieu dit dans le Coran : « La rivalité [du monde] vous distrait jusqu’à ce que vous visitiez les tombes. » (Al-Takathur, 102: 1-2). Votre ancien chef, Abu Omar Al-Baghdadi disait: “A notre avis, il faut détruire et ôter de la terre toute manifestation de chirk (idolâtrie) et interdire tous les chemins qui y conduisent parce qu’on raconte de Muslim dans son Sahih sur l’autorité de Abu Al-Hayaj Al-Asadi, qu’‘Ali ibn Abi Talib a dit : ‘Ne devrais-je pas vous dire ce que le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) m’a mandaté de faire : n’épargner aucune statue qui ne soit anéantie ni aucune tombe qui ne soit rasée.’ ». Mais même si ce qu’il a dit est vrai, cela ne s’applique pas aux tombeaux des prophètes ou des compagnons, vu que les Compagnons se mirent d’accord pour enterrer le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  et ses deux compagnons, Abu Bakr et Omar dans un édifice contigu à la mosquée du Prophète.

21. Rébellion contre un dirigeant :

Il n’est pas permis de se rebeller contre le dirigeant quand il n’est pas avéré qu’il soit coupable d’incroyance déclarée (al-kufr al-bawwah), c’est-à-dire d’incroyance qu’il admet lui-même ouvertement et pour laquelle tous les musulmans s’accordent à voir en lui un non-musulman –ou quelqu’un qui s’oppose au rite de la prière. C’est clair dans la parole de Dieu : « Ô vous qui croyez, obéissez à Dieu, obéissez au Prophète et à ceux qui ont autorité sur vous » (Al-Nisa’, 4: 59). Et le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  dit : « Ecoutez et obéissez même si un Abyssinien à la tête comme un raisin sec a autorité sur vous [50] ». Il dit encore : « Les meilleurs gouverneurs sont ceux que vous aimez et qui vous aiment, qui invoquent les bénédictions de Dieu sur vous et sur lesquels vous invoquez les bénédictions. Les pires sont ceux que vous haïssez et qui vous haïssent et que vous maudissez comme ils vous maudissent. Ceux qui étaient présents lui demandèrent : ‘Ne devrions-nous pas les pourfendre par l’épée ? – Non, dit-il, tant qu’ils préservent la prière chez vous. Mais si vous trouvez chez eux des choses à leur reprocher, exécrer leur administration, mais ne cessez pas de leur obéir. [51]. Quant au gouverneur réprouvé ou corrompu, il revient à ceux qui ont la possiblitié de voter, de mettre à sa place un calife issu de la Ummah (nation) (ahl al-hall wal-‘aqd) – si possible – sans sédition, ni révolte armée ni effusion de sang. Mais, il ne s’est pas rebellé. Il est interdit de se soulever contre un dirigeant même s’il n’applique pas la Chari’a, ou une partie, car Dieu dit : « Les incroyants sont ceux qui ne jugent pas les hommes d’après ce que Dieu a révélé. » (Al-Ma’idah, 5: 44). Et encore : « Les injustes sont ceux qui ne jugent pas les hommes d’après ce que Dieu a révélé ». (Al-Ma’idah, 5: 45). Et ceci: « Les pervers sont ceux qui ne jugent pas les hommes d’après ce que Dieu a révélé. » (Al-Ma’idah, 5: 47). Il y a donc trois niveaux parmi les gens qui ne mettent pas en pratique la Chari’a: l’incroyance (kufr), la méchanceté (fusuq) et la cruauté (dhulm). Quiconque met un obstacle ferme à la pratique de la Chari’a dans un pays musulman est un incroyant, mais celui qui ne met pas tout en pratique de la Chari’a ou simplement ce qui est le plus important est simplement un malhonnête ou un malicieux. Dans certains pays, la mise en pratique de la Chari’a est limitée pour une question de souveraineté dont dépend la sécurité nationale et on peut l’admettre. En résumé, Ibn Abbas [52] dit que quiconque ne met pas en pratique la Chari’a est un malhonnête malicieux, mais il ne peut être taxé d’incroyant. On ne doit donc pas se rebeller contre lui. Ibn Abbas a dit que régner autrement qu’avec les commandements de Dieu est ‘une incroyance d’incroyance’. Il dit encore : « Ils ne veulent pas dire incroyance ; ce n’est pas une incroyance qui vous sort de la religion. »

