L'homélie du dimanche (prochain)

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9 janvier 2022

La pureté ne sert à rien

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La pureté ne sert à rien

Homélie du 2° Dimanche du temps ordinaire / Année C
16/01/2022

Cf. également :

Notre angoisse de Cana
Intercéder comme Marie
La hiérarchie des charismes
Jésus que leur joie demeure
Le mariage et l’enfant : recevoir de se recevoir

Toc, toc…

 trouble obsessionnel compulsif« Pour moi, tout ce qui a pu être en contact avec l’extérieur est contaminé. Je peux me laver les mains plus de 60 fois par jours par peur de tomber malade. Même mes propres affaires comme mon portable ou mes clés sont à risque. Je suis obligé de les nettoyer et de me laver les mains pour enlever les microbes. C’est devenu un vrai cauchemar. Même lorsque les personnes de ma famille touchent à des objets comme la télécommande de la télé, je me sens obligé de les nettoyer avec une lingette antibactérienne pour les désinfecter. En fait, que ce soit les clefs, les sacs, etc., tout objet doit être désinfecté. Cette situation est source d’une grande anxiété et me fait perdre des heures chaque jour » [1].

Des témoignages comme celui-ci, il en existe malheureusement des milliers. Ce genre de rituels de propreté, répétitifs, épuisants et disproportionnés, est connu sous l’appellation bien choisie de « trouble obsessionnel compulsif » (‘toc’). Le ‘toc’ porte souvent sur le lavage des mains, le ménage, le nettoyage des objets touchés etc. C’est une vraie maladie, dont il est difficile de guérir totalement. Médicaments et psychothérapies sont des remèdes, mais le chemin est long pour ceux qui veulent s’affranchir de leur toc.

À y regarder de près, beaucoup de religions semblent souffrir de ‘toc’ de pureté. Les hindous se baignent dans le Gange dès qu’ils le peuvent, les juifs font ablution sur ablution, les musulmans également se nettoient symboliquement avant la mosquée et à maintes autres occasions. Même les chrétiens ont gardé un vague souvenir de ces anciennes obsessions, avec par exemple au cours des offices les multiples prières pour demander pardon, l’aspersion de l’assemblée au début de la messe ou le lavabo du prêtre avant l’offertoire [2]. Ce qui était une mesure d’hygiène devient vite un toc religieux légèrement malsain…

L’obsession de la pureté rituelle est quasi maladive dans les grandes religions. Sauf normalement en christianisme. Car s’il en est un qui a contesté la primauté de cette obsession, c’est bien Jésus de Nazareth ! Il fréquente les impurs (lépreux, collecteurs d’impôts, prostituées etc.), il guérit les impurs (par exemple la femme hémorroïsse), il est lui-même impur au plus haut point sur le bois de la croix où la malédiction de ce châtiment l’assimile à un maudit de Dieu : « maudit soit qui pend au bois du gibet » (Dt 21,23 ; Ga 3,13). Il se permet des libertés choquantes avec les rituels juifs de purification. Ainsi il ne se lave pas forcément les mains avant de passer à table, ce qui lui vaut une polémique célèbre où il développe ce qu’est la vraie pureté pour lui : la pureté du cœur, intérieure, et non la soi-disant pureté du corps, extérieure. « Il y eut une dispute entre les disciples de Jean et un Juif au sujet des bains de purification » (Jn 3,25). « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous purifiez l’extérieur de la coupe et de l’assiette, mais l’intérieur est rempli de cupidité et d’intempérance ! » (Mt 23, 25). On le soupçonne même d’être un ivrogne et un glouton (Mt 11,19), puisqu’il n’est pas ascétique comme son cousin Jean-Baptiste !

 

Les 6 jarres de Cana

La pureté ne sert à rien dans Communauté spirituelle 53263_7Au premier regard, l’Évangile des noces de Cana de ce dimanche (Jn 2, 1-11) ne paraît pas aborder ce sujet. On entend bien qu’il s’agit de mariage, de festin, de vin, de fête, de noce ratée ou réussie. C’est visiblement la nouvelle Alliance conclue dans le sang de Jésus – que le vin annonce – qui constitue la trame principale de ce récit si bien construit. On entend ensuite que Marie a un rôle bien précis dans l’avènement de « l’heure » de son fils (sa Passion) : « faites tout ce qu’il vous dira ». Et là, les commentaires mariaux sont innombrables.
On peut entendre également, comme une harmonique trois octaves au-dessus, la critique sévère des rites de purification que le signe de Cana opère.

Comment ! ? Il y a là 6 jarres de 100 litres, et personne ne s’étonnerait qu’elles soient vides, ni qu’elles se remplissent d’autre chose ? Personne ne relèverait le contraste entre l’austère neutralité de l’eau et la chaleur enivrante du meilleur vin pour la noce ? entre la dureté du grès des jarres et la douceur de vivre du vin versé pour la noce ?

Car ces jarres ne sont pas là pour la décoration, ni pour boire. Ce sont des jarres de purification (καθαρισμς = katharismos en grec) où les invités vont puiser de l’eau pour faire leurs ablutions rituelles avant de passer à table. C’est pour cela qu’on appelait les albigeois du nom grec « cathares », les « purs », car ils se voulaient les seuls vrais chrétiens en méprisant la chair, en étant végétaliens, et en vivant à part, séparés des impurs. Mais 600 litres, c’est énorme ! Même s’il y a foule au mariage, elle a dû exagérer sur la propreté pour épuiser une telle réserve d’eau ! D’ailleurs, si Jean précise qu’elles sont 6, c’est sans doute parce que 6 est le chiffre de l’imperfection (la semaine sans le shabbat), le chiffre qui désignera Néron faisant mourir les baptisés (666 cf. Ap 13,18). Dire qu’il y avait 6 jarres à Cana sous-entend que le vieux système de purification rituelle est imparfait, voire meurtrier…

Le geste de Jésus renverse donc les mentalités religieuses de toute époque.
En remplaçant l’eau par le vin, il conteste l’ascèse comme clé d’entrée à la table de l’Alliance.
En demandant de servir le vin aux convives et non plus de prendre de l’eau pour se laver, il indique que recevoir est plus important que prendre, que la joie des noces est un don gratuit et non le fruit d’un effort.
La dure pierre opaque des jarres d’eau – dure loi des purifications innombrables et obsessionnelles – est remplacée par le fin cristal des verres à vin, doux et transparent comme la grâce…

 

Recevoir d’abord, donner ensuite

imperf Cana dans Communauté spirituelleComment mieux dire que la joie de l’amour ne se mérite pas, mais s’accueille ? Elle ne vient pas suite à nos efforts, à notre ascèse, à la force du poignet. Elle est versée gratuitement, par surprise, indépendamment de nos tentatives d’y arriver par nous-mêmes.

L’obsession de la pureté n’est pas chrétienne. Elle est centrée sur le mérite à acquérir, au lieu de préparer à recevoir la grâce. Elle nous enferme dans des répétitions rituelles maladives, au lieu de goûter la joie qui coule à flots.
Jésus ne méprise pas le souci de purification. Ainsi il demande au lépreux guéri d’aller au Temple offrir le sacrifice d’action de grâces. Mais il inverse le cours des choses : d’abord la grâce (la guérison, le vin nouveau, le salut), puis la purification. Recevoir d’abord, donner ensuite. Jésus formule clairement ce qui est finalement la loi anthropologique la plus fondamentale : « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement » (Mt 10,8). La vie est d’abord un passif, puis ce passif devient actif. Personne ne se fait naître lui-même, il se reçoit de l’union de deux êtres. Personne ne sait aimer en premier : il a d’abord été aimé, désiré, choyé. Alors il peut aimer à son tour.

