L'homélie du dimanche (prochain)

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14 décembre 2016

Sois attentif à tes songes…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Sois attentif à tes songes…


Homélie du 4° dimanche de l’Avent / Année A
18/12/2016

Cf. également :

Deux prénoms pour une naissance

Laisser le volant à Dieu

L’annonce faite à Joseph, ou l’anti Cablegate de Wikileaks

« Tu as de la visite »

 

L’annonce faite à Joseph…

On connaissait l’annonce faite à Marie : voici que l’incroyable nouvelle est annoncée à Joseph. Et de quelle manière ! En songe !

Tiens : Dieu nous parlerait-il lorsque nous sommes endormis ? La parole de Dieu se faufilerait-elle dans cette immense activité nocturne que nous appelons tantôt rêve, tantôt songe ?

 

Distinguer rêve et songe

On peut en effet distinguer les deux : le rêve est un travail de reconstruction effectué par l’inconscient pour donner sens aux évènements récents ou aider à les supporter. Par exemple, si dans la journée votre voisin ou votre patron vous a copieusement insupporté, vous allez rêver de lui la nuit en vous imaginant en train de prendre votre revanche sur lui…

Le songe est d’un autre ordre, surtout dans la Bible. C’est un message, un signal, qui surgit de l’intérieur, lorsque le sommeil a fait tomber nos défenses naturelles, et qu’alors Dieu a un peu plus de champ libre pour déployer sa parole…

Rappelez-vous les songes célèbres qui jalonnent l’Ancien et le Nouveau Testament :

- Le songe de Jacob qui fuit devant son frère Ésaü (Gn 28, 10-22) : il rêve d’une échelle dont le sommet atteint le ciel, avec les anges de Dieu en train d’y monter et descendre. En se réveillant, il n’a plus peur ; il croit que Dieu n’est pas loin de l’homme. Et Jésus lui-même se reconnaîtra dans ce rêve lorsque dans son procès il voit le Fils de l’Homme venant d’en haut. La croix sera cette échelle où Dieu et l’homme apprennent à communiquer et à communier l’un à l’autre…

- Le songe de Joseph, fils de Jacob, ministre de Pharaon ensuite en Égypte. (Gn 37)

Il voit les gerbes de ses frères s’incliner devant ses gerbes, ainsi que le soleil, la lune et les étoiles se prosterner devant lui. Ce songe lui révèle sa vraie vocation et sa vraie grandeur. Plus tard, il saura déchiffrer les songes de Pharaon, la période des vaches grasses et la période des vaches maigres, épargnant ainsi à l’Égypte une famine meurtrière (Gn 41). Les ministres des finances devraient savoir déchiffrer les rêves de leur président…

- Les mages seront avertis en songe de repartir par un autre chemin pour éviter la jalousie d’Hérode.

- Pilate, hélas, n’obéira pas au rêve de sa femme (Messieurs, écoutez vos femmes lorsqu’elles rêvent !…) lorsqu’elle le prévient que la complicité du meurtre de Jésus serait une grande souffrance (Mt 27,19) ; c’est souvent en rêve que nous percevons la nature réelle d’un être…

- Dans les Actes des Apôtres, Pierre voit en songe une immense nappe remplie d’animaux impurs pour les lois juives : « Debout Pierre prend et mange. Ce que Dieu a déclaré pur, ne le déclare pas souillé ! »

- C’est par un songe encore que commence la mission en Europe avec Paul qui entend un Macédonien (La Macédoine est au nord de la Grèce) lui apparaître en songe et le prie : « Pars en Macédoine et vient à notre secours ». Cette décision qui va bouleverser l’histoire européenne n’est pas le fruit d’une stratégie ou d’une réflexion politique : c’est une impulsion venue d’un songe… voilà qui laisse songeur…

Il y a encore des dizaines de songes qui dans les textes bibliques jouent un rôle prophétique de discernement du présent !

On voit à travers tous ces songes l’influence de la Bible sur Freud lorsqu’il bâtit sa théorie de l’interprétation des rêves…

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Jusqu’au bout de mes rêves

Mais nous, faisons-nous comme Joseph, cet homme juste qui voulait ajuster sa vie au désir de Dieu, et qui à cause de cela était attentif à ses rêves pour détecter si Dieu ne pouvait pas lui parler à travers les images de la nuit ? Est-ce que ça vous arrive de noter vos rêves ? De repérer ceux qui reviennent ? D’en parler à quelqu’un, et d’abord à vous-mêmes ?

Regardez Joseph : il est dans une situation impossible. Sa fiancée est enceinte d’un autre, mais il l’aime et ne veut pas lui faire honte publiquement… comment agir ? La répudier, c’est la déshonorer. L’épouser sans rien dire, c’est ne pas être en vérité avec elle…

Le Pape François décrit le déchirement intérieur de Joseph ainsi :

Au lieu de se défendre et de faire valoir ses droits, Joseph choisit la solution qui pour lui représente un énorme sacrifice. Et l’évangile dit : « Parce que c’était un homme juste, il ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret » (Mt 1,19).
Cette courte phrase résume un drame intérieur véritable, si nous pensons à l’amour de Joseph pour Marie ! Mais même dans cette circonstance, Joseph veut faire la volonté de Dieu et décide, certainement avec une grande douleur, de répudier Marie en secret. Il faut méditer sur ces paroles, pour comprendre quelle a été l’épreuve à laquelle Joseph a dû faire face les jours qui ont précédé la naissance de Jésus. Une épreuve semblable à celle du sacrifice d’Abraham, lorsque Dieu lui a demandé son fils Isaac (cf. Gn 22) : renoncer à la chose la plus précieuse, à la personne la plus aimée.
Pape François, Homélie pour le 4° Dimanche de l’Avent 2014

Comme souvent lorsqu’un dilemme nous travaille, nous sommes agités toute la journée et plusieurs jours… Vient alors la nuit où tout cela se décante, dans le relâchement intérieur. Et au réveil, des questions obscures confuses deviennent claires et simples : « c’est cela qu’il faut que je fasse… ». Ainsi pour mes devoirs de maths au collège : je me couchais sur la solution impossible et me levais à six heures du matin pour terminer le problème d’un seul jet, comme s’il s’était dénoué tout seul en rêvant…

