L'homélie du dimanche (prochain)

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3 mai 2020

Gestion de crise

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Gestion de crise 


Homélie du 5° Dimanche de Pâques / Année A
10/05/2020

Cf. également :

Que connaissons-nous vraiment les uns des autres ?
Le but est déjà dans le chemin
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
De l’achat au don
Quand Dieu appelle
La gestion des conflits

Suivons notre première lecture (Ac 6, 1-7) qui nous raconte comment une grave crise a secoué l’Église naissante de Jérusalem. Découvrons au fil du texte les éléments et les étapes qui ont permis de surmonter cette crise.

 

Le nombre de chrétiens peut être un problème

Évidemment, en Occident aujourd’hui, on a un peu perdu de vue ce genre ce souci-là… Mais allez visiter les Églises d’Afrique noire : elles croulent sous le nombre de catéchumènes adultes, de catéchèses d’enfants, de pratiquants remplissant les lieux de culte toutes les heures le dimanche matin dès l’aube… Devant un tel afflux, bien des problèmes se posent. La question de l’authenticité du désir de devenir chrétien par exemple. Les Pères de l’Église au IV° siècle (après l’édit de Constantin) étaient presque nostalgiques des temps des persécutions où demander le baptême était un acte de vie ou de mort. Les ermites fuyaient la tiédeur chrétienne envahissante des villes ; ils ont ainsi ouvert la voie au monachisme, en Égypte et ailleurs. Notre première lecture nous raconte que dès le début, « le nombre des disciples augmentait », provoquant dissensions et récriminations (« murmures », comme dans le désert contre Moïse). Ici, le problème est à la fois ethnique (les Grecs se sentent discriminés) et éthique (les veuves, c’est-à-dire les plus pauvres du groupe, sont désavantagées).

La croissance numérique est une chance mais également une épreuve pour la toute naissante Église de Jérusalem. Ne rêvons pas la santé spirituelle des jeunes Églises de ce siècle : le nombre n’est pas une garantie de vérité, de droiture, de justice. C’est même un piège dans lequel l’Occident est tombé et a largement pataugé. Avec le nombre, l’Église s’enivre de devenir puissante et riche. Avec le nombre, elle veut contrôler toute la vie sociale pour y imposer sa morale, son rythme temporel, sa vision du monde. Avec le nombre, les conflits ethniques importés dans les communautés chrétiennes deviennent explosifs, les injustices se multiplient.

À confondre croissance spirituelle et croissance numérique, les désillusions peuvent être cruelles et les lendemains douloureux. Le cléricalisme des prêtres se comportant comme des chefs de clan engendrera des réactions violentes, la richesse accumulée témoignera contre l’institution ecclésiale, la domination exercée sur les esprits se paiera en rejet indigné et en athéisme généralisé etc. Ne soyons donc pas idolâtres du nombre (de baptêmes, d’ordinations, d’écoles catholiques etc.) mais soyons d’autant plus exigeants que davantage de gens se tournent vers le Christ. La tentation d’une Église minoritaire est le repli identitaire, l’illusion d’être une Église de purs. La tentation d’une Église majoritaire est la tiédeur, la compromission, la domination sociale, la reproduction des injustices et des oppositions en son sein.

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Les trois péchés de l’Église naissante

Les ennuis s’accumulent ! Les veuves grecques récriminent parce qu’elles se sentent désavantagées. Les oppositions ethniques (grec vs hébreux ici) sont transposées dans la communauté, contredisant ainsi sa vocation de fraternité universelle. Les injustices se multiplient, parce que dans l’entraide on avantage certains et pas d’autres. Et enfin la division commence à ruiner la communauté, s’alimentant de ces conflits ethniques et de ces injustices criantes.
La crise est donc triple : ethnique, éthique, ecclésiale.

 

Péché ethnique

414B7sR04QL._SX258_BO1,204,203,200_ Actes dans Communauté spirituelleRappelons-nous que l’ensemble du Rwanda était considéré comme chrétien avant que le génocide montre des chrétiens exterminant d’autres chrétiens avec qui il avait chanté et  communié le dimanche précédent à l’église. Souvenons-nous que l’Allemagne avant Hitler était considérée comme chrétienne (luthérienne et catholique), sans que cela empêche le peuple de haïr les juifs et de plébisciter leur Führer jusqu’à la fin. Ou encore que l’Église protestante d’Afrique du Sud a légitimé l’apartheid Bible en main jusqu’à sa chute.

Ce péché ethnique des Églises locales pèse lourd, contre-témoignage flagrant qui éloigne les générations suivantes pour longtemps, non sans raison.

 

Péché éthique

Le péché éthique de l’Église n’est pas moins dramatique. Pour avoir négligé les pauvres du royaume de France au profit des évêques, des puissantes abbayes et des princes, l’Église de France sous l’Ancien Régime a fait monter la colère révolutionnaire du bas clergé et du Tiers État contre cette insolence matérielle étalée sous les yeux du peuple criant famine. Les vandalismes des cathédrales, monastères et autres propriétés d’Église à partir de 1789 expriment le ressentiment des délaissés de l’institution ecclésiale. Prenons garde aujourd’hui encore de par le monde à ne pas désavantager les plus pauvres dans notre vie ecclésiale ! Ils ne nous le pardonneront pas ; et nous nous renierions nous-mêmes.

 

Péché ecclésial

Le dernier péché de la communauté de Jérusalem est ecclésial : ces dissensions abîment la communion fraternelle qui est la vocation même de l’Église. Vatican II la définit comme « le sacrement de la communion trinitaire » (CEC 747 ; 1108) : c’est donc que chacun, quelles que soient ses opinions et même ses croyances, doit pouvoir trouver en elle un avant-goût de la communion qui unit le Père au Fils dans l’Esprit. Les divisions, les clans et les fractures compromettent gravement l’identité même de l’Église, son témoignage. Comment croire que Dieu est Un si les relations des chrétiens entre eux ne reflètent pas – au moins partiellement – cette communion d’amour fondatrice. ?

 

La gestion de la crise

Cette expression nous parle, en cette période de pandémie Coronavirus…
Ac 6 nous livre un processus de gestion de crise exemplaire, dont nous pourrions nous inspirer pour les crises actuelles.

Que faire ?