Cana nous place sous le signe du don et non du mérite. L’ancienne obsession de la pureté à obtenir par soi-même fait place à la joie d’être avec l’époux, sans conditions.
Certes il y a des conséquences à une telle expérience. ! On ne vit plus après comme avant. La morale, l’ascèse, la pureté du cœur viennent comme des conséquences et non plus des préalables : la grâce accueillie avec reconnaissance produit des fruits de conversion, de droiture, de générosité. Mais l’accumulation de rituels ne fait qu’assécher la source de la joie avec l’eau des jarres de purification.

 

Tout est pur pour les purs (Ti 1,15)

L'apôtre Pierre a reçu une vision avec des bêtes impures qu'il n'a pas le droit de mangerUn juif aussi intègre que Pierre a eu du mal à accepter cette libération de l’obsession de pureté rituelle. Hélas, les juifs, musulmans ou hindous n’ont toujours pas franchi ce seuil aujourd’hui ! Le chapitre 10 des Actes des apôtres montre Pierre très hésitant après un songe où Dieu lui demande de manger des animaux impurs selon la loi juive. Pourtant, il écoutera l’Esprit l’autorisant à consommer l’impur ! Mieux : il fera le lien entre l’abolition de l’impureté rituelle et l’abolition des barrières entre les peuples. Car, lorsqu’il est appelé à entrer dans la maison du centurion romain Corneille à Jaffa, il se souvient qu’en tant que juif il ne devrait pas entrer. Mais rien n’est impur aux yeux de Dieu, sinon le mal qui sort du cœur de l’homme. « Saisi par la faim, il voulut prendre quelque chose. Pendant qu’on lui préparait à manger, il tomba en extase. Il contemplait le ciel ouvert et un objet qui descendait : on aurait dit une grande toile tenue aux quatre coins, et qui se posait sur la terre. Il y avait dedans tous les quadrupèdes, tous les reptiles de la terre et tous les oiseaux du ciel. Et une voix s’adressa à lui : ‘Debout, Pierre, offre-les en sacrifice, et mange !’ Pierre dit : ‘Certainement pas, Seigneur ! Je n’ai jamais pris d’aliment interdit et impur !’ À nouveau, pour la deuxième fois, la voix s’adressa à lui : ‘Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas interdit.’ » (Ac 10, 10 15). Pierre s’est peut-être souvenu alors de l’épisode où Jésus « déclarait purs tous les aliments » (Mc 7,19).
Chez Corneille, il découvre le lien si fort entre l’abolition de la pureté rituelle et la communion avec les païens, les étrangers, les autres. « Vous savez qu’un Juif n’est pas autorisé à fréquenter un étranger ni à entrer en contact avec lui. Mais à moi, Dieu a montré qu’il ne fallait déclarer interdit ou impur aucun être humain » (Ac 10, 28).

L’antidote au séparatisme pourrait-on dire ! Car croire qu’on devient impur en faisant ceci ou cela interdit de fréquenter ceux qui le font… Le véritable universalisme chrétien naît à Cana et s’épanouit à Jaffa ! Sans ce chamboulement religieux, le rite étouffe la grâce, et l’obsession de la pureté empêche la fraternité avec tous.

Personne n’est assez pur pour prétendre mériter paraître face à Dieu ! Abandonner ce toc de la pureté nous libère de nous-mêmes, et nous ouvre à la joie promise. Le vin coule à flots là où l’eau stagnait, le cristal remplace le grès, la joie de la communion efface l’austérité de l’ascèse, le don reçu prime sur le mérite acquis, la surprise sur l’attendu…

Cana relègue les immenses jarres de purification au rang de collections de musée : utiles en leur temps où l’homme tâtonnait vers Dieu, obsolètes en ce temps où Dieu vient à l’homme.

Serons-nous en tirer toutes les conséquences pour les impurs d’aujourd’hui ?

 


[2]. « Lavabo » est un mot latin signifiant « Je laverai ». Il est tiré du psaume : « Je laverai mes mains en signe d’innocence pour approcher de ton autel, Seigneur » (Psaume 25,6).



Lectures de la messe

Première lecture
« Comme la jeune mariée fait la joie de son mari » (Is 62, 1-5)

Lecture du livre du prophète Isaïe
Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas, et pour Jérusalem, je n’aurai de cesse que sa justice ne paraisse dans la clarté, et son salut comme une torche qui brûle. Et les nations verront ta justice ; tous les rois verront ta gloire. On te nommera d’un nom nouveau que la bouche du Seigneur dictera. Tu seras une couronne brillante dans la main du Seigneur, un diadème royal entre les doigts de ton Dieu. On ne te dira plus : « Délaissée ! » À ton pays, nul ne dira : « Désolation ! » Toi, tu seras appelée « Ma Préférence », cette terre se nommera « L’Épousée ». Car le Seigneur t’a préférée, et cette terre deviendra « L’Épousée ». Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu.

Psaume
(Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 7-8a, 9a.10ac)
R/ Racontez à tous les peuples les merveilles du Seigneur !
 (Ps 95, 3)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Rendez au Seigneur, familles des peuples,
rendez au Seigneur, la gloire et la puissance,
rendez au Seigneur la gloire de son nom.

Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.
Allez dire aux nations : Le Seigneur est roi !
Il gouverne les peuples avec droiture.

Deuxième lecture
« L’unique et même Esprit distribue ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier » (1 Co 12, 4-11)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens
Frères, les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. À celui-ci est donnée, par l’Esprit, une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; un autre reçoit, dans le même Esprit, un don de foi ; un autre encore, dans l’unique Esprit, des dons de guérison ; à un autre est donné d’opérer des miracles, à un autre de prophétiser, à un autre de discerner les inspirations ; à l’un, de parler diverses langues mystérieuses ; à l’autre, de les interpréter. Mais celui qui agit en tout cela, c’est l’unique et même Esprit : il distribue ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier.

Évangile
« Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée » (Jn 2, 1-11)
Alléluia. Alléluia. 
Dieu nous a appelés par l’Évangile à entrer en possession de la gloire de notre Seigneur Jésus Christ. Alléluia. (cf. 2 Th 2, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, (c’est-à-dire environ cent litres). Jésus dit à ceux qui servaient : « Remplissez d’eau les jarres. » Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. Et celui-ci goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau. Alors le maître du repas appelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. » Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
Patrick BRAUD

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22 août 2021

Le pur et l’impur en christianisme

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le pur et l’impur en christianisme

22° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
29/08/2021

Cf. également :

La coutume sans la vérité est une vieille erreur
Toucher les tsitsits de Jésus
Quel type de pratiquant êtes-vous ?
Signes extérieurs de religion
L’événement sera notre maître intérieur
De la santé au salut en passant par la foi

Le pur et l’impur en christianisme dans Communauté spirituelle 342472_0-674x405Un musulman qui se prépare entrer dans la mosquée sait-il qu’il reproduit le geste de Moïse devant le buisson ardent en enlevant ses chaussures ? Lui a-t-on appris qu’il reproduit les gestes des prêtres juifs (les cohens) lorsqu’il se lave les mains, les pieds et le visage avant d’entrer (cf. Dt 30, 147-21 ; 40, 30-32) ? Pourrait-il expliquer à un occidental que ces ablutions ne sont pas des règles d’hygiène, mais des rituels symboliques de pureté religieuse ?
Comme souvent, l’islam pratique un retour au judaïsme, en annulant la formidable libération que Jésus a pourtant formellement initiée en ne se lavant pas les mains avant de passer à table, et en défendant ses disciples qui s’affranchissaient comme lui de ces « traditions humaines » datées. L’Évangile de notre dimanche  (Mc 7, 1-23) est en effet très clair :
« En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. – Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats. Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. » Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur ».

Depuis cette parole fondatrice sur le pur et l’impur, les chrétiens n’ont plus à multiplier les gestes extérieurs de nettoyage, lavage, purification en tous genres qui étaient devenus envahissants, et stigmatisaient ceux qui ne les appliquaient pas scrupuleusement, ‘comme il faut le faire’, la plupart du temps sans savoir pourquoi il faut le faire ainsi (à part les savants).

 

Pourquoi se laver les mains avant de passer à table ?

