L'homélie du dimanche (prochain)

  • Accueil
  • > Recherche : pain du soir

25 janvier 2026

Les pauvres sont l’Église

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Les pauvres sont l’Église

 

Homélie pour le 4° dimanche du Temps Ordinaire / Année A
01/02/26

Cf. également :
La fierté illucide
Défendre la veuve et l’orphelin
Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires
Le bonheur illucide
Agents de service
Le maillon faible
Éthique de conviction, éthique de responsabilité
Toussaint : le bonheur illucide

 

1. Défendre la veuve et l’orphelin

Les pauvres sont l’Église dans Communauté spirituelle 91QpNERCglL._SL1500_Nos manuels d’histoire avaient autrefois gravé dans notre imaginaire collectif les qualités du preux chevalier du Moyen Âge : il devait être « sans peur et sans reproche » (chevalier de Bayard) et « défendre la veuve et l’orphelin ».

 

L’expression défendre la veuve et l’orphelin est cependant bien plus ancienne que le Moyen Âge. Depuis toujours, le duo veuve-orphelin symbolise de façon expressive la pauvreté et la grande fragilité de ceux qui se retrouvent sans mari, sans parents, soutiens humains indispensables pour survivre à des époques où les femmes ne pouvaient recevoir de salaire et où les enfants sans famille étaient livrés à la rue.

S’il est peu présent dans le Nouveau Testament, on le retrouve très souvent dans l’Ancien Testament, où les exhortations à prendre soin des plus démunis sont nombreuses : « Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin » (Ex 22,21).

Il existait à l’époque un certain nombre de lois sociales destinées à garantir la protection des plus pauvres. Les Hébreux avaient prévu un moyen de protéger la veuve sans enfant par le remariage avec un frère du mari défunt pour lui donner une descendance. C’est la loi du lévirat définie dans le Livre du Deutéronome (Dt 25,5). Il était également prévu qu’une partie de la dîme soit prélevée pour venir en aide aux plus démunis (Dt 14,28-29). Ou encore de les laisser ramasser le surplus des récoltes :

« Tu ne feras pas dévier le droit de l’immigré ni celui de l’orphelin, et tu ne feras pas saisir comme gage le manteau de la veuve. Souviens-toi que tu as été esclave en Égypte et que le Seigneur ton Dieu t’a racheté. Voilà pourquoi je te donne ce commandement. Lorsque tu feras ta moisson, si tu oublies une gerbe dans ton champ, tu ne retourneras pas la chercher. Laisse-la pour l’immigré, l’orphelin et la veuve, afin que le Seigneur ton Dieu te bénisse dans tous tes travaux. Lorsque tu auras récolté tes olives, tu ne retourneras pas chercher ce qui reste. Laisse-le pour l’immigré, l’orphelin et la veuve. Lorsque tu vendangeras ta vigne, tu ne retourneras pas grappiller ce qui reste. Laisse-le pour l’immigré, l’orphelin et la veuve. Souviens-toi que tu as été esclave au pays d’Égypte. Voilà pourquoi je te donne ce commandement » (Dt 24,17-22).

 

Malgré ces garde-fous, les veuves et les orphelins faisant partie des catégories les plus faibles de la société, ils pouvaient difficilement se défendre et faire valoir les droits qui leur étaient assurés par la Loi. 

 

 Eglise dans Communauté spirituelleSi la tradition populaire a gardé le duo veuve-orphelin, elle n’a pas conservé la troisième catégorie de personnes qui leur est très souvent associée dans les Écritures : l’étranger. Accueillir et protéger l’étranger est ainsi pour les Hébreux une question d’identité, une leçon de leur histoire, eux aussi ayant été étrangers dans un autre pays.

« C’est lui [le Seigneur votre Dieu] qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, qui aime l’immigré, et qui lui donne nourriture et vêtement.

Aimez donc l’immigré, car au pays d’Égypte vous étiez des immigrés » (Dt 10,18-19)

Début 2026, on ne peut s’empêcher de remarquer à quel point ces recommandations sont hélas furieusement d’actualité !

 

D’ailleurs, il faudrait aujourd’hui adjoindre à ce triptyque : veuve/orphelin/étranger un quatrième terme : la mère de famille seule avec enfants. Ces tristement célèbres familles monoparentales constituent le tiers des foyers en dessous du seuil de pauvreté en France, et cumulent tous les handicaps : difficultés à trouver un logement social, faibles salaires, temps partiels, difficultés pour la garde des enfants et leur éducation etc.

 

ce-qu-il-y-a-de-fou-dans-le-mo_10299897 étrangerC’est sur cette toile de fond sociale d’une pauvreté plus répandue qu’avant que nous devons entendre les appels des lectures de ce dimanche :

– « cherchez la justice, chercher l’humilité » clamait le prophète Sophonie (So 2,3).

– « ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi », tonnait l’apôtre Paul pour défendre sa communauté de Corinthe (1Co 1,26–31).

– « heureux les pauvres de cœur, heureux ceux qui pleurent… », annonçait Jésus aux foules qui le suivaient (Mt 5,1–12).

– et le psaume chante longuement l’action de YHWH en faveur des pauvres et les petits, dont  la veuve et l’orphelin et l’étranger sont les figures les plus visibles :

« Il fait justice aux opprimés ; aux affamés, il donne le pain ; le Seigneur délie les enchaînés. Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes, le Seigneur protège l’étranger. Il soutient la veuve et l’orphelin, il égare les pas du méchant. D’âge en âge, le Seigneur régnera : ton Dieu, ô Sion, pour toujours ! » (Ps 146,7–10).

On ne compte ainsi pas moins d’une trentaine de mentions du trinôme veuve/orphelin/étranger dans la Bible, essentiellement dans l’Ancien Testament. 

Par exemple, le Deutéronome ne cesse de commander : « “Maudit qui fait dévier le droit de l’immigré, de l’orphelin, de la veuve !” Et tout le peuple dira : “Amen.” » (Dt 27,19)

Les prophètes en rajoutent : « Si vous n’opprimez pas l’immigré, l’orphelin ou la veuve, si vous ne versez pas, dans ce lieu, le sang de l’innocent, si vous ne suivez pas, pour votre malheur, d’autres dieux, alors, je vous ferai demeurer dans ce lieu, dans le pays que j’ai donné à vos pères, depuis toujours et pour toujours » (Jr 7,6-7)

Les psaumes ne cessent de le mettre en musique, en y voyant une révélation de l’identité même de YHWH : « Père des orphelins, défenseur des veuves, tel est Dieu dans sa sainte demeure » (Ps 68,6).

 

Dans le Nouveau Testament, seul Jacques reprend ce leitmotiv, réaffirmant que c’est là la vraie pratique religieuse : « Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde » (Jc 1,27).

 

Premier focus donc : être chrétien sans défendre la veuve et l’orphelin ? Impossible !

 

2. Comment rencontrer le Christ en personne ?

Jacques nous mettait sur une piste essentielle : c’est en visitant les pauvres qu’on pratique sa religion. Autrement dit, la compagnie des pauvres n’est pas une conséquence sociale de la foi. Ce n’est même pas une exigence éthique découlant de notre foi au Christ. C’est le lieu même où le Christ se révèle ! C’est auprès des veuves, des orphelins, des étrangers que nous apprenons à le connaître. C’est en eux qu’il se révèle à nous.

C’est notre fréquentation des petits, des humiliés, des faibles qui est le lieu même de notre rencontre du Christ.

