L'homelie du dimanche

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11 avril 2021

Toucher, manger, bref : témoigner

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Toucher, manger, bref : témoigner

Homélie du 3° Dimanche de Pâques / Année B
18/04/2021

Cf. également :

Le courage pascal
Le premier cri de l’Église
Bon foin ne suffit pas
Lier Pâques et paix
La paix soit avec vous

Toucher, manger, bref : témoigner dans Communauté spirituelleCela fait plus d’un an que nous n’étreignons plus que nos très proches (pour ceux qui en ont). Un an sans embrasser les collègues le matin, sans serrer la main en signe de bienvenue ou d’accord. Un an sans contact entre épidermes autres que ceux de la maisonnée. Un an sans tomber dans les bras de l’autre pour consoler ou être consolé. Cela fait plus d’un an que nous prenons soin de ne pas toucher ni être touché….

Rubens Vivre sans contact est le destin d’une carte bancaire, pas d’un être humain. Quand Luc raconte la venue du Ressuscité au milieu des disciples, il insiste sur le côté réaliste de cette présence, que le toucher permet de confirmer expérimentalement : « Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai » (cf. Lc 24, 35-48).

S’adressant à des Grecs – connus pour leur sens de l’esthétisme – Luc leur épargne le détail des traces horribles de la crucifixion sur les mains ou les pieds que Jean considère comme des preuves de l’identité entre le crucifié et le ressuscité. Mais ce n’est que pour mieux renforcer le réalisme de la chair. Car les histoires grecques étaient pleines d’esprit et d’entités immatérielles, et le danger était grand de confondre le Ressuscité avec un de ces esprits sans chair ni os. Alors il faut toucher pour s’en convaincre. Jean le dira avec force : « ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons » (1 Jn 1,1).

Comment fêter Pâques si je n’ai pas touché de près le corps du Ressuscité ?
Comment cela est-il possible aujourd’hui ? Évidemment, l’expérience des disciples est unique, non reproductible, depuis l’Ascension du Christ, c’est-à-dire sa disparition aux yeux de l’histoire. Son corps personnel n’est plus là, et nul ne sait où Dieu l’a mis ! Dire qu’il est « assis à la droite de Dieu » est la moins mauvaise image que nous avons trouvée, mais une nous ignorons ce qu’elle signifie en fait…

La réponse à la question est bien connue : puisqu’il nous est impossible de toucher le corps personnel du Ressuscité aujourd’hui, nous pouvons néanmoins toucher son corps ecclésial, à travers les plus pauvres notamment, et son corps sacramentel dans l’eucharistie. La liturgie dominicale nous laisse deux signes qui l’évoquent : le baiser de paix, la communion au pain et au vin (réduite trop souvent à la manducation d’une petite hostie).

Encore faut-il s’expliquer sur ce que veut dire toucher le Ressuscité au travers de « ces petits qui sont les frères du Christ », ou en communiant à la messe. Le danger est grand de spiritualiser ce que Luc voulait garder comme une réalité concrète, en bon médecin des corps qu’il était. Ou de réduire à une idée abstraite (exemple : la solidarité) ce qui est de l’ordre du toucher physique. La foi pascale n’est pas une démarche intellectuelle (comme la gnose franc-maçonne) ou spiritualiste (comme la croyance en l’immortalité de l’âme). Elle est avant toute une rencontre interpersonnelle avec quelqu’un qui a été « relevé d’entre les morts ». Et cette rencontre passe par le corps, le toucher, le contact.

Blaise Pascal Les PenséesQuand Pascal est touché par le Christ, il en est physiquement submergé : « joie, joie, pleurs de joie » griffonne-t-il à la hâte pour ne pas perdre le ressenti qui a inondé tout son être. Quand Claudel se convertit derrière un pilier de Notre-Dame de Paris, c’est en écoutant intensément chanter les Vêpres de Noël, qui ont produit sur lui une sensation physique inégalée. Quand le persécuteur juif Saul est renversé par le Ressuscité, il en porte les traces sur son visage avec des « écailles » – conséquences de son éblouissement – qui lui voilent le regard, jusqu’à ce que le baptême fasse tomber ces barrières à la foi.

La résurrection est donc à toucher, à palper, à tâter, selon le verbe employé par Luc (Ψηλαφήσατέ = pselaphao). On apprend aux jeunes femmes à palper leur poitrine pour y détecter des ganglions ou grosseurs anormales qui annonceraient un cancer du sein. Le gynécologue peut pratiquer un toucher vaginal au moment de l’accouchement pour surveiller la dilatation du col de l’utérus. Le gastro-entérologue pratique le toucher rectal pour détecter des hémorroïdes, un cancer de la prostate ou d’autres lésions internes. Loin d’être honteux, ces touchers  médicaux nous redisent qu’il est impossible de soigner sans aller au contact intime du corps humain, sans fausse pudeur (mais toujours avec un infini respect).

Si guérir un corps demande d’aller le toucher aussi intimement, on comprend que constater la résurrection demande un contact tout aussi précis ! Et symétriquement, on devine que toucher le corps du Ressuscité soit source de guérison pour celui qui se laisse approcher…

phase-terminale-personne manger dans Communauté spirituelleSi vous avez déjà veillé quelqu’un au seuil de sa mort, vous savez l’importance des regards de ces instants, des caresses de la main ou du visage, de la présence physique au-delà des mots, des baisers tendrement déposés sur une joue inerte. Le personnel des soins palliatifs vous le dira : quand on ne peut plus guérir, on peut toujours toucher, et par ce seul contact garder quelqu’un en humanité jusqu’au bout. Si être touché avec amour et respect nous maintient humain, alors combien plus être touché par le Ressuscité nous maintiendra vivants !

Le français nous y aide : se laisser toucher signifie accepter à la fois le contact physique et l’émotion qu’il produit en nous. Accueillir nos émotions est souvent un défi pour nos éducations volontaristes. Accepté d’être ému, c’est laisser la tristesse me mener à l’essentiel, la joie me transfigurer, la peur m’avertir, la colère me mobiliser, la reconnaissance me fortifier, la gratitude m’ouvrir à la beauté du monde… Les amants savent bien que se laisser enlacer au corps de l’autre demande de faire tomber ses barrières, ses blocages, pour s’abandonner à cette communion qui selon le Cantique des cantiques est « forte comme la mort » (Ct 8, 6). Ce qui indique au passage la dimension pascale de la communion des corps lorsqu’elle est vécue dans cet esprit.