Conile de Jérusalem - Sanhédrin- D’abord, il faut reconnaître le problème, et oser le nommer. Au lieu de minorer le nombre de morts comme la Chine au début de la crise, au lieu de traiter de « grippounette » la maladie, au lieu d’afficher une confiance imperturbable en l’économie ( -0,1% du PIB français nous disait-on au début !), de « masquer » le nombre de protections disponibles etc., mieux vaut dire la vérité et exposer clairement les difficultés et les enjeux à tous. En tout cas c’est ce que font les Douze, en convoquant l’assemblée (« tous les disciples ») pour leur exposer la situation telle qu’elle est.

Devant une crise, plusieurs attitudes sont possibles. On peut l’exacerber jusqu’au conflit, jusqu’à la rupture (l’histoire des schismes est longue…). On peut nier le problème en l’ensevelissant sous des discours lénifiants (du style : « soyez gentils, soyez patients, tout finira bien par s’arranger »), irréalistes (« mais non, tout va bien »), lénifiants (« Dieu nous envoie cette épreuve »)… Visiblement, ce ne sont pas ces dénis de la crise que choisit la communauté de Jérusalem ! Les Douze convoquent la « foule » des disciples : ils ont conscience de porter la difficulté devant toute la communauté ; c’est la grande assemblée convoquée (ek-klesia en hébreu) qui doit permettre de surmonter la crise (et pas un petit comité d’experts). Dans cette assemblée, il y a des débats, des prises de parole faisant autorité (c’est à dire recueillant un consensus) où les Douze jouent leur rôle, et font jouer un rôle actif à la « foule » (choisir 7 hommes à appeler, prier…). Le dénouement indique que l’Esprit agissait dans l’Église lors de la gestion de cette crise : l

Ne pas tricher, ne pas mentir à son peuple, ne pas minorer ni surjouer l’épreuve : l’attitude des Douze est celle de responsables qui savent avoir besoin de tous pour dépasser la crise. Ainsi, la Parole du Seigneur reprend sa croissance numérique sans compromission…

 

- Puis il faut proposer des solutions en y impliquant tout le monde.
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Les Douze font preuve de créativité et d’imagination en proposant d’établir sept hommes  pour le service des pauvres. Jésus n’avait jamais demandé cela. Leur lavant les pieds, il avait certes demandé à toute l’Église de rester en tenue de service. C’est l’intelligence pratique des Douze qui leur font donc inventer les ministères des Sept, qui deviendra le ministère diaconal. Or, ces Sept-là, Jésus ne les avait pas suscités. C’est l’Esprit (via la prière, l’imposition des mains, le consensus…) qui, au cœur des débats de l’Église convoquée, fait surgir des appels nouveaux pour des temps nouveaux.

Pourquoi ne pas continuer à pratiquer cette même créativité, en matière de ministères notamment, sous l’impulsion de l’Esprit Saint ? Pourquoi ne pas appeler aujourd’hui des femmes à ce ministère diaconal ? Ou inventer d’autres formes de charges pastorales adaptées aux situations locales (comme l’ont fait par exemple au XIX° siècle les Pères Blancs avec les catéchistes laïcs en Afrique noire ) ?

Dans le choix des Sept, il faut souligner l’implication active de la communauté. Ce ne sont pas les Douze qui choisissent, mais tout le monde. « On » (= tous) présente aux apôtres sept hommes, qui a priori ne sont pas candidats eux-mêmes (pas d’élections, pas de campagne électorale) mais qu’on appelle. « Nous avons besoin d’hommes comme vous pour résoudre la crise et pour maintenir notre Église servante et fraternelle. Acceptez-vous ? Nous sommes libres de vous appeler. Vous êtes libres de dire oui ou non. » Autrement dit, la vocation à ce ministère diaconal (comme au ministère presbytéral) ne relève pas d’abord du désir individuel de candidats qui se proposeraient d’eux-mêmes, mais du discernement de la communauté qui choisit, appelle et présente aux apôtres ceux qu’elle désire établir diacres. Pastorale des vocations et qualité de vie communautaire sont liées, dirait-on aujourd’hui. Au lieu de réduire la vocation à un parcours individuel où quelqu’un se sentirait appelé par Dieu en direct, les Actes des Apôtres nous montrent l’appel pratiqué par une communauté, en fonction de ses besoins.

Beaucoup de nos dérives cléricales viennent d’un certain gauchissement de cette procédure d’appel…

Si on transpose sur le plan politique (ou sanitaire), l’adhésion, l’implication et la participation de tous aux mesures d’urgence se révèle être une condition indispensable pour l’efficacité des décisions prises. Ce qui demande d’élaborer ces décisions avec ceux qui sont sur le terrain, et non pas au-dessus d’eux ou contre eux (cf. les déplorables polémiques sur la chloroquine, ou sur les masques etc.). La co-construction des chemins de sortie de crise ne sera jamais remplacée par l’opinion – au demeurant utile – des experts ou de la technostructure. C’est quelquefois plus long (quoique, avec les moyens numériques contemporains, on peut aller aussi vite que la communauté de Jérusalem pour choisir les Sept !). Mais sans l’adhésion, la participation et l’engagement de tous, les décisions prises au sommet seront inopérantes, voire contre-productives. Un exemple parmi d’autres : dès le début la crise, la Direction Générale d’un géant de la grande distribution (Auchan) a annoncé très vite une prime de 1000 € pour les salariés en magasin, c’est-à-dire en première ligne pour nourrir les habitants, exposés à la contamination. Décision patronale pour une fois saluée  unanimement par tous, syndicats y compris, comme une reconnaissance du travail accompli par ces héros de l’ordinaire (même si des masques, des gants, des protections auraient été utiles dès les premières semaines en magasin…). Las ! La mise en œuvre de cette décision passe par les mains de la Direction des Ressources Humaines ou plutôt de ses techniciens qui raisonnent en frais de personnel. Ils décident alors - selon une logique toute comptable - de proratiser cette prime en fonction du temps de travail. Tollé chez les syndicats, émotion dans l’opinion publique, incompréhension des salariés pour qui le risque de contamination n’est pas proportionnel à leur temps de présence au contact des clients… Et voilà comment une bonne décision à l’origine est ‘gâtée’ (comme on dirait en Afrique !) par une mise en œuvre d’une technostructure soi-disant experte (et donc croyant n’avoir pas besoin de concertation avec le terrain)… Un vrai gâchis !

image BAPTEME EUCHARISTIE MINISTERE

Bref : articuler le communautaire (tout le monde), le collégial (les Douze), et le personnel (cf. le rôle de Pierre dans les autres résolutions de conflits comme Ac 15 etc.) demeurent un triptyque indispensable à toute gestion de crise, à toute action politique authentiquement humaine [1].

