L'homélie du dimanche (prochain)

7 avril 2024

Gracier sans renier

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Gracier sans renier

 

Homélie du 3° Dimanche de Pâques / Année B 

14/04/24

 

Cf. également :

Toucher, manger, bref : témoigner
Parresia : le courage pascal
Le premier cri de l’Église
Bon foin ne suffit pas
Lier Pâques et paix
La paix soit avec vous


Préférer le coupable au Juste

Gracier sans renier dans Communauté spirituelleIl n’y a pas si longtemps, les Français préféraient Laval à Jean Moulin, et même l’Église catholique soutenait Franco plus que les républicains espagnols, Pinochet plus que ses victimes. Actuellement, le peuple russe dans son immense majorité soutient Poutine, et ne s’est guère ému de l’élimination de Navalny. Les Américains s’apprêtent à élire Trump, et en même temps à enfermer Julien Assange jusqu’à sa mort. Le peuple chinois approuve la main de fer de Xi Jinping tout en fermant les yeux sur le sort des Tibétains ou des Ouïghours. Les Israéliens ont élu Netanyahou en tournant le dos à la ligne de paix incarnée par Yitzhak Rabin, assassiné en 1995. Les Palestiniens ont élu le Hamas et le soutiennent, alors que les préparatifs des Accords d’Abraham auraient pu ouvrir un chemin de réconciliation. La haine anti-Tutsis refait surface en RDC Congo 30 ans après le million de morts du génocide rwandais… Et que dire des Coréens du Nord ?

Bref, il semblerait que les peuples soient enclins à plébisciter leur malheur…

On ne peut dédouaner trop vite les peuples (les Églises, les pouvoirs religieux) de leur responsabilité historique dans le triomphe de l’injustice. Le peuple allemand adhérait fanatiquement à la doctrine d’Hitler. Un régime ne devient inhumain que si la majorité silencieuse laisse faire, s’arrange avec sa conscience, ou ne considère que ses intérêts à court-terme.

L’Évangile n’a pas peur de dénoncer cette culpabilité de tous, et pas seulement de quelques chefs. Dans notre première lecture (Ac 3,13-19), Pierre s’adresse à la foule ébahie de la Pentecôte à Jérusalem ; il ne mâche pas ses mots : « Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier ».

Comment et pourquoi sommes-nous capables – foules d’aujourd’hui – de cette même forfaiture : renier le juste et gracier le coupable ?


Dire la vérité

Alexandre Soljénitsyne : la vérité comme exigenceCommençons par souligner à nouveau le courage politique de Pierre : même si elle ne plaît pas à ses auditeurs, la vérité est bonne à dire. Ils ont livré, renié, tué le Juste (Jésus), et gracié le meurtrier (Barabbas). On veut nous faire taire les violences et les meurtres commis par les puissants de ce monde. Sous prétexte de réalisme politique, de prudence, de négociations secrètes, on étouffe les voix prophétique qui révèlent les massacres, les déportations, les viols, les génocides, les crimes d’État…

Pierre n’aurait jamais annoncé la résurrection de Jésus s’il avait voulu se ménager les pouvoirs juifs et romains. Paul n’aurait jamais évangélisé les païens s’il n’avait pas dénoncé l’hypocrisie religieuse et l’idolâtrie romaine. Bref : Pentecôte, c’est d’abord le courage (la parresia en grec) de dire haut et fort la vérité, quoiqu’il en coûte.


Par ignorance

Ayant ainsi lourdement chargé le peuple de Jérusalem, Pierre tempère aussitôt son accusation : « je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs ».

stazione11 coupable dans Communauté spirituelleLe motif invoqué par Pierre pour expliquer l’incompréhensible renversement de valeurs Barabbas/Jésus est donc l’ignorance. Il rejoint en cela Jésus qui avait prié pour ses bourreaux en s’appuyant sur cette circonstance atténuante : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». La plupart des bourreaux ne savent pas ce qu’ils font lorsqu’ils exécutent l’innocent et glorifient le coupable. Nous non plus d’ailleurs : si nous réalisions en pleine conscience l’ampleur du mal que nous infligeons aux autres, nous reculerions, horrifiés et coupables…

Faire le mal par ignorance : reconnaissons que c’est bien souvent le cas ! Les Russes, empoisonnés depuis plus d’un siècle par une propagande tsariste puis communiste puis poutiniste savent-ils réellement ce qui se passe chez eux ?

Le premier devoir de l’apôtre est alors d’ouvrir les yeux de tous sur ce qui se déroule réellement. Réveiller le goût de chercher la vérité, la réalité, est un préalable. Car le goût du vrai semble s’estomper si facilement dans notre monde, au profit des Doxa officielles, quelle que soit leur orientation.

Lever le voile d’ignorance qui fait appeler mal ce qui est bien et bien ce qui est mal demande de s’engager dans un combat d’interprétations. Non, Jésus n’est pas le révolutionnaire juif qu’on vous a décrit : il est « le Prince de la vie », pour le salut de tous. Sa croix n’est pas l’échec lamentable d’un faux prophète, mais le chemin d’humilité choisi  par Dieu pour aller sauver ceux qui étaient perdus, au plus bas.

Il y a une dimension proprement idéologique (au bon sens du terme) à toute évangélisation : combattre les idées inhumaines, les doctrines travestissant la réalité pour la tordre au service des puissants, et révéler en contrepoint la dignité humaine accomplie en Jésus.

Comment lever ce voile d’ignorance ? Par le rappel des Écritures, par les signes que l’Esprit pose dans notre histoire (la Pentecôte ici), par un raisonnement cohérent et argumenté, par un engagement total des témoins, par une offre de pardon offerte à ceux qui veulent se détourner du mal commis. S’il manque un de ces éléments de Ac 3,13–19, l’annonce chrétienne sera reléguée au rang de la magie, du complotisme ou du délire religieux.

 

Comment expliquer l’inversion Jésus/Barabbas ?

La préférence de l’affreux Barabbas à bien d’autres motifs possibles que l’ignorance. Décrivons-en quelques-uns.


– La manipulation

Être manipulé ‘à l’insu de son plein gré’ par les médias, les gouvernements, les associations bien-pensantes etc. est hélas chose courante sous tous les régimes ! Notre culpabilité réside dans notre complicité avec cette manipulation, lorsque nous préférons notre paresse ou notre confort, lorsque nous regardons ailleurs, lorsque nous nous laissons asservir aux Doxa officielles. Les pouvoirs en place sont toujours très forts pour infiltrer les opinions publiques et les diriger à leur guise. Ainsi les chefs religieux ont-ils manipulé la foule à Jérusalem pour condamner Étienne : « ils soudoyèrent des hommes pour qu’ils disent : “Nous l’avons entendu prononcer des paroles blasphématoires contre Moïse et contre Dieu.” Ils ameutèrent le peuple, les anciens et les scribes, et, s’étant saisis d’Étienne à l’improviste, ils l’amenèrent devant le Conseil suprême » (Ac 6 10–12).


