L'homélie du dimanche (prochain)

  • Accueil
  • > Recherche : pierre ricochet

10 janvier 2021

La relation maître-disciple

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La relation maître-disciple

Homélie pour le 2° dimanche du Temps Ordinaire / Année B
17/01/2021

Cf. également :

Alors Clarice, les agneaux se sont tus ?
Révéler le mystère de l’autre
Quel Éli élirez-vous ?
Pour une vie inspirée
Libres ricochets…
L’agneau mystique de Van Eyck

Apophtegme, apophtegme…

La relation maître-disciple dans Communauté spirituelle 81RLnwEvG1LUn jour, des anciens viennent voir Abba Antoine. Abba Joseph est avec eux. Abba Antoine veut les mettre à l’épreuve. Alors il leur donne une parole de la Bible. Abba Antoine interroge d’abord les plus jeunes. Il leur demande : « Que veut dire cette parole ?  » Chacun explique le mieux possible. Mais Abba Antoine dit à chacun : « Non, tu n’as pas trouvé ». Abba Joseph est le dernier qui doit répondre ; l’ancien lui dit : « Et toi, Abba Joseph, comment expliques-tu cette parole de la Bible ?  » Il répond : « Je ne sais pas ». Alors Abba Antoine dit : « Vraiment, Abba Joseph a trouvé le vrai chemin. En effet, il a dit : « Je ne sais pas ».

De telles anecdotes fourmillent par centaines dans l’histoire des premiers siècles. On appelle apophtegmes (du grec ancien ἀπόφθεγμα / apóphthegma : précepte, sentence) ces paroles étonnantes, souvent paradoxales, par lesquelles les Pères du désert délivraient un enseignement spirituel inoubliable. Ici, c’est la confession de non-savoir qui est louée par Abba Antoine : celui qui sait ignorer s’est ouvert au progrès spirituel, mieux que ceux qui prétendent déjà savoir. Le peuple était friand de ces apophtegmes : il courait au désert entendre les maîtres spirituels qui avaient fui la mondanité du christianisme urbain de l’époque. Il se mettait à leur école. Il demeurait des heures, des jours, des mois en leur compagnie au désert pour avancer grâce à eux sur le chemin de la sainteté intérieure.

Cette relation maître-disciple est constitutive du christianisme comme du judaïsme. Le Talmud déclare explicitement : « quiconque apprend par lui-même n’est pas comparable à qui reçoit l’enseignement d’un maître«  (Traité des Pères).   

Impossible de grandir sans s’appuyer sur plus grand que soi.
Jésus a tout de suite été perçu comme un rabbi à nul autre pareil. L’évangile de ce dimanche en témoigne (Jn 1, 35-42) : 

« En ce temps-là, Jean le Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. » Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus. Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. »

Est rabbi celui que des disciples appellent ainsi, car nul ne s’autoproclame maître. Est  disciple celui qui s’attache à son maître pour apprendre de lui par ses gestes, sa vie et ses paroles. La relation qui existe entre les deux – aujourd’hui encore – est empreinte de respect mutuel, de pédagogie, avec des responsabilités asymétriques : nourrir le disciple d’un côté, suivre le maître de l’autre. Certes, Jésus conseillera de ne pas abuser de ce titre comme de tant d’autres : « Ne vous faites pas appeler ‘rabbi’, car un seul est votre maître, et vous êtes tous frères » (Mt 23, 9). Jésus veut dire par là que le Maître ne doit pas s’enorgueillir de sa fonction comme les pharisiens le font, il doit en quelque sorte l’oublier en se comportant comme un serviteur; mais même en ce cas, sa fonction n’en est pas moins réelle. Du point de vue du disciple, cette même vertu d’humilité l’amène à vénérer le maître, pratiquement malgré les résistances de ce dernier.

 

Passer du « quoi ? » au « où ? »

41HOokTixBL._SX322_BO1,204,203,200_ apophtegme dans Communauté spirituelleUn indice de cette quête spirituelle dans notre texte d’évangile est la réponse de Jean et André. Jésus leur demande : que cherchez-vous ? Avec finesse, ils ne décrivent pas un objet à acquérir (le savoir, la sagesse, le bonheur). Ils répondent par une autre question : où demeures-tu ? Ils deviennent ainsi disciples par le fait de passer du « quoi ? » au « où ? ». Ce qu’ils désirent n’est pas l’acquisition de quelque chose, ni même l’imitation de ce qu’il faudrait faire, mais la possibilité de demeurer avec Jésus, d’habiter son lieu.

Marie-Madeleine fera le même passage le matin de Pâques (Jn 20). Lorsqu’on lui demande : « que cherches-tu ? », elle ne répond pas : « le corps de mon ami » mais : « où l’avez-vous mis ? »

Dans les deux cas, le lieu où est Jésus est un non-lieu. Jean, André et Pierre vont découvrir qu’il n’a pas une pierre où reposer sa tête. Ils accepteront de tout quitter pour être avec lui sur les chemins de Palestine et de Judée. Jésus habite donc un non-lieu qui est l’itinérance. Pour devenir ses disciples, André, Jean et Pierre accepteront d’habiter ce non-lieu, découvrant que le fait d’être en mouvement est plus important que d’acquérir un savoir figé. Au matin de Pâques, le non-lieu de Jésus est le monde de la résurrection : Marie-Madeleine quitte le tombeau pour revenir vers l’Église et devenir ainsi disciple du Ressuscité plus que l’amie du mort.

Dans les deux cas, passer du « quoi ? » au « où ? » marque la condition du disciple qui suit son maître. En termes contemporains, on dirait aujourd’hui qu’il passe du savoir à l’être-avec, du savoir-faire au savoir-être.

 

Mais quels sont vos maîtres ?

51F-AGKZVoL discipleSuivre un maître, devenir disciple d’un rabbi est alors un cheminement dont les Évangiles retracent quelques étapes : l’admiration, l’étonnement, l’incompréhension, la fidélité, l’infidélité, le courage, la lâcheté, l’envie d’imiter qui se transforme en responsabilité d’innover etc. Retenons pour l’instant le moment initial au bord du Jourdain, avec Jean-Baptiste qui désigne l’Agneau de Dieu pour que d’autres le suivent.

