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6 octobre 2019

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Homélie du 28ème dimanche du Temps Ordinaire /  Année C

18/10/2019

Cf. également :

De la santé au salut en passant par la foi
Faire miniane
Quel sera votre sachet de terre juive ?
Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?
Épiphanie : l’économie du don
Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?
Le principe de gratuité
Le potlatch de Noël
La 12° ânesse

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Cadeau de janvier, ingratitude de février dans Communauté spirituelle gratitude-cartoonCe vieux proverbe français fait le constat – un peu désabusé – du peu de reconnaissance dont les êtres humains sont capables. Chacun de nous en a fait l’expérience : on donne de bon cœur, et l’autre s’en va avec son cadeau sans un merci ni même un regard … On se dit alors : OK, c’est un bon test de notre désintéressement ! Voulions-nous donner pour être flatté en retour, ou simplement pour faire plaisir, ou parce que l’autre en avait vraiment besoin ? Celui qui fait dépendre son don de la reconnaissance reçue en retour deviendra pingre et avare ! Fénelon disait : « Il ne faut rien attendre des hommes que de l’ingratitude, et les servir sans intérêt ». Et le sage observe : « le pécheur dilapide les biens de son garant ; dans son ingratitude, il abandonne celui qui l’a sauvé » (Sg 29, 16-17).

Reste que le pincement au cœur est toujours là : si ce cadeau a fait plaisir, pourquoi l’autre ne l’exprime-t-il pas ?
Par goujaterie et manque d’éducation, diront certains. Ils n’auront pas tout à fait tort, Tant il est vrai que dire merci n’est pas inné, mais s’apprend, par la famille, l’école, l’Eglise…
Par pudeur et timidité, diront les autres. Et ils n’auront pas tort, car c’est très intimidant de recevoir.

A cause d’un certain sentiment de honte et d’humiliation, diront d’autres encore. Et ils n’auront pas tort, car cela peut être très humiliant d’être obligé d’accepter des dons pour survivre. Revoir le donateur peut alors réactiver le sentiment de domination éprouvé  envers celui qui a tout alors que je n’ai rien. Corneille écrivait : « On n’aime point à voir ceux à qui l’on doit tout ».

Jésus dans notre évangile des dix lépreux guéris (Lc 17, 11-19) s’affronta ce constat d’ingratitude : comment !? un seul sur les dix est revenu remercier ? et un étranger (samaritain) en plus ?  et un hérétique !

 

Donner-recevoir-rendre

Homélie sur la guérison des dix lépreux (dimanche 18 décembre 2012)Jésus perçoit d’instinct que quelque chose manque à la guérison qu’il désire apporter à ces dix lépreux. Marcel Mauss, célèbre anthropologue français, a théorisé le circuit symbolique emprunté par le don pour circuler dans une communauté et entre communautés [1].

Tout commence avec l’acte de donner. Ici, c’est à la manière du Christ : généreusement, sans calcul, sans même les gestes et paroles théâtrales dont les chamanes et autres sorciers aiment entourer leurs pratiques. Il répond à leur supplication parce qu’il est saisi de pitié devant leur maladie et ses conséquence physiques, sociales, religieuses.

Vient ensuite l’acte de recevoir.

Il n’est pas si évident. Beaucoup refusent de recevoir : soit ils n’expriment pas leur demande, soit ils ne veulent pas du cadeau offert. Peut-être par orgueil, pour ne plus dépendre d’un autre, pour y arriver tout seul à la force du poignet… Savoir recevoir, ça s’apprend, comme savoir donner. Trop de fierté compromet le premier. Trop de condescendance dénature le second. Avoir le sentiment d’être humilié gâte le premier. Vouloir se faire aimer en retour transforme le second en manipulation. Jésus n’assortit son don de guérison aux dix lépreux d’aucune condition le concernant. Il demande juste d’aller faire constater par les prêtres que la lèpre est partie, afin que les dix ex-lépreux soient réintégrés de plein droit dans la communauté juive. Apparemment, ces hommes acceptent le don de Jésus puisqu’ils se mettent aussitôt en chemin vers le Temple de Jérusalem. Mais un seul ira jusqu’au bout de la logique du don que Marcel Mauss a formalisé : le contre-don.

 economie-du-don

Normalement, pour que l’échange de symbolique soit complet, la troisième étape du contre-don s’impose à ceux qui ont reçu comme une évidence non obligatoire mais essentielle pour que la logique du don continue à irriguer toute la communauté. En indonésien, Merci se dit Terima-Kasih (littéralement Recevoir-Donner) et l’on répond Sama-Sama (littéralement Ensemble). Le contre-don peut être fait à quelqu’un d’autre que le donateur, ou plus tard, ou autrement. L’enjeu est de ne pas figer la circulation de l’échange symbolique qui unit les membres d’un groupe ou des groupes entre eux. Le fait de rendre (rendre grâce, remercier) au donateur confère à celui-ci une importance sociale, une reconnaissance de la part de tous. Comme celui qui reçoit sera un jour celui qui donne, il ne voit nulle humiliation à reconnaître la grandeur de son donateur. S’il ne peut lui rendre en personne, il le rendra quelqu’un d’autre, provoquant ainsi une circulation généralisée du don / contre-don dans toute la communauté. C’est ce que fait le samaritain de l’autre parabole de Jésus, Il est cette fois-ci celui qui soigne. Il fait héberger le blessé rencontré sur la route. Puis il disparaît de sa vie sans chercher de retour, espérant que le dan reçu provoque chez le blessé le désir de devenir à son tour le sauveur d’un autre : « va et fais de même ». Ne pouvant manifester sa reconnaissance au sauveur du jour, il le rendra à un autre blessé, et ainsi de suite : le don ne cessera jamais de circuler sans jamais boucler sur lui-même.