C’est que dans le rêve, je n’ai pas toute la maîtrise de ma vie. Mes inhibitions, mes blocages, ma pudeur même, ne sont plus sur le qui-vive ; les douaniers de la pensée laissent passer quelques visiteurs clandestins aux frontières de notre esprit… Dans l’abandon physique, psychologique et spirituel de la nuit, il arrive que Dieu se faufile, habilement déguisé sous les traits d’un songe un peu étrange au début (cf. François d’Assise entendant en rêve : « reconstruis mon église…»)

Attention ! : tous les fantômes de la nuit ne sont pas parole de Dieu, loin de là. Il y a les chimères de l’inconscient, les projections de notre égoïsme, les souhaits de puissance, de domination, la recherche éperdue de reconnaissance et de gloire etc… Mais il y a parfois telle ou telle mise en scène qui pourrait bien avoir Dieu comme réalisateur et producteur… Alors, au sortir de la nuit il nous faut travailler comme le pêcheur qui a ramené ses filets à terre : patiemment, il les nettoie, les démêle, trie les algues, les poissons, les coquillages, et les ferle à nouveau pour la prochaine pêche…

Que saint Joseph, cet homme juste qui a accueilli Marie en reconnaissant le travail de Dieu fait en elle, nous rende attentif à nos songes où, aujourd’hui encore, Dieu nous dit : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse ».

« Ne crains pas d’accueillir ton conjoint, ton proche, tel que le travail de Dieu l’a façonné. C’est toi qui donneras son nom à l’enfant qui va naître ; c’est toi qui pourras nommer la vie que Dieu enfante encore aujourd’hui ».

Sois seulement attentif à tes rêves : un songe pourrait s’y glisser …


1ère lecture : Dieu promet un sauveur (Is 7, 10-16)
Lecture du livre d’Isaïe

Le Seigneur envoya le prophète Isaïe dire au roi Acaz :
« Demande pour toi un signe venant du Seigneur ton Dieu, demande-le au fond des vallées ou bien en haut sur les sommets. »
Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. »
Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu !
Eh bien ! Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous).
De crème et de miel il se nourrira, et il saura rejeter le mal et choisir le bien.
Avant même que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, elle sera abandonnée, la terre dont les deux rois te font trembler. »

Psaume : Ps 23, 1-2, 3-4ab, 5-6
R/ Qu’il vienne, le Seigneur : c’est lui, le roi de gloire !

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !

C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au coeur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.

Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
Voici Jacob qui recherche la face de Dieu !

2ème lecture : L’Apôtre annonce le salut en Jésus Christ (Rm 1, 1-7)
Commencement de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Moi Paul, serviteur de Jésus Christ, appelé par Dieu pour être Apôtre, mis à part pour annoncer la Bonne Nouvelle que Dieu avait déjà promise par ses prophètes dans les saintes Écritures, je m’adresse à vous, bien-aimés de Dieu qui êtes à Rome.
Cette Bonne Nouvelle concerne son Fils : selon la chair, il est né de la race de David ; selon l’Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur.
Pour que son nom soit honoré, nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés.
Vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint, que la grâce et la paix soient avec vous tous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur.

Evangile : La venue de l’Emmanuel annoncée à Joseph (Mt 1, 18-24)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Voici que la Vierge concevra : elle enfantera un fils, on l’appellera Emmanuel, « Dieu-avec-nous ». Alléluia.(Mt 1, 23)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ.
Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret. Il avait formé ce projet, lorsque l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Tout cela arriva pour que s’accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ». Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.
Patrick Braud

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30 novembre 2016

Isaïe, Marx, et le vol de bois mort

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Isaïe, Marx, et le vol de bois mort

Homélie du 2° dimanche de l’Avent / Année A
04/12/2016

Cf. également :

Devenir des précurseurs

Maintenant, je commence

Crier dans le désert

Le Verbe et la voix

Res et sacramentum

Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?

Une foi historique

 

Une volée de bois mort

En 1842, la Diète (= le parlement local) d’Augsbourg rédige un projet de loi qui prévoit de punir, emprisonner et faire payer les gens qui seraient pris à ramasser les bois morts dans une propriété privée. Le jeune Marx (il a 24 ans) s’indigne (à juste titre !) et écrit quatre articles de presse pour dénoncer la violence faite aux pauvres. Car ce sont les pauvres qui pour se chauffer ramassent les bois morts dans les forêts des riches.
Quelle est cette soi-disant justice qui ignore le droit des pauvres ?

Afficher l'image d'origineLes Pères de l’Église répétaient sans cesse aux riches des premiers siècles : in necessitate omnia communia (en cas de nécessité, toutes choses sont communes). Il en reste une trace dans le droit de glanage encore en vigueur en France depuis le 2 novembre 1554 !

« Le droit de glaner est autorisé aux pauvres, aux malheureux, aux gens défavorisés, aux personnes âgées, aux estropiés, aux petits enfants. Sur le terrain d’autrui, il ne peut s’exercer qu’après enlèvement de la récolte, et avec la main, sans l’aide d’aucun outil ». 

La résurgence actuelle de ce droit se manifeste par le droit de chiner les déchets récupérables des hypermarchés, les fruits et légumes ou fleurs après un jour de marché, ramasser après la récolte les pommes de terre ou les fruits restés sur le sol d’un verger etc. [1]

Notre première lecture d’Isaïe 11,1-10 lie la venue du Messie à une justice enfin respectueuse des petits :

« Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins. »

Voici comme en écho quelques lignes d’un article du jeune Marx du 25/10/1842 :

« Nous autres, gens qui ne sommes pas pratiques, nous revendiquons au nom de la foule pauvre, démunie politique et socialement, ce que cette horde docile de domestiques, ces soi-disant historiens ont inventé comme la véritable pierre philosophique pour transformer toute prétention impure en pur or juridique. Nous réclamons pour la pauvreté le droit coutumier, plus précisément un droit coutumier qui ne soit pas local, mais qui soit celui de la pauvreté dans tous les pays. Nous allons plus loin encore, et nous soutenons que le droit coutumier, par sa nature, ne peut être que le droit de cette masse du bas de l’échelle, de cette masse élémentaire qui ne possède rien »

La justice humaine est souvent une justice de classe : demandez aux noirs américains s’ils ont des chances égales aux blancs devant la peine d’emprisonnement. Demandez aux parisiens et banlieusards ayant le teint basané ou un prénom arabe ou africain s’ils ont les mêmes chances d’être contrôlés dans le métro…

La justice a toujours dû lutter pour son indépendance. Malgré la célèbre distinction de Montesquieu en faveur de l’indépendance des pouvoirs (législatif, exécutif, juridique), nos démocraties modernes favorisent toujours les puissants dans leurs tribunaux. Les juges ont plus souvent la main lourde pour les petits que pour les notables…

Isaïe, les Pères de l’Église et Marx connaissaient bien ces contradictions sociales, ou une justice injuste maintient les pauvres en état de domination et d’exploitation. Et cela continue !