22. Le Califat :

On s’accorde (ittifaq) parmi les savants de l’islam sur le fait que le califat est une obligation au sein de l’Ummah. Celle-ci n’en a plus depuis 1924. Mais pour nommer un nouveau califat il faut le consensus des musulmans et pas simplement d’une faction dans un petit coin du monde. Omar Ibn, AlKattab dit : « Quiconque prête allégeance à un homme sans consulter les musulmans se ridiculise lui-même et on ne devra suivre ni lui ni celui à qui il prête allégeance, car ils ont mis leur vie en péril [53]. Proclamer un califat sans consensus est une insurrection (fitnah) parce qu’elle met la majorité des musulmans qui ne l’approuve pas hors du califat. Cela va également conduire à l’émergence d’autres califats rivaux qui risquent de semer soulèvements et querelles parmi les musulmans. Les débuts d’une discorde ont commencé à pointer quand les imams sunnites de Mossoul ont refusé de vous prêter allégeance et que vous les avez tués. Dans votre discours, vous citez le Compagnon d’Abu Bakr Al-Siddiq : « On m’a donné autorité sur vous et je ne suis pas le meilleur d’entre vous. » Ceci pose une question : qui vous a donné autorité sur la Ummah ? Quel est ce groupe ? Et si c’est le cas, ce serait un groupe de quelques milliers qui se serait autoproclamé gouverneur de plus d’un milliard et demi de musulmans. Cette attitude tient du cercle vicieux déclarant : le fait d’être musulmans nous permet de décider qui est le calife. Nous en avons choisi un et quiconque le refuse n’est pas musulman. » Dans ce cas, un calife n’est rien de plus que le leader d’un groupe qui déclare que plus de 99% de musulmans ne sont pas musulmans. D’autre part, si vous reconnaissez le milliard et demi de personnes qui se considèrent musulmans, comment ne pas les consulter (chura) sur votre soi-disant califat ? Vous êtes donc confrontés à deux conclusions : soit vous admettez qu’ils sont musulmans et ils ne vous ont pas nommé calife – auquel cas vous ne l’êtes pas, soit vous ne les reconnaissez pas musulmans, auquel cas les musulmans sont un petit groupe qui n’ont pas besoin de calife, alors pourquoi utiliser le terme de ‘calife’ ? Pour être vrai, le califat doit être issu du consensus des pays musulmans, des organisations de savants musulmans et des musulmans du monde entier.

23. Des filiations nationales :

Dans un de vos discours, vous dites: « La Syrie n’appartient pas aux Syriens ni l’Iraq aux Iraquiens [54]. Dans le même discours, vous appelez les musulmans du monde entier à immigrer dans les pays sous contrôle de l’« État islamique » de l’Iraq et du Levant. En faisant cela, vous vous octroyez les droits et les ressources de ces pays et vous les distribuez à des populations étrangères à ces terres, même si elles sont de la même religion. C’est exactement ce qu’Israël a fait en invitant les Juifs de l’extérieur à s’installer en Palestine, chassant les Palestiniens et les privant de leurs droits et de leurs terres. Où est la justice dans tout cela ? Il reste que le patriotisme et l’amour de son pays ne sont pas en contradiction avec l’enseignement de l’islam. Bien au contraire, l’amour de son pays coule de notre foi qui est instinctive et guidée par la Sunnah. Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) a dit à la Mecque: « Comme mon pays m’est cher et combien vous l’êtes pour moi ! Si mon peuple ne m’avait pas forcé à partir, je ne serais pas parti vivre ailleurs [55]«. On retrouve de nombreuses marques de patriotisme et d’amour du pays dans le Coran et dans la Sunnah : « Si nous leur avions prescrit : ‘Entretuez-vous ou quittez vos maisons, ils ne l’auraient pas fait, excepté un petit nombre. » (Al-Nisa’, 4: 66). Le commentaire de Fakhr Al-Din Al-Razi dit: « Quitter sa terre revient à se donner la mort [56]«. Et, sous l’autorité d’Anas Ibn Malik, de retour à Médine et en voyant les murs de la ville, le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) aurait hâté le pas de sa chamelle. Arpentant une côte, il l’aurait gravie de tout son amour [pour Médine] [57]. Ibn Hajar dit: « Ce hadith prouve à la fois que Médine a de la valeur et qu’il est tout à fait légal d’aimer sa patrie et de languir de la revoir [58].

