L'homelie du dimanche

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24 novembre 2019

Le recueil des homélies 2018-19 est paru !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 13 h 00 min

Le recueil des homélies 2018-19 est paru !

 

Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?

Homélies Année C / 2018-2019

Qu'as-tu que tu n'aies reçu ?

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En prévision de l’année liturgique A qui commence, vous pouvez également commander les recueils correspondants :

 

Le festin obligé

Homélies Année A / 2016-2017

Le festin obligé

 

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Laisse faire 

Homélies Année A / 2013-2014

Laisse faire Couverture Lulu

 

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Le dialogue intérieur 

Homélies Année A / 2010-2011

Le dialogue intérieur Couverture

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20 octobre 2019

D’Anubis à saint Michel

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

D’Anubis à saint Michel

Homélie du 30° dimanche du Temps Ordinaire /  Année C
27/10/2019

Cf. également :

Dans les petits papiers de Dieu

Simul peccator et justus : de l’intérêt d’être pécheur et de le savoir

« J’ai renoncé au comparatif »

Une scène n’a cessé d’être représentée sur les papyrus de l’ancienne Égypte pendant seize  siècles : la pesée des âmes lors du jugement dernier. L’image est extraordinaire dans les papyrus d’Ani (vers -1550/-1292) ou d’Hunefer (vers -1280) par exemple. On y voit le dieu de la mort Anubis tenir une balance. Sur le plateau droit est déposé le cœur du défunt, et sur le plateau gauche la plume symbolisant la justice de la déesse Maat. Le dieu Toth prend scrupuleusement en note le résultat de la pesée. Si le cœur est léger, plus léger que la plume, c’est que le défunt avait le cœur pur : il est alors conduit auprès d’Osiris, le dieu de la résurrection d’entre les morts, pour partager avec lui la vie éternelle. Si le défunt avait le cœur lourd, chargé de péchés, le dieu Sobek à tête de crocodile n’attendait qu’un signe d’Anubis pour dévorer son cœur, symbole de châtiment éternel.

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En Europe, 15 siècles après J.C., le peintre flamand Roger van der Weyden a peint des fresques sublimes exposées sous forme de retables dans les hospices de Beaune. Étonnamment, la même scène y est représentée, à croire que juifs et chrétiens ont puisé sans le savoir dans la symbolique égyptienne pour penser le jugement dernier ! L’ange saint Michel remplace ici Anubis : il se tient très droits pour ne pas fausser la pesée de la balance qu’il tient de sa main droite. À la place d’Osiris, c’est le Christ ressuscité qui préside au jugement et accueille les élus à sa droite. Ce n’est plus le cœur contre la plume, mais les mauvaises actions qui sont pesées contre les bonnes. Si le plateau penche à droite, l’élu ira rejoindre la foule des ressuscités sortant de terre nus comme des graines émergeant du sol. Si le plateau penche à gauche, ils iront loin du Christ, malheureux comme celui qui se mange la main de remords (littéralement !).

Jugement dernier Van der Weyden

Trois mille ans et trois religions séparent ces deux images, et pourtant elles ont indéniablement une inspiration commune : l’intuition que l’au-delà dépend de l’ici-bas, de la justesse de la vie sur terre. « On n’a que ce qu’on mérite » pourrait résumer l’avertissement lancé aux sujets des pharaons comme à ceux de Charles VII !

Pourtant, à bien lire notre parabole du pharisien et du publicain de ce dimanche, on ne peut que s’inscrire en faux contre cette vision trop anthropomorphique de la justice de Dieu !

Que dit le texte en effet ? On s’attend à ce que l’amas de bonnes œuvres accumulées soit plus efficace que la supplication du pécheur arrivant les mains vides. C’est du moins ce qu’Anubis ou saint Michel (version van der Weyden) auraient prononcé comme verdict. Eh bien pas du tout ! « Quand ce dernier [le publicain] redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre ».

Jésus prend à contre-pied nos représentations instinctives de la justice : nous pensons qu’elle se mérite ; lui nous révèle qu’elle est donnée.
Nous croyons que nos bonnes actions auront leur récompense ; lui nous assure que le salut ne s’achète pas mais se reçoit gratuitement.
Nous imaginons qu’il faut faire beaucoup d’offrandes, de sacrifices, de prières et de rites pour arriver devant Dieu les bras chargés de présents ; et le Christ nous dit que les mains vides seront plus aptes à accueillir le don de Dieu.
Nous voulons mériter notre salut ; or le publicain n’a rien fait de bien et c’est lui qui est sauvé (comme le condamné à la droite de Jésus sur le gibet de la croix).
Nous pensons que la justice est punitive ; le Christ nous révèle une justice salvifique.

