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17 août 2016

Qui aime bien châtie bien ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Qui aime bien châtie bien ?

 

Homélie du 21° Dimanche du temps ordinaire / Année C
21/08/2016

Cf. également :

Dieu aime les païens

Jésus et les « happy few » : une autre mondialisation est possible

Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?


Qui aime bien châtie bien ?

La deuxième lecture (He 12,5-13) semble rejoindre ce vieux proverbe latin devenu nôtre : « qui bene amat, bene castigat ». Mais ce n’est qu’en apparence.

« Quand le Seigneur aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons; il corrige tous ceux qu’il accueille comme ses fils ».

Le terme traduit par « leçon » vient du mot grec : pais, qui signifie enfant. Et il y a six occurrences de cette racine dans le texte. Il s’agit donc de l’éducation des enfants, de pédagogie (le mot vient d’ailleurs de là).

Quelle est donc la pédagogie de Dieu à notre égard ? Comment deviner où Dieu désire nous conduire à travers les événements de notre vie ?

La lettre aux Hébreux nous invite à discerner dans notre histoire des indications pour agir demain. Il ne s’agit pas d’imaginer un Dieu pervers qui prendrait plaisir à corriger ses enfants, mais de relire le passé, même douloureux, pour en tirer des leçons d’avenir. D’ailleurs, le contexte de ce passage est bien celui d’une exhortation pour donner du courage (paraclèse = encouragement dans l’Esprit cf. 12,5). C’est une « parole de réconfort » qui nous est adressée et non pas une menace.

Afficher l'image d'originePar la suite, l’éducation romaine des premiers siècles, ou plus tard l’éducation victorienne et rigoureuse pratiquée en Europe dénaturera ce passage en inversant les priorités : punir pour soi-disant aimer, au lieu de réfléchir sur ce qui a fait mal pour progresser dans l’amour.

Revenons donc au texte. L’auteur de la lettre (Paul ?) nous exhorte à découvrir quelle est la pédagogie de Dieu à notre égard, en réfléchissant à notre passé.

Y a-t-il une pédagogie divine de l’histoire ?

Dire que le passé peut apporter des « leçons » nous oblige à relire, à nous souvenir. Comme l’enfant se souvient de s’être brûlé sur la plaque électrique et en tire la conclusion de ne plus jamais reposer la main dessus !

De même, on voit bien les premiers humains progresser grâce à la transmission de ce qu’ils ont appris dans le passé : l’art du feu, du silex, de l’outil, de la chasse, de la peinture… Apprendre à partir des choses heureuses qui nous sont arrivées ne pose guère de problème. C’est plus difficile de le faire à partir des drames, des échecs, des malheurs qui ont jalonné notre route.

Nous en sommes cependant capables.

Par exemple, allemands et français ont mis trois guerres, dont deux mondiales, à comprendre qu’il ne faut jamais humilier un vaincu, sous peine d’engendrer un cycle infernal de vengeance et de représailles. Permettre à chacun de ressortir la tête haute d’un conflit est une leçon de l’histoire qu’il nous faut absolument transmettre aux jeunes générations. Sinon…

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À l’inverse, nous n’avons pas encore réfléchi sur la montée et la chute du communisme en Europe (de l’Est et de l’Ouest). Des milliers d’intellectuels de haut vol ont été fascinés par cette idéologie meurtrière sans qu’on ait tiré un bilan, une explication et un avertissement de cette effarante complicité idéologique (alors qu’on semble l’avoir fait pour le nazisme).

N’avons-nous rien appris de la violence de Lénine, des goulags de Staline, de la folie planificatrice version Gosplan ? Avons-nous réfléchi à la soif d’absolu sans Dieu qui se manifestait sous le rêve communiste international ? N’y aurait-il pas dans la montée de l’islamisme aujourd’hui des résurgences de ce genre de pensée folle et d’utopie messianique ? Il y a 100 ans, les jeunes gens s’embauchaient pour faire la révolution, à Moscou où à Cuba ou en Chine. Maintenant ils s’enrôlent chez Daech, comme si c’était la seule alternative crédible au capitalisme triomphant.

