L'homélie du dimanche (prochain)

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16 décembre 2015

Visiter l’autre

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Visiter l’autre

 

Cf. également :

Enfanter le Verbe en nous…

« Tu as de la visite » 

Bouge-toi : tu as de la visite ! 

 

Homélie du 4° dimanche de l’Avent / Année C
20/12/2015

 

Visiter la famille

Noël sera encore cette année, malgré les attentats, une période de retrouvailles familiales. On va faire des kilomètres pour aller réveillonner avec les parents, ou des frères et soeurs. On va se partager entre la famille et la belle-famille. Et surtout on va prendre le temps, autour d’une bonne table, de se parler, de faire le tour des nouvelles des enfants de chacun, de raconter ses joies et ses peines, de faire remonter à la mémoire des souvenirs d’enfance etc.

Pour certains, ce rituel familial est devenu lourd, hypocrite, obsolète. Pour d’autres il est devenu impossible par suite des deuils, des séparations, des brouilles. Pour beaucoup, c’est encore un réservoir d’affection et de liens de proximité indispensable pour continuer la route, en se sachant aimé et membre d’une même famille.

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Pour Marie et Élisabeth en tout cas, cette visite familiale est si importante qu’elles y mettent une belle énergie. Enceintes toutes les deux, il eût été plus sage de continuer tranquillement la grossesse sans se bousculer. Or Marie et Joseph sortent de chez eux, prennent la route – qui à l’époque est conséquente, même avec un âne !, ou dangereuse – et quittent leur domicile pendant trois mois de grossesse.

 

La visite de l’autre, même si d’abord il s’agit d’un proche, est donc essentielle dans l’Évangile pour pouvoir accoucher du Tout Autre, Dieu fait homme !

Visiter la famille, c’est renouveler l’expérience de l’altérité sur fond de liens indissolubles. Jésus ne sera pas comme Jean-Baptiste. Marie et Joseph n’ont pas la même histoire de couple qu’Elisabeth et Zacharie. Mettre en commun leurs deux histoires familiales leur permet de reconnaître un même Dieu à l’oeuvre dans leur vie.

Si vous avez dans votre famille la tradition des cousinades, vous savez ce que représentent une fois par an ces retrouvailles avec ses si proches / si différents que sont nos cousins / cousines. On repart de ces grandes tablées réchauffés par le clan, impressionnés de ce qu’ont traversé tel ou telle, émus d’avoir évoqué ensemble les racines de ces liens, heureux d’avoir ri, mangé et bu et renforcé la solidarité la plus ancienne de l’humanité, celle du sang.

 

Visiter l’autre

Mais la Bible va plus loin que la seule visite familiale. À la visite d’Elisabeth par Marie il faut ajouter par exemple l’accueil des trois étrangers par Abraham. Les Grecs appellent ce passage la philoxénie d’Abraham, ce qui veut dire l’amour des étrangers que pratique Abraham en se mettant en quatre pour offrir l’hospitalité à ces trois étranges visiteurs. On peut aussi regarder ce passage du côté des voyageurs : car l’initiative vient de ces trois-là (en qui les chrétiens ont reconnu  l’annonce de la Trinité). Ils sortent de leur univers (comme le Verbe de Dieu est sorti de la divinité pour se faire l’un de nous à Noël), ils prennent le risque du voyage et de la route, ils frappent à la tente de quelqu’un qu’ils ne connaissent pas… On ne peut pas vanter l’hospitalité sans féliciter ceux qui sortent ainsi d’eux-mêmes pour se laisser accueillir.

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La visite de l’autre – beaucoup plus autre que nos familles – vient ainsi dans le prolongement de l’Alliance biblique, et de l’incarnation du Verbe.

Là encore, il est question de donner la vie, car c’est la visite de l’autre qui engendre chez Abraham et Sarah la capacité – inespérée – d’enfanter Isaac. Quitter son univers pour aller visiter l’autre, c’est donc lui faire ce cadeau inouï d’engendrer la vie beaucoup plus que s’il était resté clos sur lui-même. On devine que juifs et chrétiens ne peuvent pas voir les migrations actuelles tout à fait comme leurs contemporains…

 

Depuis les envoyés à Abraham, depuis Marie visitant Elisabeth, les chrétiens n’ont de cesse, particulièrement à Noël, d’aller visiter l’autre.

Afficher l'image d'origineC’est l’équipe de l’aumônerie d’une prison qui fera tout pour établir des liens, des messages, des cadeaux, entre détenus et paroissiens, famille, amis. C’est l’aumônerie de l’hôpital qui multipliera les visites aux malades alors que la solitude est plus cruelle sous les guirlandes de Noël. C’est la maraude de Médecins du Monde qui patrouille encore plus à la recherche des SDF isolés. C’est tout simplement des voisins attentifs qui pour les fêtes inviteront la personne seule à côté de chez eux.

Toutes ces initiatives rejoignent le sens profond de Noël : sortir de soi pour faire corps avec l’autre, tel le Verbe de Dieu sortant de sa divinité pour prendre chair de notre chair.

 

Je me souviens pour ma part d’un Noël en Afrique. Nous avions décidé avec des étudiants africains de consacrer notre soirée du 24 décembre à aller chercher sur les marchés ceux qu’on appelle les fous, pauvres hères sans case ni famille, à moitié nus et les cheveux pleins de terre, pour leur proposer ce qui à l’époque équivalait à un vrai festin : du pain bien frais et des sardines à l’huile. Tantôt accueillis avec des jets de pierres et des imprécations, tantôt avec de grands sourires sans dents et des bénédictions immenses, ce fut l’un de mes plus beaux Noëls, le plus fidèle à sa signification d’origine.

