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8 octobre 2018

Comme une épée à deux tranchants

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Comme une épée à deux tranchants


Homélie pour le 28° dimanche du temps ordinaire / Année B
14/10/2018

Cf. également :

Chameau et trou d’aiguille
À quoi servent les riches ?
Plus on possède, moins on est libre
Où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ?
Donne-moi la sagesse, assise près de toi
Les bonheurs de Sophie
Les fous, les sages, et les simples


L’effet scalpel

St Paul tenant une statue d'épée en dehors basilique à Rome, Italie Banque d'images - 60805663Sur les façades de nos églises romanes ou gothiques, on reconnaît facilement l’apôtre Pierre, avec ses clés en main ; ou bien Jean car jeune et sans barbe ; ou encore André avec sa croix éponyme etc. Le symbole permettant de reconnaître Paul est moins connu. Il s’agit de l’épée à deux tranchants dont parle notre deuxième lecture (He 4,12-13) :

Frères, elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur. Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, soumis à son regard ; nous aurons à lui rendre des comptes.

En découvrant l’apôtre à l’épée, certains (comme le philosophe Michel Onfray, mal documenté en l’occurrence) imaginent que c’est un appel à la violence armée au nom de Dieu, une espèce de djihad paulinien en quelque sorte. Or le texte de la lettre aux Hébreux est très claire : il ne s’agit pas de violence militaire, mais de laisser le scalpel de la Parole de Dieu opérer en nous, pourrait-on dire.

https://ae01.alicdn.com/kf/HTB1RfWuOpXXXXcVapXXq6xXFXXX1/Non-Slip-M-tal-Scalpel-Couteau-Kit-Cutter-Gravure-Artisanat-couteaux-6-pcs-Lames-Sculpture-Outils.jpg_640x640.jpgEn effet, le scalpel du chirurgien lui permet d’ouvrir la peau, de séparer la graisse des tissus, de séparer les organes internes en coupant les adhérences etc. Il faut pour cela que le scalpel soit extrêmement tranchant, incisif. Paul écrit que la Parole de Dieu, au-delà du seul texte, a le pouvoir d’ouvrir la ‘peau spirituelle’, de séparer le gras du muscle, de couper les adhérences, de mettre à nu ce qui est caché afin d’enlever ce qui est gangréné ou cancéreux.

La Parole de Dieu révèle à chacun qui il est vraiment.
Elle chasse nos zones d’ombre pour mettre en lumière nos intentions et nos actes.
Elle rend manifeste nos élans du cœur les plus vrais pour les magnifier, nos incohérences des plus graves pour les disséquer.
Elle fait mal lorsqu’elle dévoile nos contradictions et nos complicités avec l’inhumain.
Elle est salvatrice lorsqu’elle nous en libère en indiquant la voie pour aimer mieux et davantage.

Jean dans son Apocalypse (= révélation, dévoilement) prendra la même image que Paul pour évoquer la puissance de la Parole du Christ lors du jugement dernier :

Dans sa main droite il a sept étoiles, et de sa bouche sort une épée acérée, à double tranchant; et son visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat. Ap 1,16

Notre Roi, le Seigneur Jésus Christ reviendra sur un cheval blanc avec une épée à deux tranchants qui sortira de sa bouche afin qu’il en frappe les nations. Ap 19,15

Cette épée à deux tranchants séparera les brebis des boucs, selon l’autre image de Matthieu 25. Elle révélera ce qui est caché en chacun, pour le meilleur et pour le pire. En attendant ce jour ultime, la Parole de Dieu fait jour après jour son travail chirurgical en nous : les psaumes du matin nous détachent du sommeil pour nous éveiller à la louange ; les lectures des journaux fournissent des munitions pour tenir bon dans nos combats quotidiens, pour travailler juste, aimer sa famille, vivre les événements comme autant d’appels à progresser etc.

 

Une spiritualisation très ancienne

Pour être honnête, on doit cependant examiner les autres usages de l’épée à deux tranchants dans le reste de la Bible. Il n’y en a que trois dans le Nouveau Testament, ceux que nous avons évoqués en He 4,12 et Ap 1,16 ; 19,15.

Dans l’Ancien Testament, le livre des Juges raconte une histoire très guerrière où Ehud use d’un poignard à double tranchant pour transpercer le pourtant très obèse Eglôn, roi de Moab :

Comme une épée à deux tranchants dans Communauté spirituelle 800px-Speculum_Darmstadt_2505_55r_croppedEhud se fit un poignard à double tranchant, long d’un gomed, et il le ceignit sous son vêtement, sur sa hanche droite. Il offrit donc le tribut à Eglôn, roi de Moab. Cet Eglôn était très gros. Une fois le tribut offert, Ehud renvoya les gens qui l’avaient apporté. Mais lui-même, arrivé aux Idoles qui sont près de Gilgal, revint et dit: « J’ai un message secret pour toi, ô Roi! » Le roi répondit: « Silence! » et tous ceux qui se trouvaient auprès de lui sortirent. Ehud vint vers lui; il était assis dans la chambre haute où l’on prend le frais, qui lui était réservée. Ehud lui dit: « C’est une parole de Dieu que j’ai pour toi, ô Roi! » Et celui-ci se leva aussitôt de son siège. Alors Ehud étendit la main gauche, prit le poignard de dessus sa hanche droite et l’enfonça dans le ventre du roi. La poignée même entra avec la lame et la graisse se referma sur la lame, car Ehud n’avait pas retiré le poignard de son ventre. Juges 3, 16-22

Ehud fait le lien entre la Parole de Dieu et son poignard, persuadé d’appliquer la juste sentence divine à cet oppresseur du peuple juif. Un peu comme si l’attentat contre Hitler avait réussi le 20 juillet 1944 au Wolfsschanze : la bombe dissimulée dans la serviette aurait été la juste sanction et le coup d’arrêt tant attendu.

