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25 juillet 2021

Exorciser la peur du lendemain

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Exorciser la peur du lendemain

Homélie pour le 18° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
01/08/2021

Cf. également :

Faire ou croire ?
La capacité d’étonnement

Éveiller à d’autres appétits
« Laisse faire » : éloge du non-agir
La soumission consentie

Fin du mois, fin du monde

Exorciser la peur du lendemain dans Communauté spirituelle Peur-de-manquer-275x400Rappelez-vous mars 2020 et le début du confinement : les rayons des supermarchés ont été dévalisés en quelques heures de leurs produits de base. Farine, huile, pâtes, riz : tout disparaissait à vue d’œil. Jusqu’au papier toilette, devenu denrée rare ! À croire que les familles françaises stockaient en prévision d’une pénurie mondiale. Et le pire est que cette folle demande en excès a créé quelques pénuries le temps d’ajuster la production à ces consommateurs angoissés. Nos grands-parents nous avaient raconté la période de rationnement d’après-guerre : les tickets pour obtenir de la nourriture au compte-gouttes, les files interminables devant les boulangeries, les rayons où il ne restait qu’une ou deux misérables boîtes de conserve. D’ailleurs, dans beaucoup de familles, les générations suivantes continuent de stocker, par réflexe. Chez moi, ma mère avait toujours un placard rempli de farine, huile, sucre, riz : ‘on ne sait jamais’.

Cette peur de manquer est aussi vieille que l’humanité, que la vie elle-même. L’épisode de la manne que nous lisons ce dimanche (Ex 16, 2-4.12-15) et que l’Évangile de Jean reprend à sa manière (Jn 6, 24-35) en est la trace. Les esclaves hébreux en fuite dans le désert inconnu ont faim et soif. La peur de mourir au milieu de ces rochers brûlants les désespère. Alors, lorsque tombe du ciel la manne inattendue, ils veulent faire des provisions, ‘au cas où’. Et c’est bien légitime. L’interdiction de YHWH n’en est que plus étonnante : pourquoi empêcher d’en ramasser pour le lendemain ? La sanction naturelle pour ceux qui transgressent cette interdiction est tout aussi impressionnante : la manne amassée pourrit dans les paniers de ceux qui voudraient la stocker en prévision des ‘jours sans’.

Comment ne pas nous reconnaître dans cette réaction instinctive des hébreux : peur de manquer, angoisse du lendemain ?

Souvenez-vous des Gilets jaunes en France : sur les ronds-points, ils ferraillaient avec les écologistes sur les urgences de l’action politique. Les uns parlaient de fin du monde, les autres de fin du mois. L’angoisse écolo de la décennie d’après, nourrie par des rapports et des études de collapsologie effrayante, se heurtait à la peur de manquer très concrète de familles modestes où faire manger les enfants et boucler les fins de mois devenait la préoccupation majeure, lancinante et épuisante. Ces deux peurs sont aujourd’hui encore des moteurs importants de l’action politique. Les Français ont épargné des milliards pendant le confinement, suivant sans le savoir ce réflexe des hébreux au désert : mettre le plus possible de côté en prévision des jours mauvais. Joseph, fils de Jacob, avait pourtant été loué pour sa sagesse dans le même livre de l’Exode : il avait su remplir les greniers de blé de l’Égypte au temps des 7 années de vaches grasses pour faire face ensuite aux 7 années de disette les temps de vaches maigres. La sagesse de Jacob auprès de Pharaon a permis à l’Égypte de traverser 7 années de famine. La loi de Moïse a permis aux hébreux dans le désert de traverser 7 fois 7 années d’exode. Pourquoi la sagesse de Jacob au palais de Pharaon autrefois est-elle maintenant condamnée par YHWH au désert ?

Discours de la servitude volontaireAvant de tenter de répondre, regardons de plus près l’angoisse des hébreux : elle est à la fois physique et symbolique. Physique, car elle porte sur un besoin alimentaire en bas de la pyramide de Maslow : manger pour survivre. Symbolique, car la peur de manquer traduit également un déficit de reconnaissance. Les boulimiques par exemple reportent sur la nourriture une recherche de satiété qui s’enracine ailleurs. Le manque affectif caractérise l’être humain dès la séparation d’avec sa mère : il va chercher à recréer l’unité perdue à travers ses liens à autrui, et l’angoisse le saisira s’il a l’impression que l’autre ne répond pas à son désir. Ainsi Caïn avec Dieu contre Abel : il convoite la reconnaissance symbolique qu’Abel obtient auprès de YHWH qui accepte son sacrifice rituel et pas celui de Caïn. De même les hébreux au désert : ils n’ont pas faim que de manne, ils désirent également la variété, la richesse des plats mangés en Égypte : « Nous nous rappelons encore le poisson que nous mangions pour rien en Égypte, et les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et l’ail ! Maintenant notre gorge est desséchée ; nous ne voyons jamais rien que de la manne ! » (Nb 11, 5 6) Voilà de quoi alimenter la servitude volontaire si bien décrite par La Boétie : préférer l’esclavage repu à la liberté exigeante.

Renoncer à la convoitise

 angoisse dans Communauté spirituelleLa manne est tellement répétitive et son goût est si peu enthousiasmant qu’ils veulent et réclament autre chose. YHWH leur donnera alors les cailles, qui volent par nuage dans le désert du Sinaï et sont faciles à prendre au sol. Mais il va marquer le coup, et les punira d’avoir cédé à leur convoitise : « La viande était encore entre leurs dents, ils n’avaient pas fini de la mâcher que déjà la colère du Seigneur s’enflammait contre le peuple et qu’il frappait le peuple ; il le frappa d’un très grand coup. On appela donc ce lieu Qibroth-ha-Taawa (c’est-à-dire : Tombeaux-de-la-convoitise) car c’est là qu’on enterra la foule de ceux qui avaient été pris de convoitise » (Nb 11, 33 34).

La convoitise en effet n’est jamais loin de la peur de manquer. Elles se nourrissent l’une de l’autre. L’enjeu de la manne quotidienne est alors d’éduquer cette horde d’esclaves en fuite à ne pas céder à la convoitise. ‘Apprends à ne pas céder à ton désir d’accumulation, et tu maîtriseras la violence tapie à la porte de ton cœur, cette violence que la convoitise engendre et attise’. Pour que nos déserts deviennent les tombeaux de notre convoitise (selon Nb 11), il nous faut apprendre à renoncer à l’accumulation, en faisant confiance à celui qui nous guide.

Avec la violence, la convoitise engendre également l’injustice. Mais ceux qui ramassent la manne sont surpris de constater que chacun en collecte finalement exactement ce qu’il lui faut : « Les fils d’Israël firent ainsi : certains en recueillirent beaucoup, d’autres peu. Celui qui en avait ramassé beaucoup n’eut rien de trop ; celui qui en avait ramassé peu ne manqua de rien. Ainsi, chacun en avait recueilli autant qu’il pouvait en manger » (Ex 16, 17 18). Les premières communautés chrétiennes reprendront ce principe de distribution du bien commun : à chacun selon ses besoins. « Ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres ; puis on le distribuait en fonction des besoins de chacun. » (Ac 4, 35)

Jésus a éprouvé ce double manque et affronté l’angoisse humaine qui en résulte, pour l’exorciser. Il a eu faim au désert et a refusé la satiété facile que lui proposait le diable. Il a manqué d’air et vécu la terrible angoisse de la lente asphyxie du supplice de la croix, besoin de respirer bien plus vital que le pain. Il a ressenti l’abandon des hommes lors de sa Passion, et pire encore l’abandon de Dieu, pourtant son Père. À Gethsémani, c’est l’angoisse du manque de reconnaissance qui l’a épouvanté ; sur la croix elle l’a fait crier : « Eloï, Eloï, lama sabachthani ? » Face à cette terrifiante angoisse, son combat intérieur a finalement nourri sa confiance – malgré tout – en l’amour de Dieu le guidant jour après jour : « que ta volonté soit faite et non la mienne » (Lc 22,42).