– La lâcheté

Pilate se lave les mains (par Duccio di Buoninsegna)Pilate s’est lavé les mains de la condamnation du Juste. Pierre l’avait renié trois fois par peur des gardes.

Oser être à contre-courant de son époque, de sa société est risqué. Les voix discordantes au minimum sont moquées, au pire sont étouffées violemment. Si les martyrs chrétiens des trois premiers siècles avaient laissé cette lâcheté idéologique les dominer, jamais l’Évangile ne se serait répandu aussi vite tout autour de la Méditerranée. La lâcheté repose sur la peur. Celui qui n’a pas peur des tyrans – quitte à y laisser sa vie – est libre d’annoncer la vérité à temps et à contretemps. À l’inverse, celui qui a peur va enfouir le talent de sa foi et deviendra alors stérile. Si le sel s’affadit…


– La déception

Judas ne comprenait pas Jésus lorsqu’il acceptait le gaspillage apparent de Marie de Béthanie répandant une fortune en parfum précieux sur ses pieds : « Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres ? » (Jn 12,5).

220px-Cimabue01 grâceAlors qu’il était très proche, jusqu’à mériter sa confiance dans la gestion de l’argent des Douze, Judas sera de plus en plus déçu par le pacifisme non-violent de Jésus. Il rêvait d’un Messie guerrier, libérateur par la force. D’où sans doute son ultime tentative pour négocier un arrangement avec les prêtres juifs. Judas livre Jésus parce qu’il est déçu. Étienne rappelle que les Hébreux avaient renié Moïse parce qu’il ne correspondait pas à leur image d’un chef libérateur (Ac 7,35).

Nous brûlons si facilement ce que nous avons adoré…

Le ressentiment est un moteur puissant pour l’injustice. Le traité de Versailles de 1918, la chute du mur de Berlin en 1989, l’humiliation chinoise lors des guerres de l’opium au XIX° siècle, la mémoire des colonies d’Afrique Noire… : les déçus de la paix, de la croissance, de la colonisation peuvent à leur tour préférer le meurtrier au juste, comme l’actualité le montre hélas dans ces pays. S’il n’y a pas de pardon mutuel – avec la recherche préalable de vérité que cela implique –, de conversion de chaque partie, de projet commun pour réconcilier, la déception brouillera le jugement, et l’inversion des valeurs se fera passer pour une revanche méritée.


- L’attrait pour le mal

 justeC’est l’interprétation de Jean et Luc pour expliquer la traîtrise de Judas : « Satan entra en Judas, appelé Iscariote, qui était au nombre des Douze » (Lc 22,3).
Il ne faut jamais exclure que la fascination pour le mal envahisse quelqu’un au point d’inverser en lui toute capacité de jugement.
Il ne faut jamais sous-estimer l’addiction des peuples au malheur.
Tel un drogué complètement possédé par son addiction, certains feront du mal à d’autres pour le plaisir, ou pour la seule volonté de profaner. Les soldats qui violent dans les ruines des villes conquises sont parfois submergés par cette rage meurtrière proche de la folie. Certaines cultures idolâtrent la férocité brutale…
Loin d’être une excuse, cet attrait pour le mal présent en tout homme devrait nous mobiliser pour protéger les victimes et dénoncer toute naïveté.

N’oublions pas que les Israéliens ont élu Netanyahou, les Palestiniens le Hamas, les Russes Poutine, les Américains Trump, et que les Chinois plébiscitent Xi Jinping… Les peuples sont capables de choisir le mal, et de suivre les tyrans en adhérant à leur doctrine de mort. La folie des allemands ou des italiens adhérant à leur Führer / Duce au siècle dernier devrait nous ouvrir les yeux sur la force de l’attrait du mal sur les masses…

Chacun de nous est capable du pire : lorsqu’il en a les moyens, ne croyons pas qu’il s’arrêtera uniquement avec de bonnes paroles. Pour ne pas prendre en compte la force de l’attrait du mal, nous laissons la barbarie s’installer dans les têtes et les cœurs…


Gracier sans renier

« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés » (Lc 4,18) : le jubilé proclamé par Jésus est toujours d’actualité.

Pierre reproche au peuple d’avoir exalté le meurtrier tout en reniant le juste. Pourtant ce n’est pas la grâce qu’il dénonce, c’est le prix de cette grâce lorsqu’elle s’opère en inversant les valeurs. Un autre choix est possible : gracier sans renier.

C’est ce que Jésus fait avec le même verbe gracier (χαρζομαι = charizomai, faire grâce)  dans l’Évangile de Luc : il rend la vue à plusieurs aveugles (Lc 7,21), il remet les dettes au débiteur sans le sou (Lc 7,42). La pointe de la plaidoirie de Pierre n’est donc pas de rétablir une justice punitive ‘correcte’ : reconnaître le juste et condamner le coupable, mais bien : gracier le meurtrier sans renier l’innocent. C’est là l’œuvre de l’Esprit (charizomai contient le mot charisme, c’est-à-dire un don gratuit de l’esprit).

conversion-saint-paulC’est ainsi que le criminel à la droite de Jésus est accueilli le premier en paradis. C’est ainsi que Saül le meurtrier, qui ne respirait que haine et menaces envers les chrétiens (« Saul était toujours animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur » Ac 9,1) va se convertir grâce au pardon le renversant sur la route de Damas. Paul sait de quoi il parle quand il décrit la transformation profonde produite par le pardon accordé au coupable : « Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs »  (Rm 5,7-9).

 

Le contraire de ‘renier le juste et gracier le coupable’ n’est pas ‘condamner le coupable et exalter le juste’, comme on le croirait trop facilement. Pour Pierre ou Paul, le contraire de ‘renier et gracier’ est ‘gracier sans renier’, manifester la miséricorde sans sacrifier la justice et la vérité, offrir le pardon en faisant droit aux victimes, établir la réconciliation sans cacher la vérité ni léser les innocents.

 

Ne croyons pas que ce soient uniquement des enjeux de géopolitique internationale.

Nous avons tous des Barabbas et des Jésus entre lesquels il nous faut choisir.

Nous avons tous, en entreprise, en association, dans nos quartiers etc. des justes et des coupables qui nous obligent à prendre position. Et parfois nous sommes même l’un ou l’autre.

Demandons-nous cette semaine : comment gracier l’un sans renier l’autre ?

