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11 septembre 2022

Mi-Abbé Pierre, mi-Mélenchon : Amos !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Mi-Abbé Pierre, mi-Mélenchon : Amos !

Homélie pour le 25° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
18/09/2022

Cf. également :

Trompez l’Argent trompeur !
Peut-on faire l’économie de sa religion ?
Éthique de conviction, éthique de responsabilité
Prier pour la France ?
La 12° ânesse
Épiphanie : l’économie du don

L’invasion russe en Ukraine ne cesse de provoquer des remous sur toute la planète. En Europe, l’inflation frôle un taux à deux chiffres ; les peuples se préparent à un hiver sans gaz russe ; les dettes nationales s’envolent à nouveau pour soutenir le pouvoir d’achat et se procurer de l’énergie ailleurs. En Afrique, la pénurie de céréales ukrainiennes peut engendrer une famine en Égypte, au Maroc, et priver d’engrais azotés des millions de cultivateurs. La Chine se sent pousser des ailes pour faire avec Taïwan ce que Poutine a fait avec le Donbass. L’Inde en profite pour devenir plus ultranationaliste que jamais. Et chaque semaine apporte son lot de crimes de guerre, de tortures, d’exactions contre des civils, d’exodes de populations ukrainiennes par milliers.

Mi-Abbé Pierre, mi-Mélenchon : Amos ! dans Communauté spirituelle 412Z6MJ6AJL._SY291_BO1,204,203,200_QL40_ML2_« Rien de nouveau sous le soleil », dirait la Bible (Qo 1,9). À lire l’Ancien Testament, on parcourt les mêmes agressions violentes des empires conquérant des territoires par la force injuste ; les mêmes inégalités prolifèrent entre les nantis et les petites gens ; la même inhumanité est à l’œuvre envers des rivaux étrangers, des opposants intérieurs, des minorités ethniques etc.
Akkad, Sumer, Babylone, Memphis ou Rome n’étaient pas plus tendres que Moscou ou Pékin. La corruption y était aussi grande, les injustices et les inégalités y sévissaient de même.

Mais, en Israël, il y avait les prophètes !

Ces voix courageuse s’élevaient, au prix de leur liberté et de leur vie, pour dénoncer les exactions des puissants, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. La première lecture de ce dimanche nous fait entendre la protestation véhémente d’Amos (Am 8,4-7), qu’il faudrait faire tonner avec fracas dans nos églises au lieu de la lire gentiment à mi-voix au micro… :

« Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » Le Seigneur le jure par la Fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits ».


Crier fort pour tous ceux qu’on écrase

Voilà donc la première mission des prophètes (dont nous sommes depuis notre baptême !) : élever la voix pour dénoncer publiquement ce qui offense Dieu dans le sort fait aux pauvres.
Imaginez que vous vouliez honorer le Christ en l’embrassant et que pour cela vous lui montiez sur les pieds avec de gros souliers ferrés : « eh bien – tonne saint Augustin – le Christ criera plus fort pour ses pieds qu’on écrase que pour sa tête qu’on honore ! »

Au VIII° siècle avant J.-C., le royaume du Nord en Israël était florissant. Il semblait puissant et riche. Seulement, en marge des nantis, il y avait tout une frange de la population qui était exploitée, appauvrie, opprimée par les classes dirigeantes. Oui, il y avait des gens qui devaient se vendre pour une paire de sandales (Am 2,6), qui n’avaient pas de quoi se couvrir la nuit (2,8), qui étaient réduits en esclavage pour n’avoir pas pu payer leurs dettes (8,6), qui étaient victime de magouilles et autres malversations dans le commerce (8,5), les tribunaux (2,7 ; 5,12) etc.

L’anéantissement des petits (8,4) ne doit pas, ne peut pas être accepté passivement. Amos élève la voix, et vocifère à la mesure inverse du silence imposé par les forts à leurs victimes. Il proclame que ces comportements sont des ruptures d’Alliance. Il avertit que tout cela va conduire à la ruine du royaume si rien ne change.

Il y a des accents « amosiens » dans le cri d’appel au secours de l’Abbé Pierre sur les ondes de RTL en plein hiver 1954 : « Mes amis, au secours ! Cette nuit un bébé est mort de froid dans la rue… » Il y a quelques accents « amosiens » dans le bruit et la fureur que Mélenchon voulait répandre pour dénoncer les inégalités en France (ce qui ne valide en rien ses propositions de solutions !)…


La dés-Alliance économique et sociale

Ces deux figures – bien différentes – de la contestation sociale sont dans le droit fil prophétique de l’Ancien Testament. Leur critique est cependant très ‘horizontale’, très sécularisée, alors que celle d’Amos est foncièrement religieuse. Pour Amos, maltraiter les pauvres est une blessure de l’Alliance entre Dieu et son peuple. Truquer les balances et les procès, c’est rendre caduques les belles processions au Temple avec leur sacrifices d’animaux par centaines. Exploiter les indigents, c’est annuler la somptueuse liturgie pleine d’encens qui ravit les juifs pieux. S’habituer au malheur des pauvres, c’est briser les Tables de la Loi une seconde fois.

Les tables brisèesLe non-respect des droits économiques et sociaux des humbles a pour Amos une portée spirituelle : l’idolâtrie de valeurs trop humaines, et une portée religieuse : la rupture de l’Alliance entre YHWH et son peuple. La fidélité rituelle d’Israël cache mal à ses yeux une infidélité éthique. Le rite devient hypocrite et vain lorsqu’il ne s’incarne pas dans une éthique cohérente. Le patriarche Kirill devrait relire Amos avant de célébrer les fastes de la divine liturgie devant Poutine et ses sbires…

« Vous crachez à la face de YHWH si vous méprisez les pauvres gens », ose reprocher Amos aux pratiquants de son époque.
Le même reproche est à crier aujourd’hui encore aux oreilles des chrétiens, des juifs ou des musulmans qui pratiquent en même temps leur liturgie, ses rites et ses croyances, et la violence armée, la déportation des populations, l’annexion par la force, l’enrichissement sans vergogne aux dépens des humbles…

La pratique de la justice sociale est donc un élément constitutif de la foi en YHWH. Est-elle ignorée ou rejetée, c’est la connaissance du Seigneur elle-même qui est amputée ou compromise. « Le combat pour la justice et la participation à la transformation du monde nous apparaissent pleinement comme une dimension constitutive de la prédication de l’Évangile qui est la mission de l’Église pour la rédemption de l’humanité et sa libération de toute situation oppressive ».[1]

D’ailleurs, tôt ou tard, des comportements économiques et sociaux injustes conduisent à l’idolâtrie pure et simple, comme le constate amèrement Amos :

« Ils écrasent la tête des faibles dans la poussière, aux humbles ils ferment la route.
Le fils et le père vont vers la même fille et profanent ainsi mon saint nom.
Auprès des autels, ils se couchent sur les vêtements qu’ils ont pris en gage. Dans la maison de leur Dieu, ils boivent le vin de ceux qu’ils ont frappés d’amende » (Am 2,7-8).
La prostitution sacrée n’est jamais bien loin de l’idolâtrie religieuse au cœur des cultes de fertilité si présents en Canaan…
L’injuste devient vite idolâtre, et réciproquement…


La dé-Création économique et sociale

Amos va plus loin encore. Il présente les crimes contre la justice – qu’ils soient commis par des juifs ou des non-juifs – comme des péchés (pešā‘îm en hébreu, cf. Am 2,6; 3,14; 5,12) contre Dieu créateur.

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En effet, en instaurant le désordre dans le règne de sa Création, les auteurs des exactions énumérées en Am 5,7.10-12 et de celles dénoncées dans les autres oracles du livre (Am 2,6-8; 3,9-10;4,1;6,4-6;8,4-6) s’opposent à Dieu ou entrent en sédition contre Celui qui s’attelle constamment à maintenir un ordre juste et harmonieux dans l’univers. En conséquence, toute situation d’injustice devient indubitablement une atteinte au projet créateur parce qu’elle instaure la confusion au sein de la création. En définitive, Amos révèle que les injustices sont des actes de « dé-Création » : elles font retourner la société au chaos.