En constatant – un peu surpris, voire navré – que seul un sur dix revient rendre grâce, Jésus ne ressent pas d’amertume pour lui-même. Il ne remet pas en cause l’utilité de son geste. Il n’arrêtera pas de guérir pour autant. Il s’applique à lui-même ce qu’il observe chez son Père : « faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants »(Lc 6,35). Non : il constate avec tristesse que 9 sur 10 ont interrompu l’élan vital qui leur aurait permis d’aller au bout de leur guérison. Car seul le contre-don permet d’atteindre la plénitude du don reçu. La guérison physique est bien donnée, mais seule l’action de grâce permet de l’accomplir en salut intégral : « va, ta foi t’a sauvé ». Pour les 9 autres, on dirait au rugby qu’ils ont bénéficié d’un essai… non transformé ! Il manque quelque chose à leur humanité guérie, quelque chose qui les fait passer à côté du salut tout proche. Ce quelque chose, c’est le contre-don : savoir rendre,  (rendre grâce, rendre la pareille, renvoyer l’ascenseur…).

Nous sommes sans cesse en dette envers ceux qui nous font grandir et aller mieux d’une manière ou d’une autre. Et c’est tant mieux, car cela nous incite à notre tour à donner (et même par-donner) de la même manière. Celui qui interrompt ce flux vital s’abîme lui-même en empêchant le lien de la reconnaissance de l’unir à ses semblables. « L’espoir de l’ingrat fondra comme le givre hivernal, il s’écoulera comme une eau qui se perd »(Sg 16,29).

Plus encore : ne pas rendre grâce abime le donateur, en le privant d’une forme de réassurance sur son rôle et sur sa place au sein de la communauté. Les neuf lépreux, sans le savoir, enlèvent ainsi à Jésus sa part de reconnaissance dont il aurait pourtant bien besoin pour poursuivre sa mission grâce au soutien des témoins de la scène ! Exprimer sa reconnaissance, c’est en même temps attribuer une importance sociale au donateur dont on se porte garant.

 

Au-delà du légal et du religieux.

Jésus dans un premier temps semble cautionner le système religieux du Temple de Jérusalem. Il demande aux dix d’aller se montrer aux prêtres (cohens) de Jérusalem. Le but évidemment d’obtenir leur pleine réintégration sociale après la guérison physique (Lv 13-14). Comme un label apposé sur leur nouvel état de santé, la visite aux prêtres officialisera leur  retour dans le monde des vivants, d’où la lèpre les avait exclus. Ils retrouvent leurs papiers d’identité en somme !

sanctuary-stairs don dans Communauté spirituelleLe piège serait de se satisfaire de cette obligation rituelle : comme si les démarches juridiques suffisaient, comme si le certificat religieux rétablissait les choses comme avant, comme s’il ne s’était rien passé. Un seul ose s’affranchir de ce système juridico-religieux : le samaritain. Parce qu’il est ‘hérétique’ aux yeux des juifs sans doute. Car pour les samaritains, c’est le mont Garizim qui est important et non le mont Sion de Jérusalem avec son Temple. Bienheureuse hérésie qui lui permet de s’affranchir des obligations du Temple ! C’est la religion du Lévitique qui avait parqué à l’écart ces hommes à cause de leur lèpre. C’est la reconnaissance envers Jésus qui a libéré le samaritain de cet assujettissement à la Loi auquel les neuf autres continuent de consentir. Il y a donc un certain éloge de la rébellion contre les obligations juridico-religieuses dans l’éloge que Jésus fait du dixième lépreux guéri ! En revenant sur ses pas pour remercier, cet homme échappe au pouvoir des prêtres, et revendique que les rites du Temple sont caduques. Non il ne se soumettra pas aux rituels compliqués inventés par les hommes pour dominer les autres au nom de Dieu ! Oui, il découvre que l’accueil du salut rend libre par rapport à toutes les obligations et convenances admises. Parce que c’est un étranger, il relativise les coutumes que les juifs croient essentielles. Parce que c’est un ‘hérétique’, il ne sacralise pas absolument ce qui est absolument incontestable pour un juif : le mont Sion, Jérusalem, le sacerdoce lévitique. Il revient vers Jésus, au-delà du juridique et du religieux, pour lui exprimer sa reconnaissance, le remercier, et reconnaître face contre terre la grandeur de son bienfaiteur.

La foi au Christ en personne sera à toujours plus grande que la nécessaire médiation des institutions et des appareils des Eglises. Sans disqualifier un certain fonctionnement religieux auquel il renvoie,  le Christ salue dans l’action de grâce du samaritain guéri la priorité de la foi sur les obligations provenant de la Loi ou du sacré. Pas étonnant qu’il se soit fait autant d’ennemis chez les fonctionnaires de Dieu de l’époque !