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts » (Ac 3, 13-15.17-19)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, devant le peuple, Pierre prit la parole : « Hommes d’Israël, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, alors que vous, vous l’aviez livré, vous l’aviez renié en présence de Pilate qui était décidé à le relâcher. Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier. Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins. D’ailleurs, frères, je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs. Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes : que le Christ, son Messie, souffrirait. Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés. »
 
PSAUME (4, 2, 4.7, 9)
R/ Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage ! ou : Alléluia ! (4, 7b)

Quand je crie, réponds-moi,
Dieu, ma justice !
Toi qui me libères dans la détresse,
pitié pour moi, écoute ma prière !


Sachez que le Seigneur a mis à part son fidèle,
le Seigneur entend quand je crie vers lui.
Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? »

Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage !
Dans la paix moi aussi,
je me couche et je dors,
car tu me donnes d’habiter, Seigneur,
seul, dans la confiance.

DEUXIÈME LECTURE
« C’est lui qui obtient le pardon de nos péchés et de ceux du monde entier » (1 Jn 2, 1-5a)

Lecture de la première lettre de saint Jean
Mes petits enfants, je vous écris cela pour que vous évitiez le péché. Mais si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus Christ, le Juste. C’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés, non seulement des nôtres, mais encore de ceux du monde entier. Voici comment nous savons que nous le connaissons : si nous gardons ses commandements. Celui qui dit : « Je le connais », et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n’est pas en lui. Mais en celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection.
 
ÉVANGILE
« Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour » (Lc 24, 35-48)
Alléluia. Alléluia. Seigneur Jésus, ouvre-nous les Écritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Alléluia. (cf. Lc 24, 32)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. Comme ils en parlaient encore,  lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : « La paix soit avec vous ! » Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. » Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui présentèrent une part de poisson grillé qu’il prit et mangea devant eux. Puis il leur déclara : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : “Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.” » Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. Il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d’en être les témoins. »
Patrick Braud

 

 

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24 mars 2024

Poème pour le Jeudi Saint

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Poème pour le Jeudi Saint

 

Homélie du Jeudi  Saint Année B

28/03/24

 

Cf. également :

Jeudi Saint : les multiples interprétations du lavement des pieds

Le casse-croûte du Jeudi saint

Jeudi Saint : aimer jusqu’au « telos »
La portée animalière du sacrifice du Christ
Jeudi saint : les réticences de Pierre
« Laisse faire » : éloge du non-agir
« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus
Jeudi Saint : pourquoi azyme ?
La commensalité du Jeudi saint
Le Jeudi saint de Pierre
Jeudi Saint / De la bouchée au baiser : la méprise de Judas
Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique
Je suis ce que je mange
La table du Jeudi saint
Le pain perdu du Jeudi Saint
De l’achat au don

 

En complément des autres pistes de méditation pour le Jeudi saint, voici un court poème de Jules Laforgue, à partir de la nuit d’adoration suivant la Cène, devant le Saint Sacrement exposé…


Poème pour le Jeudi Saint dans Communauté spirituelle
Petite chapelle

Il faudra que j’expose
Dans un ostensoir lourd
Mon cœur rongé d’amour
Que son sang pur arrose.

En cette apothéose
Mille cierges autour
Brûleront nuit et jour
Dans une vapeur rose !

Et blêmes, jour et nuit,
Sangloteront vers lui
Comme vers une Idole

Les cœurs tendres venus
Pour ces maux inconnus
Dont rien ne les console!

Jules Laforgue

 

MESSE DU SOIR

 

PREMIÈRE LECTURE
Prescriptions concernant le repas pascal (Ex 12, 1-8.11-14)

 

Lecture du livre de l’Exode
En ces jours-là, dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année. Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.
Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »

 

PSAUME
(115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18)
R/ La coupe de bénédiction est communion au sang du Christ. (cf. 1 Co 10, 16)

 

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

 

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

 

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)

 

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »
Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

 

ÉVANGILE
« Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1-15)
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Jn 13, 34)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »
Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

Patrick BRAUD

 

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17 mars 2024

De quoi l’ânon des rameaux est-il le nom ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

De quoi l’ânon des Rameaux est-il le nom ?

 

Homélie pour le Dimanche des Rameaux / Année B 

24/03/2024

 

Cf. également :
Le coq défait Pierre
Rameaux : la Passion du Christ selon Mel Gibson
Rameaux : vous reprendrez bien un psaume ?
Rameaux : la Passion hallucinée de Jérôme Bosch
Rameaux : le conflit ou l’archipel
Comment devenir dépassionnés
Rameaux : assumer nos conflits
Rameaux, kénose et relèvement
Briser la logique infernale du bouc émissaire
Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux
Le tag cloud de la Passion du Christ
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
C’est l’outrage et non pas la douleur
Il a été compté avec les pécheurs
Sortir, partir ailleurs…


Le Théâtre des deux ânes

2 ânesDe tradition, la France est un pays où l’on aime bien les chansonniers. Ce genre d’humour politique nous est propre : comme les fous du roi autrefois, les chansonniers dans les cabarets et théâtres ont le droit de tout dire sur nos gouvernants, nos responsables politiques, nos célébrités. Et ils ne s’en privent pas ! Aujourd’hui encore, le Caveau de la République à Paris, le Café d’Edgard ou le Théâtre des deux ânes etc. portent chaque semaine à l’affiche des one-man-shows légèrement délirants, des spectacles où les imitateurs, les comédiens, les humoristes nous font rire sans souci des convenances. Chaque vendredi, la chaîne de télévision Paris Première diffuse le show de la ‘Revue de presse’ au Théâtre des deux ânes. Si on aime cet humour décalé, les larmes de rire sont garanties ! Élodie Poux, Bernard Mabille, Philippe Chevallier, Régis Mailhot et autres Guidoni n’arrêtent pas de faire l’âne pendant deux heures en passant nos personnages importants à l’essoreuse de leurs mots d’esprit.

Faire l’âne est une qualité chez nous. Tant que cette impertinence restera autorisée par le pouvoir, nous serons en pays libre.

En ce dimanche des Rameaux, centrons notre regard sur le petit âne qui rentre à Jérusalem, acclamé par la foule :
de quoi l’ânon des Rameaux est-il le nom ?

 

1. L’accomplissement des Écritures

De quoi l’ânon des rameaux est-il le nom ? dans Communauté spirituelle thoraLe choix insolite de Jésus – un cheval eut été plus noble – est aux yeux des évangélistes une façon de montrer qu’il est le Messie annoncé dans les Écritures. La citation de Zacharie l’atteste : « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse » (Za 9,9).

 

Comme l’entrée à Jérusalem est le début de la Passion, l’importance de ce rappel est majeur : contrairement aux apparences désastreuses (échec, supplice, mise à mort, déshonneur) ce que va subir Jésus à Jérusalem est bien ce que promettaient les prophètes : un roi juste et victorieux. Juste, car démasquant l’injustice des pouvoirs des puissants de ce monde. Victorieux, car la résurrection viendra couronner le chemin de la Croix. Roi jusqu’au bout, comme l’attestera la pancarte INRI sur le gibet.