 

 orphelinLe pape Léon XIV l’a rappelé dans sa première exhortation apostolique du 04/10/2025 Dilexi te (Je t’ai aimé/choisi) : faire corps avec les petits et les pauvres n’est pas une conséquence sociale de la foi, c’est le lieu même où se révèle Jésus-Christ, le pauvre de Dieu. Léon XIV ne signe pas un texte social de plus, il renverse une hiérarchie implicite : on ne peut plus dire : « J’ai la foi donc je m’engage pour les pauvres ». C’est précisément l’inverse : la rencontre avec le Christ, but de toute vie chrétienne, a lieu en priorité et de manière privilégiée dans la rencontre avec les pauvres. « Nous ne sommes pas dans le domaine de la bienfaisance, mais dans celui de la Révélation », insiste Léon XIV (n° 5). L’engagement pour les précaires, les migrants, les malades, les personnes âgées isolées, ceux qui vivent dans la rue, n’est pas une conséquence sociale de la foi : c’est la foi elle-même. L’« option préférentielle pour les pauvres », expression souvent réduite à un courant ou une sensibilité dans l’Église, retrouve ici sa signification première, théologique : ce n’est pas une option humaine, c’est un choix de Dieu. C’est Lui qui les préfère. « Dieu montre en effet une prédilection pour les pauvres : c’est d’abord à eux que s’adresse la parole d’espérance et de libération du Seigneur… » (n° 21). Et les autres ? La Parole leur est, bien entendu, également adressée mais à travers les plus pauvres. Léon XIV franchit ainsi un seuil doctrinal : il ne demande pas aux catholiques de faire preuve de générosité, mais de reconnaître là où Dieu habite, là où ils peuvent le rencontrer. Être catholique, c’est marcher aux côtés des pauvres, c’est faire partie de ce peuple de pauvres en esprit.

Il faut relire ce paragraphe n° 5 si important :

« 5. C’est précisément dans cette perspective que l’affection envers le Seigneur s’unit à celle envers les pauvres. Ce Jésus qui dit : « Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous » exprime la même chose lorsqu’il promet aux disciples : « Je suis avec vous pour toujours » (Mt 28, 20). Et en même temps, ces paroles du Seigneur nous reviennent à l’esprit : « Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Nous ne sommes pas dans le domaine de la bienfaisance, mais dans celui de la Révélation : le contact avec ceux qui n’ont ni pouvoir ni grandeur est une manière fondamentale de rencontrer le Seigneur de l’histoire. À travers les pauvres, Il a encore quelque chose à nous dire. »

 

Réalisons-nous ce que change pour nous cette affirmation : c’est la compagnie des pauvres qui nous donne de rencontrer le Christ ? Cela veut dire que, si nous ne fréquentons pas les plus pauvres de notre société, nous aurons beau aller à la messe très souvent, faire de belles liturgies, des processions grandioses ou des retraites très pieuses, nous ne connaissons pas le Christ… !

 

Anonymous_Anonymous_-_Saint_Vincent_de_Paul_%28engraving_-_%28MeisterDrucke-971081%29 veuveLes Pères de l’Église disaient que le sacrement de l’autel (eucharistie) est inséparable du sacrement du frère (diaconie). Saint Vincent de Paul osait enseigner à sa congrégation : « Les pauvres sont nos maîtres ». « Il faut se retirer avant d’avoir reçu un remerciement, car ce sont eux qui nous donnent ».

Dans un sens premier, les pauvres sont des maîtres à servir : se mettre à leur service, les assister matériellement et moralement, comme des serviteurs peuvent le faire à l’égard de leurs maîtres. Dans une société hiérarchisée, où chacun garde son rang, où normalement ce sont les pauvres qui sont au service des riches, l’injonction de Vincent de Paul4, impliquant un renversement des rôles, comporte en elle-même un aspect subversif.

 

Mais, dans un sens plus profond, les pauvres sont des maîtres en humanité. Cette acception était aussi présente à l’esprit de Vincent de Paul, comme en témoignent ses écrits et paroles. À leur contact, non seulement on peut devenir plus humain mais certains peuvent apprendre à penser ou à repenser soit leur propre vie soit celle de leur communauté en fonction des représentations qu’ils ont des besoins des pauvres. En ce sens, il y a des transformations qui s’opèrent à cause d’eux. Ils sont donc des maîtres pas seulement à servir mais aussi à suivre, comme des disciples peuvent suivre un maître.

 

Deuxième focus donc : il ne s’agit pas d’aller aider les pauvres après avoir rencontré le Christ (dans l’eucharistie, la prière ou autre) ; il s’agit de fréquenter les pauvres pour y rencontrer le Christ.

 

3. Les pauvres sont l’Église

Dans le sillage de saint Vincent de Paul, le père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart-monde, répétait inlassablement : « Les pauvres sont l’Église ».

Sa démarche était double : atteindre les plus pauvres, afin de se laisser enseigner par eux comment réformer et repenser toute la société en fonction de, à partir d’eux, avec eux. Il écrivait [1] :

7178FOhL4-L._SL1370_« Ce n’est pas la misère mais le combat contre la misère qui est un lieu théologique, révélant ainsi une dimension anthropologique universelle, et pas simplement une faille dans l’organisation rationnelle des sociétés modernes. »

 

Jésus le Christ s’est identifié à ceux qui occupent la dernière place dans nos sociétés :

« Il est allé rejoindre de façon irréversible le monde des très pauvres, des sans-abri. Comme eux, il se voulut sans pouvoir, sans prestige, sans biens. Comme eux, il n’eut pas où reposer sa tête. Il choisit de connaître la faim des affamés, auxquels il apprit à partager le pain. Il fit sien le monde des estropiés, des boiteux, des misérables, des sans-travail auxquels il offrit l’espoir, la prière et le pardon.


Si contrairement à Jésus-Christ, l’Église, à travers nous, nourrissait en elle une certaine volonté de puissance, de domination, de prestige ; si contrairement à Jésus-Christ, l’Église était complice du monde, elle ne pourrait pas être, pour ce monde, inspiratrice de justice, de vérité et d’amour. Elle doit choisir, dit l’apôtre Paul, ce qu’il y a de fou dans ce monde, car c’est ce que Dieu a choisi pour confondre les sages. Elle doit choisir ce qu’il y a de faible dans le monde car c’est ce que Dieu a choisi pour confondre la force. Dieu a choisi ce qui dans le monde est « sans naissance », ce que l’on méprise.

 

L’engagement de nos communautés à reconnaître ainsi dans les pauvres Dieu insulté, Jésus bafoué, sera la mesure d’après laquelle seront jugés nos engagements personnels. C’est en Église, mais aussi en famille, en groupe professionnel ou culturel, en groupe de chrétiens réunis à la Banque Mondiale ou dans une Ambassade, que nous irons à la recherche de ceux dont le Christ a voulu partager le destin, « la malédiction ». C’est ensemble que nous irons à la recherche de tous ceux que le Christ a tout particulièrement confiés à son Église ; à la recherche des estropiés, des malades, des familles vivant dans les slums ou errant dans les villes et campagnes. Il nous faut, d’une façon ou d’une autre, devenir en ce monde ouverture aux plus pauvres, ensemble. » [2]

 

Non seulement « L’Église est l’Église des pauvres », selon la belle prophétie de Jean XXIII au concile Vatican II, mais « Les pauvres sont l’Église ». Il ne s’agit donc pas de se pencher sur eux avec la condescendance des dames patronnesses du XIX° siècle. Il ne s’agit même pas de faire pour eux, de l’extérieur, pour soi-disant les aider. Il importe au contraire de faire avec eux, à partir d’eux, ensemble.

 

Ce renversement de nos priorités pour agir concerne aussi bien le logement social que l’accès à la culture, l’éducation des enfants que la sécurité dans nos quartiers etc. Cela concerne au premier chef la vie de notre Église : sa liturgie, sa diaconie, ses engagements dans le monde.