Cet aspect guerrier est encore présent dans les psaumes, où la revanche de Dieu passe bel et bien par un châtiment politique des corrompus et des injustes :

Que les fidèles exultent, glorieux, criant leur joie à l’heure du triomphe. Qu’ils proclament les éloges de Dieu, tenant en main l’épée à deux tranchants. Tirer vengeance des nations, infliger aux peuples un châtiment, charger de chaînes les rois, jeter les princes dans les fers, leurs appliquer la sentence écrite, c’est la fierté de ses fidèles. Alléluia ! Ps 149, 5-9

Rappelons que jusqu’à 200 avant Jésus-Christ environ, c’est-à-dire jusqu’à la période des Macchabées, l’espérance en un au-delà de la mort n’existe pas en Israël. Le jugement est donc à attendre dans cette vie-ci, sinon la foi en Dieu serait vaine. Ce n’est qu’avec l’espérance en la Résurrection que l’on projettera à la fin des temps la manifestation ultime du cœur de chacun et de la justice de Dieu.

Pourtant, très tôt, les auteurs bibliques ont transposé cette arme et son usage dans le domaine de la vie spirituelle et sociale. Ainsi Ben Sirac le sage constate que le mal lui aussi possède un effet à double tranchant, terriblement destructeur pour celui qui subit comme celui qui commet :

Toute transgression est une épée à deux tranchants dont la blessure est incurable. Si 21,3

La transgression (de la loi divine) produit des dégâts quelquefois irrémédiables, à la manière d’une torpille de sous-marin explosant la coque d’un destroyer. Les blessures infligées peuvent être incurables, au sens où nul ne peut faire revenir celui qui a été assassiné par exemple. Ce qui a été tranché à cause du mal peut ne pas repousser. Autrement dit, il y a de l’irréversible hélas dans l’action du mal en nous et chez les autres.

mariage-mixte2 épée dans Communauté spirituelleLe livre des Proverbes se sert de l’image de l’épée pour mettre en garde contre la séduction des idoles étrangères, qui se répandent alors à la faveur des mariages mixtes avec des femmes d’autres nations qui apportaient leurs dieux dans le foyer :

Les lèvres de l’étrangère distillent le miel et plus onctueux que l’huile est son palais; mais à la fin elle est amère comme l’absinthe, aiguisée comme une épée à deux tranchants. Pr 5,3-4

L’aversion juive pour les mariages mixtes, encore aujourd’hui, vient de là : l’alliance avec des goyim risque de diluer l’identité juive et de faire rentrer des idoles étrangères dans la vie quotidienne du couple et de la famille, les coupant ainsi de la tradition plus sûrement qu’une épée à deux tranchants. Les sociologues appellent cela sécularisation, pluralisme, privatisation du religieux. Les juifs y voient un danger majeur pour la transmission de leur identité et pour leur survie même.

 

L’effet boomerang de l’épée à deux tranchants

Le Bonbon Double Effet Parfum Réglisse sans sucres - ProduitEn français, manier une épée à deux tranchants est dangereux, car on s’expose à être soi-même blessé en retour par l’arme que l’on manipule. Plutôt qu’un double effet kiskool ou Gillette GII, c’est d’un effet boomerang dont il faut nous méfier. L’arme que nous employons pour les autres peut se retourner contre nous, puisqu’elle est tranchante des deux côtés. « La mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous », nous avertit Jésus. Celui qui veut invoquer la Parole de Dieu contre son adversaire doit savoir qu’elle agira pareillement en lui : en mettant à nu ses intentions et la pureté de son cœur, en pénétrant jusqu’aux jointures de l’âme, en lui demandant d’ôter d’abord la poutre qui est dans son œil avant la paille dans celui du voisin…

Manier la Parole de Dieu est donc une arme à double tranchant : ceux qui s’en réclament doivent d’abord s’y soumettre. Ceux qui veulent l’appliquer aux autres feront bien de la laisser travailler en eux, de ce travail chirurgical où le scalpel doit passer… Nombre de télévangélistes américains se sont fait prendre dans des scandales qu’ils dénonçaient chez les autres. Nombre de prêtres ou d’évêques prompts à critiquer les évolutions sociétales sont eux-mêmes aux antipodes de la Parole de Dieu dont ils se réclament…

L’épée à double tranchant est décidément une arme spirituelle redoutable !

Download Aelf - Lectures du jour  APKPaul nous invite à faire confiance dans le travail chirurgical de la Parole de Dieu en nous.
Alors prenons les moyens de laisser ce scalpel opérer. Il suffit pour cela d’une petite application Androïd ou Apple pour avoir les textes bibliques du jour sur son smartphone (cf. aelf.org ). Ou bien d’écouter 10 minutes une radio chrétienne. Ou de ruminer les psaumes chaque jour avec la Liturgie des Heures (le bréviaire). Ou de mettre la Bible en ebook dans sa liseuse pour en parcourir quelques pages dans le métro, le TGV, le RER, le bus.

À chacun d’inventer sa familiarité avec la Bible pour qu’elle devienne réellement cette Parole vivante, inspirant nos pensées et nos actes quotidiens.

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« À côté de la sagesse, j’ai tenu pour rien la richesse » (Sg 7, 7-11)

Lecture du livre de la Sagesse

J’ai prié, et le discernement m’a été donné. J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi. Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres ; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ; je ne l’ai pas comparée à la pierre la plus précieuse ; tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable, et, en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue. Plus que la santé et la beauté, je l’ai aimée ; je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas. Tous les biens me sont venus avec elle et, par ses mains, une richesse incalculable.

Psaume
(Ps 89 (90), 12-13, 14-15, 16-17)
R/ Rassasie-nous de ton amour, Seigneur : nous serons dans la joie.
(cf. Ps 89, 14)

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Rends-nous en joies tes jours de châtiment
et les années où nous connaissions le malheur.

Fais connaître ton œuvre à tes serviteurs et ta splendeur à leurs fils.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains ; oui, consolide l’ouvrage de nos mains.

Deuxième lecture
« La parole de Dieu juge des intentions et des pensées du cœur » (He 4, 12-13)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur. Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, soumis à son regard ; nous aurons à lui rendre des comptes.