 

Cette semaine, méditons donc cette parabole en nous identifiant tour à tour à chaque personnage : Jésus le donateur, les 9 lépreux guéris et ingrats, le 10° : le samaritain sauvé, la foule spectatrice …

__________________________________________

[1] Marcel Mauss , Essai   sur  le  don.  Forme  et   raison  de  l’échange  dans   les   sociétés   archaïques, Article originalement publié dans l’Année Sociologique, seconde série, 1923-1924

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Naaman retourna chez l’homme de Dieu et déclara : Il n’y a pas d’autre Dieu que celui d’Israël » (2 R 5, 14-17)

Lecture du deuxième livre des Rois

En ces jours-là, le général syrien Naaman, qui était lépreux, descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole d’Élisée, l’homme de Dieu ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié ! Il retourna chez l’homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra, se présenta devant lui et déclara : « Désormais, je le sais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur. » Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n’accepterai rien. » Naaman le pressa d’accepter, mais il refusa. Naaman dit alors : « Puisque c’est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter, car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël. »

 

PSAUME

(Ps 97 (98), 1, 2-3ab,3cd-4)
R/ Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. (Ps 97, 2)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

DEUXIÈME LECTURE
« Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons » (2 Tm 2, 8-13)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, le descendant de David : voilà mon évangile. C’est pour lui que j’endure la souffrance, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu ! C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent, eux aussi, le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle.
Voici une parole digne de foi : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.

ÉVANGILE

« Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » (Lc 17, 11-19)
Alléluia. Alléluia.Rendez grâce à Dieu en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. Alléluia. (1 Th 5, 18) 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. » À cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés.

 L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain. Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »
Patrick Braud

 

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3 janvier 2017

Épiphanie : l’économie du don

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Épiphanie : l’économie du don


Cf. également :

Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?
Le potlatch de Noël
Épiphanie : qu’est-ce que l’universel ?
L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture
L’inquiétude et la curiosité d’Hérode
Éloge de la mobilité épiphanique
La sagesse des nations

Homélie pour la fête de l’Épiphanie / Année A
08/01/2017

Les cadeaux des mages et les nôtres

Au lendemain de Noël, des milliers de cadeaux jugés décevants se retrouvent mis en vente sur le site www.leboncoin.fr  : l’argent obtenu de cette revente sera plus envié que le geste du donateur initial… L’Épiphanie est pourtant une belle fête pour reparler des cadeaux que nous nous faisons. En effet, les rois venus d’Orient apportent avec eux des dons précieux (et symboliques) : l’or, l’encens et la myrrhe. À l’étable de Bethléem, ils inaugurent en quelque sorte notre longue tradition des cadeaux déposés sous le sapin, près de la crèche.

D’ailleurs, en Espagne, la fête des rois est presque aussi populaire que Noël (cf. le défilé Cabalgata de los Reyes Magos), et c’est des Mages que les enfants reçoivent des cadeaux, et non du Père Noël…

Il y a dans l’histoire biblique une circulation des dons offerts à Dieu, aux hommes, par Dieu, par les hommes. À tel point que les Pères grecs parlaient d’une économie de la grâce (χ́αρις charis = grâce = don divin en grec) caractéristique de l’amour trinitaire.

L’anthropologue français Marcel Mauss a décrypté quant à lui à la fin du XIX° siècle les échanges entre tribus polynésiennes dites « primitives ». Il a formalisé la structure de ces échanges en une chaîne ininterrompue de dons circulant entre les clans : donner – recevoir – rendre. Ces tribus étaient capables de franchir des centaines de kilomètres en pirogue pour offrir des présents somptueux à d’autres ethnies, sur d’autres îles. Le code social exigeait alors de recevoir ces cadeaux sans contrepartie, c’est-à-dire sans tomber dans le donnant-donnant occidental récent. Mais les villages qui avaient tant reçu prenaient à leur tour la mer pour apporter des présents à d’autres îles, rendant ainsi le don reçu, mais à quelqu’un d’autre. Et ce tiers à son tour perpétuait la circulation du don en allant présenter d’autres dons ailleurs, et ainsi de suite…

Un autre sociologue français, Alain Caillé, a complété cette chaîne de l’échange en y ajoutant une première phase : demander. Car la formulation – implicite ou explicite - de la demande est le ‘ticket d’entrée’ dans l’économie du don. La demande des mages par exemple n’était pas explicite, mais leur ténacité à scruter le ciel pour y découvrir du neuf traduisait leur quête intérieure, leur recherche d’un signe du ciel.

On a ainsi les quatre temps qui structurent une économie du don /de la grâce : demander / donner / recevoir / rendre.

L’histoire biblique, et notre histoire personnelle, deviennent fécondes lorsqu’elles respectent ces quatre temps du don.

Demander

Afficher l'image d'origine« Depuis plus de 4000 ans nous attendions cet heureux temps » avons-nous chanté  devant la crèche et son divin enfant. Israël demandait à Dieu (et demande encore) la venue d’un Messie qui ferait enfin régner le droit et la justice. « Demandez et vous recevrez » confirmait Jésus en nous invitant à prier sans nous décourager.

Dans notre vie personnelle, oser et savoir demander n’est pas le plus facile. Bien des personnes en précarité n’osent pas demander les aides auxquelles pourtant elles ont droit. On estime que 50% environ des bénéficiaires potentiels du RSA ne le touchent pas car ne le demandent pas. Un ex-SDF racontait combien c’est humiliant de devoir sans cesse quémander. Même tiré d’affaire désormais, il n’ose pas frapper à la porte de sa voisine lorsque son frigo est vide en attendant les allocations du mois suivant…

Demander est un acte d’humilité (qui ne devrait jamais tourner à l’humiliation), où je reconnais ne pas être tout, ou j’accepte de manquer et de ne pas être autosuffisant.

 

Donner

Afficher l'image d'origineLe premier don de Dieu, c’est Dieu lui-même. Dans l’enfant de Bethléem, Dieu se donne sans retenue, inconditionnellement. Il répond à la demande d’Israël, à la quête des mages, bien au-delà de leurs attentes. « Un enfant nous est né, un fils nous est donné » prophétisait Isaïe (Is 9,5).