24. L’émigration :

Vous avez invité les musulmans du monde entier à émigrer dans les pays contrôlé par  l’« État islamique » en Iraq et au Levant [59]. Abu Muslim Al-Canadi, soldat de  l’« État islamique » a déclaré : « Venez nous rejoindre [en Syrie] avant qu’on en ferme les portes. [60] Il suffit de reprendre les mots du Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) : « Il n’y a plus d’émigration après la conquête [de la Mecque], mais le jihad et [son] intention demeure. Et quand tu seras appelé à combattre, marche en avant [61]. » Conclusion En conclusion, Dieu s’est présenté comme « le plus miséricordieux des miséricordieux ». Il créa l’homme de sa bonté. Dieu dit dans le Coran : « Le Miséricordieux a fait connaître le Coran. Il a créé l’homme. » (AlRahman, 55: 1-3). Et Dieu créa l’homme par sa Bonté: « Si ton Seigneur l’avait voulu, il aurait rassemblé tous les hommes en une seule communauté. Mais ils ne cessent pas de se diviser, excepté ceux auxquels ton Seigneur a fait miséricorde et c’est pour cela qu’il les a créés. (Hud, 11: 118-119). Du point de vue linguistique, « cela » ici se rapporte au nom le plus proche, c’est-à-dire à la « miséricorde » et non pas au fait de « se diviser ». C’est l’opinion d’Ibn Abbas qui dit: « Il les créa de sa bonté [62]. » La voie la plus sûre d’atteindre cette bonté c’est d’adorer Dieu qui dit : « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils m’adorent ». (Al-Dhariyat, 51: 56). Adorer Dieu n’est pas une faveur que l’on obtient de Dieu mais bien plutôt une nourriture qu’il nous prodigue. « Je n’attends aucun don de leur part. Je ne désire pas qu’ils me nourrissent. C’est Dieu le dispensateur de tous biens et le Maître de la force. ». (Al-Dhariyat, 51: 57-58). De plus, Dieu a révélé le Coran dans un effet de sa bonté: “Nous faisons descendre avec le Coran ce qui est guérison et miséricorde pour les croyants… ». (Al-Isra’, 17: 82). L’islam est miséricorde et ses valeurs sont pleines de clémence. Le prophète, qui fut envoyé en signe de miséricorde pour tous les mondes a résumé les actions d’un musulman envers les autres par ces mots : « Celui qui ne manifeste aucune pitié, n’en recevra aucune [63] ». Et : « Montrez de la pitié et il vous sera fait miséricorde [64]. » Mais, comme on a pu le constater à travers tout ce qui a été mentionné, vous avez fait faussement de l’islam une religion de la dureté, de la brutalité, de la torture et du meurtre. Comme nous l’avons démontré, c’est là une énorme faute et une offense envers l’islam, envers les musulmans et envers le monde entier. Revenez sur vos actes, cessez vos exactions, repentez-vous, arrêtez de faire du mal aux autres et revenez à la religion de la miséricorde. Dieu dit dans le Coran: « Dis ‘Ô mes serviteurs, vous qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu. Dieu pardonne tous les péchés. Oui, il est celui qui pardonne, le miséricordieux !’ » (Al-Zumar, 39: 53). Et Dieu est Le plus savant.

Le 24 du Dhu el Qi’da, année de l’Hégire / Le 19 septembre 2014 de l’ère chrétienne.

Les déclarations d’Ali bin Abi Talib (c.)