Toucher et se laisser toucher est donc une condition d’accès à Pâques.

Mosaïque représentant le repas du Ressuscité mangeant du poisson grillé (Sant'Apollinare in Classe, Ravenne, Italie)Luc en ajoute une autre : manger. « Avez-vous ici quelque chose à manger ? Ils lui présentèrent une part de poisson grillé qu’il prit et mangea devant eux ».
Ce repas n’a pas de connotation eucharistique ici comme ce fut le cas pour les disciples d’Emmaüs juste avant dans l’Évangile. C’est simplement une preuve qu’on n’a pas affaire à un fantôme. Manger, c’est s’incorporer le monde et y être incorporé. Voir quelqu’un manger est un signe indubitable que nous partageons avec lui la même humanité. D’ailleurs, les personnes âgées qui veulent mourir se laissent dépérir, ne s’alimentent plus ou presque. J’ai connu une dame de 86 ans en EHPAD que je visitais régulièrement. Depuis le premier confinement en mars 2020, son moral baissait à vue d’œil : enfermée dans une chambre de 9 m², elle ne voyait plus sa famille, mais seulement les aides-soignantes pour le plateau-repas, et la télévision qui marchait à fond tout le temps… Pire qu’en prison ! Les infirmières – vigilantes – nous disaient : elle est victime du ‘syndrome de glissement’, terme pudique  pour évoquer médicalement l’envie de mourir, de se suicider en ne mangeant plus. De fait, elle est décédée en décembre 2020, seule dans sa chambre, ne pesant plus qu’une quarantaine de kilos, elle qui était plutôt forte auparavant.

Manger, c’est attester de son envie de vivre ! Manger, c’est faire partie du même monde. Dans l’entre-deux Pâques-Ascension, le Ressuscité mange pour montrer aux disciples la réalité de la vie nouvelle qui coule désormais en lui.

Toucher, être touché, manger : de manière intéressante, Luc en fait les ingrédients du témoignage chrétien. « De cela vous serez les témoins ». Pour pouvoir témoigner, il faut d’abord toucher et se laisser toucher, et manger avec…

temoigner PâquesNotre témoignage n’a alors rien d’abstrait. Si je peux raconter avec abondance de détails ce qui m’est arrivé, en quoi le Christ a bouleversé ma vie, comment son message m’a touché, sa présence m’a subjugué, son amour m’a dilaté, alors témoigner me sera aussi naturel que respirer. Le témoignage chrétien est très physique : il se nourrit de nos rencontres, de nos émotions, de nos contacts. Il montre les traces que l’Évangile a imprimé sur nos mains et nos pieds, c’est-à-dire tout ce qu’il a changé dans la chair la plus concrète de notre façon de vivre, de travailler, d’aimer, de gagner de l’argent et de le dépenser etc.…

Pour se convertir au Christ, les non-chrétiens demanderont légitimement de pouvoir toucher, palper, tâter les preuves de sa résurrection.
Notre témoignage est d’abord celui du Christ de Pâques : « voyez ce qui m’est arrivé, touchez de près mes blessures guéries, laissez-moi m’asseoir à votre table et parlons de ce qui nous fait vivre… »

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts » (Ac 3, 13-15.17-19)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, devant le peuple, Pierre prit la parole : « Hommes d’Israël, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, alors que vous, vous l’aviez livré, vous l’aviez renié en présence de Pilate qui était décidé à le relâcher. Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier. Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins. D’ailleurs, frères, je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs. Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes : que le Christ, son Messie, souffrirait. Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés. »

 

PSAUME (4, 2, 4.7, 9)
R/ Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage ! ou : Alléluia ! (4, 7b)

Quand je crie, réponds-moi,
Dieu, ma justice !
Toi qui me libères dans la détresse,
pitié pour moi, écoute ma prière !

Sachez que le Seigneur a mis à part son fidèle,
le Seigneur entend quand je crie vers lui.
Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? »
Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage !

Dans la paix moi aussi,
je me couche et je dors,
car tu me donnes d’habiter, Seigneur,
seul, dans la confiance.

DEUXIÈME LECTURE
« C’est lui qui obtient le pardon de nos péchés et de ceux du monde entier » (1 Jn 2, 1-5a)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Mes petits enfants, je vous écris cela pour que vous évitiez le péché. Mais si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus Christ, le Juste. C’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés, non seulement des nôtres, mais encore de ceux du monde entier. Voici comment nous savons que nous le connaissons : si nous gardons ses commandements. Celui qui dit : « Je le connais », et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n’est pas en lui. Mais en celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection.

 

ÉVANGILE
« Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour » (Lc 24, 35-48)
Alléluia. Alléluia.Seigneur Jésus, ouvre-nous les Écritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Alléluia. (cf. Lc 24, 32)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. Comme ils en parlaient encore,  lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : « La paix soit avec vous ! » Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. » Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui présentèrent une part de poisson grillé qu’il prit et mangea devant eux. Puis il leur déclara : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : “Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.” » Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. Il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d’en être les témoins. »
Patrick Braud

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27 décembre 2020

Signes de reconnaissance épiphaniques

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Des signes de reconnaissance épiphaniques

Homélie pour la fête de l’Épiphanie/ Année B
03/01/2021

Cf. également :

L’épiphanie du visage
Épiphanie : tirer les rois
Épiphanie : êtes-vous fabophile ?
Épiphanie : l’économie du don
Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?
Le potlatch de Noël
Épiphanie : qu’est-ce que l’universel ?
L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture
L’inquiétude et la curiosité d’Hérode
Éloge de la mobilité épiphanique
La sagesse des nations

Les signes de reconnaissance

Signes de reconnaissance épiphaniques dans Communauté spirituelle signe-de-reconnaissanceEst-ce que vous encouragez souvent vos collègues ou vos proches ? Aimez-vous recevoir un compliment ? En donner ? Faites-vous régulièrement des feed-backs positifs aux membres de votre équipe ou de votre famille ? Êtes-vous plutôt très sobre, très neutre – voire indifférent – dans vos paroles et vos gestes sur les actions des autres ?
Vous avez sûrement remarqué qu’il suffit d’un : « Bravo, c’est super ! » ou d’un : « Good job ! »  adressé à un salarié pour voir ses yeux s’allumer et sa motivation se renforcer. Le baiser déposé sur le front de l’enfant avant qu’il ne s’endorme dans son lit, l’assurance d’un amour inconditionnel (« quoi que tu fasses, tu seras toujours chez toi à la maison ») font partie des provisions de confiance en soi qui lui permettront plus tard de traverser les crises.