 

Visiter les musulmans

En notre contexte d’attentats islamiques de par le monde entier, il faut revenir à l’initiative récente du pape François à Bangui. Il était en visite pastorale, conformément à la tradition évoquée plus haut : sortir de Rome pour aller à la rencontre de peuples différents. En Centrafrique, il a voulu aller dans le fameux quartier appelé PK5, théâtre de nombreuses violences entre chrétiens et musulmans. Il a même été rendre visite à la mosquée de Bangui, pour souligner combien toute religion authentique prône la paix et le dialogue avec l’autre.

En appelant ce lundi matin 30/11/15 à « dire non à la violence », en particulier « celle qui est perpétrée au nom d’une religion ou d’un Dieu » dans ce quartier stigmatisé de Bangui, le pape François a tenu les paroles fortes que musulmans et chrétiens attendaient, comme la veille à la cathédrale, lorsqu’il avait invité les Centrafricains à « dépasser la peur de l’autre ». En visite à la mosquée de Bangui, le pape François enfonce le clou :

« Chrétiens et musulmans nous sommes frères. Nous devons donc nous considérer comme tels, nous comporter comme tels. Nous savons bien que les derniers événements et les violences qui ont secoué votre pays n’étaient pas fondés sur des motifs proprement religieux. Celui qui dit croire en Dieu doit être aussi un homme, une femme, de paix. Chrétiens, musulmans et membres des religions traditionnelles ont vécu pacifiquement ensemble pendant de nombreuses années. Nous devons donc demeurer unis pour que cesse toute action qui, de part et d’autre, défigure le Visage de Dieu et a finalement pour but de défendre par tous les moyens des intérêts particuliers, au détriment du bien commun. Ensemble, disons non à la haine, non à la vengeance, non à la violence, en particulier à celle qui est perpétrée au nom d’une religion ou de Dieu. Dieu est paix, Dieu salam. […]

Chers amis, chers frères, je vous invite à prier et à travailler pour la réconciliation, la fraternité et la solidarité entre tous, sans oublier les personnes qui ont le plus souffert de ces événements.

Que Dieu vous bénisse et vous protège ! Salam alaykuom ! »

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Que les chrétiens visitent des musulmans, nous n’y sommes guère habitués en France ! On s’en méfierait presque. Et pourtant c’est bien l’un des sens profonds de Noël. En cela le pape François est fidèle à celui dont il a choisi le prénom, François d’Assise. En 1219, alors que la guerre battait son plein entre chrétiens et musulmans, François eut ce geste fou d’aller, seul, désarmé, à la rencontre du sultan Malik al-Kamil :

S’exposant avec courage aux dangers de tous les instants, François voulait se rendre chez le sultan de Babylone en personne. La guerre sévissait alors, implacable entre chrétiens et sarrasins, et les deux armées ayant pris position face à face dans la plaine, on ne pouvait sans risquer sa vie passer de l’une à l’autre.

Mais dans l’espoir d’obtenir sans tarder ce qu’il désirait, François résolut de s’y rendre. Après avoir prié, il obtint la force du Seigneur et, plein de confiance, chanta ce verset du Prophète: « Si j’ai à marcher au milieu des ombres de la mort, je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi ».

S’étant adjoint pour compagnon frère Illuminé, homme d’intelligence et de courage, il s’était mis en route traversant la mer et se retrouvant dans le pays du sultan. Quelques pas plus loin, ils tombaient dans les avant-postes des sarrasins, et ceux-ci, plus rapides, se précipitèrent sur eux. Ils les accablèrent d’injures, les chargeant de chaînes et les rouant de coups. À la fin, après les avoir maltraités et meurtris de toutes manières, ils les amenèrent, conformément aux décrets de la divine Providence, en présence du sultan: c’était ce qu’avait désiré François.

Afficher l'image d'origineLe prince leur demanda qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir; avec sa belle assurance, François répondit qu’il avait été envoyé d’au delà des mers non par un homme mais par le Dieu Très-Haut pour lui indiquer, à lui et à son peuple, la voie du salut et leur annoncer l’Évangile qui est la vérité. Puis il prêcha au sultan Dieu Trinité et Jésus sauveur du monde, avec une telle vigueur de pensée, une telle force d’âme et une telle ferveur d’esprit qu’en lui vraiment se réalisait de façon éclatante ce verset de l’Évangile: « Je mettrai dans votre bouche une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront ni résister ni contredire ».

Témoin en effet de cette ardeur et de ce courage, le sultan l’écoutait avec plaisir et le pressait de prolonger son séjour auprès de lui. Il offrit à François de nombreux et riches cadeaux que l’homme de Dieu méprisa comme de la boue: ce n’était pas des richesses du monde qu’il était avide, mais du salut des âmes.

Le sultan n’en conçut que plus de dévotion encore pour lui, à constater chez le saint un si parfait mépris des biens d’ici-bas.
François quitta le pays du sultan escorté par ses soldats ».

St Bonaventure, vie de St François

 

Alors, ce Noël pourrait bien aujourd’hui encore vous amener à prendre contact avec telle ou telle communauté musulmane, à organiser des visites réciproques de nos lieux de culte et d’assemblée, à prendre le thé ou le café ensemble, à échanger nos points de vue sur l’actualité, sur la naissance de Jésus, Prince de la paix pour les chrétiens et souffle de Dieu pour les musulmans…

 

Sans renoncer aux autres visites si importantes en cette fin d’année, pourquoi ne pas prendre le temps (et le courage) d’aller rendre visite à nos cousins musulmans ?