La transposition à notre propre cheminement est facile à faire : quels maîtres avez-vous choisi dans votre vie ? (professionnelle, amicale, familiale…) ? Qui vous les a désignés ? Avez-vous cherché ils demeurent ? Vous êtes-vous contentés d’acquérir quelques connaissances suffisantes pour réussir plus ou moins ?

Demandez autour de vous, au travail notamment : il n’est pas rare qu’un collègue puisse citer quelqu’un qui l’a fortement impressionné et influencé dans sa carrière et son évolution professionnelle.

nimaitre maîtreDepuis 1968 environ, notre époque n’aime pas les maîtres, les rabbis. « Ni dieu ni maître » : ce slogan sur les murs de Paris a fait croire des générations qu’il vaudrait mieux se débarrasser des modèles, aliénants, encombrants, paternalistes, étouffants. Des pédagogies nouvelles ont parié sur ce que chacun porte en lui plus que ce sur ce que d’autres pourraient lui apporter. La soif d’égalité a déboulonné les statues (et c’était parfois bien utile !). On ne parle plus de maîtres, mais d’éducateurs. Plus de cours magistraux, mais des ateliers participatifs où chacun est censé apprendre par lui-même. Les livres ne sont plus les relais entre générations, avantageusement remplacés par les réseaux sociaux où l’autorité se compte en like et en followers. Le père spirituel cède la place au coach, au développement personnel où chacun est censé être son propre maître.

Dans la droite ligne des rabbis juifs, l’Église a pourtant inventé pour chaque siècle les maîtres qui convenaient pour servir le peuple : les Pères du désert (en Égypte à partir du III° siècle), puis les Pères de l’Église (Augustin, Jean Chrysostome, Grégoire de Nysse…). Au Moyen Âge, les saints et saintes innombrables ont pris le relais, sources d’inspiration pour des multitudes de chrétiens. Les mystiques ont ensuite incarné des écoles spirituelles toujours vivantes (François d’Assise, Eckhart, les béguines, Thérèse d’Avila…). En Orient, les starets continuent la lignée des Pères du désert, guides spirituels incontournables. Les monastères bénédictins et autres obédiences jouent toujours ce rôle pour une petite minorité en Occident. Dans le domaine profane, pendant des siècles les compagnons d’apprentissage ont cherché un maître pour devenir adultes dans leur art (Compagnons du Devoir, du Tour de France) ; les francs-maçons ont toujours élu un Maître pour leur loge etc.

Mais la modernité s’est chargée de disqualifier cet héritage au nom de l’individu et de sa liberté : on ne va pas se mettre à l’école d’un professeur, d’un penseur, d’un sage ! Ce serait retomber dans des liens de dépendance. De même on ne va pas reconnaître que quelqu’un est plus grand que soi : ce serait bafouer le principe d’égalité. Et l’on proclame que chacun possède en lui seul les solutions à ses problèmes, sinon ce serait contredire au principe d’immanence qui exclut l’altérité, l’extériorité.

Bref, notre époque a du mal avec les rabbis comme Jésus !

Cela rappelle la méthode prônée par Socrate, qui se vantait « d’accoucher » les esprits, c’est à dire de leur faire découvrir la vérité qu’ils portent en eux. La nécessité affirmée du maître, cette irruption extérieure qui s’impose à l’élève, est bien différente en effet de la maïeu­tique socratique. Celle-ci suppose que l’individu peut tout tirer de sa propre intériorité. Le « dialogue » socratique n’enseigne rien, il ne fait que rendre manifeste ce qui était déjà su dans les profondeurs de la conscience. L’accoucheur de l’esprit ne se propose pas de transmettre un savoir, encore moins de délivrer un message : son rôle consiste à éveiller, à réveiller l’individu de son amnésie. Il se refuse à professer; sa didactique consiste essentiellement à semer l’incertitude et, à provoquer la déstabilisation de son interlocuteur. Il conduit chacun à prendre conscience de la vérité qu’il porte en soi et de récupérer par lui-même un savoir latent. Drapé dans sa subjectivité, ne représentant que son individualité propre, il ne s’insère dans aucune tradition, ni sociale ni historique, et ne transmet aucun contenu positif. Utile pour éveiller quelqu’un à ses potentialités, la maïeutique et ses avatars récents ne peuvent suffire à apporter à une jeune pousse de quoi grandir en se hissant sur les épaules de ses prédécesseurs. Le succès des conférences TEDX par exemple montre bien que le besoin d’apports extérieurs est vital pour progresser.

Insidieusement, cette croyance en l’inutilité des maîtres favorise la prise de pouvoir par de pseudos gourous ou nouveaux maîtres à penser (les médias, les GAFAM, Twitter, la Doxa communément admise etc.) qui savent exploiter la soif de modèles perdurant en tout homme ! Sans dire leur nom, de faux rabbis prennent le contrôle de ce qu’il faut penser et faire. Sans notre consentement, ils nous amènent à les imiter. À l’insu de notre plein gré, ils  nous forcent à les suivre. Et nous, nous ne voyons que les choses à acquérir (le quoi ?) sans faire attention à la demeure qu’il nous faut habiter (le où ?).

arthur-sauze-tedx-orleans rabbi

Heureusement, il n’est jamais trop tard pour réagir et contester cette prétention folle à se passer de maîtres. Ne serait-ce qu’en témoignant de ceux qui nous ont permis de nous construire : tel professeur, tel penseur, tel écrit, tel artiste, tel héros, telle figure spirituelle… Également en proposant aux jeunes générations de découvrir ces géants qui ont marqué l’histoire de nos sciences, de notre nation, de la pensée de l’humanité.

 

Quels sont les maîtres dont j’ai choisi l’influence ?
Quels impacts ont-ils sur ma vie ?
Comment devenir moi-même cette référence si d’autres me le demandent ?
Que voudrait dire pour moi : choisir Jésus comme rabbi, pour le suivre et demeurer avec lui (même dans les non-lieux où il erre !) ?

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1 S 3, 3b-10.19)

Lecture du premier livre de Samuel

En ces jours-là, le jeune Samuel était couché dans le temple du Seigneur à Silo, où se trouvait l’arche de Dieu. Le Seigneur appela Samuel, qui répondit : « Me voici ! » Il courut vers le prêtre Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je n’ai pas appelé. Retourne te coucher. » L’enfant alla se coucher. De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Et Samuel se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je n’ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher. » Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée.
De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Celui-ci se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Alors Éli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et il lui dit : « Va te recoucher, et s’il t’appelle, tu diras : “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.” » Samuel alla se recoucher à sa place habituelle. Le Seigneur vint, il se tenait là et il appela comme les autres fois : « Samuel ! Samuel ! » Et Samuel répondit : « Parle, ton serviteur écoute. »
Samuel grandit. Le Seigneur était avec lui, et il ne laissa aucune de ses paroles sans effet.