 

Restons au XX° siècle. La pédagogie divine dans l’histoire dont parle la lettre aux Hébreux se manifeste peut-être au travers du pire crime contre l’humanité : la Shoah. Impensable que Dieu ait voulu cette catastrophe ! Il en est sans doute encore plus meurtri que nous… Sa pédagogie n’est pas de provoquer un tel drame, mais d’inspirer des visionnaires pour que, à partir d’une telle catastrophe, quelque chose de bien néanmoins puisse surgir. La création de l’État d’Israël, et la farouche volonté des peuples de ne jamais laisser revenir les vieux démons antisémites sont sans doute l’une de ses « leçons » du passé à ne jamais oublier.

Car c’est après coup (ex post) que nous réfléchissons sur ce genre d’épreuves, pour y déchiffrer l’exhortation que Dieu nous adresse afin de conjurer le retour du mal.

Passer d’une période à l’autre comme s’il n’était rien arrivé est hélas le plus sûr moyen de répéter l’erreur et la douleur. Ainsi de la crise financière de 2008, dont nous n’avons pas tiré toutes les leçons, notamment pour les banques. Ainsi des guerres injustes contre l’Iran, l’Irak etc. qui nous reviennent en boomerang sous la force d’un islamisme devenu fou. Nous n’avons pas tiré les leçons de nos interventions déstabilisatrices. Ainsi de Mai 68 en France, ou de la guerre d’Algérie, dont nous n’avons toujours pas compris toutes les adhérences. Etc.

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« Tirer les leçons du passé » : ce qui est vrai de l’histoire collective l’est également de notre histoire personnelle. Nous connaissons tous des hommes ou des femmes qui passent de divorce en mariage, puis de séparation à de nouvelles unions, comme s’ils n’apprenaient jamais rien de leurs échecs amoureux antérieurs.

Tel recalage à un examen, tel accident de la route, telle impasse professionnelle peuvent finalement se révéler riches en « leçons » pour rebondir. Dieu n’est certes pas à l’origine de l’épreuve, mais il est sur le chemin qui nous permettra d’en faire quelque chose.

Un pédagogue est celui qui prend la main de l’enfant pour le conduire sur le chemin, jusqu’à ce qu’il devienne adulte. La pédagogie divine est de nous apprendre à relire notre histoire, personnelle et collective, pour trouver le chemin qui nous apportera le relèvement.

Alors, consacrons du temps et de l’énergie et de l’intelligence à cette relecture de notre passé. Que nous est-il révélé de nous-mêmes, de Dieu, des lois du monde à travers des événements ?

Prendre cinq minutes par jour, une heure par semaine, un jour par mois, une semaine par an à faire silence, pour prendre du recul, de la distance, et identifier les lignes de force qui se dessine tout au long des événements nous rendra plus libres, plus conscients, plus sages.

Apprenons à tirer les leçons de notre passé !

 

 

 

1ère lecture : « De toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères » (Is 66, 18-21)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : connaissant leurs actions et leurs pensées, moi, je viens rassembler toutes les nations, de toute langue. Elles viendront et verront ma gloire : je mettrai chez elles un signe ! Et, du milieu d’elles, j’enverrai des rescapés vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n’ont rien entendu de ma renommée, qui n’ont pas vu ma gloire ; ma gloire, ces rescapés l’annonceront parmi les nations. Et, de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères, en offrande au Seigneur, sur des chevaux et des chariots, en litière, à dos de mulets et de dromadaires, jusqu’à ma montagne sainte, à Jérusalem, – dit le Seigneur. On les portera comme l’offrande qu’apportent les fils d’Israël, dans des vases purs, à la maison du Seigneur. Je prendrai même des prêtres et des lévites parmi eux, – dit le Seigneur.