L’espérance messianique va alors va s’incarner dans l’attente d’un pouvoir politique (pour les juifs, il sera issu de Jessé, père du roi David) qui enfin faire droit aux pauvres et leur rendra justice. L’exercice de cette justice messianique apaisera la société, au point que les vieux antagonismes disparaîtront : le loup et l’agneau, le veau et le lionceau, la vache et l’ourson, le lion et le bœuf, le nourrisson et le cobra, la vipère et l’enfant pourront cohabiter pacifiquement. On attendrait cela aujourd’hui pour chrétiens et musulmans, noirs et blancs, juifs et arabes, hétérosexuels et homosexuels, salariés et chômeurs, droite et gauche etc..

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Si Jésus était le Messie…

Afficher l'image d'origineDe là découle un argument extrêmement fort des juifs (voire des musulmans) contre le christianisme : si Jésus était vraiment le Messie, annoncé par Isaïe et les prophètes, il aurait dû rétablir cette juste justice. Le droit des pauvres devrait être respecté, la justice devrait défendre les petits ! Si c’était le cas, ça se saurait…

Force est de constater que depuis la mort de Jésus de Nazareth, le monde n’est pas meilleur qu’avant. En 2000 ans, la justice n’a guère progressé. Les antagonismes sont tout aussi effrayants qu’avant, sinon pires (cf. les hécatombes guerrières du XX° siècle, le plus sanglant de toute l’histoire de l’humanité). Tous les signes annonciateurs du Messie dans la Bible sont aux abonnés absents…

Les premiers chrétiens ont très vite fait ce constat désabusé : la mort de Jésus avait tout changé pour eux personnellement, mais pas grand-chose pour les sociétés environnantes. Même la conversion de Constantin au IV° siècle n’apportera pas la justice messianique attendue. Le droit romain est certes un progrès par rapport aux  droits barbares. Mais les dérives seront telles – avec hélas le concours des Églises - que la sentence de l’Ecclésiaste reste vraie 20 siècles après : « il n’y a rien de nouveau sous le soleil ».

L’eschatologie prend le relais du politique

Afficher l'image d'origineLes protestations chrétiennes contre la justice injuste se sont alors déplacées vers  l’attente eschatologique : puisque la première venue n’a pas été décisive, la deuxième le sera sûrement ! C’est le sens de la période liturgique de l’Avent : s’ouvrir à une transformation du monde qui ne sortira pas de l’effort de nos mains – on a vu que cet effort humain est stérile - mais de l’initiative de Dieu, de son irruption dans l’histoire humaine pour manifester la vocation de l’homme en plénitude.

L’Avent nous oblige à ne pas idolâtrer le progrès occidental, le nirvana bouddhiste ou le néant athée : Dieu créera un monde nouveau où la justice régnera.

En attendant, cette espérance peut déjà corriger, amender, transformer, accomplir les évolutions actuelles du droit et de la justice pour qu’elles correspondent à la vision messianique d’Isaïe. C’est la dimension politique de l’Avent : contester, protester, construire une autre justice qui prend souci du faible et du pauvre, qui sauve la vie des petits, qui délivre le pauvre qui appelle, ainsi que le chante le psaume 71 de ce dimanche.

La noblesse du combat politique pour les chrétiens s’enracine dans cette dimension eschatologique. Les évêques de France ont publié un message à l’approche des élections présidentielles de 2017 qui invite à revenir à cette option préférentielle pour les pauvres.

« Il est toujours bon de regarder la place qu’une société accorde aux plus faibles, aux plus fragiles en son sein, pour savoir s’il est en bonne santé, ce qui la fait tenir dans ses fondements. Ce sont toujours eux en effet qui nous aident à retrouver l’essentiel et le sens de l’homme que toute société doit protéger ». [2]

Comment chacun de nous va-t-il participer, apporter sa contribution à ce combat politique pour une juste justice ?


[1]. « Le glanage est étroitement lié aux coutumes locales et n’est admis que dans ce cadre-là » (arrêt de la cour d’appel de Montpellier, du 21 juin 2007). « Le ramassage de pommes de terre non récoltées sur des champs cultivés relève du glanage » (arrêt de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, du 20 novembre 1991).
[2] un monde qui change, retrouver le sens du politiqueDans un monde qui change, retrouver le sens du politique,Dans un monde qui change, retrouver le sens du politiqueDans un monde qui change, retrouver le sens du politique, Conseil permanent de la conférence des évêques de France, Bayard, 2016, p. 52.

 

1ère lecture : « Il jugera les petits avec justice » (Is 11, 1-10) Lecture du livre du prophète Isaïe

En ce jour-là, un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins.  Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.  Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

Psaume : Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 12-13, 17

R/ En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des temps. (cf. Ps 71, 7)

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

Que son nom dure toujours ;
sous le soleil, que subsiste son nom !
En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ;
que tous les pays le disent bienheureux !

 

2ème lecture : Le Christ sauve tous les hommes (Rm 15, 4-9) Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. Que le Dieu de la persévérance et du réconfort vous donne d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus. Ainsi, d’un même cœur, d’une seule voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ.

 Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. Car je vous le déclare : le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, en raison de la fidélité de Dieu, pour réaliser les promesses faites à nos pères ; quant aux nations, c’est en raison de sa miséricorde qu’elles rendent gloire à Dieu, comme le dit l’Écriture : C’est pourquoi je proclamerai ta louange parmi les nations,je chanterai ton nom.

 

Evangile : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 3, 1-12)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert :Préparez le chemin du Seigneur,rendez droits ses sentiers.

 Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion. N’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.

 Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Patrick BRAUD

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27 juillet 2016

Vanité des vanités…

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Vanité des vanités…

 

Cf. également :

La double appartenance

Gardez-vous bien de toute âpreté au gain !

 

Homélie du 18° dimanche du temps ordinaire / Année C
31/07/1016

 

Vanité des vanités…

Afficher l'image d'origineOn doit à Bossuet, « l’aigle de Meaux », d’avoir fait tonner à jamais ce célèbre début du livre de Qohélet devant les puissants de ce monde. C’était pour l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre (1670). L’évêque de Meaux voulait ainsi frapper la conscience de toutes les cours royales d’Europe : leurs titres ne les mettent pas à l’abri de la mort, leur prestige n’est que passager, leur gloire éphémère. Plutôt que de s’épuiser à courir après les vanités de ce monde, qu’ils réfléchissent sur les drames actuels afin de revenir à l’essentiel.