Le pharisien – personnage très aimé et très respecté du peuple juif pour sa rectitude – tombe dans le piège d’Anubis avec des ressemblances troublantes, comme si le paganisme (faire les dieux à son image) réussissait toujours à s’infiltrer dans le monothéisme (Dieu tout autre que les représentations humaines). Lorsqu’il énumère les motifs de son action de grâce, le pharisien ne se rend pas compte qu’il égrène à nouveau les confessions négatives que le défunt égyptien prononçait devant le tribunal des dieux. Il confesse : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain ». Ainsi faisait celui qui comparaissait devant le tribunal des dieux égyptiens :

D’Anubis à saint Michel dans Communauté spirituelle extrc3a9mitc3a9-planche-31-ani« Je n’ai pas commis l’iniquité
je n’ai pas brigandé
je n’ai pas été cupide
je n’ai pas dérobé
je n’ai tué personne
je n’ai pas diminué le boisseau
je n’ai pas commis de forfaiture… »
(texte des 42 confessions négatives du papyrus d’Ani).

En plus, il veut asseoir sa justice sur l’injustice du publicain, par comparaison et dépréciation. Comme s’il fallait enfoncer la tête de l’autre sous l’eau pour arriver à émerger de la masse des justiciables.
D’ailleurs, aujourd’hui encore, dans les bénédictions du matin (Birkot Hasha’har) que lit tout juif pratiquant se trouve cette bénédiction : « Béni Sois-Tu, Eternel, notre D.ieu, Roi du monde, de ne pas m’avoir fait femme ». La femme elle, dit simplement « Béni Soit Celui qui m’a faite selon Sa Volonté ». La tentation de la comparaison s’est infiltrée jusque dans le meilleur du judaïsme…

À l’inverse, par son silence sur ses mérites, par sa pauvre imploration : « prends pitié du pécheur que je suis », le publicain ne veut aucun mal au pharisien, il ne se compare pas à lui. Il accepte d’être vrai devant Dieu, et s’ouvre à sa miséricorde. Et c’est lui qui est justifié en finale ! Pas très « moral » tout ça, car la « morale » commune voudrait que les bons soient récompensés et les méchants punis…

PHARISIEN%2BET%2BPUBLICAIN%2BPARABOLE Anubis dans Communauté spirituellePar cette petite parabole, Jésus renverse ainsi les tables du commerce marchand de la prière païenne. Il trouble en même temps l’ordre moral qui fonde le pouvoir de la religion sur les rites à pratiquer, les offrandes à consacrer, les bonnes actions à accumuler. Il situe le salut au-delà du bien et du mal commis. Cette parabole a donc un petit côté anarchiste, au sens où elle conteste à tout pouvoir religieux humain le droit de décréter qui est juste ou qui est injuste, les rites à pratiquer, les sacrifices à faire. Proclamer comme Jésus que les prostituées et les publicains précéderont les pratiquants religieux et fidèles n’était pas du goût de tout le monde…

Se présenter devant Dieu les mains vides, en attendant tout de lui, ne signifie pas pour autant mener une vie de violence et de rapines. Pour reprendre la maxime d’Ignace de Loyola : « Agis comme si tout dépendait de toi, en sachant qu’en réalité tout dépend de Dieu ». ou pour reprendre la prière de la petite Thérèse de Lisieux, il s’agit d’arriver les mains vides devant Dieu pour tout recevoir de lui :

« Au soir de cette vie, je paraîtrai devant toi les mains vides, car je ne te demande pas Seigneur, de compter mes œuvres. Toutes nos justices ont des taches à tes yeux. Je veux donc me revêtir de ta propre justice et recevoir de ton Amour la possession éternelle de Toi-même. Je ne veux point d’autre Trône et d’autre Couronne que Toi, ô mon Bien-Aimé !… »

Le désir d’accumuler sans cesse est à la base de notre économie moderne. Prenons garde à ce qu’il ne dénature pas notre soif de la justice selon le cœur de Dieu, car accumuler les bonnes actions ne fera jamais de nous des justes. Par contre, le salut accueilli produit des fruits de justice qui alors ne sont pas les termes d’un échange marchand donnant-donnant, mais les conséquences gracieuses de la vie gratuitement donnée-reçue.