 

Apprendre la convivialité

800px-Tissot_The_Gathering_of_the_Manna_%28color%29 DemainLa deuxième raison de l’interdiction de stocker la manne apparaît alors en filigrane : le souci de la survie physique ne doit pas occulter l’aspiration à une vie plus grande que la nourriture. Ce que nous cherchons est bien plus que de la manne. Nous avons faim de reconnaissance plus que de marmites de viande. Nous avons soif de communion plus que de citernes débordantes. Plus tard, les prêtres du Temple de Jérusalem se souviendront de l’interdit du stockage de la manne en le transposant aux sacrifices d’animaux accomplis au Temple : « Quant à la chair de la victime offerte en sacrifice d’action de grâce et sacrifice de paix, elle sera mangée le jour même où elle est présentée ; on n’en gardera rien pour le lendemain matin. » (Lv 7, 15). Et les commentaires insistent sur l’obligation de communion, de convivialité liée à cet interdit de stocker la viande du sacrifice pour le lendemain :

C’est pour faire connaître le miracle ! Car celui qui apporte l’offrande de rémunération, voyant qu’elle ne peut se consommer que le jour même et la nuit suivante, il invitera ses proches et ses amis à manger et se réjouir avec lui. Ils s’interrogeront alors sur la raison de cette offrande et il leur racontera les miracles et les prodiges dont Hachem l’a gratifié. On en viendra à louer Hachem devant un public important et en présence de sages. Alors que si cette offrande était consommée comme les autres propitiatoires, en deux jours et une nuit, le propriétaire de l’offrande n’aurait invité personne […]. En revanche, voyant la quantité considérable de viande et de pain chez lui, sachant qu’il n’aura la possibilité de les consommer qu’en l’espace d’un jour et d’une nuit, il sera contraint d’inviter un grand nombre de proches pour en manger, par crainte de devenir objet de risée et de ridicule, lorsqu’on le verra brûler une telle quantité de son offrande, et que l’on comprendra qu’il n’avait convié ni famille ni amis [1].

Et Jésus avertit les riches que leurs greniers remplis à ras bord ne leur garantissent pas la vraie vie, au contraire ! « Puis il se dit : ‘Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.’ Mais Dieu lui dit : ‘Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?’ Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu.’ » (Lc 12, 18 22)

 

Avoir faim d’autre chose

fr-con-279-Se-nourrir-de-Dieu-par-sa-Parole exodeRenoncer à la convoitise, apprendre la convivialité… Une troisième raison qui pousse à ne pas conserver la manne reçue est de découvrir la vraie faim qui est la nôtre : « Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur » (Dt 8, 3). Plus nous stockons et accumulons, plus nous croyons être invulnérables, indépendants, n’ayant pas besoin de l’aide des autres. Nos biens entassés nous coupent peu à peu de la relation à autrui, et à Dieu le premier. Comme le dit crûment saint Jacques : « Et vous autres, maintenant, les riches ! Pleurez, lamentez-vous sur les malheurs qui vous attendent. Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites, votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille sera un témoignage contre vous, elle dévorera votre chair comme un feu. Vous avez amassé des richesses, alors que nous sommes dans les derniers jours ! » (Jc 5, 1 3).

Accumulation et convoitise se conjuguent pour engendrer injustice et violence.

 

Se laisser guider par la confiance

Une quatrième raison de l’interdiction de l’accumulation de la manne réside dans l’attitude de confiance quotidienne qu’elle développe. Puisque je ne peux faire de réserves, je découvre qu’il me suffit de faire confiance jour après jour, de me laisser guider. « Dieu y pourvoira », disait déjà Abraham à son fils inquiet de l’animal pour le sacrifice. Jésus ne nous a-t-il pas appris à demander notre pain quotidien, et pas un stock de boulangerie ? « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ». L’expression grecque exacte employée par Mathieu et Luc pour cette demande du pain qui reprend celle de la manne est :
τὸν (le) ἄρτον (pain) ἡμῶν τὸν (de nous) ἐπιούσιον (suffisant) δὸς (donne) ἡμῖν (nous) σήμερον (aujourd’hui) (Mt 6,11)
Ce qui signifie littéralement : « donne-nous aujourd’hui le pain qui suffit à notre subsistance ». Pas plus, ni moins. Ce qui veut dire que le but de notre prière va plus loin : « que ta volonté soit faite ». Comme le dit Jésus : « cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît ». Le pain du Notre Père est bien la manne du désert de l’Exode… Le pain eucharistique lui aussi est fait pour être consommé intégralement à chaque eucharistie : on ne conserve quelques hosties que pour les porter ensuite aux malades, aux absents, pas pour stocker du surplus ni en reprendre ! Comme les Juifs conservaient une jarre de manne dans le tabernacle du Saint des Saints, non pour accumuler, mais pour témoigner de la sollicitude de YHWH pour son peuple.  Même l’adorations eucharistique respecte l’interdit du désert : ne pas abuser de la grâce en croyant l’accumuler pour soi…

Dans son Apocalypse, Jean promet que les chrétiens qui tiendront bon dans l’épreuve de la persécution seront soutenus pas une nourriture spirituelle semblable à la manne : « Au vainqueur je donnerai de la manne cachée… » (Ap 2, 17)

manna manne
On retrouve là le sens de la Providence tel que l’invoquait Jésus : non pas une résignation fataliste (Mektoub !), ni une superstition magique dans l’intervention divine surnaturelle, mais une confiance à toute épreuve, comptant sur Dieu en nous plus que sur nos propres forces et ressources accumulées au-dehors. « Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas.  Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux » (Mt 6, 28 29)

La pauvreté volontaire de Jésus s’enracine dans sa confiance absolue en son Père, qui le délivre de la peur du manque, qui exorcise l’angoisse du lendemain : « Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine » (Mt 6, 34). Chercher la volonté de Dieu jour après jour, faire confiance à sa parole, se laisser guider par son amour : voilà notre véritable exode, où la manne ne nous manquera pas si nous ne refermons pas la main sur le don reçu jour après jour.

Résumons-nous : l’interdiction d’accumuler la manne nous est salutaire pour au moins 4 raisons : renoncer à la convoitise, apprendre la convivialité, se nourrir de parole plus que de pain, se laisser guider par la confiance.

Ne dites pas qu’aucun de ces quatre objectifs ne vous concerne…

Quels sont vos stocks de manne, et où sont-ils ?

 


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous » (Ex 16, 2-4.12-15)

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, dans le désert, toute la communauté des fils d’Israël récriminait contre Moïse et son frère Aaron. Les fils d’Israël leur dirent : « Ah ! Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur, au pays d’Égypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé ! » Le Seigneur dit à Moïse : « Voici que, du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous. Le peuple sortira pour recueillir chaque jour sa ration quotidienne, et ainsi je vais le mettre à l’épreuve : je verrai s’il marchera, ou non, selon ma loi. J’ai entendu les récriminations des fils d’Israël. Tu leur diras : ‘Au coucher du soleil, vous mangerez de la viande et, le lendemain matin, vous aurez du pain à satiété. Alors vous saurez que moi, le Seigneur, je suis votre Dieu.’ »
Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp ; et, le lendemain matin, il y avait une couche de rosée autour du camp. Lorsque la couche de rosée s’évapora, il y avait, à la surface du désert, une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre, sur le sol. Quand ils virent cela, les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre : « Mann hou ? » (ce qui veut dire : Qu’est-ce que c’est ?), car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. »

 

PSAUME
(Ps 77 (78), 3.4ac, 23-24, 25.52a.54a)
R/ Le Seigneur donne le pain du ciel ! (cf. 77, 24b)

Nous avons entendu et nous savons
ce que nos pères nous ont raconté :
et nous le redirons à l’âge qui vient,
les titres de gloire du Seigneur.