Israël a accepté la Torah comme règle de son Alliance avec YHWH. Les autres nations ne sont pas dépourvues pour autant de leurs propres lois d’alliance. C’est ce que la Bible appelle les lois noachiques [2] : après le Déluge, Dieu a fait alliance avec Noé pour que le monde ne soit plus livré au chaos, et cette alliance noachique englobe tous les peuples. Un œil moderne verrait là une des sources des Droits de l’Homme actuels : un minimum à respecter pour être humain, quelle que soit sa nationalité, son ethnie, sa religion. La faiblesse des Droits de l’Homme est de n’être fondée que sur la nature humaine (que certains soupçonnent d’y être très – trop ? – occidentale). La force de l’alliance noachique est d’être fondée en Dieu, ce qui garantit son universalité et son inviolabilité.

Sans le savoir ou non, les Chinois qui déportent les Ouïgours ou les Tibétains violent l’Alliance originelle, et contribuent à décréer le monde. Sans le savoir ou non, les Russes qui veulent éradiquer l’identité ukrainienne à tout prix sont complices des forces obscures qui défont l’univers. Et c’est vrai également des Américains qui napalmaient le Vietnam, des Français qui colonisaient par la force, des musulmans qui soumettaient des royaumes par le sabre et développaient la traite des esclaves dans toute l’Afrique dès le VII° siècle etc.

Voici ce qu’Amos reproche aux non-juifs :

- Il proteste contre l’inhumanité brutale de l’armée syrienne : « … (les Syriens) ont foulé Galaad avec des herses de fer » (1,2).
Quelles armées en conquête ne sont pas brutales ?…

– Il proteste contre la déportation des civils, réfugiés livrés à eux-mêmes sans défense. À la suite d’une attaque sur Juda et Israël, une population en fuite cherche un asile en Philistie. Mais les Philistins les repoussent dans les bras des Édomites (v.6). De la même manière, la Phénicie, qui voit d’un mauvais œil l’arrivée massive des étrangers à ses frontières, n’hésite pas, au nom de la sauvegarde de ses intérêts, à trahir le traité de fraternité qui la lie à Israël (1R 5,26, 9,14). Les conséquences sont désastreuses : toute une population de réfugiés, qui a été abandonnée à Édom, devient rapidement une marchandise sur le marché international.
C’est presque un reportage sur les charniers et les massacres des civils en Syrie, en Ukraine, au Yémen, au Mali…

– Le prophète dénonce aussi les actes de cruauté sauvages que les Ammonites perpétuent alors qu’ils cherchent à étendre leur territoire. Ainsi, ils ont éventré les femmes enceintes du Galaad afin d’agrandir leur territoire (v. 13).
Rien de nouveau sous le soleil…

– Il dénonce la colère jamais assouvie, violente et impitoyable. Ainsi « (les Édomites) ont poursuivi leur frère (Israël) avec l’épée en étouffant leur compassion » (v. 11).
Quels soldats aujourd’hui font preuve de compassion envers leurs ennemis ?

– Finalement, Amos s’oppose à la haine qui cherche à effacer jusqu’à la toute dernière trace de son ennemi: « (les Moabites) ont brûlé, calciné, les ossements du roi d’Édom » (2,1). Ainsi, Moab prive le roi d’Édom des honneurs de funérailles décentes que l’on doit même à ses ennemis (1R 2,31; 2R 9,34). Dans l’Ancien Testament, brûler un corps était un fait extrêmement rare (1S 31,12) et essentiellement un signe du jugement de Dieu. Cela démontre à quel point l’identité de l’homme était liée au corps. Or Moab récupérait les corps abandonnés sur le champ de bataille dans un but industriel (faire de la chaux). Ainsi, les considérations économiques dépassent même les honneurs dus à la mémoire d’un homme. Les nazis n’ont rien inventé…

Nos pratiques économiques injustes, notre mépris social des petits – et on ajouterait aujourd’hui : nos habitudes anti-écologiques – sont des actes de dé-Création.
Ce ne sont pas seulement des offenses faites à la nature, et c’est déjà trop.
Ce ne sont pas seulement des violences insupportables faites aux petits, et c’est déjà moralement injustifiable.
C’est – dans le même mouvement – une rupture de l’Alliance créatrice qui unit l’humanité à Dieu.
C’est une blessure qui défigure notre ressemblance avec Dieu.
C’est une offense à nous-même et à Dieu qui rend hypocrite et vaine toute forme de religiosité qui s’accommoderait de ces pratiques inhumaines.


La postérité d’Amos

Il n’y a pas que Mélenchon et l’Abbé Pierre pour prendre le relais d’Amos ! Les Pères de l’Église ont eu des accents prophétiques incroyables !

Pour notre époque, il est intéressant par exemple de relever les 3 citations de notre première lecture opérées dans le Catéchisme de l’Église Catholique (1992) :

Famine rouge : la guerre de Staline en Ukraine– la 1° citation s’applique directement aux marchands de la faim qui cherchent à exploiter le conflit ukrainien à leur avantage, avec pénuries et famines à la clé comme Staline en 1932-33 provoquant 4 millions de morts en Ukraine  :

L’acceptation par la société humaine de famines meurtrières sans s’efforcer d’y porter remède est une scandaleuse injustice et une faute grave. Les trafiquants, dont les pratiques usurières et mercantiles provoquent la faim et la mort de leurs frères en humanité, commettent indirectement un homicide. Celui-ci leur est imputable (cf. Am 8,4-10). (CEC n° 2269)

– la 2° citation d’Amos vise les spéculateurs, les fraudeurs et les optimisations fiscales de tout poil qui exploitent les failles des législations protégeant les droits de chacun :

Toute manière de prendre et de détenir injustement le bien d’autrui, même si elle ne contredit pas les dispositions de la loi civile, est contraire au septième commandement. Ainsi, retenir délibérément des biens prêtés ou des objets perdus ; frauder dans le commerce (cf. Dt 25,13-16) ; payer d’injustes salaires (cf. Dt 24,14-15 JC 5,4) ; hausser les prix en spéculant sur l’ignorance ou la détresse d’autrui (cf. Am 8,4 6). (CEC n° 2409)

– la 3° citation invite à faire une démarche spirituelle – et pas seulement ‘horizontale’ – en reconnaissant la présence du Christ dans les pauvres :

Dès l’Ancien Testament, toutes sortes de mesures juridiques (année de rémission, interdiction du prêt à intérêt et de la conservation d’un gage, obligation de la dîme, paiement quotidien du journalier, droit de grappillage et de glanage) répondent à l’exhortation du Deutéronome :  » Certes les pauvres ne disparaîtront point de ce pays ; aussi je te donne ce commandement : tu dois ouvrir ta main à ton frère, à celui qui est humilié et pauvre dans ton pays  » (Dt 15,11). Jésus fait sienne cette parole :  » Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous : mais moi, vous ne m’aurez pas toujours  » (Jn 12,8). Par là il ne rend pas caduque la véhémence des oracles anciens :  » Parce qu’ils vendent le juste à prix d’argent et le pauvre pour une paire de sandales …  » (Am 8,6), mais il nous invite à reconnaître sa présence dans les pauvres qui sont ses frères (cf. Mt 25,40) (CEC n° 2449).