Nu’aym ibn Hammad rapporte dans Al-Fitan, que le 4e calife, Ali ibn Abi Talib a dit: Quand vous verrez les drapeaux noirs, restez où vous êtes, ne bougez ni les mains ni les pieds. Puis, apparaîtra un groupe médiocre et insignifiant. Leur cœur ressemblera à des fragments de fer. Ils possèderont l’état. Ils ne passeront ni engagement ni accord. Ils en appelleront à la vérité, mais ils ne seront pas le peuple de la vérité. Leurs noms seront ceux attribués par leurs parents et leurs noms de code seront dérivés des villes. Ils laisseront leurs cheveux libres au vent comme ceux des femmes. Cette situation durera jusqu’à ce qu’ils se divisent. Puis, Dieu apportera la Vérité à qui Il veut [65]. Les gens demandent : ce récit par Ali bin Abi Talib (c.) rapporté par le maître d’Al-Bukhari (Nu’aym bin Hamad) il y a plus 1200 ans dans son livre Al-Fitan, se rapporte-t-il à  l’« État islamique » ? Peut-on comprendre ce récit comme suit ? « Quand vous verrez les drapeaux noirs ». Les drapeaux de  l’« État islamique » sont noirs. « Restez où vous êtes » : c’est-à-dire: restez chez vous, ô musulmans et ne les rejoignez pas. « Et ne bougez ni les mains ni les pieds «, autrement dit: ne les aidez pas financièrement ni avec de l’équipement. « Puis, apparaîtra un groupe médiocre et insignifiant » : en fait, médiocre et insignifiant s’entend de leur religion, de leur moralité et de leur pratique religieuse. « Leur cœur ressemblera à des fragments de fer » : ils vont tuer impitoyablement des prisonniers de guerre et torturer cruellement des gens. « Ils possèderont l’état » : en fait il y a près d’un siècle qu’aucun autre califat islamique n’a été proclamé que cet actuel « État islamique » en Iraq et au Levant. « Ils ne passeront ni engagement ni accord. » : l’« État islamique » n’a passé aucun accord avec la tribu Cha’État après que celle-ci leur ait prêté allégeance. En fait, l‘« État islamique » en a égorgé des centaines ainsi que des journalistes. « Ils en appelleront à la vérité » : l‘« État islamique » se revendique de l’islam. « Mais ils ne seront pas le peuple de la vérité. » Les gens de la vérité sont cléments. Le Prophète Mohammed (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui)  a dit: « Montrez de la pitié et il vous sera fait miséricorde ». « Leurs noms seront ceux attribués par leurs parents » : ‘ Ainsi, Abu Muthanna’, ‘Abu Muhammad’, ‘Abu Muslim’ etc.… « Et leurs noms de code seront dérivés des villes ». Ainsi: ‘Al-Baghdadi’, ‘al-Zarqawi’, ‘al-Tunisi’, etc.… « Ils laisseront leurs cheveux libres au vent comme ceux des femmes ». C’est justement ainsi que les combattants de l’« État islamique portent leur cheveux. « Jusqu’à ce qu’ils se divisent «, ainsi en est-il des différences entre l’« État islamique et son parent, le Front el-Nusra (el-Qaïda en Syrie). La lutte entre ces deux a déjà fait environ 10.000 morts en une seule année. « Puis, Dieu apportera la Vérité à qui Il veut ». Par une proclamation musulmane claire et sans équivoque (comme cette lettre ouverte). Le sage Luqman dit dans le Coran : « Ô mon fils. Même si c’était l’équivalent du poids d’un grain de moutarde et que cela fût caché dans un rocher ou dans les cieux, ou sur la terre, Dieu le présentera en pleine lumière. Dieu est subtil et bien informé. » (Luqman, 31: 16)

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NOTES

 

[1] Rapporté par Muslim in Kitab al-Iman, no. 55

[2] Publié par Sawarim Media sur YouTube (3 avr.14)

[3] Ibn Taymiyyah dit in Majmu’ Al-Fatawa (Vol. 28, p. 270), ‘The Prophet dit, “J’ai été envoyé avec l’épée

comme signe de la Dernière Heure pour que nul ne soit honoré sinon Dieu seul, sans associé. J’en appelle à

la force de mon épée. Honte, humiliation adviendront à ceux qui désobéissent à mes enseignements. Et

quiconque imite les gens en fera partie.” Ahmad fait part de ce hadith dans son Musnad [Vol. 2, p.50] sous

l’autorité de Ibn Umar et Bukhari le cite’. La chaîne des narrateurs de ce hadith est cependant faible.

[4] Rapporté par Bukhari in Kitab al-Tawhid, n° 7422 et par Muslim in Kitab al-Tawbah, n° 2751.

[5] Ibn Taymiyyah dit in Majmu’ Al-Fatawa (Vol. 13, p. 341), ‘La tautologie dans la langue [arabe] est rare et encore plus dans le Coran sinon inexistante.’ Al-Raghib Al-Asfahani dit in Mufradat Al-Qur’an (p. 55), ‘Ce livre a été suivi …d’un autre qui nous informe sur l’usage des synonymes et sur leurs subtiles différences. En cela, le caractère unique de chaque expression nous permet de la distinguer de ses synonymes.’

[6] Tafsir Al-Tabari (Vol. 9, p. 28).

[7] Rapporté par Al-Tirmidhi in Tafsir Al-Qur’an, n° 2950.

[8] Rapporté par Bukhari in Kitab al-Hudud, n° 6786 et by Muslim in Kitab al-Fada’il, n° 2327.