La fin du récit d’Actes 6 montre la résolution du conflit et ses conséquences : la croissance reprend, cette fois-ci qualitative et quantitative, et même les prêtres juifs (les Cohen) embrassent la foi au Christ (ce qui posera d’autres problèmes plus tard, comme la sacerdotalisation du ministère presbytéral… mais ceci est une autre histoire !).
La foi peut se nourrir des crises pour grandir.
On pourrait presque poser un regard hégélien sur cet épisode des Sept à Jérusalem. La crise est utile en ce sens qu’elle force la communauté à affronter ses conflits internes, à progresser dans la compréhension de sa vocation, à inventer de nouveaux chemins pour surmonter les contradictions présentes. La crise comme moteur de l’histoire en somme ! Cette Aufhebung [2] ecclésiale n’est pas unique dans les Actes des Apôtres : relisez le remplacement de Judas par Matthias, l’hypocrisie d’Ananie et Saphire, la visite de Pierre chez le centurion Corneille, le conflit sur la circoncision ou sur les nourritures interdites, les algarades entre Pierre et Paul sur ces sujets, la séparation de Paul avec Barnabé, le reniement de certains par peur des persécutions etc.

Affronter les crises avec le livre des Actes comme mode d’emploi est sain, utile, nécessaire.
Au lieu de nous lamenter des conflits qui traversent notre Église ou notre société, apprenons donc à les déchiffrer autrement : comme une invitation à progresser « vers la vérité tout entière » en nous réformant sans cesse, grâce au courage et à l’imagination que l’Esprit ne cesse de souffler à son Église, à la société.

 


[1]. « Le ministère ordonné devrait être exercé selon un mode personnel, collégial et communautaire.
Le ministère ordonné doit être exercé selon un mode personnel.
Une personne ordonnée pour proclamer l’Évangile et appeler la communauté à servir le Seigneur dans l’unité de la vie et du témoignage manifeste le plus effectivement la présence du Christ au milieu de son peuple.
Le ministère ordonné doit être exercé selon un mode collégial, c’est-à-dire qu’il faut qu’un collège de ministres ordonnés partage la tâche de représenter les préoccupations de la communauté.
Finalement, la relation étroite entre le ministère ordonné et la communauté doit trouver son expression dans une dimension communautaire, c’est-à-dire que l’exercice du ministère ordonné doit être enraciné dans la vie de la communauté et qu’il requiert sa participation effective dans la recherche de la volonté de Dieu et de la conduite de l’Esprit », Document œcuménique Baptême-Eucharistie-Ministère, n° 26, 1982.

[2]. Terme de la philosophie hégélienne qui désigne la troisième étape de la dialectique  thèse/antithèse/synthèse, soit l’intégration et le dépassement de la contradiction dans un niveau de pensée supérieur.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Ils choisirent sept hommes remplis d’Esprit Saint » (Ac 6, 1-7)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque, parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées dans le service quotidien. Les Douze convoquèrent alors l’ensemble des disciples et leur dirent : « Il n’est pas bon que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables. Cherchez plutôt, frères, sept d’entre vous, des hommes qui soient estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse, et nous les établirons dans cette charge. En ce qui nous concerne, nous resterons assidus à la prière et au service de la Parole. » Ces propos plurent à tout le monde, et l’on choisit : Étienne, homme rempli de foi et d’Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un converti au judaïsme, originaire d’Antioche. On les présenta aux Apôtres, et après avoir prié, ils leur imposèrent les mains. La parole de Dieu était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres juifs parvenaient à l’obéissance de la foi.

 

PSAUME

(Ps 32 (33), 1-2, 4-5, 18-19)
R/ Que ton amour, Seigneur, soit sur nous,comme notre espoir est en toi !ou : Alléluia ! (Ps 32, 22)

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
Rendez grâce au Seigneur sur la cithare,
jouez pour lui sur la harpe à dix cordes.

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal » (1 P 2, 4-9)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, approchez-vous du Seigneur Jésus : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ. En effet, il y a ceci dans l’Écriture : Je vais poser en Sion une pierre angulaire,une pierre choisie, précieuse ;celui qui met en elle sa foine saurait connaître la honte. Ainsi donc, honneur à vous les croyants, mais, pour ceux qui refusent de croire, il est écrit : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseursest devenue la pierre d’angle,une pierre d’achoppement,un rocher sur lequel on trébuche. Ils achoppent, ceux qui refusent d’obéir à la Parole, et c’est bien ce qui devait leur arriver. Mais vous, vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

 

ÉVANGILE

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 1-12)
Alléluia. Alléluia.Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, dit le Seigneur. Personne ne va vers le Père sans passer par moi. Alléluia. (Jn 14, 6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : ‘Je pars vous préparer une place’ ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père »
Patrick BRAUD

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4 septembre 2017

Lier et délier : notre pouvoir des clés

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Lier et délier : notre pouvoir des clés

Homélie du 23° Dimanche du temps ordinaire / Année A
10/09/2017

Cf. également :

La correction fraternelle

Exercer le pouvoir selon le cœur de Dieu

Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ?

Une autre gouvernance

 

Le Pape et l’Église

Lier et délier : notre pouvoir des clés dans Communauté spirituelle clefL’expression : « le pouvoir des clés » est devenu courante en français, désignant l’autorité papale bien sûr, mais également le pouvoir confié à telle instance dirigeante ou tel personnage-clé (justement nommé ainsi !). Pensez aux bourgeois de Calais remettant les clés de la ville aux anglais… Il est remarquable que Matthieu n’ait pas réservé ce pouvoir des clés à Pierre seul. Les catholiques connaissent bien le premier passage de son évangile où Pierre est investi par Jésus de cette responsabilité :

« Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » (Mt 16,19)

Mais peu pourraient citer le deuxième passage, celui de ce dimanche, où le même pouvoir est remis à l’Église (l’assemblée, l’ekklèsia) dans son ensemble :

« Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel » (cf. Mt 18, 15-20).