« Vanité des vanités, et tout est vanité ! C’est la seule parole qui me reste ; c’est la seule réflexion que me permet, dans un accident si étrange, une si juste et si sensible douleur. (…)

Non, après ce que nous venons de voir, la santé n’est qu’un nom, la vie n’est qu’un songe, la gloire n’est qu’une apparence, les grâces et les plaisirs ne sont qu’un dangereux amusement : tout est vain en nous, excepté le sincère aveu que nous faisons devant Dieu de nos vanités, et le jugement arrêté qui nous fait mépriser tout ce que nous sommes. [...]

Après les attentats de Nice et hier de St Etienne du Rouvray, ces paroles soulignent encore plus fortement la fragilité de toute vie humaine.

Notre première lecture de ce dimanche sonne donc comme un avertissement à tous ceux qui dépensent tant d’énergie pour des futilités. Que restera-t-il de vos efforts pour être riche, célèbre, reconnu dans un siècle ? Dans 1000 ans ? Qui se souviendra de votre nom ou de votre fortune dans quelques millions d’années, alors que peut-être l’espèce humaine aura disparu ?

Ce constat réaliste et humble de Qohélet frappe d’autant plus que c’est un roi de Jérusalem, fils de roi de Jérusalem qui l’écrit. Il a goûté à la gloire politique et l’a trouvée vaine. En hébreu, vanité désigne la buée du matin, le brouillard inconsistant qui flotte au-dessus des choses et se dissipe aux premières lueurs. Les hommes se laissent si facilement fasciner par l’écume des jours ! Ils courent après les médailles comme un nourrisson après un hochet. Ils désirent la richesse comme un chien son écuelle. Il croit leurs amours éternelles alors que le temps engloutira tout, très vite.

 

Carnifex gloriae

Il n’y a pas que la Bible pour faire ce constat – un peu amer – de l’inconsistance de toute chose. Souvenez-vous du carnifex gloriae. Lors du triomphe des empereurs romains où ils défilaient, magnifiques, acclamés par la foule de Rome, un esclave était chargé de rester assis à côté de César pour lui murmurer régulièrement à l’oreille : « memento mori : n’oublie pas que tu vas mourir… » On appelait cet esclave le carnifex gloriae : le bourreau de la gloire, parce qu’il faisait éclater la bulle d’ivresse qui s’empare toujours des puissants lors du triomphe…

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Charogne

Plus près de nous, les poètes, cherchant une réalité plus grande que le visible, ont souvent dénoncé les prétentions de l’instant présent à se croire éternel. Relisez le poème de la Rose de Ronsard, ou la description que fait Baudelaire d’une charogne animale croisée sur le chemin avec sa belle :

Afficher l'image d'origine« Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons. (…)

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons. (…)

- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
À cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements. »

La beauté des corps est aussi vanité. Elle s’évanouit aussi vite qu’elle est venue. Que valent quelques années d’un corps éblouissant devant la décomposition et le recyclage cosmique à venir ?

Mujô : l’impermanence dans la culture japonaise

La culture japonaise, digérant l’apport du bouddhisme sur l’illusion et l’impermanence du monde, en a déduit un art de vivre où justement l’éphémère a une place sociale centrale, comme pour rappeler à chacun la vanité de toute chose.

Afficher l'image d'origineDans le syncrétisme japonais, cette idée que chaque phénomène contient sa propre disparition, l’idée de non-consistance de l’existence amenée à se répéter est exprimée dans le terme mujô, littéralement l’impermanence. L’idée n’est pas abstraite. Les Japonais ressentent l’impermanence dans leur quotidien. Vu de l’extérieur, il est aisé de prendre le caractère éphémère de la culture japonaise comme une ignorance des choses matérielles. Au contraire, il existe un intérêt pour le phénomène en soi, si superficiel qu’il paraisse. Cette inclination se retrouve dans le domaine esthétique, dans les oeuvres d’art, dans la littérature, dans l’art d’arranger les fleurs coupées – l’ikebana – qui par essence est un art éphémère. La cuisine (cf. les sushis) repose sur une forme de spontanéité et sur la pureté intacte des aliments. Dans la calligraphie, le geste n’est précédé d’aucun essai. Il doit être réalisé dans l’instant et porter en lui la trace de son mouvement. Il en va de même dans l’art d’emballer les paquets, toujours très attentionné, bien qu’ils soient destinés à être déchirés. Les risques auxquels l’île est exposée depuis toujours (tsunamis, tremblements de terre, éruptions volcaniques…) ont renforcé ce sentiment de fragilité radicale.

Le sentiment de l’impermanence de l’existence se traduit chez les Japonais par la valorisation du présent habité par la conscience que tout passe, tout périt, alors autant en profiter !

 

Les vanités baroques du XVIIe XIXe siècle dans la peinture

Les peintres flamands notamment mirent en scène à partir du XVe siècle des natures mortes allégoriques, destinées à rappeler aux spectateurs qu’ils ne sont que de passage, et que la beauté ou la richesse ne sont que vanités. Sur ces tableaux, un crâne rappelait par exemple notre condition humaine et sa finitude, avec une fleur coupée à gauche et un sablier inexorable à droite (cf. Jacques de Gheyn le jeune qui a peint la première Vanité vers 1603). Parmi les oeuvres célèbres françaises du 17e siècle, on peut citer Saint François en méditation (Le Caravage, vers 1602), Vanité (Philippe de Champaigne, vers 1650), La Madeleine à la veilleuse (Georges de La Tour, 1640) et de nombreuses Vanités de Simon Renard de Saint-André (1613-1677). Il existe aussi des vanités aux siècles suivants, par exemple Crâne de squelette fumant une cigarette (Van Gogh, 1886) ou encore Skull (Andy Warhol, 1976). L’art revient de façon récurrente sur ce thème de l’éphémère, et de la fugacité de l’existence humaine.

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Le constat de Qohélet est ainsi largement partagé par des univers très différents !

 

Puisque tout est vain

Quelle conclusion tirer de ce constat si largement partagé par la sagesse des peuples : tout passe, tout est vanité ?