Amos a toujours inspiré la Doctrine sociale de l’Église.
À titre d’exemple encore, voici un extrait du message des évêques du Congo Brazzaville en 2018 sur la situation économique de leur pays [3]. Ils commencent par citer intégralement notre lecture d’Amos 8,4–7 en la destinant aux créanciers du Congo :

« À tous les créanciers de la République du Congo, nous adressons ce cri du prophète Amos… »

Ils développent ensuite :

Le Congo bénéficie d’une nouvelle extension de sa dette à l'égard de la France. journaldebrazza.com

« À cause de la corruption, de la concussion et du vol, aujourd’hui notre pays est incapable de payer les salaires des travailleurs, les pensions des retraités, les bourses des étudiants qui sont abandonnés à leur triste sort au pays comme à l’étranger. Nos hôpitaux sont délabrés ou ferment, les malades refoulés, la mortalité ne cesse d’augmenter, les cas de suicide se multiplient, tandis dans que nos écoles l’opération du gouvernement sur les tables-bancs n’a pas eu les effets attendus. Dans les familles, même le repas unique qui était devenu la règle apparaît de plus en plus comme un privilège, parce que le prix des denrées alimentaires ne cesse d’augmenter, en dehors de celui de la bière qui ne fait que baisser. Au chômage des jeunes qui était déjà endémique s’ajoute aujourd’hui celui de tous ceux qui perdent leur emploi à cause de la récession.
Cette situation sociale dramatique interpelle notre conscience de Pasteurs, d’autant que certains citoyens exhibent leur richesse, acquise « miraculeusement » en un temps record, tandis que la majorité des congolais croupit dans la misère. Des scandales de corruption de concussion ont été révélés, mais la justice de notre pays peine à les élucider. »

Ne croyons pas qu’Amos soit une vocation à part ! Car l’onction d’huile de notre baptême fait de chacun un prophète en Christ.

Comment pouvons-nous, chacun et ensemble, reprendre avec courage l’avertissement d’Amos : « Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles… » ?

 

 


[1]. Justitia in mundo, Déclaration du Synode des Évêques, 30/11/1971.

[2]. Le Talmud de Babylone les résume ainsi : Ne pas adorer les idoles / Ne pas maudire Dieu / Ne pas commettre de meurtre / Ne pas commettre d’adultère, de bestialité ou d’immoralité sexuelle / Ne pas voler / Ne pas manger de chair arrachée à un animal vivant / Créer des cours de justice.

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
Contre ceux qui « achètent le faible pour un peu d’argent » (Am 8, 4-7)

Lecture du livre du prophète Amos
Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » Le Seigneur le jure par la Fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits.

PSAUME
(Ps 112 (113), 1-2, 5-6, 7-8)
R/ Louez le nom du Seigneur : de la poussière il relève le faible. ou : Alléluia !
(Ps 112, 1b.7a)

Louez, serviteurs du Seigneur,
louez le nom du Seigneur !
Béni soit le nom du Seigneur,
maintenant et pour les siècles des siècles !

Qui est semblable au Seigneur notre Dieu ?
Lui, il siège là-haut.
Mais il abaisse son regard
vers le ciel et vers la terre.

De la poussière il relève le faible,
il retire le pauvre de la cendre
pour qu’il siège parmi les princes,
parmi les princes de son peuple.

DEUXIÈME LECTURE
« J’encourage à faire des prières pour tous les hommes à Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 1-8)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre à Timothée
Bien-aimé, j’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. Cette prière est bonne et agréable à Dieu notre Sauveur, car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. Aux temps fixés, il a rendu ce témoignage, pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’apôtre – je dis vrai, je ne mens pas – moi qui enseigne aux nations la foi et la vérité. Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en élevant les mains, saintement, sans colère ni dispute.

ÉVANGILE
« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » (Lc 16, 1-13)
Alléluia. Alléluia.
Jésus Christ s’est fait pauvre, lui qui était riche, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Alléluia. (cf. 2 Co 8, 9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le convoqua et lui dit : ‘Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.’ Le gérant se dit en lui-même : ‘Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.’ Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : ‘Combien dois-tu à mon maître ?’ Il répondit : ‘Cent barils d’huile.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.’ Puis il demanda à un autre : ‘Et toi, combien dois-tu ?’ Il répondit : ‘Cent sacs de blé.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu, écris 80’.
Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.
Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande. Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »
Patrick BRAUD

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28 février 2022

Petite théologie de la guerre

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 18 h 19 min

Petite théologie de la guerre

[UKRAINE] Bilan du jour 3 : Kiev tient toujours, progression russe au sud, nombreuses pertes dans les deux campsAlors que les chars russes roulent sur Kiev, quels repères la foi chrétienne peut-elle nous fournir pour penser et agir en temps de conflit armé ?

Dans un « Message aux fidèles et aux citoyens d’Ukraine », du 24 février 2022, le métropolite Onuphre de Kiev et de toute l’Ukraine a dénoncé la guerre actuelle comme « fratricide ». « La guerre entre ces deux peuples est une répétition du péché de Caïn, qui a tué son propre frère par envie », a-t-il déclaré. « Une telle guerre ne mérite aucune excuse, ni de Dieu, ni des populations ». La position du patriarche ukrainien est avant tout biblique ; quelques soient les intérêts en jeu, rien ne justifie le meurtre du frère.

Par contre, le dimanche suivant 27 février, le patriarche de Moscou, Kirill, a déclaré lors de son sermon dominical : « Que Dieu nous préserve de ce que la situation politique actuelle en Ukraine, pays frère qui nous est proche, soit utilisée de manière à ce que les forces du mal l’emportent ». « Nous devons tout faire pour préserver la paix entre nos peuples et en même temps protéger notre patrie historique commune de toutes ces actions de l’extérieur qui peuvent détruire cette unité », a poursuivi le patriarche.

Coat of arms of Russia with two-headed eagle. Golden symbol of Russian Federation. 3D render Illustration isolated on a white background. - 99888459Il semble donc apporter son soutien à l’invasion russe de l’Ukraine. Selon lui, les « forces du mal » sont ceux qui « combattent l’unité » de l’Église orthodoxe russe avec les pays issus de la Rus’, un État médiéval qui est considéré comme l’ancêtre de la Russie, de l’Ukraine et du Bélarus. Or, l’Ukraine s’était dotée en 2019 d’une Église orthodoxe indépendante du patriarcat de Moscou, une décision historique qui a mis fin à plus de 300 ans de tutelle religieuse russe et avait provoqué la colère de la Russie et de Kirill.
En 2012, Kirill avait déjà exprimé sa fidélité au maître du Kremlin en proclamant que la présidence de M. Poutine est « un miracle de Dieu » (sic.).

C’est l’illustration flagrante du « péché originel » des Églises orientales : être trop liées au pouvoir en place, quel qu’il soit (tsariste, communiste, poutiniste…), au point d’en perdre toute liberté critique. L’aigle bicéphale russe (un pouvoir, deux têtes) est le symbole de cette « symphonie des pouvoirs » chère aux orthodoxes russes qui confondent ainsi nation et Église, culture nationale et patrimoine chrétien. Ils voudraient rester la religion d’État, à l’exclusive des autres Églises – même orthodoxes – ou religions, pour régner en maitres sur la société. On voit en Grèce ou ailleurs que cette confusion Église-nation est une tentation toujours présente… Bizarrement, ces Églises tombent ainsi dans le même piège que les États islamiques !

Soyons honnêtes : l’Église catholique d’Occident n’a pas toujours évité cette confusion ! La lutte entre les pouvoirs temporel et spirituel a donné lieu à des joutes célèbres entre Rome et les empires successifs. De Canossa à la suppression des États pontificaux, du sacre des rois ou empereurs par le pape au principe « Cujus regio, ejus religio » du XVI° siècle (« chacun doit adopter la religion de son souverain »), la foi chrétienne a été souvent confondue avec le pouvoir politique, et instrumentalisée pour faire la guerre au nom de Dieu : croisades, Inquisition, guerres européennes, prétentions royales d’incarner la volonté divine, guerres coloniales pour convertir les Indiens des Amériques etc. Pourtant, peu à peu, le principe évangélique de séparation des pouvoirs entre César et Dieu s’est mis en place, au point que la laïcité française – la plus rigoureuse au monde – n’est pas sans racines évangéliques… Distinguer foi et politique demande de ne pas instrumentaliser l’une au service de l’autre, surtout pour faire la guerre !