Toutes ces paroles et gestes rassurent l’autre dans l’existence, l’aident à grandir (à tout âge), le conforte dans sa capacité à tenir sa place au milieu de nous. Éric Berne, le fondateur de l’Analyse Transactionnelle, a appelé signes de reconnaissance (stroke en anglais, qui est plus proche de caresse) ces retours – verbaux ou non verbaux – adressés à quelqu’un. Il appelle signe de reconnaissance « tout acte impliquant la reconnaissance de la présence d’autrui » [1]. C’est un message verbal ou non, positif ou négatif, que j’envoie à l’autre pour lui signifier qu’il existe à mes yeux.

Impossible d’évoluer, de grandir, de progresser sans recevoir ces signes de reconnaissance ! L’enfant-loup en manque au point de ne pas émerger de l’animalité. Le petit d’homme que personne n’a jamais dorloté, consolé, embrassé, félicité, risque de devenir une brute ou une épave.

 

1° effet : discerner le vrai visage de l’autre

Comment reconnaître des poux ?Fort heureusement, ce n’est pas le cas du bébé de la crèche ! À peine sorti du ventre de sa mère, il a les anges pour chanter à tue-tête la merveille de sa naissance, les bergers pour se réjouir de l’événement, et aujourd’hui les mages pour lui offrir des cadeaux somptueux.

Pleinement homme, Jésus commence sa vie terrestre en recevant des signes de reconnaissance dont il a aussi soif que du lait de sa mère ! Il accueille inconsciemment ces marques d’affection, de respect, de vénération comme la confirmation de sa mission. Tel  est d’ailleurs le premier sens du mot reconnaissance en français : reconnaître en l’autre ce qu’il est vraiment. Les anges reconnaissent en lui la gloire de Dieu se manifestant aux hommes. Les bergers rapportent à Marie et Joseph ce qu’on leur a dit : « Jésus est Sauveur, Christ et Seigneur », et ils s’en vont tout joyeux d’avoir ainsi reconnu en ce tout-petit au plus bas dans la mangeoire la manifestation (l’épiphanie) du grand Dieu « au plus haut des cieux ». Les mages reconnaissent à travers leurs présents que Jésus est vraiment le Grand Prêtre par excellence (encens), le Roi des rois (or), et le Prophète qui devait venir (myrrhe) [2].

À vrai dire, les signes de non-reconnaissance sont hélas eux aussi terriblement efficaces. L’aubergiste ignore ces étrangers et prétexte qu’il n’y a pas place pour eux à l’auberge. Hérode – « ce renard » - fait semblant d’appeler « roi des juifs » ce rival potentiel qu’il veut éliminer. Nous sommes nous aussi capables hélas d’envoyer des signes négatifs autour de nous !

Tels sont les signes de reconnaissance : positifs, ils aident celui qui sait les recevoir à discerner son identité profonde, sa vocation la plus personnelle ; négatifs, ils le découragent, le révoltent ou le désespèrent. Le pire est encore l’indifférence : ne pas envoyer de signes du tout…

 

2° effet : s’ancrer dans la gratitude

Gratitude rocks - PhotosDu coup, le deuxième sens du mot reconnaissance en français s’applique également dans la logique du don (comme dirait Marcel Mauss) que les mages pratiquent à l’Épiphanie : être reconnaissant, c’est accepter avec gratitude les cadeaux reçus, et témoigner auprès de leurs donateurs de leur effet positif en retour.

Ne croyez pas trop vite que cette reconnaissance-là est plus facile que la première ! Par humilité, par pudeur, à cause d’une éducation où l’on n’exprime pas ses émotions, nous avons souvent du mal à dire simplement : « le compliment que tu me fais me touche. Merci », ou bien : « ton retour m’encourage et me donne de l’énergie ». Nous avons du mal parfois à nous laisser étreindre affectueusement, à consentir à la bienveillance de l’autre, à accueillir simplement les marques d’admiration qui nous sont envoyées. Peut-être parce que nos parents ont été sévères, avares de compliments, réprimant leurs émotions. Peut-être parce que nous voulons être si parfaits que seules comptent à nos yeux les améliorations à faire et pas les progrès réalisés.

Heureux ceux qui peuvent se laisser toucher par les signes de reconnaissance offerts par leurs compagnons de route ! Il y a alors un échange réel : l’un reconnaît le positif en l’autre qui en retour est reconnaissant de ce feed-back.

Le Christ ne cessera de pratiquer cette pédagogie de la reconnaissance sur les chemins de Palestine. Il se réjouit de ce que les pécheurs, les femmes, les lépreux disent de lui. Il encourage le centurion (« jamais je n’ai vu une fois si grande en Israël ! »), les malades guéris (« ta foi t’a sauvé »), le criminel repenti (« ce soir, tu seras avec moi en paradis »), Zachée perché dans l’arbre (« aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison »), la prostituée en pleurs versant un rare parfum sur ses pieds (« elle a montré beaucoup d’amour »).

Pour les chrétiens, la source de la reconnaissance est en Dieu même : c’est la circulation de la louange trinitaire d’une Personne à l’Autre. Le Fils reconnaît le Père comme son origine, et son infinie reconnaissance est l’Esprit, don vivant qui unit les deux. En pratiquant la reconnaissance, les humains participent – même sans le savoir - à la vie trinitaire dont ils proviennent et vers laquelle ils tendent.

 

3° effet : devenir ce que nous offrons

Or, encens, myrrhe - clipart vectoriel de Art libre de droitsD’où le troisième effet de cette circulation des cadeaux épiphanique que sont les signes de reconnaissance dans nos vies : ceux qui offrent sont transformés en ce qu’ils offrent, ou plutôt en celui à qui ils donnent. Si l’évangile de Luc précise que les mages sont repartis par un autre chemin, ce n’est pas seulement à cause d’Hérode, mais également parce qu’ils sont transformés grâce à l’offrande qu’ils viennent de faire. Ils ne sont plus les mêmes. L’or  offert au roi du monde les a rendus participant de cette royauté-là. L’encens offert fumant devant le Grand Prêtre par excellence les associe au culte nouveau, qui n’a plus besoin de Temple parce qu’il est « en Esprit et en vérité ». La myrrhe déposée en vue de l’ensevelissement les rend prophètes avec le Christ accomplissant les Écritures et déchiffrant chaque moment présent comme le moment de la grâce divine.