 

 

1ère lecture : « De toi sortira celui qui doit gouverner Israël »(Mi 5, 1-4a)
Lecture du livre du prophète Michée

Ainsi parle le Seigneur : Toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent aux temps anciens, aux jours d’autrefois. Mais Dieu livrera son peuple jusqu’au jour où enfantera… celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les fils d’Israël. Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom du Seigneur, son Dieu. Ils habiteront en sécurité, car désormais il sera grand jusqu’aux lointains de la terre, et lui-même, il sera la paix !

Psaume : Ps 79 (80), 2a.c.3bc, 15-16a, 18-19

R/ Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire,
et nous serons sauvés !
(Ps 79, 4)

Berger d’Israël, écoute,
resplendis au-dessus des Kéroubim !
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

Dieu de l’univers, reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu’a plantée ta main puissante.

Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l’homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

2ème lecture : « Me voici, je suis venu pour faire ta volonté »(He 10, 5-10)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre. Le Christ commence donc par dire : Tu n’as pas voulu ni agréé les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les sacrifices pour le péché, ceux que la Loi prescrit d’offrir. Puis il déclare : Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. Ainsi, il supprime le premier état de choses pour établir le second. Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.

Evangile : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1, 39-45)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Voici la servante du Seigneur : que tout m’advienne selon ta parole.
Alléluia. (Lc 1, 38)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
Patrick BRAUD

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21 septembre 2015

Coupe du monde de rugby : petit lexique à usage théologique

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Coupe du monde de rugby :
petit lexique à usage théologique

 

 

Cf. également :

En joug, et à deux !
Petite théologie du rugby pour la Coupe du Monde

 

Avant que la coupe du monde de rugby ne se termine, continuons la tentative de relecture Coupe du monde de rugby : petit lexique à usage théologique dans Communauté spirituellethéologique que nous avions commencée ici.

Les termes du rugby sont techniques, complexes, subtils. Beaucoup de dictionnaires en ligne ou sur papier peuvent vous guider. Je vous recommande particulièrement le très savoureux ‘Dictionnaire amoureux du rugby ‘ de Daniel Herrero, Plon, 2003.

Essayons juste de repérer quelques termes, avec humour et légèreté, quelques expressions rugbystiques qui ont une tonalité ou des harmoniques proprement théologiques.

 

Terre promise

C’est l’espace du terrain qui se situe au-delà de la ligne d’essai. Aller en Terre promise, c’est bien sûr aplatir la balle au-delà des poteaux. Symbole biblique qui assimile le jeu à un exode, les règles du jeu au Décalogue de l’Alliance, le franchissement de la ligne à celui du Jourdain par Josué… Et au rugby, on va souvent en Terre promise, mais on ne s’y installe jamais.

La théologie chrétienne aime bien cette dimension eschatologique, où l’au-delà est déjà présent sans être encore pleinement réalisé.

 

Demis

Être appelé demi est lourd de signification (au rugby, pas au bar…). Un demi n’existe qu’avec son alter ego, de mêlée ou d’ouverture. Il reconnaît en son nom l’appel à l’autre, l’incomplétude radicale qui marque finalement tout être humain. Ne parle-t-on pas de sa moitié pour désigner son mari ou sa femme ? Un demi de mêlée sait qu’il n’est rien sans son pack qui collecte les balles, ni sans son demi d’ouverture qui va déclencher l’attaque.

Dieu a peut-être créé l’homme à l’image de cette paire de demis : radicalement incomplet, pour l’obliger à faire équipe ; devant plonger dans les mêlées de la vie pour en extraire des balles propres, comme le demi de mêlée ; capable d’élargir le jeu en lançant ses partenaires vers la terre promise, comme le demi d’ouverture.

 

Charnière

C’est le nom donné à cette paire de demis. Stratégique, la charnière est comme son nom l’indique ce qui permet à l’équipe d’articuler l’effort des avants à la vista des arrières. L’équipe des 15 incarne elle aussi ce que Paul faisait porter à l’image du corps humain : « le Corps tout entier reçoit nourriture et cohésion de sa Tête, par les jointures et ligaments, pour réaliser sa croissance en Dieu » (Col 2,19 Ep 4,16).

Jouer un rôle charnière fait sans aucun doute partie de la vocation des baptisés. La charnière de demis nous rappelle que nous avons besoin de médiateurs pour articuler les rôles de chacun. Le Christ est le Médiateur par excellence, vrai Dieu et vrai homme. De là à penser qu’il aurait fait un bon demi d’ouverture, il n’y a qu’un pas, ou plutôt une passe…

 

Trois-quarts

Mêmes remarques que pour les demis : incomplétude, appel à l’autre. On peut y rajouter un sens certain de la gratuité : patienter des quarts d’heure entiers sans avoir aucun ballon d’attaque, plaquer à tour de bras en attendant, être jugé sur un ou deux ballons à ne pas manquer… Malgré l’arithmétique des fractions, les trois-quarts ne sont pas plus que les demis des héros solitaires. Mais leur nom nous rappelle que l’être humain est capable de ces grandes courses aux ailes à l’instar de ces gazelles (autre nom donné aux ailiers), où ils semblent s’envoler vers la Terre promise.

 

Maul

C’est une technique de progression où un avant, debout, est protégé par les autres avants pour avancer sans être plaqué. Pénétrant ou déroulant, le maul traduit la solidarité à laquelle nous sommes tous appelés. Pour que l’un d’entre nous puisse avancer protégé, il faut que d’autres lui fassent escorte, avec abnégation.