Psaume : Ps 116 (117), 1, 2

R/ Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile.
ou : Alléluia ! (Mc 16, 15)

Louez le Seigneur, tous les peuples ;
fêtez-le, tous les pays !

Son amour envers nous s’est montré le plus fort ;
éternelle est la fidélité du Seigneur !

2ème lecture : « Quand Dieu aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons » (He 12, 5-7.11-13)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, vous avez oublié cette parole de réconfort, qui vous est adressée comme à des fils : Mon fils, ne néglige pas les leçons du Seigneur,ne te décourage pas quand il te fait des reproches. Quand le Seigneur aime quelqu’un,il lui donne de bonnes leçons ;il corrige tous ceux qu’il accueille comme ses fils. Ce que vous endurez est une leçon. Dieu se comporte envers vous comme envers des fils ; et quel est le fils auquel son père ne donne pas des leçons ? Quand on vient de recevoir une leçon, on n’éprouve pas de la joie mais plutôt de la tristesse. Mais plus tard, quand on s’est repris grâce à la leçon, celle-ci produit un fruit de paix et de justice. C’est pourquoi, redressez les mains inertes et les genoux qui fléchissent, et rendez droits pour vos pieds les sentiers tortueux. Ainsi, celui qui boite ne se fera pas d’entorse ; bien plus, il sera guéri.

Evangile : « On viendra de l’orient et de l’occident prendre place au festin dans le royaume de Dieu » (Lc 13, 22-30)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, dit le Seigneur ;
personne ne va vers le Père sans passer par moi.
Alléluia. (Jn 14, 6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, tandis qu’il faisait route vers Jérusalem, Jésus traversait villes et villages en enseignant. Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » Jésus leur dit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas. Lorsque le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : ‘Seigneur, ouvre-nous’, il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes.’ Alors vous vous mettrez à dire : ‘Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.’ Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.’ Là, il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous-mêmes, vous serez jetés dehors. Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »
Patrick BRAUD

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11 novembre 2015

Lire les signes des temps

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Lire les signes des temps

Homélie du 33° dimanche du temps ordinaire / Année B
15/11/2015

Comment Dieu intervient-il dans notre histoire ?
À quoi pouvons-nous reconnaître son action, son passage ?

La météo appliquée à l’histoire

Lorsque Jésus parle de sa venue, il emploie les images de son temps. Et notamment celle du figuier dans l’Évangile de ce dimanche :

« Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. »

Ailleurs, il précise encore cette comparaison du figuier :

« Voyez le figuier et les autres arbres. Dès qu’ils bourgeonnent, vous comprenez de vous-mêmes, en les regardant, que désormais l’été est proche. Ainsi vous, lorsque vous verrez cela arriver, comprenez que le Royaume de Dieu est proche. » (Lc 21, 29-31).

Il s’appuie sur la science météo empirique de son époque pour inviter à une science historique équivalente :

« Le soir venu vous dites ‘Beau temps, car le ciel est rouge’, et au matin ‘aujourd’hui tempête, car le ciel est rouge sombre’. Le visage du ciel, vous savez l’interpréter, mais les signes des temps, vous ne le pouvez » (Mt 16,2 3).

 

Vatican II et les signes des temps

Dans les années 80, et encore davantage lors du concile Vatican II, les théologiens ont vu dans ces passages d’évangile une clé de lecture de l’histoire. Si nous croyons vraiment que l’Esprit du Christ est à l’oeuvre en ce monde, alors nous pourrons discerner les traces de son travail dans certains événements, certaines personnes inspirées qui nous rapprochent du royaume de Dieu venant au-devant de nous.

C’est ce qu’on a appelé la théologie des signes des temps, en référence au texte de Vatican II décrivant cette lecture croyante de l’histoire habitée par l’Esprit de Dieu :

Afficher l'image d'origine« … L’Église a le devoir, à tout moment de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relation réciproques » (Gaudium et Spes 4,1).
« Mû par la foi, se sachant conduit par l’Esprit du Seigneur qui remplit l’univers, le peuple de Dieu s’efforce de discerner dans les événements, les exigences et les requêtes de notre temps, auxquels il participe avec les autres hommes, quels sont les signes véritables de la présence du dessin de Dieu » (GS 11).

