L'homélie du dimanche (prochain)

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17 février 2016

La face de Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La face de Dieu

 

Cf. également :

Le sacrifice interdit

Dressons trois tentes…

La vraie beauté d’un être humain

L’alliance entre les morceaux

Visage exposé, à l’écart, en hauteur 

Figurez-vous la figure des figures 

Dieu est un trou noir 

 

Homélie du deuxième dimanche de carême / Année C
21/02/16

 

La biche mystique

Avez-vous déjà remarqué les biches, les cerfs et les scènes de chasse qui ornent souvent nos églises romanes en France et ailleurs ?

Bizarre, non ? Graver une meute de chiens courant après un cerf ou une biche sur la façade d’une cathédrale… Eh bien non, ce n’est pas bizarre ! C’est la traduction médiévale de notre psaume 27,8 : « cherchez ma face, dit Dieu ». « C’est ta face Seigneur que je cherche ».

Chasse à courre 1

Frise de chasse à courre au cerf (façade de la cathédrale d’Angoulême, XII° siècle)

Pourquoi graver une scène de chasse sur la façade d’une cathédrale ? par pur motif esthétique ?

Sans  doute  non.  La  chasse  est  en  effet  un  thème  spirituel  omniprésent  dans  la  littérature  spirituelle et biblique, depuis les rabbis parlant de la quête de Dieu comme d’une chasse, jusqu’aux Pères de l’Église exploitant tous les détails de cette allégorie de la chasse à courre pour parler du désir de Dieu. 

Ne dit-on pas en français courant : « se mettre en chasse » pour désigner la quête d’un objet, ou même d’un  partenaire  amoureux ?  Se  mettre  en  quête  du  Christ  est  une  condition  indispensable  pour entrer dans une église.

Dans l’iconographie médiévale, le cerf en était venu à désigner le Christ. Ses bois évoquent le bois de la Croix, car ils repoussent si on les coupe, à l’image du Christ ressuscitant quand on lui enlève la vie. On raconte qu’Hubert se convertit en voyant dans les bois d’un cerf le signe de la Croix du Christ ; saint Eustache également (ils devinrent pour cela patron des chasseurs / des sonneurs).

Le chercheur de Dieu devient lui même un cerf : « comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche, toi mon Dieu. Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant… » (Ps 42,1)

« De même que le cerf, après avoir été chassé, a soif, de même toi, cours tout bonnement devant toi et laisse s’allumer en toi une nouvelle soif de Dieu. C’est pour cela que tu es chassé ». Ou encore : « l’homme, cerf chassé, court à Dieu comme il convient, gagné par la soif de Celui en qui sont réellement toute paix, toute vérité, toute consolation » (Tauler, XIV° siècle).

 

Cette frise traduit le désir de Dieu,  la  quête  intérieure  qui  permet  au  visiteur  d’entrer  véritablement  dans  le  mystère  offert  par  la cathédrale, au lieu d’en rester purement extérieur.

Chasse à courre 2

Biche chassée par les chiens (chevet de la cathédrale d’Angoulême, XII° siècle)

Surprise : à la sortie, à nouveau le thème de la chasse… C’est une magnifique inclusion, puisque située au chevet, symétriquement à celle de la façade. C’est donc que même après avoir franchi la porte, s’être rassemblé  avec  l’Église,  avoir  communié  au  Christ  dans  son  eucharistie,  le  chemin  n’est  pas  encore terminé  pour  autant !  Ni  la  vie  en  Église,  ni  les  sacrements  ne  suffisent  pour  aller  totalement  à  la rencontre du Dieu vivant. La quête spirituelle continue une fois sorti de la cathédrale, et se prolonge dans tous les domaines de la vie. La dimension mystique de la foi se nourrit de ce passage dans la cathédrale, et se joue dans la vie intérieure, mais aussi familiale, sociale…

Il s’agit de ne jamais enclore la recherche de Dieu, de ne jamais croire qu’on l’a trouvé. Comme l’écrivait le  génial  Saint  Augustin :  « Le  chercher  avec  le  désir  de  le  trouver,  et  le  trouver  avec  le  désir  de  le chercher encore…. »

La biche poursuivant sa course, haletante du désir de Dieu, nous invite à ne jamais nous arrêter dans notre propre course intérieure. « Le seul élément stable du christianisme, c’est l’ordre de ne s’arrêter jamais » (Bergson). « Car c’est là proprement voir Dieu que ne d’être jamais rassasié de le désirer sans cesse… » (Grégoire de Nysse).

 

Cherchez ma face

Afficher l'image d'origineLe psaume 27 de ce dimanche fait le lien en quelque sorte entre le Dieu caché de l’Ancien Testament et la transfiguration du Christ dans le Nouveau Testament :

Mon cœur m’a redit ta parole :
« Cherchez ma face. »

C’est ta face, Seigneur, que je cherche :
ne me cache pas ta face.

Beaucoup de textes bibliques, des prophètes notamment, affirmaient que Dieu n’est comparable à aucun être humain, par ce que il est le Tout Autre. Il n’est pas comme les statues des idoles « qui ont des yeux et ne voient pas, une bouche et ne parlent pas ». Dieu est inatteignable, à nul autre pareil. Son Nom même ne peut être prononcé, car ce serait avoir sur lui un pouvoir de nomination qui le rabaisserait au rang d’une idole. Le Tétragramme YHWH marque à jamais la radicale altérité de Dieu sur les frontons des synagogues.