PSAUME
(39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd)
R/ Me voici, Seigneur,je viens faire ta volonté. (cf. 39, 8a.9a)

D’un grand espoir, j’espérais le Seigneur : il s’est penché vers moi. En ma bouche il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu.

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens.

« Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles. »

Vois, je ne retiens pas mes lèvres, Seigneur, tu le sais. J’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Vos corps sont les membres du Christ » (1 Co 6, 13c-15a. 17-20

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, le corps n’est pas pour la débauche, il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps ; et Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera nous aussi. Ne le savez-vous pas ? Vos corps sont les membres du Christ. Celui qui s’unit au Seigneur ne fait avec lui qu’un seul esprit. Fuyez la débauche. Tous les péchés que l’homme peut commettre sont extérieurs à son corps ; mais l’homme qui se livre à la débauche commet un péché contre son propre corps.
Ne le savez-vous pas ? Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint, lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car vous avez été achetés à grand prix. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps.

 

ÉVANGILE
« Ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui » (Jn 1, 35-42)
Alléluia. Alléluia. En Jésus Christ, nous avons reconnu le Messie : par lui sont venues la grâce et la vérité. Alléluia. (cf. Jn 1, 41.17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jean le Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. » Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus. Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers la dixième heure (environ quatre heures de l’après-midi).
André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus. Il trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » – ce qui veut dire : Christ. André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Kèphas » – ce qui veut dire : Pierre.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , ,

8 janvier 2018

André, le Protoclet

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

André , le Protoclet

Homélie pour le 2° Dimanche du temps ordinaire / Année B
14/01/2018

Cf. également :

Libres ricochets…
Révéler le mystère de l’autre
Quel Éli élirez-vous ?


Elle est plus célèbre en Orient qu’en Occident.
Elle orne le pavillon de la marine russe depuis Pierre le Grand.
Elle était le signe de ralliement des partisans du duc de Bourgogne, et à ce titre, s’est répandu dans les territoires du royaume d’Espagne et du saint empire romain germanique à travers toute l’Europe.
Elle est l’emblème d’un grade supérieur de la maçonnerie de rite écossais.

Elle, c’est la croix dite de saint André. Une croix en forme de X, selon les récits du martyr du frère de Pierre rapporté par la tradition :

André, le Protoclet dans Communauté spirituelle st%20andr%E9- Le proconsul Egéatus : Serais-tu cet André qui détruit les temples des dieux, et conseille au peuple cette nouvelle foi magique, que les empereurs de Rome ordonnent de détruire ?

- André : Les empereurs de Rome ignorent comment le Fils de Dieu est venu dans le monde pour le salut des hommes, et comment Il a clairement démontré que les idoles ne sont pas des dieux, mais des démons impies et hostiles au genre humain. Ces démons incitent les hommes à fâcher Dieu, pour qu’Il se détourne et cesse de les écouter. Et lorsque Dieu, irrité, se détourne des hommes, les démons les séduisent et les leurrent à loisir, afin qu’une fois leur corps déposé, ils ne puissent emporter rien d’autre avec eux que leurs péchés !

- Lorsque votre Jésus a prêché ces paroles de bonne femme, les juifs L’ont cloué sur la croix !

- Si seulement tu voulais connaître le mystère de la croix… Par amour pour nous, le Créateur du genre humain a souffert sur la croix, non pas sous la contrainte, mais de Sa propre volonté ! J’en suis moi- même témoin. Il a prédit devant nous Sa passion et Sa résurrection au troisième jour. Alors qu’Il était assis avec nous pour le dernier repas, Il a désigné le traître, parlant du futur aussi clairement qu’on évoque le passé. Puis Il s’est rendu volontairement sur les lieux de la trahison, afin de tomber entre les mains des juifs.

- Je suis étonné qu’un sage puisse suivre quelqu’un qui accepte la crucifixion, volontairement ou non !

- Grand est le mystère de la croix ! Veux- tu l’entendre ? Je te l’exposerai !

- Ce n’est pas un mystère, mais un châtiment de criminel !

- Ce châtiment cache le renouvellement du genre humain. Mais daigne seulement m’écouter !

- Je t’écouterai patiemment, mais tu subiras toi aussi le « mystère » de la croix, si tu ne fais pas ce que j’ordonne !

- Si je craignais le châtiment, je n’aurais jamais glorifié la croix !

- C’est par folie que tu loues la croix, et par insolence que tu ne crains pas la mort !

- Je ne crains pas la mort, non par insolence, mais à cause de ma foi. Précieuse est la mort des saints, et funeste celle des pécheurs… Mais écoute donc le mystère de la croix ! Après avoir entendu la vérité, tu trouveras la foi. Et avec elle, tu pourras recouvrer ton âme.

Benoît XVI commentait :

« Comme on le voit, il y a là une très profonde spiritualité chrétienne, qui voit dans la croix non pas tant un instrument de torture, mais plutôt le moyen incomparable d’une pleine assimilation au Rédempteur, au grain de blé tombé en terre » (audience générale du Mercredi 14 juin 2006).

Saint André, patron de la Russie, de l’Écosse, et de la basilique de Constantinople, est une figure évangélique qui est en Occident a souffert de l’ombre de Pierre. Pourtant, au début, Constantinople était aussi prestigieuse que Rome. Et les deux patriarcats formaient avec Jérusalem, Antioche et Alexandrie ce qu’on appelle une pentarchie, c’est-à-dire un réseau de cinq patriarcats où les différentes cultures développaient leur génie propre avec équilibre, dans l’autonomie et la communion tout à la fois.

 

Le Protoclet

Libres ricochets… dans Communauté spirituelle 102awebAndré est dans l’évangile de ce dimanche le premier appelé (Protoclet en grec) à suivre le Christ (l’Esprit Saint est appelé Paraclet, parce qu’il est appelé aux côtés de – para - à la manière d’un avocat assistant un accusé). Son nom est grec : il vient de andros (homme) et signifie courageux, viril. Il va symboliser le passage de la foi chrétienne au monde grec : sa philosophie, son amour de la démocratie, son sens de la collégialité.