Pas besoin de développer davantage. Toute la tradition chrétienne a cultivé l’art du don sous toutes ses formes, de l’aumône au martyre, de la solidarité à la croissance économique, de Thérèse d’Avila à Mère Teresa… À nous de nous inscrire dans cet élan ininterrompu, où se donner est plus important que de donner. Car l’échange porte alors sur des relations (sociales, amicales, familiales…) et non sur des objets ou de la monnaie. L’économie du don fait circuler des relations entre les êtres, dont les objets échangés sont alors des vecteurs, des symboles et non des valeurs en soi. Marx avait raison de dénoncer le fétichisme de la marchandise qui s’est emparé de l’homme dans le capitalisme, chosifiant les relations en objets, rendant l’échange froid et impersonnel.

Recevoir

Phase symétrique du demander, recevoir est tout aussi difficile. Là également l’humiliation n’est jamais loin. Savoir recevoir le don offert est un art. Les mages de l’Épiphanie l’incarnent à merveille. Ils parlent d’un roi des juifs annoncé par les astres, et le reçoivent comme leur roi devant lequel ils se prosternent. Alors qu’Hérode et les notables juifs prennent peur, et ne veulent pas de ce roi supposé concurrent.

Pour nous aussi, recevoir c’est accepter de devenir débiteur, c’est laisser de la place à l’autre et reconnaître avoir besoin de lui.

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Rendre

Les mages reçoivent du ciel un signe, et rendent à l’enfant de Bethléem les signes de sa royauté : l’or, de sa prêtrise : l’encens, et de sa victoire sur la mort : la myrrhe. La plupart du temps, nous ne pouvons pas rendre à ceux qui nous ont donné. Le donnant-donnant ne fonctionne pas, avec nos parents par exemple, mais nous invite à faire de même avec nos enfants. Le blessé de la parabole ne pourra rien rendre à son bon samaritain sauveur, mais il fera de même envers d’autres blessés qu’il croisera sur sa route.

Rendre est essentiel : non pas pour être quitte, mais au contraire pour entretenir une circulation de la dette, le courant du don échangé, sans jamais l’interrompre. Marcel Mauss appelle cette phase le contre-don, réponse gracieuse à l’initiative gracieuse d’un autre.

 

L’économie de la convoitise

Quatre attitudes inverses bloquent l’économie du don :

ignorer, au lieu de demander

prendre, au lieu de donner

refuser, au lieu de recevoir

garder, au lieu de rendre.

On entend dans ces quatre comportements l’écho de la désobéissance au 10° commandement : « tu ne convoiteras pas ». L’économie de la convoitise s’oppose à celle du don en bloquant à chaque étape la circulation de la grâce.

Economie du don

Le management à l’école du don

De manière étonnante, on peut repenser le management à la lumière de l’anthropologie de Marcel Mauss [1]. Le rôle du manager pourrait bien être de garantir la circulation du don dans son équipe et avec le reste de l’entreprise, de ses partenaires et de ses clients. Le mauvais manager tombera quant à lui dans l’économie de la convoitise qui va restreindre la performance de son équipe [2].

Sans don, il n’est pas d’efficience possible. Les organisations qui fonctionnent bien (entreprises, associations, administrations, équipes sportives etc.) sont celles qui savent respecter la logique et la dynamique des quatre temps du don et contre-don : demander – donner – recevoir – rendre, alors que celles qui dysfonctionnent basculent dans le cycle opposé du ignorer – prendre – refuser – garder. Le bon manager, le bon entraîneur, le bon animateur…, reconnaît dans le cycle du don la véritable source de l’efficience, celle qui réengendre jour après jour le cercle vertueux de la coopération et du travail pris à cœur. Le mauvais manager, aveuglé par la seule obsession d’une efficacité ou d’une rentabilité immédiate, finit par tuer la poule aux œufs d’or et enferme tout le monde dans le cercle vicieux du chacun pour soi et du découragement.

 

Les sept péchés capitaux du manager

Avec humour, Alain Caillé et Jean-Édouard Grésy transposent les sept péchés capitaux de la théologie médiévale à l’art du management repensé sous le signe du don :

1. La paresse ou le don non valorisé, i.e. le fait ne se fier qu’au projet économique, sans faire l’effort de prendre en compte et de valoriser le projet social.

2. La gourmandise ou les gloutons du don, i.e. la financiarisation du projet industriel ou de service.

3. L’avarice ou les radins du contre-don, quand l’entreprise se dit : après moi le déluge !

4. La colère : quand le don est empêché, ceux qui s’adonnent le plus au travail peuvent être ceux qui en souffrent le plus. Avec deux issues possibles : la dépression ou la colère. Colère vient de ira en latin, c’est ce qui produit des excès en paroles ou en actes.

5. La luxure, où l’impureté, quand le don est stérilisé, i.e. transformé en règles.

6. L’orgueil : quand le don est exclusif et refermé sur lui-même, i.e. qu’il conforte l’idée qu’on pourrait se suffire à soi-même sans se confronter aux autres.

7. L’envie ou le désir de l’appropriation et les limites de l’avoir.

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Les mages de l’épiphanie sont repartis sans rien attendre en retour de leurs cadeaux. Ils nous invitent à nous inscrire nous aussi dans l’économie de la grâce qui préside aux relations entre Dieu et l’homme, entre l’homme et ses semblables.