De même que nous finissons par nous assimiler à ce que nous mangeons, aux images que nous fréquentons, à la musique que nous écoutons, les mages finiront par devenir les prêtres, prophètes et rois que leurs cadeaux symbolisaient, et que l’enfant de la crèche incarnait.

Celui qui n’offre rien n’a rien.
Qui ne reconnaît jamais l’autre dans sa positivité ne sera pas lui-même reconnu.
Qui n’accueille pas la reconnaissance de l’autre se prive de provisions essentielles pour sa route.
 

De Bethléem au Golgotha Jésus ne cessera de reconnaître et de manifester en chaque visage rencontré l’étincelle divine qui s’y cache. Des mages au bon larron, il accueillera avec reconnaissance les marques de vénération qu’on lui adressera.

Il ne tient qu’à nous de devenir ce que nous offrons.
Il ne dépend que de nous de communier au Christ, afin de devenir - par lui avec lui et en lui - prêtre, prophète et roi avec l’encens, la myrrhe et l’or déposés au pied de la mangeoire de Bethléem.
Cela commence par l’humble pratique des signes de reconnaissance à donner aux autres, à accepter joyeusement pour soi-même…

 

[1]. Erice Berne, Des jeux et des hommes : psychologie des relations humaines, Stock, 1984.

[2]. Les mages offrent la myrrhe comme la femme l’onction à Béthanie : « Si elle a versé ce parfum sur mon corps, c’est en vue de mon ensevelissement » (Mt 26, 12). Ils prophétisent ainsi la mort de Jésus, car la myrrhe sert à l’embaumement des corps, ainsi que le mentionne Jean : « Nicodème  vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts » (Jn 19, 39 40).

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« La gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is 60, 1-6)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur.

 

PSAUME

(71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13)
R/ Toutes les nations, Seigneur, se prosterneront devant toi. (cf. 71,11)

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse » (Ep 3, 2-3a.5-6)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère. Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l’Esprit. Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

 

ÉVANGILE
Nous sommes venus d’Orient adorer le roi (Mt 2, 1-12)
Alléluia. Alléluia.Nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda,tu n’es certes pas le dernierparmi les chefs-lieux de Juda,car de toi sortira un chef,qui sera le berger de mon peuple Israël. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

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20 décembre 2020

Noël : La contagion du Verbe

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Noël : La contagion du Verbe

Homélie de Noël / Année B
25/12/2020

Cf. également :

Y aura-t-il du neuf à Noël ?
Noël : évangéliser le païen en nous
Tenir conte de Noël
Noël : solstices en tous genres
Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…
Noël : la trêve des braves
Noël : croyance dure ou croyance molle ?
Le potlatch de Noël
La bienveillance de Noël
Noël « numérique », version réseaux sociaux…
Noël : « On vous écrira… »
Enfanter le Verbe en nous…

Le corps est langage

Une vidéo a été vue plus de 2 millions de fois sur YouTube : on y voit une ancienne ballerine espagnole, maintenant âgée, en fauteuil roulant, dans une maison de retraite. Alors que résonnent les premières notes du « Lac des cygnes » de Tchaïkovski, Marta Cinta s’illumine lentement. Elle tente d’abord d’esquisser quelques mouvements, puis renonce, se décourage. Finalement elle se reprend, et dessine de ses mains la chorégraphie du ballet de Tchaïkovski, pendant plusieurs minutes, avec une grâce et une minutie saisissantes…

Le corps a sa mémoire ! Le corps humain parle à sa manière. Notre chair se souvient, frémit d’angoisse ou de joie, exprime ses émotions dans un langage paraverbal très riche en messages pour les autres comme pour nous-même. Eh bien !, à Noël, on peut dire que notre vieille humanité, souvent immobilisée comme la ballerine âgée, reçoit du Verbe fait chair la capacité de se mettre en mouvement, de faire parler son corps et danser ses émotions !

Depuis le mois de mars, nous mesurons mieux comment la propagation d’une petite chose comme le Coronavirus peut en circulant modifier les modes de vie des humains sur notre planète. Nous l’avions entendu dire à propos de la grande peste d’Occident au XIV° siècle ; nos grands-parents nous avaient raconté la grippe espagnole de 1918 et ses millions de morts. Mais là nous revivons cette tragique réalité : en nous contaminant mutuellement nous propageons l’épidémie à tous à une vitesse incroyable. L’allégement du confinement depuis le 15 décembre ne doit pas nous illusionner : c’est la permission du moment, pour fêter Noël et le nouvel an, mais après, la troisième vague pourrait bien déferler de nouveau…

En cette nuit de Noël, nous fêtons un Dieu qui est à l’exact opposé de cette pandémie. Lui, le Verbe fait chair, a initié en ce monde une propagation bien plus efficace que celle de la Covid : la contagion du Verbe, la contamination du bien. La circulation du virus peut nous aider en négatif à mieux comprendre comment cette toute petite chose dans la paille de l’auberge de Bethléem continue à transformer le monde mieux que le meilleur des antivirus.

 

Le Logos fait parler

En désignant Jésus comme le Verbe de Dieu, l’évangéliste Jean utilise le mot grec Logos, qui signifie parole mais aussi raison (rationalité). La plupart des sciences humaines intègrent le Logos comme suffixe : sociologie, anthropologie, philologie, théologie, sémiologie, criminologie etc. Le Logos est là dès qu’il s’agit d’élaborer un discours rationnel sur un phénomène, ce qu’on appelle une science. Le Logos est par excellence ce qui fait parler, ce par quoi l’on parle. D’ailleurs, en français, quand quelqu’un est intarissable au point de ne pas pouvoir s’arrêter de parler, on dit qu’il est atteint de logorrhée, sorte de diarrhée verbale.

Appeler Logos le bébé de la crèche est un oxymore, puisque l’enfant (en latin in-fans) désigne justement celui qui ne peut pas parler. Le nouveau-né ne peut que crier, pleurer et pousser quelques soupirs de satisfaction après avoir tété. Mais cet enfant-là est le Verbe fait chair. Avec lui, toute chair se met à parler. Écoutez : il y a comme une réaction en chaîne avec cette naissance ! Les anges toujours exubérants chantent le Gloria à tue-tête mieux que dans une pastorale des santons de Provence. Les bergers, ces analphabètes qu’on n’écoute jamais, se parlent et vont s’émerveiller devant la mangeoire où ils chuchoteront leur étonnement ravi. Les mages se mettent en route car ils ont su faire parler le signe d’une étoile dans le ciel. Même les vieux textes prophétiques se mettent à parler ! La prophétie de Malachie sur Bethléem s’accomplit, et tous les passages parlant du Messie, de la Genèse aux derniers prophètes en passant par les psaumes, convergent soudain vers Jésus. Quand les événements deviennent des signes (mages), quand les plus pauvres osent prendre la parole (bergers), quand les textes deviennent limpides pour éclairer l’actualité (Malachie), quand une autre musique se fait entendre venue d’ailleurs (anges), alors le Verbe prend chair dans nos vies, aujourd’hui comme à Noël.