Cette lecture des événements permet à l’Église d’éviter la posture de prophètes de malheur dénoncé par Jean XXIII dans le célèbre discours d’ouverture du concile :

« Il arrive souvent que dans l’exercice quotidien de notre ministère apostolique nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu’enflammés de zèle religieux, manquent de justesse de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés; ils se conduisent comme si l’histoire, qui est maîtresse de vie, n’avait rien à leur apprendre et comme si du temps des Conciles d’autrefois tout était parfait en ce qui concerne la doctrine chrétienne, les moeurs et la juste liberté de l’Église. Il nous semble nécessaire de dire notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin. Dans le cours actuel des événements, alors que la société humaine semble à un tournant, il vaut mieux reconnaître les desseins mystérieux de la Providence divine qui, à travers la succession des temps et les travaux des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse pour le bien de l’Église, même les événements contraires. »

D’ailleurs, Jean-Paul II a clairement fixé l’ordre des priorités de la doctrine sociale de l’Église : annoncer d’abord, dénoncer ensuite, jamais l’inverse ! Car ce n’est qu’en relation à une promesse que l’on peut mesurer les écarts actuels.

« L’accomplissement du ministère de l’évangélisation dans le domaine social, qui fait partie de la fonction prophétique de l’Église, comprend aussi la dénonciation des maux et des injustices. Mais il convient de souligner que l’annonce est toujours plus importante que la dénonciation, et celle-ci ne peut faire abstraction de celle-là qui lui donne son véritable fondement et la force de la motivation la plus haute. » (Sollicitudo Rei Socialis n° 41).

Au lieu de souligner tous les dysfonctionnements des sociétés humaines, la mission de l’Église est d’abord de s’attacher à valoriser tout ce qui est inspiré par un esprit de justice, de liberté, de fraternité, largement au-delà de ses frontières visibles.

Jean XXIII mentionnait ainsi les signes des temps qui émergeaient sur lui dans les années 60 : une régulation mondiale sur le plan politique (l’ONU, les droits de l’homme), la décolonisation, l’émancipation des femmes…

Jean Paul II n’a eu aucun mal à prolonger cette liste : l’effondrement du communisme en 1989, une certaine mondialisation porteuse d’espérance, le recul de la pauvreté dans le monde…

Cette lecture est toujours à poursuivre.

C’est peut-être une critique que l’on peut adresser à la belle encyclique du pape François sur l’écologie, Laudato si. Il insiste tellement sur les catastrophes écologiques à venir si on ne fait rien qu’on risquerait presque d’oublier tous les efforts déjà porteurs de renouveau et d’espérance en la matière.

 

Quels sont les signes des temps actuels ?

Rappelons encore une fois que dans le langage de Vatican II, il s’agit d’événements positifs manifestant la venue du royaume de Dieu, déjà parmi nous.

On peut alors repérer les évolutions porteuses de cette dimension eschatologique :

Afficher l'image d'origine- la libération des femmes, dans les cultures où elles sont encore opprimées, particulièrement dans les pays musulmans.

- la révolution numérique car, même si elle a des aspects inquiétants, elle contient un formidable potentiel pouvant servir le projet divin : rapprocher les peuples, augmenter les capacités humaines, transformer le travail pour qu’il soit plus humain, moins pénible et moins mécanique.

- l’aspiration écologique, car elle peut conduire à une plus grande sagesse dans la consommation (la sobriété heureuse), dans le rapport au temps, dans la solidarité entre pays et générations.