 

Une Église ne devrait pas faire çà…

On peut distinguer plusieurs périodes dans l’évolution de la doctrine catholique sur la guerre :

- du temps de Jésus

Le Christ ne traite pas des questions politiques de son temps, pressé qu’il est par l’imminence du Royaume de Dieu qui va tout renouveler. Ce qu’il dit sur la violence concerne les relations individuelles : tendre l’autre joue, aimer son ennemi, pardonner sans cesse. Envers les militaires, il se montre accueillant, en louant même leur foi, en leur demandant comme Jean-Baptiste de ne pas dépasser leur mission, et c’est un centurion romain qui confesse le premier au pied de la croix : « vraiment, cet homme était le fils de Dieu ! »

 

- pendant les persécutions

Les premiers chrétiens ont été pendant trois siècles en butte aux persécutions juives et romaines, et devaient donc faire « profil bas » pour ne pas s’attirer les foudres d’un pouvoir déjà méfiant à leur égard. D’où le célèbre : « tout pouvoir vient de Dieu » de Paul (Rm 13, 1-6), si mal interprété par la suite ! Paul voulait que les chrétiens soient civiquement exemplaires pour qu’on n’ait rien çà leur reprocher sur ce plan-là. Aucune soumission aveugle au pouvoir en place dans ses propos. D’ailleurs, il a lui-même désobéi à Rome en refusant d’adorer l’empereur, ce qui était un acte d’insoumission politique à l’époque.
Pendant 300 ans, les chrétiens auront le souci d’éviter de participer à toute violence d’État, au point que les militaires devaient changer de métier (comme les gladiateurs, les prostituées etc..) pour pouvoir demander le baptême.
Le pouvoir romain fait la guerre à ces chrétiens, jusqu’à l’empereur Constantin et l’Édit de Milan (313). On comprend que ces chrétiens dénoncent toute forme de guerre comme un péché contre Dieu et contre nos frères.

 

- du IV° siècle au XIX° siècle

Petite théologie de la guerre dans Communauté spirituelle e7

Avec Constantin, tout change. L’empereur et l’Église marchent main dans la main pour gouverner les peuples d’Occident et au-delà. Pour le meilleur (adoucissement des mœurs, protection des femmes, des esclaves, fécondité artistique etc.) et pour le pire (répression des non-chrétiens, mainmise religieuse sur la société, ‘le sabre et le goupillon’ etc.). Dans le pire, il y a la guerre au nom de Dieu. Mais il y a également le meilleur, avec une certaine humanisation de la guerre pourrait-on dire, grâce à la théorie de St Augustin qu’on a appelée la « théorie de la guerre juste ». Augustin voulait limiter la guerre. Il développa une argumentation légitimant, dans certains cas exceptionnels, le recours aux armes pour un chrétien : à titre individuel, un chrétien devrait se laisser tuer plutôt que de tuer son assaillant (amour des ennemis), mais la défense de l’autre – surtout les plus faibles (la veuve, l’orphelin, le vieillard) – oblige à repousser une agression qui les menacerait. D’autre part, c’est aussi aimer son ennemi (selon le précepte évangélique) que de l’empêcher de faire le mal, lorsqu’il est agresseur.
Cette doctrine a donné lieu à de vives controverses. Certes, elle tendait à limiter la guerre mais elle conduisait aussi à la légitimer dans certains cas.

Les siècles suivants verront « l’alliance du trône et de l’autel » connaître des heurts divers, avec l’apparition de la « théorie des deux glaives » (Bernard de Clairvaux) au XI° siècle, prônant la supériorité du pouvoir spirituel (le Pape) sur le pouvoir temporel. Dans ce contexte, la guerre a souvent eu droit à la bénédiction des papes et évêques, que ce soit entre princes européens ou contre l’islam. En même temps, l’Église intervint souvent pour protéger les plus petits, pour servir de médiation entre les belligérants et faciliter la négociation de trêves, de traités de paix.
La prétention temporelle du Pape et la volonté de mainmise de l’Église sur la société suscitèrent en réaction l’émancipation progressive des royaumes et empires, jusqu’au XVIII° siècle, où les Lumières pousseront cette émancipation jusqu’à la séparation. L’Orient – on l’a dit – n’a pas suivi cette évolution.

 

- Vatican II

B006JYFJNE.01._SCLZZZZZZZ_SX500_ bicéphale dans Communauté spirituelleComme toute institution, l’Église a profondément changé sa façon de voir (tout en prétendant le contraire). Son discours sur la guerre aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui qu’elle tenait au XVII° siècle. Les deux guerres mondiales et la guerre froide ont fait évoluer la doctrine catholique au XX° siècle. Le cri de Paul VI devant l’ONU en 1965 : « Plus jamais la guerre ! » est devenu célèbre.
Le concile Vatican II (1962-65) a parlé de la guerre dans le document Gaudium et Spes. La synthèse de l’enseignement de ce concile est résumée ainsi dans le catéchisme universel (1992) :

Pas de paix sans justice

N° 2304      Le respect et la croissance de la vie humaine demandent la paix. La paix n’est pas seulement absence de guerre et elle ne se borne pas à assurer l’équilibre des forces adverses. La paix ne peut s’obtenir sur terre sans la sauvegarde des biens des personnes, la libre communication entre les êtres humains, le respect de la dignité des personnes et des peuples, la pratique assidue de la fraternité. Elle est “ tranquillité de l’ordre ” (S. Augustin, civ. 10, 13). Elle est œuvre de la justice (cf. Is 32, 17) et effet de la charité (cf. GS 78, §§ 1-2).

Éviter la guerre autant que possible, mais se défendre si besoin

N° 2307      Le cinquième commandement interdit la destruction volontaire de la vie humaine. À cause des maux et des injustices qu’entraîne toute guerre, l’Église presse instamment chacun de prier et d’agir pour que la Bonté divine nous libère de l’antique servitude de la guerre (cf. GS 81, § 4).

N° 2308      Chacun des citoyens et des gouvernants est tenu d’œuvrer pour éviter les guerres. Aussi longtemps cependant “ que le risque de guerre subsistera, qu’il n’y aura pas d’autorité internationale compétente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait dénier aux gouvernements, une fois épuisées toutes les possibilités de règlement pacifiques, le droit de légitime défense ” (GS 79, § 4).

B00TAVH0N0.01._SCLZZZZZZZ_SX500_ guerreN° 2309      Il faut considérer avec rigueur les strictes conditions d’une légitime défense par la force militaire. La gravité d’une telle décision la soumet à des conditions rigoureuses de légitimité morale. Il faut à la fois :
– Que le dommage infligé par l’agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et certain.
– Que tous les autres moyens d’y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces.
– Que soient réunies les conditions sérieuses de succès.
– Que l’emploi des armes n’entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer. La puissance des moyens modernes de destruction pèse très lourdement dans l’appréciation de cette condition.
Ce sont les éléments traditionnels énumérés dans la doctrine dite de la “ guerre juste ”.
L’appréciation de ces conditions de légitimité morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun.

N° 2310      Les pouvoirs publics ont dans ce cas le droit et le devoir d’imposer aux citoyens les obligations nécessaires à la défense nationale.
Ceux qui se vouent au service de la patrie dans la vie militaire, sont des serviteurs de la sécurité et de la liberté des peuples. S’ils s’acquittent correctement de leur tâche, ils concourent vraiment au bien commun de la nation et au maintien de la paix (cf. GS 79, § 5).

Même en temps de guerre, tout n’est pas permis

N° 2312      L’Église et la raison humaine déclarent la validité permanente de la loi morale durant les conflits armés. “ Ce n’est pas parce que la guerre est malheureusement engagée que tout devient par le fait même licite entre les parties adverses ” (GS 79, § 4).