Oui, ce Logos fait parler : la louange des anges, l’émerveillement des bergers, l’offrande des mages, le sens des textes. Voilà bien une première bonne nouvelle de Noël : le Verbe s’est fait chair pour que notre chair puisse parler ! Et Dieu sait que notre corps a des choses à dire, il une mémoire à exprimer. Tout notre être est fait pour communiquer, entrer en relation. Alors que le confinement nous entraîne à la solitude, voire à l’isolement pour certains, en tout cas au repli sur soi, la naissance de cette nuit nous redit que nous sommes faits pour parler, toucher, nous confier, nous abandonner.

Pour être honnête, il faut également mentionner que le Verbe incarné fait parler les forces du mal dont les accusations se déchaînèrent contre l’humble Messie de Bethléem. Hérode interroge les mages pour supprimer son rival potentiel. Les aubergistes de Bethléem refusent de faire de la place à ce couple étranger descendant de Nazareth. Demain, les puissants, les autorités politiques et religieuses, la foule, les possédés vociféreront contre ce Messie devant lequel décidément on ne peut pas se taire (sauf peut-être Marie « qui médite toutes ces choses en son cœur »).

À Noël, le Verbe de Dieu a pris chair de notre chair pour que notre chair apprenne à parler comme Dieu…

 

Les antis gestes barrières

À bien y regarder, Noël manifeste un Dieu assez rebelle aux mesures anti-Covid qui nous contraignent depuis le mois de mars !

 

- Bas les masques !

La venue de cet enfant démasque la folie politique d’Hérode, la démesure (hybris) de son désir de pouvoir. Par contre, le vrai visage des bergers est révélé, non plus nomades marginaux peu considérés, mais les premiers à se réjouir et à reconnaître le Messie. Il en est ainsi pour tous les protagonistes des récits de Noël : le visage exposé, vulnérable, sans fard, du nouveau-né incarnant la présence divine bouleverse les stratégies et les apparences. Les masques tombent : chacun est révélé à lui-même ou aux autres tel qu’il est, sans les étiquettes habituelles.

 

- Le Tout-proche

Vous vous souvenez de ce désastreux slogan officiel : « quand on aime ses proches, on ne s’approche pas trop ».

Le gouvernement a remis le couvert pour Noël avec une publicité où une petite fille éloigne deux Pères Noël trop proches sur la bûche du réveillon…

On comprend la visée sanitaire de cette fameuse distanciation sociale en temps de virus. Mais elle induit à la longue une sorte de méfiance envers la proximité, le contact, le toucher, l’intimité. Une amie célibataire me confiait qu’elle prenait rendez-vous avec son kiné en période de confinement sans autre motif que la nécessité pour elle d’avoir quelqu’un qui la touche, la manipule, lui assure par ce contact physique qu’elle était vivante. À la différence des cartes bancaires, nous ne sommes pas faits pour le sans contact ! C’est inhumain. L’enfant de Noël, lui, se laisse langer, allaiter, manipuler, trimbaler sur le dos de sa mère ou sur l’âne de Joseph.

 

- S’exposer à l’infect

Noël : La contagion du Verbe dans Communauté spirituelle Jesus-Christ-guerit-dix-lepreuxMalgré le risque de contamination dû au péché humain, le Verbe de Dieu n’a pas peur de plonger au plus bas de notre condition. Exposé dès sa naissance au rejet, à l’exclusion, à la persécution (fuite en Égypte), il continuera demain en se rangeant parmi la file des pécheurs au Jourdain, en acceptant de toucher les lépreux, de frayer avec les miséreux, de guérir les handicapés. Pire encore, il sera lui-même assimilé à une ordure en étant condamné au châtiment de la croix, en compagnie de deux criminels avérés.

Pendant l’épidémie, on nous répète à l’envie qu’il nous faut tout désinfecter régulièrement. Entre deux clients au restaurant, le serveur doit désinfecter tables et couverts. Dans les bureaux, poignées de portes, open space et photocopieurs sont nettoyés chaque jour etc. Le risque serait de finir par croire qu’un isolement aseptisé vaut mieux qu’une vie exposée. Jésus a toujours voulu rejoindre ceux qui étaient au plus bas, jusqu’à faire corps avec eux dans leur infection, c’est-à-dire ce qui les rendait infectés et infects aux yeux de leurs contemporains. Les Évangiles grouillent de ces Cours des miracles où Jésus aimait rencontrer ceux qui ne comptaient plus pour la société. Pendant les grandes épidémies, des saints et des saintes admirables ont préféré risquer leur vie plutôt que de laisser des malades seuls et abandonnés.

Noël c’est aussi cela : toucher l’infect, communier avec les indésirables.

 

- Ne pas s’en laver les mains

Le gel hydroalcoolique est devenu un compagnon de toutes nos activités. Se laver les mains avant de rentrer dans un commerce, avant de saisir un objet etc. devient une habitude. Or, si elle s’installait, cette préoccupation de l’hygiène pourrait devenir obsessionnelle, voire compulsive. On se souvient que Pilate a immortalisé ce geste en voulant ainsi se dédouaner de la mort de Jésus. Le bois de la mangeoire de Bethléem dans laquelle dort l’enfant annonce le bois de la Croix du Golgotha sur lequel s’endort le Christ dans la mort. Personne ne peut s’en laver les mains. Il n’y a pas de gel hydroalcoolique pour la responsabilité spirituelle ! À nous d’assumer les conséquences de nos actes, de Noël au Vendredi saint, face à l’enfant sur la paille, face au bandit traité comme un sous-homme.

 

- Pas de jauge de 8 m² !

Le propre de Dieu est de « rassembler dans l’unité ses enfants dispersés » (Jn 11,52). Le mot communion est un synonyme de la divinité en christianisme : communion trinitaire, communion ecclésiale, communion universelle. L’Eglise est par nature l’assemblée convoquée où chacun répond à l’appel de Dieu sans choisir son voisin. Impossible de restreindre l’entrée à quelques-uns seulement ! Impossible de se contenter de petits groupes (les JMJ l’ont démontré !). Impossible de ne pas se réunir à plusieurs. Les martyrs chrétiens des premiers siècles ont donné leur vie pour participer au dominicum = rassemblement du dimanche sans lequel il disait ne pas pouvoir vivre.