Demander/donner/recevoir/rendre : où en êtes-vous de cette circulation de la grâce avec vos collègues de travail, les membres de votre famille, vos voisins, vos amis, les inconnus croisés au hasard de vos rencontres… ?

 



[1] . Donner et prendre, la coopération en entreprise, Norbert Alter, Ed. La Découverte, 2009.

[2] . Cf. La révolution du don, Le management repensé à la lumière de l’anthropologie, Alain Caillé, Jean-Édouard Grésy, Seuil, 2014

 

 

1ère lecture : « La gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is 60, 1-6)
Lecture du livre du prophète Isaïe

 Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur.

Psaume : Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13

R/ Toutes les nations, Seigneur, se prosterneront devant toi. ( cf. Ps 71,11)

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

2ème lecture : « Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse » (Ep 3, 2-3a.5-6)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère. Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l’Esprit. Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

Evangile : Nous sommes venus d’Orient adorer le roi (Mt 2, 1-12) 

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus adorer le Seigneur.
Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent.
 Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
 Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

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30 décembre 2015

Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?

 

Cf. également :

Baptême du Christ : le plongeur de Dieu

L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture

« Laisse faire » : éloge du non-agir

Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »

« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus

Lot de consolation

Tauler, le métro et « Non sum »

Yardén : le descendeur

 

Homélie pour la fête de l’Épiphanie / Année C
03/01/2016

 

Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ? dans Communauté spirituelle 220px-Sant%27Apollinare_Nuovo_00En cette fête de l’Épiphanie, les mages offrent trois présents à l’enfant qui vient de naître. Or visiblement, il n’en a aucun usage immédiat ! Il eût mieux valu donner des vêtements chauds, une chambre à l’auberge, le secours d’une servante…

La question redouble quand on fait attention au terme grec utilisé pour ces fameux cadeaux des mages : δρον (dōron).

Dans le Nouveau Testament, il y a 19 usages de ce mot [1], essentiellement pour désigner des offrandes faites à Dieu lui-même. Par exemple : « Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande. » (Mt 5, 23-24)

Première indication donc : Mathieu veut nous dire que les mages reconnaissent déjà la divinité de cet enfant, puisqu’ils lui font des présents comme si c’était le Dieu du Temple de Jérusalem. Étonnant !

Cela ne résout toujours pas la question : pourquoi Dieu aurait-il besoin qu’on lui offre quelque chose ? Manquerait-il de richesses pour qu’on lui offre de l’or ? Aurait-il faim pour qu’on lui sacrifie des taureaux ou des colombes ?

Les prophètes de l’Ancien Testament avaient déjà réfléchi sur ces coutumes sacrificielles où il fallait soi-disant donner quelque chose à Dieu. Leur cheminement progressif les amène à contester ces pratiques (d’origine païenne)« C’est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices », rappelle Jésus en Mt 12,7 citant Os 6,6.

Le véritable sacrifice, c’est de s’offrir soi-même. « Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé… » (Ps 50, 18-19)

« En entrant dans le monde, le Christ dit: Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit: Voici, je viens, car c’est de moi qu’il est question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté. » (He 10, 5-7).

 

Alors quel est le sens de ces cadeaux des mages à l’enfant-Dieu qui n’en a nul besoin ni envie ? Et pourquoi continuons-nous cette tradition des cadeaux entre nous, à Noël, pour le Nouvel An, comme si nous étions des mages et des enfants-Dieu les uns pour les autres ?

 

1. Offrir n’est pas marchander

Afficher l'image d'origineÉliminons déjà une fausse piste qui empoisonne pourtant tous les gestes religieux qui sont les nôtres. Acheter un cierge pour réussir un examen reste très populaire, mais surtout rentable pour le clergé qui fait commerce de ces cierges… La relation à Dieu n’est plus marchande en régime chrétien, depuis que Jésus a justement chassé les marchands du temple (cf. Le principe de gratuité)

. Si les cadeaux signifient : je te donne ceci pour que tu me donnes cela, alors c’est un trafic indigne qui n’a aucune chance de réussir avec Dieu. Ce genre de tentation de manipulation ou de pression ne fait que compromettre une amitié humaine.

Nos cadeaux ne sont pas des calculs, mais des dons sans espoir de retour ; pas des investissements, mais des jaillissements d’affection sans contrepartie. Sinon, mieux vaut déposer ces trésors au mont-de-piété…

 

2. Des cadeaux pour ne pas être tout

Afficher l'image d'origineLorsqu’on fait des présents aussi précieux que ceux des mages, c’est qu’on accepte de prendre sur ses richesses, de ne pas tout garder pour soi. Et en même temps, c’est dire à l’autre : tu comptes pour moi, tu es plus précieux à mes yeux que cet ordre/argent/myrrhe pourtant de grande valeur. C’est donc limiter sa volonté de toute-puissance, accepter de ne pas être tout, et laisser ainsi de la place à l’autre, rappel de mon incomplétude. Les mages par leurs offrandes reconnaissent en Jésus quelqu’un de plus grand qu’eux.

Nous disons à nos amis qu’ils nous manquent, que nous ne sommes pas nous-mêmes sans eux, lorsque nous arrivons avec un bouquet de fleurs à un repas ou une boîte de chocolats au chevet d’un malade. Les cadeaux nous aident à limiter notre désir inné d’autosuffisance pour vouloir avoir besoin de l’autre. Offrir nous fait aimer notre finitude…

 

3. Des cadeaux pour accepter de manquer

Dans l’Ancien Testament, c’est ainsi que le livre de l’Exode interprétait le prélèvement d’argent pour construire le sanctuaire.