Évangile
« Vends ce que tu as et suis-moi » (Mc 10, 17-30) Alléluia. Alléluia.

Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ! Alléluia. (Mt 5, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. » Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus reprenant la parole leur dit: « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et dit: « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »
Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. »
Patrick Braud

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10 septembre 2018

Le vertige identitaire

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le vertige identitaire

 

Homélie pour le 24° dimanche du temps ordinaire / Année B
16/09/2018

Cf. également :

Yardén : le descendeur
Prendre sa croix
Croire ou agir ? La foi ou les œuvres ?
Faire ou croire ?
Jésus évalué à 360°
De l’art du renoncement
C’est l’outrage et non pas la douleur
Prendre sa croix chaque jour


Qui suis-je ?

Le vertige de cette question ne vous a-t-il jamais effleuré ?

Le doute sur votre identité la plus personnelle ne vous a-t-il jamais troublé ? Sous un ciel de nuit constellée d’étoiles, la conscience de notre fragilité peut nous faire crier d’émerveillement : « qu’est-ce que l’homme, Seigneur, pour que tu penses à lui ? » (Ps 144,3) ou au contraire de désespoir : « l’homme n’est qu’une herbe changeante. Le matin elle fleurit ; le soir elle est fanée, desséchée » (Ps 90,5-6).


L’avis des autres

Tout Fils qu’il est, Jésus lui aussi a dû se battre avec cette question existentielle, d’autant plus lancinante pour lui qu’elle touchait à une double raison d’être : en Dieu, et parmi les hommes. Lorsqu’il demande à ses disciples : « pour vous, qui suis-je ? » à Césarée de Philippe, on peut y entendre l’écho de cette quête intérieure, et l’on devine que les trente  années à Nazareth ont été largement habitées par cette interrogation.

Ce n’est pas un examen scolaire qu’il ferait passer à ses lieutenants : « qui a la bonne réponse ? » C’est vraiment l’aide qu’un ami demande ses amis : « pouvez-vous me dire ce que vous percevez de moi ? J’en ai besoin pour intégrer vos avis dans la conscience que j’ai de moi-même. »

Dessin-PiemRecueillir les opinions des autres sur moi, croiser leur regard sur ma personnalité : tout bon coach d’entreprise vous fera faire une tonne d’exercices là-dessus, et vous livrera des dizaines de recettes pour devenir plus performant au boulot grâce à ces techniques de développement personnel. Cela n’est peut-être pas inutile. Mais il est question de bien autre chose ici : Jésus, conscient que sa Passion approche, veut être ré-assuré sur ses appuis fondamentaux, sinon la violence, l’exclusion et la dérision le feront chanceler et  trahir.

Qui suis-je pour juger ?Ceux qui ne se posent jamais cette question deviennent froids et insensibles. Hitler y avait répondu trop vite en s’imaginant une fois pour toutes dans son délire être le Messie aryen d’un homme nouveau pour une Europe nouvelle. Staline a hésité, notamment les jours suivant l’invasion de la Russie par les troupes nazies où il pensait démissionner. Mais ses camarades du Politburo lui ont répondu : « tu es le seul chef du parti, le seul sauveur de la mère patrie ». La folie d’Hitler l’isolait de ses proches et l’empêchait d’écouter ce que ses généraux ou autres allemands réalistes voulaient lui transmettre. Le système communiste à l’inverse a statufié Staline dans son personnage historique et il a hélas endossé ce rôle à l’extrême.
« Qui suis-je pour ordonner la solution finale ? » « Qui suis-je pour déporter au goulag par millions ceux qui s’opposent à moi ? » S’ils s’étaient posé ce genre de questions, avec lucidité et conscience droite, aidés par de vrais amis leur apportant des éléments de réponse objective, ils n’auraient peut-être pas basculé dans leur folie destructrice…

Même les monarques absolus en France avaient leur bouffon, et le bouffon du roi avait  toute liberté pour faire remonter au souverain ses travers, ses erreurs, ses défauts… « Pour qui te prends-tu ? Tu veux jouer à Dieu sur terre, alors que tu n’es qu’un Bourbon mal fini ! » « Qui es-tu pour te prendre pour le soleil en personne ? »
Un esclave accompagnait toujours l’empereur romain qui défilait triomphalement dans les rues de Rome après une victoire : « souviens-toi que tu es mortel », devait-il lui murmurer sans cesse à l’oreille derrière lui tout en tenant la couronne de lauriers, afin de lui éviter la démesure (hybris en grec) en se prenant pour un autre que lui-même.


Le silence et la solitude, à l’écart

Le vertige identitaire dans Communauté spirituelle jesusdesert-homme-vision2Jésus n’avait pas que l’enquête auprès de ses disciples pour mieux cerner son identité personnelle. Les évangélistes le mentionnent souvent aller à l’écart, rester seul une partie de la nuit, prier sur la montagne ou au désert. Nul doute que ces moments de silence et de solitude ont été déterminants pour sa réponse.

N’espérons pas nous non plus savoir qui nous sommes sans prendre ce temps du retrait, silencieux et solitaire. C’est la distance nécessaire à prendre pour décoller de nos œuvres, pour ne pas nous identifier à nos actes, pourrait trouver en nous le souffle si subtil de l’Esprit de Dieu, notre intime.

Celui qui ne fait qu’agir ressemblera très vite à l’un de ces canards à qui on a coupé le cou et qui continue à courir en tous sens. Le véritable homme d’action sait ne rien faire, a appris à banaliser des plages de son agenda pour n’avoir rendez-vous qu’avec lui-même. Il sait que lire, marcher, philosopher, méditer seul face à la nature ou la table de son écritoire est indispensable pour ne pas se dessécher et se vider jusqu’à devenir creux.


Les Écritures

-careme2017-lapinbleu-40dimanche6bL’avis des autres, la solitude et la prière… : Jésus a également appris qui il était en scrutant les Écritures comme les juifs le font depuis des millénaires. Il a chanté les cris des psaumes ; il s’est reconnu dans le Serviteur souffrant d’Isaïe dont notre première lecture (Is 50, 5-9) nous donne un portrait de résistant non-violent que Jésus fera sien (« je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats… »). Il a découvert l’attente messianique d’Israël et chaque fibre de son être a vibré au portrait des prophètes, jusqu’au grand prophète espéré depuis Moïse.