Il commande aux nuées là-haut,
il ouvre les écluses du ciel :
pour les nourrir il fait pleuvoir la manne,
il leur donne le froment du ciel.

Chacun se nourrit du pain des Forts,
il les pourvoit de vivres à satiété.
Tel un berger, il conduit son peuple.
Il le fait entrer dans son domaine sacré.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé selon Dieu » (Ep 4, 17.20-24)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, je vous le dis, j’en témoigne dans le Seigneur : vous ne devez plus vous conduire comme les païens qui se laissent guider par le néant de leur pensée. Mais vous, ce n’est pas ainsi que l’on vous a appris à connaître le Christ, si du moins l’annonce et l’enseignement que vous avez reçus à son sujet s’accordent à la vérité qui est en Jésus. Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, c’est-à-dire de l’homme ancien corrompu par les convoitises qui l’entraînent dans l’erreur. Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité.

ÉVANGILE
« Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jn 6, 24-35)
Alléluia. Alléluia. L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Alléluia. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, quand la foule vit que Jésus n’était pas là, ni ses disciples, les gens montèrent dans les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. L’ayant trouvé sur l’autre rive, ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau. » Ils lui dirent alors : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Jésus leur répondit : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. » Ils lui dirent alors : « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ? Quelle œuvre vas-tu faire ? Au désert, nos pères ont mangé la manne ; comme dit l’Écriture : Il leur a donné à manger le pain venu du ciel. » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là. » Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. »
.Patrick Braud

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16 mai 2021

Pentecôte : un universel si particulier !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Pentecôte : un universel si particulier !

Homélie pour la fête de Pentecôte / Année B
23/05/2021

Cf. également :

Le déconfinement de Pentecôte
Les langues de Pentecôte
Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel
La sobre ivresse de l’Esprit
Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre
Les multiples interprétations symboliques du buisson ardent

Le lien de notre unité

Le 3 octobre 2018, Gérard Collomb, socialiste, ministre de l’Intérieur démissionnaire, avait énoncé lors de sa passation de pouvoir ce constat inquiétant : « Aujourd’hui, on vit côte à côte. Moi, je le dis toujours : je crains que demain on vive face à face ». Qu’un homme politique de gauche s’alarme des tensions opposant les Français entre eux résonne comme une alerte. Depuis, la succession de crimes terroristes, de troubles en banlieues, de  radicalisations de tous bords mettent cette question de l’unité du pays sous le feu des projecteurs. Des journalistes et sociologues observent cette évolution attentivement. Souvenez-vous de Christophe Guilluy (La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014), montrant que les territoires perdus de la République se constituent en périphéries de plus en plus coupées des centres. David Goodhart prenait le relais en montrant dans son livre : The road to somewhere. The populist revolt and the future of politics, Hurst Publishers, 2017 qu’il voyait poindre une fracture entre les gagnants de la mondialisation, prêts à vivre et travailler n’importe où en changeant plusieurs fois de pays (les anywhere), et les perdants de la mondialisation, enracinée dans leurs territoires, attachés à leur identité locale, voyant leur niveau de vie décliner (les somewhere). Jérôme Fourquet (L’Archipel français, 2019) dressait quant à lui un tableau clinique très froid de « l’archipélisation de la France », ce que Gérard Collomb appelait le côte-à-côte, craignant qu’il ne devienne un face-à-face générateur de violence.

Pentecôte : un universel si particulier ! dans Communauté spirituelle archipel-fran%C3%A7ais-j%C3%A9r%C3%B4me-fourquet-1Puis la loi sur les séparatismes a montré le vif débat et les divergences d’analyse sur ce phénomène social. L’extrême-gauche rappelle que le premier apartheid social est celui imposé par les riches. Ils se regroupent pour vivre entre eux, le plus souvent à l’ouest des  métropoles, dans les mêmes écoles, clubs de sport, résidences etc. Faisant monter le prix du mètre carré, ils rejettent ainsi les autres au nord ou à l’est, et dans les banlieues lointaines. L’extrême droite dénonce le séparatisme religieux – musulman le plus souvent – qui fait se regrouper des familles dans un quartier bientôt dominé par les barbus. Tous dénoncent l’emprise des caïds de la drogue sur ces quartiers, mais préconisent des remèdes fort différents pour en sortir (aide sociale vs ordre républicain).

La mosaïque France semble prise d’un vertige d’éparpillement implacable…

Qu’y a-t-il de commun en effet entre une famille aisée du centre de Paris qui a fui le confinement pour aller passer le mois d’avril les pieds dans l’eau du Golfe du Morbihan dans une belle résidence secondaire avec un grand jardin, et une famille d’immigrés musulmans pratiquant le ramadan, coincée dans une étroite maison 1930 en briques rouges des anciennes courées du Nord ? Elles ne se connaissent pas, ne se rencontrent pas, ne se parlent pas, leurs enfants ne jouent pas ensemble, ne vont pas dans les mêmes écoles, clubs ou associations etc. L’une parlera de littérature, cinéma, culture et éduquera au débat ;  l’autre parlera dans une autre langue des prochaines vacances au bled (Maghreb) ou au village (Afrique noire).

 

Les peuples de Pentecôte cités dans les Actes

Que devient le fameux vivre ensemble dans tout cela ?
Qu’est-ce qui unit encore des groupes de populations aussi disparates, voire opposées ?
Sommes-nous loin de la fête de Pentecôte de ce dimanche ? Pas tant que cela. Nous le savons : l’enjeu de Pentecôte est l’unité de tous les peuples en un seul corps.
Jean-Paul est un témoin représentatif de cette exégèse :

Le récit de l’événement de la Pentecôte souligne que l’Église naît universelle : tel est le sens de la liste des peuples – Parthes, Mèdes, Élamites… – qui écoutent la première annonce faite par Pierre. L’Esprit Saint est donné à tous les hommes, quelle que soit leur race ou leur nation, et il accomplit en eux la nouvelle unité du Corps mystique du Christ. Saint Jean Chrysostome souligne la communion réalisée par l’Esprit Saint à travers cette observation concrète : « Qui vit à Rome sait que les habitants des Indes sont ses membres » (Audience générale du 17/06/1998).

Salzburg_Sankt_Peter_Antiphonar_-_Pfingsten Esprit dans Communauté spirituellePour être fidèle au texte de notre première lecture, il faut souligner que c’est d’abord de la maison d’Israël dont il s’agit ici. Pierre précise bien dans son discours qu’il s’adresse aux « hommes d’Israël » : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem… », « Hommes d’Israël, écoutez les paroles que voici… », « Que toute la maison d’Israël le sache… ». Et Luc précise que ce sont les juifs pieux et prosélytes du monde entier qui sont réunis à Jérusalem pour la fête juive de Chavouot (Pentecôte). Les non-juifs ne sont pas encore concernés. Il faudra une autre Pentecôte, une autre intervention décisive de l’Esprit, pour ouvrir le baptême à des païens comme le centurion romain Corneille et sa maisonnée (Ac 10). Pour l’instant, il n’est question que de la communauté juive dispersée (diaspora) dans tous les pays du monde, comme le clame Pierre : « que toute la maison d’Israël le sache… ».