Jésus ne subit pas : il choisit de donner sa vie, de donner la Vie en donnant sa vie.

Ce thème de l’accomplissement des Écritures est si important à destination des juifs choqués par la Passion que Mathieu convoquera l’ânesse avec l’ânon (Mt 21,2). Comme cela il y aura deux témoins [1], comme le prescrit la Loi juive (Dt 19,5), pour attester de la messianité de Jésus.

 

Lorsque les événements ne se déroulent pas comme nous l’avions prévu, faisons mémoire de l’ânon des Rameaux : si le Christ monte à notre bord, il transformera nos galères en entrée triomphale !

 

2. Douceur, humilité, non-violence

3IRQQ5HCBLZAECMAGYZIYMLVCQ âne dans Communauté spirituelleL’autre image qui nous vient aussitôt à l’esprit en pensant un petit âne, c’est la douceur, la gentillesse, l’humilité. Imaginez-vous le Président Macron descendant les Champs Élysées le 14 Juillet 2022 dans une Clio deux places et non dans sa luxueuse et blindée DS 7 hybride ?

Sobre et serviable des années durant, l’âne ne demande pas grand-chose, mais soulève de si lourdes charges et rend tant de services ! Il ne parade pas avec les chevaux en tête de défilé, ni avec les lions sur les podiums de cirque. Quel animal conviendrait mieux que lui pour brosser le portrait d’un Messie « doux et humble de cœur » (Mt 11,29) ? Pas d’attitude guerrière chez Jésus lorsqu’il franchit les portes des remparts de Jérusalem. Au contraire, on l’acclame comme « celui qui sauve » : hosanna ! Littéralement : « sauve-nous ! » « Le salut est avec toi, fils de David ! »

La douceur du Christ est le reflet de la miséricorde du Père. S’il est victorieux, ce n’est pas à la manière des rois guerriers : il est vainqueur du mal et de la mort justement pour en sauver les pires d’entre nous qui s’y adonnent.

La grandeur du Messie n’est pas dans l’or de ses palais ni la taille de son jet présidentiel. Il est grand de ce que nous lui donnons, comme en témoignent les vêtements de la foule qu’elle dépose sur ses pas.

 

Lorsque la tentation de la grandeur nous enivre, dans nos missions, nos responsabilités, nos prises de parole, gardons à l’esprit l’humble ânon des Rameaux, qui a porté le Maître du monde grâce à sa simplicité.

 

3. Filiation

Petit âneC’est d’un ânon dont Jésus a besoin. Pas d’un âne. Car il est question de filiation ici. Le fils de David, le fils unique de Dieu se définit toujours en dépendance de sa source. Il n’est pas à lui-même sa propre origine. Il se reçoit un autre, comme l’ânon reçoit de l’ânesse pour la naissance et le lait.

Avec les Rameaux, c’est bien la question de la filiation qui est posée : comment devenir enfant de Dieu, réellement ? Sur le mont Moriah, Abraham a sacrifié un bélier et non un agneau à la place d’Isaac, car c’était sa paternité qui était en cause. Ici, c’est le petit d’une ânesse qui va désigner le Fils par excellence. Monter sur un ânon nous rappelle que notre vocation est de devenir enfant de Dieu, en vérité.

 

Lorsque le succès, la réussite nous griseront au point de nous croire indépendants, sans devoir rien à personne, regardons l’ânon des Rameaux : quelle est ma source ? de qui ai-je reçu ? de qui suis-je l’enfant ?

 

4. La liberté des enfants de Dieu

Va détacher l'ânon Jésus-Christ en a besoinCet ânon était attaché : c’est plus qu’un détail ! Notre identité filiale est comme ligotée, prisonnière des liens d’attachement à nos œuvres, à notre vaine gloire, à notre volonté d’indépendance. Lorsque Jésus ordonne à ses disciples : « détachez-le et amenez-le », on entend comme un écho de l’ordre donné aux proches de Lazare sortant du tombeau : « déliez-le et laissez-le aller ». L’ânon christophore (qui porte le Christ) est un enfant libre, comme on dirait en Analyse Transactionnelle (à la différence de l’enfant soumis, ou de l’enfant rebelle). Le verbe détacher est répété trois fois dans l’Évangile de Marc 11, tellement c’est capital de libérer les enfants de Dieu pour les rendre disponibles au service de leurs frères, ici le service du Christ entrant à Jérusalem.


On entend également dans ce « détachez-le » un écho inversé de la ligature d’Isaac (Gn 22) : Abraham le père avait lié son fils sur l’autel au nom de ses croyances sanguinaires ; l’ange lui fait utiliser le couteau pour couper les cordes liant en son fils et non pour lui trancher le cou.

En Christ, les fils sont libres, les filles ne sont plus esclaves. Jésus acceptera pour cela d’être lui-même ligoté (Mc 15,1) par les pouvoirs juifs pour aller rejoindre tous ceux qui étaient prisonniers de la Loi, afin de les délier par sa Résurrection.

 

Visualisons l’ânon attaché par une corde à un anneau dans le mur : que voudrait dire délier de leurs attaches nos proches, nos collègues ? Comment faire grandir en moi le désir de les amener au Christ ?

 

4. Nouveauté

 EtchegarayMarc prend soin de préciser que cet âne est tout neuf en quelque sorte, « un ânon sur lequel personne n’était jamais monté ». Un être neuf au début de la Passion.

À la fin de la Passion, ce sera dans un tombeau neuf, « un tombeau qui n’avait jamais servi pour personne » (Jn 19,41), que Jésus mort sera déposé.

D’une nouveauté à l’autre, c’est la radicale innovation du christianisme qui est en jeu : héritier du judaïsme (l’ânesse, le pharisien propriétaire du tombeau neuf), le christianisme sait « tirer du neuf de l’ancien » (Mt 13,52). Jésus avait conscience que sa Passion allait dévoiler quelque chose d’inouï, que l’homme n’aurait jamais pu inventer : l’amour de Dieu vainqueur de la mort par le service et le don de soi.

Que nul n’efface cette différence irréductible !

Que personne n’annule la nouveauté du Christ en « retournant à son vomi » (Pr 26,11) !

« À vin nouveau, outres neuves » (Mt 9,17).

 

Lorsque les audaces évangélisatrice de l’Esprit aujourd’hui nous troublent, nous effraient, revenons à la nouveauté de l’ânon des Rameaux : il y aura toujours de l’inédit dans la foi chrétienne, pourquoi y résister ?