[9] Rapporté par Abu Dawood in Kitab Al-Adab, n° 4904.

[10] Rapporté par Al-Bukhari in Kitab al-Adab, n° 6030.

[11] Al-Ghazali, Al-Mustasfa fi Usul Al-Fiqh, (Vol. 1, p. 420).

[12] Ibn Qayyim Al-Jawziyyah, I’lam Al-Muqi’een ‘an Rabbil-‘Alamin, (Vol. 4, p. 157).

[13] Le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) n’a pas tué les hypocrites qui n’étaient pas d’accord avec lui, il n’a pas non plus permis qu’ils soient tués. En effet, le Prophète (Paix et Bénédictions de Dieu soient sur Lui) dit: ‘Afin qu’on ne dise pas que Mohammed a tué ses compagnons.’ Rapporté par Bukhari in Kitab Tafsir al-Qur’an, n° 4907, et par Muslim in Kitab alBirr wal-Silah, n° 2584.

[14] Rapporté par Imam Ahmad in his Musnad, (Vol. 6, p. 306).

[15] Rapporté par Al-Bukhari in Kitab al-Jihad, n° 3004.

[16] Rapporté par Al-Bayhaqi in Kitab al-Zuhd, (Vol. 2, p. 165), et par Al-Khatib Al-Baghdadi in Tarikh Baghdad, (Vol. 3, p. 523).

[17] Rapporté par l’Imam Malik in Al-Muwatta’ ; Kitab al-Nida’ Lissalah, n° 490 et aussi par Al-Tirmidhi in

Kitab alDa’awat et Ibn Majah in Kitab al-Adab, n°3790, et corrigé par Al-Hakim in Al-Mustadrak (Vol. 1, p. 673).

[18] Rapporté par Al-Bukhari in Kitab al-Tawhid, n° 7458 et par Muslim in Kitab al-Imarah, n° 904.

[19] Rapporté par Muslim in Kitab Al-Imarah, n° 1905.

[20] Cf. Ahkam al-Harb fil-Islam de Wahbi Al-Zuhayli.

[21] Rapporté par Al-Bukhari in Kitab al-Jihad, n° 2946.

[22] Rapporté par Bukhari in Sahih, Kitab al-Jihad, n° 3053, et par Muslim in Kitab al-Wasiyyah, n° 1637.

[23] Rapporté par Muslim in Kitab al-Jihad, n° 1731 et par Al-Tirmidhi in Kitab al-Diyyat, n° 1408.

[24] Rapporté par Ibn Abi Shayba in Al-Musannaf (Vol. 6, p. 498).

[25] Les diacres étaient des prêtres armés combattants.

[26] Rapporté par Al-Bayhaqi in Al-Sunan Al-Kubra, (Vol. 9, p. 90) et par Al-Marwazi in Musnad Abi Bakr, n°21.

[27] Rapporté par Ibn Abdullah in Al-Isti’ab (Vol. 2, p. 812) et par Al-Qurtubi dans son commentaire (Vol. 9,

p. 129): ‘Qatada dit: “Dieu a ordonné que les prisonniers soient bien traités.”’

[28] Rapporté par Al-Bayhaqi in Al-Sunan Al-Kubra, (Vol. 9, p. 118) ; Fayd Al-Qadeer Sharh al-Jami’ alSagheer, (Vol. 5, p. 71).

[29] Rapporté par Muslim in Kitab al-Jihad, n° 1745.

[30] Rapporté par Al-Bukhari in Kitab al-Maghazi, n° 4403 et par Muslim in Kitab al-Iman, n° 66.

[31] Rapporté par Al-Bukhari in Kitab al-Jihad, n° 2946.

[32] Tel que relaté in Al-Hafiz Al-Haythami’s Majma’ Al-Zawa’id, (Vol. 1, p. 106).

[33] Rapporté par Al-Bukhari in Kitab al-Jihad, n° 6104. [34] Rapporté par Ibn Habban in his Sahih, (Vol. 1, p. 282).

[35] Rapporté par Muslim in Kitab al-Iman, n° 96. Un autre récit rapporte: ‘“L’as-tu tué après qu’il ait dit: ‘il n’y a d’autre dieu que Dieu’. Je lui dis alors: “ Il essayait de sauver sa vie”. [The Prophet] continua à poser la question …” Rapporté par Al-Bukhari in Kitab al-Maghazi, n° 4369.