Cette liste des peuples d’Ac 2, 8-11 est toujours étrange à nos oreilles. Ces anciens territoires, au nom parfois imprononçable ou mal prononcé au micro de l’ambon, n’évoquent plus grand-chose aujourd’hui. Et l’on peut se demander avec raison : pourquoi saint Luc s’est-il senti obligé d’en dresser la liste ?

Elle ressemble à la Table des nations de Gn 10, déjà mentionnée à propos de l’envoi en mission des 72 disciples (Lc 10), qui dresse la liste des descendants de Noé et de leurs territoires. Ou encore à la liste des nations d’Is 11, 10-12 : « Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure. Ce jour-là, une fois encore, le Seigneur étendra la main pour reprendre le reste de son peuple, ce reste qui reviendra d’Assour et d’Égypte, de Patros, d’Éthiopie et d’Élam, de Shinéar, de Hamath et des îles de la mer. Il lèvera un étendard pour les nations ; il rassemblera les exilés d’Israël ; il réunira les dispersés de Juda des quatre coins de la terre ».

Le plus important est de relever ce que le parcours de notre première lecture suggère au lecteur : en trois vagues successives (quatre peuples, puis quatre provinces romaines, puis quatre régions), Luc dresse l’image du monde vu de Jérusalem. Les trois cycles en effet suivent chacun un mouvement circulaire autour de la Ville sainte. C’est donc une image du monde qu’a voulu dresser Luc, mais en précisant que la foule est composée de juifs et de prosélytes, il restreint ce microcosme au judaïsme de la diaspora. En d’autres termes, l’universalité de la Pentecôte n’est encore qu’interne au judaïsme.

Pourquoi cette restriction au judaïsme dans l’empire romain ? Luc est historien et théologien. Comme historien, il sait que l’extension universelle de la mission chrétienne ne fut pas immédiate, mais a résulté d’un processus évolutif. Comme théologien, il maintient qu’Israël est le premier destinataire de la venue du Messie.

 

Un universalisme progressif

L’universalisme de Pentecôte est donc graduel, progressif. D’abord Jérusalem, puis la diaspora juive de tous les pays, puis les païens. On le voit : il ne s’agit pas de renoncer au particularisme juif pour s’ouvrir à l’universel. Il s’agit de l’assumer en Christ, en gardant le cœur du judaïsme sans encombrer les païens avec l’accidentel du judaïsme. Le cœur, c’est l’élection par Dieu comme responsabilité envers tous, les Écritures comme trésor de révélation sur l’homme, le Dieu Un, l’importance de l’éthique comme amour concret, la relecture de l’histoire collective et individuelle etc. L’accidentel, c’est la circoncision, les interdits alimentaires (la cacherout), les vêtements (barbe, papillotes, téphillim), la lettre de la Torah et ses 613 obligations etc. Non pas que cet accidentel soit sans valeur, loin de là. Et après tout, des milliers de chrétiens juifs l’ont conservé pendant des siècles ! Mais il n’a pas à être imposé aux non-juifs souhaitant devenir chrétiens.

Luc tient à faire savoir que, dès le commencement, l’universalité était préfigurée. C’est pourquoi, si l’explosion spirituelle de la Pentecôte est destinée au judaïsme exclusivement, le discours interprétatif de Pierre, qui suit l’événement, fait résonner déjà des échos universels : « Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera » (Ac 2, 39). Et plus loin : « En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver » (Ac 4, 12).

Or, ces accents massivement universalistes évoquent immanquablement l’espérance prophétique de la restauration eschatologique d’Israël, avec le rassemblement attendu des exilés de toutes nations sur le mont Sion annoncé par Isaïe. L’évènement de Pentecôte sonne ainsi l’essor mondial de la Parole tout en réalisant l’antique promesse du pèlerinage eschatologique des exilés de la Diaspora à la Ville sainte.

descarga Esprit SaintRépétons-le : il a fallu des Pentecôtes successives nombreuses pour que peu à peu l’Église naissante comprenne ce travail de discernement et le mette en œuvre. Les Samaritains reçoivent l’Esprit avant le baptême, montrant ainsi que les schismatiques peuvent être intégrés à la construction commune (Ac 8). Puis c’est le centurion Corneille qui reçoit l’Esprit avec sa famille, avant le baptême lui aussi, montrant que les païens sont associés au même héritage que les juifs (Ac 10). Ce qui au passage rend toute nourriture pure à manger, et pour Pierre c’est une vraie révolution, inconcevable sans le passage en force de l’Esprit de cette mini-Pentecôte dans la ville de Joppé (notons au passage que c’est Pierre – et non Paul – qui initie le passage aux païens, sous l’impulsion de l’Esprit Saint) ! Imaginez aujourd’hui des musulmans renoncer à l’interdit halal pour s’ouvrir à d’autres cultures que celle de leur origine… Puis c’est l’assemblée de Jérusalem (le premier concile ! Ac 15) qui expérimenta une autre Pentecôte, puisqu’elle décide sous l’inspiration de l’Esprit de ne pas imposer la circoncision et autre obligations juives aux païens qui demandent le baptême : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé que… ».

Passer du particulier à l’universel demande donc un énorme travail de discernement et beaucoup de Pentecôtes successives !

Le judaïsme chrétien des débuts de l’Église a été capable de ce travail de discernement pour garder l’essentiel du particularisme juif tout en l’ouvrant d’abord aux autres cultures juives de par le monde, puis aux païens. N’en doutons pas : ce travail est toujours devant nous, notamment pour l’Église latine qui doit s’ouvrir à d’autres cultures que l’Occident.

Articuler le singulier (Pierre, chacun des 120 disciples), le particulier (l’identité juive) et l’universel (l’ouverture aux païens) a été l’alchimie réussie de Pentecôte. À nous de poursuivre aujourd’hui cette alchimie ecclésiale…

 

De Rome à Jérusalem

La liste des peuples énumérés par Luc dans le récit des Actes est à ce titre très instructive. Quand on suit sur la carte les noms alignés par Luc, on voit qu’il balaie le monde connu de l’époque, d’est en ouest, avec la Judée et Jérusalem au milieu, presque comme centre de gravité de l’ensemble. Vision très contestatrice de l’ordre impérial romain qui soumettait alors tous les royaumes, tous les peuples.

carte-ac-2-pentecote particulier

Mentionner Rome à la fin de cette liste, en codicille, est un pied-de-nez à l’orgueil des maîtres du monde de l’époque. C’est l’affirmation de Jérusalem comme vrai centre du monde : la Torah au-dessus de l’Empire, le particularisme juif plus vrai que l’impérialisme romain. L’accent est polémique : tandis que Rome vantait son rôle ambitieux de maîtresse du monde habité, et se servait à cette fin de listes des peuples soumis, Luc revendique par cette « liste des peuples » la seigneurie de Jésus et de l’Église sur l’humanité, en contestant celle de Rome.

Aujourd’hui encore, l’universel chrétien conteste les grands centres de pouvoirs qui dominent le monde (Wall Street, Pékin) pour réhabiliter le droit des peuples à cultiver leur identité propre au sein d’une unité organique très différente de celle des marchés américains ou de l’idéologie chinoise. Ironie de l’histoire, après la chute de Rome aux mains des barbares, l’Église latine a cependant réintroduit en son sein le centralisme romain qu’elle contestait à ses débuts…

L’Église de Pentecôte unit « toute la maison d’Israël » en parlant toutes les langues de la terre. Mais elle réalise cette union dans une communion vivante qui relie en permanence ces communautés : parler la langue de l’autre, se visiter, s’entraîner, échanger, former un seul corps dans le respect de la diversité de ses membres, et d’abord des plus fragiles.