Avec Jean, avant Pierre, André est donné par Jean-Baptiste à Jésus. Il accepte ce changement de maître, imprévu et déconcertant. Il prend le temps de demeurer avec le rabbi de Nazareth, selon son invitation : « venez et voyez ».

« André amena son frère à Jésus » (Jn 1, 40-43), démontrant immédiatement un esprit apostolique peu commun. André fut donc le premier des Apôtres à être appelé à suivre Jésus. C’est précisément sur cette base que la liturgie de l’Église byzantine l’honore par l’appellation de Protóklitos (Protoclet), qui signifie précisément « premier appelé ». Et il est certain que c’est également en raison du rapport fraternel entre Pierre et André que l’Église de Rome et l’Église de Constantinople se sentent de manière particulière des Églises-sœurs. (Benoît XVI, audience générale du Mercredi 14 juin 2006)

Avec André, c’est le monde grec et qui frappe à la porte de l’Église. Jean en témoigne un peu plus loin :

Il y avait quelques Grecs qui étaient montés pour adorer à l’occasion de la fête. Ils s’adressèrent à Philippe qui était de Bethsaïda de Galilée et ils lui firent cette demande:  » Seigneur, nous voudrions voir Jésus. » Philippe alla le dire à André et ensemble ils le dirent à Jésus.
Jésus leur répondit en ces termes:  » Elle est venue, l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié.
En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance. (Jn 12, 20-24).

Benoît XVI à nouveau commente :

« Que signifient ces paroles dans ce contexte ? Jésus veut dire: Oui, ma rencontre avec les Grecs aura lieu, mais pas comme un simple et bref entretien entre moi et quelques personnes, poussées avant tout par la curiosité. Avec ma mort, comparable à la chute en terre d’un grain de blé, viendra l’heure de ma glorification. De ma mort sur la croix proviendra la grande fécondité: le « grain de blé mort » – symbole de ma crucifixion – deviendra dans la résurrection pain de vie pour le monde; elle sera lumière pour les peuples et les cultures. Oui, la rencontre avec l’âme grecque, avec le monde grec, se réalisera à ce niveau auquel fait allusion l’épisode du grain de blé qui attire à lui les forces de la terre et du ciel et qui devient pain. En d’autres termes, Jésus prophétise l’Église des Grecs, l’Église des païens, l’Église du monde comme fruit de sa Pâque.

MapRome André dans Communauté spirituelle

Des traditions très antiques voient André, qui a transmis aux Grecs cette parole, non seulement comme l’interprète de plusieurs Grecs lors de la rencontre avec Jésus que nous venons de rappeler, mais elles le considèrent comme l’apôtre des Grecs dans les années qui suivirent la Pentecôte; elles nous font savoir qu’au cours du reste de sa vie il fut l’annonciateur et l’interprète de Jésus dans le monde grec. Pierre, son frère, de Jérusalem en passant par Antioche, parvint à Rome pour y exercer sa mission universelle; André fut en revanche l’Apôtre du monde grec: ils apparaissent ainsi de véritables frères dans la vie comme dans la mort – une fraternité qui s’exprime symboliquement dans la relation spéciale des Sièges de Rome et de Constantinople, des Églises véritablement sœurs. »

André est passé de Jean-Baptiste, le dernier prophète de l’Ancien Testament, à Jésus, premier prophète du Nouveau. Il aidera l’Église à passer de l’univers juif à la sagesse grecque. Après la Pentecôte, il partit prêcher l’Évangile, au cours d’un long voyage, tout autour des côtes de la mer Noire. Ses voyages l’amenèrent en Bithynie (côte turque), à Éphèse, en Mésopotamie, en Ukraine actuelle, en Thrace (région entre le Bosphore et le Danube), à Byzance et finalement en Achaïe (région au nord du Péloponnèse), où il finit crucifié, sous l’empereur Néron, à Patras (Grèce) en l’an 60.

Les latins comprendront mal l’évolution ultérieure de Byzance – Constantinople fondée par André. À tel point que les Croisés, lors du triste saccage de Constantinople de la 4° croisade en 1204 – pillages et tueries impardonnables de frères chrétiens – volèrent des reliques de l’apôtre et ramenèrent fièrement son crâne en Italie. Ce vol manifeste dura des siècles, au grand dam légitime des orientaux. Il aura fallu le génie de charité de saint Paul VI pour remettre en 1964 à l’évêque de Patras le crâne d’André qui n’aurait jamais dû quitter la Grèce.

André est ainsi un emblème de l’œcuménisme entre les deux églises-sœurs de Constantinople et Rome. La fameuse icône représentant les deux frères Pierre et André unis affectueusement fut offerte par le patriarche Athénagoras à Paul VI lors de leur rencontre historique pour la fête de l’Épiphanie en 1964, en plein concile Vatican II.

FrancoisBartholomeeAndrePierre Athénagoras

Pierre fut crucifié la tête en bas car il ne se jugeait pas digne de subir le même supplice que son Seigneur. Son frère André fut attaché sur une autre croix et mit deux jours à en mourir, exposé à la foule. Il ne faisait pas bon être pape ou évêque en ces temps-là…

André le Protoclet peut inspirer aux catholiques le courage de la foi comme tous les martyrs. Mais sa place est unique pour nous inviter encore aujourd’hui à tenir compte du monde grec, le monde de la raison, de la philosophie, des cités démocratiques et du sens de l’invisible. Bien sûr, les femmes et les esclaves, les non-citoyens ne participaient pas à la démocratie grecque. Bien sûr, les Églises grecques ont toujours joué des jeux dangereux d’alliance et de compromis avec les pouvoirs politiques en place quels qu’ils soient. Mais sans André, sans la note grecque, l’Église perdrait un frère aussi grand que Pierre, Rome serait trop latine, le corps du Christ ne respirerait plus que d’un seul poumon.

 

Qui est votre Protoclet ?

Jean-Baptiste a appelé André et Jean à suivre Jésus. Puis André a appelé Pierre. L’appel de Dieu rebondit ainsi de personne en personne, par de libres ricochets dont lui seul a le secret.

Et vous, qui a été le premier à vous appeler à la foi ?