Par exemple, au lieu d’ânonner une intention de prière universelle pour les pauvres, il vaudrait mieux laisser un pauvre de l’assemblée prier pour les siens et pour tous. Au lieu d’une intention pour un malade, laisser un malade prier à haute voix etc.

 

Troisième focus donc : inclure les pauvres dans l’Église, au lieu d’en faire un objet de notre sollicitude.

 

Conclusion :

Les textes de ce dimanche ne plairont sans doute pas à ceux qui voudraient toujours plus de sacré, de rigueur liturgique et d’exigence morale dans nos assemblées. S’il nous manque les veuves, les orphelins, les étrangers au milieu de nous, si nos rangs ne comptent que des puissants, des sages, des CSP+, des cathos bien normés pratiquant l’entre-soi, au lieu des fous, des petits et des faibles que Paul célébrait à Corinthe, si les pauvres ne font pas partie de nos assemblées, nos amis, nos fréquentations, alors nous ne sommes plus l’Église de Jésus-Christ, mais un simple groupe religieux jaloux de son identité à préserver et de son influence à étendre.

 

Heureux les pauvres (d’argent et de cœur) : ils sont l’Église. 

Heureux sommes-nous de faire corps avec cette Église-là !

 

Mais, au fait, où en êtes-vous de votre fréquentation des plus pauvres que vous ?…

________________________________

[1]. Joseph Wresinski, Les pauvres sont l’Église. Entretiens avec Gilles Anouil. Cerf, 2011.

[2]. Notes d’une conférence du Père Wresinski faite à une soirée organisée par les volontaires et les amis français du Mouvement ATD à Washington D.C., en octobre 1985.

 

La vidéo ci-dessous vous fait entendre le psaume de ce dimanche avec son trio étranger/veuve/orphelin mis en musique en mode blues,
composé par une intelligence artificielle : étonnant !

 

 

LECTURES DE LA MESSE

 

1ère lecture : « Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit » (So 2, 3 ; 3, 12-13)


Lecture du livre du prophète Sophonie

Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays, qui accomplissez sa loi. Cherchez la justice, cherchez l’humilité : peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du Seigneur. Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur. Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice ; ils ne diront plus de mensonge ; dans leur bouche, plus de langage trompeur. Mais ils pourront paître et se reposer, nul ne viendra les effrayer.

 

Psaume : Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10b
R/ Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ! ou : Alléluia ! (Mt 5, 3)

 

Le Seigneur fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain,
le Seigneur délie les enchaînés.

 

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes.

 

Le Seigneur protège l’étranger,
il soutient la veuve et l’orphelin,
le Seigneur est ton Dieu pour toujours.

 

2ème lecture : « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi » (1 Co 1, 26-31)

 

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu. C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus, lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemption. Ainsi, comme il est écrit : Celui qui veut être fier, qu’il mette sa fierté dans le Seigneur.

 

Évangile : « Heureux les pauvres de cœur » (Mt 5, 1-12a)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! 
Alléluia. (Mt 5, 12)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , ,

30 novembre 2025

Un Avent « aux poils » !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Un Avent « aux poils » !

Homélie pour le 2° Dimanche de l’Avent / Année A
07/12/25
 
Cf. également :
Abraham & Co, pierres et fils
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
Réinterpréter Jean-Baptiste 
Isaïe, Marx, et le vol de bois mort
Crier dans le désert
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Maintenant, je commence

1. La Bible hypertexte
Chaque année, l’Avent nous ramène à Jean-Baptiste et aux détails truculents qui l’accompagnent : son accoutrement étonnant, sa nourriture bizarre, ses coups de gueule au désert…

 
Un Avent Pour interpréter ces détails apparemment anecdotiques, les juifs savent qu’il faut les lire en référence à d’autres passages des Écritures, qui eux-mêmes renvoient à d’autres récits etc. Bien avant la navigation sur Internet, ils ont appris à sauter d’un texte à l’autre, avec la même aisance que nous avons pour cliquer sur un lien hypertexte qui nous renvoie à un autre site, où d’autres clics nous attendent pour découvrir à nouveau d’autres pages etc. Et, comme pour le surf sur la Toile, cette navigation est quasi infinie, nous faisant voyager sans cesse à la découverte de nouvelles significations possibles.
 
Cette méthode d’interprétation biblique, autrefois réservée aux rabbins ayant une culture encyclopédique de la Torah et de ses commentaires, est aujourd’hui accessible à tout le monde. Il suffit d’aller sur un site (gratuit) où le texte original en grec (Nouveau Testament ou LXX) ou en hébreu (Ancien Testament) est disponible [1] : en cliquant sur un terme, vous avez immédiatement la liste de toutes les occurrences de ce terme dans la Bible. Il est alors passionnant d’explorer tous les autres usages, associée eux-mêmes à d’autres mots, qui renverront à d’autres textes etc.
 
Amusons-nous à cliquer sur les quelques mots caractéristiques de Jean-Baptiste dans l’évangile de ce dimanche (Mt 3,1-12) : ceinture, cuir, rein, poêle, chameau, sauterelles, miel, sauvage.
Le foisonnement des significations cachées, comme les couleurs invisibles de l’arc-en-ciel ou les harmoniques d’un accord musical, nous donnera une idée de ce que les juifs appellent la « lecture infinie », une explosion de sens multipliant les interprétations d’un texte, d’une phrase, d’un mot.

 
2. La ceinture de cuir autour des reins
saint-jean Avent dans Communauté spirituelle
Jean portait « une ceinture de cuir autour des reins ». Impossible pour un juif qui lit cela de ne pas y reconnaître tout de suite le commandement de YHWH pour célébrer la Pâque : « Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur » (Ex 12,11). Jean-Baptiste plante donc un décor résolument pascal. Le baptême par lequel il va immerger Jésus dans le Jourdain ne préfigure-t-il pas le baptême à venir de sa Passion ? « Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » (Lc 12,50)

 
 Cette dimension pascale est soulignée par le désert qui est en toile de fond : l’Exode hors de l’esclavage passe par le désert ; la liberté est à ce prix. Jean-Baptiste en est le vivant rappel.
 
La ceinture de cuir fait également penser à la tunique de cuir dont YHWH avait revêtu Adam et Ève à la sortie du jardin d’Éden, pour les protéger : « Le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de cuir et les en revêtit » (Gn 3,21).
Le cuir dont s’entoure Jean-Baptiste n’a rien de sado-maso ! C’est le rappel de la protection de Dieu tout au long de notre traversée pascale : quelques soient nos fautes, l’amour de Dieu est plus grand que nous offense, et son pardon nous protège du froid et des bêtes féroces cherchant à nous dévorer (le cuir est le signe que ces dangers sont vaincus, puisque nous portons ainsi la dépouille de nos prédateurs).

Le 13 décembre 2022, Romain Imadouchène est devenu champion du monde de l'épreuve d'épaulé-jeté en haltérophilie.
Quand elle est autour des reins, cette ceinture symbolise la force que Dieu nous donne. Rappelez-vous ces haltérophiles accroupis qui se lèvent pour un épaulé-jeté avec plus de 200 kg à bout de bras ! Ils ont une énorme ceinture autour des reins, pour leur éviter de se faire mal et pour mobiliser toute leur énergie. La ceinture est le symbole de la force vitale qui nous permet de soulever des montagnes ! Ne dit-on pas d’une entreprise qu’elle a les reins solides ? Alors qu’un tour de rein est synonyme d’immobilisation douloureuse.

C’est pourquoi YHWH conseille à Job : « Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit : Ceins donc tes reins comme un homme. Je vais t’interroger, et tu m’instruiras. » (Jb 40,6–7).