N’espérons pas savoir qui nous sommes en réalité, devant Dieu, sans scruter les Écritures avec le Christ. Certains textes nous bouleverseront tant que rien ne sera plus comme avant. Certains passages nous brûleront au fer rouge, et leur marque nous accompagnera dans nos choix de vie mieux qu’un tatouage ou un matricule. La petite musique biblique deviendra notre toile de fond sur laquelle nous peindrons nos paysages. La Bible est un révélateur de l’identité de chacun. Elle nous dit qui nous sommes. Elle me renvoie mon image, contrastée  et multiple.

 

Nos compagnons de route, le silence dans la solitude, la Bible scrutée avec passion : voilà au moins trois pistes pour creuser cette question à laquelle nous n’avons jamais répondu définitivement : « qui suis-je ? » Comme l’écrivait Rilke à un jeune poète, le plus important n’est peut-être pas la réponse, mais le fait même de se laisser habiter et transformer par cette question mystérieuse.

Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère. Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les « vivre ». Et il s’agit précisément de tout vivre.
Ne vivez pour l’instant que vos questions.
Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses.
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète, Lettre n° 4 du 16/07/1903.

D’ailleurs, lorsque Dieu lui-même doit parler suite à la question de Moïse sur son identité : « qui es-tu ? », sa réponse n’en est pas vraiment une. YHWH : je serai qui je serai… Autrement dit : ne cherche pas à m’enfermer dans un nom, une identité close. Ne crois pas me connaître en m’appelant Adonaï, El Shaddaï, Seigneur ou Allah (d’ailleurs, le Tétragramme YHWH ne se prononce pas, car nul n’a prise sur l’identité divine). Marche humblement avec moi et tu verras en cours de route qui je suis.

Prenons le temps cette semaine de poser cette question de confiance à un proche, un collègue : « pour toi, qui suis-je ? »

 

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient » (Is 50, 5-9a)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. Il est proche, Celui qui me justifie. Quelqu’un veut-il plaider contre moi ? Comparaissons ensemble ! Quelqu’un veut-il m’attaquer en justice ? Qu’il s’avance vers moi ! Voilà le Seigneur mon Dieu, il prend ma défense ; qui donc me condamnera ?

Psaume
(Ps 114 (116 A), 1-2, 3-4, 5-6, 8-9)
R/ Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants. ou : Alléluia ! (Ps 114, 9)

J’aime le Seigneur :
il entend le cri de ma prière ;
il incline vers moi son oreille :
toute ma vie, je l’invoquerai.

J’étais pris dans les filets de la mort,
 retenu dans les liens de l’abîme,
j’éprouvais la tristesse et l’angoisse ;
j’ai invoqué le nom du Seigneur :
« Seigneur, je t’en prie, délivre-moi ! »

Le Seigneur est justice et pitié,
notre Dieu est tendresse.
Le Seigneur défend les petits :
j’étais faible, il m’a sauvé.

Il a sauvé mon âme de la mort, 
gardé mes yeux des larmes
 et mes pieds du faux pas.
Je marcherai en présence du Seigneur
sur la terre des vivants.

Deuxième lecture
« La foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (Jc 2, 14-18)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. En revanche, on va dire : « Toi, tu as la foi ; moi, j’ai les œuvres. Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi. »

Évangile
« Tu es le Christ… Il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup » (Mc 8, 27-35) Alléluia. Alléluia.
Que la croix du Seigneur soit ma seule fierté ! Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. Alléluia. (Ga 6,14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. » Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. » Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne. Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. »
Patrick BRAUD

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3 septembre 2018

Le speed dating en mode Jésus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le speed dating en mode Jésus

 

Homélie pour le 23° dimanche du temps ordinaire / Année B
09/09/2018

Cf. également :

Le coup de gueule de saint Jacques
La revanche de Dieu et la nôtre
Effata : la Forteresse vide
L’Église est comme un hôpital de campagne !


Connaissez-vous le speed dating ?

Le speed dating en mode Jésus dans Communauté spirituelleEh bien, figurez-vous que c’est un rabbin qui a inventé ce mode de rencontre [1] ! Au départ, il voulait favoriser les mariages entre juifs (vieille obsession biblique, pour que la foi ne se perde pas car c’est la mère juive qui fait l’identité juive de ses enfants). Cela a tellement bien marché que le principe en a été étendu à toutes les rencontres.

La méthode est simple. Réunissez dans une même pièce sept hommes et sept femmes (ou plus). Les femmes sont assises à une table et ne bougent pas. Toutes les sept minutes, un homme différent vient s’asseoir à leur table, et c’est parti pour sept minutes de conversation à bâtons rompus, histoire d’éprouver ou non un déclic pour une relation d’amitié ou d’amour par la suite. On peut ainsi et rapidement (speed) mettre en contact (dating) ceux qui désirent tous les deux en savoir plus l’un sur l’autre. La technique s’est même étendue au recrutement de nouveaux embauchés : les entreprises cherchant de nouveaux talents tiennent la place des femmes, les chercheurs d’emploi celle des hommes (on parle alors de job dating).

Il semblerait que les foules pratiquent souvent sans le savoir le Jésus dating dans les Évangiles !

Ainsi dans le passage de ce dimanche (Mc 7, 31-37) :
« Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, et supplient Jésus de poser la main sur lui ».

Effata2 amener dans Communauté spirituelleAmener quelqu’un au Christ, voilà qui n’est pas banal ! Servir cette rencontre, unique entre toutes, rapide, bouleversante, sans forcément revoir ce Jésus après… Ici c’est un sourd qu’on amène à Jésus. On ne sait pas s’il est d’accord ou non : sa guérison devra beaucoup plus à ceux qui l’ont amené qu’à lui-même ! On les présente l’un à l’autre, puis on les laisse tranquilles tous les deux, et d’ailleurs Jésus s’isole pour mettre de la salive sur la langue du sourd-muet et prononcer son fameux : Effata !