 

5. Gentilité

220px-Palmesel_MNMA_Cl23799 RameauxUne de ces nouveautés chrétiennes, c’est bien sûr l’ouverture aux païens, ceux que l’on appelait les Gentils (et qui ne l’étaient pas tous !). Les Pères de l’Église ont souvent commenté cet épisode des Rameaux en identifiant l’ânesse à Israël, la mère de la Révélation, et l’ânon à l’Église, qui s’est ouverte aux non-juifs, à ceux que la Révélation n’avait pas encore explicitement touché.

Amener un ânon pour porter le Christ, c’est la gentilité de l’Église, c’est l’ardente obligation qui nous est faite de nous ouvrir à l’universel et de permettre à tous les peuples, toutes les cultures, de devenir christophores.

 

Lorsque la tentation nous habite de nous replier sur de petits cercles cathos bien au chaud entre nous, ré-entendons le Christ nous demandant de libérer l’ânon pour lui amener ; laissons son Esprit nous faire « passer aux barbares »…

 

6. Bonnet d’âne

bonnet-d-ane-(photo-dr-rue-des-archives)-1525962569Au XIX° siècle, les instituteurs punissaient les élèves indisciplinés ou paresseux en les mettant au coin, coiffés d’un bonnet d’âne à grandes oreilles. Une façon d’humilier les récalcitrants en les assimilant à des ânes… S’afficher avec un âne n’était alors pas glorieux ! Pourtant, c’est vrai que l’âne a de grandes oreilles, et du coup il est devenu le symbole d’une créature qui écoute. « Écoute » est le premier commandement de la Torah : « Schema Israël », « Écoute Israël » (Dt 6,4). La règle de saint Benoît commence par ces mots : « Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître, et prête l’oreille de ton cœur ». Le moine est souvent représenté avec de grandes oreilles pour écouter mieux la parole de Dieu.

 

Lorsque le bruit incessant de notre société te submerge, concentre-toi sur les grandes oreilles de l’ânon des Rameaux : il est temps d’écouter, quitte à paraître coiffer le bonnet d’âne aux yeux des autres étourdis de non-silence.…

 

7. Tu me fais braire

16494144-une-bande-dessinée-braire-vecteur-âne-et-les-fichiers-haute-résolution-sont-disponiblesL’âne est encore célèbre pour ses braiments à réveiller les morts ! À tel point que, quand on dit à quelqu’un : tu me fais braire, on lui signifie qu’il peut toujours ergoter, l’âne que vous êtes continuera à faire entendre sa voix…

Et La Fontaine nous a prévenus : ne vous fiez pas à l’apparence inoffensive de cet animal ! Lorsque le vieux lion affaibli tombe malade, le coup de pied de l’âne va l’expédier ad patres ! Regardez les sabots de l’âne : une ruade peut être mortelle. La non-violence du Christ n’exclut pas la violence envers le mal (pas envers celui qui le commet) pour l’empêcher de nuire. Samson n’a-t-il pas autrefois terrassé 1000 hommes avec une mâchoire d’âne (Jg 15,15) ?

 

Quelle image plus réaliste que le braiment d’un âne pour symboliser le prophétisme des baptisés ? Comme le Messie, ils proclament la Parole « à temps et à contretemps » (2Tm 4,2), quitte à insupporter les bien-pensants. Rien n’a pu faire taire les martyrs, ni le supplice ni la mort : ils ont proclamé leur foi jusqu’au bout.

 

Lorsqu’on veut vous faire taire parce que votre foi dérange, n’arrêtez pas de braire comme l’ânon des Rameaux !

 

8. Adorer un dieu à tête d’âne

Crucifié tête d'âneOn a retrouvé dans les catacombes romaines un vieux graffiti du II° siècle, montrant des chrétiens adorant un crucifié à tête d’âne. Une caricature façon Charlie Hebdo avant la lettre ! C’est donc que certains Romains identifiaient Jésus à son âne, et se moquaient de ce soi-disant Messie échouant lamentablement sur la croix. Ces critiques mettent pourtant en évidence un trait original la foi : il s’est rangé du côté des exclus, des ânes moqués par tous. Il a fait corps avec les moins-que-rien à qui on déniait toute humanité, jusqu’à les traiter comme des animaux, des bêtes de somme, des ânes…

 

Voilà le message de l’âne des Rameaux : le chrétien doit avoir ce courage de paraître fou pour le monde, de paraître un âne pour les autres, un imbécile, d’être incompris, d’être considéré comme discordant. Il est rejeté, certes, mais c’est lui qui annonce la vérité.

Et d’ailleurs, il est très injuste de dire que l’âne est bête. Il ne l’est pas, il est même beaucoup plus intelligent qu’un cheval. Et en soi, le chrétien n’est pas un imbécile, il est plutôt un incompris, il peut passer pour fou mais il ne l’est pas du tout ! Paul écrit en effet : « Le langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu. […] La sagesse du monde, Dieu ne l’a-t-il pas rendue folle ? Puisque, en effet, par une disposition de la sagesse de Dieu, le monde, avec toute sa sagesse, n’a pas su reconnaître Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par cette folie qu’est la proclamation de l’Évangile » (1Co 1,18-21).

 

On célébrait même une « fête de l’âne » au XIII° siècle dans les cathédrales de Sens, Beauvais, Rouen etc. C’était au moment du solstice d’hiver. Cette fête de l’âne était fort curieuse. Ce jour-là donc, lors de la grand-messe, on faisait entrer un âne solennellement dans la cathédrale, il était revêtu d’un manteau d’or et il avait une grande traîne qui était tenue par quatre des membres les plus éminents du clergé du chapitre. Dans l’église, l’âne se tenait dans le chœur, juste à côté de l’évangile. On célébrait ensuite toute la messe en son honneur. Le peuple répondait « hi-han » en guise d’ « Amen ». La messe se terminait ainsi : le prêtre disait « deo gratias / ite missa est / hi-han », et toute la foule dans la cathédrale disait trois fois « hi-han, hi-han, hi-han »… L’âne des Rameaux (de la crèche et de la fuite en Égypte) a donc eu un succès étonnant jusque dans nos liturgies !

 

Lorsque le dégoût ou le rejet te tente au point de vouloir exclure ceux qui ne correspondent pas à des critères, contemple le crucifié à tête d’âne. Qu’il t’aide à faire le lien entre le Messie triomphant entrant à Jérusalem et le condamné déshonoré, à l’écart…

 

9. Au pas de l’âne

1200x900_queyras-colportage-au-pas-de-l-ane-images-et-reves-197430Terminons par une autre caractéristique de l’âne : contrairement au cheval qui galope à grande allure, l’âne au mieux trottine, le plus souvent marche à pas mesurés. Aller vite ou loin ? Des fois, il faut choisir ! En montagne, il n’y a pas plus sûr par les sentiers pierreux escarpés que le pas de l’âne, lent et mesuré.