« Faire maul » autour des plus faibles, voilà une traduction rugbystique de l’option préférentielle pour les pauvres, chère à la doctrine sociale de l’Église…

 

Placage cathédrale

Placage qui soulevait l’adversaire à la verticale (comme une cathédrale dressée vers le ciel) avant de le faire retomber à la renverse. Extrêmement dangereux pour les cervicales, il est maintenant interdit.

Comme quoi ce qui est le plus spectaculaire peut s’avérer le plus dangereux, et c’est vrai même en religion…

 

Ascenseur

En touche, faire l’ascenseur, c’est aider un joueur à s’élever plus haut pour prendre le ballon, en le soulevant par le short ou les aisselles. Cette technique était autrefois interdite, mais aujourd’hui autorisée (à l’inverse du plaquage cathédrale : comme quoi les règles sont vivantes au rugby, comme elles devraient l’être en religion !), pour obtenir des touches plus spectaculaires.

Pour s’élever vers le ciel, il faut pouvoir compter sur des soutiens qui vous portent à bout de bras. Une autre version de la communion des saints en somme. L’ascenseur vers Dieu, c’est la force de l’Église qui vous porte et vous supporte.

Aider l’autre à s’élever, accepter d’être aidé pour monter plus haut : quelle plus belle image que l’ascenseur en touche pour traduire la quête spirituelle et le soutien de la communauté dans cette quête ?

 

Essai

Drôle de nom pour ce qui est en réalité une réussite ! Au début de l’histoire de rugby, on avait le droit de tenter de passer la balle entre les poteaux lorsqu’on l’aplatissait en terre promise. On avait donc droit à un essai (try), c’est-à-dire à une tentative. Ensuite on a trouvé le geste si beau qu’on a décidé de lui accorder des points pour lui-même : trois, puis cinq, en plus du coup de pied qui s’ensuit et qui est appelé ‘transformation‘. On a gardé le mot ‘essai’ alors que son enjeu était déjà partiellement réalisé.

Curieusement, ce déjà-là (les cinq points de l’essai) et ce pas encore (les deux points de la transformation) font penser aux gestes sacramentels : communier le dimanche par exemple, c’est déjà anticiper le passage au-delà de la ligne, et pourtant attendre la transformation de ce geste, qui doit encore rapporter des points dans la semaine à venir.

 coupe dans Communauté spirituelle 

Un essai n’est validé que si le ballon est aplati de haut en bas par le joueur, avec un contact physique joueur-ballon-terrain (d’où l’arbitrage vidéo souvent, pour vérifier que rien ne s’est interposé entre le ballon et la pelouse, et que le joueur a bien exercé une pression de haut en bas).

L’incarnation du Christ, c’est un peu ainsi : un Dieu qui s’aplatit au sol pour marquer l’essai. Il s’agissait bien pour Dieu de toucher le sol de notre humanité, ‘d’aplatir’ sa divinité pour qu’elle vienne au contact le plus physique de notre humanité. L’incarnation du Christ est un superbe essai divin, après une percée à travers les nuages déjouant les placages de l’Adversaire. À nous de le transformer, en faisant passer notre trajectoire humaine entre les poteaux plantés par Dieu (commandements, sacrements, comportements). Comme les trois arbitres d’un match de rugby se déplaçant au pied des poteaux lors des transformations, Dieu n’attend que de siffler joyeusement les deux points de notre plénitude…

 

Talonneur

Parmi les noms originaux des joueurs, cette métonymie est unique et parlante. Ce numéro 2 a pour rôle essentiel de ramener le ballon en arrière avec son talon, offrant ainsi le ballon introduit en mêlée aux deuxièmes et troisièmes lignes.

Comment ne pas penser au talon d’Ésaü, que Jacob a saisi par la main pour sortir du ventre de sa mère (Gn 25,26) ? Ou bien au talon de la première Ève que le serpent atteindra (Gn 3,15) mais grâce auquel la nouvelle Ève (Marie) pourra écraser sa tête ?

Devenir frère (Jacob et Ésaü), vaincre le mal (Ève et le serpent) : le geste obscur du talonneur dans l’intime de la mêlée, dérobé aux caméras, a peut-être plus d’ampleur qu’on ne le pense…

 

Piliers

Les numéros 1 et 3 encadrent le talonneur, et soutiennent la mêlée fermée, comme les piliers soutiennent un temple, une cathédrale. Ces forces de la nature subissent des pressions et des torsions énormes sur leur cou, leurs épaules. Ils ne crèvent pas l’écran comme les arrières, mais sans eux pas de munition pour les gazelles. Sans eux, tout s’écroule.

Dans nos communautés, s’il nous manque ces piliers, la fraternité s’écroule. Pierre a été choisi par Jésus parce qu’il était un peu comme ces colosses de la cohésion du pack : sa foi n’a jamais vacillé, et l’Église de Pierre (Rome) s’appuie sur les deux « colonnes » (Ga 2,9) de l’Église que sont Pierre et Paul, piliers avant l’heure, avec les 12.

 

French touch (ou french flair)

Style de jeu ‘à la française’, où, sur une inspiration subite, une équipe est capable d’inventer des combinaisons de génie, des enchaînements époustouflants, des courses folles depuis les 22 m, pour remonter tout le terrain et marquer des essais de légende. C’est bien un phénomène d’inspiration géniale, si fréquente chez les musiciens, les peintres, les artistes.

Les chrétiens n’ont aucune peine à y discerner la trace de cet Esprit créateur largement répandu sur tout homme et tout l’univers, se moquant des frontières institutionnelles et religieuses.