 

L’Esprit, lien de l’unité

AggloSeineEure_Fourapain-Cover_StGermaindePasquier_Octobre-2020 PentecôtePour terminer, lisons à nouveau la belle image de saint Augustin voyant dans le feu de l’Esprit de Pentecôte le lien de l’unité entre tous les grains de blé formant un même pain, le Corps du Christ parlant toutes les langues de la terre :

« Pourquoi sous l’apparence du pain ? Ne disons rien de nous-mêmes; écoutons encore l’Apôtre, voici comment il s’exprimait en parlant de ce sacrement: « Quoiqu’en grand, nombre, nous sommes un seul pain, un seul corps (1 Co 10,17) ». Comprenez et soyez heureux. O unité ! ô vérité ! ô piété ! ô charité ! « Un seul pain ». Quel est ce pain ? « Un seul corps ». Rappelez-vous qu’un même pain ne se forme pas d’un seul grain, mais de plusieurs. Au moment des exorcismes, vous étiez en quelque sorte sous la meule ; au moment du baptême, vous deveniez comme une pâte ; et on vous a fait cuire en quelque sorte quand vous avez reçu le feu de l’Esprit-Saint. Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes. Voilà ce qu’enseigne l’Apôtre sur ce pain sacré ».
Augustin  (+ 430), Sermon 269

 

MESSE DU JOUR

PREMIÈRE LECTURE
« Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler » (Ac 2, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

 

PSAUME
(103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !
ou : Alléluia ! (cf. 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes oeuvres, Seigneur !
La terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.
 

DEUXIÈME LECTURE
« Le fruit de l’Esprit » (Ga 5,16-25)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères, je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi. On sait bien à quelles actions mène la chair : inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui commettent de telles actions ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu. Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. En ces domaines, la Loi n’intervient pas. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises. Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit.

SÉQUENCE ()

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.
Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.
Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.
Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous les fidèles.
Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.
À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.

ÉVANGILE
« L’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 15, 26-27 ; 16, 12-15)
Alléluia. Alléluia.Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement.
J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Patrick Braud

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28 mars 2021

Jeudi Saint : les multiples interprétations du lavement des pieds

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Jeudi Saint : les multiples interprétations du lavement des pieds

Jeudi Saint / Année B
01/04/2021

Cf. également :

Jeudi saint : les réticences de Pierre
« Laisse faire » : éloge du non-agir
« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus
Jeudi Saint : pourquoi azyme ?
La commensalité du Jeudi saint
Le Jeudi saint de Pierre
Jeudi Saint / De la bouchée au baiser : la méprise de Judas
Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique
Je suis ce que je mange
La table du Jeudi saint
Le pain perdu du Jeudi Saint
De l’achat au don
Pâques : les 4 nuits

Comment s’habituer au choix étonnant de la liturgie en ce Jeudi Saint ? Au lieu de nous faire lire le récit de l’institution de l’eucharistie en Marc, Matthieu ou Luc, elle choisit de nous faire entendre Jn 13, où il n’est pas question d’eucharistie, mais de lavement des pieds ! Quitte à choisir l’Évangile de Jean, elle aurait dû nous faire lire le fameux discours sur le pain de vie (Jn 6), qui – lui – est bien eucharistique…
Alors, comment interpréter cette substitution lavement des pieds/eucharistie ?
Parcourons pour cela quelques interprétations de ce geste si symbolique.

 

1. Un condensé de la kénose du Christ

Jeudi Saint : les multiples interprétations du lavement des pieds dans Communauté spirituelle parabole-philippiensLe plus frappant (et la réaction de Pierre l’atteste) est sans doute de voir Jésus se mettre à genoux devant ses disciples, s’abaisser à ce rôle d’esclave lavant les pieds des hôtes de la maison. Cet abaissement n’est pas feint : aucune hypocrisie dans le geste de Jésus pour déposer sa tunique et nettoyer les pieds salis par la poussière des chemins. Notons d’ailleurs que les pieds des Douze devaient être fort sales, ce qui confère au geste une connotation répugnante (c’est pour cela qu’on s’en décharge sur les esclaves, et que Pierre s’est regimbé). Ne sublimons pas trop vite ce geste donc !

En réalité, Jésus exprime ici qui il est, au plus intime : celui qui se vide de lui-même pour servir les autres. Cet abaissement christique – à contre-courant de toutes les représentations messianiques – a été chanté très tôt dans une vieille hymne rapportée par Paul : « Le christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix… »(Ph 2, 6 11).

Le verbe grec utilisé pour décrire le fait de se dépouiller de sa divinité  (tunique enlevée) pour se faire serviteur (laver les pieds) a donné en français le mot kénose (se vider de soi-même). La kénose du Christ, c’est son être même et celui de Dieu [1] : être tendu vers l’autre – que ce soit son Père ou ses frères – pour ne plus faire qu’un avec lui/eux dans une communion d’amour que le service exprime et réalise. La liturgie du Jeudi Saint nous livre ainsi la dimension christique de l’eucharistie : communier, c’est s’engager avec le Christ, par lui et en lui, dans sa kénose pour les autres.

Communier sans désirer participer à cette kénose du Christ, voilà qui serait une hypocrisie plus redoutable que tous les sacrilèges !

 

2. Un signe d’hospitalité

La phyloxénie d'Abraham (Chagall)Cette signification du lavement des pieds est bien connue. En signe de bienvenue, les esclaves purifiaient les pieds des invités. Ce geste leur assurait en actes qu’ils étaient attendus, désirés, respectés. Paul en fait l’un des critères pour admettre une femme dans le groupe des veuves de la communauté : « Une femme ne sera inscrite au groupe des veuves que si elle est âgée d’au moins soixante ans et n’a eu qu’un mari. Il faut qu’elle soit connue pour ses belles œuvres : qu’elle ait élevé des enfants, exercé l’hospitalité, lavé les pieds des saints, assisté les affligés, qu’elle se soit appliquée à toute œuvre bonne » (1 Tm 5, 9-10). Critère diaconal en quelque sorte, visiblement très féminin  aux débuts de l’Église….

Le lien eucharistie–hospitalité est donc naturel dans l’évangile de Jean.

On se souvient d’Abraham offrant l’hospitalité à trois voyageurs, organisant leur lavement des pieds, les nourrissant, pour découvrir après coup que c’était Dieu (en personnes, pourrait-on dire !) qui le visitait (Gn 18, 1-15). L’eucharistie et l’hospitalité d’Abraham sont symboliquement réunies dans l’icône de la Trinité de Roublev. Elles doivent l’être existentiellement dans nos pratiques domestiques ordinaires.

Comment communier sans accueillir des invités chez vous ? des réfugiés dans un pays ? sans nous laisser nous-mêmes inviter ailleurs ?

 

3. Un acte de charité

Pope-Francis-Muslim-Christian-Hindu-refugees-Castelnuovo-di-Porto-Rome-Italy-Maudy-Thursday-2016 culte dans Communauté spirituelleLes Anglais ont appelé le Jeudi Saint : Maundy Thursday. Cela vient du latin mandatum  = commandement (mandat), en référence au commandement nouveau de l’amour dont Jésus fait la clé de voûte de son message et de son être : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres »(Jn 13, 34) … 

Les célébrations du Jeudi Saint au Royaume-Uni (également appelé Royal Maundy) impliquent que le monarque offre des aumônes aux personnes âgées méritantes – un homme et une femme pour chaque année de l’âge du souverain. Ces pièces, connues sous le nom de monnaie Maundy ou Royal Maundy, étaient distribuées dans des sacs à main rouges et blancs, selon une coutume datant du roi Édouard Ier. Le sac à main rouge contenait de la monnaie ordinaire, la bourse blanche avait de l’argent au montant d’un sou pour chaque année de l’âge du souverain.