Ce chemin pour aller vers Dieu, c’est un chemin qui doit se faire au pas d’un âne. C’est ainsi que doit être notre cheminement dans la foi : tranquillement, avec le temps, en douceur. Pour découvrir Dieu, s’en rapprocher, il faut aller pas à pas, avec une certaine constance et bien tranquillement. La conversion à Dieu n’est pas toujours quelque chose de spectaculaire, c’est un lent trajet. Il faut tout au long de sa vie suive ce chemin, doucement, comme assis sur un âne, sans éclat, sans brutalité, sans violence, en douceur, en toute paix. Et ainsi simplement laisser travailler en soi ce cheminement long et pacifique qui nous rapproche de Dieu.

 

Notre marche à la suite du Christ ferait bien de s’inspirer de ce pas de l’âne, comme l’écrivait non sans humour le cardinal Etchegaray :

 

41qSYdULahL._SY466_J’avance comme un âne

 

J’avance, comme l’âne de Jérusalem 

dont le Messie, un jour des Rameaux, fit une monture royale et pacifique.

Je ne sais pas grand’chose,

mais je sais que je porte le Christ sur mon dos

et j’en suis plus fier que d’être bourguignon ou basque.

Je le porte, mais c’est lui qui me mène :

je sais qu’il me conduit vers son Royaume et j’ai confiance en lui.

 

J’avance à mon rythme. 

Par des chemins escarpés,

loin de ces autoroutes où la vitesse vous empêche

de reconnaître monture et cavalier.

Quand je bute contre une pierre, mon Maître doit être

bien cahoté, mais il ne me reproche rien.

C’est merveilleux comme il est bon et patient avec moi :

il me laisse le temps de saluer la ravissante ânesse de Balaam, 

de rêver devant un champ de lavande,

d’oublier même que je le porte.

 

J’avance, en silence. 

C’est fou comme on se comprend sans parler ; 

d’ailleurs, je n’entends pas trop quand il me souffle des mots à l’oreille.

La seule parole de lui que j’ai comprise semblait être pour moi tout seul 

et je puis témoigner de sa vérité :  » Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. » (Mt 11,30).

C’est comme, foi d’animal, quand je portais allègrement sa mère vers Bethléem, un soir de Noël. 

Jules Supervielle, le poète ami des ânes, l’a bien deviné : 

 »elle pesait peu, n’étant occupée que de l’avenir en elle ».

 

J’avance, dans la joie.

Quand je veux chanter ses louanges,

je fais un boucan de tous les diables, je chante faux.

Lui, alors, il rit de bon cœur, d’un rire qui transforme

les ornières en piste de danse

et mes sabots en sandales de vent.

Ces jours-là, je vous jure, on en fait du chemin !

J’avance, j’avance comme un âne

qui porte le Christ sur son dos.

 

Cardinal Etchegaray (†)

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[1]. Mais on voit mal comment Jésus aurait pu être assis sur les deux à la fois (Mt 21,7) !…

 

 

PROCESSION DES RAMEAUX

Évangile
« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Mc 11, 1-10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
Lorsqu’ils approchent de Jérusalem, vers Bethphagé et Béthanie, près du mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples et leur dit : « Allez au village qui est en face de vous. Dès que vous y entrerez, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s’est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous dit : ‘Que faites-vous là ?’, répondez : ‘Le Seigneur en a besoin, mais il vous le renverra aussitôt.’ » Ils partirent, trouvèrent un petit âne attaché près d’une porte, dehors, dans la rue, et ils le détachèrent. Des gens qui se trouvaient là leur demandaient : « Qu’avez-vous à détacher cet ânon ? » Ils répondirent ce que Jésus leur avait dit, et on les laissa faire. Ils amenèrent le petit âne à Jésus, le couvrirent de leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Alors, beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin, d’autres, des feuillages coupés dans les champs. Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père. Hosanna au plus haut des cieux ! »

MESSE DE LA PASSION


PREMIÈRE LECTURE
« Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu » (Is 50, 4-7)

Lecture du livre du prophète Isaïe
Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.
 
PSAUME
(21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a)
R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (21, 2a)

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

DEUXIÈME LECTURE
« Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 6-11)

Lecture de la lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens
Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.
Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,
afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers,
et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.
 
ÉVANGILE

Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Mc 14, 1 – 15, 47)
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Ph 2, 8-9)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Marc
Indications pour la lecture dialoguée : Les sigles désignant les divers interlocuteurs son les suivants :
X = Jésus ; = Lecteur ; D = Disciples et amis ; = Foule ; = Autres personnages.

L. 
La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir. Car ils se disaient : A. « Pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple. »
L. Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête. Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : A. « À quoi bon gaspiller ce parfum ? On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » L. Et ils la rudoyaient. Mais Jésus leur dit : X « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours. Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement. Amen, je vous le dis : partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »
L. Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus. À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable.
Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : D. « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » L. Il envoie deux de ses disciples en leur disant : X « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : ‘Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?’ Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. » L. Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.
Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : X « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. » L. Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : D. « Serait-ce moi ? » L. Il leur dit : X « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » L. Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : X « Prenez, ceci est mon corps. » L. Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : X « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »
L. Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Jésus leur dit : X « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger,et les brebis seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » L. Pierre lui dit alors : D. « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. » L. Jésus lui répond : X « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » L. Mais lui reprenait de plus belle : D. « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » L. Et tous en disaient autant.
Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : X « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. » L. Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : X « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. » L. Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui. Il disait : X « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » L. Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : X « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » L. De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles. Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre. Une troisième fois, il revient et leur dit : X « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
L. Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens. Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu : D. « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. » L. À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : D. « Rabbi ! » L. Et il l’embrassa. Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent. Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille. Alors Jésus leur déclara : X « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. » L. Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous. Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter. Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu.
Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes. Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu. Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas. De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas. Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage : A. « Nous l’avons entendu dire : ‘Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.’ » L. Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants. Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : A. « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? » L. Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : A. « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? » L. Jésus lui dit : X « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. » L. Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : A. « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » L. Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : F. « Fais le prophète ! » L. Et les gardes lui donnèrent des coups.
Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre. Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : A. « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! » L. Pierre le nia : D. « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » L. Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta. La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : A. « Celui-ci est l’un d’entre eux ! » L. De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : F. « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. » L. Alors il se mit à protester violemment et à jurer : D. « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. » L. Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.
L. Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Celui-ci l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : X « C’est toi-même qui le dis. » L. Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate lui demanda à nouveau : A. « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. » L. Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné. À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient. Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute. La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude. Pilate leur répondit : A. « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré. Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas. Et comme Pilate reprenait : A. « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? », L. de nouveau ils crièrent : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate leur disait : A. « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » L. Mais ils crièrent encore plus fort : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.
Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde, ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée. Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : F. « Salut, roi des Juifs ! » L. Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements.
Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier, et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire). Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun. C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia. L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ». Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : F. « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! » L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : A. « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » L. Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.
Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : X « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », L. ce qui se traduit : X « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » L. L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : F. « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! » L. L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : A. « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! » L. Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.
(Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant)
Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : A. « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »

 L. Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem. Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat, Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps. Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps. Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.
Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.
Patrick BRAUD

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14 février 2024

La part des anges

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La part des anges

 

Homélie pour le 1° Dimanche du Carême / Année B 

18/02/2024

 

Cf. également :

Ce déluge qui nous rend mabouls
Poussés par l’Esprit
Une recette cocktail pour nos alliances
Gravity, la nouvelle arche de Noé ?