Mettez un ballon dans les mains de vos joueurs avec un peu de french touch, et les élèves pratiqueront un ‘rugby champagne’ où ils dépasseront leurs maîtres (« vous ferez des choses plus grandes que moi »,  promettait Jésus en Jn 14,12).

L’Esprit Saint est normalement la french touch de l’Église (à condition de ne pas l’étouffer)…

Crampons
Ces pointes de métal vissées aux semelles des joueurs sont tout un symbole. Se cramponner au terrain, c’est vouloir être solidement planté dans l’humus de la pelouse. Chausser les crampons, c’est vouloir adhérer à la réalité, être stable sur ses appuis, ne pas glisser lors des affrontements devant ou des crochets derrière. Les crampons des adversaires sont également une menace : à cause d’eux, il ne fait pas bon traîner sous les regroupements !

La vie spirituelle demande elle aussi de se cramponner, avec humilité, au réel. Les sacrements, la solidarité, la vie ecclésiale sont les crampons grâce auxquels la foi ne reste pas désincarnée, mais s’accroche et laboure le terrain de nos existences.

Alléluia

414D2CKN0WL._SX359_BO1,204,203,200_ dictionnaireCe n’est pas un cantique ni la fin du Messie d’Haendel, mais c’était au début du rugby une période un peu folle où tout était permis et où on essayait de goûter au jeu au-delà de la loi et des règles.

« Au collège de Rugby, à cette lointaine époque où le jeu de rugby tâtonnait encore à la recherche de ses lois, une règle décidée par les étudiants voulait que les matchs se terminent toujours par cinq minutes de liberté totale. (…) Une main trace en l’air un demi-cercle assuré et vient trouver le nez qu’elle cherche depuis longtemps, le bruit de branche cassée réjouit les visages : alléluia ! Un gémissement étouffé sort péniblement d’un frêle thorax d’élève arrogant, et l’écho vengeur chante : alléluia ! Coups dans les côtes, plaquages assassins, lèvres fendues, corps écrasés… Alléluia ! Alléluia ! Alléluia ! (…) Les règles officielles de 1862 interdirent les cinq minutes d’alléluia. »

(Daniel Herrero, Dictionnaire amoureux du rugby)

Quel dommage que l’alléluia rugbystique ne vienne plus répandre un air de folie sur nos pelouses (sans les excès décrits ci-dessus bien sûr?) ! Car en christianisme, la loi n’est que provisoire, et elle trouve son accomplissement dans l’Esprit, bien au-delà des règles…

 

 

Il y a encore beaucoup de termes goûteux et fleuris dans l’univers de l’ovalie (chandelle, bouchon, tampon, caramel, boîte à gifles, bouffe, pain, cravate, tortue béglaise, cocotte, ruck, pick and go, passe croisée / redoublée / sautée / chistéra, soutien, raffut, cuillère, fourchette, cadrage-débordement, tracteurs, 89, tee, casquette, drop, éponge magique, stamping, fondamentaux, joug, vendanger, fixer, trou de souris…), mais ceux-là y ont été mis « afin que vous croyiez » que ce sport est vraiment une révélation sur l’homme (cf. Jn 20, 30-31 !).

  Patrick Braud

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29 juillet 2015

La capacité d’étonnement

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La capacité d’étonnement


Homélie du 18° dimanche du temps ordinaire / Année B

02/08/2015

Cf. également :

Éveiller à d’autres appétits


« Mann hou ? »
Qu’est-ce que c’est ?

La question des hébreux devant cette fine rosée recouvrant leur camp reflète leur étonnement. À tel point que l’interrogation est devenue le nom de la chose étonnante : la manne. Au lieu d’avoir peur, au lieu de se jeter dessus goulûment, au lieu d’ignorer le phénomène, les hébreux restent devant cette couche de givre inconnue et s’interrogent.

La capacité d'étonnement dans Communauté spirituelle moise31

Il y va pourtant d’un enjeu de taille : leur survie, tout simplement, dans ce désert hostile où la nourriture est rare et peu nombreuse. C’est donc que la condition première pour se nourrir de l’imprévu est d’abord de savoir s’étonner, et de se questionner.

Rainer Maria Rilke conseille cette posture à un jeune apprenti poète :

lettresaunjeunepoete émerveillement dans Communauté spirituelle« Si vous vous accrochez à la nature, à ce qu’il y a de simple en elle, de petit, à quoi presque personne ne prend garde, qui, tout à coup, devient l’infiniment grand, l’incommensurable, si vous étendez votre amour à tout ce qui est, si très humblement vous cherchez à gagner en serviteur la confiance de ce qui semble misérable, – alors tout vous deviendra plus facile, vous semblera plus harmonieux et, pour ainsi dire, plus conciliant. Votre entendement restera peut-être en arrière, étonné : mais votre conscience la plus profonde s’éveillera et saura. Vous êtes si jeune, si neuf devant les choses, que je voudrais vous prier, autant que je sais le faire, d’être patient en face de tout ce qui n’est pas résolu dans votre cœur. Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère. Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les « vivre ». Et il s’agit précisément de tout vivre.

Ne vivez pour l’instant que vos questions.
Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses. »

Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète, Lettre n° 4 du 16/07/1903.

Savoir s’étonner est indispensable si l’on veut recueillir le don de Dieu. Chaque jour poser la question : qu’est-ce que c’est ? permet de ne pas passer à côté de ce qui a été déposé à notre porte, à notre insu, pour nous en nourrir.

L’étonnement, dit-on, « c’est l’enfance qui se cultive au quotidien ».