Les prisonniers notamment ont de droits

N° 2313      Il faut respecter et traiter avec humanité les non-combattants, les soldats blessés et les prisonniers. Les actions délibérément contraires au droit des gens et à ses principes universels, comme les ordres qui les commandent, sont des crimes. Une obéissance aveugle ne suffit pas à excuser ceux qui s’y soumettent. Ainsi l’extermination d’un peuple, d’une nation ou d’une minorité ethnique doit être condamnée comme un péché mortel. On est moralement tenu de résister aux ordres qui commandent un génocide.

Les guerres « totales » sont condamnables et injustes

N° 2314      “Tout acte de guerre qui tend indistinctement à la destruction de villes entières ou de vastes régions avec leurs habitants, est un crime contre Dieu et contre l’homme lui-même, qui doit être condamné fermement et sans hésitation” (GS 80, § 4). Un risque de la guerre moderne est de fournir l’occasion aux détenteurs des armes scientifiques, notamment atomiques, biologiques ou chimiques, de commettre de tels crimes.

Arrêter la guerre est un signe messianique

N° 2317      Les injustices, les inégalités excessives d’ordre économique ou social, l’envie, la méfiance et l’orgueil qui sévissent entre les hommes et les nations, menacent sans cesse la paix et causent les guerres. Tout ce qui est fait pour vaincre ces désordres contribue à édifier la paix et à éviter la guerre. Dans la mesure où les hommes sont pécheurs, le danger de guerre menace, et il en sera ainsi jusqu’au retour du Christ. Mais, dans la mesure où, unis dans l’amour, les hommes surmontent le péché, ils surmontent aussi la violence jusqu’à l’accomplissement de cette parole : Ils forgeront leurs glaives en socs et leurs lances en serpes. On ne lèvera pas le glaive nation contre nation et on n’apprendra plus la guerre” (Is 2,4) (GS 78,§6).

« I’m gonna study war no more… » chante le gospel « Down by the riverside »


La feuille de route des chrétiens en temps de guerre est ainsi clairement fixée : tout faire pour éviter la guerre, mais protéger les plus faibles, et empêcher un agresseur de semer la mort et la désolation autour de lui comme Hitler, Lénine, Staline, Mao, Pol-Pot et tant d’autres l’ont fait au XX° siècle…

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24 mai 2020

Le déconfinement de Pentecôte

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le déconfinement de Pentecôte

Homélie de Pentecôte / Année A
31/05/2020

Cf. également :

Les langues de Pentecôte
Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel
La sobre ivresse de l’Esprit
Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre
Les multiples interprétations symboliques du buisson ardent

 

Disons-le tout net : autant le confinement du Cénacle ressemblait aux nôtres et nous aidait  à les comprendre, autant le déconfinement de Pentecôte diffère des nôtres et les critique.

 

Le Cénacle, vestibule de le Pentecôte

On a vu en effet que les 10 jours confinés au Cénacle entre Ascension et Pentecôte avaient bien des points communs avec nos confinements de par le monde. C’est un événement imprévisible qui les provoque (Ascension/pandémie) ; ils reposent sur l’enfermement (portes verrouillées/ »restez chez vous ») imposé ou volontaire ; ils nous font considérer l’autre comme un danger et reposent sur la peur (peur des juifs/peur d’être contaminé par les autres). Ils ne sont pourtant pas dénués de créativité (tirer au sort pour remplacer Judas par Mathias/ingéniosité des soignants en traitement et réanimation, des ingénieurs bricolant des appareils etc.), de doute (Thomas/les controverses entre scientifiques) etc.

 

La Pentecôte, attraction et sortie

À Pentecôte, c’est fort différent (Ac 2, 1-11). Il s’opère bien un déconfinement puisque Pierre sera amené à sortir pour annoncer la résurrection de Jésus à la foule rassemblée autour du Cénacle ; et la petite communauté du Cénacle eut dans la foulée environ 3000 personnes à baptiser (Ac 2,41) : il a donc fallu s’y mettre à 12 au moins, à l’extérieur de la chambre haute !

Mais quand on regarde de près le texte, on s’aperçoit que le premier mouvement n’est pas la sortie du Cénacle ! Au contraire, « tous ensemble » étaient réunis dans la maison lorsque les langues de feu survinrent et qu’ils se mirent à parler en langues (glossolalie et xénolalie). Eux ne sortent pas du Cénacle : c’est la foule des pèlerins qui vient à eux en entendant la rumeur (le chant/les phrases). C’est donc un déconfinement  » de l’extérieur »  (si l’on peut dire) qui se produit dans un premier temps : ce sont les « juifs pieux » de « toutes les nations sous le ciel » qui quittent leur appartenance ethnique pour se laisser rassembler en une seule foule qui deviendra la première communauté chrétienne de Jérusalem. Contrairement à ce qu’on nous présente souvent, le premier mouvement de la mission chrétienne ici n’est pas de sortir vers les autres, mais d’attirer, selon la promesse de Jésus lui-même : « élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32).

Toutes les nations viennent à l’assemblée (ek-klèsia = Église) du Cénacle, attirées par l’action de l’Esprit Saint en elle. Ce n’est que dans un temps second que Pierre et tout le groupe du Cénacle sortiront pour prêcher et baptiser. Centripète avant d’être centrifuge, systole avant la diastole, l’effet de la Pentecôte chrétienne est un déconfinement paradoxal où ce sont les autres qui sortent de leur enfermement (linguistique, ethnique…) pour rejoindre l’Église !

Systole et diastole

Sortir de nos confinements ne doit donc pas nous faire oublier la force d’attractivité qui caractérise normalement la vie ecclésiale : une valeur exemplaire (fraternité, justice etc.) qui attire, une valeur sacramentelle (réalisant en son sein ce qu’elle annonce à tous) qui rassemble parce qu’elle interroge et détonne au milieu de la cité.

Déconfiner les autres est toujours l’une des conséquences étonnantes de l’effusion de l’Esprit dans nos communautés !

 

Pentecôte : le monde d’après

Alors il faut sortir. Car dehors attend une foule, surprise et heureuse d’entendre chacun dans sa langue maternelle la louange de la gloire de Dieu.

À la différence de nos déconfinements, pas de planification, pas de préparation ici pour Pentecôte. Les 12 n’avaient rien prévu. C’est arrivé « tout à coup », sans décision humaine, sans débat ni vote parlementaire, sans programmation de réouverture des écoles, des usines, des restaurants… Il y a entre eux ces deux sorties de confinement le même gap, le même saut, la même rupture qu’entre l’espoir et l’espérance : nos déconfinements traduisent notre volonté de maîtrise du cycle de l’épidémie, celui de Pentecôte traduit la volonté d’abandon à l’énergie intérieure par laquelle l’Esprit Saint remplit le petit groupe du Cénacle. Pas de plan d’évangélisation, pas de programme pastoral, pas de stratégie pour convertir, mais une libre inspiration jaillissant en un témoignage rendu au Christ : « ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, nous en sommes témoins » (Ac 2,32). Cela n’empêchera pas Pierre de fort bien construire sa prédication (son kérygme) avec force références à l’Écriture et à l’histoire d’Israël et une pédagogie très habile (« hommes de Judée », puis « Israélites », puis « Frères » Ac 2,14–36).