[36] Vidéo sur YouTube, http: //www.youtube.com/watch?v=9yrVPE_-f9I , Juin, 2014.

[37] Rapporté par Al-Bukhari in Kitab Bad’ al-Wahy, n °1 ; et aussi par Muslim in Kitab al-Imarah, n°1907.

[38] Siyar A’lam Al-Nubala’ de Al-Dhahabi, (Vol. 11, p. 393).

[39] Rapporté par Ibn Majah, Kitab al-Zuhd, n° 4204.

[40] Rapporté par Muslim in Kitab Sifat al-Qiyamah wal-Jannah wal-Nar, n° 2812.

[41] Al-Tabari dit dans son commentaire (Vol. 6, p. 157): ‘Dans la parole de Dieu: “combattez ceux qui ne croient pas en Dieu ni au Jour dernier …” n’est pas liée la question du pardon et de l’amnistie … S’ils sont d’accord d’être soumis et de payer la jizyah après la guerre, on peut ordonner de pardonner les complots et serments fomentés pour autant qu’ils ne mènent plus la guerre, sans payer la jizyah ou qu’ils refusent de suivre les lois qui s’y réfèrent.

[42] Des juristes décrétèrent la suppression de la jizyah pour ceux qui rejoindraient l’armée musulmane, comme ce fut le cas au temps d’Omar bin Al-Khattab.

[43] Rapporté par Al-Imam Malik in al-Muwatta’, in Kitab al-Zakat, n° 617, and by Al-Shafi’i in his Musnad,

n°1008.

[44] Commentaires d’Al-Qurtubi, (Vol. 8, p. 110).

[45] Cf. Al-Bidayah wal-Nihayah d’Ibn Kathir (Vol. 5, p. 284) dans lequel il dit: ‘Le Prophète a libéré les esclaves hommes et femmes …et après la mort du Prophète, on n’en comptait plus chez lui.’

[46] Ma’rifat as-Sunan wa Al-Athar, Bayhaqi (Vol. 11, p. 135) ; As-Sunan Al-Kubra, Bayhaqi (Vol. 6, p. 596) ; Sirah Ibn Hisham (Vol. 1, p. 266).

[47] Rapporté par Ibn Majah, n° 224 et par Al-Tabarani in al-Mu’jam al-Kabir (10/195).

[48] Rapporté par Al-Bukhari in Kitab al-Nikah, n°5186 ; et par Muslim in Kitab al-Rida’, n°1468.

[49] Rapporté par Muslim dans son Sahih, n° 977, et par Al-Tirmidhi, n°1054 et d’autres.

[50] Rapporté par Al-Bukhari in Ktab al-Adhan, n° 693.

[51] Rapporté par Muslim in Kitab al-Imarah, n° 1855.

[52] Rapporté par Al-Hakim in Al-Mustadrak ‘ala as-Sahihayn, (Vol. 2, p. 342).

[53] Rapporté par Al-Bukhari in Kitab al-Hudud, n°6830.

[54] BBC news online, 1er Juillet 2014.

[55] Rapporté par Al-Tirmidhi in Kitab al-Manaqib, n°3926 et in Sahih Ibn Hibban (Vol. 9, p. 23).

[56] Mafatih Al-Ghayb, Al-Razi (Vol. 15, p. 515) exégèse d’Al-Anfal, 8: 75.

[57] Rapporté par Al-Bukhari in Kitab al-Hajj, n°1886.

[58] Fath Al-Bari, Ibn Hajar (Vol. 3, p. 621).

[59] BBC news online, on 1st July 2014.

[60] Il est apparu sur une vidéo de propagande diffusée par Hayat Media Center, en août, 2014.

[61] Rapporté par Al-Bukhari in Kitab al-Jihad, n° 2783.

[62] Cf. Mafatih Al-Ghayb, Al-Razi (Vol. 18, p. 412).

[63] Rapporté par Bukhari in Kitab al-Adab, n°5997, et par Musim in Kitab al-Fada’il, n°2318.

[64] Rapporté par Ahmad dans son Musnad (Vol. 2, p. 160).

[65] Rapporté par Nu’aym ibn Hammad in Kitab Al-Fitan, Hadith n°573.

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Sources :

http://www.philomag.com/lepoque/breves/la-riposte-des-oulemas-contre-les-fanatiques-islamistes-11036 
 
et
http://www.lettertobaghdadi.com/
et la traduction française ici:
http://www.lettertobaghdadi.com/wp-content/uploads/2014/11/french.pdf

 

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