La capacité d’étonnement est la qualité première du philosophe : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? s’interrogeait Leibniz [1]. Et les psaumes en écho prolongent cette interrogation jusqu’à l’homme lui-même : « qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ? Le fils d’un homme que tu en prennes souci ? »

« S’étonner », nous dit Platon, « voilà un sentiment tout à fait philosophique. La philosophie n’a pas d’autre origine ». S’étonner est chez le philosophe « le premier symptôme de l’ignorance » ; c’est le moteur du besoin de comprendre.

Les scientifiques sont tout aussi prompts à s’étonner, et curieux eux aussi : « Celui qui ne peut plus trouver ni étonnement, ni surprise, est pour ainsi dire mort, ses yeux sont fermés », écrivait Albert Einstein [2].

Celui qui ne s’étonne pas devient vite blasé, voire cynique.
Celui qui s’habitue ne voit plus l’exceptionnel.
Celui qui ne s’arrête pas pour déceler l’inhabituel passe à côté d’un trésor sans le voir.

Prenez les foules suite à la multiplication des pains dans notre évangile : il y a ceux qui n’ont rien remarqué, satisfaits seulement d’avoir mangé à satiété. Il y a ceux qui ne voient que le produit matériel et en redemandent encore. Quelques-uns prendront du recul et se demanderont : qu’est-ce que cela ? Qui est celui qui nourrit ainsi tant de gens ? Cet étonnement les emmènera ailleurs. Habiter leur questionnement sur Jésus les conduira à le suivre pour en savoir plus sur lui.

Dans son homélie pour la fête de Pâques 2015, le Pape François murmurait :
« On ne peut vivre la Pâque sans entrer dans le mystère.
Ce n’est pas un fait intellectuel, ce n’est pas seulement connaître, lire… C’est plus, c’est beaucoup plus !
“Entrer dans le mystère”, signifie capacité d’étonnement, de contemplation; capacité d’écouter le silence et d’entendre le murmure d’un fin silence sonore dans lequel Dieu nous parle.
Entrer dans le mystère nous demande de ne pas avoir peur de la réalité: de ne pas se fermer sur soi-même, de ne pas fuir devant ce que nous ne comprenons pas, de ne pas fermer les yeux devant les problèmes, de ne pas les nier, de ne pas éliminer les points d’interrogation… »

 

Les trois enfants de l’étonnement

 

L’émerveillement

Celui qui sait s’arrêter sur l’inattendu et s’interroger : qu’est-ce que c’est ? n’est pas loin de pouvoir ensuite s’émerveiller du don de Dieu accordé à travers cette manne de chaque jour. Ne pas s’habituer aux petits miracles quotidiens donne une joie de vivre invincible, car s’alimentant sans cesse des mannes jalonnant notre route. Sainte Thérèse d’Avila disait : « Vous trouverez Dieu au fond de la casserole » !

Le fond de la casserole, c’est peut-être un matin où le ciel est irisé de couleurs improbables. C’est le sourire chaleureux d’un inconnu dans la foule du métro. C’est le coup de fil surprise de quelqu’un qui nous touche. C’est une opportunité insoupçonnée qui se présente au travail etc.

« Le Seigneur a fait pour moi des merveilles » chante Marie dans son Magnificat. C’est parce qu’elle a transformé son étonnement en émerveillement que Marie est remplie de l’allégresse de l’Esprit. Nous aussi nous pouvons enfanter le Verbe en nous si nous savons nous étonner des visites et des annonces qui nous sont faites…

 

L’action de grâces

eucharistie-125447_2 étonnementRendre grâce est dans le droit fil de l’émerveillement : une vie eucharistique est une attention de tous les instants à ce je ne sais quoi qui m’est donné à travers les autres et le monde.

Si cette musique inconnue m’a littéralement ravi hors de moi-même, si cette parole a si fort raisonné en moi, si cette main tendue a été à ce point providentielle, alors il y a de quoi rendre grâce ! Alors l’eucharistie devient la reconnaissance étonnée et émerveillée d’un amour qui me fait vivre à travers mille et une attentions  déroutantes.

 

La révolte

756107 eucharistieL’étonnement peut également conduire à la révolte.

Comment, cette silhouette emmitouflée dans un duvet qui m’a intrigué sur le trottoir est un être humain ? Alors il ne faut pas s’habituer, et sonner  l’insurrection de la bonté comme le criait l’Abbé Pierre, pour que les SDF ne soient pas des milliers, toujours plus nombreux.

Comment, la dette de la France est de 2 000 milliards, l’équivalent de la richesse produite chaque année ? Et personne ne s’en alarme outre mesure ? Mais pourquoi plus personne ne s’en étonne ? Pourquoi ne pas se révolter contre ces nuages noirs  s’amoncelant sur la tête de nos enfants ?

Comment, une grossesse sur cinq n’arrive plus à terme, et cela n’étonne personne ?

Ne pas s’habituer peut conduire à une réaction salutaire. Le mouvement des indignés de Stéphane Hessel est né de ce regard étonné sur une réalité injuste.

En posant la question : « Mann hou ? », qu’est-ce que c’est ? le peuple hébreu au désert s’est ouvert la voie d’une attitude spirituelle toujours actuelle. Sortir de son camp pour aller voir de plus près ce qui intrigue, prendre le temps d’habiter la question surgie de l’étonnement, puis recueillir humblement chaque jour ce qui nous est donné pour avancer sur la route…

 

La manne est une figure de l’eucharistie en ce sens qu’elle nous apprend à recevoir sans nous habituer, à rendre grâce sans cesser de marcher…


[1]. Principes de la nature et de la grâce, 1714.

[2]. dans : Comment je vois ce monde, publié en 1934.