Réapprenons la gratuité, pour nous comme pour ceux qui nous entourent.

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE

« La prière du pauvre traverse les nuées » (Si 35, 15b-17.20-22a)

Lecture du livre de Ben Sira le Sage

Le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l’opprimé. Il ne méprise pas la supplication de l’orphelin, ni la plainte répétée de la veuve. Celui dont le service est agréable à Dieu sera bien accueilli, sa supplication parviendra jusqu’au ciel. La prière du pauvre traverse les nuées ; tant qu’elle n’a pas atteint son but, il demeure inconsolable. Il persévère tant que le Très-Haut n’a pas jeté les yeux sur lui, ni prononcé la sentence en faveur des justes et rendu justice.

 

PSAUME

(Ps 33 (34), 2-3, 16.18, 19.23)
R/ Un pauvre crie ; le Seigneur entend. (Ps 33, 7a)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Le Seigneur regarde les justes,
il écoute, attentif à leurs cris.
Le Seigneur entend ceux qui l’appellent :
de toutes leurs angoisses, il les délivre.

Il est proche du cœur brisé,
il sauve l’esprit abattu.
Le Seigneur rachètera ses serviteurs :
pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice » (2 Tm 4, 6-8.16-18)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, je suis déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice : le Seigneur, le juste juge, me la remettra en ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui auront désiré avec amour sa Manifestation glorieuse. La première fois que j’ai présenté ma défense, personne ne m’a soutenu : tous m’ont abandonné. Que cela ne soit pas retenu contre eux. Le Seigneur, lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que, par moi, la proclamation de l’Évangile s’accomplisse jusqu’au bout et que toutes les nations l’entendent. J’ai été arraché à la gueule du lion ; le Seigneur m’arrachera encore à tout ce qu’on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer dans son Royaume céleste. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

 

ÉVANGILE

« Le publicain redescendit dans sa maison ; c’est lui qui était devenu juste, plutôt que le pharisien » (Lc 18, 9-14)
Alléluia. Alléluia.Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui : il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation. Alléluia. (cf. 2 Co 5, 19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts). Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : ‘Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’ Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : ‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’ Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »
Patrick BRAUD

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6 octobre 2019

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Homélie du 28ème dimanche du Temps Ordinaire /  Année C

18/10/2019

Cf. également :

De la santé au salut en passant par la foi
Faire miniane
Quel sera votre sachet de terre juive ?
Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?
Épiphanie : l’économie du don
Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?
Le principe de gratuité
Le potlatch de Noël
La 12° ânesse

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Cadeau de janvier, ingratitude de février dans Communauté spirituelle gratitude-cartoonCe vieux proverbe français fait le constat – un peu désabusé – du peu de reconnaissance dont les êtres humains sont capables. Chacun de nous en a fait l’expérience : on donne de bon cœur, et l’autre s’en va avec son cadeau sans un merci ni même un regard … On se dit alors : OK, c’est un bon test de notre désintéressement ! Voulions-nous donner pour être flatté en retour, ou simplement pour faire plaisir, ou parce que l’autre en avait vraiment besoin ? Celui qui fait dépendre son don de la reconnaissance reçue en retour deviendra pingre et avare ! Fénelon disait : « Il ne faut rien attendre des hommes que de l’ingratitude, et les servir sans intérêt ». Et le sage observe : « le pécheur dilapide les biens de son garant ; dans son ingratitude, il abandonne celui qui l’a sauvé » (Sg 29, 16-17).

Reste que le pincement au cœur est toujours là : si ce cadeau a fait plaisir, pourquoi l’autre ne l’exprime-t-il pas ?
Par goujaterie et manque d’éducation, diront certains. Ils n’auront pas tout à fait tort, Tant il est vrai que dire merci n’est pas inné, mais s’apprend, par la famille, l’école, l’Eglise…
Par pudeur et timidité, diront les autres. Et ils n’auront pas tort, car c’est très intimidant de recevoir.

A cause d’un certain sentiment de honte et d’humiliation, diront d’autres encore. Et ils n’auront pas tort, car cela peut être très humiliant d’être obligé d’accepter des dons pour survivre. Revoir le donateur peut alors réactiver le sentiment de domination éprouvé  envers celui qui a tout alors que je n’ai rien. Corneille écrivait : « On n’aime point à voir ceux à qui l’on doit tout ».