- la fin des dictatures : l’effondrement du mur de Berlin en 1989 nous a redit que tout système fermé sur lui-même finit par imploser. Les révolutions des printemps arabes ont pris le relais : même si elles ont été confisquées ensuite, pour un temps, par des pouvoirs religieux intégristes, elles finiront par porter des fruits au Maghreb et ailleurs. Et la Corée du Nord s’ouvrira un jour. Et la liberté religieuse parviendra à gagner sur l’intolérance musulmane, hindoue ou athée. Etc. 

Repérer ces forces de l’Esprit à l’oeuvre dans notre histoire ne relève ni de la naïveté ni de l’optimisme. Cela s’accompagne d’ailleurs du combat contre les régressions de toutes sortes qui s’opposent violemment à ces évolutions. Cela ne dispense pas, au contraire, de dénoncer les risques majeurs encourus par l’humanité dans ces profondes mutations sociales. Mais cette lecture des signes des temps nous oblige à parler sur fond de bienveillance, au sens premier du terme : voir d’abord le bien à l’oeuvre avant que de manifester ce qui s’y oppose. Nous n’avons vraiment pas vocation à être des prophètes de malheur, mais des sentinelles d’espérance.

Ajoutons que cette lecture des signes des temps vaut sur le plan individuel également. Notre histoire personnelle est une histoire sainte, où l’Esprit de Dieu est à l’oeuvre. Si nous prenons le temps de relire les événements qui nous marquent, si nous savons rendre grâce pour les personnes qui sont pour nous de vrais cadeaux, nous pourrons nous écrier comme Jacob à Béthel : « Dieu était là, et je ne le savais pas ! »

Il y a bien des figuiers qui produisent des fruits dans notre histoire personnelle et collective : ils annoncent la venue du Christ, dans cette ‘fin’ des temps qui est l’accomplissement aujourd’hui de la plénitude promise.

La liste de tout ce qui n’y va pas s’allonge chaque jour dans les journaux télévisés, les débats sociaux ou autour de la machine à café au bureau.

Sachons apporter à ces débats la juste espérance à laquelle nous invite la lecture des signes des temps chère à Vatican II.

 

 

1ère lecture : « En ce temps-ci, ton peuple sera délivré » (Dn 12, 1-3)
Lecture du livre du prophète Daniel

En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges, celui qui se tient auprès des fils de ton peuple. Car ce sera un temps de détresse comme il n’y en a jamais eu depuis que les nations existent, jusqu’à ce temps-ci. Mais en ce temps-ci, ton peuple sera délivré, tous ceux qui se trouveront inscrits dans le Livre. Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles. Ceux qui ont l’intelligence resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude brilleront comme les étoiles pour toujours et à jamais.

Psaume : Ps 15 (16), 5.8, 9-10, 11
R/ Garde-moi, mon Dieu, j’ai fait de toi mon refuge. (Ps 15, 1)

Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

2ème lecture : « Par son unique offrande, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qu’il sanctifie » (He 10, 11-14.18)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Dans l’ancienne Alliance, tout prêtre, chaque jour, se tenait debout dans le Lieu saint pour le service liturgique, et il offrait à maintes reprises les mêmes sacrifices, qui ne peuvent jamais enlever les péchés.
Jésus Christ, au contraire, après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu. Il attend désormais que ses ennemis soient mis sous ses pieds. Par son unique offrande, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qu’il sanctifie.
Or, quand le pardon est accordé, on n’offre plus le sacrifice pour le péché.

Evangile : « Il rassemblera les élus des quatre coins du monde » (Mc 13, 24-32)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Restez éveillés et priez en tout temps :
ainsi vous pourrez vous tenir debout devant le Fils de l’homme.
Alléluia. (cf. Lc 21, 36)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « En ces jours-là, après une grande détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel.
Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père. »
Patrick Braud

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2 janvier 2010

Epiphanie : La sagesse des nations

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Épiphanie : La sagesse des nations

 

Homélie de la fête de l’Épiphanie / Année C

03/01/10

 

Quel besoin l’enfant de la crèche avait-il de recevoir de l’or, de l’encens et de la myrrhe ?
Cadeaux embarrassants dont les parents de Jésus n’ont sans doute pas su quoi faire…

Cadeaux symboliques bien sûr, qui ont une grande valeur pour nous, peuples païens, peuples non juifs, représentés par les mages de l’Épiphanie.