Paul reprendra ce symbole en le liant à la vérité : « Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité » (Ep 6,14). Car les reins sont également le siège du désir, des passions. Au creux des reins, l’élan amoureux prend naissance, et il faut bien la ceinture de cuir, c’est-à-dire la vérité de la Révélation, pour contenir, éduquer, humaniser cette énergie qui peut devenir sublime ou dévastatrice. Dieu seul sonde les reins et les cœurs (Jr 11,20 ; 17,10) : garder la ceinture serrée autour des reins signifie notre volonté de ne pas tomber dans l’esclavage de nos passions.
 
Dans la Russie du siècle dernier, une devinette réjouissait les enfants et faisait réfléchir les adultes : « Qui suis-je ? Le jour un cercle ; la nuit un serpent. Celui qui devine sera mon amant ». La réponse était… la ceinture, celle-ci étant fermée le jour (le cercle) et ouverte la nuit (le serpent). En russe, le rapprochement est aussi facilité par l’euphonie entre les mots qui désignent le serpent – uz, et le mari – muz. Toute l’ambiguïté de la ceinture autour des reins est ainsi évoquée sans détours…
 
3. Les poils de chameau
« Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage ».

pim_48533_couette_d_hiver_en_poil_de_chameau_3 chameauQue viennent faire ces poils de chameau dans le message prophétique de Jean-Baptiste ?
L’allusion là encore est très claire pour les lecteurs assidus de l’Ancien Testament : c’est le vêtement d’Élie, le prophète enlevé au ciel dont le retour marquera la venue du Messie ! « Ils répondirent : “C’était un homme portant un vêtement de poils et une ceinture de cuir autour des reins.” Il déclara : “C’est Élie de Tishbé.” » (2R 1,8). Pour Jean-Baptiste, S’habiller ainsi, c’est avertir ses auditeurs que le Messie vient derrière lui. C’est ce qui avait été déclaré à Zacharie lors de l’annonce de la naissance de son fils : « Il [Jean-Baptiste] marchera devant, en présence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, ramener les rebelles à la sagesse des justes, et préparer au Seigneur un peuple bien disposé » (Lc 1,17). C’est l’accomplissement de la prophétie de Malachie : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable » (Ml 3,23).

 
Mais ce n’est pas tout : les poils font immanquablement penser à Ésaü, l’aîné des deux frères jumeaux : « Le premier qui sortit était roux, tout couvert de poils comme d’une fourrure. On lui donna le nom d’Ésaü » (Gn 25,25). Ésaü était poilu comme un singe à sa naissance : rappel symbolique de notre condition animale, alors que Jacob est la figure de notre vocation spirituelle, recevant la bénédiction pour devenir Israël. Les poils de la tunique instaurent alors un parallélisme Jean-Baptiste–Ésaü // Jésus–Jacob (Israël). Jean-Baptiste crie dans le désert ; Jésus ne haussera pas le ton (Is 42,2) ; Jean-Baptiste est la voix, Jésus est le Verbe.
 
En outre, ce sont des poils de chameau que porte Jean-Baptiste. Et le chameau est éminemment symbolique dans la Bible : c’est un signe de richesse que d’en posséder des troupeaux entiers. La reine de Saba impressionnera Salomon par ses convois de chameaux chargés de trésors : « Elle arriva à Jérusalem avec une escorte imposante : des chameaux chargés d’aromates et d’une énorme quantité d’or et de pierres précieuses » (1R 10,2). Ces troupeaux annoncent la richesse qui affluera vers Jérusalem : « En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur » (Is 60,6).
Porter des poils de chameau implique qu’on a tué l’animal, qu’on a éteint en son cœur l’amour de la richesse qui gouverne les puissants de ce monde. Jean-Baptiste n’a que les poils, pas les troupeaux.

De plus, le chameau est un animal impur : « Vous tiendrez pour impur le chameau parce que, bien que ruminant, il n’a pas le sabot fourchu » (Lv 11,4). Par extension, il désigne les nations païennes, impures, infréquentables.
C’est dans ce sens que saint Hilaire de Poitiers interprète symboliquement l’étrange accoutrement de Jean le Baptiste dans notre évangile (Jn 3,1-12).

« Ce vêtement pris à des animaux immondes auxquels on peut comparer les nations païennes et qu’il sanctifiait en le portant, était un symbole de la sainteté que nous pouvions recevoir par son ministère. Les hommes, dans leurs allures désordonnées, ressemblaient à ces sauterelles dont se nourrissait le Prophète, ils étaient volages, stériles dans leurs œuvres, verbeux, agités. Et maintenant il s’est trouvé que nous sommes devenus la nourriture des saints et les délices des prophètes : et nous leur avons offert en même temps que nos personnes un miel qui provenait non des rayons de la Loi, mais des arbres sauvages (saint Hilaire de Poitiers : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, II 2). »

L’universalisme de Jean-Baptiste se manifeste, hors de Jérusalem, dans le désert, par son accueil de tous les pénitents. Bien plus, il affirme avec force : « avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham ». C’est-à-dire : ne croyez pas que le peuple de Dieu est limité aux juifs, au circoncis, aux pratiquants des rites prescrits. Dieu est libre de se susciter une famille en Inde comme au Brésil, en Chine comme en Afrique…
Les poils de chameau symbolisent la solidarité de Jean-Baptiste avec les nations païennes impures, et le salut qui leur est offert.
 
paquet-de-cigarettes-camel-blue-label cientureNous sommes appelés à vivre un Avent « aux poils » pour préparer réellement la venue du Messie en nous ! L’animal à bosse(s) évoque encore beaucoup d’autres dimensions symboliques de notre condition de croyants. Comme lui, nous sommes en marche dans le désert de nos existences. C’est son domaine, ce silence habité par une Parole. D’autres trouveraient ça aride, lui s’y sent bien. Ses larges pattes s’appuient en souplesse sur la fluidité du sable, comme le chercheur de sens aime le foisonnement des interprétations. Et puis le chameau est plus libre que d’autres car il a de bonnes réserves d’eau dans ses bosses. Nous ne sommes pas des bébés qui doivent être allaités au biberon toutes les trois heures. Le chameau peut marcher une semaine sans rien manger ni boire, et quand il trouve alors un point d’eau il se rattrape en buvant 120 litres d’un coup. Christ nous donne cette liberté, cette autonomie. Il suffit que – même une seule fois – nous puissions boire à la source de bénédiction qu’est Dieu pour ensuite avancer librement sur notre chemin pendant des années. Car c’est en nous, dans notre cœur, dans notre être que nous portons la bénédiction de Dieu, comme le chameau porte de l’eau dans ses bosses.
 
La symbolique du chameau charrie encore tant d’autres harmoniques ! En hébreu, il s’écrit גָּמָל gamal (ce qui a donné Camel en anglais cf. le célèbre paquet de cigarettes !). Il vient du verbe distribuer, rétribuer, faire participer aux bénéfices. Le chameau a donc à voir avec le partage. D’ailleurs, sa première lettre en hébreu a la forme d’un homme qui marche : ג (gimel). La seconde – beth – signifie maison et en a la forme : מ (cf. Beth-léem : la maison du pain). La troisième lettre du chameau est le ל daleth, qui signifie pauvre.
Gamal chameauLes trois lettres ensemble גמל signifient alors : un homme quitte sa maison et marche pour partager avec le pauvre.
La contestation de la richesse déjà évoquée avec les poils s’accompagne ici de la nécessité d’un élan du cœur, qui conduit à un mouvement sincère et spontané, désintéressé, vers les pauvres. Ce n’est pas d’ascèse il s’agit, mais d’amour : le chameau גָּמָל en est le signe !