Laver les pieds de l’autre – alors qu’ils sont sales – relève de la charité qui a toujours inspiré les paroles et les actes du Christ. Il s’agit de redonner à l’autre sa beauté, sa pureté, son parfum, de le restaurer dans sa dignité d’ami et de familier. Voilà pourquoi le pape choisit souvent des prisonniers, des personnes handicapées, des victimes, des malades du sida, des réfugiés, pour obéir au commandement du Maundy Thursday en leur lavant les pieds devant tous. 

Communier, c’est puiser en Christ la force d’obéir à son commandement nouveau de charité envers tous, jusqu’à se livrer sa vie s’il le faut.

 

4. Une signification sacramentelle

Comment réconcilier les jeunes avec la confession ?Les réticences de Pierre à se laisser toucher et laver par Jésus donnent lieu au développement du texte sur la nécessité de renouveler régulièrement cette purification partielle, alors que le reste du corps n’en a pas besoin. La Tradition unanime y a vu l’annonce de l’importance de la confession des péchés, hygiène spirituelle à pratiquer après le baptême. Le baptême est donné une fois pour toutes, et avec lui le pardon fondamental. La confession des péchés est rendue nécessaire par la marche poussiéreuse sur les chemins de la vie, où inévitablement la saleté s’accumule sur les sandales et sur les pieds, ternissant ainsi la propreté des pieds seulement.

Sacramentelle chez les catholiques et les orthodoxes, spirituelle chez les protestants, cette confession régulière des péchés permet de ne pas perdre la grâce fondamentale du baptême, de l’entretenir en quelque sorte par ce toilettage fréquent.

Communier pour être pardonné (des inévitables manquements commis au cours de route) ; être pardonné pour communier : ce lien sacramentel est fort ! L’Occident l’avait durci en une obligation décourageante (c’est pourquoi les chrétiens ne communiaient autrefois qu’une fois l’an, pour être ‘en état de grâce’ et ‘faire ses Pâques’). Nous pourrions aujourd’hui redécouvrir ce lien plus positivement : Pierre a bien accepté d’être lavé/pardonné malgré ses réticences, pourquoi pas nous ?

 

5. Une signification éthique

Pour une éthique sociale universelle : la proposition catholiqueLe fait que Jean ait volontairement remplacé le récit de la Cène (alors qu’il y était !) par le lavement des pieds (alors qu’il connaissait les trois autres versions du dernier repas de Jésus écrites avant la sienne) montre assez le lien qu’il a voulu établir entre les deux. En termes contemporains, on pourrait traduire cela dans la formule : pas de culte sans éthique, pas d’éthique son culte.

Le discours sur le pain de vie (Jn 6, dimension cultuelle) culmine dans le geste du lavement des pieds (Jn 13, dimension éthique). Servir ses frères exprime la vérité de l’eucharistie. Voilà pourquoi le ministère diaconal est si essentiel à l’Église.

Dans le Moyen-Orient ultra-religieux de l’époque, cet accomplissement n’allait pas de soi (comme pour l’islam ou l’hindouisme etc.) : les droits de Dieu étaient largement supérieurs aux droits des hommes, et le crime de blasphème pour lequel Jésus a été condamné était le pire de tous. À l’heure des fanatismes musulmans et religieux de tous poils, il est vital de rappeler inlassablement, avec les prophètes de la première Alliance, que le culte sans éthique n’est qu’une vaste supercherie, une hypocrisie dangereuse, une instrumentalisation blasphématoire du Nom de Dieu.

À l’inverse, en Occident notamment, la réciproque mériterait d’être valorisée. Car l’humanitaire se dégrade vite en alibi sans une vision transcendante de l’homme. La poursuite de la solidarité s’abîme en assistance humiliante si l’on ne voit que les besoins économiques. L’action politique se noie dans le cynisme s’il n’y a pas de bien commun supérieur. Les enfants des militants chrétiens des années 60 ont pris leur éthique, mais sans la foi au Christ. Cette rupture entre les deux compromet la réussite de l’une et de l’autre…

Célébrer et servir sont les deux faces de la médaille chrétienne de l’eucharistie. Jamais l’une sans l’autre.

 

6. Une signification ecclésiale

schema_robbes autoritéLa finale de notre évangile résonne comme une invitation à convertir notre exercice du pouvoir et de l’autorité : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres… »

Cette conversion de l’autorité est d’abord à vivre en Église, pour qu’elle soit sacrement (=  signe et moyen) de ce qu’elle annonce (cf. Vatican II).

Or là, il faut bien avouer que la réforme de l’Église que cela implique est immense, inachevée et permanente. Dans l’Église catholique, l’autorité est encore confisquée – en théorie et en pratique – par une pyramide très hiérarchique, dont les femmes sont très largement absentes. Tant que les réformes pour vivre le pouvoir dans l’esprit du lavement des pieds resteront aussi timides et anecdotiques qu’aujourd’hui, on peut craindre pour l’avenir de notre Église, si peu à la hauteur – ou plutôt si peu à la bassesse – de Celui qu’elle annonce, et de sa kénose.

L’argument vaut d’ailleurs pour toutes les Églises…

De la Curie romaine au conseil pastoral de paroisse, nos institutions et fonctionnements  devraient régulièrement se soumettre ou lavement par le Christ, afin d’être débarrassées de leurs souillures, acquises au fil des siècles.

Communier, c’est s’engager à réformer l’Église pour qu’elle soit davantage fidèle à l’Esprit du serviteur de Jn 13.

 

7. Un signe pascal

Jésus mains tenant jarre d'eau prêt à laver les pieds de ses disciples Banque d'images - 47035301À la fin du lavement des pieds, Jésus reprend sa tunique : geste symbolique à forte connotation pascale. Se dépouiller de sa tunique, c’est la kénose du Christ, de son incarnation jusqu’à sa mort. Reprendre sa tunique, c’est se relever d’entre les morts, être à nouveau revêtu de la splendeur de cette divinité. La traduction liturgique privilégie d’ailleurs le sens de « recevoir » pour l’autre usage du verbe λαβεῖν (labein = prendre/recevoir) : « ma vie, nul la prend, mais c’est moi qui la donne. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai le pouvoir de la recevoir (labein) à nouveau » (Jn 10, 18).
La résurrection d’entre les morts est en œuvre en filigrane dans le rituel du Prince se faisant esclave par amour, et ainsi couronné de gloire par son Père.

Communier à la messe, c’est participer dès maintenant à ce mouvement pascal qui nous entraîne nous aussi à déposer nos signes de richesse pour revêtir la dignité pascale des baptisés en Christ.

 

Impossible de vivre ces sept significations eucharistiques à soi tout seul, et tout le temps. Il nous faut nous y tenir ensemble, en Église, en vivant intensément la dimension qui est la nôtre actuellement, sans oublier celles que nous pourrons honorer plus tard.