Qui avait assez de proximité fraternelle avec vous pour venir vous chercher et vous répercuter l’appel du Christ : « viens et vois » ?

Faites mémoire des Andrés qui vous ont précédé, et qui vous ont transmis l’appel à croire, librement et de manière fondée : « viens et vois »

 

 

Lectures de la messe
Première lecture
« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1 S 3, 3b-10.19)

Lecture du premier livre de Samuel

En ces jours-là, le jeune Samuel était couché dans le temple du Seigneur à Silo, où se trouvait l’arche de Dieu. Le Seigneur appela Samuel, qui répondit : « Me voici ! » Il courut vers le prêtre Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je n’ai pas appelé. Retourne te coucher. » L’enfant alla se coucher. De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Et Samuel se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je n’ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher. » Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée.
De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Celui-ci se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Alors Éli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et il lui dit : « Va te recoucher, et s’il t’appelle, tu diras : “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.” » Samuel alla se recoucher à sa place habituelle. Le Seigneur vint, il se tenait là et il appela comme les autres fois : « Samuel ! Samuel ! » Et Samuel répondit : « Parle, ton serviteur écoute. »
Samuel grandit. Le Seigneur était avec lui, et il ne laissa aucune de ses paroles sans effet.

Psaume
(39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd)
R/ Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté. (cf. 39, 8a.9a)

D’un grand espoir, j’espérais le Seigneur : il s’est penché vers moi.
En ma bouche il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu.

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens.
« Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse.

Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles. »
Vois, je ne retiens pas mes lèvres, Seigneur, tu le sais.
J’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée.

Deuxième lecture
« Vos corps sont les membres du Christ » (1 Co 6, 13c-15a. 17-20)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, le corps n’est pas pour la débauche, il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps ; et Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera nous aussi. Ne le savez-vous pas ? Vos corps sont les membres du Christ. Celui qui s’unit au Seigneur ne fait avec lui qu’un seul esprit. Fuyez la débauche. Tous les péchés que l’homme peut commettre sont extérieurs à son corps ; mais l’homme qui se livre à la débauche commet un péché contre son propre corps.
Ne le savez-vous pas ? Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint, lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car vous avez été achetés à grand prix. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps.

Évangile
« Ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui » (Jn 1, 35-42)
Alléluia. Alléluia. En Jésus Christ, nous avons reconnu le Messie : par lui sont venues la grâce et la vérité. Alléluia. (cf. Jn 1, 41.17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jean le Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. » Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus. Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers la dixième heure (environ quatre heures de l’après-midi).
André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus. Il trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » – ce qui veut dire : Christ. André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Kèphas » – ce qui veut dire : Pierre.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , ,

3 août 2016

La sobriété heureuse en mode Jésus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La sobriété heureuse en mode Jésus

 

Cf. également :

Restez en tenue de service

Agents de service

Jesus as a servant leader

Du bon usage des leaders et du leadership

L’identité narrative : relire son histoire

Quelle sera votre perle fine ?

Éléments d’une écologie chrétienne


Homélie du 19° Dimanche du temps ordinaire / Année C

07/08/2016 

Les greniers modernes

Faites le tour de vos objets et possessions diverses. Si vous ne vous êtes pas servis de quelque chose sur une année, c’est que cela ne vous est pas fondamentalement nécessaire. Cela encombre inutilement votre espace, vos stocks. Pire : les Pères de l’Église vous diraient que vous en avez volé l’usage à plus pauvre que vous, qui – lui – en a besoin.

Bien avant Marx, Jésus a dénoncé la loi d’accumulation du capital qui pollue le coeur de l’homme et l’empêche de s’attacher à l’essentiel. Sa parabole sur les greniers du riche remplis à ras bord est cinglante (Lc 12, 32-48). Plus il accumule des réserves au-delà de ses besoins, plus il devient « insensé ». « Insensé, cette nuit même on va te demander ta vie ». Et alors, à quoi te serviront ces greniers où tu stockais ta réussite ?

Changer les greniers par des fonds financiers ou des dépôts bancaires, et vous avez une critique radicale du moteur de l’économie occidentale des deux derniers siècles : avoir « toujours plus » conduit à la pauvreté spirituelle.

Afficher l'image d'origine

Dans sa lettre sur l’écologie Laudato si, le pape François reprenait cette critique à son compte. Il appelait, dans l’esprit très franciscain de pauvreté choisie, à se débarrasser du superflu, à investir dans le durable. Passé un certain seuil où la vie confortable de ses proches est assurée, à quoi sert de vouloir accumuler toujours plus ? La planète ne le supportera pas. Les écarts entre ultra-riches et très pauvres  ne cesseront d’augmenter.

Et François osait appelait à une sobriété heureuse :

Afficher l'image d'origine« Si nous nous sentons intimement unis à tout ce qui existe, la sobriété et le souci de protection jailliront spontanément. La pauvreté et l’austérité de saint François  n’étaient  pas  un  ascétisme  purement extérieur, mais quelque chose de plus radical : un renoncement à transformer la réalité en pur objet d’usage et de domination. » (n° 11)

« La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu. C’est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit, pour remercier des possibilités que la vie offre, sans nous attacher à ce que nous avons ni nous attrister de ce que nous ne possédons pas. Cela suppose d’éviter la dynamique de la domination et de la simple accumulation de plaisirs. » (n° 222)

 

L’expression sobriété heureuse vient de Pierre Rabhi, né en 1938, essayiste, agriculteur bio et poète à ses heures. Le bilan énergétique de la croissance issue de la révolution industrielle est telle que – dit-il – nous ne pourrons soutenir ce rythme sans dommages irréversibles pour la planète, et pour l’humanité par ricochet.

Afficher l'image d'origine« Le système dominant, qui se targue de grandes performances, s’emploie surtout, en réalité, à dissimuler son inefficacité, qu’un simple bilan, notamment énergétique, mettrait en évidence. Cet examen révélerait également les contradictions internes d’un modèle qui ne peut produire sans détruire et porte donc en lui-même les germes de sa propre destruction. Le temps semble venu d’instaurer une politique de civilisation fondée sur la puissance de la sobriété. Un chantier exaltant s’ouvre, invitant chacune et chacun à atteindre la plus haute performance créatrice qui soit : satisfaire à nos besoins vitaux avec les moyens les plus simples et les plus sains. Cette option libératrice constitue un acte politique, un acte de résistance à ce qui, sous prétexte de progrès, ruine la planète en aliénant la personne humaine. Et c’est la beauté de la nature, de la vie, et de l’œuvre de l’homme dans sa dimension créatrice, qui devra nous inspirer tout au long des voies nouvelles que nous emprunterons. »  [1]

La sobriété heureuse est donc une modération choisie, une simplification volontaire de son style de vie qui permet de retrouver une joie de communion avec la nature. Cette autolimitation touche notre consommation courante, mais également les moyens de production mis en oeuvre.