Sacrée belle-mère !


Un champignon ivre

La part des anges dans Communauté spirituelle fungus%20cognacSi vous allez visiter un jour la jolie petite ville de Cognac, avec ses chais au bord de la Charente, vous ne manquerez pas de voir sur de nombreux murs en pierre de la cité d’étranges traînées grises, comme des filets de toile d’araignée descendant entre les pierres ou s’accrochant sous les tuiles des toits. Pourquoi ne pas nettoyer les pierres et les tuiles de ces traînées noires ? Parce qu’elles reviennent sans cesse, du moins là où l’eau-de-vie est entreposée. En effet, un champignon qui se nourrit spécifiquement des vapeurs d’alcool (le torula compniacensis) se développe là où il y a des barriques, des caves, des réserves. Impossible de cacher son stock de cognac ! On est trahi par ce champignon ivre. Mais les vapeurs d’alcool font le bonheur d’autres créatures : on dit que les anges qui tournoient au-dessus des tuiles des chais de Cognac respirent eux aussi les effluves s’échappant des foudres, des distilleries, des cuves et des caves. Environ 3% en volume des eaux-de-vie de cognac s’évaporent chaque année, pour le plus grand bonheur de nos compagnons ailés. C’est la part des anges, le cadeau qui leur est offert en quelque sorte pour la transformation de l’eau-de-vie en cognac grâce au vieillissement en fûts de chêne du Limousin.

La part des anges à Cognac, c’est de s’enivrer de ce qui réjouit le cœur de l’homme.

Dans l’Évangile de ce dimanche (Mc 1,12-15) la part des anges c’est de servir Jésus au désert pendant qu’il se prépare à sa mission en combattant les tentations par lesquelles Satan veut l’en détourner :

« Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient ».

Ce texte est si court que pour une fois, exerçons-nous à le commenter presque mot à mot.

 

Aussitôt

As Soon As Possible"« Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt… » : le petit mot important qui fait la liaison avec l’épisode précédent est aussitôt. Ça n’a l’air de rien, mais pour Marc l’effet du baptême est immédiat. Hasard ou choix symbolique, Marc emploie cet adverbe 40 fois dans son Évangile (comme les 40 jours au désert !). C’est donc pour lui une constante de l’agir de Jésus : il y a urgence ! Chaque action, chaque déplacement de Jésus est marqué du sceau de cette urgence : le règne de Dieu est tout proche, vite, saisissez-le !

Ce dimanche, c’est aussitôt son baptême que Jésus part au désert.

Pourquoi remettre à demain ce que notre baptême nous pousse à faire ? Pourquoi différer notre conversion à l’Évangile ? Pourquoi procrastiner sans cesse les changements que nous devons opérer dans notre manière de vivre ?

Laissons résonner en nous cet aussitôt de Marc : qu’est-ce qu’il m’appelle à faire dès maintenant ? où m’appelle-t-il à aller sans tarder ?

 

L’Esprit le pousse au désert

On ne comprend rien à Jésus sans l’Esprit. C’est son être même d’Oint (= Christ) : il vient de recevoir l’onction, et dégouline encore de cet Esprit divin qui lui a entrouvert les cieux au Jourdain. Se laisser faire par l’Esprit est notre meilleure façon d’agir. Pas par nous-mêmes, mais poussé par lui. On retrouve la passivité-active qui fut celle de Marie à l’Annonciation, ou celle de l’Église de Jérusalem abolissant la circoncision sous la motion de l’Esprit de Pentecôte. Puisque nous aussi nous sommes des christs de par notre baptême, notre identité la plus vraie est de nous laisser conduire par l’Esprit, notre hôte intérieur plus intime à nous-même que nous-même…

La spiritualité chrétienne c’est cela : pas une accumulation d’exercices extérieurs (génuflexions, chapelets, processions etc.) ni une recherche de phénomènes magiques, mais une entière disponibilité à écouter ce que l’Esprit nous dit, à faire ce qu’il nous inspire, quoi qu’il en coûte.

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Cet Esprit pousse Jésus au désert. Le texte grec dit plus précisément : l’Esprit expulse (κβλλω = ekballō) Jésus au désert. C’est ce verbe que Marc emploie 12 fois pour l’action de chasser les démons en les expulsant hors de quelqu’un.

Voilà donc que Jésus est traité comme un démon !

Comme le bouc émissaire qu’on expulse au désert pour qu’il soit affronté à Azazel le démon, Jésus est chassé par l’Esprit au désert pour être confronté à Satan. Dans ce verbe chasser, expulser, on devine la violence de l’Esprit qui oblige Jésus à partir des rives du Jourdain pour aller au désert.

 

Il en va ainsi pour nous également : nous n’allons pas de bon cœur ni facilement vers les justes combats qui nous attendent. Il faut que l’Esprit nous force la main : par les événements, par une médiation, un ordre, une contrainte, un appel…

Se laisser expulser des lieux douillets où nous aimerions vivre notre baptême est donc le travail de l’Esprit en nous. Jonas ne voulait pas aller à Ninive : l’Esprit de Dieu l’y a obligé, par le naufrage et le poisson. Pierre ne voulait pas baptiser le païen Corneille : il y a été conduit par l’Esprit, presque à son corps défendant, lorsqu’il vit l’Esprit descendre sur Corneille et sa famille (Ac 10).

Nous renâclons devant les missions que nous n’avons pas choisies, mais heureusement l’Esprit se débrouille pour nous chasser de nos oasis de tranquillité et ainsi nous préparer à nos combats. Il nous expulse de nos régressions spirituelles de tous ordres (depuis nos écrans jusqu’à notre argent) pour connaître le désert. Pour certains (comme Mère Teresa) cela prendra la figure d’une nuit spirituelle épouvantable, rempli de doutes et d’absurde. Pour d’autres (comme Ignace de Loyola) ce sera le dépouillement d’une vie mondaine et superficielle à travers un accident, une catastrophe ; pour d’autres encore (comme Claudel) c’est une exaltation, un bonheur soudain qui leur révélera d’autres horizons à poursuivre en laissant tout tomber.
Laissons-nous conduire dans nos dépouillements successifs, comme autant de départs au désert, poussés par l’Esprit.