Jésus dans notre évangile des dix lépreux guéris (Lc 17, 11-19) s’affronta ce constat d’ingratitude : comment !? un seul sur les dix est revenu remercier ? et un étranger (samaritain) en plus ?  et un hérétique !

 

Donner-recevoir-rendre

Homélie sur la guérison des dix lépreux (dimanche 18 décembre 2012)Jésus perçoit d’instinct que quelque chose manque à la guérison qu’il désire apporter à ces dix lépreux. Marcel Mauss, célèbre anthropologue français, a théorisé le circuit symbolique emprunté par le don pour circuler dans une communauté et entre communautés [1].

Tout commence avec l’acte de donner. Ici, c’est à la manière du Christ : généreusement, sans calcul, sans même les gestes et paroles théâtrales dont les chamanes et autres sorciers aiment entourer leurs pratiques. Il répond à leur supplication parce qu’il est saisi de pitié devant leur maladie et ses conséquence physiques, sociales, religieuses.

Vient ensuite l’acte de recevoir.

Il n’est pas si évident. Beaucoup refusent de recevoir : soit ils n’expriment pas leur demande, soit ils ne veulent pas du cadeau offert. Peut-être par orgueil, pour ne plus dépendre d’un autre, pour y arriver tout seul à la force du poignet… Savoir recevoir, ça s’apprend, comme savoir donner. Trop de fierté compromet le premier. Trop de condescendance dénature le second. Avoir le sentiment d’être humilié gâte le premier. Vouloir se faire aimer en retour transforme le second en manipulation. Jésus n’assortit son don de guérison aux dix lépreux d’aucune condition le concernant. Il demande juste d’aller faire constater par les prêtres que la lèpre est partie, afin que les dix ex-lépreux soient réintégrés de plein droit dans la communauté juive. Apparemment, ces hommes acceptent le don de Jésus puisqu’ils se mettent aussitôt en chemin vers le Temple de Jérusalem. Mais un seul ira jusqu’au bout de la logique du don que Marcel Mauss a formalisé : le contre-don.

 economie-du-don

Normalement, pour que l’échange de symbolique soit complet, la troisième étape du contre-don s’impose à ceux qui ont reçu comme une évidence non obligatoire mais essentielle pour que la logique du don continue à irriguer toute la communauté. En indonésien, Merci se dit Terima-Kasih (littéralement Recevoir-Donner) et l’on répond Sama-Sama (littéralement Ensemble). Le contre-don peut être fait à quelqu’un d’autre que le donateur, ou plus tard, ou autrement. L’enjeu est de ne pas figer la circulation de l’échange symbolique qui unit les membres d’un groupe ou des groupes entre eux. Le fait de rendre (rendre grâce, remercier) au donateur confère à celui-ci une importance sociale, une reconnaissance de la part de tous. Comme celui qui reçoit sera un jour celui qui donne, il ne voit nulle humiliation à reconnaître la grandeur de son donateur. S’il ne peut lui rendre en personne, il le rendra quelqu’un d’autre, provoquant ainsi une circulation généralisée du don / contre-don dans toute la communauté. C’est ce que fait le samaritain de l’autre parabole de Jésus, Il est cette fois-ci celui qui soigne. Il fait héberger le blessé rencontré sur la route. Puis il disparaît de sa vie sans chercher de retour, espérant que le dan reçu provoque chez le blessé le désir de devenir à son tour le sauveur d’un autre : « va et fais de même ». Ne pouvant manifester sa reconnaissance au sauveur du jour, il le rendra à un autre blessé, et ainsi de suite : le don ne cessera jamais de circuler sans jamais boucler sur lui-même.

En constatant – un peu surpris, voire navré – que seul un sur dix revient rendre grâce, Jésus ne ressent pas d’amertume pour lui-même. Il ne remet pas en cause l’utilité de son geste. Il n’arrêtera pas de guérir pour autant. Il s’applique à lui-même ce qu’il observe chez son Père : « faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants »(Lc 6,35). Non : il constate avec tristesse que 9 sur 10 ont interrompu l’élan vital qui leur aurait permis d’aller au bout de leur guérison. Car seul le contre-don permet d’atteindre la plénitude du don reçu. La guérison physique est bien donnée, mais seule l’action de grâce permet de l’accomplir en salut intégral : « va, ta foi t’a sauvé ». Pour les 9 autres, on dirait au rugby qu’ils ont bénéficié d’un essai… non transformé ! Il manque quelque chose à leur humanité guérie, quelque chose qui les fait passer à côté du salut tout proche. Ce quelque chose, c’est le contre-don : savoir rendre,  (rendre grâce, rendre la pareille, renvoyer l’ascenseur…).