 

 

 

 

1ère lecture : « Du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous » (Ex 16, 2-4.12-15)
Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là,      dans le désert, toute la communauté des fils d’Israël  récriminait contre Moïse et son frère Aaron.      Les fils d’Israël leur dirent : « Ah ! Il aurait mieux valu mourir  de la main du Seigneur, au pays d’Égypte,  quand nous étions assis près des marmites de viande,  quand nous mangions du pain à satiété !  Vous nous avez fait sortir dans ce désert  pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé ! »     Le Seigneur dit à Moïse : « Voici que, du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous.  Le peuple sortira pour recueillir chaque jour sa ration quotidienne,  et ainsi je vais le mettre à l’épreuve : je verrai s’il marchera, ou non, selon ma loi.     J’ai entendu les récriminations des fils d’Israël.  Tu leur diras : ‘Au coucher du soleil, vous mangerez de la viande  et, le lendemain matin, vous aurez du pain à satiété.  Alors vous saurez que moi, le Seigneur, je suis votre Dieu.’ »

    Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp ;  et, le lendemain matin,  il y avait une couche de rosée autour du camp.      Lorsque la couche de rosée s’évapora,  il y avait, à la surface du désert, une fine croûte,  quelque chose de fin comme du givre, sur le sol.      Quand ils virent cela,  les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre : « Mann hou ? » (ce qui veut dire : Qu’est-ce que c’est ?),  car ils ne savaient pas ce que c’était.  Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. »

Psaume : Ps 77 (78), 3.4ac, 23-24, 25.52a.54a

R/ Le Seigneur donne le pain du ciel !  (cf. 77, 24b)

Nous avons entendu et nous savons
ce que nos pères nous ont raconté :
et nous le redirons à l’âge qui vient,
les titres de gloire du Seigneur.

Il commande aux nuées là-haut,
il ouvre les écluses du ciel :
pour les nourrir il fait pleuvoir la manne,
il leur donne le froment du ciel.

Chacun se nourrit du pain des Forts,
il les pourvoit de vivres à satiété.
Tel un berger, il conduit son peuple.
Il le fait entrer dans son domaine sacré.

2ème lecture : « Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé selon Dieu » (Ep 4, 17.20-24)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères,     je vous le dis, j’en témoigne dans le Seigneur : vous ne devez plus vous conduire comme les païens  qui se laissent guider par le néant de leur pensée.     Mais vous, ce n’est pas ainsi  que l’on vous a appris à connaître le Christ,      si du moins l’annonce et l’enseignement que vous avez reçus à son sujet  s’accordent à la vérité qui est en Jésus.      Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois,  c’est-à-dire de l’homme ancien corrompu par les convoitises  qui l’entraînent dans l’erreur.      Laissez-vous renouveler  par la transformation spirituelle de votre pensée.      Revêtez-vous de l’homme nouveau,  créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité.

Évangile : « Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jn 6, 24-35)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
L’homme ne vit pas seulement de pain,
mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Alléluia.  (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là,     quand la foule vit que Jésus n’était pas là,  ni ses disciples,  les gens montèrent dans les barques  et se dirigèrent vers Capharnaüm  à la recherche de Jésus.      L’ayant trouvé sur l’autre rive, ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? »      Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez,  non parce que vous avez vu des signes,  mais parce que vous avez mangé de ces pains  et que vous avez été rassasiés.      Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd,  mais pour la nourriture qui demeure  jusque dans la vie éternelle,  celle que vous donnera le Fils de l’homme,  lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau. »      Ils lui dirent alors : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? »      Jésus leur répondit : « L’œuvre de Dieu,  c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. »      Ils lui dirent alors : « Quel signe vas-tu accomplir  pour que nous puissions le voir, et te croire ?  Quelle œuvre vas-tu faire ?      Au désert, nos pères ont mangé la manne ;  comme dit l’Écriture : Il leur a donné à manger le pain venu du ciel. »  Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse  qui vous a donné le pain venu du ciel ;  c’est mon Père  qui vous donne le vrai pain venu du ciel.      Car le pain de Dieu,  c’est celui qui descend du ciel  et qui donne la vie au monde. »     Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là. »     Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie.  Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ;  celui qui croit en moi n’aura jamais soif. »
Patrick BRAUD

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24 juin 2015

La générosité de Dieu est la nôtre

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La générosité de Dieu est la nôtre


Homélie du 13° Dimanche du temps ordinaire / Année B

28/06/15

Je vous propose aujourd’hui de méditer sur le rôle de la générosité dans notre vie.

Le mot générosité revient en effet deux fois sous la plume de Paul dans notre 2ème lecture.

L’attitude généreuse de Jésus dans l’évangile marque le passage de ce dimanche, puisqu’une force de guérison déborde de lui pour une femme et une jeune fille.

Et enfin le livre de la Sagesse dans la 1ère lecture contemple la Création, et y voit la trace de la générosité de Dieu.

Car c’est bien de là qu’il faut partir : la générosité est avant tout divine ! Ce n’est pas d’abord une valeur humaine : c’est une manière d’être de Dieu lui-même. « Il a créé toutes choses pour qu’elles subsistent » s’émerveille le Sage (Sg 1-2).

Vous êtes-vous déjà étonnés devant le spectacle de la nature, devant la beauté de la création ?

Comment se fait-il que quelque chose existe plutôt que rien ?