Afficher l'image d'origineDonner son argent implique une limitation du désir de toute-puissance. Le désir de Dieu, de sa présence en moi et dans la communauté, implique la purification de mon désir d’être tout, que l’argent symbolise au plus haut point : si je ne paye pas, si je ne prélève pas de mon argent pour Dieu, la vérité de ce désir ne pourra pas se réaliser. Bien avant Freud, le peuple juif a expérimenté que l’argent comme le désir suscitent une soif inextinguible, une quête infinie. Cet infini peut faire de l’argent une idole : Mammon. C’est pourquoi Dieu demande au peuple de prélever sur ses richesses pour donner de l’argent afin de construire son Temple. « Voici le prélèvement que vous prendrez d’eux : de l’or, de l’argent, du bronze, de la pourpre de lin, du poil de chèvre. Ils me feront un sanctuaire et j’habiterai en eux » (Ex 25,2). Dieu n’habite pas le sanctuaire, mais le cœur de l’homme qui sait limiter et éduquer son désir, grâce à l’offrande.

Parce que nous acceptons de manquer, Dieu viendra faire sa demeure en nous. L’offrande à Dieu est donc l’appel d’air qui permet au feu divin de prendre en nous, de l’intérieur. Le cadeau fait à l’autre est l’appel à une relation d’amitié sans laquelle je ne suis pas pleinement moi-même.

 

4. Des cadeaux pour recevoir du Christ notre vocation de baptisés

L’Épiphanie (manifestation) du Christ aux mages montre clairement que les païens peuvent rencontrer le Christ, et revenir chez eux « par un autre chemin », c’est-à-dire profondément transformés par cette rencontre. Leurs trois présents ont une signification symbolique.

L’or désigne la royauté étonnante de cette enfant, annoncée par les prophètes (cf. première lecture), accomplie de manière déroutante sur la croix. Cette royauté est devenue celle des baptisés qui eux aussi – le Christ vivant en eux – exercent leurs responsabilités, leur pouvoir, leur profession comme un service royal.

L’encens désigne la prêtrise exercée par le Christ, puisque les parfums d’encens brûlaient sur l’autel du Temple lorsque les prêtres offraient des sacrifices. Or le Christ s’est offert lui-même au lieu des animaux. C’est de ce sacerdoce dont vivent les baptisés en Christ, faisant de leur existence « une vivant offrande à la louange de la gloire de Dieu » (prière eucharistique n° 4). Le sacerdoce commun des baptisés consiste à s’offrir soi-même en présent pour ceux qu’on aime, et plus encore pour ceux que nous n’arrivons pas à aimer ou qui ne nous aiment pas.

La myrrhe est un produit funéraire pour embaumer les corps. Elle annonce symboliquement l’ensevelissement de Jésus, après la croix, cette déchéance inacceptable pour les juifs comme pour les Romains ou pour le Coran. Offrir de la myrrhe à un enfant serait une faute de goût si le bois de la mangeoire n’annonçait pas déjà celui de la croix. Cette capacité prophétique à discerner ce qui est en jeu dans le présent est devenue celle des baptisés. Nous recevons du Christ d’être prophétiques lorsque nous discernons les véritables enjeux par exemple de la crise écologique actuelle, ou des formidables progrès des sciences et technologies pour l’être humain etc.

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Offrir des présents au Christ, c’est donc accepter de recevoir de lui qui nous sommes réellement : prêtre/prophète/roi. Sans cette démarche des mages, nous pourrions avoir l’illusion de croire pouvoir l’être par nous-mêmes. Faire ces cadeaux nous sauve de l’auto-suffisance, de l’auto-réalisation.

 

5. Des cadeaux pour que l’amour circule entre nous

Afficher l'image d'originePrélever quelques objets ou un peu d’argent pour offrir peut donc devenir un authentique chemin de communion à l’autre. Si on purifie ce geste de tous les relents de calcul et de domination, on peut y deviner l’amorce de la circulation de ce que l’anthropologue Marcel Mauss appelait le don / contre-don (cf. Le potlatch de Noël) : offrir, c’est accepter que l’autre me manque, et entrer dans une relation où le cadeau fait à l’un l’entraînera à offrir lui-même à un autre et ainsi de suite. La seule dette qu’il nous faut conserver entre nous, c’est celle de l’amour, écrivait saint Paul. Les cadeaux reçus nous obligent en ce sens que, en les recevant, nous contractons une dette à faire circuler. En les donnant, nous entrons dans une relation vivante et ouverte.

 

Même après ces fêtes de fin d’année, continuons donc à nous offrir des présents, sans autre raison que de laisser l’amour de Dieu circuler entre nous…

 



[1]. Mt 2,11/ Mt 5,23 / Mt 5,24 / Mt 5,24 / Mt 8,4 / Mt 15,5 / Mt 23,18 / Mt 23,19 / Mt 23,19 / Mar 7,11 / Lc 21,1 / Lc 21,4 / Ep 2,8 / He 5,1 / He 8,3 / He 8,4 / He 9,9 / He 11,4 / Ap 11,10

 

 

1ère lecture : Les nations païennes marchent vers la lumière de Jérusalem (Is 60, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.
Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi.
Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore.
Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras.
Alors tu verras, tu seras radieuse, ton coeur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations.
Des foules de chameaux t’envahiront, des dromadaires de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges du Seigneur.

Psaume : 71, 1-2, 7-8, 10-11, 12-13

R/ Parmi toutes les nations, Seigneur, on connaîtra ton salut.