 

Noël, ou l’anti-confinement

creche01On le voit : Noël conteste radicalement les gestes barrières, les seuils de rassemblement, les obsessions hygiénistes, la trop célèbre distanciation sociale. Cela ne veut pas dire qu’il faudrait désobéir aux mesures de confinement/déconfinement ! Fêter Noël nous aide à ne pas nous habituer à cet état d’urgence un temps nécessaire : si le Verbe de Dieu a voulu naître d’une femme, fréquenter les pécheurs, toucher les lépreux, recevoir l’onction de Marie-Madeleine, s’étendre sur le bois de la croix, c’est pour nous ouvrir un chemin de communion avec Dieu, avec nous-même, avec les autres, avec le monde créé.

Laissons-nous donc toucher dans notre humanité par tout ce qui affecte nos proches.

La place manque pour examiner ce que la stratégie prônée par l’OMS : tester / isoler et tracer / soigner peut nous dire de la stratégie de Dieu à notre égard. On devine que la première étape : tester, fera plutôt référence à notre capacité personnelle d’autoévaluation spirituelle (discernement, accompagnement). La deuxième étape : isoler et tracer, est quant à elle radicalement contestée par la volonté de salut qui pousse Dieu justement à ne pas isoler le pécheur. La troisième étape : soigner, est bien sûre cohérente avec cette même volonté de salut : pardonner, réconcilier, libérer du mal.

La seule mesure à garder serait peut-être l’aération régulière des pièces ! Contre la Covid, cela permet de chasser le virus. Dans une vie chrétienne, cela permet de laisser l’Esprit renouveler régulièrement notre manière de voir et de penser. Ouvrons tout grand nos fenêtres au souffle de l’Esprit pour chasser de nos vies les miasmes de l’isolement et du repli !

Face à la pandémie, notre réel espoir est dans les vaccins que les labos développent en y mettant le paquet. Face à la contagion de la solitude, de la dépression morale et économique, notre réelle espérance est la fraternité inconditionnelle que cet enfant apporte au monde. Le vaccin de la fraternité nous préservera du repli, du déclin. Plutôt que de nous habituer aux horizons rétrécis du confinement, apprenons avec Noël à dilater notre cœur aux dimensions divines.

Cette nuit, le Verbe de Dieu s’est fait chair, pour que notre chair puisse parler !

 

 

MESSE DE LA NUIT

PREMIÈRE LECTURE
« Un enfant nous est né » (Is 9, 1-6)

Lecture du livre du prophète Isaïe
Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés comme au jour de Madiane. Et les bottes qui frappaient le sol, et les manteaux couverts de sang, les voilà tous brûlés : le feu les a dévorés.
Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. » Et le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers !

PSAUME
(Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a, 13bc)
R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : ’est le Christ, le Seigneur.
 (cf. Lc 2, 11)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
car il vient pour juger la terre.

Il jugera le monde avec justice
et les peuples selon sa vérité.

DEUXIÈME LECTURE
« La grâce de Dieu s’est manifestée pour tous les hommes » (Tt 2, 11-14)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Tite

Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

ÉVANGILE
« Aujourd’hui vous est né un Sauveur » (Lc 2, 1-14)
Alléluia. Alléluia.
Je vous annonce une grande joie : Aujourd’hui vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur ! Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
Patrick Braud

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6 décembre 2020

Gaudete : je vois la vie en rose

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Gaudete : je vois la vie en rose

Homélie pour le 3° Dimanche de l’Avent / Année B
13/12/2020

Cf. également :
Réinterpréter Jean-Baptiste
Que dis-tu de toi-même ?
Un présent caché
Tauler, le métro et « Non sum »
Le Magnificat de l’Assomption : exalter / exulter

La rosée biblique

Gaudete : je vois la vie en rose dans Communauté spirituelle pape-francois-gaudete-laetareEn voyant la chasuble rose de votre prêtre de paroisse ce dimanche, vous vous poserez sûrement des questions : est-ce une marque de soutien LGBT ? A-t-il trop fredonné le succès planétaire d’Édith Piaf qui voit « la vie en rose » ? Cette couleur sucrée annonce-t-elle les confiseries sous le sapin ?

Foin de tout cela, bien sûr ! Ce troisième dimanche de l’Avent est traditionnellement appelé le dimanche de la joie, en latin le dimanche du Gaudete, car l’antienne d’ouverture de la liturgie chantait : « Gaudete in Domino semper : iterum dico, gaudete. Modestia vestra nota sit omnibus hominibus : Dominus enim prope est. Nihil solliciti sitis : sed in omni oratione petitiones vestræ innotescant apud Deum ». « Soyez toujours joyeux dans le Seigneur ! Je vous le répète : soyez joyeux. Votre sérénité dans la vie doit frapper tous les regards, car le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien, mais dans toutes vos prières exposez à Dieu vos besoins. Elle reprend en cela la deuxième lecture de ce dimanche : « Soyez toujours dans la joie » (1 Th 5,16), ainsi que la première lecture : « Je tressaille de joie dans le Seigneur » et le cantique de Marie qui nos sert de psaume : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !« .

Alors que la couleur des vêtements liturgiques de l’Avent est le violet, en signe de préparation pénitentielle à Noël, le rose peut ce jour-là remplacer le violet pour anticiper en quelque sorte la joie de la venue du Verbe de Dieu, et pour tenir bon jusqu’à Noël, parce que nous savons qu’il est déjà venu et qu’il vient.

wp71658eff_06 aurore dans Communauté spirituellePourquoi le rose ? Les tentatives d’explications sont vagues et embrouillées. Le rose n’est pas une couleur biblique. Par contre, la rosée – qui est de la même racine que la couleur – est un phénomène bien connu à qui l’Ancien Testament fait référence une quarantaine de fois. Pendant l’Exode par exemple, la rosée est associée à la manne, car les deux descendent ensemble du ciel pour nourrir le peuple au petit matin : « Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp ; et, le lendemain matin, il y avait une couche de rosée autour du camp. Lorsque la couche de rosée s’évapora, il y avait, à la surface du désert, une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre, sur le sol » (Ex 16, 13 14). La rosée annonce que Dieu va prendre soin de son peuple et ne le laissera pas dépérir en plein désert.