Les mains propres ou Les ablutions des mains dans le judaïsmeSoyons justes : les pharisiens aimaient Dieu de tout leur cœur, et cherchaient ce qui correspondait le mieux à sa sainteté. L’intuition d’origine est belle : sanctifier chaque moment de la vie quotidienne en y apposant le sceau de la foi en YHWH grâce à des gestes simples et concrets qui permettent de rester dans l’Alliance avec Lui. On a déjà évoqué par exemple la richesse symbolique des tsitsits, ces franges portées en permanence la journée par les hommes à leurs vêtements pour ne pas perdre de vue les 613 commandements de la Torah. Il suffit de lire le Lévitique, le livre des Nombres et le Deutéronome pour accumuler un nombre impressionnant de prescriptions à observer pour sacrifier un animal, pour faire la prière, pour ne pas manger n’importe quelle viande n’importe comment, pour se purifier le matin, le soir, avant ou après avoir fait telle chose, touché tel objet etc.

La Loi mosaïque expliquait ce qui pouvait rendre impur, notamment les écoulements corporels (règles, sperme etc. cf. Lv 15), la lèpre (Lv 13) ou le contact avec les cadavres d’humains ou d’animaux (Nb 19,13-16). Elle donnait aussi des instructions sur la façon de se purifier : en faisant des sacrifices, en se lavant ou en faisant des aspersions (Lv 11-15 ; Nb 19) etc. Les rabbins interprétaient chaque détail de ces lois. Un ouvrage rapporte que chaque cause d’impureté était soumise à un examen : quelles circonstances pouvaient entraîner l’impureté, comment et dans quelle mesure elle pouvait se transmettre à d’autres, quels ustensiles ou objets étaient susceptibles ou pas de devenir impurs et enfin, par quels moyens ou rites il fallait se purifier. Ils se livraient à de grandes discussions pour décider quel récipient devait être utilisé pour ce rituel, quel type d’eau convenait, qui devait la verser et quelle surface des mains devait être couverte par l’eau. Les sages d’Israël réfléchissant sur toutes ses obligations très concrètes, y ont vu un sens caché plus important encore. Pour le lavage des mains qui nous occupe ce dimanche, laissons une tradition juive nous en développer une signification symbolique :

 ablution dans Communauté spirituelle« Néanmoins, des différences existent également. La première est la façon de verser l’eau. Le matin, au lever, on se lave trois fois chaque main, en alternance. On prend le récipient de la main droite, on le fait passer dans la main gauche, on verse de l’eau sur la main droite, puis sur la gauche. On refait, au total, trois fois ce même geste. Avant le repas, on lave aussi trois fois chaque main, mais sans alternance. On prend alors le récipient dans la main droite, on le passe dans la main gauche, on lave la main droite trois fois de suite, puis trois fois la gauche. Pendant que les mains sont encore mouillées, l’une est frottée contre l’autre. Enfin, on lève les deux mains et l’on dit la bénédiction.

L’élévation des sentiments est possible de deux façons. La première, le lavage des mains du matin, a pour but de se défaire de l’esprit d’impureté qui découle de l’obscurité, inhérente aux comportements du monde. Les mains sont alors lavées par alternance, étape par étape. L’élévation est progressive et concerne, tour à tour, chaque sentiment, jusqu’à ce qu’elles parviennent toutes à la perfection.

La seconde façon est le lavage des mains qui précède le repas. Celui-ci est réalisé d’un seul trait, car il n’a pas pour but de se libérer du mal, mais plutôt de sanctifier les émotions. L’ordre établi doit alors être respecté. Puis, on frotte les mains l’une contre l’autre, afin de souligner l’interdépendance des sentiments, car, dans le domaine de la sainteté, toutes doivent être parfaitement unies. C’est, par exemple, le cas de l’amour et de la crainte. N’avoir que l’une ou l’autre est insuffisant. Toutes à la fois doivent être gouvernées par la compréhension. Dès lors, elles s’unissent et agissent conjointement pour concourir au meilleur résultat. C’est de cette façon que l’homme parvient à la perfection » [1].

On le voit : le lavage des mains n’a rien d’une règle d’hygiène !

Ignace Semmelweis: l'homme qui avait compris l'importance pour les médecins de SE LAVER LES MAINSRappelons d’ailleurs que ce n’est qu’au XIX° siècle qu’on a mis en évidence le rôle prophylactique du lavage des mains. On le doit à Ignace Philippe Semmelweis, médecin obstétricien hongrois. Il démontra l’utilité du lavage des mains après la dissection d’un cadavre, avant d’effectuer un accouchement. Il démontra également que le lavage des mains diminuait le nombre des décès causés par la fièvre puerpérale des femmes après l’accouchement. Jusqu’alors les médecins accoucheurs essayaient en vain de comprendre d’où venaient les fièvres puerpérales en faisant de nombreuses autopsies. Ce fut un coup terrible pour ceux qui furent finalement convaincus par les idées de Semmelweis : il s’avérait qu’eux-mêmes transmettaient involontairement la maladie.

Les occidentaux très matérialistes voudraient ramener les ablutions rituelles et interdits alimentaires juifs ou musulmans à de simples précautions sanitaires (inconnues de l‘époque). On ne mange pas de porc à l’époque – disent-ils – pour des raisons de mauvaise conservation de la viande et de risques de contamination. Mais alors, pourquoi interdire le lapin ou le homard ? l’escargot ou le chameau ? le mélange du lait et de la viande ? En fait, le principe de la cacherout n’est pas hygiénique mais théologique : respecter la séparation entre les ordres du vivant, car Dieu crée par séparation (cf. le livre de la Genèse). Les animaux qui transgressent cette séparation sont impurs, car ils contribuent en quelque sorte à la dé-création du monde en ne respectant pas les différences. Ainsi ceux qui ont le sabot fendu mais qui ne sont pas des ruminants alors qu’ils devraient l’être (Lv 11,28) : le porc, le chameau… ou les poissons sans écailles : mollusques, anguilles etc.

On retrouve ici le sens du mot saint, kaddosh en hébreu, qui veut dire séparé. Être saint, c’est être séparé des autres qui ne le sont pas. D’ailleurs les pharisiens eux-mêmes se voulaient séparés, selon l’étymologie de leur nom. Et leurs successeurs actuels, les ultra religieux hassidim, se regroupent dans des quartiers à part à Jérusalem car le contact avec les autres – impurs – pourrait les souiller.

Les rites d’ablution sont une frontière qui sépare le pur de l’impur, les saints des pécheurs, et fait passer du profane au sacré. La contestation par Jésus de la pureté légale est cohérente avec sa critique radicale du sacré par séparation. Dans la foi chrétienne, rien n’est sacré parce que tout est à consacrer.

 

Jésus abolit la frontière entre pur et impur, sacré et profane

acceptation-des-migrants-avec-la-fronti%C3%A8re-ouverte-60281094 ipmpuretéJésus a contesté radicalement cette conception de la sainteté par la seule séparation, pour la compléter par l’indispensable communion. Lui, le Saint de Dieu, est venu faire corps avec les pécheurs, depuis le baptême du Jourdain au milieu de la file des pénitents jusqu’au supplice de la croix faisant de lui un criminel et un maudit. Pour Jésus, être saint n’est pas être séparé mais être avec, en communion. C’est la sainteté d’amour de la Trinité, communion des Trois Personnes divines, à laquelle il nous offre de participer gratuitement.

Pour en revenir au lavage des mains avant le repas, le souci n’est donc pas hygiénique mais symbolique. À tel point que les sages d’Israël préconisent de se laver les ongles et les mains s’ils sont sales avant de pratiquer le rituel de l’ablution à table ! Il faut avoir les mains propres pour pouvoir faire l’ablution rituelle. C’est donc que le but de l’ablution n’est pas sanitaire, mais religieux. La tradition juive citée plus haut l’interprète en termes de modération des sentiments (dont l’appétit à table est une figure) grâce à l’intelligence, à la raison qui doivent tempérer l’avidité des désirs et des sentiments.