·    Certains vont refluer sur ce qu’ils appellent l’instant présent. Jamais atteint, toujours devant, déjà derrière, c’est le fameux carpe diem où l’homme essaie de saisir le présent à deux mains pour le savourer le plus intensément possible. Mais n’est pas grizzli qui veut : saisir les saumons qui virevoltent en remontant la chute d’eau n’est pas donné à tout le monde, et le présent file entre les doigts plus sûrement que le saumon gluant entre les mains du pêcheur à mains nues…

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·    D’autres vont dénoncer la radicale imposture qu’il y aurait justement à vouloir s’installer dans un présent insaisissable. Ils préfèrent alors supprimer la vanité du monde en se supprimant eux-mêmes dans le grand nirvana, où l’identité se dissout pour rejoindre le grand Tout, et ainsi ne plus souffrir de cette insoutenable légèreté de l’être. La fin du cycle de réincarnation dans le bouddhisme est le ouf de soulagement final où il n’y a plus l’impermanence parce qu’il n’y a plus d’être.

·    D’autres encore paniquent devant l’écume des jours atomisée sous leurs yeux. Ils cherchent à conjurer leur fragilité en laissant derrière quelque chose qui leur survivra – croient-ils – comme un dérisoire prolongement d’eux-mêmes. Ils écrivent des livres, bâtissent des empires, érigent des cités et des monuments, font des enfants, transmettent un héritage… Tout cela est vanité dans la mesure où de toute façon la mort les aura engloutis sans pouvoir jouir de leurs oeuvres après, et où en outre leur souvenir ne restera dans la mémoire que le temps des cercles concentriques se propageant sur l’eau après la chute du caillou dans l’océan…

 

Car elle passe, la figure de ce monde

Le christianisme quant à lui va s’appuyer sur la vanité du monde actuel pour espérer la consistance du monde à venir. Lors de la résurrection finale, inaugurée dans celle de Jésus de Nazareth, la mort sera vaincue, et avec elle la vanité des réalités d’ici-bas. Au paradis, on ne court pas après les médailles, les titres, les promotions ou les fortunes : on est devenu « participant de la nature divine », c’est-à-dire qu’on participe à la communion d’amour trinitaire qui fait que chacun trouve sa joie dans la relation d’intimité avec l’autre, tous les autres, immergés en Dieu sans être dissous pour autant. D’où l’invitation de Paul dans notre deuxième lecture : « recherchez donc les réalités d’en haut ! » (Col 3,1). Celles qui durent, celles qui viennent de Dieu et y ramènent.

Nos cimetières regorgent de plaques brisées et abandonnées sur lesquelles on devine un pitoyable « regrets éternels » dont la gravure est déjà illisible…

Pas besoin de plaques de marbre, d’hommages funéraires ni même de tombes fleuries pour passer la mort. C’est dès maintenant que la vie éternelle commence lorsque nous nous détournons des vanités idolâtrées par les hommes pour nous  convertir aux moeurs divines : humilité, don de soi, communion d’amour, confiance en Dieu…

Afficher l'image d'origineEst-ce à dire qu’il ne faut plus écrire, bâtir, composer, enfanter ?
Ce serait évidemment contraire à la mission confiée à l’homme dès la Genèse : être co-créateurs avec Dieu. Mais la conscience de la vanité de toute chose permet un détachement libérateur.
Si j’écris, ce n’est pas pour laisser une trace, mais pour communier avec d’autres dans la quête de l’essentiel.
Si je bâtis, ce n’est pas par illusion de mettre mon nom sur un domaine, mais pour démultiplier les possibilités d’habiter humainement notre terre.
Si je fais des enfants, ce n’est pas pour ne pas mourir, pour qu’ils soient un prolongement de moi, mais c’est gratuitement, pour qu’ils deviennent eux-mêmes, sans illusion sur ma propre mort.

Bonum diffusivum sui disaient les latins : l’essence du bien est de se diffuser lui-même par lui-même, sans autre raison. « La rose est sans pourquoi » écrivait Angélus Silésius (XVIIe), le pèlerin chérubinique.

Et Paul traduisait ainsi ce détachement de nos oeuvres auxquelles Qohélet nous invite finalement :

Je vous le dis, frères: le temps se fait court. Que désormais ceux qui ont femme vivent comme s’ils n’en avaient pas; ceux qui pleurent, comme s’il ne pleuraient pas; ceux qui sont dans la joie, comme s’ils n’étaient pas dans la joie; ceux qui achètent, comme s’ils ne possédaient pas; ceux qui usent de ce monde, comme s’ils n’en usaient pas vraiment. Car elle passe, la figure de ce monde. (1Co 7, 29-31)

 

Vanité des vanités, tout est vanité

Quelles sont les vanités après lesquelles nous courons actuellement ? Comment laisser Qohélet nous libérer de cette fascination pour l’inconsistant et l’éphémère ?

Et si l’été était une période propice – par le temps des vacances, du temps libre, de la lecture, de la musique, des balades… – pour retrouver une certaine distance afin  de ne pas nous identifier à nos oeuvres ?

 

 

1ère lecture : « Que reste-t-il à l’homme de toute sa peine ? »(Qo 1, 2 ; 2, 21-23)
Lecture du livre de Qohèleth

Vanité des vanités, disait Qohèleth. Vanité des vanités, tout est vanité !
Un homme s’est donné de la peine ; il est avisé, il s’y connaissait, il a réussi. Et voilà qu’il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine. Cela aussi n’est que vanité, c’est un grand mal !
En effet, que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Tous ses jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n’a pas de repos. Cela aussi n’est que vanité.

Psaume : Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc
R/ D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge.
(Ps 89, 1)

Tu fais retourner l’homme à la poussière ;
tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »
À tes yeux, mille ans sont comme hier,
c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.

Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ;
dès le matin, c’est une herbe changeante :
elle fleurit le matin, elle change ;
le soir, elle est fanée, desséchée.

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.

2ème lecture : « Recherchez les réalités d’en haut ; c’est là qu’est le Christ » (Col 3, 1-5.9-11)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens

Frères, si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre.
En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. Faites donc mourir en vous ce qui n’appartient qu’à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais, et cette soif de posséder, qui est une idolâtrie. Plus de mensonge entre vous : vous vous êtes débarrassés de l’homme ancien qui était en vous et de ses façons d’agir, et vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau qui, pour se conformer à l’image de son Créateur, se renouvelle sans cesse en vue de la pleine connaissance. Ainsi, il n’y a plus le païen et le Juif, le circoncis et l’incirconcis, il n’y a plus le barbare ou le primitif, l’esclave et l’homme libre ; mais il y a le Christ : il est tout, et en tous.