 
Vous voyez : les poils de chameau, c’est tout sauf un détail insignifiant…
 
4. Les sauterelles
Êtes-vous entomophage ? Si oui, vous vous régalez d’insectes grillés, bourrés de protéines. Les sauterelles dévorées par Jean-Baptiste ne renvoient pas à une mode gastronomique ou diététique ! la-nuee-120x160-hd cuirÉvidemment, qui lit sauterelles pense immédiatement : plaie d’Égypte.

« Moïse étendit son bâton sur le pays d’Égypte […]. Des nuées de sauterelles montèrent sur tout le pays d’Égypte et se posèrent sur l’ensemble du territoire. Jamais auparavant et jamais depuis lors, il n’y eut une telle masse de sauterelles » (Ex 10,13-14)
C’est la huitième plaie, destinée à faire plier le pharaon réduisant les hébreux en esclavage. Les sauterelles dévastent les précieuses récoltes du Nil.
Sauterelles et chameaux sont quelquefois associés dans la dévastation : « Ils arrivaient avec leurs troupeaux et leurs tentes, comme une multitude de sauterelles. Eux et leurs chameaux étaient innombrables, et ils envahissaient le pays pour le ravager » (Jg 6,5 ; 7,12)
 
Jean-Baptiste nous propose une méthode surprenante pour nous nourrir : manger nos sauterelles, c’est-dire engloutir ce qui nous menace, travailler en amont du problème qui nous enchaîne. Ce n’est pas toujours facile avec nos propres forces d’affamer ainsi notre faiblesse, notre colère, notre frustration, nos rancunes… Mais avec l’aide de Dieu, qui fait des prodiges dans ce domaine, oui.
 
Dévorer ce qui nous dévore, se nourrir de ce qui nous menace, entendre l’appel à ne plus être esclave… : les sauterelles de Jean-Baptiste sont décidément beaucoup plus qu’un régime alimentaire !
 
5. Le miel sauvage
Le miel est doux et sucré : après l’amer des sauterelles, il réjouit le palais et soigne les inflammations. L’Écriture y a vu une figure de la saveur de la parole de Dieu : « Qu’elle est douce à mon palais ta promesse : le miel a moins de saveur dans ma bouche ! » (Ps 119,103).

 hypertexteL’Apocalypse reprend cette dualité de saveur de la Parole de Dieu : « Je m’avançai vers l’ange pour lui demander de me donner le petit livre. Il me dit : “Prends, et dévore-le ; il remplira tes entrailles d’amertume, mais dans ta bouche il sera doux comme le miel.” Je pris le petit livre de la main de l’ange, et je le dévorai. Dans ma bouche il était doux comme le miel, mais, quand je l’eus mangé, il remplit mes entrailles d’amertume » (Ap 10,9-10).
 
Le miel est l’aliment par excellence de la Terre Promise dont l’autre nom est « le pays où coule le lait et le miel » (Ex 3,8 et 25 autres occurrences). Tout au long du trajet, Dieu donne aux hébreux un avant-goût de cette Terre promise avec la manne qu’il fait pleuvoir le matin et qui a le goût de gâteau au miel, nous dit la Bible : « C’était comme de la graine de coriandre, de couleur blanche, au goût de beignet au miel » (Ex 16,31).
 
De plus, le miel de Jean-Baptiste est sauvage : nous n’avons pas eu à le cultiver ; ce n’est pas un produit la civilisation urbaine ; ce n’est pas une production domestique. C’est donné, gratuit, gracieux, sans effort humain. C’est le goût de la Parole de Dieu telle qu’on la trouve, non pas seulement en Israël, mais aussi chez les nations, sauvages, barbares, païennes.
Paradoxalement, Jean-Baptiste l’ultra-juif fait son miel de tout ce qu’il trouve dans les cultures sauvages qui l’environnent…
 
N’est-il pas temps pour nous aussi de nous vêtir de poils de chameau (les sagesses des nations) et de nous nourrir de sauterelles et de miel sauvage (les semences du Verbe présentes dans toute culture) ?
 
Exerçons-nous à pratiquer cette lecture hypertexte des Évangiles, qui clique de mot en mot, surfe de texte en texte, afin de « lire aux éclats », enivrés du foisonnement de sens inépuisable des Écritures !
 
Ceinture, cuir, reins, poils, chameau, sauterelles, miel, sauvage : notre Jean-Baptiste au désert a de quoi nourrir notre méditation chaque soir de la semaine qui vient…

___________________________

[1]. Cf. par exemple https://www.stepbible.org/



LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Il jugera les petits avec justice » (Is 11, 1-10)
 
Lecture du livre du prophète Isaïe
En ce jour-là, un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins. Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

PSAUME
(Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 12-13, 17)
R/ En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des temps. (cf. Ps 71, 7)
 
Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

 
En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

 
Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

 
Que son nom dure toujours ;
sous le soleil, que subsiste son nom !
En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ;
que tous les pays le disent bienheureux !


DEUXIÈME LECTURE
Le Christ sauve tous les hommes (Rm 15, 4-9)
 
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. Que le Dieu de la persévérance et du réconfort vous donne d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus. Ainsi, d’un même cœur, d’une seule voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. Car je vous le déclare : le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, en raison de la fidélité de Dieu, pour réaliser les promesses faites à nos pères ; quant aux nations, c’est en raison de sa miséricorde qu’elles rendent gloire à Dieu, comme le dit l’Écriture : C’est pourquoi je proclamerai ta louange parmi les nations, je chanterai ton nom.

ÉVANGILE
« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 3, 1-12)
Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion. N’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , , , ,

15 juin 2025

Une étoile à la mer

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Une étoile à la mer

Homélie pour la fête du Saint Sacrement Corps et Sang du Christ / Année C
22/06/25

Cf. également :
Le réel voilé sous le pain et le vin
Comme une ancre jetée dans les cieux
L’eucharistie selon Melchisédech
2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie
L’Alliance dans le sang
Bénir en tout temps en tout lieu
Communier, est-ce bien moral ?
Fêtons le Saint Sacrement avec Chrysostome
Comme une ancre jetée dans les cieux
Les deux épiclèses eucharistiques
Les trois blancheurs
Comme une ancre jetée dans les cieux
Boire d’abord, vivre après, comprendre ensuite
De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?
Donnez-leur vous-mêmes à manger
Impossibilités et raretés eucharistiques
Je suis ce que je mange

Écoutez cette histoire, comme une parabole.
Bassin d’Arcachon : un tapis d’étoiles de mer au pied de la dune du PilatUn jour, je marchais sur une plage déserte, au coucher du soleil. Peu à peu, je commence à distinguer la silhouette d’un autre homme dans le lointain. Quand il fut plus près, je remarquais que l’homme ne cessait de se pencher pour ramasser quelque chose qu’il rejetait aussitôt à l’eau. Maintes et maintes fois, inlassablement, il lançait des choses à tour de bras dans l’océan. En m’approchant encore d’avantage, je me rendis compte que l’homme ramassait en fait des étoiles de mer, que la marée avait rejetées sur la plage, et une par une il les relançait dans l’eau. Intrigué, j’aborde l’homme et je lui dis :
– « Bonsoir mon ami. Je me demandais ce que vous étiez en train de faire ».
– « Je rejette les étoiles de mer dans l’océan. C’est marée basse, voyez-vous, et toutes ces étoiles de mer ont échoué sur la plage. Si je ne le rejette pas à la mer, elles vont mourir du manque d’oxygène ».
– « Je comprends, mais il doit y avoir des milliers d’étoiles de mer sur cette plage ! Vous ne pourrez pas toutes les sauver. Il y en a tout simplement trop. Et vous ne vous rendez pas compte que le même phénomène se produit probablement à l’instant même sur des centaines de plages tout au long de la côte. Vous ne voyez pas que vous ne pouvez rien y changer ? »
L’homme sourit, se pencha et ramassa une autre étoile de mer. En la rejetant à la mer, il répondit :
– « Pour celle-là, ça change tout ».