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux ! 

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

2ème lecture : L’appel au salut est universel (Ep 3, 2-3a.5-6)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frères, vous avez appris en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :
par révélation, il m’a fait connaître le mystère du Christ.
Ce mystère, il ne l’avait pas fait connaître aux hommes des générations passées, comme il l’a révélé maintenant par l’Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes.
Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

Evangile : Les mages païens viennent se prosterner devant Jésus (Mt 2, 1-12)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Nous avons vu se lever son étoile, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d’Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël mon peuple. »
Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
Sur ces paroles du roi, ils partirent. Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant.
Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie.
En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

 

 

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23 décembre 2011

Le potlatch de Noël

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le potlatch de Noël

 

Homélie du 5° Dimanche de l’Avent

 

Mon collègue mérite-t-il un cadeau ?

Dans un service de cols blancs, un mail circule au bureau à l’approche de Noël. « Venez Le potlatch de Noël dans Communauté spirituellefêter ça autour d’une auberge espagnole : chacun apporte pour le repas de quoi partager avec tous ». Jusque-là, tous sont d’accord. « Prévoyez un cadeau (valeur maximale 10?) que vous offrirez à un collègue dont nous vous enverrons le nom dans un prochain mail ». Et là bizarrement, levée de boucliers : comment ? ! On nous impose d’offrir des cadeaux ? Et en plus à un collègue inconnu ? Pourquoi mettre de l’argent dans ce geste artificiel et hypocrite ?

Un vaste débat s’ensuit à la cantine de midi sur le sens des cadeaux que l’on s’échange en cette période de Noël.

 

Le retour de l’éternel présent

Au-delà de la réaction épidermique de ceux qui contestent ce cadeau imposé comme de ceux qui sollicitent un peu de générosité festive au boulot, la question du sens des cadeaux de Noël reste incontournable. S’agit-il d’un consumérisme écoeurant qui verse dans une course matérielle pour s’acheter l’affection des autres ? S’agit-il d’une sacralisation de l’échange qui témoigne d’un reste d’humanité au milieu de relations calculées et froides ?

Faut-il jouer le blasé, le désintéressé pour couvrir en fait sa lassitude devant un rituel obligé si répétitif ? Ou faut-il transformer cette occasion en joie de donner et de recevoir pour se dire qu’en fin de compte on s’aime bien sûr, on s’ai cadeau dans Communauté spirituelleme quand même, on s’aime vraiment ?

 

Peut-on faire l’économie du don ?

- Le potlatch

Les anthropologues ont montré tout l’intérêt de ces échanges de cadeaux. Ainsi Marcel Mauss analyse dans son célèbre « Essai sur le don » l’intérêt pour des tribus de pratiquer ce système où il faut donner / recevoir/ rendre. C’est ce qu’il appelle un « fait social total », c’est-à-dire une pratique qui constitue et institue une communauté en tant que telle. Les liens (échange de femmes, de commerce, d’objets) se tissent grâce à cet échange généralisé (le « potlatch ») que l’économie moderne étendra à toutes les productions devenues marchandes.

 

- Le père Noël supplicié

D’autres anthropologues verront dans le Père Noël et ses avatars les résurgences de grands mythes païens fédérateurs d’identité commune. Ainsi Claude Lévi-Strauss qui analyse un curieux fait divers impensable aujourd’hui. En 1951, le clergé dijonnais avait brûlé en place publique un mannequin à l’effigie du Père Noël pour dénoncer sans doute une concurrence déloyale avec la crèche… Lévi-Strauss relève le paradoxe suivant :

« Le Père Noël, symbole de l’irréligion, quel paradoxe ! Car, dans cette affaire, tout se passe comme si c’était l’Église qui adoptait un esprit critique avide de franchise et de vérité, tandis que les rationalistes se font les gardiens de la superstition. Cette apparente inversion des rôles suffit à suggérer que cette naïve affaire recouvre des réalités plus profondes. Nous sommes en présence d’une manifestation symptomatique d’une très rapide évolution des m?urs et des croyances, d’abord en France, mais sans doute aussi ailleurs. Ce n’est pas tous les jours que l’ethnologue trouve ainsi l’occasion d’observer, dans sa propre société, la croissance subite d’un rite, et même d’un culte ; d’en rechercher les causes et d’en étudier l’impact sur les autres formes de la vie religieuse ; enfin d’essayer de comprendre à quelles transformations d’ensemble, à la fois mentales et sociales, se rattachent des manifestations visibles sur lesquelles l’Église ? forte d’une expérience traditionnelle en ces matières ? ne s’est pas trompée, au moins dans la mesure où elle se bornait à leur attribuer une valeur significative. » (Revue : Les Temps Modernes, Mars 1952, « Le Père Noël supplicié », pp. 13-14)

Il analyse alors la résurgence de ce mythe du Père Noël avec ses cadeaux comme la résurgence des rituels initiatiques pour se concilier la faveur des morts, représentés par les enfants qui prennent leur place :