Nous sommes sans cesse en dette envers ceux qui nous font grandir et aller mieux d’une manière ou d’une autre. Et c’est tant mieux, car cela nous incite à notre tour à donner (et même par-donner) de la même manière. Celui qui interrompt ce flux vital s’abîme lui-même en empêchant le lien de la reconnaissance de l’unir à ses semblables. « L’espoir de l’ingrat fondra comme le givre hivernal, il s’écoulera comme une eau qui se perd »(Sg 16,29).

Plus encore : ne pas rendre grâce abime le donateur, en le privant d’une forme de réassurance sur son rôle et sur sa place au sein de la communauté. Les neuf lépreux, sans le savoir, enlèvent ainsi à Jésus sa part de reconnaissance dont il aurait pourtant bien besoin pour poursuivre sa mission grâce au soutien des témoins de la scène ! Exprimer sa reconnaissance, c’est en même temps attribuer une importance sociale au donateur dont on se porte garant.

 

Au-delà du légal et du religieux.

Jésus dans un premier temps semble cautionner le système religieux du Temple de Jérusalem. Il demande aux dix d’aller se montrer aux prêtres (cohens) de Jérusalem. Le but évidemment d’obtenir leur pleine réintégration sociale après la guérison physique (Lv 13-14). Comme un label apposé sur leur nouvel état de santé, la visite aux prêtres officialisera leur  retour dans le monde des vivants, d’où la lèpre les avait exclus. Ils retrouvent leurs papiers d’identité en somme !

sanctuary-stairs don dans Communauté spirituelleLe piège serait de se satisfaire de cette obligation rituelle : comme si les démarches juridiques suffisaient, comme si le certificat religieux rétablissait les choses comme avant, comme s’il ne s’était rien passé. Un seul ose s’affranchir de ce système juridico-religieux : le samaritain. Parce qu’il est ‘hérétique’ aux yeux des juifs sans doute. Car pour les samaritains, c’est le mont Garizim qui est important et non le mont Sion de Jérusalem avec son Temple. Bienheureuse hérésie qui lui permet de s’affranchir des obligations du Temple ! C’est la religion du Lévitique qui avait parqué à l’écart ces hommes à cause de leur lèpre. C’est la reconnaissance envers Jésus qui a libéré le samaritain de cet assujettissement à la Loi auquel les neuf autres continuent de consentir. Il y a donc un certain éloge de la rébellion contre les obligations juridico-religieuses dans l’éloge que Jésus fait du dixième lépreux guéri ! En revenant sur ses pas pour remercier, cet homme échappe au pouvoir des prêtres, et revendique que les rites du Temple sont caduques. Non il ne se soumettra pas aux rituels compliqués inventés par les hommes pour dominer les autres au nom de Dieu ! Oui, il découvre que l’accueil du salut rend libre par rapport à toutes les obligations et convenances admises. Parce que c’est un étranger, il relativise les coutumes que les juifs croient essentielles. Parce que c’est un ‘hérétique’, il ne sacralise pas absolument ce qui est absolument incontestable pour un juif : le mont Sion, Jérusalem, le sacerdoce lévitique. Il revient vers Jésus, au-delà du juridique et du religieux, pour lui exprimer sa reconnaissance, le remercier, et reconnaître face contre terre la grandeur de son bienfaiteur.

La foi au Christ en personne sera à toujours plus grande que la nécessaire médiation des institutions et des appareils des Eglises. Sans disqualifier un certain fonctionnement religieux auquel il renvoie,  le Christ salue dans l’action de grâce du samaritain guéri la priorité de la foi sur les obligations provenant de la Loi ou du sacré. Pas étonnant qu’il se soit fait autant d’ennemis chez les fonctionnaires de Dieu de l’époque !