En ce dimanche de la Fête-Dieu, de la fête du Corps et du Sang du Christ, des milliers d’enfants dans nos paroisses font leur première communion Cette histoire d’étoile de mer peut s’entendre à plusieurs niveaux.

Une étoile à la mer dans Communauté spirituelle catechisme-1024x1024-1-1024x1024Pour les éducateurs que nous sommes – personnel ou enseignants en école catholique, catéchistes en paroisse – c’est une grande espérance. Même si vous avez parfois l’impression que votre travail d’éducation est une goutte d’eau dans la mer, il suffit d’un seul enfant que vous aurez aidé à se construire, humainement ou spirituellement, pour qu’une vie entière de labeur éducatif soit justifiée. Beaucoup d’enfants resteront peut-être échoués sur la plage, mais ceux que vous aurez mis à l’eau témoigneront pour vous.

Pour vous, les parents, cette histoire vous invite à semer sans compter. Les étoiles de mer, ce sont peut-être tous ces gestes que vous avez faits et refaits par amour inlassablement sur vos enfants en vous demandant parfois si cela sert à quelque chose. Eh bien, il suffit d’une parole qui fasse son chemin dans le cœur de votre fils, il suffit d’un geste d’affection, de pardon ou de confiance qui s’imprime dans la mémoire de votre fille et ils en seront changés pour toute leur vie !

Pour nous tous en Église, cette parabole d’étoiles de mer nous appelle à ne pas laisser ces enfants s’asphyxier. À leur donner le souffle de l’Esprit comme une réserve d’oxygène pour s’aventurer dans l’océan et aller au large, au lieu de vivoter et de se dessécher à marée basse. La mer pour l’étoile, c’est son milieu nutritif. C’est là où elle se nourrit, où elle puise de quoi grandir, de quoi rejoindre le large. L’eucharistie est la nourriture qui va permettre à ces enfants de première communion de nager loin, loin dans les eaux de leur baptême.

Communier aujourd’hui, communier demain, communier dans les jours de détresse comme dans les jours d’allégresse : cette première communion leur ouvre un chemin où ils pourront toujours ouvrir la main pour recevoir de quoi continuer leur route. Une étoile de mer sans la mer se dessèche et meurt. Un baptisé sans l’eucharistie vécue en Église se dessèche et sa vie intérieure meurt peu à peu. « Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement », dit Jésus, en parlant de lui-même. Il est la vraie nourriture, il est la vraie boisson comme le dit saint Jean.
Tant il est vrai que se nourrir d’amour vaut mieux que toutes les autres nourritures.

Mais au fait, de quoi nourrissez-vous votre enfant ?
trop-decrans-pour-vos-enfants communion dans Communauté spirituelleOn fait de plus en plus attention – et on a raison – à ce qu’il y a dans l’assiette familiale. Pas trop sucré pour éviter l’obésité, un peu bio pour respecter la planète, un peu de qualité pour éduquer le goût, en circuit court pour manger local.
Faites-vous autant attention à ce dont vos enfants vont se nourrir, par la lecture, la vision, leur imaginaire, etc. ?
Dans quelle mer plongez-vous vos petites étoiles pour ne pas les laisser sur le sable ?
Toutes les enquêtes montent que les enfants en France, en moyenne, passent plus de temps devant la télé qu’en classe à l’école. Si vous ajoutez tous les écrans qui nourrissent l’imaginaire d’un enfant aujourd’hui, il y a de quoi réveiller votre vigilance de parents : Internet, jeux vidéo, téléphones portables, etc. Une étude publiée en 2023 avait mesuré les temps d’écran chez les enfants français. On y apprend que les enfants de 1 à 6 ans passent en moyenne 2h par jour devant un écran, 3h30 de 7 à 12 ans, et 5h10 de 13 à 19 ans !!!

Infographie: Combien de temps les jeunes passent-ils devant les écrans ? | Statista

Un ancien fait divers sordide, montre hélas que la nourriture virtuelle des enfants peut avoir une profonde influence sur eux. En 2008, un pré-adolescent –  comme on dit – de 11 ans invite chez lui son ami de 12 ans, qui vient accompagné de sa petite sœur de 10 ans. Les parents étant absents, ils regardent un film pornographique sur un DVD. Une fois la séance terminée, les jeunes entreprennent de reproduire toutes les scènes du film avec la petite sœur. La petite fille était complètement sous l’emprise psychologique des deux garçons et n’a rien pu faire pour leur échapper. Les deux collégiens se filment avec leurs smartphones et diffusent de leurs ébats durant une semaine dans leur classe de sixième au collège. Rapidement, l’histoire et la vidéo font le tour de l’établissement de plusieurs centaines d’élèves issus de ce coin huppé des Yvelines. L’enquête sur l’environnement familial révélera que ce ne sont pas des enfants livrés à eux-mêmes. Ils évoluent comme tous les enfants de ce collège dans des milliers sociaux plutôt favorisés, ajoutent un gendarme. Les parents sont effondrés.

Vous voyez l’urgence de proposer à vos enfants d’autres nourritures que celles qu’ils vont trouver à marée basse, au risque de s’asphyxier. Nourriture artistique, littéraire, spirituelle et éducative, nous n’en manquons pas en fait ! Mais parfois, nous n’osons pas transmettre. Nous nous réfugions derrière de faux alibis : « Il choisira plus tard ». « Je ne veux rien lui imposer ». « Tout se vaut après tout… ». Ce pain-là conduit à la mort spirituelle. Alors que celui qui mange du paix eucharistique vivra, et il vivra éternellement nous promet le Christ. Et une promesse du Christ, c’est quelque chose ! C’est plus fort même que la cover-r4x3w1200-654b52abd6c85-043-dpa-pa-221215-99-913175-dpai étoilepromesse scoute, et même que la promesse du mariage ! Lui tient sa promesse. Il nous fait vivre, en se donnant en nourriture, dans sa Parole, dans son Corps qui est l’Église, dans son corps et son sang qui est l’eucharistie.

Petites étoiles de mer, vous les enfants de la première communion, même s’il vous arrive  dans votre vie de suffoquer à marée basse, de vous asphyxier sur du mauvais sable, revenez à l’eucharistie. Souvenez-vous plus tard de votre première communion. La messe dans l’assemblée du dimanche, tout simplement, peut devenir votre océan et vous ouvrir une belle, une profonde, une indicible course au large.
Bonne navigation ! Et n’oubliez pas : se nourrir d’amour vaut mieux que toutes les autres nourritures…

 

Lectures de la messe

Première lecture
Melkisédek offre le pain et le vin (Gn 14, 18-20)

Lecture du livre de la Genèse
En ces jours-là, Melkisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu très-haut. Il bénit Abram en disant : « Béni soit Abram par le Dieu très-haut, qui a fait le ciel et la terre ; et béni soit le Dieu très-haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abram lui donna le dixième de tout ce qu’il avait pris.