« Avec beaucoup de profondeur, Salomon Reinach a écrit que la grande différence entre religions antiques et religions modernes tient à ce que « les païens priaient les morts, tandis que les chrétiens prient pour les morts ». Sans doute y a-t-il loin de la prière aux morts à cette prière toute mêlée de conjurations, que chaque année et de plus en plus, nous adressons aux petits-enfants ? incarnation traditionnelle des morts ? pour qu’ils consentent, en croyant au Père Noël, à nous aider à croire en la vie. Nous avons pourtant débrouillé les fils qui témoignent de la continuité entre ces deux expressions d’une identique réalité. Mais l’Église n’a certainement pas tort quand elle dénonce, dans la croyance au Père Noël, le bastion le plus solide, et l’un des foyers les plus actifs du paganisme chez l’homme moderne. Reste à savoir si l’homme moderne ne peut pas défendre lui aussi ses droits d’être païen.(?) Grâce à l’autodafé de Dijon, voici donc le héros reconstitué avec tous ses caractères, et ce n’est pas le moindre paradoxe de cette singulière affaire qu’en voulant mettre fin au Père Noël, les ecclésiastiques dijonnais n’aient fait que restaurer dans sa plénitude, après une éclipse de quelques millénaires, une figure rituelle dont ils se sont ainsi chargés, sous prétexte de la détruire, de prouver eux-mêmes la pérennité. » (ibid., pp. 49-51)

 

- Le cadeau et la dette

Les psychologues rappelleront que les cadeaux permettent de gérer la dette symbolique qui circule entre les générations. Bien des parents offrent des jouets trop chers et trop luxueux, comme pour se faire pardonner leurs absences et leurs manques. Et à l’inverse, sans cadeaux, la reconnaissance finit par ne plus jouer en famille : on ne reconnaît plus celui dont on ne reçoit plus rien.

Le cadeau est donc un moyen de réparer un lien social qui se dégrade.

 

- Le cadeau gaspillage ?

L’intrigue des cadeaux de Noël hante également les économistes. Parmi eux, Joël Waldfogel, professeur à Yale, s’applique à démontrer en quoi cette déferlante de cadeaux représente un gigantesque gâchis économique. Comme les cadeaux offerts ne correspondent jamais complètement à l’attente de l’autre, ils coûtent plus cher en fait que ce que nous aurions acheté nous-mêmes (d’où la montée en puissance des chèques cadeaux comme à la FNAC par exemple). Waldfogel va même jusqu’à chiffrer à 12 milliards de dollars cette perte en 2007 aux États-Unis !

L’explosion des sites Internet où chacun peut revendre d’occasion le cadeau mal choisi par un tiers démontre que gaspillage et Noël vont souvent ensemble.

 

- Le cadeau-roman

Le monde des romanciers comme Charles Dickens a magnifié le Noël familial avec son réveillon : son « Cantique de Noël » en 1843 va consacrer la figure du Noël rassemblant tous les membres de la famille autour de la table dans la nuit froide.

 

Le cadeau évangélique

Mais l’évangile lui, que dit-il de cette irrésistible manie de se faire des cadeaux ?

Il ne semble pas la mépriser le moins du monde. Les trois mages chargés d’or, d’encens et de myrrhe redisent à leur manière qu’on devient sage en acceptant de reconnaître un plus petit que soi comme digne des plus grands cadeaux de la terre. Ils n’attendent rien en échange. Ils repartiront appauvris et heureux.

Car le premier cadeau de Noël c’est bien évidemment Jésus lui-même. Dans l’étable de Bethléem, alors qu’on n’a pas fait à Marie enceinte arrivée à son terme le cadeau d’une place à l’auberge, Dieu se donne, sans restriction, personnellement et entièrement. Jésus aurait pu s’appeler Dieu-donné ! En recevant le prénom de Ieshoua (« Dieu sauve ») il nous annonce un salut-cadeau. En incarnant l’Emmanuel, « Dieu avec nous », il nous promet une présence-cadeau sans les jetons qui vont avec.

 

Alors, allons-nous faire des cadeaux à Noël ?

Sans aucun doute, et de toutes sortes. Le présent d’une visite, d’un déplacement, un lien à renouveler. Le plaisir d’un bon moment partagé à table sans arrière-pensée, le bonheur d’une trêve où l’on affirme que ce qui sépare est moins fort que ce qui unit.

Pour les chrétiens, le charme de Noël et des cadeaux de Noël sera exponentielle : le don de Dieu, c’est Dieu lui-même ; et ce cadeau-là précède toutes nos réponses en échange. Ce cadeau-là se déballe sans cesse et on n’a jamais fini d’explorer la largesse d’un tel donateur. Ce cadeau-là « emballe » sans cesse le désir de celui qui le reçoit.

 

Apprenons donc à échanger des cadeaux dans l’esprit de Bethléem.

Ni pression obligée et insupportable, ni dédouanement facile et hypocrite, le paquet déposé dans l’assiette du réveillon ou devant la crèche nous humanise, nous relie les uns aux autres et avec Dieu.

Sans démesure ni pingrerie, fêtons Noël avec ses gestes enrubannés qui renvoient au véritable et premier cadeau de la crèche.

Et que cette veillée d’échange inspire un « potlatch spirituel » tout au long de l’année !

 

Les différentes formes du don, à la lumière de la sociologie de Marcel Mauss :

Mauss-don

 

 

 

Messe de la nuit de la Nativité

1ère lecture : Le prince de la paix (Is 9, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus. Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane. Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés.
Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ». Ainsi le pouvoir s’étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers.

 

Psaume : 95, 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a.c

R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : c’est le Christ, le Seigneur.

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
pour gouverner le monde avec justice.

 

2ème lecture : La grâce de Dieu s’est manifesté (Tt 2, 11-14)

Lecture de la lettre de saint Paul à Tite

La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnable, justes et religieux, et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

 

Evangile : Naissance de Jésus (Lc 2, 1-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Je vous annonce une grande joie. Aujourd’hui nous est né un Sauveur : c’est le Messie, le Seigneur ! Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre ? ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. ? Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »
Patrick Braud 

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