Les passages de l’Écriture qui font allusion à un lavage des mains l’interprètent en termes d’innocence : « Tous les anciens de cette ville qui se sont approchés de la victime se laveront les mains au-dessus de la génisse dont la nuque a été brisée dans le torrent. Et ils déclareront : ‘Nos mains n’ont pas répandu le sang de cet homme’… » (Dt 21, 6 9). Un psaume mentionne ce geste pour aller à l’autel : « Je lave mes mains en signe d’innocence pour approcher de ton autel, Seigneur » (Ps 26, 6). Depuis la destruction du Temple de Jérusalem, la table familiale est considérée comme le petit autel de substitution, si bien que les rites du Temple ont été transposés dans l’univers familial juif. Pilate refera devant la foule juive ce geste si parlant pour elle, afin de témoigner de son innocence : « Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : ‘Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde !’ » (Mt 27, 24)

L’univers musulman n’a fait que reprendre les traditions juives bien connue du temps de Mahomet. Mais l’islam, en tant que judaïsme universel, annule hélas au passage la révolution que Jésus a accomplie entretemps  sur le pur et l’impur…

 

Que conclure de tout cela pour nous aujourd’hui ?

D’abord que nous sommes libérés de l’obsession rituelle du pur ou de l’impur, de ce qui est péché ou non (comme le disent les musulmans) dans l’habillement, la cuisine, les aliments, les gestes soi-disant à faire ou à ne pas faire. Tout cela n’est que « traditions humaines », respectables certes à une époque donnée, mais obsolètes à l’époque d’après ! On peut très bien se laver les mains avant de passer à table par souci hygiénique. Mais on peut très bien également ne pas se les laver (si elles sont déjà propres) avant de passer à table, et cela ne nous rend pas impurs pour autant !

775PASS35 islamL’enseignement le plus important de Jésus n’est pas cette relativisation des coutumes trop humaines, mais l’attention qu’il nous invite à porter sur l’intérieur de nous-même, plutôt que sur l’extérieur (les choses à faire ou ne pas faire). « Rien de ce qui sort de l’homme ne le rend impur. C’est de l’intérieur… » Cette déclaration reste révolutionnaire, pour toutes les mentalités religieuses attachées aux rites, aux ablutions, aux interdits alimentaires etc. Nous ne sommes pas des fétichistes de la pureté ! L’impureté n’est pas dans la viande de porc, mais lorsque l’homme se conduit comme un porc. Elle n’est pas dans des mains sales à table, mais dans des gens qui se salissent les mains par la corruption, la cupidité, la malhonnêteté, les activités mafieuses etc. Jésus s’appuyait sur Isaïe pour rappeler que rien ne sert d’honorer Dieu par gestes extérieurs si l’intérieur n’est pas d’abord tourné vers lui : « Ce peuple s’approche de moi en me glorifiant de la bouche et des lèvres, alors que son cœur est loin de moi, parce que la crainte qu’ils ont de moi n’est que précepte enseigné par les hommes » (Is 29, 13). Jacques rappelle cette exigence de la conversion intérieure et non pas extérieure : « Approchez-vous de Dieu, et lui s’approchera de vous. Pécheurs, enlevez la souillure de vos mains ; esprits doubles, purifiez vos cœurs » (Jc 4, 8).

Voilà pourquoi nous sommes libérés des prescriptions juives et musulmanes sur la nourriture (cacherout, halal), sur les vêtements (kippa, voile), sur la pureté rituelle (ablutions).

Pas besoin de se déchausser, ni de se laver les mains, le visage ou les pieds pour entrer dans l’église : il vaut mieux laver son cœur (c’est le rôle du rite pénitentiels au début de la messe), purifier sa relation à autrui (c’est le sens du geste de paix), et communier à l’unique sainteté de Dieu (c’est le rôle de la communion eucharistique) au lieu de vouloir se séparer des pécheurs (que nous sommes !).

Le christianisme n’est pas une religion du pur et de l’impur, à la différence du judaïsme et de l’islam (et de bien d’autres). Nous prônons la communion et non la séparation. Cherchons à transformer ce qui sort de notre bouche, notre cœur, notre intelligence, et non à adopter des habits, une nourriture ou des pratiques rituelles n’agissant que sur l’extérieur, magique et fétichiste.

Rien de ce qui entre dans l’homme ne peut le rendre impur. C’est de l’intérieur de nous-mêmes que sort ce qui peut nous rendre impur.

Où en suis-je de mon propre rapport au pur et à l’impur ?

 


 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne… vous garderez les commandements du Seigneur » (Dt 4, 1-2.6-8)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple : « Maintenant, Israël, écoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Ainsi vous vivrez, vous entrerez, pour en prendre possession, dans le pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères. Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne, et vous n’y enlèverez rien, mais vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu tels que je vous les prescris. Vous les garderez, vous les mettrez en pratique ; ils seront votre sagesse et votre intelligence aux yeux de tous les peuples. Quand ceux-ci entendront parler de tous ces décrets, ils s’écrieront : ‘Il n’y a pas un peuple sage et intelligent comme cette grande nation !’ Quelle est en effet la grande nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l’invoquons ? Et quelle est la grande nation dont les décrets et les ordonnances soient aussi justes que toute cette Loi que je vous donne aujourd’hui ? »

PSAUME
(Ps 14 (15), 2-3a, 3bc-4ab, 4d-5)
R/ Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? (Ps 14, 1a)

Celui qui se conduit parfaitement,
qui agit avec justice
et dit la vérité selon son cœur.
Il met un frein à sa langue.

Il ne fait pas de tort à son frère
et n’outrage pas son prochain.
À ses yeux, le réprouvé est méprisable
mais il honore les fidèles du Seigneur.

Il ne reprend pas sa parole.
Il prête son argent sans intérêt,
n’accepte rien qui nuise à l’innocent.
Qui fait ainsi demeure inébranlable.

DEUXIÈME LECTURE
« Mettez la Parole en pratique » (Jc 1, 17-18.21b-22.27)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Mes frères bien-aimés, les présents les meilleurs, les dons parfaits, proviennent tous d’en haut, ils descendent d’auprès du Père des lumières, lui qui n’est pas, comme les astres, sujet au mouvement périodique ni aux éclipses. Il a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures. Accueillez dans la douceur la Parole semée en vous ; c’est elle qui peut sauver vos âmes. Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion. Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde.

 

ÉVANGILE
« Vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes » (Mc 7, 1-8.14-15.21-23)
Alléluia. Alléluia.Le Père a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures. Alléluia. (Jc 1, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. – Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats. Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. » Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres,mais son cœur est loin de moi.C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. »
Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »
 Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »
.Patrick Braud

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20 juin 2021

Toucher les tsitsits de Jésus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Toucher les tsitsits de Jésus

Homélie pour le 13° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
27/06/2021

Cf. également :

La générosité de Dieu est la nôtre
Les matriochkas du 12

Patience ! N’allez pas vous imaginer n’importe quoi sur un tel titre ! L’explication en vient bientôt…

Concentrons-nous d’abord sur la femme de l’Évangile de ce dimanche (Mc 5, 21-43). On a déjà étudié ailleurs son lien avec la fillette de 12 ans dans ce récit bâti en poupées russes (cf. Les matriochkas du 12). Regardons-la maintenant pour elle-même. On la dit hémorroïsse. Vous devinez que ce n’est pas d’un simple saignement de nez dont il s’agit ! Non : cette femme est atteinte de ce qu’on appelle aujourd’hui une ménorragie chronique, perte de sang due à des règles anormalement longues et abondantes. Et cette maladie a des conséquences multiples sur sa vie, dans lesquelles nous pouvons peut-être nous reconnaître, au moins partiellement.