 

 


[1]. « L’être de Dieu correspond à son apparaître dans  le Christ.  Jésus  ne  nous  dit  pas  seulement  comment  l’homme  doit aimer,  mais  aussi  et  d’abord  comment  Dieu  aime.  S’il  y  a  une  kénose  du  Christ,  c’est  que Dieu, Père,  Fils,  Esprit, est  éternellement  en  kénose,  c’est-à-dire  en  acte  de  livraison sacrificielle de soi. Point n’est besoin d’être chrétien pour savoir que nul n’entre dans la joie d’aimer  sans  entrer  d’un  même  mouvement  dans  la  souffrance  d’aimer.  Mais  le  chrétien fonde  en  Dieu  même  cette  réciprocité,  j’allais  dire  cette  identité.  Dieu  est  ce  qu’il  devient dans le Christ. Il n’y aurait pas une kénose du Verbe incarné si la Trinité –et non seulement le Verbe –n’était en elle-même Puissance et Acte de kénose. [...] La forme d’existence du Fils est d’être Image, donc pôle d’accueil, d’humilité et de pauvreté dans la Trinité. Il est kénose en tant qu’Image du Père, mais c’est d’une kénose qu’il est l’image. Il ne serait pas en kénose si le Père n’y était pas ». François VARILLON, L’humilité de Dieu, Paris, Le Centurion, 1974, p. 127-128.

 

 

MESSE DU SOIR

PREMIÈRE LECTURE
Prescriptions concernant le repas pascal (Ex 12, 1-8.11-14)

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année. Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.
Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »

 

PSAUME
(115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18)
R/ La coupe de bénédiction est communion au sang du Christ. (cf. 1 Co 10, 16)

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »
Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

 

ÉVANGILE
« Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1-15)
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »
Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »
Patrick BRAUD

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21 mars 2021

Rameaux : vous reprendrez bien un psaume ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Rameaux : vous reprendrez bien un psaume ?

 Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur / Année B
28/03/2021

Cf. également :

Rameaux : la Passion hallucinée de Jérôme Bosch
Rameaux : le conflit ou l’archipel
Comment devenir dépassionnés
Rameaux : assumer nos conflits
Rameaux, kénose et relèvement
Briser la logique infernale du bouc émissaire
Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux
Le tag cloud de la Passion du Christ
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
C’est l’outrage et non pas la douleur
Il a été compté avec les pécheurs
Sortir, partir ailleurs…

Le récit de la Passion que nous venons d’entendre – de vivre – en ce dimanche des Rameaux est le cœur du Nouveau Testament. Les premières traditions orales se sont constituées autour de ces trois jours à Jérusalem ; les premiers écrits de ce qui deviendra les Évangiles également. Une caractéristique de ces lignes saute aux yeux : elles sont truffées de citations de psaumes du début à la fin. Quand on en fait la recension, on obtient le tableau suivant, montrant que 7 psaumes sont cités par les rédacteurs à partir du procès. Et les célèbres 7 paroles du Christ en croix (si magnifiquement mises en musique pas Schütz, Pergolèse, Haydn, Franck ou Gounod) sont des bouts de psaumes mis sur les lèvres de Jésus agonisant.

                                              LES PSAUMES DE LA PASSION

Les psaumes de la Passion

En italique ou souligné, les allusions ou citations mises dans la bouche de Jésus

Que peut nous apprendre aujourd’hui ce recours aux psaumes pour décrire la Passion du Christ ?
À quel usage des psaumes cela peut-il nous appeler pour nos propres passions ?
Pourquoi donc prier les psaumes ?

 

1. Pour trouver les mots lorsqu’on n’en a plus

Rameaux : vous reprendrez bien un psaume ? dans Communauté spirituelle M02204011738-sourceTout au long des sept offices quotidiens, les moines et les moniales chantent les 150 psaumes de la Bible en une semaine, chaque semaine. À force, ils les connaissent par cœur. Ou plutôt par le cœur : leurs mots leur viennent aux lèvres naturellement quand une émotion vient les bouleverser, heureuse ou dramatique. Les millions de prêtres, religieux et religieuses, et même de laïcs pratiquant le bréviaire (« Prière du Temps Présent ») deux ou trois fois par jour font la même expérience : lorsqu’on est submergé par un sentiment très fort, l’esprit va puiser inconsciemment dans les réserves de mots accumulées par temps calme. Alors que l’émotion nous rend muet, la mémoire nous fournit les mots. Lorsque l’angoisse nous étreint au-delà de tout, nous murmurons : « mon cœur est comme de la cire, il fond au milieu de mes entrailles » (Ps 21,15). Lorsque le désir de Dieu nous brûle, nous nous tournons vers lui : « Dieu tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube. Mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau » (Ps 62,2). Lorsque nous subissons le mal de la part d’autrui : « écoute, ô mon Dieu, le cri de ma plainte ; face à l’ennemi redoutable, protège ma vie » (Ps 63,2). Lorsque la reconnaissance nous inonde pour les bienfaits reçus, nous répétons le leitmotiv du psaume 117 : « éternel est son amour… »

Relisez le psautier : à chaque strophe, vous pourrez associer un ou plusieurs épisodes de votre vie. Et inversement, à chaque moment de votre vie vous pouvez associer un ou plusieurs psaumes qui mettent en forme avec une justesse incroyable ce que vous ressentez.

Avec le lait de sa mère, Jésus lui aussi a été biberonné à la psalmodie de ces prières attribuées à David. Aussi, quand l’horreur de la Passion le saisit, il reste silencieux, ou va chercher dans les psaumes les mots pour approcher l’indicible.
Ceux qui ont un jour trop souffert, ou trop aimé, savent ce dont il est question…

Voilà donc un premier enjeu pour nous : la familiarité avec les psaumes nous fournit un réservoir de mots plus précieux que la cave du George V !

 

2. Pour endosser l’habit d’un qui a déjà traversé

figma-le-david-de-michel-ange-table-museum croix dans Communauté spirituelleLes psaumes sont écrits à la première personne. C’est donc que leur auteur est vivant : s’il  raconte une épreuve, c’est qu’il l’a traversée. S’il se plaint de ses ennemis, c’est qu’il en a triomphé. S’il multiplie les formules d’allégresse, c’est qu’il l’a sauvegardée dans sa mémoire. Alors, prier le psaume écrit par un autre (symboliquement : David) permet d’endosser son vêtement pour faire le chemin avec lui, sachant que lui est déjà parvenu au terme. Puisqu’il n’a pas été anéanti par l’angoisse qu’il exprime, je peux sans danger laisser sortir de moi mes doutes les plus terribles, mes dérélictions les plus affreuses. Puisqu’il a su résister à ses ennemis, je peux m’exposer en criant ma peur avec lui. Puisqu’il ne s’est  finalement pas détourné de Dieu, je peux crier avec lui ma révolte devant l’injuste et l’absurde. Puisque le bonheur l’a rapproché de Dieu, je peux avec lui laisser éclater ma joie pour qu’elle s’enracine au plus haut des cieux.

Le psaume me protège : l’armure des mots de son auteur m’autorise à marcher dans ses pas. La vérité de son cri est la fronde de David pour terrasser les géants qui m’effraient. En chantant les phrases d’un qui a déjà traversé sur l’autre rive (du malheur, de l’injustice, de la joie…), je peux déjà me réjouir d’être sur un sentier de vie. Parce qu’ils sont écrits par des sauvés, je peux goûter déjà ce salut rien qu’en empruntant aux psaumes leurs mots…

 

3. Pour convertir la douleur à force de louange

#Withsyria Banksy (Capture d'écran vidéo #Withsyria Banksy)Les psaumes vont souvent de la louange à la louange. Même ceux cités dans les récits de la Passion. Ainsi le psaume 21 commence comme tant d’autres au verset 1 par la suscription : « Du maître de chant. Sur la ‘biche de l’aurore’. Psaume. De David » (Ps 21,1). Par ce rappel du chant et de David, le cadre liturgique et royal est posé, en amont. Et la mention : « sur la biche de l’aurore » est sans doute une allusion à la beauté de la reine Esther qui fit se lever l’aurore dans la nuit de la persécution vécue par son peuple. Cette référence à Pourim (la fête célébrant la délivrance des juifs vivant en Perse de leur persécuteur) éclaire d’une puissante espérance le cri de déréliction qui vient juste après : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (v 2). Le corps du psaume que Jésus a prié dans son corps souffrant sur la croix décrit ensuite longuement le mépris, l’insulte, la dérision, l’abandon que traverse le juste persécuté, l’innocent qu’on élimine. Mais en finale, le psaume revient à la louange : « je te loue en pleine assemblée » (v 23)… et se termine sur une espérance dans laquelle les chrétiens reconnaîtront l’Église : « Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ; on annoncera le Seigneur aux générations à venir. On proclamera sa justice au peuple qui va naître : Voilà son œuvre ! » (Ps 21, 31 32).