Evangile : « Ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (Lc 12, 13-21)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ! Alléluia. (Mt 5, 3)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? » Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. » Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : ‘Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.’ Puis il se dit : ‘Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.’ Mais Dieu lui dit : ‘Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?’ Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »
Patrick BRAUD

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8 juin 2016

Vers un diaconat féminin ?

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Vers un diaconat féminin ?

 

Cf. également :

La pierre noire du pardon

Chassez les mauvaises odeurs !


Homélie du 12° dimanche du temps ordinaire / Année C

11/06/2016

La surprise du pape

Afficher l'image d'origineLe pape François a surpris tout le monde récemment. Devant plusieurs centaines de supérieures majeures du monde entier, le pape François a indiqué le Jeudi 12 Mai qu’il était d’accord pour mettre sur pied une commission chargée de clarifier la question du diaconat féminin.

Ce n’est qu’après un temps de réflexion que le pape a répondu à l’une des supérieures majeures qui l’interrogeait sur l’accès des femmes au diaconat permanent : « Constituer une commission officielle pour étudier la question ? Je crois, oui. Il serait bon pour l’Église de clarifier ce point. (…) Je ferai en sorte qu’on fasse quelque chose comme ça. (…) Il me semble utile qu’une commission étudie la question. »

Imaginez la tête des cardinaux de la Curie lorsqu’ils ont appris cela… ! Quelques mois plus tôt, François avait déjà déconcerté l’aile conservatrice de l’Église catholique en ouvrant des pistes pastorales réelles pour les divorcés remariés. Dans son exhortation « Laetitia amoris » il appelait au discernement au cas par cas, en rappelant la primauté de la conscience sur la loi…

Et voilà qu’au détour d’une audience, il évoque ce qui serait une véritable innovation ministérielle : le diaconat féminin ! Innovation ? En réalité, ce serait plutôt un retour à la tradition la plus ancienne.

 

Jésus, un homme à femmes ?

Afficher l'image d'origineRegardez Jésus dans l’évangile de ce dimanche (Lc 7,36–8,3). Il pardonne à une femme publiquement connue pour sa mauvaise réputation. Et pire encore : il en fait une disciple ! Luc décrit ensuite la cohorte de femmes qui marchaient sur les routes avec Jésus : « Les Douze l’accompagnaient, ainsi que des femmes qui avaient été guéries de maladies et d’esprits mauvais : Marie, appelée Madeleine, de laquelle étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Kouza, intendant d’Hérode, Suzanne, et beaucoup d’autres, qui les servaient en prenant sur leurs ressources » (Lc 8,3).

Dans le Nouveau Testament, c’est le mot diakonos (serviteur) qui désigne le ministère diaconal. Et la première fois qu’il est utilisé, c’est pour une femme ! Luc  précise en effet que, au début de la vie publique de Jésus, la première à servir (diakonein ) Jésus et ses disciples fut la belle-mère de Pierre, une fois guérie de sa fièvre : « elle les servait » (Mc 1, 29-31). Le temps employé (aoriste = un imparfait qui se prolonge) implique une action qui dure, et non un service occasionnel. C’est donc que la belle-mère de Pierre remplit longtemps cet office : servir l’Église, à travers Jésus et les Douze.

Les autres mentions d’un diaconat féminin sont bien connues dans le Nouveau Testament [1] :

Le verbe diakonein (servir) est maintes fois employé dans les évangiles : au sujet de la belle-mère de Pierre (Mc 1, 31), de Marthe (Lc 10,40; Jn 12,2), des serviteurs de Cana (Jn 2, 5,9), des femmes « qui les assistaient de leurs biens » (Lc 8,3; 23,49).

Puis il apparaît avec un sens ministériel dans les lettres de Paul :

« Je vous recommande Phoébée, notre sœur, diaconesse (diakonos) de l’Église de Cenchrées (R 16, 1) ».
« Que les diacres, de même, soient des hommes dignes, n’ayant qu’une parole, modérés dans l’usage du vin, fuyant les profits malhonnêtes. […] Que pareillement, les femmes soient dignes, point médisantes, sobres et fidèles en tout. (1 Timothée 3, 8-11)
Il ne fait nul doute que ces diaconesses ne devaient pas prêcher dans la liturgie pour Paul (1 Co 11, 5). En sens contraire, on signalera que les 7 diacres institués par les apôtres n’avaient pas non plus mandat d’évangéliser et que, pourtant, ils se sont attribués ce rôle (Ac 6,10 ; 8,5 ; 8,38).
Paul mentionne un couple qui est associé à son ministère : « Saluez Prisca et Aquilas mes collaborateurs en Jésus Christ »… « Saluez Marie, qui s’est donné beaucoup de peine pour vous ». « Saluez Tryphène et Tryphose, qui se sont donné de la peine dans le Seigneur » (Rm 16, 1-16). Paul se réfère ici à des tâches apostoliques.
« Evodie et Syntyche qui ont lutté avec moi pour l’Évangile, en même temps que Clément et tous mes autres collaborateurs » (Ph 4,2). La mention « pour l’Évangile » indique certainement une participation à l’œuvre d’évangélisation.

Sans trop connaître exactement le contenu de ce diaconat féminin, on peut au moins affirmer qu’il en existait un, voulu par le Christ, dès ses années publiques et dès les débuts de l’Église après la Pentecôte.

 

Le diaconat féminin dans les premiers siècles

Pline, dans une lettre à l’Empereur (en 111 ap. JC), mentionne qu’il a fait arrêter deux chrétiennes qui occupent une position officielle. “ D’autant qu’il me paraissait nécessaire d’obtenir la vérité de la part de ces deux femmes, qui sont appelées “ancillae” (= diakonous, diaconesses ?), même en leur appliquant la torture. “

On connaît également l’histoire de Thecla qui, par sa confession devant le juge à Antioche, convertit Tryphène et un groupe de femmes : “ Elle se rendit à la maison de Tryphène et resta là durant huit jours, l’instruisant de la Parole de Dieu, de sorte que la plupart de ses servantes se mirent à croire “ (Actes de Paul et Thecla, § 38-39).