En fait, c’est une vieille règle ecclésiologique qui s’enracine là : ce qui est confié au pape (successeur de Pierre) personnellement l’est également à l’Église collectivement, et ce qui est confié à toute l’Église l’est également au pape personnellement. Si bien que ces deux dimensions, personnelle et communautaire, sont indissociables (il faudrait même y ajouter une troisième dimension : collégiale, car les Douze et leurs successeurs – les évêques – jouent un rôle particulier dans ces prises de décision).

Prenez par exemple la proclamation du dogme de l’Assomption en 1950. Le pape Pie XII a pris soin de consulter des mois durant les évêchés de toute la catholicité pour examiner s’il y avait un consensus dans l’opinion publique catholique sur cette question. Fort des remontées unanimes des diocèses, il proclame au nom de son autorité personnelle ce qui est cru par toute l’Église, sans hiatus entre les deux (le « Nous » du texte n’est alors pas seulement le « Nous » de majesté !) :

« Nous affirmons, Nous déclarons et Nous définissons comme un dogme divinement révélé que : l’immaculée mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. »

À l’inverse, lorsqu’une position de foi est énoncée par le pape mais non partagée largement par l’Église, elle finit inéluctablement par se transformer ou disparaître pour correspondre au sens de la foi des fidèles (sensus fidei fidelium).

Le premier exemple de ce pouvoir de lier/délier est dans l’assemblée de Jérusalem en Ac 15. Faut-il oui ou non circoncire les païens qui demandent le baptême ? Il y a débat. Tous s’expriment. Puis la décision est prise par Pierre et les Apôtres, en accord avec l’assemblée : « l’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé que… » Abolir la circoncision était une véritable audace, qui a choqué les juifs (et qui choque aujourd’hui les musulmans) ! Jésus lui-même n’avait rien dit à ce sujet…

L’Église a donc le pouvoir de décider ce que le Christ n’avait pas imaginé ou prévu ! Il en va ainsi du ministère diaconal dont les Sept, choisis par les Apôtres et présentés par toute la communauté, sont la figure (Ac 7).

Pascal-Grégoire Delage - Les Pères de l'Eglise et les dissidents ou Dessiner la communion - Dissidence, exclusion et réintégration dans les communautés chrétiennes des six premiers siècles - Actes du 4e colloque de La Rochelle, 25, 26 et 27 septembre 2009.Dans l’histoire, un exemple célèbre est celui des lapsi (lapsus = celui qui a chuté) : pouvait-on oui ou non réintégrer des baptisés qui avaient renié leur foi sous la menace des persécutions et voulaient quand même revenir ? La bataille des arguments fut sévère. Il y avait le clan des rigoristes et celui des miséricordieux. Finalement, ces derniers l’emportèrent, et l’Église inventa un rituel de réintégration des lapsi  qui est à l’origine du sacrement de réconciliation ultérieur. La question actuelle de la réintégration des divorcés-remariés pourrait être relue à la lumière de celle des lapsi…

La liste est longue de ce que l’Église (et le pape uni à elle) ont lié/délié au cours des siècles : le canon (la liste officielle) des Écritures, les sept sacrements, l’état clérical…

Inversement, les cas où il y a eu désaccord entre les papes et l’Église sont instructifs : la question du prêt à intérêt (que les banquiers et autres métiers d’argent pratiqués par les chrétiens malgré les interdictions papales finiront par faire légitimer), et plus près de nous la question de la contraception (le sens de la foi des fidèles a fini en pratique par affaiblir la position officielle très intransigeante)…

 

LES 3 SENS DE LIER/DÉLIER

1. Réintégrer / exclure

Le pape et l’Église sont donc indissociables dans l’exercice du pouvoir des clés !

Plus précisément, Mathieu 18,16 parle de lier et de délier. Le contexte est celui de l’exclusion d’un pécheur public hors de la communauté chrétienne. Ex-communier est l’aboutissement de ce long processus de reproches/réconciliation que décrit Jésus, si le pécheur ne veut pas changer de conduite. Ananie et Saphire sont les premiers à être exclus de la communauté à cause de leur tricherie (Ac 5). On a un autre exemple dans l’Église de Corinthe, où Paul essaie de remettre un peu d’ordre. Il demande d’exclure un incestueux tant qu’il continue ses pratiques ; il s’appuie pour cela sur le sens de la foi des corinthiens. C’est l’Église locale qui doit retrancher de son sein le coupable impénitent (1Co 5,1-12), c’est aussi l’Église qui a le pouvoir de le réintégrer s’il est revenu dans la bonne voie. « À qui vous pardonnez, je pardonne aussi » (2Co 2,5-10).

C’est le premier sens de lier/délier : intégrer ou exclure (ou plutôt : constater l’auto-exclusion d’un membre).

 

2. Autoriser / interdire

Le deuxième sens est dérivé du premier : lier/délier signifie interdire/permettre. On en trouve une trace dans le ‘dégagement’ du gouverneur de Jérusalem Shebna, que nous avons lu le 20° dimanche il y a un quinze jours :

Parole du Seigneur adressé à Shebna le gouverneur : « Je vais te chasser de ton poste, t’expulser de ta place. Et, ce jour-là, j’appellerai mon serviteur, Éliakim, fils d’Helcias. Je le revêtirai de ta tunique, je le ceindrai de ton écharpe, je lui remettrai tes pouvoirs : il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda. Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira. Je le planterai comme une cheville dans un endroit solide ; il sera un trône de gloire pour la maison de son père. » (Is 22, 19-23)

L’expression « Je mettrai la clé sur son épaule » montre qu’à cette époque l’insigne du pouvoir c’est la clé, la clé du Palais portée en évidence sur l’épaule afin que tous sachent que le porteur a la faveur du Maître, qu’il en gère les biens et les serviteurs avec l’autorité déléguée du Maître. Recevoir du propriétaire la clé de sa maison, c’est la marque suprême de confiance qu’il soit possible de témoigner à quelqu’un. Mais s’il commet des abus, il mérite d’être chassé.  Dans la lettre à l’Église de Philadelphie, (Ap 3,7) le Christ s’identifie à Dieu puisqu’il s’attribue les titres divins de « Saint » et de « Vrai » et affirme qu’il détient le jugement.  « Ainsi parle le Saint et le Vrai, celui qui détient la clé de Daniel. S’il ouvre, nul ne fermera et s’il ferme, nul n’ouvrira. Je connais ta conduite. J’ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer, et disposant de peu de puissance, tu as gardé ma parole sans renier mon Nom. »