La responsabilité du politique est bien de prévoir, de planifier, d’organiser, de décider. La responsabilité du religieux est d’écouter ce que l’Esprit dit aux Églises, et de se laisser ainsi guider par Celui qui nous connaît mieux que nous-mêmes. Les deux responsabilités ne s’opposent pas, à condition de respecter la distinction des ordres. Le religieux se dénature lorsqu’il veut contraindre et maîtriser. Le politique devient absolutiste et tyrannique lorsqu’il prétend incarner la volonté de Dieu sur terre…

La Pentecôte inscrit la dé-maîtrise comme l’acte de naissance de l’Église, tant il est vrai que « le vent souffle où il veut ; personne ne sait ni d’où il vient ni où il va » (Jn 3,8). C’est l’Esprit qui de façon inattendue et surprenante conduira l’Église à supprimer la circoncision, à ne plus respecter les interdits alimentaires, le shabbat, à déclarer obsolètes les règles de pureté et d’impureté rituelles, à ne plus faire de différence entre juifs et non juifs etc. Autant dire que le confinement de Pentecôte est extrêmement créatif ! Le monde d’après est très différent du monde d’avant pour les chrétiens remplis d’Esprit Saint. Sortir du Cénacle n’est pas retrouver la vie d’avant, mais inventer un monde nouveau, inimaginable autrement pour ces juifs pieux éduqués selon la Loi.

Le monde d’après coronavirusMalheureusement, notre déconfinement actuel risque de nous faire replonger dans le même monde qu’avant la pandémie, sans grand changement notable. La Terre continuera de se réchauffer, les inégalités d’exploser, les riches de se divertir et les pauvres de survivre péniblement… On améliorera certes nos politiques de santé en prévision de la prochaine pandémie, mais aurons-nous le courage de transformer radicalement nos manières de travailler, de consommer, de voyager, de changer ? La peste noire au XIV° siècle a décimé un tiers de la population européenne, mais n’a pas ralenti la naissance du capitalisme des XV° et XVI° siècles. La grippe espagnole en 1918 a tué plus de gens que la guerre mondiale, mais n’a pas empêché les années folles puis la catastrophe de la crise de 1929 et la guerre de 39-45. Il est hélas fort probable que le Coronavirus n’infléchisse pas grand-chose de nos modes de vie. La majorité va se ruer à nouveau vers la surconsommation de masse, le tourisme low cost, le divertissement mondain ; la relance keynésienne va tourner à plein… La Pentecôte a tout changé pour les amis de Jésus. Notre déconfinement aura-t-il le même pouvoir de transformation de nos existences ? Honnêtement, il y a de quoi douter…

 

 

La créativité de Pentecôte

Le déconfinement de Pentecôte dans Communauté spirituelle la-circoncisionLa sortie du Cénacle est certes pleine de créativité, mais pas de manière totale ni  définitive. Ainsi l’Église naissante a su s’affranchir – on l’a dit – de la circoncision, des rituels de pureté, des interdits alimentaires etc. mais n’a pas pu/su s’affranchir de la domination masculine dans la répartition des rôles des ministères, ni s’affranchir de l’esclavage comme structure de domination etc. Ces deux pratiques étaient si fortement ancrées et acceptées comme évidentes dans les mentalités de l’époque que même l’Esprit Saint n’a pas pu faire sauter ces verrous dans la foulée de Pentecôte ! Il faudra des siècles pour combattre l’esclavage au nom de la foi chrétienne. Il en faudra encore quelques-uns pour mieux répartir les ministères, les rôles, le pouvoir entre hommes et femmes dans les Églises… C’est comme s’il y avait une inertie du changement humain que même l’Esprit ne peut vaincre en un clin d’œil. Fêter Pentecôte est alors s’engager dans le sillon initialement tracé par l’Esprit, en qui « il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni l’homme et la femme »(Ga 3,28). Nul doute que l’Esprit suscitera d’autres réformateurs et réformes dont l’Église a besoin pour mieux se laisser guider dans la liberté des enfants de Dieu ! « Il vous mènera vers la vérité tout entière » (Jn 16,13).

 

Pentecôte : soudaineté et répétitions

Une dernière différence entre Pentecôte et notre sortie de crise est l’immédiateté.

L’événement des langues de feu est soudain : « tout à coup ». Il provoque immédiatement le parler en langues et le baptême des 3000. Notre déconfinement lui est progressif, selon les régions, les activités, voire les tranches d’âge. On ne peut pas relancer la machine économique d’un pays à 100 % en claquant des doigts, ni protéger de la contamination de manière définitive. Il y aura d’autres morts, d’autres personnes obligées de s’isoler, d’autres vagues, peut-être d’autres virus. Il faudra des mois pour résorber le chômage, les faillites, et des années pour diminuer les dettes contractées à cause du confinement.

Pourtant là encore, à bien regarder le livre des Actes, il n’y a pas qu’une seule Pentecôte en cette année 33 à Jérusalem ! Luc mentionne explicitement une deuxième effusion de l’Esprit juste après la décision de l’assemblée de poursuivre l’annonce de la résurrection malgré les lourdes menaces du Sanhédrin : « Quand ils eurent fini de prier, le lieu où ils étaient réunis se mit à trembler, ils furent tous remplis du Saint-Esprit et ils disaient la parole de Dieu avec assurance. »(Ac 4,31).

Luc raconte ensuite une troisième Pentecôte lorsque Pierre et Jean imposèrent les mains aux Samaritains qui avaient été baptisés sans recevoir l’effusion de l’Esprit Saint : « Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint » (Ac 8,17).

Et une quatrième Pentecôte encore plus surprenante, lorsque l’Esprit Saint tombe sur le centurion Corneille et sa famille : « Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole. Les croyants qui accompagnaient Pierre, et qui étaient juifs d’origine, furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l’Esprit Saint avait été répandu. En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu » (Ac 10,44–46).

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C’est donc que remplir l’Esprit Saint le cœur d’un homme, d’une Église, d’un peuple ne se fait pas en une fois ! Il faut plusieurs effusions répétées, s’élargissant par cercles concentriques jusqu’à atteindre « les extrémités de la terre » (Ac 1,8) et les recoins secrets de chacun. Ne désespérons pas si notre dernière « sobre ivresse  » de l’Esprit nous semble dater ! De multiples Pentecôtes, petites et grandes, jalonneront encore notre chemin : à nous de discerner quand elles se produisent…

 

 

MESSE DU JOUR

PREMIÈRE LECTURE
« Tous furent remplis de l’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.

Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

 

PSAUME
(Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Espritqui renouvelle la face de la terre !ou : Alléluia ! (cf. Ps 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
la terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.

DEUXIÈME LECTURE
« C’est dans un unique Esprit que nous tous avons été baptisés pour former un seul corps » (1 Co 12, 3b-7.12-13)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, personne n’est capable de dire : « Jésus est Seigneur » sinon dans l’Esprit Saint. Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien.
Prenons une comparaison : le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit.

SÉQUENCE

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut de ciel un rayon de ta lumière. Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs. Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort. Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles. Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti. Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé. À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés. Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.

ÉVANGILE
« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie : recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 19-23)
Alléluia. Alléluia.Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

C’était après la mort de Jésus ; le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Patrick BRAUD

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15 septembre 2019

Peut-on faire l’économie de sa religion ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Peut-on faire l’économie de sa religion ?

Homélie du 25° Dimanche du Temps Ordinaire / Année C
22/09/2019

Cf. également :
Trompez l’Argent trompeur !
Prier pour la France ?
Éthique de conviction, éthique de responsabilité

Le double lien foi-économie

Y a-t-il un lien entre les croyances d’un groupe et le type d’économie qu’il pratique ? Pourquoi le capitalisme est-il né dans des sociétés majoritairement judéo-chrétiennes et pas ailleurs ? L’emprise des religions magiques en Afrique serait-elle un obstacle au développement économique tel que l’entend l’Occident ?

Ces questions autour du lien foi-économie sont ici posées au niveau collectif. Mais elles sont tout autant redoutables au niveau individuel ! Comment concilier par exemple l’impératif chrétien de charité et de partage avec la rivalité et la compétition régnant dans les économies modernes ? Comment le dimanche entendre parler d’amour du prochain et à l’usine ou au bureau ensuite exécuter des ordres en complète contradiction ?