Qui est ce « on » sans qui rien ne serait arrivé ? Pourquoi organise-t-il cette rencontre ? On peut deviner que ce sont des proches, des voisins, les habitants d’un même village. On peut imaginer qu’ils font cela parce qu’ils ont entendu parler de la réputation de guérisseur de Jésus, et que l’intéressé n’était pas prêt à y aller tout seul. Donc ils l’accompagnent, le convainquent, le portent s’il le faut, bref : ils l’amènent au Christ.

Dans l’Évangile de Marc, ce verbe amener (à Jésus) est employé plusieurs fois (du verbe φέρω = pheró en grec).

- La première fois, c’est pour lui amener tous les malades qui traînent dans le coin :
Mc 1,32 : Le soir, après le coucher du soleil, on lui amena tous les malades et les possédés.
La maison de Simon et André à Capharnaüm, que Jésus a adoptée comme sa maison en fait, est devenue alors une mini grotte de Lourdes, envahie par tous ceux que la médecine de l’époque ne pouvait soigner. Voilà un peu l’hôpital de campagne dont parlait le pape François pour désigner l’Église aujourd’hui : une maison fraternelle où l’on peut amener au Christ tous les malades, tous les possédés de nos sociétés, et Dieu sait s’il y en a !

ob_939972_paralytique Christ- La deuxième fois, c’est un paralytique qu’on lui présente, soulevé par des porteurs de brancards :
Mc 2,3 : On vient lui amener un paralytique, soulevé par quatre hommes.
La scène se passe « à la maison », c’est-à-dire à Capharnaüm. Le geste d’amener un frère paralysé est ici hautement symbolique de la foi de la foule, qui obtient non seulement la guérison physique, mais surtout la rémission des péchés, ce qui fait grincer des dents les scribes au milieu de la foule enthousiaste.

- La troisième fois que ce verbe amener (à Jésus) est utilisé, c’est pour notre sourd-muet mal parlant.
Mc 7,32 : On lui amena un sourd, qui avait de la difficulté à parler, et on le pria de lui imposer les mains.

- La troisième fois, c’est pour lui présenter un aveugle :
Mc 8,22 : Ils se rendirent à Bethsaïda; et on amena vers Jésus un aveugle, qu’on le pria de toucher.
À nouveau la salive de Jésus (avec l’imposition de ses mains) transforme cet aveugle, à l’écart.

- La cinquième fois, c’est un enfant épileptique qu’on lui amène. Le père avait pris l’initiative et Jésus demande la foule de lui apporter cet enfant aux crises si effrayantes pour les mentalités de l’époque.
Mc 9,17-20 : Quelqu’un de la foule lui dit: « Maître, je t’ai amené mon fils qui a un esprit muet. Quand il le saisit, il le jette à terre, et il écume, grince des dents et devient raide. Et j’ai dit à tes disciples de l’expulser et ils n’en ont pas été capables » — « Engeance incrédule, leur répond-il, jusques à quand serai-je auprès de vous? Jusques à quand vous supporterai-je ? Amenez-le-moi. » Et ils le lui amenèrent.
Jésus peut donc demander qu’on lui amène des gens, ce n’est pas à sens unique.

- La sixième fois, c’est pour lui amener (προσφέρω = pros- pheró) des enfants.
Mc 10,13 : On lui amena des petits enfants, afin qu’il les touchât. Mais les disciples reprirent ceux qui les amenaient.
Il s’agit de provoquer un contact physique (toucher, imposer les mains comme pour le sourd ou l’aveugle) non pour guérir, mais pour bénir :
Mc 10,16 : Puis il les embrassa et les bénit en leur imposant les mains.
Amener au Christ ne relève pas uniquement d’une démarche de guérison : portés par leurs proches, les petits-enfants – que nous pouvons devenir pour recevoir le royaume de Dieu, selon Mt 18,13 – sont entourés de tendresse, d’affection et de de bénédiction dans cette brève rencontre avec le Christ.

 

salome laisser faireÀ l’inverse de ces usages positifs du verbe amener (au Christ), Marc mentionne le sombre épisode où Hérode fait amener à sa belle-fille la tête de Jean-Baptiste sur un plat :
Mc 6,27-28 : Et aussitôt le roi envoya un garde en lui ordonnant d’apporter la tête de Jean. Le garde s’en alla et le décapita dans la prison; puis il apporta sa tête sur un plat et la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère.
On peut donc aujourd’hui encore apporter à son idole (la convoitise de la fille de son frère ici pour Hérode) la tête de quelqu’un de valeur… Hélas, sacrifier quelques têtes pour obtenir des faveurs est toujours d’actualité ! C’est le mouvement symétrique, inverse de la foi : tuer l’autre pour l’amener mort à une idole, au lieu d’amener l’autre souffrant au Christ pour qu’il guérisse et vive pleinement.

Pour être complet signalons deux autres usages du verbe amener (à Jésus) : 

- Mc 11,1.7 : vous trouverez, à l’attache, un ânon que personne au monde n’a encore monté. Détachez-le et amenez-le. (…) Ils amènent l’ânon à Jésus et ils mettent sur lui leurs manteaux et il s’assit dessus.
Même les ânes peuvent être amenés au Christ ! Il saura comment transformer l’humble petit âne en monture royale pour la procession dite des rameaux.

- Même un denier apporté au Christ (Marc 12,15 — 16) peut révéler ce qui revient à César et ce qui revient à Dieu.
Mc 12,16 : Apportez-moi un denier, que je le voie. Ils en apportèrent un (…)

 

Le dernier usage du verbe amener chez Marc n’est plus pour amener au Christ mais pour amener le Christ au Golgotha.
Mc 15,22 : Et ils amènent Jésus au lieu-dit Golgotha, ce qui se traduit lieu du Crâne.
Ultime inversion des rôles : celui à qui on avait amené l’humanité est maintenant celui qu’on amène à l’inhumain.
Il imposait les mains, à l’écart, pour guérir et bénir. On lui impose les clous, en public, pour le tuer et le maudire.
Parce qu’il se laisse ainsi amener au sacrifice, Jésus renverse la violence faite à toutes les victimes qu’on amène à l’abattoir. Par sa résurrection, il fera de ce chemin de perdition une voie de salut, dont le criminel à sa droite est le premier bénéficiaire.