Cigarette électronique : Vapoter dans les lieux publics français n'est plus interdit

3. Libérer / abandonner

Le troisième sens se rapporte à la libération apportée par Jésus : libération des forces du mal (les démons dans la pensée biblique) et finalement de la mort. Les démons lient les personnes en leur enlevant leur liberté propre. La forme moderne de cette démonologie serait à chercher aujourd’hui du côté… de l’addictologie. Il existe des addictions (alcool, tabac, jeu, sexe…) qui « lient » ceux qui sont possédés par le démon du jeu ou autre… Délier ces personnes est un pouvoir de libération que Jésus a confié à son Église. L’exercice ordinaire de ce pouvoir se joue dans la confession, la miséricorde, le pardon des péchés. La forme extraordinaire va jusqu’à l’exorcisme. Nous sommes ici dans le droit fil de l’action de Jésus redonnant vie à Lazare ligoté dans son tombeau : « déliez-le et laissez-le aller » (Jn 11,44).

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Notre pouvoir des clés

Considérez alors ces trois usages du pouvoir de lier/délier confié à l’Église/Pierre.

Quand vous est-il arrivé d’être confronté à prendre de telles décisions ?

Comment allez-vous faire la prochaine fois ? Car il est juste de décider de lier ou de délier. Le pire serait de laisser pourrir une situation sans intervenir (penser aux  corinthiens !).

Nous avons tous ce pouvoir à un moment de notre vie de réintégrer ou d’exclure, d’autoriser ou d’interdire, de libérer ou de vouer aux gémonies… : qu’en faisons-nous ? Exerçons-nous ce pouvoir dans l’Esprit du Christ ? Assumons-nous la dimension personnelle et communautaire de l’exercice de ce pouvoir ?…

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Lectures de la messe

Première lecture
« Si tu n’avertis pas le méchant, c’est à toi que je demanderai compte de son sang » (Ez 33, 7-9)
Lecture du livre du prophète Ézékiel
La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertisses pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

Psaume
(Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)
R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! (cf. Ps 94, 8a.7d)

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

Deuxième lecture
« Celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi » (Rm 13, 8-10)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, n’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi. La Loi dit : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras pas. Ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour.

Évangile
« S’il t’écoute, tu as gagné ton frère » (Mt 18, 15-20) Alléluia. Alléluia.
Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui : il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation. Alléluia. (cf. 2 Co 5, 19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »
Patrick BRAUD

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17 avril 2017

Deux utopies communautaires chrétiennes

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Deux utopies communautaires chrétiennes

Homélie pour le 2° dimanche de Pâques / Année A 23/04/2017

Cf. également :

Le Passe-murailles de Pâques

Le maillon faible

Que serions-nous sans nos blessures ?

Croire sans voir

Au confluent de trois logiques ecclésiales : la communauté, l’assemblée, le service public

Riches en miséricorde?

Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?

 

Le Palais social de Guise

Deux utopies communautaires chrétiennes dans Communauté spirituelle 1.courpavilloncentralfjpgAvez-vous déjà visité le Familistère de Jean-Baptiste André Gaudin dans l’Aisne ? C’est un endroit exceptionnel, un lieu de pèlerinage social.

En 1846, Godin installa une petite usine à Guise avec 30 ouvriers pour fabriquer le célèbre poêle qu’il venait d’inventer. Il y eut bientôt 1500 ouvriers et la production, de 700 appareils par an, passa à 50 000. Soutenu par sa réussite économique, Godin put nourrir ses idéaux sociaux. Il s’imprégna des thèses du théoricien socialiste Charles Fourier qui tenta d’imaginer une alternative à l’horreur de la condition ouvrière, et synthétisa ses idées dans le Phalanstère. A 40 ans, le prospère fabricant de poêles et objets en fonte décida d’exécuter à Guise un modèle social inspiré du phalanstère, « le familistère ». De 1859 à 1882, Godin édifia le « palais social ». Le Familistère comprenait 500 logements loués aux ouvriers, mais aussi un « pouponnat », une école mixte et laïque, un théâtre, une piscine, des magasins. Parallèlement, il s’installait sur la scène politique. L’œuvre de Godin était exceptionnelle par son esprit autogestionnaire. Les ouvriers étaient intéressés à la gestion de la fabrique et aux bénéfices de l’entreprise. Surtout Godin mit en place un système de protection mutualiste. En 1880, huit ans avant sa mort, il créa la « Société du Familistère de Guise, Association du Capital et du Travail » dont les ouvriers étaient actionnaires. La coopérative fonctionna jusqu’en 1968, lorsqu’elle fit faillite sous la pression économique. Le Palais social de Guise est une de ces multiples résurgences dans l’histoire de l’utopie communautaire de vie fraternelle et de partage des biens.

De Woodstock au Larzac, des kibboutz aux communautés nouvelles, des monastères au New Age, du familistère d’André Godin à la ‘cité radieuse’ de Le Corbusier, l’aspiration à des formes de vie communautaires radicales traverse toute l’histoire humaine, et engendre régulièrement des innovations sociales bénéficiant à tous.

 

L’utopie de Jérusalem

Les Actes des Apôtres, juste après Pâques, nous offrent également dans la première lecture une description de la vie commune idéale des premiers disciples du Ressuscité :

Les frères étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. […] Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun. (Ac 2,42-44)

Sous l’angle économique, on a pu qualifier l’Église de Jérusalem de première incarnation d’un communisme intégral. C’est en effet un sens du partage élevé (« à chacun selon ses besoins »), une abolition volontaire de la propriété privée (« nul ne disait se tient ce qui lui appartenait »), une révolution sociale (plus de chefs ni de supérieurs, mais des frères et des sœurs).

Fichier:De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins.jpg

Pour être honnête, le récit des Actes mentionne quand même la fraude d’Ananie et Saphire, qui leur a valu d’être exclus de l’Église. Ils ont fait semblant de mettre leurs biens en commun, mais en dissimulant une partie de leur richesse, afin de la garder pour eux. De façon réaliste, les obstacles à l’utopie communiste de Jérusalem sont donc exposés : l’amour de l’argent, la dissimulation, le manque d’authenticité. Certains courants utopistes actuels (l’entreprise « libérée » par exemple) reposent sur l’idée que l’homme est bon. La Bible est plus réaliste : certes l’homme aspire au bien, mais il est mélangé. L’image de Dieu en lui est inaliénable, mais sa ressemblance avec Dieu est largement obscurcie par une propension à faire le mal, inextricablement mêlée à son désir d’aimer. L’échec de bien des entreprises voulant se « libérer » trop facilement repose sur une erreur anthropologique de taille : il y a toujours des Ananie et Saphire dans une collectivité, comme en chacun de nous !