Le prophète Amos (vers 750 avant JC) avait déjà observé cette dichotomie foi/économie, où les puissants font semblant d’être religieux à la synagogue et exploitent les pauvres sans vergogne à peine sortis :

Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » Le Seigneur le jure par la Fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. (Am 8, 4-7) 

Son constat est d’actualité : les riches pestent contre les obligations religieuses parce qu’elles leur font perdre de l’argent ! Ne pas travailler ni vendre les jours de fête, respecter la justice et notamment le droit des pauvres : tous les impératifs religieux sont mauvais pour le commerce… Vivement qu’on en soit débarrassé : l’enrichissement sera alors plus facile et sans limites !

Dans sa parabole du gérant malhonnête qui se fait des amis avec l’argent de sa commission exorbitante, Jésus dans notre évangile (Lc 16, 1-13) plaide pour un autre usage de l’argent que l’accumulation et la domination. « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent » : voilà une situation où le fameux « en même temps » est impossible ! Il nous faut choisir : soit mettre l’argent (et tout ce qui va avec : pouvoir, renommée, vie facile, rang social etc.) au-dessus des autres objectifs, soit le mettre au service de ces autres objectifs, Dieu en premier.

Mauvais maître, l’argent devient bon serviteur lorsqu’il est remis à sa place.

 

Peut-on faire l’économie de sa religion ?

Peut-on faire l’économie de sa religion ? dans Communauté spirituelle 51GJogm-kBL._SX359_BO1,204,203,200_La question est double : peut-on / doit-on mettre sa religion entre parenthèses dans son travail, sa consommation, son impact sur la planète, car ce sont des réalités distinctes qu’il ne faut surtout pas mélanger ? Peut-on / doit-on à  l’inverse traduire ses convictions religieuses par des mesures économiques radicales ?

On peut penser aux banques islamiques, qui donnent l’exemple d’une finance tenant compte de l’interdit du prêt à intérêt dans le Coran.

En Tanzanie, dès qu’un agriculteur s’enrichit trop, il est accusé de sorcellerie et se retrouve contraint de devoir redistribuer l’excédent de sa production aux autres agriculteurs s’il veut échapper à des sanctions plus violentes. Des situations semblables peuvent être observées au Cameroun ou encore au Liberia.

La croyance en la sorcellerie pèse sur le budget des habitants de ces pays, dans la mesure où une telle croyance engendre des dépenses visant à se prémunir contre les supposées menaces. On comprend alors que la prise en compte de ces phénomènes est une nécessité, dès lors qu’il s’agit de penser la forme que doit prendre l’aide au développement. En effet, une aide qui prendrait la forme de subventions faites à certains agriculteurs aurait, dans les pays précités, vraisemblablement peu d’effets du fait des pressions religieuses qui pèsent sur les membres de ces sociétés. L’étude de l’imbrication du religieux et de l’économique doit en conséquence être un point essentiel de l’aide à la décision en matière de politique de développement.


L’affinité entre l’expérience spirituelle et les bouleversements économiques

Faisons un détour par l’histoire.

FRANCOIS D'ASSISE - LE RETOUR A L'EVANGILE.: ELOI LECLERC.Une présentation de la vie de François d’Assise, par Eloi Leclerc [1], à l’occasion du huitième centenaire de la naissance de François, peut aider à deviner les enjeux proprement spirituels des liens existants entre foi et économie.

L’époque de François est celle d’une véritable mutation de société. D’une société féodale, solidement installée depuis quatre siècles environ, les XII° et XIII° siècles basculent vers une société urbaine. Dans l’une, le personnage-clé est le seigneur; dans l’autre: le marchand, et bientôt le bourgeois. Le premier univers était marqué par la terre et la stabilité. Le second développe les valeurs du commerce, de l’économie de marché, de la libre-circulation, et le goût des voyages. Aux relations verticales de subordination qui caractérisaient la vassalité, le monde nouveau, aux origines du capitalisme, développe des relations horizontales de libre-association (hanses, guildes, corporations…). A la terre, il substitue l’or, l’argent et la monnaie. L’importance des foires européennes, la montée en puissance des communes, déstabilisent la cohésion féodale rurale. Bref: un monde ancien s’écroule, les prémices d’un nouveau prolifèrent, pour le meilleur et pour le pire.

Pourtant, l’Église du temps de François est encore liée, trop liée, à cet ancien monde. Les évêques sont des seigneurs et veulent vivre comme eux. Les clercs et les religieux ont d’immenses propriétés terriennes et de substantiels « bénéfices ». Ils ne vont  guère par les routes pour rencontrer leur peuple. Ils détestent pour la plupart le mouvement communal et sont incapables de le comprendre. Les relations dans l’Église sont calquées sur la verticalité féodale avec laquelle elles formaient autrefois un art de vivre cohérent.

François, lui, est issu du monde nouveau des communes. Par son père, il appartient à la nouvelle classe des marchands. Il a 16 ans lorsque les habitants d’Assise assiègent et démantèlent la forteresse féodale de La Rocca qui dominait la ville. Il en a 18 quand Assise s’érige en commune libre. Il partage l’ambition de la bourgeoisie d’affaires, ambition faite de liberté, d’amour courtois, de promotion sociale par la chevalerie, de rivalités communales et de goût pour l’argent.

Sa conversion sera pour l’Église une nouvelle rencontre de l’Évangile et de l’histoire. En François, la société nouvelle est introduite au cœur de la vie de l’Église, moyennant une triple conversion:

- conversion par accomplissement: le meilleur des valeurs de liberté et de fraternité que prônait le monde des marchands, François en fait l’esprit de son ordre: mobilité géographique, vie itinérante et rencontre avec la population urbaine, égalité des frères, redécouverte de l’humilité de Dieu (la crèche) au lieu de porter l’accent sur la « seigneurie » divine etc…

- conversion par redressement: l’esprit du mouvement communal n’est pas exempt de lutte pour le prestige et le pouvoir; la rivalité entre Assise et Pérouse l’a appris à François. Tout en reprenant l’esprit du serment communal, qui liait la personne à un groupe et qui en même temps engageait le groupe tout entier, François combattait cette tentation du pouvoir qui divisait les communes libres, et qui faisait des bourgeois les nouveaux maîtres dans la commune elle-même. Les pauvres n’avaient fait souvent que changer de maîtres…

- conversion par redressement: François connaît bien la passion pour l’argent de cette classe de marchands dont il est issu. Il y discerne cette force d’auto-destruction qui est capable de faire échouer l’aspiration à la fraternité et à la liberté qui travaille le monde nouveau. En dénonçant prophétiquement la puissance de l’argent, en retournant la logique de domination qu’elle suppose en logique de fraternité, François indique une voie pour que la nouvelle organisation économique ne désespère pas de sa capacité à surmonter les contradictions qui la traversent.

Cette affinité entre deux types d’expérience, celle du monde économique et celle de l’Esprit, est en soi une motivation vitale pour l’Église de s’intéresser à la vie économique et d’essayer de la comprendre pour elle-même. De plus, s’il y a des racines économiques et sociales à l’expérience spirituelle, il est vraisemblable qu’en retour il y ait des racines spirituelles à toute forme de transformation économique et sociale: c’est alors la responsabilité de l’Église dans cette transformation qui est en jeu.

 

Quand l’Église entre en économie

Un sociologue réputé, Émile Poulat, soulignait l’importance du phénomène de l’intervention des épiscopats locaux en matière économique [2], intervention qui à la fin du siècle dernier devenait quantitativement et qualitativement le signe de nouveaux rapports entre les Églises et leur environnement économique [3]. L’Église « entre en économie », écrivait-il, « est-ce pour cela que l’économie va entrer en religion ? » Depuis une vingtaine d’années, l’épiscopat français est plus frileux et n’intervient plus guère sur les questions économiques, hélas.