Ce phénomène naturel résonne également comme une promesse de fécondité, car le sol  humidifié par la rosée est le terreau idéal pour la prolifération de la vie. À tel point que la Parole de Dieu y est comparée : « Mon enseignement ruissellera comme la pluie, ma parole descendra comme la rosée, comme l’ondée sur la verdure, comme l’averse sur l’herbe » (Dt 32,2) et que Dieu lui-même s’engage : « Je serai pour Israël comme la rosée, il fleurira comme le lis, il étendra ses racines comme les arbres du Liban » (Os 14,6).

118327308_o AventEn s’habillant de rose, l’Église célèbre l’Avent comme la rosée de l’avènement ultime. Déjà les premières gouttes de la pluie de grâce bienfaisance de la venue du Christ nous transforment. Elles font disparaître nos raideurs, nos sécheresses. Elles préparent une nourriture incomparable. Elles favorisent l’élan vital qui ne demande qu’à jaillir de nous.

La rosée en vint ainsi à désigner la douceur de vivre ensemble lorsqu’on se sent frères et sœurs d’un seul Père : « Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ! [...] On dirait la rosée de l’Hermon qui descend sur les collines de Sion. C’est là que le Seigneur envoie la bénédiction, la vie pour toujours » (Ps 132, 1.3)

D’ailleurs la couronne de l’Avent est souvent composée de trois bougies rouges et d’une rose, allumée le troisième dimanche.
Cette pédagogie n’est pas propre qu’à l’Avent : pendant le carême, il y a le dimanche du « Laetare », où la couleur rose peut être aussi de mise (anticipation de Pâques).

 

La couleur de l’aurore

Les navigateurs ayant bataillé la nuit entière au creux des vagues de l’océan témoignent souvent de leur éblouissement lorsque l’aube s’annonce : le ciel timidement se réchauffe, une pâle lueur se mélange à la nuit et trace l’horizon bien avant que le soleil le franchisse. Tout se teinte d’un rose délicat aux multiples nuances : c’est l’aurore qui pointe, espérance d’un jour nouveau.

Dès que, fille du matin, parut l'aurore aux doigts de rose...Les poètes l’ont chanté :
L’aurore s’allume ;
L’ombre épaisse fuit ;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit ;
Paupières et rose
S’ouvrent demi-closes ;
Du réveil des choses
On entend le bruit.
[…]
Création pure !
Être universel !
Océan, ceinture
De tout sous le ciel !
Astres que fait naître
Le souffle du maître,
Fleurs où Dieu peut-être
Cueille quelque miel !                                Victor HUGO (1802 – 1885), L’aurore s’allume.

Saint-John Perse guette sa venue, « un peu avant l’aurore et les glaives du jour, quand la rosée de mer enduit les marbres et les bronzes, et l’aboiement lointain des camps fait s’émietter les roses à la ville » (Amers),
La liturgie y voit la figure de Marie, la première arrivée au terme de notre course :
« Aujourd’hui la Vierge Marie, la mère de Dieu, est élevée dans la gloire du ciel, parfaite image de l’Église à venir, aurore de l’Église triomphante, elle guide et soutient l’espérance de ton peuple encore en chemin » (Préface pour la messe de l’Assomption).
Jean-Paul II appelait Marie : « aurore du monde nouveau », car en elle notre humanité a déjà basculé de l’autre côté de la ligne d’horizon, dans le monde de la Résurrection….
S’habiller de rose est alors revêtir par avance la joie dont Marie est déjà comblée en plénitude ; c’est célébrer la venue prochaine du Soleil de justice dissipant nos ténèbres.

 

Les trois joies que l’Avent fait descendre sur nous comme la rosée du ciel.

Une paroisse a demandé à ses fidèles d’écrire librement sur un quart de feuille la joie qui irrigue leur vie en ce moment. L’avalanche de bulletins roses qui en résulta surpris tout le monde, car l’ambiance n’est pas particulièrement à l’optimisme en cette fin de confinement ! On peut en restituer la substantifique moelle à travers la sélection suivante, regroupée autour de trois têtes de chapitres : la joie humaine, la joie de Dieu, la joie chrétienne. Donnons la parole à l’expérience ordinaire de nos assemblées, pour y entendre comment le sens de la foi (sensus fidei) nourrit les chrétiens et leur fait voir la vie en rose :

 

1. La joie humaine

Il y a des moments, dans la vie, qui sont de purs ravissements de bonheur, qui sont des joies simples mais profondes. Ce sont celles-là qui nous nourrissent au plus profond de notre cœur. En voici quelques-unes.

Racontez-nous la joie des hommes.

-    La joie, c’est quand un papa soulève son enfant au bout de ses bras, le lance en l’air et le reprend tout contre lui, quand les deux rient aux éclats et que leurs yeux brillants se mirent les uns dans les autres.
-    La joie, c’est quand la fiancée repose tendrement dans les bras de son fiancé, en silence et en amour, et que ce moment pourrait durer une éternité sans sombrer dans l’ennui ou la distraction.
-    La joie, c’est quand les enfants reviennent de l’école et, tout en savourant une tartine et un verre de lait, racontent en toute confiance leur journée à leur maman qui les écoute avec amour.
-    La joie, c’est quand toute la famille, profitant du congé des Fêtes, va skier et glisser à la montagne, avant de partager ensemble un bon repas chaud.

———-

-     La joie, c’est quand, après avoir vécu une grande angoisse, tu retrouves soudain la paix pour un nouveau départ.
-   La joie, c’est quand ton cœur, las de tristesse et de douleur, trouve consolation et réconfort auprès de personnes que tu aimes et qui t’aiment.
-    La joie, c’est quand tu retrouves un ami perdu depuis longtemps et qui, par un soir d’hiver, frappe à ta porte et te serre chaleureusement dans ses bras.
-     La joie, c’est quand tu es malade ou seul et que, sans s’être annoncée, de la belle visite envahit ton foyer et vient te causer amicalement.
-    La joie, c’est quand une maman met au monde un enfant sous les yeux émus du papa et le montre ensuite, éblouie, à la famille, à la parenté, aux amis, aux visiteurs.