Résultat de recherche d'images pour "Ananie et Saphire"

Autre limite, très réaliste également, de l’utopie de Jérusalem : sa pauvreté ! On ne sait pas si c’est une conséquence du partage intégral des biens ou seulement un contexte difficile qui l’aurait provoquée. En tout cas, les ‘partageux’ de Jérusalem sont dans une telle détresse matérielle que Paul organise une collecte à travers toutes les autres Églises pour leur venir en aide :

1 Corinthiens 16,1-3 : Quant à la collecte en faveur des saints (= les baptisés de Jérusalem), suivez, vous aussi, les instructions que j’ai données aux Églises de la Galatie. Que le premier jour de la semaine, chacun de vous mette de côté chez lui ce qu’il aura pu épargner, en sorte qu’on n’attende pas que je vienne pour recueillir les dons.  Et une fois près de vous, j’enverrai, munis de lettres, ceux que vous aurez jugés aptes, porter vos libéralités à Jérusalem;  et s’il vaut la peine que j’y aille aussi, ils feront le voyage avec moi.

2 Corinthiens 8,13-15 : Il ne s’agit point, pour soulager les autres, de vous réduire à la gêne; ce qu’il faut, c’est l’égalité.  Dans le cas présent, votre superflu pourvoit à leur dénuement, pour que leur superflu pourvoie aussi à votre dénuement. Ainsi se fera l’égalité, selon qu’il est écrit : celui qui avait beaucoup recueilli n’eut rien de trop, et celui qui avait peu recueilli ne manqua de rien.

Le mot collecte employé par Paul est d’ailleurs le terme grec koïnonia qui signifie communion, désignant aussi la communion fraternelle qui caractérise l’Église, et même l’amour divin, communion trinitaire. L’Église depuis Vatican II se définit comme le « sacrement de la communion trinitaire » (Catéchisme de l’Église catholique n° 747, 775, 780, 1108), ce qui fait de la collecte d’entraide un quasi geste liturgique !

 

L’utopie de Jérusalem

Reste que, à côté de la pauvreté économique de Jérusalem, une autre forme de vie communautaire s’élabore à Antioche. Les chrétiens d’Antioche ne mettent pas leurs biens en commun, mais donnent à la quête. Ils n’habitent pas ensemble mais se rassemblent le premier jour de la semaine. Ils se mélangent sans se dissoudre, se structurent sans règles strictes. C’est en les regardant vivre que les autres leur donnent pour la première fois le nom de chrétiens (Ac 11,26).

Carte des voyages de Paul

Bref, il y a bien de modèles de vie chrétienne !

Celui de Jérusalem a inspiré l’idéal monastique, les socialismes utopiques (Fourier, Proudhon, Godin…), les nouveaux courants communautaires. Celui d’Antioche a inspiré l’idéal protestant, la spiritualité laïque de Vatican II, l’implication dans le monde tel qu’il est.

Pourquoi faudrait-il choisir ?

Nous avons besoin de pionniers qui expérimentent de nouvelles façons de vivre communautaires : les communautés nouvelles (charismatiques) ; les monastères, fidèles aux règles anciennes toujours très pertinentes ; les fraternités de tous ordres, formelles et informelles, qui recréent des cercles chaleureux et intenses où l’expérience chrétienne apparaît dans toute sa singularité et sa différence.

Nous avons également besoin des Antiochiens du XXI° siècle, sachant mener de front affaires et spiritualité, ouverture aux autres identités et ressourcement ecclésial.

Êtes-vous plutôt hiérosolymites (style Jérusalem) ou antiochiens ?

L’important est de choisir, et d’aller au bout de cette intuition pour aujourd’hui, jusqu’à susciter des Benoît ou des Thérèse d’Avila, des Godin ou des Bernard Devert [1] dans tous les domaines !

 


[1] . Prêtre fondateur de l’association Habitat et Humanisme.

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE « Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun » (Ac 2, 42-47)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Les frères étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte de Dieu était dans tous les cœurs à la vue des nombreux prodiges et signes accomplis par les Apôtres. Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun. Chaque jour, d’un même cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple, ils rompaient le pain dans les maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur ; ils louaient Dieu et avaient la faveur du peuple tout entier. Chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés.

PSAUME

(Ps 117 (118), 2-4, 13-15b, 22-24)
R/ Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour !ou : Alléluia ! (Ps 117, 1)

Oui, que le dise Israël : Éternel est son amour ! Que le dise la maison d’Aaron : Éternel est son amour ! Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur : Éternel est son amour !
On m’a poussé, bousculé pour m’abattre ; mais le Seigneur m’a défendu. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut. Clameurs de joie et de victoire sous les tentes des justes.
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !

 

DEUXIÈME LECTURE
« Il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts » (1 P 1, 3-9)
Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

 Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure. Cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi, pour un salut prêt à se révéler dans les derniers temps. Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or – cet or voué à disparaître et pourtant vérifié par le feu –, afin que votre foi reçoive louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ. Lui, vous l’aimez sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire, car vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi.

ÉVANGILE

« Huit jours plus tard, Jésus vient » (Jn 20, 19-31) Alléluia. Alléluia. Thomas, parce que tu m’as vu, tu crois, dit le Seigneur. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! Alléluia. (Jn 20, 29)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

 Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

 Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

 Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.
Patrick BRAUD

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1 juin 2016

La déradicalisation selon saint Paul

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La déradicalisation selon saint Paul

 

Cf. également :

Naïm, ou la rétroactivité en marche

Homélie pour le 10° dimanche du temps ordinaire / Année C
05/06/2016

 

Le gouvernement de Manuel Valls a publié le 9 mai dernier 80 mesures pour lutter contre la radicalisation islamique qui chaque année pousse des centaines de Français à partir faire le djihad en Syrie ou ailleurs. La deuxième lecture de ce dimanche rejoint cette actualité. Paul raconte avec force détails combien il était fanatique avant d’avoir rencontré le Ressuscité :

« Vous avez entendu parler du comportement que j’avais autrefois dans le judaïsme : je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu, et je cherchais à la détruire. J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères. » (Ga 1, 11-19)

Dans ces longs passages en forme de confession publique, on peut mettre en valeur deux éléments, deux dimensions de la conversion de Paul qui correspondent assez bien à ce qu’on appelle aujourd’hui le processus de déradicalisation.