Psaume
(Ps 109 (110), 1, 2, 3, 4)
R/ Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melkisédek.
(cf. Ps 109, 4)

Oracle du Seigneur à mon seigneur :
« Siège à ma droite,
et je ferai de tes ennemis
le marchepied de ton trône. »

De Sion, le Seigneur te présente
le sceptre de ta force :
« Domine jusqu’au cœur de l’ennemi. »

Le jour où paraît ta puissance,
tu es prince, éblouissant de sainteté :
« Comme la rosée qui naît de l’aurore,
je t’ai engendré. »

Le Seigneur l’a juré
dans un serment irrévocable :
« Tu es prêtre à jamais
selon l’ordre du roi Melkisédek. »

Deuxième lecture
« Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens
Frères j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

Séquence
Cette séquence (ad libitum) peut être dite intégralement ou sous une forme abrégée à partir de : « Le voici, le pain des anges ».
Sion, célèbre ton Sauveur, chante ton chef et ton pasteur par des hymnes et des chants.
Tant que tu peux, tu dois oser, car il dépasse tes louanges, tu ne peux trop le louer.
Le Pain vivant, le Pain de vie, il est aujourd’hui proposé comme objet de tes louanges.
Au repas sacré de la Cène, il est bien vrai qu’il fut donné au groupe des douze frères.
Louons-le à voix pleine et forte, que soit joyeuse et rayonnante l’allégresse de nos cœurs !
C’est en effet la journée solennelle où nous fêtons de ce banquet divin la première institution.
À ce banquet du nouveau Roi, la Pâque de la Loi nouvelle met fin à la Pâque ancienne.
L’ordre ancien le cède au nouveau, la réalité chasse l’ombre, et la lumière, la nuit.
Ce que fit le Christ à la Cène, il ordonna qu’en sa mémoire nous le fassions après lui.
Instruits par son précepte saint, nous consacrons le pain, le vin, en victime de salut.
C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang.
Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature.
L’une et l’autre de ces espèces, qui ne sont que de purs signes, voilent un réel divin.
Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces.
On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier.
Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître.
Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort.
Mort des pécheurs, vie pour les justes ; vois : ils prennent pareillement ; quel résultat différent !
Si l’on divise les espèces, n’hésite pas, mais souviens-toi qu’il est présent dans un fragment aussi bien que dans le tout.
Le signe seul est partagé, le Christ n’est en rien divisé, ni sa taille ni son état n’ont en rien diminué.

* Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens.
D’avance il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’agneau pascal immolé, par la manne de nos pères.
Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants.
Toi qui sais tout et qui peux tout, toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous ton héritage, en compagnie de tes saints. Amen.

Évangile
« Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés » (Lc 9, 11b-17)
Alléluia. Alléluia.
Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel, dit le Seigneur ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Alléluia. (Jn 6, 51)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, Jésus parlait aux foules du règne de Dieu, et guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. » Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. » Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. » Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.

Patrick BRAUD

 

Mots-clés : , ,

8 juin 2025

La Trinité, mon fidèle garagiste

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La Trinité, mon fidèle garagiste

 

Homélie pour la fête de la Sainte Trinité / Année C
15/06/25

 

Cf. également :
Trinité : le triangle amoureux
Trinité : quelle sera votre porte d’entrée ?
La structure trinitaire de l’eucharistie
La Trinité est notre programme social
Trinité économique, Trinité immanente
Les trois vertus trinitaires
Vivre de la Trinité en nous
La Trinité, icône de notre humanité
L’Esprit, vérité graduelle
Trinité : Distinguer pour mieux unir
Trinité : ne faire qu’un à plusieurs
Les bonheurs de Sophie
Trinité : au commencement est la relation
La Trinité en actes : le geste de paix
La Trinité et nous

 

Dieu n’est pas solitaire

La Trinité, mon fidèle garagiste dans Communauté spirituelleSaint Patrick ramassait un trèfle dans un champ et partait de ces trois pétales unis en une seule plante pour parler de la Trinité aux Irlandais.

Saint Augustin partait lui de l’amour humain : un homme, une femme, une vivante relation d’amour entre eux deux, unis et différents ; il tentait ainsi de déchiffrer l’image trinitaire en chacun de nous.

Des Pères de l’Église prenaient d’autres images, comme le soleil (sa lumière, ses rayons, sa chaleur)….

Des peintres de génie ont su trouver une approche symbolique visuelle (la célèbre icône de la Trinité de Roublev…).

Ne serions-nous pas devenus trop silencieux sur la dimension trinitaire de notre foi ?


À trop parler de Jésus uniquement, on risque d’oublier qu’il conduit vers le Père.

À trop se passionner de « spirituel », on perd de vue que l’Esprit est relation avec un Autre.

À trop parler du « Dieu tout-puissant », on le réduit à être solitaire…

Or la plénitude de la Révélation chrétienne, c’est Dieu comme communion d’amour.

Dieu-n-est-pas-solitaire-Ned Elisabeth dans Communauté spirituelleSans la Trinité, comment Dieu pourrait-il être amour en lui-même ? Il ne serait qu’un monstre de solitude et d’égoïsme…

Parce que Dieu est Trinité, l’Église est le « sacrement de la communion » trinitaire (Catéchisme de l’Église catholique n° 747).

Parce que Dieu est Trinité, l’homme – créé à l’image des trois personnes divines – est appelé à vivre des relations personnalisantes.

Parce que Dieu est Trinité, l’humanité tout entière découvre qu’elle est faite, non pour l’individualisme solitaire, mais pour des relations mariant l’unité et la différence.


Les conséquences sociales, politiques, économiques même de cette Révélation trinitaire sont incalculables… !

Les débats actuels sur la mondialisation, l’immigration ou les modèles de développement pourraient trouver en amont, dans cette image trinitaire de l’homme, une source d’inspiration fort utile…

Dieu n’est pas solitaire [1] : il est communion, dans l’amour.

Annonçons-le, pour en vivre dès maintenant…


Dieu, mon fidèle garagiste

Comment se fait-il que le mystère de la sainte Trinité que nous fêtons aujourd’hui apparaisse quelquefois si absent et même si insignifiant pour tant de chrétiens ?

Nous sommes devenus comme le fils aîné de la parabole de l’enfant prodigue.

Lorsque notre relation à Dieu est intéressée, nous passons à côté de ce mystère.

Nous nous intéressons à Dieu non pas pour ce qu’il est en lui-même, mais pour ce qu’il fait pour nous, en nous mettant au centre.


mechanic-5384089_1280 TrinitéCette relation à Dieu me fait penser à celle que nous avons avec notre garagiste.

Ce qu’on demande à un garagiste, c’est d’être un bon mécanicien.

Si ce n’est pas lui qui a construit la voiture au moins il la connaît, il sait comment la réparer et il faut que ça marche.

Nous allons trouver volontiers quand il y a des pannes.

Nous sommes tout prêts à reconnaître du reste qu’il y a de notre faute quand ça ne marche pas. J’ai oublié de mettre de l’huile ; j’ai mis du diesel au lieu du sans plomb ; j’ai fait telle  ou telle bêtise de conduite.

Nous avons confiance : le garagiste saura bien remettre en route et réparer notre voiture.


Eh bien, nous faisons fonctionner hélas Dieu trop souvent comme cela.

Nous l’utilisons pour ce qu’il peut nous apporter au lieu de nous intéresser à ce qu’il est en lui-même. Nous lui demandons la santé, le succès, le courage, le bonheur etc. sans prendre le temps de le connaître. Nous attendons de lui un service en mode Deliveroo : seul le produit nous importe, pas le livreur…

Imaginez qu’un jour votre garagiste vous dise : « Rentre chez moi. Viens voir ma maison, viens te promener dans mon jardin, viens admirer mon intérieur, je vais te parler de ma vie ». Alors avec cette extrême politesse dans nous sommes capables, nous dirons, pour nous défausser : « Je ne veux pas vous embêter, je ne veux pas rentrer dans votre vie privée, vous savez, tout ce qui m’intéresse, moi, c’est que vous soyez un Dieu qui répare ce qui ne marche pas et qui fasse bien fonctionner ma vie . Mais je ne voudrais pas empiéter sur votre intimité »…


Or justement, c’est à cela que Dieu nous appelle : partager son intimité.