 

Cette semaine, méditons donc cette parabole en nous identifiant tour à tour à chaque personnage : Jésus le donateur, les 9 lépreux guéris et ingrats, le 10° : le samaritain sauvé, la foule spectatrice …

__________________________________________

[1] Marcel Mauss , Essai   sur  le  don.  Forme  et   raison  de  l’échange  dans   les   sociétés   archaïques, Article originalement publié dans l’Année Sociologique, seconde série, 1923-1924

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Naaman retourna chez l’homme de Dieu et déclara : Il n’y a pas d’autre Dieu que celui d’Israël » (2 R 5, 14-17)

Lecture du deuxième livre des Rois

En ces jours-là, le général syrien Naaman, qui était lépreux, descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole d’Élisée, l’homme de Dieu ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié ! Il retourna chez l’homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra, se présenta devant lui et déclara : « Désormais, je le sais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur. » Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n’accepterai rien. » Naaman le pressa d’accepter, mais il refusa. Naaman dit alors : « Puisque c’est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter, car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël. »

 

PSAUME

(Ps 97 (98), 1, 2-3ab,3cd-4)
R/ Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. (Ps 97, 2)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

DEUXIÈME LECTURE
« Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons » (2 Tm 2, 8-13)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, le descendant de David : voilà mon évangile. C’est pour lui que j’endure la souffrance, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu ! C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent, eux aussi, le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle.
Voici une parole digne de foi : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.

ÉVANGILE

« Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » (Lc 17, 11-19)
Alléluia. Alléluia.Rendez grâce à Dieu en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. Alléluia. (1 Th 5, 18) 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. » À cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés.

 L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain. Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »
Patrick Braud

 

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28 avril 2019

Quand tu seras vieux…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Quand tu seras vieux…

Homélie pour le 3° Dimanche de Pâques / Année C
05/05/2019

Cf. également :

Le courage pascal
Les 153 gros poissons
Le premier cri de l’Église
Le devoir de désobéissance civile
Bon foin ne suffit pas
Les 7 mercenaires

http://www.enjeux-seniors.fr/wp-content/uploads/2014/05/suicidesenior0-1.pngUne amie m’a téléphoné tard un soir de cette semaine : « c’est horrible. J’ai retrouvé cet après-midi Alain affalé au pied de l’arbre au milieu de la cour. Je me suis approchée ; j’ai vu le fusil, puis la tête ou ce qu’il en restait, à moitié arrachée par la violence du coup de feu »… Son mari venait de se suicider. Une raison possible était son angoisse de la déchéance de la maladie. À 70 ans, opéré lourdement, ayant perdu presque toute mobilité, il ne pouvait supporter de se voir vieillir dans la dépendance absolue et la souffrance physique et morale qui allait l’accompagner. Impossible de savoir exactement si c’était la seule raison, et encore moins de juger. Mais cette fin dramatique renvoie à toutes les fins de vie que nous accompagnons, dont la nôtre n’est pas la moindre. Vieillir, bien vieillir, jusqu’à mourir dans la dignité, devient une problématique occidentale majeure avec l’accroissement de l’espérance de vie. Le grand débat national en France avait d’ailleurs soulevé la question de la qualité de vie des retraités, de la prise en charge de la dépendance pour le quatrième et cinquième âge.

Jésus n’a pas vécu bien vieux – 33 ans à peine ! – mais il savait que ses disciples seraient confrontés au temps qui passe. Loin d’en avoir une vision pessimiste, il mise au contraire sur l’âge pour qu’ils acquièrent la sagesse spirituelle :

« Quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller ». Après la pêche des 153 gros poissons (symbolisant la mission de l’Église pour toute l’humanité), Pierre aurait pu tomber dans le piège du succès facile et euphorisant. Jésus le ramène à la réalité, d’abord au travers des trois « m’aimes-tu » qui lui rappellent son triple reniement, puis avec cette prophétie énigmatique : « quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller ». Et Jean interprète : « Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu » (Jn 21, 1-19).

vieux, brel, jacques, vieillard, visage, ride, âge, personne, homme, femme… Vieillards, Portrait Noir Et Blanc, Photo Noir Et Blanc, Photographie De Portraits, Photographie Noir Et Blanc, Vieux Visages, Sans Abris, Vieillesse, Images InspirantesL’enjeu de la vieillesse, c’est donc pour le Christ d’apprendre à se laisser conduire par l’Esprit Saint. Jeune et fougueux, chacun veut être maître de sa vie, organiser son parcours professionnel, acheter un logement, fonder une famille. Les 40 ou 50 premières années de l’existence sont toutes dédiées à cette trajectoire très volontariste, si rien ne vient la perturber. À partir du mi-temps de l’existence, la fameuse crise de milieu de vie remet en cause cette agitation effrénée pour construire à tout prix quelque chose à laisser derrière soi : est-ce vraiment moi ? serai-je en train de jouer un rôle que d’autres ont décidé pour moi ? est-ce bien pour cela que je suis sur terre ?