 

Les personnes avant les idées

Afficher l'image d'origineLe pharisaïsme de Paul, c’était d’abord son attachement à la loi juive et aux coutumes dont les maîtres pharisiens l’avaient habillé. Pour l’ultra-religieux qu’il était devenu, le plus important était l’observance extérieure de tout ce qu’il fallait soi-disant faire pour être un bon juif : la circoncision évidemment, mais aussi le respect absolu du shabbat (jusque dans ses détails les plus absurdes et les plus contradictoires), le lavage des coupes, des mains, la manière de s’habiller (les hadissim contemporains sont toujours très sourcilleux de leurs papillotes, chapeaux de fourrure, les tephillim et autres distinctions vestimentaires) etc. Les islamistes n’ont rien inventé hélas : les intégristes juifs ont depuis longtemps enserré la vie quotidienne dans un carcan de règles frisant l’obsession pathologique. Le film Timbuktu raconte l’étonnement et l’incompréhension des villageois à qui les djihadistes demandent de porter des gants pour manipuler du poisson, de ne pas écouter de musique non religieuse, de ne pas jouer au football…

Des humoristes irakiens croquent régulièrement sur la télévision publique ce délire des fanatiques musulmans dans une émission appelée « Al-Basheer Show, l’émission qui combat Daech avec le rire » …. On y voit par exemple des « barbus » menacer ceux qui oseraient utiliser des W.C. dits ‘à l’occidentale’ parce qu’ils utilisent du papier au lieu de l’eau, seule purification autorisée par l’islam des djihadistes etc.

Les fanatiques sont obsédés par les choses à faire et en oublient les personnes à aimer. Ainsi a été Paul, barbu pharisien plus intransigeant que les terroristes, puisqu’il obtenait du pouvoir légal le droit de pourchasser, d’emprisonner et de faire tuer ces chrétiens « kouffars » (mécréants en arabe) comme diraient les terroristes aujourd’hui.

Ce qui l’a fait changer, c’est justement la rencontre d’une personne, de quelqu’un de vivant. « Je suis Jésus que tu persécutes » (Ac 9,5 ; 22,8 ; 26,15) : cette rencontre éblouissante va lui révéler dans quel aveuglement il s’égarait. Sa cécité passagère traduit alors sa prise de conscience des ténèbres de la pensée où il se perdait. À force de vouloir aimer la Loi, il ne respirait plus que haine et meurtre envers les chrétiens. On a connu ce même aveuglement avec les Allemands, pourtant intelligents et cultivés, qui avaient épousé l’idéologie nazie. Ou bien avec les Russes, les Chinois, les Cambodgiens qui voulaient imposer la révolution communiste façon Staline, Mao ou Pol Pot… Même Che Guevara dont on a fait un mythe romantique était dans la lignée de ce terrorisme violent et haineux, où les idées priment sur les personnes. « Il vaut mieux qu’un seul homme meure plutôt que tout le peuple » (Jn 11,50) disait déjà le grand prêtre Caïphe en légitimant ainsi le meurtre de Jésus au nom de la raison d’État. La raison de l’État islamique légitime l’assassinat d’innocents au nom de la charia, cette loi idolâtrée qui ressemble à celle qui fascinait Paul autrefois.

 

Un élément de la déradicalisation - des jeunes notamment - tentés par le fanatisme religieux est donc la rencontre de personnes bien concrètes, en chair et en os, qui témoignent de la réalité des victimes du terrorisme. « Je suis Jésus que tu persécutes » se conjugue aujourd’hui en : « Je suis la mère de l’enfant qu’a tué Mohamed Merah en 2012 à Toulouse, et je peux te raconter la souffrance qui s’est installée dans ma vie depuis » (cf. le témoignage de Latifa Ibn Ziaten, mère d’Imad, tué par Mohamed Merah).

Les 80 mesures de Valls contiennent cette recommandation de faire témoigner et circuler le témoignage concret des victimes. Afin que la violence terroriste ne reste pas virtuelle, idéalisée, magnifiée, mais terriblement proche et personnelle, donnons la parole à ceux qui souffrent de la dictature des religieux de tous bords sur leur vie quotidienne, par l’imposition de règles vestimentaires, de coutumes culinaires, d’interdits culturels de toutes sortes.

 

Rompre l’enfermement algorithmique

« Enfermement algorithmique » : l’expression est dans les 80 mesures [1].

Elle désigne le processus maintenant connu où Internet joue comme un multiplicateur et un accélérateur de fanatisme. Lorsque vous cliquez sur un lien qui vous amène à une vidéo sur l’islam, par le jeu des analyses croisées, Youtube ou Google vous proposent immédiatement 10 autres vidéos sur le même sujet, allant plus loin dans la logique d’exposition. Et ainsi, de clic en clic, de lien en lien, de site en site, l’internaute rebondit sans cesse à l’intérieur d’un univers de pensée qui ne renvoie plus qu’à lui-même. Les algorithmes de recommandations peuvent réellement enfermer le surfeur dans une seule vague de pensée, de plus en plus radicale, de plus en plus étroite.

Paul a vécu quelque chose de cet enfermement algorithmique avant sa rencontre du Ressuscité. Il ne mangeait qu’avec ses coreligionnaires, il discutait avec des pharisiens ultra-convaincus, il ne lisait que des ouvrages sur l’observance de la Loi. À l’école de Gabriel, il devait encore être un étudiant ouvert à plusieurs courants de pensée. Pourtant il avait assisté et approuvé la lapidation d’Étienne. Son cercle des relations s’est sans doute rétréci, ses lectures également, et il a peu à peu devenu prisonnier d’un petit univers ne renvoyant qu’à lui-même.

Quand un jeune sélectionne ses amis au point de ne plus fréquenter qu’un seul style, quand il n’écoute plus qu’une seule musique ou ne s’habille que d’une seule mode vestimentaire, on peut craindre pour lui.