On le voit, amener quelqu’un au Christ n’est pas chose banale !

Et si c’était la mission de ses disciples aujourd’hui encore ? À la manière d’un speed dating ou d’un job dating astucieux, n’est-ce pas de notre responsabilité de baptisés d’organiser des rendez-vous avec le Christ ? De provoquer ces rencontres-éclair d’où un coup de foudre peut jaillir et bouleverser une vie ? De mettre en présence du Christ ceux qui souffrent dans leur cœur ou dans leur corps ?

Proposer la foi dans la société actuelle. Volume 3, Lettre aux catholiques de FranceAmener au Christ en français, c’est prendre par la main pour accompagner quelqu’un vers quelqu’un (on apporte quelque chose, mais on amène quelqu’un, par la main). Ce n’est donc pas le forcer, le contraindre. Amener au Christ relève de la proposition de la foi, pas de l’imposition d’une religion. Si les sourds-muets, paralytiques et aveugles se laissent conduire à Lourdes par exemple en pèlerinage, c’est parce qu’ils ont confiance dans les hospitaliers qui les y amènent. Ils n’ont pas forcément la foi ni même l’espoir de guérir. Ils se laissent faire par des aidants, des amis, des soignants, l’immense foule des hospitaliers et hospitalières au service des malades dans ces énormes pèlerinages d’été notamment à Lourdes.

Même les enfants qu’on amène au Christ n’y sont pas forcés : eux aussi font confiance aux adultes qui leur font découvrir qui est Jésus, à travers le catéchisme, les messes des familles, les histoires bibliques qu’on raconte avant de dormir le soir etc.

Certaines fois, la rencontre avec le Christ semble impossible. Tant de grands-parents aimeraient amener leurs petits-enfants au Christ, mais tout s’y oppose… Reste alors le speed dating de la prière. On peut toujours présenter au Christ dans la prière tel collègue, telle personne souffrante, tel enfant éclatant de vie, tel adolescent doutant de lui-même. Et c’est même souvent la seule prière possible : « Seigneur, je te présente Léa. Je ne sais pas ce qui est le meilleur pour elle. Mais je crois qu’elle trouvera auprès de toi ce qu’elle cherche. Touche-la, bénis-la, par les moyens que toi seul connais et peux mettre en œuvre… » Sainte Monique a ainsi présenté son fils Augustin à Jésus dans les larmes de sa prière pendant de nombreuses années, jusqu’à ce que l’attrait éblouissant du Livre parmi les livres le renverse comme Paul vers Damas (« tolle et lege ! »).

Il ne nous appartient pas de savoir comment se passera cette rencontre. Nous n’avons pas à maîtriser ce qu’elle va produire ou non. Il nous revient seulement, comme la foule amenant le sourd-muet à Jésus, de rendre possible le face-à-face, d’en être le catalyseur, acceptant de disparaître quand les deux sont réunis. C’est ce que Jean-Baptiste appelait « être l’ami de l’époux », les amenant l’un à l’autre, puis s’éclipsant sur la pointe des pieds…
Jn 3,29 : Qui a l’épouse est l’époux; mais l’ami de l’époux qui se tient là et qui l’entend, est ravi de joie à la voix de l’époux. Telle est ma joie, et elle est complète.

Cette semaine, qui puis-je amener au Christ ? Comment ? Par une invitation, une lecture, une conférence, une célébration, un coup de fil ? Par la prière ?

Soyons les « speed daters » du Christ !

 


[1]. La méthode a été créée par le rabbin Yaacov Deyo de Aish HaTorah aux États-Unis à la fin des années 1990. Deyo avait pour objectif de préserver la culture juive en poussant aux mariages intracommunautaires. La méthode s’est depuis propagée aux autres communautés, puis à d’autres pays.

 

 

Lectures de la messe 

Première lecture
« Alors s’ouvriront les oreilles des sourds et la bouche du muet criera de joie » (Is 35, 4-7a)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie ; car l’eau jaillira dans le désert, des torrents dans le pays aride. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif, en eaux jaillissantes.

Psaume
(Ps 145 (146), 6c-7, 8-9a, 9bc-10)
R/ Je veux louer le Seigneur, tant que je vis. ou : Alléluia. (Ps 145, 2)

Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

Deuxième lecture
« Dieu n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres pour en faire des héritiers du Royaume ? » (Jc 2, 1-5)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Mes frères, dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire, n’ayez aucune partialité envers les personnes. Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps un homme au vêtement rutilant, portant une bague en or, et un pauvre au vêtement sale. Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant et vous lui dites : « Assieds-toi ici, en bonne place » ; et vous dites au pauvre : « Toi, reste là debout », ou bien : « Assieds-toi au bas de mon marchepied. » Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon de faux critères ? Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ?

Évangile
« Il fait entendre les sourds et parler les muets » (Mc 7, 31-37)
Alléluia. Alléluia. Jésus proclamait l’Évangile du Royaume et guérissait toute maladie dans le peuple. Alléluia. (cf. Mt 4, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, et supplient Jésus de poser la main sur lui. Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement. Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient. Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »
Patrick BRAUD

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9 juillet 2018

Deux par deux, sans rien pour la route

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Deux par deux, sans rien pour la route


Homélie pour le 15° dimanche du temps ordinaire / Année B
15/07/2018

Cf. également :

Le polythéisme des valeurs
Plus on possède, moins on est libre
Secouez la poussière de vos pieds
Medium is message
Briefer et débriefer à la manière du Christ


mormons.jpgVous avez sûrement déjà remarqué que les témoins de Jéhovah ou les mormons font toujours du porte-à-porte deux par deux, jamais seuls. Plus basiquement, vous avez remarqué également que les humains se mettent en couple pour affronter les aléas de la vie et assurer leur mission de parents. Notre Évangile de ce dimanche en fait une règle au cœur de la mission de l’Église : il les envoie deux par deux. Jamais seuls, sans surnombre non plus.