C’est cela que Dieu nous propose : partager ce qu’il est en lui-même, une relation d’amour qui unit le Père au Fils dans l’Esprit.

C’est cette révélation-là qui est la révélation du mystère de la Trinité.

Dieu nous invite à rentrer chez lui, à sortir de nous-même pour nous intéresser à ce qu’il est en lui-même, à entrer dans son intimité.

À ceux qui veulent bien entrer dans sa maison, à ceux qui veulent bien l’écouter, il montre  la richesse, le trésor de cet amour.

Et ceux qui en font l’expérience ne l’oublieront jamais, car à leur vie en est transformée, leur vie devient trinitaire à l’image des relations qui unissent le Père et le Fils dans l’Esprit.

Voilà ce à quoi nous sommes appelés.


Le mystère de la Trinité ne se découvre que si on prend le temps de la contempler, si on prend le temps de l’intériorité, comme on est capable de contempler un beau tableau, comme on est capable d’écouter une musique profonde et de la laisser travailler en nous.

prier-avec-taize-strasbourgDe même c’est la prière qui nous révèle l’incroyable profondeur du mystère de la Trinité.

Je connais beaucoup d’hommes et de femmes admirables dans leur travail, qui restent à leur bureau tard le soir, qui se dépensent son compter même le week-end pour leur famille, pour des malades, pour des gens qui autour d’eux ont besoin d’eux. Mais je connais beaucoup moins d’hommes et de femmes qui prennent du temps pour entrer dans l’intimité de Dieu, pour se laisser introduire en Dieu, et qui prennent ainsi le temps de s’arrêter pour le regarder, lui, le contempler, lui.

Sortez de vous-même et allez à l’intérieur de Dieu : il nous arrachera à notre égoïsme, il va colorer notre vie de couleurs nouvelles.

Laissez-vous donc conduire par la prière à la richesse du mystère trinitaire.

C’est simple la prière, ce n’est pas réservé aux religieux ou aux rêveurs.

C’est le pain vivant de tous ceux qui ont le désir de laisser Dieu les inviter chez lui.

La prière, c’est vraiment entrer dans l’intimité du Dieu Trinité.

Alors soyez souple pour trouver ce temps de la contemplation.

Soyez souple aussi pour trouver votre manière à vous de prier, chacun à la sienne.

Mais si vous n’y consacrez pas un temps régulier, vous resterez extérieurs au mystère de Dieu. Et vous le ferez « fonctionner » pour vous, comme votre garagiste qui connaît bien son métier pour réparer les pannes, mais que vous ne connaissez absolument pas en lui-même.

Et vous n’aurez pas découvert le trésor de sa vie, le trésor du Père et du Fils unique dans la communion d’amour qu’est l’Esprit Saint.

Fêtons cette immense révélation du mystère de la Trinité, du Dieu communion d’amour, qui nous appelle à partager cette intimité d’amour en lui, par lui, avec lui.

Pour nous aider à entrer dans cette prière trinitaire, voici celle d’Élisabeth de la Trinité (1880-1906), qui peut nourrir notre médiation cette semaine :


Ô MON DIEU, TRINITÉ QUE J’ADORE,

 

250px-Portrait_d%27Elisabeth_de_la_Trinit%C3%A9_%C3%A0_l%27age_de_20_ansÔ mon Dieu Trinité que j’adore,

Aide-moi à m’oublier entièrement

pour m’établir en toi, immobile et paisible

comme si déjà mon âme était dans l’éternité.

Que rien ne puisse troubler ma paix,

ni me faire sortir de toi, ô mon immuable,

mais que chaque minute m’emporte plus loin

dans la profondeur de ton mystère.

Pacifie mon âme, fais-en ton ciel, ta demeure aimée et le lieu de ton repos.

Que je ne t’y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, 

tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à ton action créatrice.

 

Ô mon Christ Aimé, crucifié par amour,

je voudrais être une épouse pour ton cœur,

je voudrais te couvrir de gloire, je voudrais t’aimer, jusqu’à en mourir !

Mais je sens mon impuissance

et je te demande de me « revêtir de toi-même »,

d’identifier mon âme à tous les mouvements de ton âme,

de me submerger, de m’envahir, de te substituer à moi,

afin que ma vie ne soit qu’un rayonnement de ta vie.

Viens en moi comme adorateur, comme réparateur et comme sauveur.

Ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à t’écouter,

je veux me faire tout enseignable afin d’apprendre tout de toi.

Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances,

je veux te fixer toujours et demeurer sous ta grande lumière ;

ô mon astre aimé, fascine-moi pour que je ne puisse plus sortir de ton rayonnement.

 

Ô Feu consumant, Esprit d’amour, surviens, en moi, 

afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe :

que je lui sois une humanité de surcroît en laquelle il renouvelle tout son mystère.

 

Et toi, ô Père, penche-toi vers ta pauvre petite créature,

« couvre-la de ton ombre », ne vois en elle que le « Bien-aimé en lequel tu as mis tout ton amour ».

 

Ô mes Trois, mon Tout, ma Béatitude,

Solitude infinie, immensité où je me perds,

je me livre à toi comme une proie.

Ensevelis-toi en moi pour que je m’ensevelisse en toi,

en attendant d’aller contempler en ta lumière 

l’abîme de tes grandeurs

 ____________________________________________________

[1]. Cf. le livre de J.N. Bezançon : Dieu n’est pas solitaire, DDB, 1999.


LECTURES DE LA MESS
PREMIÈRE LECTURE

La Sagesse a été conçue avant l’apparition de la terre (Pr 8, 22-31)

Lecture du livre des Proverbes

Écoutez ce que déclare la Sagesse de Dieu : « Le Seigneur m’a faite pour lui, principe de son action, première de ses œuvres, depuis toujours. Avant les siècles j’ai été formée, dès le commencement, avant l’apparition de la terre. Quand les abîmes n’existaient pas encore, je fus enfantée, quand n’étaient pas les sources jaillissantes. Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée, avant que le Seigneur n’ait fait la terre et l’espace, les éléments primitifs du monde. Quand il établissait les cieux, j’étais là, quand il traçait l’horizon à la surface de l’abîme, qu’il amassait les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l’abîme, quand il imposait à la mer ses limites, si bien que les eaux ne peuvent enfreindre son ordre, quand il établissait les fondements de la terre. Et moi, je grandissais à ses côtés. Je faisais ses délices jour après jour, jouant devant lui à tout moment, jouant dans l’univers, sur sa terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. » 

 

Psaume

(Ps 8, 4-5, 6-7, 8-9)

R/ Ô Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand, ton nom, par toute la terre ! (Ps 8, 2)

 

À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu fixas,
qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui,
le fils d’un homme, que tu en prennes souci ?

 

Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu,
le couronnant de gloire et d’honneur ;
tu l’établis sur les œuvres de tes mains,
tu mets toute chose à ses pieds.

 

Les troupeaux de bœufs et de brebis,
et même les bêtes sauvages,
les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,
tout ce qui va son chemin dans les eaux.

 

DEUXIÈME LECTURE

Vers Dieu par le Christ dans l’amour répandu par l’Esprit (Rm 5, 1-5)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Bien plus, nous mettons notre fierté dans la détresse elle-même, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la vertu éprouvée ; la vertu éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.

 

ÉVANGILE

« Tout ce que possède le Père est à moi ; l’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » (Jn 16, 12-15)

Alléluia. Alléluia. 

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (Ap 1, 8)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Patrick Braud

 

Mots-clés : ,
12345...31