« Désormais, la plus haute, la plus belle performance que devra réaliser l’humanité sera de répondre à ses besoins vitaux avec les moyens les plus simples et les plus sains. Cultiver son jardin ou s’adonner à n’importe quelle activité créatrice d’autonomie sera considéré comme un acte politique, un acte de légitime résistance à la dépendance et à l’asservissement de la personne humaine ». [2]

Le film Demain a popularisé les recherches individuelles et collectives qui ont fleuri dans beaucoup de pays différents pour imaginer d’autres manières de produire et de consommer. Des jardins collectifs urbains de Détroit aux monnaies locales en passant par le zéro déchet de San Francisco, des solutions alternatives émergent çà et là, préfigurant peut-être l’économie de demain.

 

Utopie ? Peut-être, car les résistances sont fortes (exemple : pétroliers, agriculture industrielle…) et les volontés politiques pour l’instant très faibles. Mais la parabole des greniers construits sans cesse plus nombreux et remplis inutilement nous invite à chercher de telles alternatives, sans attendre demain.

La sobriété dans l’histoire chrétienne

On commence juste à relire le Nouveau Testament avec ce prisme écologique affronté à la mutation actuelle. Laudato si est le premier texte catholique de l’histoire de l’Église entièrement dédiée à cette question : il aura fallu attendre 2000 ans ! Pourtant, la sobriété heureuse est bien connue des chrétiens, sous d’autres noms : les ermites du désert en Égypte l’avaient inventé dès le IVe siècle pour fuir le luxe des villes ; puis les moines avec leurs règles de vie simple et rythmée ont accompagné la naissance des empires d’Orient et d’Occident. L’équilibre entre le travail et la prière (ora et labora) était maintenu.

« Cette introduction du travail manuel, imprégné de sens spirituel, était révolutionnaire. On a appris à chercher la maturation et la sanctification dans la compénétration du recueillement et du travail. Cette manière de vivre le travail nous rend plus attentifs et plus respectueux de l’environnement, elle imprègne de saine sobriété notre relation au monde. » (Laudato si, n° 126)

On ne produisait pas plus que le nécessitaient la vie des moines, l’accueil des hôtes, et l’entretien des bâtiments. Avec le temps, cet idéal de simplicité volontaire s’est  hélas éloigné. Mais des réformateurs comme François d’Assise ont réagi contre l’accumulation matérielle par les religieux, et ils sont revenus à la pauvreté évangélique régulièrement. De même, les communautés nouvelles aujourd’hui mettent en commun leurs biens pour une vie simple et fraternelle. En Orient comme en Occident sans cesse se sont levés de tels prophètes d’une modération orientée vers la recherche d’autres trésors que matériels.

Afficher l'image d'origine

Une sobriété fondée en Dieu

C’est sans doute une différence entre les mouvements écologiques actuels et l’Évangile ou le pape François. Jésus parle d’orienter le désir humain vers les vrais trésors, ceux qui ne passent pas, ceux de la vie éternelle. L’écologie contemporaine semble bien peu se soucier de vie éternelle et ne parle que d’harmonie avec la nature enfin respectée. Ce qui peut engendrer quelques relents panthéistes ou même païens de retour au culte de la Terre mère revisitée (Pierre Rabhi a même été soupçonné de liens avec l’Anthroposophie, doctrine plus ou moins sectaire d’une approche très gnostique).

« Il n’est pas facile de développer  cette  saine  humilité  ni  une  sobriété heureuse si nous nous rendons autonomes, si nous excluons Dieu de notre vie et que notre moi prend sa place, si nous croyons que c’est notre propre subjectivité qui détermine ce qui est bien ou ce qui est mauvais. » (Laudato si, n° 224)

La sobriété pour Jésus est le mode de vie qui permet de rester concentré sur la quête de la sagesse, sur la recherche des trésors spirituels. L’accumulation d’accumulation capitalistique nous détourne inéluctablement du but ultime de notre existence. « Insensé, cette nuit même on va te demander ta vie ». Il s’agit donc de jouir de ce monde qui passe en sachant nous préparer à la joie qui ne passera pas dans le monde à venir de la Résurrection.

 

Lisez ou relisez Laudato si (surtout le chapitre IV) disponible ici.
Faites la liste de vos greniers.
Demandez-vous ceux qui sont superflus.
Réfléchissez à ce que pourrait être une sobriété heureuse qui vous garde dans l’espérance du monde à venir…

 


[1]. Pierre RABHI, Vers la sobriété heureuse, Actes Sud, 2010, pp. 5-6

[2]Ibid, Avant-propos

 

 

1ère lecture : « En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire » (Sg 18, 6-9)
Lecture du livre de la Sagesse

La nuit de la délivrance pascale avait été connue d’avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie. Et ton peuple accueillit à la fois le salut des justes et la ruine de leurs ennemis. En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire. Dans le secret de leurs maisons, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d’un commun accord cette loi divine : que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ; et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères.

Psaume : Ps 32 (33), 1.12, 18-19,20.22

R/ Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu. (Ps 32, 12a)

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu,
heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine !

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

2ème lecture : « Abraham attendait la ville dont le Seigneur lui-même est le bâtisseur et l’architecte » (He 11, 1-2.8-19)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. Et quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi.

 Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait. Grâce à la foi, il vint séjourner en immigré dans la Terre promise, comme en terre étrangère ; il vivait sous la tente, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse, car il attendait la ville qui aurait de vraies fondations, la ville dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte.

 Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses. C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort, a pu naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, une multitude innombrable.

 C’est dans la foi, sans avoir connu la réalisation des promesses, qu’ils sont tous morts ; mais ils l’avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs. Or, parler ainsi, c’est montrer clairement qu’on est à la recherche d’une patrie. S’ils avaient songé à celle qu’ils avaient quittée, ils auraient eu la possibilité d’y revenir. En fait, ils aspiraient à une patrie meilleure, celle des cieux. Aussi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu, puisqu’il leur a préparé une ville.

 Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu’il avait reçu les promesses et entendu cette parole : C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom. Il pensait en effet que Dieu est capable même de ressusciter les morts ; c’est pourquoi son fils lui fut rendu : il y a là une préfiguration.

Evangile : « Vous aussi, tenez-vous prêts » (Lc 12, 32-48)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Veillez, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’homme viendra.
Alléluia. (cf. Mt 24, 42a.44)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne détruit pas. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir. S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. » Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tous ? » Le Seigneur répondit : « Que dire de l’intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de son personnel pour distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi ! Vraiment, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens. Mais si le serviteur se dit en lui-même : ‘Mon maître tarde à venir’, et s’il se met à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il l’écartera et lui fera partager le sort des infidèles. Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, celui-là n’en recevra qu’un petit nombre. À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , , ,

3 février 2016

Du hérisson à la sainteté, puis au management

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Du hérisson à la sainteté, puis au management

 

Cf. également :

Porte-voix embarqué

Dieu en XXL 

Homélie du 5° dimanche du temps ordinaire / Année C
07/02/2016

 

La juste distance

Connaissez-vous la parabole des porcs-épics ? (également connue sous le nom de dilemme du hérisson) On la doit à Schopenhauer, philosophe réputé extrêmement pessimiste sur la nature humaine.

« Par une froide journée d’hiver un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable.

Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau.  La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. En Angleterre on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance : Keep your distance ! Par ce moyen le besoin de se réchauffer n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais, en revanche, on ne ressent pas la blessure des piquants. Cependant celui qui possède assez de chaleur intérieure propre préfère rester en dehors de la société pour ne pas éprouver de désagréments, ni en causer. »
Schopenhauer, Parerga & Paralipomena, Aphorisme sur la sagesse dans la vie.

L’enjeu pour les porcs-épics que nous sommes est donc de trouver la juste distance, ni trop près, car on se blesse en étant les uns sur les autres tout le temps, ni trop loin car sinon on meurt de froid seul dans la nuit…

La juste distance entre Dieu et l’homme semble bien être au coeur des lectures de ce dimanche, avec par ricochet la question de la juste distance entre nous.

 

Ancien Testament : la sainteté par séparation

Afficher l'image d'origineIsaïe est le témoin étonné de la gloire de Dieu dans son Temple. Il s’écrit : « Saint, saint, saint ! » [1], ce qui deviendra notre acclamation liturgique chrétienne au cours de la prière eucharistique. La sainteté dont témoigne Isaïe n’est pas ici la perfection morale. Le terme hébreu qadosh désigne en réalité la séparation, la distance d’un être avec les autres. Isaïe chante que Dieu est séparé des hommes, c’est-à-dire qu’il est le Tout-Autre, le radicalement différent à qui rien ne peut être comparé, tellement il est loin de toute représentation humaine.

Les pharisiens, ou les hassidims d’aujourd’hui, ont absolutisé cette logique de séparation : il se croit impurs dès qu’ils touchent des objets ou des personnes non pures, au risque de confondre sainteté et isolement superbe.

Pourtant, aussi séparé que soit le Dieu d’Israël, il se donne à voir à Isaïe, à Moïse (même si c’est de dos seulement). Sa gloire (la Shekina) remplit le Temple de Jérusalem : il n’est donc pas inaccessible !

Être autre tout en restant proche.

Être différent sans se couper des autres.

Être séparé, mis à part, sans s’isoler.

C’est cela la sainteté de Yahvé : si loin et pourtant si familier, tellement au-dessus de l’homme et pourtant son intime…

Cette sainteté divine rejaillit sur le peuple : séparé des autres nations (notamment grâce à la circoncision, au shabbat, à la cashrout, à la Torah…), Israël témoigne de la radicale altérité du Dieu de l’univers sans pour autant s’isoler des autres nations, mais les invitant au contraire à conclure leur propre alliance avec Yahvé comme eux l’ont fait avec lui.

Cette sainteté par séparation devient pour Israël une responsabilité envers les autres cultures et les civilisations. Le peuple est mis à part et choisi pour témoigner du Dieu unique et ainsi offrir le salut à tous. « Le salut vient des juifs » dira ainsi Jésus dans l’Évangile de Jean.

 

Nouveau Testament : la juste communion

Porte-voix embarqué dans Communauté spirituelle pecheDans le nouveau testament, et singulièrement dans notre passage de la pêche miraculeuse, on voit Jésus vivre lui-même le dilemme du hérisson… S’il reste au milieu de cette foule qui lui fait fête, il va en être écrasé, submergé. S’il la quitte, il va la laisser mourir de faim. Alors, pour mieux entrer en communion avec eux, il prend un peu de distance, juste ce qu’il faut sur le lac pour que sa voix porte à nouveau grâce à l’amplification naturelle de l’eau de Tibériade. En montant dans la barque de André et Simon, Jésus se sépare de l’appétit immédiat de la foule voulant le faire roi et se gaver de miracles. Mais ce n’est pas pour fuir et l’abandonner. C’est au contraire pour mieux la nourrir, grâce à son enseignement, sa parole pouvant se propager à tous sur les rives du lac.

La sainteté dont vit Jésus est bien celle de YHWH, séparé des hommes, pour mieux entrer en communion avec Dieu. L’accent mis sur la communion entre Dieu et l’homme est évidemment plus fort dans le nouveau testament que dans l’ancien, car en la personne de Jésus cette juste distance se vit dans la chair humaine, « sans séparation ni confusion » dira le concile de Nicée.

Le Christ vit une sainteté « de hérisson », ni trop loin pour ne pas étouffer, ni trop près pour ne pas nous abandonner…

 

Sainteté familiale

Afficher l'image d'origineLa transposition à nos responsabilités ordinaires est alors très facile.

La famille par exemple : les parents ont toujours un vrai et long chemin à faire pour accepter que leurs enfants se séparent d’eux progressivement. Tout en les  nourrissant avec le meilleur d’eux-mêmes, ils apprennent à renoncer à leur rêve  inconscient de les modeler sur eux-mêmes, de les dominer en les orientant à leur manière etc. Même les parents de Jésus ont dû faire ce travail sur eux-mêmes (cf. l’épisode de la fugue de Jésus au Temple de Jérusalem par exemple).