Outre la triple dimension du baptême qui est évoquée à travers ces présents (prêtre = encens ; prophète = myrrhe ; roi = or), on peut voir dans l’adoration des mages l’acceptation par le Christ des richesses des peuples.

Le corps du Christ – et donc l’Église encore aujourd’hui – a besoin de recevoir l’or, l’encens et la myrrhe des cultures païennes environnantes. Loin de mépriser les trésors des peuples, le Christ – et son Église avec lui – accueille avec reconnaissance le meilleur de la sagesse des non juifs, des non-chrétiens.

L’or de la philosophie, l’encens de la connaissance scientifique, la myrrhe des coutumes locales… : fêter l’Épiphanie, c’est accepter de recevoir des autres, de ceux qui ne font pas partie du cercle des croyants.

 

Cela rejoint une longue tradition !

Israël n’a cessé dans son histoire de faire son miel avec le meilleur du génie des peuples environnants. Le courant sapientiel en témoigne avec force dans la Bible.  Des écrits multiples s’inspirent de la sagesse des nations : l’histoire de Joseph avec ses songes ; Moïse et sa double culture, hébreu et égyptienne ; le Cantique des cantiques et sa célébration de l’amour humain ; le livre de Job qui s’interroge sur l’énigme du mal ; et encore le livre des Proverbes, maximes de sagesse, l’épopée de Ruth, le livre de la Sagesse, du Qohelet, de Ben Sirac etc…

 

Tout au long de son histoire, Israël n’a cessé d’adopter le meilleur de ses voisins, reconnaissant ainsi que l’Esprit de Dieu agit bien au-delà de ses frontières.

 

Dès la sortie d’Égypte, Dieu ordonne un au peuple d’Israël de ne pas partir sans emporter les trésors de l’Égypte : « Les enfants d’Israël firent ce que Moïse avait dit, et ils demandèrent aux Égyptiens des vases d’argent, des vases d’or et des vêtements.  Yahvé fit trouver grâce au peuple aux yeux des Égyptiens, qui se rendirent à leur demande. Et ils dépouillèrent les Égyptiens. » (Ex 12,36).

Les fuyards deviennent riches des trésors de leurs bourreaux !

 

La sagesse devient ainsi un pont entre le peuple juif particulier et les autres.

En cette fête de l’Épiphanie, l’Église devrait – avec le Christ de Bethléem – reconnaître qu’elle a beaucoup à recevoir des savants non chrétiens, des philosophes modernes, des sagesses populaires. Car le Christ de l’Épiphanie n’est pas seulement le roi des juifs. Il accomplit également la sagesse des autres nations, et reçoit d’elle les présents qui le révèlent.

Il met déjà en actes cette bienveillance à laquelle Paul exhortera les chrétiens de Philippe : «   tout ce qu’il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d’aimable, d’honorable, tout ce qu’il peut y avoir de bon dans la vertu et la louange humaines, voilà ce qui doit vous préoccuper. » (Ph 4,8)

 

Si nous oublions cette dimension sapientielle que manifeste l’Épiphanie, alors nous risquons de survaloriser la Loi et les Prophètes. En oubliant la sagesse, ce troisième courant si important dans la Bible (cf. Jr 18,18 : «  la Loi ne périra pas faute de prêtre, ni le conseil faute de sage, ni la parole faute de prophète »), nous risquons de couper notre Église d’avec la société environnante ; avec comme conséquence une séparation croissante entre ces deux univers.

Si on oublie la sagesse des mages d’aujourd’hui, nos communautés chrétiennes risquent de se replier frileusement sur leur « identité ecclésiale » mal comprise, de s’enfermer dans un univers purement religieux plutôt que de s’engager dans la société en réponse à l’appel du Christ d’en être le sel et la lumière.