 

Rompre l’enfermement algorithmique est donc un autre atout essentiel à la déradicalisation.

Cela passe par la production d’un contre-discours idéologique apportant des arguments factuels, historiques, littéraires, théologiques, exégétiques…

Cela demande également de pratiquer l’ouverture d’esprit avec les jeunes dont on est en charge, avant qu’ils ne se durcissent et les refusent par principe. Le cinéma, l’art, d’autres lectures et surtout d’autres rencontres seront des pare-feu utiles pour éviter que l’embrigadement des esprits ne prolifère.

 

Afficher l'image d'originePour Paul, la rupture de l’enfermement algorithmique va se faire dans un premier temps chez Ananie, ce chrétien de Tarse qui l’a accueilli, écouté, soigné, baptisé. Jamais il ne serait entré dans une maison de non-pharisiens auparavant. Puis il a fallu à Paul trois ans de solitude, en Arabie, pour faire le point sur ses années pharisiennes, ouvrir les yeux sur ses égarements passés, et choisir de donner un nouveau sens à sa vie. Comme quoi l’intériorité, le silence, et un certain retour sur soi à travers une solitude habitée sont des aides puissantes pour se désintoxiquer du fanatisme et se retrouver pleinement. On aurait tort de négliger les ressources que représentent les monastères, de toutes religions, dans la lutte contre la radicalisation des esprits. Ils ont toujours été des lieux de relecture de son histoire, de reprise de soi, de conscientisation sur ses propres contradictions, d’aspiration à une unité intérieure non-violente, authentique.

 

Faire passer les personnes avant les idées.
Lutter contre l’enfermement algorithmique.

Ces deux éléments de la conversion de Paul ne valent pas que pour les djihadistes. Chacun de nous a besoin de travailler sur ses propres tentations dans ces deux domaines.

Qui peut dire qu’il ne s’est pas installé dans un système de croyance et de pensée qui l’empêche de rencontrer en vérité des personnes nouvelles ou différentes ?

Qui peut affirmer qu’il reste ouvert alors que les algorithmes sociaux nous poussent à fréquenter nos semblables uniquement et à penser comme eux ?

Travaillons à la déradicalisation du fanatique qui sommeille en chacun de nous.

 

________________________________

[1]. Mesure 59 : Lutter contre l’enfermement algorithmique.
Si les mécanismes de radicalisation chez les jeunes sont complexes, et divers, et qu’ils font généralement intervenir des contacts humains à un moment donné, Internet peut jouer un rôle dans le renforcement des convictions radicales des personnes fragiles et leur motivation jusqu’au départ vers les zones de combat. Les algorithmes de recommandation de certains réseaux sociaux ou plateformes vidéo ont l’effet imprévu d’enfermer l’utilisateur dans des contenus systématiquement orientés dans le même sens. La visualisation préalable d’un contenu vu ou aimé conduit mécaniquement à ce que la personne concernée s’en voit proposer 10 de nature similaire, puis 10 autres, jusqu’à ce que l’offre présentée à l’utilisateur soit parfois entièrement consacrée à ces contenus de haine. Ce phénomène d’enfermement algorithmique ne peut être combattu que par les acteurs économiques concernés, qui devront prendre en compte d’autres facteurs dans leurs mécanismes techniques de recommandation, comme par exemple les signalements et éventuels retraits passés de contenus similaires. Le Gouvernement a entamé un dialogue stratégique et technique avec les principaux acteurs concernés afin de parvenir à circonscrire ce phénomène, et aboutir à une limitation de l’enfermement pour les contenus de haine, voire à la recommandation de contre-discours dans l’offre de contenus.
Plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme (PART) – 9 mai 2016

 

 

1ère lecture : « Regarde, ton fils est vivant ! » (1 R 17, 17-24)
Lecture du premier livre des Rois

En ces jours-là, le fils de la femme chez qui habitait le prophète Élie tomba malade ; le mal fut si violent que l’enfant expira. Alors la femme dit à Élie : « Que me veux-tu, homme de Dieu ? Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! » Élie répondit : « Donne-moi ton fils ! » Il le prit des bras de sa mère, le porta dans sa chambre en haut de la maison et l’étendit sur son lit. Puis il invoqua le Seigneur : « Seigneur, mon Dieu, cette veuve chez qui je loge, lui veux-tu du mal jusqu’à faire mourir son fils ? » Par trois fois, il s’étendit sur l’enfant en invoquant le Seigneur : « Seigneur, mon Dieu, je t’en supplie, rends la vie à cet enfant ! » Le Seigneur entendit la prière d’Élie ; le souffle de l’enfant revint en lui : il était vivant ! Élie prit alors l’enfant, de sa chambre il le descendit dans la maison, le remit à sa mère et dit : « Regarde, ton fils est vivant ! » La femme lui répondit : « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, et que, dans ta bouche, la parole du Seigneur est véridique. »

Psaume : Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. (Ps 29, 2a)

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri ;
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

2ème lecture : « Dieu a trouvé bon de révéler en moi son Fils, pour que je l’annonce parmi les nations » (Ga 1, 11-19)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères, je tiens à ce que vous le sachiez, l’Évangile que j’ai proclamé n’est pas une invention humaine. Ce n’est pas non plus d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par révélation de Jésus Christ. Vous avez entendu parler du comportement que j’avais autrefois dans le judaïsme : je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu, et je cherchais à la détruire. J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères. Mais Dieu m’avait mis à part dès le sein de ma mère ; dans sa grâce, il m’a appelé ; et il a trouvé bon de révéler en moi son Fils, pour que je l’annonce parmi les nations païennes. Aussitôt, sans prendre l’avis de personne, sans même monter à Jérusalem pour y rencontrer ceux qui étaient Apôtres avant moi, je suis parti pour l’Arabie et, de là, je suis retourné à Damas. Puis, trois ans après, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre, et je suis resté quinze jours auprès de lui. Je n’ai vu aucun des autres Apôtres sauf Jacques, le frère du Seigneur.

Evangile : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi » (Lc 7, 11-17)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Un grand prophète s’est levé parmi nous : et Dieu a visité son peuple. Alléluia. (Lc 7, 16)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme. Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : « Ne pleure pas. » Il s’approcha et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » Et cette parole sur Jésus se répandit dans la Judée entière et dans toute la région.
Patrick BRAUD

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