 

- Elle souffre beaucoup, continûment

Catacombes de RomeCe saignement anormal et constant provoque gènes et douleurs incessantes. Si vous avez déjà connu de telles périodes, vous savez ce qu’elle éprouve. Une arthrose chronique, une déformation qui s’installe, un cancer qui se généralise… et la douleur devient une présence lancinante, épuisante, physiquement et moralement.

Cette femme est anonyme, et au fond elle peut prendre le nom de chacun d’entre nous lorsque nous souffrons trop, trop souvent, trop longtemps, sans trêve. L’Évangile précise que cela fait 12 ans qu’elle se traîne ainsi, douloureuse, de médecins en charlatans, de gourous en guérisseurs. Et là encore nous nous reconnaissons : épuisé par la persistance du mal, nous devenons prêt à tout pour obtenir le moindre répit. Les plus rationnels courent de spécialistes en chirurgiens, plus pointus les uns que les autres. La majorité essaye tous les remèdes que le bouche-à-oreille leur suggère, et finissent souvent dans les griffes de soi-disant thérapeutes aggravant leur état, comme l’indique malicieusement notre récit. C’est bien ce qui nous arrive : sur le plan de notre santé, lorsque nous avalons tous les remèdes et théories censées nous guérir ; sur le plan spirituel, lorsque la douleur de vivre nous fait essayer les communautés religieuses les plus sectaires ou délirantes ; sur le plan professionnel, lorsque la souffrance au travail devient telle qu’on envisage le pire etc.

 

- Elle souffre depuis longtemps

Le texte précise : 12 ans qu’elle court de médecin en médecin ! Évidemment, 12 est symbolique d’Israël (les 12 tribus) capable de se remettre entre les mains des dieux étrangers pour obtenir davantage. Mais c’est également une durée si longue qu’on ne voit plus le bout du tunnel, que l’espoir d’aller mieux s’est amenuisé au point de disparaître. Lorsque nous souffrons, le temps nous use aussi sûrement que les cailloux brassés par le flot dans une marmite de géant.
Peut-être y a-t-il là un avertissement : n’attendez pas 12 ans avant de réagir ! Ne vous habituez pas à souffrir. Ne vous résignez pas devant ce qu’on présente comme inéluctable, inguérissable.

 

- Elle perd beaucoup d’argent pour se soigner

Eh oui : pas de Sécurité Sociale à l’époque de Jésus ! Se soigner est toujours onéreux, aujourd’hui encore. Bien des soins, accessoires, interventions chirurgicales, matériels médicaux etc. ne sont pas remboursés à 100 %. Faites le calcul : en 12 ans de rendez-vous et actes médicaux en tous genres avec des spécialistes, la facture s’alourdit très vite. À tel point que bon nombre de SDF par exemple renoncent à se soigner. Ils ont mal aux dents - encore une douleur lancinante –, ils ont des problèmes de marche, d’audition, de vue, mais ne peuvent pas en pratique accéder aux soins nécessaires. Il faut les minibus ambulants d’associations de médecins bénévoles pour aller dans les quartiers apporter gratuitement un peu de soulagement aux populations trop désargentées ou trop décalées culturellement pour entamer un parcours de soins.

Il y a peut-être une allusion dans le texte au parallélisme entre le sang et l’argent, qui en hébreu sont désignés par le même mot : damim. La femme perd son sang et son argent en même temps : les deux flux, les deux appauvrissements semblent se nourrir l’un de l’autre. Dès que nous dépensons de manière trop importante, il y a là un flux sortant aussi grave qu’une hémorragie interne. Cela devrait nous alerter, servir de symptôme pour diagnostiquer une pathologie spirituelle grave avant qu’elle ne dégénère. Faites donc attention aux grosses dépenses récurrentes de votre budget ! Elles en disent beaucoup sur vous… Ainsi l’addiction au pari sportif pendant l’Euro 2020 a été mise en lumière par les médias,  montrant des milliers de gens dépensant leur argent sur des pronostics de matchs.

 

- Elle est blessée dans sa féminité

Toucher les tsitsits de Jésus dans Communauté spirituelleSon cycle menstruel n’existe plus, ou plutôt est permanent. Comment espérer avoir des relations sexuelles normales avec un tel flux de sang permanent ? Comment espérer avoir une vie sentimentale même ? Comment espérer avoir un enfant lorsque l’infertilité devient permanente ? La gêne des règles devient quotidienne, insupportable. Et sa féminité en est défigurée. L’identité féminine/masculine peut ainsi être aussi perturbée à tel point que le sujet ne sait plus comment s’en sortir.


- Elle se vide de son sang

Littéralement. Physiquement. Et cela nous fait penser à toutes les façons que nous avons de nous vider de notre sang. Spirituellement : le doute se fiche en nous, nourrit des questions sans réponse, et détruit peu à peu notre confiance en Dieu. Moralement : un peuple se vide de son sang lorsqu’il admet l’inadmissible, s’habitue au déni, laisse partir ses valeurs à vau-l’eau, élimine les plus petits sans état d’âme…
Se vider de son sang, c’est encore l’exténuation progressive de notre joie de vivre, dévorée par un souci continuel, une angoisse perpétuelle etc.
De quel sang est-ce que je me vide en ce moment ?

 

- Impure, elle est mise à l’écart

Illustration de couverture par Catel Muller du livre d’Elise Thiébaut, Ceci est mon sang, éditions La Découverte.La Torah est très claire sur ce point (heureusement que les chrétiens n’obéissent plus à ces commandements d’un autre âge !) :

« Lorsqu’une femme a un écoulement, que du sang s’écoule de son corps, elle restera pendant sept jours dans sa souillure. Quiconque la touchera sera impur jusqu’au soir. Toute couche sur laquelle elle s’étendra durant ses règles sera impure ; tout ce sur quoi elle s’assiéra sera impur. Quiconque touchera son lit devra laver ses vêtements, se baigner dans l’eau, et restera impur jusqu’au soir. Quiconque touchera quelque objet sur lequel elle se sera assise, devra laver ses vêtements, se baigner dans l’eau, et restera impur jusqu’au soir. Si quelqu’un touche ce qui se trouve sur le lit ou ce sur quoi elle s’est assise, il sera impur jusqu’au soir. Si un homme couche avec elle, la souillure de ses règles l’atteindra. Il sera impur pendant sept jours, et tout lit sur lequel il se couchera sera impur. Lorsqu’une femme aura un écoulement de sang pendant plusieurs jours, hors de la période de ses règles, ou si elle a un écoulement qui se prolonge au-delà de la période de ses règles, elle sera impure tant que durera cet écoulement, de la même manière que pendant ses règles. Tant que durera cet écoulement, tout lit sur lequel elle se couchera sera impur comme il en est pour son lit pendant ses règles, et tout ce sur quoi elle s’assiéra sera impur comme pendant ses règles. Quiconque les touchera sera impur, il devra laver ses vêtements et se baigner dans l’eau ; il restera impur jusqu’au soir. Lorsque la femme sera délivrée de son écoulement, elle comptera sept jours : alors elle sera pure. Le huitième jour, elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes pigeons qu’elle apportera au prêtre, à l’entrée de la tente de la Rencontre. De l’un des oiseaux le prêtre fera un sacrifice pour la faute, et de l’autre un holocauste. Le prêtre accomplira ainsi sur elle le rite d’expiation, devant le Seigneur, pour l’écoulement qui la rendait impure. [ch.18] Tu ne t’approcheras pas d’une femme dans la souillure de ses règles pour découvrir sa nudité. [ch.20] Quand un homme couche avec une femme pendant ses règles et découvre sa nudité, il met à nu la source du sang, et la femme dévoile cette source : tous deux seront retranchés du milieu de leur peuple. » (Lv 15, 19 30 ; 18, 19 ; 20, 18)

Ces textes ont donné lieu à un ensemble de lois religieuses juives appelées taharat hamishpa’ha, c’est-à-dire des lois de pureté familiale. Le principe en est que la femme mariée est considérée comme rituellement (indépendamment de la morale) impure pendant la période de ses règles et cela implique une séparation physique temporaire du couple. La visée positive de ces commandements écartant les femmes de la vie sociale, religieuse, conjugale pendant leurs règles est connue : attention religieuse portée au corps féminin, développement d’une relation affective détachée de la sexualité entre les conjoints, renouvellement du désir chez les époux, ‘retrouvailles’ sexuelles du couple rendues plus intenses par la séparation.
Dans les mentalités anciennes, l’expulsion des traces de l’œuf non fécondé était signe d’échec et de mort : la fécondation n’a pas eu lieu ou elle n’a pas réussi, la vie n’a pas pu s’accrocher au ventre de la femme qui en expulse les restes, inutiles. Le bain rituel (mikvé) de la femme après ces règles vient alors la restaurer dans sa féminité pour la préparer au cycle suivant. Rien d’hygiénique ni de sanitaire dans cette ablution du mikvé : c’est le bain lavant la blessure symbolique, marquant rituellement le renouveau du corps prêt à donner la vie.