Pourquoi ce deux par deux est-il aussi structurant, et pas seulement en Église ? Car en entreprise également, il est sage et prudent de prévoir des binômes, ainsi que dans la responsabilité associative etc.

Essayons de lister quelques arguments en faveur de ce deux par deux.

 

Ne pas trop personnaliser

Deux par deux, sans rien pour la route dans Communauté spirituelle a701fce12694b65db2cea61ff4a18c2e_XLUne première raison de cet envoi deux par deux est sans doute d’éviter l’hyperpersonnalisation. La dérive de type ‘gourou’ n’est jamais loin pour qui est en première ligne de l’évangélisation. Bien des télévangélistes américains sont tombés dans ce piège, avec tous les excès financiers politiques ou sexuels qui l’accompagnent. La tentation du pouvoir solitaire guette toujours les papes, les évêques, les prêtres ou autres responsables lorsqu’ils n’ont pas de relations suivies de pair à pair. Ainsi saint Paul s’est toujours méfié de la puissance de son charisme personnel. Il prenait soin d’orienter les convertis vers le Christ et non vers lui-même. Même avec Barnabé en mission, on veut les adorer comme des dieux : il proteste énergiquement. Il rappelle sans cesse que nous portons un trésor dans des vases d’argile. L’argile c’est l’apôtre, le trésor c’est le Christ et son Évangile.

La formule deux par deux limite le risque d’hyperpersonnalisation qui aujourd’hui avec les médias est cent fois plus dangereux qu’aux premiers siècles.

 

S’entraider

Le coup de fatigue de l’un peut trouver un appui dans la persévérance de l’autre. Les difficultés rencontrées sont moins lourdes lorsqu’elles sont partagées. Une solution inédite viendra peut-être du débat entre les deux apôtres. Jésus sait que la mission n’est pas un long fleuve tranquille : en les envoyant deux par deux, il donne à chacun un compagnon, un soutien, un point d’appui dont l’aide sera précieuse.

Deux alpinistes encordés progressant sur une pente de neige, corde tendue

 

Valoriser les regards croisés (en stéréo !)

Nul n’est si intelligent qu’il puisse embrasser la totalité du réel à lui tout seul. Paul sans  Pierre aurait été trop excessif, Pierre sans Paul trop judéo-centré, et Rome est devenue la chaire de Pierre et Paul, pas d’un seul.

À deux, on a la possibilité de croiser les regards, les analyses. L’Évangile demande d’utiliser au moins deux yeux pour voir en relief et deux oreilles pour entendre en stéréo !

stereoscopie-art-de-la-vision-en-relief22 débrief dans Communauté spirituelle

 

Deux, car il y a urgence

 EgliseSi dépasser le 1 est nécessaire pour la qualité de la mission, pourquoi alors s’arrêter ici à 2 ? Pourquoi pas trois par trois comme les Pères blancs en Afrique ? Ou même plus (comme les moines bénédictins) ?

En fait, Jésus sait qu’il y a urgence et que ses ressources sont limitées. Urgence, car sa Passion approche et les disciples doivent dès maintenant s’exercer à l’annonce de l’Évangile sans lui. Ressources limitées, car ils ne sont que 12 autour de lui, avec les 72 comme deuxième cercle, et c’est tout. Optimiser l’impact de l’évangélisation tout en limitant l’effet des égos aboutit effectivement à cette stratégie du deux par deux. Davantage obligerait à restreindre le champ de l’annonce. Moins exposerait au risque gourou.

Le caractère d’urgence de la mission est fortement souligné dans le texte par le fameux passage ou Jésus préconise de secouer la poussière de ses sandales et de partir d’un lieu non réceptif plutôt que de gaspiller temps et énergie qui seront plus féconds ailleurs.

Nous avons un peu perdu ce sentiment d’urgence dans la mission. C’est dommage. Car cela nous demande de ne pas concentrer toutes nos forces au même endroit, de multiplier nos points d’impact par de petites unités simples et agiles, et d’aller là où l’Évangile est attendu.

 

Témoigner de l’amitié par l’amitié

111610Les messagers vont eux-mêmes incarner leur message. Ils témoignent d’un Dieu qui est dialogue, conversation, échanges et amitié (philia = amitié en grec est un des noms de l’amour). D’abord pour lui-même (c’est la Trinité). Puis avec l’humanité et chacun de nous. L’atmosphère de coopération, d’entente et de vrai partenariat amical qui règne entre les apôtres renvoient au mystère de communion du Dieu Trinité. Impossible d’en témoigner seul. Même les ermites sont reliés à une communauté monastique. C’est ce principe qui fera de l’Église « comme un sacrement » (Vatican II) de la communion opérée en Dieu : « voyez comme ils s’aiment ».

La première responsabilité des apôtres et de pratiquer entre eux l’amitié qui unit le Fils à son Père dans l’Esprit. C’est en même temps leur message.

 

Medium is message

Medium envoiCar vous avez sans doute été étonnés que Jésus ne leur donne pas de programme  d’évangélisation, pas de versets à réciter, pas de loi à apprendre par cœur ! Bizarrement, il semble ne pas avoir de contenu à cet envoi en mission.

C’est que l’Évangile consiste moins en des choses à apprendre qu’à des relations à vivre. Marshal Mac Luhan, théoricien des médias, écrivait fort justement en 1964 : « the medium is the message ». La manière dont nous annonçons l’Évangile est l’Évangile lui-même…

Témoigner de l’amitié divine demande de la pratiquer entre envoyés plus que d’en écrire de volumineux traités. Pendant trois siècles, les martyrs chrétiens annonceront l’Évangile avec leur sang : la façon dont ils s’aimaient à la veille de leur martyre, leur pardon à leurs bourreaux, leur joie et leurs chants au moment de mourir ont fait plus pour convertir l’empire romain que Constantin avec son Édit en 313.