 

Dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan 

 CarêmeQuant au désert, inutile d’en dire beaucoup : les 40 années des Hébreux au désert restent  la référence de toutes les expériences de libération. Une génération (40 ans) s’y purifie de ses idoles, de ses veaux d’or. Une horde d’esclaves en fuite y devient un peuple. Des sans-loi y reçoivent une Alliance pour toujours. Jésus refait ce passage, comme s’il récapitulait en lui l’histoire de ses ancêtres assoiffés de liberté. Mais lui ne plie pas. Il est tenté constamment par Satan, mais ne s’incline pas devant lui : le veau d’or n’a pas de prise sur lui. Marc, sans doute plus proche du récit primitif, ne met pas en scène le jeûne (trop ?) spectaculaire de Jésus ni les trois tentations (trop ?) soigneusement construites pour explorer toutes les tentations que Jésus rencontrera après dans sa vie publique, jusqu’à l’ultime tentation sur la croix (« sauve-toi toi-même ! »). Non : Marc reste sobre, mais emploie l’imparfait pour montrer que ce combat contre Satan était continu, et durait.


Dieu que c’est long parfois d’être expulsé au désert ! Ne désespérons pas lorsque cette aridité dure et semble s’installer. Les 40 jours seront peut-être pour nous des mois, des années : notre départ pour la Galilée viendra pourtant, et l’Esprit nous fera discerner ce moment.

 

Un mot sur Satan, l’obstacle, l’adversaire : il sera actif tout au long de la prédication de Jésus. Les tentations au désert cristallisent en 40 jours les tentations des trois années à venir. Un peu comme la Transfiguration ramasse en un éblouissement toutes les facettes divines de Jésus se manifestant, éparpillées, lors de ses rencontres sur les chemins de Palestine.

Notre Satan est tout ce qui veut nous faire trébucher, ou changer d’orientation, ou abandonner par désespoir…

 

« Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient »

tumblr_neh4o57RLp1r3ov9vo1_1280 cognacEncore un imparfait qui dure, comme beaucoup d’imparfaits de nos vies…

La compagnie de bêtes sauvages, inoffensives ici, renvoie sans doute à l’Éden mythique où l’humanité vivait en paix avec tout être vivant ; ou au Déluge quand tous les animaux côtoyaient les 8 personnes sauvées dans l’arche (cf. 1° et 2° lectures de ce dimanche). Une nouvelle Création, enfin réconciliée, entoure Jésus au désert.

Nous avons nous aussi nos bêtes fauves, qui rôdent en nous et cherchent à nous dévorer, tel le loup de Gubbio terrorisant les habitants de ce petit village du temps de Saint François d’Assise. Nous savons que, si nous nourrissons ce loup intérieur qu’est notre part d’ombre [1], il deviendra notre ami et compagnon, comme François d’Assise nous l’a montré. Vivre avec les bêtes sauvages qui nous entourent demande cette pureté du cœur qui était celle de Jésus, en qui nul fauve ne pouvait lire de menace ni de convoitise.

Apprenons à vivre avec nos fauves ! [2]

 

« Et les anges le servaient »

Jan_van_Eyck_-_The_Ghent_Altarpiece_Adoration_of_the_Mystic_Lamb_Singing_angels_1432_-_%28MeisterDrucke-1201901%29 désertLa voilà la part des anges de ce dimanche : servir le Christ ! Ce sont les premiers diacres (ou diaconesses, selon le sexe des anges…) chez Marc, car c’est bien le verbe διακονω (= diakoneō) qui est utilisé. Souvenez-vous qu’ensuite, le premier être humain à revêtir cette fonction angélique du service, c’est la belle-mère de Pierre, première diaconesse de l’Église de Capharnaüm (« et elle les servait », Mc 1,31).

Autant dire que la part des anges nous revient désormais : servir le Christ rend libre comme lui. En le servant au désert, les anges le nourrissaient : à nous de nourrir les christs qui aujourd’hui encore sont chassés au désert, entourés de bêtes sauvages…

Les anges qui nous servent dans le désert sont ces mains tendues, ces inconnus qui passent en nous faisant du bien, ces messagers qui nous apportent de quoi tenir bon. Comme le bon samaritain qui devint l’ange du blessé sur la route. Comme pour Jésus lors de son agonie au mont des Oliviers : « du ciel lui apparut un ange qui le réconfortait » (Lc 22,43).

Parfois nous sommes nous-mêmes ces anges qui sans le savoir nourrissent  et réconfortent ceux qui ont été chassés au désert…

 

Quelle étrange réunion au final autour du Christ au désert : Satan, les bêtes fauves, les anges, c’est-à-dire l’enfer, la terre et le ciel !

Jésus était dans le désert, tenté par Satan.

Jésus était avec les bêtes sauvages, servi par les anges.

Ces deux phrases sont parallèles, avec un antagonisme terme à terme : désert vs bêtes / tenté vs servi / Satan vs anges. De quoi espérer le retournement final aujourd’hui invisible !

 

Ruminons cette scène qui symbolise la préparation spirituelle aux combats qui seront les nôtres.
Sans oublier l’issue promise : « et les anges le servaient… »

 

_____________________________

[2]. On pourrait d’ailleurs développer à partir de là une théologie animalière qui associe les bêtes au salut réalisé en Christ…

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
Alliance de Dieu avec Noé qui a échappé au déluge (Gn 9, 8-15)

Lecture du livre de la Genèse
Dieu dit à Noé et à ses fils : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » Dieu dit encore : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à jamais : je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants : les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire tout être de chair. »

PSAUME
(24 (25), 4-5ab, 6-7bc, 8-9)
R/ Tes chemins, Seigneur, sont amour et vérité pour qui garde ton alliance. (cf. 24, 10)

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,

ton amour qui est de toujours.
Dans ton amour, ne m’oublie pas,
en raison de ta bonté, Seigneur.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,

lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

DEUXIÈME LECTURE
Le baptême vous sauve maintenant (1 P 3, 18-22)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre
Bien-aimés, le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes, afin de vous introduire devant Dieu ; il a été mis à mort dans la chair, mais vivifié dans l’Esprit. C’est en lui qu’il est parti proclamer son message aux Esprits qui étaient en captivité. Ceux-ci, jadis, avaient refusé d’obéir, au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l’arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. C’était une figure du baptême qui vous sauve maintenant : le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus Christ, lui qui est à la droite de Dieu, après s’en être allé au ciel, lui à qui sont soumis les anges, ainsi que les Souverainetés et les Puissances.

ÉVANGILE
« Jésus fut tenté par Satan, et les anges le servaient » (Mc 1, 12-15)
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.
Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »
 Patrick BRAUD

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