Avec son flux de sang continuel, la femme de l’Évangile était impure, tout le temps. Donc mise à l’écart. Donc condamnée à ne pas avoir de vie sentimentale ou sexuelle. Donc méprisée car ne pouvant devenir mère. Encore une fois, la rencontre de Jésus va vaincre cette impureté rituelle désignée par la Loi juive. Mais les chrétiens feront bien mieux : à la manière du Christ, ils aboliront cette distinction entre le pur et l’impur qui gangrène encore le statut des femmes dans le judaïsme, dans l’islam et dans bien d’autres religions. En christianisme, est impur ce qui sort du cœur de l’homme, pas ce qui sort de son corps : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur » (Mt 15, 11). Révolution subvertissant le pur et l’impur, toujours actuelle !

 

Toucher les franges du vêtement de Jésus

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Voilà donc quelle est la femme oppressée par la foule sur le chemin de Jésus : en souffrance depuis longtemps, appauvrie, se vidant de son sang, déclarée impure et mise à l’écart. C’est elle qui a l’idée de toucher Jésus ou au moins son vêtement. Elle est prête à tout tenter pour aller mieux : qu’a-t-elle à perdre à essayer ce prophète itinérant ? Jésus – lui - ne la voit pas, entouré par la foule. Mais il sent une force qui sort de lui, ‘à l’insu de son plein gré’ pourrait-on dire avec humour. Au flux de sang qui sort du corps de la femme répond le flux de force qui sort du corps de Jésus… et, telle une marée qui s’inverse, le deuxième flot l’emporte sur le premier, le faisant refluer jusqu’à l’obliger à reprendre son rythme normal.

Comment s’opère cette guérison ? Par le contact du corps de Jésus ? Non. Bien des auteurs chrétiens ont glosé sur le contact avec le corps du Christ pour évoquer la puissance de guérison qui lui est liée. Contact avec son corps ecclésial (entrée dans l’Église par le baptême), contact avec son corps eucharistique (par la communion, la bénédiction du Saint-Sacrement)… Mais notre texte ne dit pas cela. Il précise bien que la femme touche seulement la frange du vêtement de Jésus. La frange. Jésus, comme tout juif pratiquant, porte sans aucun doute sur lui un talit court (qatan), sorte de tunique en forme de poncho rectangulaire, ou bien un châle de prière sur sa tête. Ce vêtement obligatoire (talit) doit comporter 4 franges très spéciales aux 4 coins de sa toile : les tsitsits. Ces commandements vestimentaires sont toujours respectés par les juifs portant un talit  court dans leur pantalon, avec les 4 franges (tsitsits) qui en dépassent aux 4 coins, ou sur leur tête à la synagogue (ou au Mur occidental du Temple de Jérusalem actuellement) comme un châle de prière.

La Torah explique le sens de ces obligations vestimentaires :

« Le Seigneur parla à Moïse. Il dit : Parle aux fils d’Israël. Tu leur diras qu’ils se fassent une frange aux pans de leurs vêtements, et ceci d’âge en âge, et qu’ils placent sur la frange du pan de leur vêtement un cordon de pourpre violette. Vous aurez donc une frange ; chaque fois que vous la regarderez, vous vous rappellerez tous les commandements du Seigneur et vous les mettrez en pratique ; vous ne vous laisserez pas entraîner, comme les explorateurs, par vos cœurs et vos yeux qui vous mèneraient à l’infidélité » (Nb 15, 37 39).
« Tu mettras des franges aux quatre côtés du vêtement dont tu te couvriras. » (Dt 22, 12)

La femme touche donc les franges (tsitsits) du châle (talit) de Jésus, et c’est ce contact qui la guérit Or que représente ces franges symboliquement ? L’amour de la Loi.

Selon la Kabbale, les cinq nœuds du tsitsit correspondent aux cinq premiers mots du Shema Israël, qui dans la religion juive est la « confession de foi » essentielle. La femme exprime sa foi en s’accrochant eux tsitsits de Jésus.
Ces franges sont enroulées et nouées de manière à nous rappeler toutes les mitsvot (commandements). La valeur numérique des lettres hébraïques qui forment le mot tsitsit donne une somme de 600. Ajoutez-y les 8 fils et les 5 nœuds de chaque tsitsit, et le total est 613, ce qui est le nombre de commandements à respecter dans la Loi juive. Laisser pendre les tsitsits à la ceinture, de manière visible est ainsi un rappel tangible des mitsvot  qui renforcent notre capacité à contrôler les élans de notre cœur.

Cette femme que la Loi met à l’écart veut vénérer cette Loi et croire que, revêtue par Jésus, la Loi la transformera à son contact. Elle en qui la vie refuse de s’accrocher à chaque cycle, elle s’accroche aux 613 commandements pour qu’enfin la vie réussisse en elle. S’accrocher à la Loi est source de vie, selon le mot du rabbin Nahman de Bratslav (XVIII°-XIX°) : « celui qui se tourne (teshouva = conversion) vers Dieu mérite de s’accrocher à Lui, tout comme les tsitsits s’accrochent à un vêtement » (Likutey Moharan I, 8:9). Les autres nombres impliqués dans la confection des tsitsits sont abondamment commentés par la Kabbale et la mystique juive [1]

Normalement, les femmes sont dispensées de porter les tsitsits, justement à cause de leur rapport au temps différent de celui des hommes, que leurs règles expriment. L’hémorroïsse – « déréglée » – renoue par son geste de toucher les tsitsits de Jésus avec l’obligation de la Loi de se rappeler les commandements en toute circonstance.

Tsitsit femmeToucher les tsitsits de Jésus, c’est pour cette femme accomplir la Loi et croire que la manière dont Jésus la porte, l’incarne, sera sa source de salut, de santé.

D’ailleurs, la surprise de Jésus devant la force qui est sortie de lui le conduit à faire ce constat étonnant : « ta foi t’a sauvée ». Il aurait pu dire : « reconnais en moi le Messie qui t’a sauvé ». Mais non ! C’est comme s’il disait : ‘ce n’est pas moi qui t’ai guéri, c’est toi qui as été l’auteure de ton salut (santé) en faisant confiance à la puissance de la Loi telle que je la porte et l’incarne. Je n’y suis pas pour grand-chose. Bravo : tu as su trouver en toi la source de ta guérison !’

« Ta foi t’a sauvée ». Jésus refera ce même constat 7 fois dans les Évangiles :
3 fois pour la femme hémorroïsse (Mt 9,22 ; Mc 5,34 ; Lc 8,48)
2 fois pour l’aveugle Bartimée (Mc 10, 52; Lc 18,42)
1 fois pour la femme de l’onction à Béthanie (Lc 7,50)
1 fois pour le seul lépreux reconnaissant parmi les dix guéris (Lc 17,19).
Ces gens ont été les auteurs de leur salut, par la puissance de leur foi en actes.

Par contre, de retour dans son pays natal de Nazareth, Jésus constatera, navré, que le manque de foi de ses compatriotes les empêche d’accéder aux miracles : « Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Et il s’étonna de leur manque de foi » (Mc 6, 5 6).