Compendium de la doctrine sociale de l'ÉglisePourtant, depuis Léon XIII (1891), l’Église s’est inlassablement dotée d’une pensée sociale face aux défis de société. En revanche, elle ne s’est jamais véritablement souciée d’avoir une pensée économique. Le peut-elle ? Le doit-elle ? Quelles conditions sont requises pour que l’intervention de l’Église soit crédible ? Et suffit-il d’avancer ici au nom de l’éthique ? Peut-on concevoir une pratique chrétienne de l’économie [4] sans imaginer une pensée chrétienne de l’économie ? « Une critique, généreusement inspirée par la misère du monde, les maux de société et la dignité de tout homme, mais qui ne prendrait pas à bras-le-corps les problèmes économiques, ne risque-t-elle pas d’être inopérante, d’apparaître insignifiante et futile ? »

Les chrétiens qui sont passés par les formations des grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce, ou par d’autres écoles de pensée façonnant fortement les mentalités en matière d’économie, savent ce que c’est que d’avoir une double culture. En situation de responsabilité dans les entreprises, les administrations, la recherche etc… ces chrétiens devront tôt ou tard affronter un conflit d’identité : d’un côté les souvenirs qu’ils auront gardé de leur éducation religieuse où des attitudes d’amour, de service et de pauvreté sont valorisées; de l’autre, un univers professionnel qui leur paraît d’une logique terriblement hétérogène, faite d’efficacité, de compétition, de rentabilité, de lois contraignantes où la marge de manœuvre est quasi-nulle.

Un économiste professionnel prenait un jour cette comparaison:

« Il y a un trou énorme entre nos convictions morales et les réalités économiques. Les principes de l’analyse économique n’ont rien à voir avec ma foi chrétienne, et le discours de l’Église ne m’aide pas du tout à faire le pont. C’est comme si les habitants d’un immeuble se plaignaient de ce que les chiens de leurs voisins de palier aboient après 22 heures. Mais dire: ‘faites en sorte que vos chiens n’aboient plus après 22 heures’, c’est faire tomber l’impératif moral dans l’impuissance pratique, car on ne peut à la fois se réjouir de la compagnie des chiens et les empêcher d’aboyer même quand on ne le souhaiterait pas. Le discours de l’Église dénonce très bien les chiens qui aboient et gênent les voisins après 22 heures, mais sa réponse est souvent comme si elle conseillait… d’acheter une montre à son chien ! Ce qui bien évidemment n’est pas une réponse… »

41ZGFR5F6KL._SX308_BO1,204,203,200_ dans Communauté spirituelleCette déchirure intérieure, ce conflit entre deux logiques et deux identités guette les acteurs économiques chrétiens. Soit ils se réfugient dans une vie d’Église très chaleureuse d’où les dimensions économiques et sociales de leurs responsabilités seront gommées. Soit ils vivent douloureusement cette déchirure intérieure avec un sentiment d’impuissance, et l’impression que leur existence est cloisonnée en plusieurs compartiments étanches. Soit ils identifient leur pratique professionnelle avec la solution du problème, et alors toutes les légitimations au nom de la foi, même les plus dangereuses, deviennent possibles.

Pour permettre l’unification personnelle des acteurs économiques chrétiens, et notamment de ceux qui sont en situation de responsabilité, une parole d’Église devra donc éviter deux dangers :

- une parole morale plaquée de l’extérieur sur les injustices économiques. C’est le plus souvent condamner les acteurs de ces situations économiques à l’impuissance morale, car l’Évangile ne suffit pas pour transformer d’un coup de baguette magique les dures contraintes économiques ;

- une acceptation, voire une légitimation (inconsciente) des pratiques et coutumes courantes. L’Église catholique a ainsi prêché la résignation aux pauvres pendant la Révolution industrielle, et l’a même légitimée par la promesse d’un paradis inversement proportionnel à la misère ici-bas… Ou inversement, certaines Églises ont pu être complices du discours marxiste de certains extrémistes en Amérique latine, croyant défendre les opprimés en épousant la lutte des classes.

Dans tous les cas, c’est une rupture ruineuse entre culture économique et foi chrétienne. Le souci de l’unification personnelle et de la cohérence entre foi et culture nous oblige à reformuler autrement les termes du débat.

En France, les Semaines Sociales organisent chaque année trois jours de débat / confrontation sur des thèmes de société et d’économie où l’éclairage mutuel foi / économie produit des inspirations nouvelles. Pour 2019 et 2020, les SSF ont retenu le thème «Refaire société ». L’événement national aura lieu à Lille les 16 et 17 novembre 2019.
Des revues et journaux – notamment chrétiens, mais pas uniquement – publient régulièrement des dossiers sur l’engagement des chrétiens en matière économique.
Des mouvements de laïcs (JOC, ACO, MCC, EDC, L’Emmanuel etc.) tissent un réseau de petites équipes où chacun confronte ses responsabilités professionnelles et sa foi chrétienne.
De grands témoins comme Jacques Delors autrefois, de grands patrons ou syndicalistes aujourd’hui écrivent des livres sur leur synthèse personnelle entre leur foi et leur vision de l’entreprise.
L’encyclique Laudato si renouvelle la façon de concevoir l’écologie et les combats qu’elle implique etc.
Bref : il y a de multiples moyens pour chacun de se cultiver sur cette problématique si importante soulevée par nos textes ce Dimanche.
 

Qu’allez-vous décider, afin de devenir aussi habiles que « les enfants de ce monde » avec l’argent, mais en agissant en « enfants de la lumière » ?

 


[1]. Eloi LECLERC, François d’Assise, Desclée de Brouwer, 1981.

[2]. Émile POULAT, Pensée chrétienne et vie économique, Lettre du Centre Lebret no 155-157, Paris, 1987.

[3]. Les documents récents les plus marquants sont la Lettre pastorale des évêques américains, Justice économique pour tous, Documentation Catholique no 1942, 2 Juin 1987; et le document de la Commission sociale de l’épiscopat français, Face au défi du chômage, Créer et Partager, Documentation Catholique no 1943, 21 Juin 1987.

[4]. cf. Michel FALISE, Une pratique chrétienne de l’économie, Le Centurion, Paris, 1985.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
Contre ceux qui « achètent le faible pour un peu d’argent » (Am 8, 4-7)

Lecture du livre du prophète Amos

Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » Le Seigneur le jure par la Fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits.

PSAUME
(Ps 112 (113), 1-2, 5-6, 7-8)
R/ Louez le nom du Seigneur : de la poussière il relève le faible. ou : Alléluia ! (Ps 112, 1b.7a)

Louez, serviteurs du Seigneur,
louez le nom du Seigneur !
Béni soit le nom du Seigneur,
maintenant et pour les siècles des siècles !

Qui est semblable au Seigneur notre Dieu ?
Lui, il siège là-haut.
Mais il abaisse son regard
vers le ciel et vers la terre.

De la poussière il relève le faible,
il retire le pauvre de la cendre
pour qu’il siège parmi les princes,
parmi les princes de son peuple.

DEUXIÈME LECTURE
« J’encourage à faire des prières pour tous les hommes à Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 1-8)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, j’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. Cette prière est bonne et agréable à Dieu notre Sauveur, car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. Aux temps fixés, il a rendu ce témoignage, pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’apôtre – je dis vrai, je ne mens pas – moi qui enseigne aux nations la foi et la vérité. Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en élevant les mains, saintement, sans colère ni dispute.

ÉVANGILE
« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » (Lc 16, 1-13)
Alléluia. Alléluia. Jésus Christ s’est fait pauvre, lui qui était riche, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Alléluia. (cf. 2 Co 8, 9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le convoqua et lui dit : ‘Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.’ Le gérant se dit en lui-même : ‘Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.’ Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : ‘Combien dois-tu à mon maître ?’ Il répondit : ‘Cent barils d’huile.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.’ Puis il demanda à un autre : ‘Et toi, combien dois-tu ?’ Il répondit : ‘Cent sacs de blé.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu, écris 80’.
Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.
Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande. Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »
Patrick BRAUD

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