Clément d’Alexandrie (155-220) en charge de l’école catéchétique d’Alexandrie, interprète la première épître à Timothée 3,11 comme une référence à des « femmes diacres ». Il écrit : « les Apôtres prirent des femmes avec eux, non comme épouses, mais comme sœurs pour partager leur ministère (syn-diakonos) auprès des femmes demeurant à la maison; par leur intermédiaire l’enseignement sur le Seigneur atteignit les quartiers des femmes sans éveiller de soupçon ». Origène, son successeur écrit au sujet de l’épître aux Romains 16,2 : « Ce passage démontre avec une autorité tout apostolique que les femmes étaient désignées au ministère de l’Église ».

La Didascalie des Apôtres prétend avoir été l’enseignement des Apôtres, mais elle reflète l’Église orientale du temps. Dans ce texte on trouve en détail les devoirs de tous les échelons de la hiérarchie. Dans un chapitre sur le respect dû aux évêques (ch XXV) nous lisons : « Parce que dans votre milieu l’évêque représente Dieu tout-puissant. Mais le diacre représente le Christ; et aimez-le. Les diaconesses devraient être honorées comme l’Esprit Saint, et les presbytres, être pour vous semblables aux Apôtres ». Le texte résume ainsi : « qu’une femme diacre soit ordonnée au ministère des femmes et un homme diacre au ministère des hommes ».

On rappelle aux évêques :

« À cause de cela nous affirmons que le ministère d’une diaconesse est tout à fait nécessaire et important. Car notre Seigneur et Sauveur lui aussi fut servi par des diaconesses qui étaient : Marie – Madeleine et Marie, la fille de Jacques et la mère de José, et la mère des fils de Zébédée, et d’autres femmes encore… et toi aussi tu as besoin du ministère des diaconesses en plusieurs occasions ».

Dans les livres liturgiques antiques, en particulier dans les Constitutions Apostoliques (vers 380, en Syrie), les diaconesses font partie du clergé tandis que les veuves en sont exclues. De plus, on impose les mains sur les diaconesses et leur consécration prend place entre le diacre et le sous-diacre. Les diaconesses semblent donc avoir été ordonnées [2].

Épiphane de Salamine écrit : « Il y a bien dans l’Église l’ordre des diaconesses, mais ce n’est pas pour exercer des fonctions sacerdotales, ni pour lui confier quelque entreprise, mais pour la décence du sexe féminin, au moment du baptême ».

la diaconesse phébée

Le texte des Constitutions Apostoliques explique en détail le rite de l’ordination des femmes diaconesses. Comme le diacre, elles sont ordonnées par l’évêque en présence de tout le clergé. Il étend les mains sur elle et prie… : « puisse Dieu jeter un regard sur sa servante qui doit être ordonnée à la fonction de diaconesse et lui donner le Saint Esprit… » (VIII:20,21). Ce rite est semblable à celui de l’ordination des prêtres et, comme le clergé, elle partage à l’eulogia des offrandes eucharistiques (VIII:31).
Dans l’exercice des œuvres de charité, diacres et diaconesses sont sur un même pied. « Que les diacres soient en toutes choses, comme l’évêque lui-même; seulement ils doivent être plus actifs; que leur nombre soit proportionnel à l’importance de l’Église de sorte qu’ils puissent accomplir leur ministère auprès des malades en travailleurs qui n’ont pas honte. Et que les diaconesses soient attentives à prendre soin des femmes; mais que les deux, diacres et diaconesses, soient prêts à porter les messages, à voyager à leur sujet, à remplir leurs fonctions et à rendre service… » (III:30). 

Les Constitutions apostoliques attestent donc de la persistance d’un diaconat féminin pendant toute cette période. Avec au moins trois arguments de nature différente :

- liturgique : les candidats au baptême étaient complètement dévêtus avant d’être immergé trois fois dans l’eau. Il fallait donc des femmes pour conduire et plonger des femmes dans l’eau du baptême, par pudeur.

- missionnaire : pour rentrer dans les maisons, les pièces, les univers des femmes, les hommes étaient interdits. Seules des femmes pouvaient s’adresser à d’autres femmes, pour annoncer l’Évangile, accompagner, fortifier. Un ministère de la prédication au féminin en somme.

- symbolique : l’Esprit Saint est féminin en hébreu (ruah YHWH). L’action de l’Esprit dans l’Église est donc portée par une symbolique féminine : intériorité, inspiration, assurance missionnaire (parresia) etc.

 

Dans la partie orientale de l’Église, le diaconat féminin s’est développé jusqu’aux VIII° et IX° siècles. Beaucoup de femmes diacres sont mentionnées par le calendrier de l’Église Orthodoxe comme des saintes à vénérer.

À côté de la diaconie du Christ, masculine, il doit donc exister la diaconie de l’Esprit, féminine, pour que la symbolique trinitaire soit complète.

 

Après les trois premiers siècles

Peu à peu, le diaconat féminin tomba en désuétude, aussi bien en Orient qu’en Occident. Deux raisons au moins provoquèrent ce recul :

- le baptême des enfants se substitua à celui des adultes, rendant inutile le ministère liturgique des diaconesses.

- la ‘sacerdotalisation’ du ministère rapprocha les théologiens des positions juives sur les impuretés rituelles (cf. livre du Lévitique par exemple) au nom de laquelle on finit par écarter totalement les femmes des autels.

Sans oublier ce que Yves Congar appelait le « déficit pneumatologique de l’Église » en Occident, qui a conduit à survaloriser la médiation christique au détriment de la mission de l’Esprit Saint.

La figure féminine devint exclusivement celle de Marie, vierge et mère, en oubliant celle des femmes qui accompagnaient Jésus, le servaient, géraient l’argent de l’Église et participaient à l’élan missionnaire, jusqu’à prêcher l’Évangile aux côtés des apôtres.

 

Qu’apporterait un diaconat féminin aujourd’hui ?

Précisons d’abord que, comme pour le diaconat masculin, son rétablissement serait laissé au discernement des conférences épiscopales locales. Ainsi les Églises d’Afrique, bénéficiant depuis longtemps la présence de catéchistes au ministère irremplaçable, n’ont pas souhaité rétablir le diaconat permanent comme Vatican II leur en offrait la possibilité. Gageons qu’il en serait de même pour un diaconat féminin.

Afficher l'image d'origineMais en Occident, avec la montée en puissance du rôle des femmes dans la société et dans l’Église, véritable signe des temps selon Jean XXIII, l’attente est énorme. Car l’inégalité dans l’Église est trop importante entre hommes et femmes, à cause du ministère seulement détenu par les premiers, qui leur confère inéluctablement une domination, une primauté, un pouvoir de décision et de gestion dont seules quelques miettes tombent actuellement dans la mission des milliers de femmes activement responsables au quotidien de la vie ecclésiale (catéchèse, aumônerie, animation liturgique, charité etc.).