Aujourd’hui encore, la foi sauve.
Dès lors que nous retrouvons la confiance en la puissance vitale qui est en nous.
Dès lors que nous exprimons notre adhésion au triple commandement de l’amour (aimer Dieu / soi-même / le prochain), auquel nous nous accrochons comme à des tsitsits chrétiens.
Dès lors que nous recevons du Christ la juste compréhension de l’Écriture pour notre situation personnelle, pour notre siècle.
Une telle foi–confiance fait des miracles et guérit l’inguérissable.

« Ta foi t’a sauvée ». Lorsque nous sommes cette femme exténuée de se vider de son sang, rappelons-nous son geste : toucher les tsitsits de Jésus, s’accrocher au triple commandement de l’amour, croire que sa Parole peut en nous beaucoup plus que ce que nous n’oserions imaginer.

 


[1].  « Quel que soit le niveau que nous atteignons, Dieu sera toujours infiniment plus saint et transcendant que ses créatures. Il est le Talit qui nous entoure. Mais, dans une autre perspective, quel que soit le niveau de bassesse dans lequel on peut tomber, Dieu ‘’descend‘’ vers nous. Dieu est, pour ainsi dire, ces Tsitsit que l’on saisit et embrasse avec tendresse.
Les 4 tsitsits contiennent 32 fils. En hébreu le chiffre 32 s’écrit au moyen de deux lettres : lamed (30) et beth (2). Ces deux lettres, formant le mot Lev ( » cœur « ), pour insister sur le fait que notre relation à D.ieu et aux hommes implique une attitude où le cœur a une place centrale.
Le double nœud que nous faisons aux franges représente notre union permanente avec D.ieu par un double pacte d’alliance. D.ieu ne nous abandonnera jamais, et nous non plus nous n’abandonnerons jamais D.ieu.
Les 7 « anneaux » dans la partie supérieure des 4 fils symbolisent les 7 jours de la semaine. Nous pensons à D.ieu tout au long des sept jours de la semaine.
Les « 8 anneaux » de la seconde partie des fils des tsitsits nous rappellent (en plus des ‘7  cieux ‘’ auxquels s’ajoute la terre) la Mitsvah de Mila, la circoncision, opérée le huitième jour.
Les 11 « anneaux » de la troisième partie symbolisent les 5 parties du Pentateuque et les 6 traités de la Michna, c’est- à dire la Tora Ecrite et la Tora Orale.
Les 13 « anneaux » de la quatrième partie symbolisent l’Unité de D.ieu, car le mot hébraïque E’hade (« un ») a la valeur numerique de 13. Treize est également une allusion aux 13  attributs de la miséricorde divine.
Les trois premières parties des tsitsit totalisent donc « 26″, qui est égal à la valeur numérique du Nom de D.ieu, et toutes les quatre parties forment un total de 39, égalant la valeur numérique de l’expression HaChem E’hade ( » D.ieu est Un « ). »
Cf. https://www.aish.fr/sp/ph/Le-talit-Des-fils-de-lumiere.html

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24)

Lecture du livre de la Sagesse

Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie : on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir. La puissance de la Mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle.
Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde ; ils en font l’expérience, ceux qui prennent parti pour lui.

 

PSAUME
(29 (30), 2.4, 5-6ab, 6cd.12, 13)
R/ Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. (29, 2a)

Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé,
tu m’épargnes les rires de l’ennemi.
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie.
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie.

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

DEUXIÈME LECTURE
« Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères pauvres » (2Co 8, 7.9.13-15)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, puisque vous avez tout en abondance, la foi, la Parole, la connaissance de Dieu, toute sorte d’empressement et l’amour qui vous vient de nous, qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux ! Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Dans la circonstance présente, ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler vos besoins, et cela fera l’égalité, comme dit l’Écriture à propos de la manne : Celui qui en avait ramassé beaucoupn’eut rien de trop,celui qui en avait ramassé peune manqua de rien.

 

ÉVANGILE
« Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » (Mc 5, 21-43)
Alléluia. Alléluia.Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort ; il a fait resplendir la vie par l’Évangile. Alléluia. (2 Tm 1, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.

Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur. Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.
.Patrick Braud

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22 novembre 2020

Dans l’événement, l’avènement

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Dans l’événement, l’avènement

Homélie pour le premier Dimanche de l’Avent / Année B
29/11/2020

Cf. également :

L’événement sera notre maître intérieur
Se laisser façonner
L’Apocalypse, version écolo, façon Greta
Quand le cœur s’alourdit
Laissez le présent ad-venir
Encore un Avent…
L’absence réelle
Le syndrome du hamster

Le cygne noir

Dans l’événement, l’avènement dans Communauté spirituelle 41Ptb+MJrsL._SX330_BO1,204,203,200_Avant la découverte de l’Australie au XVIIe siècle, les Européens étaient persuadés que tous les cygnes étaient blancs sans exception. Ils procédaient par induction, c’est-à-dire en généralisant ce que leur expérience empirique leur fournissait comme renseignements : ‘nous n’avons vu que des cygnes blancs jusqu’à présent, et des milliers. C’est donc qu’ils doivent être tous blancs’. Quel choc lorsque les explorateurs témoignèrent avoir vu des cygnes noirs sur la terre australe ! L’événement fit sensation. Il suffit d’un seul volatile sombre pour ruiner une croyance de plusieurs générations…

Depuis, l’expression « cygne noir » est devenue le symbole de ces événements surprenants qui viennent casser la trajectoire établie des idées et des croyances. C’est un ancien trader américain, statisticien de formation, qui en a popularisé l’usage en 2007 avec son best-seller : « Le cygne noir. La puissance de l’imprévisible » (Éditions Belles-Lettres). Nassim Taleb discernait ainsi quelques événements, inattendus et puissants, qui ont occasionné autant de bifurcations dans l’histoire contemporaine : les attentats du 11 septembre 2001, la guerre civile libanaise, le krach boursier de 1987 ou encore l’ouragan Katrina.

Pour Taleb, le « cygne noir » a trois caractéristiques : son « aberration » (il sort totalement du cadre ordinaire), son impact extrêmement fort, et sa prévisibilité rétrospective (on élabore après coup des théories explicatives).

Il se montrait même prophétique en envisageant un jour qu’un virus profitant de la mondialisation pourrait remettre en cause bien des croyances en économie et en politique : « Plus l’on voyagera sur cette planète, plus graves seront les épidémies. (…) Je pressens le risque qu’un grave virus, très étrange, se répande à travers la planète. » (p. 1093 dans l’édition française). La mondialisation, à travers la complexification des échanges et l’ultra-connexion démultiplient l’impact des « cygnes noirs » : nous vivons selon le mot de Taleb en « Extremistan », là où les risques systémiques extrêmes sont accrus.

 

Les quatre Avents

Traditionnelle couronne de l'Avent.Par bien des aspects, l’Évangile de ce premier dimanche de l’Avent (Mc 13, 33-37) rejoint l’avertissement de Nassim Taleb sur les cygnes noirs qui surgissent autour de nous : « Veillez ! ».  « Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis ».

C’est comme si Jésus nous prévenait : il y aura des cygnes noirs que vous devrez discerner pour repérer la venue du maître de maison, à l’improviste. Discerner les cygnes des temps, en quelque sorte, en attendant la venue du Christ. C’est bien le sens profond de cette période de l’Avent qui commence : mettre tous nos sens en éveil afin de repérer ce qui pourrait révéler la venue du Fils de l’Homme. Les Pères de l’Église distinguaient deux avènements du Christ : dans l’histoire (à Bethléem), et à la plénitude de l’histoire (le retour du Christ, sa Parousie). Ainsi saint Jean Chrysostome (IV° siècle) : « Nous annonçons l’avènement du Christ : non pas un avènement seulement, mais aussi un second, qui est beaucoup plus beau que le premier. Celui-ci, en effet, comportait une signification de souffrance, et celui-là porte le diadème de la royauté divine ».