———–

-    La joie, c’est quand, de ta fenêtre, tu regardes la neige tomber en silence et décorer tranquillement l’épinette de ta pelouse et que ton cœur chante au-dedans de toi.
-    La joie, c’est quand tu regardes les gens passer dans ta rue et que, même emmitouflés jusqu’au cou, tu les trouves beaux et bons.
-   La joie, c’est quand tu te promènes le soir dans les rues et que tu regardes toutes les décorations de Noël, et que tu te dis : « Que c’est beau ! »
-   La joie, c’est quand tu donnes un cadeau à un enfant ou à un plus pauvre que toi et que tu vois leurs yeux briller comme des soleils, et que tu te dis : « Que c’est bon ! »

————

-    La joie, c’est une petite source d’eau claire qui chante sa douce musique au creux de ton cœur, qui rafraîchit tout ton être et te fait trouver bonne la vie.
-    La joie, c’est une petite fleur de rien du tout qui pousse soudainement au jardin de ton âme, qui parfume tout ton être et embellit toute ta vie.
-    La joie, c’est une petite lumière qui vient éclairer ta nuit, une étoile minuscule qui t’indique le chemin, qui te rassure, te console et te pacifie.
-    La joie, c’est un nuage qui te fait un clin d’œil dans le ciel, un oiseau qui passe en chantant, un enfant qui te sourit, un vieillard qui te regarde aimablement, c’est la vie toute simple qui t’apporte un supplément d’être.
-    La joie, c’est l’amour que tu donnes et que tu reçois, qui te réjouit le cœur et allume des lumières dans ta vie…

 

2. La joie de Dieu

S’il y a la joie des humains, il y a aussi celle de Dieu lui-même. Dieu, qui nous envoie son Fils pour nous sauver, n’est pas un Dieu triste et revanchard. Tout au contraire, il est un Dieu aimant et aimable et qui trouve sa joie précisément dans cet amour.

Racontez-nous la joie de Dieu.

-     La joie de Dieu, c’est de nous regarder vivre comme un père ou une mère regardent leurs enfants, avec beaucoup d’amour au cœur et dans les yeux.
-     La joie de Dieu, c’est de nous accompagner sur tous nos chemins, qu’ils soient heureux ou malheureux, bons ou mauvais, et de ne jamais nous abandonner.
-     La joie de Dieu, c’est de nous accueillir dans sa maison en tout temps et encore plus quand nous revenons de loin, de si loin parfois que nous l’avions presque oublié.
-     La joie de Dieu, c’est de s’approcher de nous, d’être avec nous, jusqu’à nous donner son Fils unique comme preuve de son amour de toujours et pour toujours.
-     La joie de Dieu, c’est ce petit enfant qui repose dans une crèche et qui dort paisiblement en notre cœur.


3. La joie chrétienne

La joie chrétienne repose principalement sur notre foi en notre Dieu qui nous aime et qui nous sauve à chaque instant. C’est une joie que même les plus grands malheurs ne peuvent assombrir. Regardons-la un peu.

Racontez-nous la joie chrétienne.

La joie chrétienne, c’est…

-     savoir que Dieu habite au plus profond de ton cœur et que tu peux lui parler où tu veux, quand tu veux, de ce que tu veux…
-     aider un plus malheureux que toi et de reconnaître en lui le Seigneur lui-même qui se cache dans ses frères et sœurs les plus humbles…
-     s’arrêter à l’église en revenant de tes courses de Noël pour dire à Jésus que tu l’aimes et pour l’écouter te dire qu’il t’aime aussi…
-     faire une prière à Jésus avec ton petit enfant quand tu bordes son lit le soir et lui raconter une histoire pour l’endormir…
-     regarder les enfants jouer dans la cour et de demander humblement au Seigneur de leur ressembler un peu…
-     découvrir Jésus en chaque personne, même la pire…

————–

La joie chrétienne, c’est…

-     quand tu te pâmes pour Dieu, que tu le trouves formidable, merveilleux, extraordinaire, unique, super…
-     quand tu fermes les yeux devant qui te fait du mal et que tu ouvres bien grands ton cœur et ta maison pour l’accueillir au nom de Jésus…
-     quand tu tournes ton cœur vers le Seigneur dans ta vie de pécheur, étant sûr que son cœur est bien plus grand que toutes tes bêtises…
-    quand tu te mets à danser et à chanter avec tes frères et sœurs dans la foi tellement tu es heureux que Jésus soit au rendez-vous de nos vies…
-   quand, même au milieu de grandes épreuves, tu sais que le Seigneur ne t’abandonnera jamais, qu’il sera toujours là pour t’écouter et te tendre la main comme un père aimant et une maman très douce…

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La joie chrétienne, c’est…

-     quand tu donnes ton pardon ou que tu en reçois un au nom de Jésus et qu’ils te lavent l’âme aussi nette qu’une grande ondée de printemps…
-     quand tu découvres, dans l’émerveillement, qu’au fond Dieu seul suffit pour que tu vives le vrai bonheur…
-     quand tu pleures, tellement le bonheur inonde ton cœur, parce que tu comprends de plus en plus de quel amour profond le Seigneur t’aime et t’aimera toujours…
-     quand le Seigneur place sur ton chemin un ange de paix et de lumière qui panse tes plaies et te relance sur le chemin de l’espérance…
-     quand tu découvres qu’en ce petit enfant, couché dans une crèche, il y a tout l’amour du monde, tout l’amour d’un Dieu…

Et vous : qu’écririez-vous de votre joie actuelle sur un quart de feuille rose ?

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je tressaille de joie dans le Seigneur » (Is 61, 1-2a.10-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe

L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.
Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a vêtue des vêtements du salut, il m’a couverte du manteau de la justice, comme le jeune marié orné du diadème, la jeune mariée que parent ses joyaux. Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.

CANTIQUE

(Lc 1, 46b-48, 49-50, 53-54)
R/ Mon âme exulte en mon Dieu.   (Is 61, 10)

Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
Sa miséricorde s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.

Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour

DEUXIÈME LECTURE
« Que votre esprit, votre âme et votre corps soient gardés pour la venue du Seigneur » (1 Th 5, 16-24)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal. Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, Celui qui vous appelle : tout cela, il le fera.

 

ÉVANGILE
« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » (Jn 1, 6-8.19-28)
Alléluia. Alléluia.L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Alléluia. (cf. Is 61, 1)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
Voici le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? » Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement : « Je ne suis pas le Christ. » Ils lui demandèrent : « Alors qu’en est-il ? Es-tu le prophète Élie ? » Il répondit : « Je ne le suis pas. – Es-tu le Prophète annoncé ? » Il répondit : « Non. » Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? » Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert :Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. » Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette question : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? » Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. »
Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où Jean baptisait.
Patrick BRAUD

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