Au-delà de la seule égalité, c’est également la prédication qui a besoin de retrouver sa composante féminine. Déjà de grandes voix, de grands écrits de théologiennes commencent à marquer l’exégèse, la réflexion morale, etc. Mais, le dimanche à la messe paroissiale comme autour d’un feu de camp de guides ou autour de malades rassemblés dans la chapelle de l’hôpital, une lecture au féminin des textes de la messe devient urgente :

- parce que partout ailleurs, dans la vie professionnelle, associative, politique, de telles voix font entendre combien hommes et femmes s’apportent mutuellement lorsqu’ils concourent ensemble à une même mission.

- parce que l’Église doit témoigner de son espérance eschatologique d’un temps où « il n’y a plus ni l’homme ni la femme », comme l’écrit Paul sans en tirer toutes les conséquences.

- parce que les vieilles obsessions lévitiques sur l’impureté rituelle ne sont plus de mise, depuis que Jésus a déclaré pure toute la création :

« Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l’homme ne peut le souiller, parce que cela ne pénètre pas dans le coeur, mais dans le ventre, puis s’en va aux lieux d’aisance ? (ainsi il déclarait purs tous les aliments).  Il disait : Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme. Car c’est du dedans, du coeur des hommes, que sortent les desseins pervers: débauches, vols, meurtres,  adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison.  Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l’homme. » (Mc 7, 18-23)

La crainte de voir des femmes s’approcher de l’autel n’est pas évangélique !

- parce que prêcher, baptiser, marier relève tout autant de l’action de l’Esprit dans le monde que de la prolongation du ministère du Christ. La dimension masculine du service au nom du Christ n’exclut pas, mais appelle au contraire la dimension féminine du service dans la force de l’Esprit (ruah YHWH) qui guérit, qui relève, qui réchauffe, qui assouplit, qui console…

 

Il y a loin d’une remarque papale lors d’une audience de religieuses à une véritable réforme remettant l’homme et la femme à égalité dans l’Église. Mais cette ouverture est trop belle pour ne pas espérer qu’un chemin soit désormais possible…

 

 


[1]. Les références suivantes doivent beaucoup au site : Femmes et Ministères.

[2]. Le mot employé pour leur ordination est  le même que dans le canon 19 du concile de Chalcédoine : cheirotonia ou  cheirathesia. Il est habituellement employé pour l’ordination de l’évêque, des presbytres et des diacres.

 

 

1ère lecture : « Le Seigneur a passé sur ton péché : tu ne mourras pas » (2 S 12, 7-10.13)
Lecture du deuxième livre de Samuel

En ces jours-là, après le péché de David, le prophète Nathan lui dit : « Ainsi parle le Seigneur Dieu d’Israël : Je t’ai consacré comme roi d’Israël, je t’ai délivré de la main de Saül, puis je t’ai donné la maison de ton maître, j’ai mis dans tes bras les femmes de ton maître ; je t’ai donné la maison d’Israël et de Juda et, si ce n’est pas assez, j’ajouterai encore autant. Pourquoi donc as-tu méprisé le Seigneur en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Tu as frappé par l’épée Ourias le Hittite ; sa femme, tu l’as prise pour femme ; lui, tu l’as fait périr par l’épée des fils d’Ammone. Désormais, l’épée ne s’écartera plus jamais de ta maison, parce que tu m’as méprisé et que tu as pris la femme d’Ourias le Hittite pour qu’elle devienne ta femme. » David dit à Nathan : « J’ai péché contre le Seigneur ! » Nathan lui répondit : « Le Seigneur a passé sur ton péché, tu ne mourras pas. »

Psaume : Ps 31 (32), 1-2, 5abcd, 5ef.7, 10bc-11

R/ Enlève, Seigneur, l’offense de ma faute. (cf. Ps 31, 5e)

Heureux l’homme dont la faute est enlevée,
et le péché remis !
Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense,
dont l’esprit est sans fraude !

Je t’ai fait connaître ma faute,
je n’ai pas caché mes torts.
J’ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur
en confessant mes péchés. »

Et toi, tu as enlevé l’offense de ma faute.
Tu es un refuge pour moi,
mon abri dans la détresse,
de chants de délivrance, tu m’as entouré.

L’amour du Seigneur entourera
ceux qui comptent sur lui.
Que le Seigneur soit votre joie, hommes justes !
Hommes droits, chantez votre allégresse !

2ème lecture : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 16.19-21)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères, nous avons reconnu que ce n’est pas en pratiquant la loi de Moïse que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ; c’est pourquoi nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus pour devenir des justes par la foi au Christ, et non par la pratique de la Loi, puisque, par la pratique de la Loi, personne ne deviendra juste. Par la Loi, je suis mort à la Loi afin de vivre pour Dieu ; avec le Christ, je suis crucifié. Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. Il n’est pas question pour moi de rejeter la grâce de Dieu. En effet, si c’était par la Loi qu’on devient juste, alors le Christ serait mort pour rien.

Evangile : « Ses nombreux péchés sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour » (Lc 7, 36 – 8, 3)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Près du Seigneur est l’amour, près de lui, abonde le rachat.
Alléluia. (Ps 129, 7)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table. Survint une femme de la ville, une pécheresse. Ayant appris que Jésus était attablé dans la maison du pharisien, elle avait apporté un flacon d’albâtre contenant un parfum. Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds, et elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux le parfum.
En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse. »
Jésus, prenant la parole, lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. – Parle, Maître. » Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante. Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait les lui rembourser, il en fit grâce à tous deux. Lequel des deux l’aimera davantage ? » Simon répondit : « Je suppose que c’est celui à qui on a fait grâce de la plus grande dette. – Tu as raison », lui dit Jésus. Il se tourna vers la femme et dit à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé d’embrasser mes pieds. Tu n’as pas fait d’onction sur ma tête ; elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Voilà pourquoi je te le dis : ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. » Il dit alors à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. » Les convives se mirent à dire en eux-mêmes : « Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ? » Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! » Ensuite, il arriva que Jésus, passant à travers villes et villages, proclamait et annonçait la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l’accompagnaient, ainsi que des femmes qui avaient été guéries de maladies et d’esprits mauvais : Marie, appelée Madeleine, de laquelle étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Kouza, intendant d’Hérode, Suzanne, et beaucoup d’autres, qui les servaient en prenant sur leurs ressources.
Patrick BRAUD

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