Plus tard, la Parousie tardant (c’est le moins que l’on puisse dire !), les chrétiens, fatigués d’attendre l’étape ultime de l’humanité, se sont concentrés sur leur fin individuelle : la mort omniprésente depuis la grande peste et les guerres qui déchiraient l’Occident. Heureusement, en même temps, s’est développé un courant mystique d’intériorisation de la venue du Verbe en nous : aujourd’hui Christ prend naissance en nous. Chaque instant présent peut avoir une intensité eschatologique.

Nous avons donc quatre interprétations de l’Avent (= ad-ventus = venue) du Christ : Noël, la Parousie, la mort individuelle, le présent mystique.
Explorons davantage ce dernier sens de l’Avent, à l’aide de l’événement-cygne-noir qui nous prévient de la venue du maître de maison.

Deux mots du texte de Marc peuvent nous aider à repérer les caractéristiques de cette venue intérieure : moment de grâce / καιρὸς (kairos) et soudain /ἐξαίφνης (exaiphnes).

 

L’événement Kairos

Cronos vs. KairosLa distinction entre Kronos et Kairos est bien connu : le premier est un sens linéaire, mesurable (chronométrable) qui s’écoule selon des lois numériques précises ; il est donc prédictible. Le second est davantage de l’ordre de la disruption, d’une fracture qui rompt la continuité et la linéarité de l’histoire ; il est imprédictible. Le Kairos est l’événement de grâce en qui se manifeste et se récapitule l’amour de Dieu pour tous et pour chacun. Chez Marc, c’est le temps du royaume de Dieu (Mc 1,5 : « Le temps (kairos) est accompli, et le royaume de Dieu est proche »), le temps de récolter les figues sur l’arbre (Mc 11, 13 : « en s’approchant, il ne trouva que des feuilles, car ce n’était pas la saison (kairos) des figues. »), le temps de vendanger la vigne dont Dieu désire les fruits (Mc 12, 2 : « Le moment (kairos) venu, il envoya un serviteur auprès des vignerons pour se faire remettre par eux ce qui lui revenait des fruits de la vigne. »), le temps où l’on criera : ‘voilà le Messie !’ (Mc 13,33). Matthieu précise : « mon temps (kairos) est proche » (Mt 26,18) et l’on devine que ce Kairos est lié à l’heure de Jésus selon saint Jean, dont l’événement de la Croix constitue l’accomplissement paradoxal et étonnant.

Retrouver la capacité de discerner l’événement-Kairos dans l’instant présent de notre Kronos est un enjeu spirituel de ce temps de l’Avent.

Cela demande d’être présent à soi-même, de guetter les bifurcations, les ruptures, les disruptions qui viennent soudain percuter notre trajectoire personnelle. Veiller ainsi, c’est reconnaître le passage de Dieu dans le présent, ce que l’engourdissement de la routine habituelle risque de nous faire manquer. Ce Kairos peut advenir lors d’une lecture intense, une musique bouleversante, un croisement de regards, un visage, un silence contemplatif, tout ce qui dilate le cœur à l’infini… Dieu se faufile dans nos vies mieux que les fragrances à travers les pores d’un diffuseur de parfum !

 

La soudaineté de l’événement

 avènement dans Communauté spirituelleUne deuxième caractéristique de la venue du maître de maison dans notre Évangile est sa soudaineté, à l’improviste (Mc 13,36). Le terme ἐξαίφνης (exaiphnes) est utilisé cinq fois dans le nouveau Testament :

- dans notre évangile : « s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. » (Mc 13, 36)
- à Bethléem : « Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : » (Lc 2, 13)
- lors de la libération subite d’un épileptique de sa maladie : « et il arrive qu’un esprit s’empare de lui, pousse tout à coup des cris, le secoue de convulsions et le fait écumer ; il ne s’éloigne de lui qu’à grand-peine en le laissant tout brisé. » (Lc 9, 39)
- sur la route de Damas, quand Saül est soudain enveloppé de lumière : « Comme il était en route et approchait de Damas, soudain une lumière venant du ciel l’enveloppa de sa clarté » (Ac 9, 3). « Donc, comme j’étais en route et que j’approchais de Damas, soudain vers midi, une grande lumière venant du ciel m’enveloppa de sa clarté » (Ac 22, 6).

Veiller nous invite alors être attentifs à tous ces éclairs qui zèbrent nos ciels d’orage : lorsque soudain quelque chose ou quelqu’un traverse notre espace intérieur et y laisse une trace éblouissante, inoubliable. La surprise et l’événement sont liés : se laisser étonner par ce qui arrive est sans doute une condition pour rester vigilant comme le Christ nous y appelle. Ce qui nous arrive soudainement, à l’improviste, de façon imprévue et imprévisible a de fortes chances de pouvoir être interprété comme un des signes (des cygnes) avant-coureurs d’une venue divine en nous. Rien d’automatique à cela : à nous de discerner, d’éprouver la fécondité de ces éclaire de foudre, de les connecter à notre travail ordinaire de serviteurs.

Kairos et soudaineté : ces deux caractéristiques de l’événement de grâce nous permettent  de discerner l’avènement du Christ dans le présent de nos vies.
L’Avent, c’est maintenant : c’est aujourd’hui le jour du salut (2 Co 6,2).
On peut d’ailleurs sans peine relier ces caractéristiques à celles que décrivait Taleb pour le cygne noir : leur étrangeté, leur fort impact, l’éclairage qu’ils projettent après coup sur notre histoire.

« Les événements ont cessé de faire grève », écrivait le sociologue Jean Baudrillard quelques jours après le 11 Septembre 2001 : les avions se fracassant sur les tours jumelles venaient mettre un point final à une décennie d’apparente « fin de l’histoire ». Imprévisible, inattendu, aux conséquences inouïes, le 11 Septembre avait tout de ce que Nassim Taleb appelle un « cygne noir ». La pandémie du Coronavirus prend le relais, ainsi que – hélas ! – les attentats en France en Octobre.

Et chacun connait de tels cygnes noirs, petits ou grands, dans sa vie personnelle.

Réapprenons pendant ces cinq semaines d’avant à repérer les moments privilégiés (Kairos) et soudains où le Christ vient au-devant de nous, à l’improviste, comme par effraction.

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais ! » (Is 63, 16b-17.19b ; 64, 2b-7)

Lecture du livre du prophète Isaïe

C’est toi, Seigneur, notre père ; « Notre-rédempteur-depuis-toujours », tel est ton nom. Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ? Reviens, à cause de tes serviteurs, des tribus de ton héritage. Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes seraient ébranlées devant ta face.
Voici que tu es descendu : les montagnes furent ébranlées devant ta face. Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï dire, nul œil n’a jamais vu un autre dieu que toi agir ainsi pour celui qui l’attend. Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins. Tu étais irrité, mais nous avons encore péché, et nous nous sommes égarés. Tous, nous étions comme des gens impurs, et tous nos actes justes n’étaient que linges souillés. Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. Car tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes. Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main.

PSAUME
(79 (80), 2ac.3bc, 15-16a, 18-19)
R/ Dieu, fais-nous revenir ;que ton visage s’éclaire,et nous serons sauvés !  (79, 4)

Berger d’Israël, écoute,
resplendis au-dessus des Kéroubim !
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

Dieu de l’univers, reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu’a plantée ta main puissante.

Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l’homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

 

DEUXIÈME LECTURE
Nous attendons de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ (1 Co 1, 3-9)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, à vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus ; en lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la parole et de la connaissance de Dieu. Car le témoignage rendu au Christ s’est établi fermement parmi vous. Ainsi, aucun don de grâce ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout, et vous serez sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus Christ. Car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur.

 

ÉVANGILE
« Veillez, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison » (Mc 13, 33-37)
Alléluia. Alléluia.Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. Alléluia. (Ps 84, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment. C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et demandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »
Patrick BRAUD

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