Alors les années, l’expérience et la réflexion peuvent peu à peu produire autre chose que l’illusion de tout maîtriser. La sagesse selon l’Esprit de Dieu consiste à se laisser conduire là où l’on n’aurait jamais pensé aller, si c’est par appel de Dieu. Les événements deviennent des aiguillages, les ennuis de santé invitent à écouter son corps, les échecs à écouter son cœur. Le papier de verre des inévitables difficultés qui s’accumulent nous polit et nous aide à nous débarrasser du superflu pour nous concentrer sur l’essentiel. Dans la vie spirituelle, on laisse peu à peu les rênes à l’Esprit, qui souffle où il veut, pas où je veux. Ainsi Pierre a été conduit à Rome alors qu’il n’imaginait pas quitter Jérusalem, en prison alors qu’il voulait prêcher dans les synagogues, crucifié dans l’arène romaine comme un esclave et non comme un juif religieux.

fleuris1Faites la liste des personnes, des lieux, des activités ou des choses que la vie vous a amené à fréquenter avec le temps : c’est rarement ce que vous auriez prévu à 20 ans ! Il faut du temps pour apprendre à se laisser guider plutôt qu’à tout décider soi-même. « Fleuris là où  Dieu t’a planté », aimait à répéter saint François de Sales. Répondre à des appels successifs peut vous conduire à des engagements associatifs, des solidarités nouvelles, à de nouveaux modes de vie impensables avant. C’est plus facile de se détacher de ce qu’on possède, de ce qu’on a réalisé lorsque la perspective de la fin commence à réorienter nos choix, notre liberté, nos désirs. Devenir vieux peut devenir une formidable opportunité pour naviguer en zone libre : libre du qu’en-dira-t-on, de l’obsession d’accumuler, du vain désir de gloire… Le vieil évêque de Smyrne, Polycarpe, raconte avec humour à son bourreau que ce n’est pas à 86 ans qu’il va se mettre à adorer César :

Le proconsul le fit comparaître devant lui et lui demanda s’il était Polycarpe.
« Oui », répondit celui-ci. Alors il essaya de le faire abjurer : « Respecte ton âge », disait-il.
Suivaient toutes les paroles que l’on tenait en pareil cas :
« Jure par la fortune de César, rétracte-toi, crie : à mort les impies ! »
(les chrétiens étaient considérés comme impies  parce qu’ils refusaient de reconnaitre César comme Dieu). […]
Polycarpe répondit : « Si tu t’imagines que je vais jurer par la fortune de César, comme tu dis, en feignant d’ignorer qui je suis, écoute-le donc une bonne fois : je suis chrétien. Voilà quatre-vingt-six ans que je le sers et il ne m’a fait aucun mal. Comment pourrais-je insulter mon roi et mon sauveur ? Si le christianisme t’intéresse, donne-toi un jour pour m’entendre ».
Martyre de Polycarpe, Smyrne en l’an 156

Bien sûr, cette sagesse spirituelle ne dépend pas du nombre des années : les jeunes Kisito (martyr de l’Ouganda), Dominique Savio, Maria Goretti, Francisco Marto et sa sœur Jacinta et autres béatifiés de moins de 20 ans nous montrent que la voie de l’enfance et de la sagesse vont bien ensemble. C’est d’ailleurs ce qu’on envie chez l’enfant : sa capacité à faire confiance, à prendre la main tendue, à se laisser câliner, à explorer ce qu’on lui désigne.