 

Le concile Vatican deux reconnaît explicitement l’aide que l’Église peut ainsi recevoir du monde :

null« l’Église n’ignore pas tout ce qu’elle a reçu de l’histoire et de l’évolution du genre humain.

 L’expérience des siècles passés, le progrès des sciences, les richesses cachées dans les diverses cultures, qui permettent de mieux connaître l’homme lui-même et ouvrent de nouvelles voies à la vérité, sont également utiles à l’Église. En effet, dès les débuts de son histoire, elle a appris à exprimer le message du Christ en se servant des concepts et des langues des divers peuples et, de plus, elle s’est efforcée de le mettre en valeur par la sagesse des philosophes: ceci afin d’adapter l’Évangile, dans les limites convenables, et à la compréhension de tous et aux exigences des sages. À vrai dire, cette manière appropriée de proclamer la parole révélée doit demeurer la loi de toute évangélisation. C’est de cette façon, en effet, que l’on peut susciter en toute nation la possibilité d’exprimer le message chrétien selon le mode qui lui convient, et que l’on promeut en même temps un échange vivant entre l’Église et les diverses cultures. Pour accroître de tels échanges, l’Église, surtout de nos jours où les choses vont si vite et où les façons de penser sont extrêmement variées, a particulièrement besoin de l’apport de ceux qui vivent sans le monde, et en épousent les formes mentales, qu’il s’agisse des croyants ou des incroyants. Il revient à tout le peuple de Dieu, notamment aux pasteurs et aux théologiens, avec l’aide de l’Esprit-Saint, de scruter, de discerner et d’interpréter les multiples langages de notre temps et de les juger à la lumière de la parole divine, pour que la vérité révélée puisse être sans cesse mieux perçue, mieux comprise et présentée sous une forme plus adaptée. » (Lumen Gentium n° 44)

 

Soyons donc attentifs aux cadeaux que nous pouvons recevoir des mages actuels :

- les scientifiques ont des choses à nous transmettre sur les origines de l’univers, de l’homme, sur l’infiniment petit comme l’infiniment grand…

- Les philosophes continuent d’aiguiser notre raison pour discerner ce qui est juste dans les questions d’éthique ou de pensées contemporaines.

- Les artistes de tous bords, de la bande dessinée au cinéma en passant par les musiciens et les poètes, ont également des choses à dire à notre Église, des secrets à lui révéler…

 

Ne soyons donc pas trop centrés sur la vie ecclésiale ! Respirons au large !

 

Intéressons-nous aux trésors que les cultures environnantes peuvent toujours offrir au Christ.

Intéressons-nous aux sagesses que cette fête de l’Épiphanie magnifie lorsqu’elles deviennent des présents offerts…

 

 

1ère lecture : Les nations païennes marchent vers la lumière de Jérusalem (Is 60, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

 Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.
Regarde : l’obscurité recouvre la terre,l es ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi.
Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore.
Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ;tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras.
Alors tu verras, tu seras radieuse, ton coeur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations.
Des foules de chameaux t’envahiront, des dromadaires de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges du Seigneur

 

Psaume : 71, 1-2, 7-8, 10-11, 12-13

R/ Parmi toutes les nations, Seigneur, on connaîtra ton salut.

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux ! 

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

 

2ème lecture : L’appel au salut est universel (Ep 3, 2-3a.5-6)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frères, vous avez appris en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :
par révélation, il m’a fait connaître le mystère du Christ.
Ce mystère, il ne l’avait pas fait connaître aux hommes des générations passées, comme il l’a révélé maintenant par l’Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes.
Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile

 

Evangile : Les mages païens viennent se prosterner devant Jésus (Mt 2, 1-12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem
et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui.
Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d’Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent :
« A Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète :
Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël mon peuple. »
Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;
puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
Sur ces paroles du roi, ils partirent.Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant.
Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie.
En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

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