La vraie sainteté des parents n’est donc pas d’être parfaits, mais d’ajuster sans cesse la distance entre les membres de la famille, pour être unis sans s’étouffer, se réchauffer sans se faire du mal.

 

Le management de proximité

Afficher l'image d'origineUn autre lieu d’application de cette sainteté par séparation / communion est le management en entreprise.

Car bien des managers sont tentés par les deux excès : soit - à l’ancienne - être très directifs, descendants, sans aucune proximité avec leurs équipes ; soit partager au plus près la vie de leurs équipes sans aucune distance. Entre autoritarisme et copinage, bien des managers hésitent…

Les premiers ne mangent jamais avec les employés, ne leur partagent ni informations ni questions stratégiques. Ils sont sur une autre planète, tellement à part qu’ils ne peuvent plus écouter et comprendre les questions ordinaires de leurs équipes. En plus, leur salaire (dès qu’il est trois à quatre fois supérieur, ce qui arrive vite hélas…) les fait vivre dans un autre monde où ils ne rencontrent jamais ceux qui survivent autour du SMIC. Leurs vacances ne sont pas les mêmes, ni leurs loisirs, ni les écoles des enfants etc. Ils n’ont pas grand-chose en commun et parlent sur leurs employés, mais pas avec; ils les écoutent encore moins. Ils ont tendance à s’appuyer sur leur expertise (du produit, du métier) plus que sur la compétence de l’équipe dont ils sont loin. Or expertise et compétence managériale sont deux choses bien différentes. Ils se laissent absorber par le reporting au détriment de la relation d’accompagnement. Ils sont en général orientés objectifs, résultats économiques en priorité sinon exclusivement.

Les seconds managers, en pratiquant le copinage, en confondant proximité et identité, font les mêmes tâches que leurs équipes pour montrer qu’ils sont avec eux. Ils ont du mal à assumer les décisions d’autorité (augere en latin = agrandir, augmenter) qui seraient nécessaires au développement de chacun et de tous. Ils se déchargent sur les employés au nom d’une soi-disant permission d’autonomie, mais qui n’est en réalité qu’une délégation-abandon (« se refiler le singe » dit-on couramment).

Le vrai manager de proximité fait donc lui aussi l’expérience du dilemme du hérisson : différent pour mieux servir l’équipe, proche pour sentir les choses avec elle et servir son potentiel. Il sera plutôt orienté relation, accompagnement [2].

Un manager de proximité sera reconnu même s’il ne maîtrise pas les activités techniques de son équipe, car son autorité ne viendra pas de son expertise, mais de la confiance de l’équipe, et de sa capacité à la faire monter en puissance.

La question de la juste distance managériale se redouble lorsqu’on considère que tout manager de proximité à lui-même un N+1 avec qui établir une relation de ce type !

 

Bref, le dilemme séparé / en communion qui est présent au coeur de la sainteté divine est également à l’oeuvre dans nos familles, dans nos entreprises.

Du qadosh hébreu au Trisagion grec (« saint, saint, saint ! »), la question de la juste distance, de la vraie proximité, permet de nous aider à assumer toutes les  responsabilités, les autorités qui sont les nôtres.

 

Finalement, de la sainteté au management il n’y a qu’un pas ! Celui de la communion à l’unique sainteté du dieu trois fois saint.

Et on vient même à rêver qu’il y ait de la sainteté dans le management…

 


[1]. L’expression « saint, saint, saint… » apparaît deux fois dans la Bible, une fois dans l’Ancien Testament (Is 6,3) et une fois dans le Nouveau Testament (Ap 4,8). Ces deux phrases sont dites ou chantées par les créatures célestes, et les deux fois, elles apparaissent dans une vision d’un homme qui est transporté devant le trône de Dieu : premièrement, le prophète Isaïe et ensuite l’apôtre Jean.

[2]. Pour Rémi Juët (La Boîte à outils du manager, 2014), le rôle d’un manager de proximité est de créer une dynamique relationnelle propice au développement de l’énergie de ses collaborateurs, et à leur progression, c’est-à-dire : développer et maintenir la motivation de ses collaborateurs ; développer leurs compétences ; mieux communiquer ; mener un entretien annuel ; mobiliser l’équipe ; exercer son autorité ; conduire le changement.
 
 

 

 

1ère lecture : « Me voici : envoie-moi ! » (Is 6, 1-2a.3-8)
Lecture du livre du prophète Isaïe

L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ; les pans de son manteau remplissaient le Temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils se criaient l’un à l’autre : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire. » Les pivots des portes se mirent à trembler à la voix de celui qui criait, et le Temple se remplissait de fumée. Je dis alors : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » L’un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Il l’approcha de ma bouche et dit : « Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné. » J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? » Et j’ai répondu : « Me voici : envoie-moi ! »

Psaume : Ps 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 4-5, 7c-8

R/ Je te chante, Seigneur, en présence des anges. (cf. Ps 137, 1c)

De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce :
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
vers ton temple sacré, je me prosterne.

Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
Le jour où tu répondis à mon appel,
tu fis grandir en mon âme la force.

Tous les rois de la terre te rendent grâce
quand ils entendent les paroles de ta bouche.
Ils chantent les chemins du Seigneur :
« Qu’elle est grande, la gloire du Seigneur ! »

Ta droite me rend vainqueur.
Le Seigneur fait tout pour moi !
Seigneur, éternel est ton amour :
n’arrête pas l’œuvre de tes mains.

2ème lecture : « Voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez » (1 Co 15, 1-11)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée ; cet Évangile, vous l’avez reçu ; c’est en lui que vous tenez bon, c’est par lui que vous serez sauvés si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants.

Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze ; ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont endormis dans la mort –, ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres. Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis.

Car moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Église de Dieu. Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et sa grâce, venant en moi, n’a pas été stérile. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi.

Bref, qu’il s’agisse de moi ou des autres, voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez.

Evangile : « Laissant tout, ils le suivirent » (Lc 5, 1-11)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
« Venez à ma suite, dit le Seigneur, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »
Alléluia. (Mt 4, 19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth. Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules. Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. » Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. » Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer. Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient. à cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. » En effet, un grand effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. » Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , ,
12