Nietzsche disait que l’enfance est le troisième âge de la maturité humaine, après le chameau et le lion. L’être humain commence par jouer le chameau, se charger des plus lourds fardeaux, endurer les pires épreuves, histoire de s’assurer de son courage. Et de trouver son désert, sa solitude propre. Pour se rendre libre, il se métamorphose en lion, maîtrise le désert, dit « Je veux ». Il s’affranchit ainsi du devoir, refuse de se soumettre à l’impérieux « Tu dois » qui fait plier le genou aux chameaux. Il pourrait en rester là. « Pourquoi faut-il que le lion féroce devienne enfant ? », demande Zarathoustra. La réponse ne tarde pas : « L’enfant est innocence et oubli, un nouveau commencement et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, un « oui » sacré. »chameau-lion-enfant

Il ne s’agit pas de retomber en enfance, mais au contraire de changer pour devenir enfin comme des enfants, sans cela le royaume de Dieu nous est impossible (Lc 18,17). La marque de cette vieillesse-sagesse-enfance spirituelle, c’est d’étendre les mains et d’accepter qu’un autre nous mette la ceinture aux reins, pour aller là où Dieu nous conduit.

Quand tu seras vieux… dans Communauté spirituelle Aide-a-lhabillage-et-a-la-toiletteSe laisser habiller est la douloureuse expérience des personnes âgées, en EHPAD  notamment. C’est aussi le signe de la Pâque, qu’on doit manger ceinture aux reins (Ex 12,11) : nul ne choisit sa Pâque, elle nous est donnée. Les morts / résurrections que nous avons à traverser avec les années ne sont pas celles que nous aurions choisies, mais elles seront fécondes si nous nous laissons dé-router par les événements pour aller dans l’imprévu. Même la maladie, la grande dépendance, même la mort peuvent finalement être retournées en occasions de « rendre gloire à Dieu » selon les mots de Jean dans l’évangile d’aujourd’hui. Nous avons tous connus des seniors rayonnants malgré leur santé dégradée.

Ces imprévus ne sont pas toujours dramatiques.

Nelson Mandela devient président d’Afrique du Sud après 40 ans de détention : c’est un destin improbable et imprévisible, mais une fin heureuse pour « Madiba ».
Le vieux pape Jean XXIII qu’on croyait de transition fait une annonce toute simple dans une sacristie italienne en 1959 : « j’ai décidé de convoquer un concile œcuménique ». Et toute l’Église est renouvelée par ce coup de folie d’un vieux pape finalement très sage.
La religieuse qui - à la quarantaine - quitta son univers doré d’écoles catholiques pour bonnes familles indiennes pour un seau et un sari blanc-bleu auprès des mourants prendra le visage ridé de mère Teresa, symbole mondial de compassion et de miséricorde.
Les exemples sont nombreux de gens qui au bénéfice de l’âge prennent des tournants heureux et bénéfiques.

Alors changeons de regard sur les « vieux » qui nous entourent : ils peuvent nous émerveiller, nous surprendre, nous impressionner.

Et nous-mêmes, transformons les décennies qui passent en autant d’invitations à hisser la voile et laisser le vent la gonfler à sa guise. « Quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller »…

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Nous sommes les témoins de tout cela avec l’Esprit Saint » (Ac 5, 27b-32.40b-41)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, les Apôtres comparaissaient devant le Conseil suprême. Le grand prêtre les interrogea : « Nous vous avions formellement interdit d’enseigner au nom de celui-là, et voilà que vous remplissez Jérusalem de votre enseignement. Vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme ! » En réponse, Pierre et les Apôtres déclarèrent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice. C’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés. Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. » Après avoir fait fouetter les Apôtres, ils leur interdirent de parler au nom de Jésus, puis ils les relâchèrent. Quant à eux, quittant le Conseil suprême, ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus.

Psaume
(Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13)
R/ Je t’exalte, Seigneur, tu m’a relevé. ou : Alléluia.
(Ps 29, 2a)

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri ;
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi ;
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

Deuxième lecture
« Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse » (Ap 5, 11-14)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu : et j’entendis la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens ; ils étaient des myriades de myriades, par milliers de milliers. Ils disaient d’une voix forte : « Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange. » Toute créature dans le ciel et sur la terre, sous la terre et sur la mer, et tous les êtres qui s’y trouvent, je les entendis proclamer : « À celui qui siège sur le Trône, et à l’Agneau, la louange et l’honneur, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. » Et les quatre Vivants disaient : « Amen ! » ; et les Anciens, se jetant devant le Trône, se prosternèrent.

Évangile
« Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson » (Jn 21, 1-19)
Alléluia. Alléluia.
Le Christ est ressuscité, le Créateur de l’univers, le Sauveur des hommes. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment. Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien.
Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » Ils lui répondirent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres. Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. » Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré. Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson. C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.
Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. »
Patrick BRAUD

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