On peut faire cette analyse pour quasiment chaque psaume. La douleur et la souffrance sont bien présents, mais comme le pli au milieu de la feuille de papier qu’on parcourt d’un bord à l’autre. On les traverse.

Dans sa Passion, Jésus éprouve une triple douleur : morale d’abord (trahison de Judas, fuite de ses amis, insultes, mépris, procès injuste), spirituel surtout (être abandonné de son Père, devenir un renégat à cause du châtiment de la croix, voir son identité de Fils dispersée avec ses vêtements partagés entre les soldats, mise en pièces par la déchéance religieuse liée à la croix), physique enfin (le fouet, les épines, les clous, l’asphyxie lente et cruelle). De ces trois douleurs, la pire est celle qui touche sa relation à Dieu. Jésus a puisé dans les psaumes de quoi convertir cette douleur extrême à force de louange. Le fiel du psaume 62 l’assimile au juste bafoué sans raison. Les moqueries, les tentations, l’abandon, le partage des vêtements, la soif du psaume 21 lui promettent la louange finale. La confiance du psaume 30,6 est le point d’orgue de son agonie.

Dans les Passions qui sont les nôtres, déchiffrer ce qui nous arrive à la lumière des psaumes nous permettra avec Jésus de donner sens à l’incompréhensible, de convertir – pas de supprimer – notre douleur en pierre d’attente. Et c’est la louange qui opère en nous cette alchimie de la douleur…

 

4. Pour rejoindre la foule des priants

Charente : avec les sœurs confinées de l’abbaye de MaumontLa plupart des psaumes supposent un climat liturgique, au Temple de Jérusalem : on y entend les foules se lamenter ou exulter, les prêtres inviter les pèlerins à gravir les marches du Temple. On y sent fumer l’encens et dégouliner la graisse des sacrifices. On y admire la mémoire d’un peuple capable de relire son histoire collective en y discernant le fil rouge de l’amour de Dieu.

Le juif qui prie ces chants tout seul dans sa chambre, ou à quelques-uns dans une synagogue de campagne, sait bien qu’il n’est pas seul : cette psalmodie l’intègre à tout un peuple, de tous les âges. Il en est de même chez les chrétiens : en priant un psaume seul devant votre smartphone (grâce à l’application géniale et gratuite AELF !), vous savez que vous êtes en communion avec les milliers, les millions de priants de par le monde qui prononcent les mêmes mots à la même heure du jour (même si c’est dans des langues et des fuseaux horaires différents). Lire, réciter, prier, méditer un psaume est un acte à la fois singulier (c’est moi qui souffre, espère, lutte dans le texte) et extraordinairement collectif (c’est l’Église qui prie les psaumes avec le Christ et en lui).

Application gratuite AELFÀ l’office de Laudes, je rejoins l’immense peuple des priants qui font se lever le jour, « biche de l’aurore ». A Vêpres, mon action de grâces pour la journée écoulée s’unit à tous ceux et celles qui en font autant au soir de leur labeur. À Complies, je me confie en paix entre les bras du « Maître souverain », et je suis relié à ce Corps immense qui se repose ainsi en lui.

Elle est bien là, la force des psaumes : nous incorporer à la communion des saints de tous les lieux et tous les âges, tout en nourrissant notre identité la plus singulière, la plus personnelle. Si la souffrance ou le malheur me font croire que je suis seul dans mon épreuve, les psaumes me donneront des compagnons invisibles par milliers. Si la joie ou l’exaltation me montent à la tête en me croyant unique, les psaumes me feront humblement unir ma louange à celle d’Israël et de l’Église, depuis toujours à toujours…

Les psaumes de la Passion du Christ peuvent devenir les nôtres : à nous de pratiquer régulièrement, obstinément, cette respiration spirituelle aussi vitale que notre souffle.

Il suffit pour cela d’une application gratuite…

MESSE DE LA PASSION

PREMIÈRE LECTURE
« Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu » (Is 50, 4-7)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

 

PSAUME
(21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a)

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (21, 2a)

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 6-11)

Lecture de la lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.
Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,
afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers,
et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

 

ÉVANGILE
Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Mc 14, 1 – 15, 47)
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Ph 2, 8-9)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Marc

Indications pour la lecture dialoguée : Les sigles désignant les divers interlocuteurs son les suivants :
X = Jésus ; 
= Lecteur ; D = Disciples et amis ; = Foule ; = Autres personnages.

L. La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir. Car ils se disaient : A. « Pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple. »

 L. Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête. Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : A. « À quoi bon gaspiller ce parfum ? On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » L. Et ils la rudoyaient. Mais Jésus leur dit : X « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours. Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement. Amen, je vous le dis : partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »

 L. Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus. À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable.

 Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : D. « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » L. Il envoie deux de ses disciples en leur disant : X « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : ‘Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?’ Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. » L. Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.

 Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : X « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. » L. Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : D. « Serait-ce moi ? » L. Il leur dit : X « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » L. Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : X « Prenez, ceci est mon corps. » L. Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : X « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

 L. Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Jésus leur dit : X « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger,et les brebis seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » L. Pierre lui dit alors : D. « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. » L. Jésus lui répond : X « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » L. Mais lui reprenait de plus belle : D. « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » L. Et tous en disaient autant.

 Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : X « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. » L. Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : X « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. » L. Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui. Il disait : X « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » L. Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : X « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » L. De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles. Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre. Une troisième fois, il revient et leur dit : X « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »

 L. Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens. Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu : D. « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. » L. À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : D. « Rabbi ! » L. Et il l’embrassa. Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent. Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille. Alors Jésus leur déclara : X « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. » L. Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous. Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter. Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu.

 Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes. Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu. Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas. De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas. Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage : A. « Nous l’avons entendu dire : ‘Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.’ » L. Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants. Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : A. « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? » L. Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : A. « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? » L. Jésus lui dit : X « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. » L. Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : A. « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » L. Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : F. « Fais le prophète ! » L. Et les gardes lui donnèrent des coups.

 Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre. Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : A. « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! » L. Pierre le nia : D. « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » L. Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta. La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : A. « Celui-ci est l’un d’entre eux ! » L. De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : F. « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. » L. Alors il se mit à protester violemment et à jurer : D. « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. » L. Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.

L. Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Celui-ci l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : X « C’est toi-même qui le dis. » L. Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate lui demanda à nouveau : A. « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. » L. Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné. À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient. Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute. La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude. Pilate leur répondit : A. « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré. Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas. Et comme Pilate reprenait : A. « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? », L. de nouveau ils crièrent : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate leur disait : A. « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » L. Mais ils crièrent encore plus fort : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.

 Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde, ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée. Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : F. « Salut, roi des Juifs ! » L. Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements.

Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier, et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire). Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun. C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia. L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ». Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : F. « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! » L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : A. « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » L. Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.

 Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : X « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », L. ce qui se traduit : X « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » L. L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : F. « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! » L. L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : A. « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! » L. Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.

 (Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant)

 Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : A. « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »
 L. Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem. Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat, Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps. Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps. Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.
Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.
Patrick BRAUD

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