Plus tard, l’expansion musulmane sera totalement différente : Mohamed se réclamera être le seul dépositaire de la révélation, il transmettra un texte auquel se soumettre, par la force si besoin. L’évangélisation chrétienne et la conquête musulmane sont radicalement différentes en leur essence (même si hélas les Églises l’ont souvent dénaturé après le III°  siècle). L’une se fait par le témoignage des apôtres, l’autre se fait à la pointe du sabre et des conquêtes militaires.

Annoncer l’Évangile, c’est d’abord le vivre entre nous.

Cela ne résout pas tous les conflits, inévitablement récurrents. Mais on voit dans les Actes des Apôtres comment les Douze et les Églises avec eux ont continué à pratiquer l’amitié divine : par le débat et le consensus (cf. le concile de Jérusalem, Actes 15), par le réalisme dans la composition des équipes (cf. Paul et Barnabé se séparant après en être presque venus aux mains dans leur dispute !), par des lettres, des visites, des collectes solidaires entre Églises etc.

Envoyer deux par deux est un signe fort de l’amitié incarnant l’Évangile.

 

Sans rien pour la route

Un autre signe fort de l’Évangile est la pauvreté des moyens utilisés.

Pas de caravane publicitaire, pas de location de stade à grands frais, pas de show  époustouflant, pas d’argent à distribuer pour acheter les cœurs… 

« Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. ‘Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange’ ».

Mission des Douze 11.jpg

Là encore, la manière dont est annoncé l’Évangile fait partie du contenu de l’Évangile. Si Dieu est pauvre et désarmé en lui-même comme seul le concept de Trinité nous le révèle, ses disciples le seront également pour qu’ils témoignent de lui, et parce qu’ils vivent de sa vie, donc à sa manière, tout simplement.

« De l’or et de l’argent, je n’en ai pas. Mais ce que j’ai je te le donne : au nom de Jésus le Nazaréen, lève-toi et marche » : Pierre et André (à nouveau à deux) n’ont rien d’autre à donner à l’impotent de la Belle Porte du Temple que cette bonne nouvelle d’un Dieu remettant l’homme debout pour aimer, louer et servir.

Le concile Vatican II a retrouvé cette vision originelle de l’évangélisation en souhaitant une Église humble, servante et pauvre à l’image de Jésus de Nazareth. Que le pape François soit appelé ‘le pape des pauvres’ est un indice du renouveau profond de l’Église catholique. Bien du chemin reste à parcourir sur cette voie de simplicité fraternelle pour annoncer l’Évangile. Mais les bases sont posées par Jésus lui-même envoyant ses disciples deux par deux sans aucun arsenal missionnaire sinon l’amitié vécue.

 

Débriefer à deux

Jésus ne se contente pas d’envoyer, il est désireux de les entendre rendre compte au retour de leur mission. C’est le fameux débrief dont l’importance n’échappe à personne aujourd’hui, militaires et managers y compris. Or débriefer seul induirait un biais trop subjectif : qui sait si je ne travestis pas la réalité en la racontant avec mes mots, ma sensibilité, mes choix personnels etc. ? Débriefer à deux limite là encore le risque de mainmise d’un seul sur la mission exercée.

Chacun des deux aura ses nuances, ses mots propres, ses apports complémentaires ou même divergents. L’unanimité est une force, la capacité de ne pas appauvrir le réel en est une autre. Et la pluralité des approches garantit un meilleur respect de la réalité.

the debrief

La tumultueuse relation entre Pierre et Paul en est un bon exemple : Paul n’hésite pas à fustiger l’attitude de Pierre lorsqu’il le voit ne pas manger avec des païens convertis.  Pourtant il s’appuie sur lui comme une « colonne de l’Église » pour être initié à Jérusalem  pendant trois ans à son contact après le chemin de Damas.

Il faut donc qu’il y ait des analyses différentes, dès lors qu’on peut les croiser dans l’amitié et la recherche de ce qui est juste.

Vous devinez qu’en parlant de l’envoi deux par deux des disciples, nous parlions en même temps de l’envoi deux par deux des couples, des responsables économiques et politiques, des acteurs associatifs, de notre vie amicale, de quartier etc.

Transposez à chacun de ces domaines les points de repères évoqués et vous verrez que cette sagesse du deux par deux est terriblement actuelle !

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Va, tu seras prophète pour mon peuple » (Am 7, 12-15)

Lecture du livre du prophète Amos

En ces jours-là, Amazias, prêtre de Béthel, dit au prophète Amos : « Toi, le voyant, va-t’en d’ici, fuis au pays de Juda; c’est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. Mais ici, à Béthel, arrête de prophétiser; car c’est un sanctuaire royal, un temple du royaume. » Amos répondit à Amazias : « Je n’étais pas prophète ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les sycomores. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël.’ »

Psaume

(Ps 84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14)
R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. (Ps 84, 8)

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui, 
et ses pas traceront le chemin.

Deuxième lecture
« Il nous a choisis dans le Christ avant la fondation du monde » (Ep 1,3-14)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé. En lui, par son sang, nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes. C’est la richesse de la grâce que Dieu a fait déborder jusqu’à nous en toute sagesse et intelligence. Il nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre. En lui, nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu, nous y avons été prédestinés selon le projet de celui qui réalise tout ce qu’il a décidé : il a voulu que nous vivions à la louange de sa gloire, nous qui avons d’avance espéré dans le Christ. En lui, vous aussi, après avoir écouté la parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et après y avoir cru, vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint. Et l’Esprit promis par Dieu est une première avance sur notre héritage, en vue de la rédemption que nous obtiendrons, à la louange de sa gloire.

Évangile

« Il commença à les envoyer » (Mc 6,7-13) Alléluia. Alléluia. Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel. Alléluia. (cf. Ep 1, 17-18)

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus appela les Douze ; alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Il leur donnait autorité sur les esprits impurs, et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. « Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. » Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. » Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.
Patrick BRAUD

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