Dieu n’avait nul besoin de faire surgir d’autres existences que la sienne. Rien ne lui aurait manqué si le Big Bang n’avait pas explosé ; il serait toujours Dieu si l’homme n’existait pas ! En Dieu, l’acte créateur est un acte de pure générosité, qui correspond à la nature même de l’amour qu’est Dieu. « Bonum diffusum sui » disaient les Anciens : l’essence du bien est de se diffuser, de se communiquer généreusement à d’autres ». Le Verbe de Dieu, incarné en Jésus Christ, va jusqu’au bout de cette générosité divine :« lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2 Co 8, 9). Voilà « la générosité de notre Seigneur Jésus-Christ » comme l’écrit Saint Paul : débordante, gratuite, sans calcul. Il a généreusement renoncé à ses droits et privilèges divins pour faire corps avec l’humanité rejetée et méprisée, afin de la réintroduire en Dieu-Trinité.

La générosité de Dieu est la nôtre dans Communauté spirituelleRegardez d’ailleurs dans notre passage d’évangile : Jésus est tellement habité de cette générosité débordante qu’une force sort de lui, sans qu’il la contrôle, pour guérir une femme qui souffrait de ne plus être une femme (à cause de ses pertes de sang). Et quand il s’en aperçoit, il ne demande rien à cette femme en retour :« va en paix ». De même pour la fillette qui n’arrive pas à devenir une jeune fille : il la ressuscite à sa condition de jeune fille (12 ans ! chiffre symbolique) : « Talitha koum »,  mais ne demande rien en retour. Au contraire, il leur recommande avec insistance que personne ne le sache.

Avez-vous déjà vu plus grande générosité que ces deux générosités-là : la création par Dieu de la nature et de l’homme ? La re-création par le Christ d’une humanité ressuscitée avec lui ?

 

La générosité humaine va naître de cette double contemplation.

Ce n’est donc pas une valeur humaine, ni même humaniste : être généreux, c’est répondre à l’amour de Dieu par le même amour, c’est participer à la manière d’être de Dieu, c’est correspondre à l’image de Dieu en nous. Comme l’écrivait le livre de la Sagesse : « Dieu a fait de l’homme une image de ce qu’il est en lui-même ». La générosité en ce sens n’est pas d’abord une valeur morale : c’est une vocation divine. C’est une manière d’être divinisés… ! D’ailleurs l’étymologie nous met sur cette piste : généreux vient du latin genorosus qui veut dire « bonne race », de race divine donc !

On comprend alors l’appel pressant de Paul aux Corinthiens : imitez la générosité de Dieu / du Christ, en participant à la collecte organisée pour l’Église de Jérusalem ! La générosité devient ici le symbole de la communion entre églises locales. Paul dit même que c’est un « ministère » (2 Co 8, 4 ; 9,1 ; 12,55), une « liturgie » (9, 12). Et il appelle cette quête une « communion » (Koïnonia : Rm 12, 13 ; 15-26… 2 Co 8, 4 ; 9-13 / cf. 1 Tm 6, 18 Tite 13, 16…), du nom même qui désigne l’Église désormais depuis le Concile Vatican II ! Vous voyez pourquoi aujourd’hui encore on a raison de faire la quête en même temps qu’on présente le pain et le vin pour notre communion à Dieu : c’est de la même générosité dont il s’agit (dont il devrait s’agir !), la générosité humaine répondant à la générosité première du Christ pour nous.

Devenir chrétien est donc une question de générosité : répondre largement à l’appel infini de Dieu transmis par l’Église, offrir sa vie sans compter, ouvrir le cœur des hommes pour qu’ils puissent accueillir le don généreux qui leur est fait en Jésus-Christ…

Les scouts et guides de tous âges savent par cœur cette prière héritée de St Ignace de Loyola, dans laquelle nous demandons au Christ de participer à la générosité divine :

« Seigneur Jésus,
Apprenez-nous à être généreux,
A Vous servir comme Vous le méritez
A donner sans compter,
A combattre sans souci des blessures,
A travailler sans chercher le repos,
A nous dépenser, sans attendre d’autre récompense,
que celle de savoir que nous faisons Votre Sainte Volonté »

Alors cette semaine prenez le temps de réfléchir.

Où en êtes-vous de la contemplation de la générosité de Dieu envers nous ? à travers la création, à travers l’homme… ?
Où en êtes-vous de votre propre générosité en réponse ? comme attitude spirituelle et pas seulement morale.

Générosité dans l’usage de votre temps, de vos compétences, de votre argent, de votre patience, de votre pardon… : croyez-vous vraiment que Dieu vous appelle à être généreux comme il l’est envers tous ? Commencez-vous à découvrir que c’est là une manière de devenir Dieu lui-même, à son image et sa ressemblance ?

Que l’Esprit du Christ nous établisse dans cette contemplation de la générosité divine, et nous donne de la traduire en actes…

  

1ère lecture : « C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24)
Lecture du livre de la Sagesse

Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie : on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir. La puissance de la Mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle.  Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde ; ils en font l’expérience, ceux qui prennent parti pour lui.

Psaume : 29 (30), 2.4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. (29, 2a)

Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé,
tu m’épargnes les rires de l’ennemi.
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie.
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie.

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

2ème lecture : « Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères pauvres » (2Co 8, 7.9.13-15)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, puisque vous avez tout en abondance, la foi, la Parole, la connaissance de Dieu, toute sorte d’empressement et l’amour qui vous vient de nous, qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux ! Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Dans la circonstance présente, ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler vos besoins, et cela fera l’égalité, comme dit l’Écriture à propos de la manne : Celui qui en avait ramassé beaucoup n’eut rien de trop, celui qui en avait ramassé peu ne manqua de rien.

Evangile : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » (Mc 5, 21-43)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort ; il a fait resplendir la vie par l’Évangile.
Alléluia. (2 Tm 1, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.

 Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

 Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur. Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.
Patrick BRAUD

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