À côté de ce courant farouchement monothéiste subsistaient au sein du peuple d’autres représentations de Dieu, plus proches du polythéisme ambiant. L’expression « la face de Dieu » viendrait ainsi de coutumes royales : on était admis en présence du roi, et voir son visage représentait un honneur et un privilège réservé à quelques-uns. Il y avait également des processions où une statue royale de YHWH, malgré l’interdiction formelle des 10 commandements de ne pas faire d’image divine, était portée dans le Temple de Jérusalem.

Quoi qu’il en soit, le psaume recherche dans l’usage de l’expression anthropomorphique « la face de Dieu » une proximité, une familiarité qui puisse nourrir le peuple de l’espoir d’un Dieu accessible, alors que les dieux étrangers étaient bien lointains et indifférents au sort des hommes.

 

Voir Dieu face à face

Afficher l'image d'origine« Nul ne peut voir Dieu sans mourir » (Ex 33,20) : cette conviction biblique qui met Dieu à l’abri de nos projections humaines a quand même quelques exceptions célèbres dans l’Ancien Testament. Moïse est le plus connu.

« Yahvé parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami, puis il rentrait au camp » (Ex 33,11). « Il ne s’est plus levé en Israël de prophète pareil à Moïse, lui que Yahvé connaissait face à face » (Dt 34, 1.10).

La plupart du temps, Dieu n’est pas visible : « vraiment tu es un Dieu qui se cache, Dieu d’Israël Sauveur », ce qui ne l’empêche donc pas d’agir pour son peuple puisqu’il est sauveur, mais il le fait à sa manière. Et les voies de Dieu ne sont pas celles des hommes.

On voit que dans tout l’Ancien Testament oscille entre radicale altérité et bienfaisante proximité de Dieu envers son peuple.

 

Cherchez la face de Dieu

La vie spirituelle s’est alors focalisée sur la recherche des signes de la promesse de Dieu. La plupart du temps, c’est après coup que nous pouvons discerner les traces de son passage, un peu comme Élie n’apercevant Dieu que de dos, dans le murmure de la brise légère (1R 19, 9-18). Mais le psaume chante que chercher Dieu est la vraie soif de l’être humain, le véritable objet de la chasse à courre mystique. « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé » écrit Augustin dans ses Confessions (repris par Blaise Pascal dans ses Pensées). Comme si Dieu prenait un divin plaisir à jouer à cache-cache avec nous, pour éveiller notre désir et l’agrandir à la taille de son immensité, c’est-à-dire sans limites…

 

La Transfiguration, ou le vrai visage de Dieu

Afficher l'image d'origineEt voilà que celui que l’Ancien Testament avait cherché se révèle en Jésus de Nazareth ! Sur son visage d’homme on pouvait lire les traits divins. Sur le Mont Thabor, la face de Jésus irradie de façon si bouleversante que les trois témoins n’oublieront jamais cet éblouissement intense. Lorsque Jésus sera défiguré dans sa Passion, ils se souviendront après coup que la gloire de Dieu habitait cet homme. C’est donc pour que tout homme humilié comme le crucifié puisse recevoir du Christ la révélation de sa dignité divine qui est en lui. La transfiguration de Jésus nous apprend que, de manière surprenante, c’est Dieu le premier qui cherche le visage de l’homme. Comme au jardin de la Genèse où Adam a peur et se cache le visage, c’est nous qui nous dérobons au face à face. Dieu lui se donne entièrement à voir en Jésus de Nazareth. De la gloire du Mont Thabor à l’opprobre de la croix, c’est bien le visage de Dieu qui apparaît en cet homme faisant corps avec les damnés de la terre.

Depuis la transfiguration, chercher la face de Dieu ne se fait pas en s’évadant dans le ciel (« pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? »), mais en descendant du Thabor pour plonger au plus profond de l’enfer humain, et révéler  à tout homme humilié quelle est sa vraie beauté, sa vraie dignité en Dieu.

 

Chercher le visage de Dieu nous pousse aujourd’hui à côtoyer les regards perdus des malades d’Alzheimer dans nos EHPAD, nos foyers longs séjours d’hôpitaux. Avoir soif de la proximité divine nous amène à parcourir les jungles de Calais ou de Calcutta, les bidonvilles d’Inde ou d’Afrique pour essuyer la honte et la misère autour de ces visages, comme Véronique essuyait avec un linge la face tuméfiée de Jésus supplicié marchant vers le Golgotha.

Entretenir une vie spirituelle authentique ne peut se faire sans chercher passionnément la beauté de Dieu qui se cache en chacun, en chacune. Si Dieu a pris chair de notre chair, c’est dans la chair du monde qu’il nous donne désormais rendez-vous pour contempler sa face.

 

Les moines qui s’isolent pour chercher le visage de Dieu ne le font pas pour se couper du monde. Au contraire, toutes les règles monastiques prônent qu’accueillir les voyageurs et les étrangers, c’est accueillir le Christ en personne à l’hôtellerie du monastère, sans le dissocier de sa contemplation au tabernacle. Ainsi, saint Vincent de Paul ne disait-il pas à ses soeurs qui pestaient contre les mendiants sonnant à leur porte et les dérangeant à l’heure de l’office : 

« Il ne faut pas du retardement en ce qui est du service des pauvres. Si, à l’heure de votre oraison le matin, vous devez aller porter une médecine, oh, allez-y en repos. Offrez à Dieu votre action. Unissez votre intention à l’oraison qui se fait à la maison ou ailleurs et allez sans inquiétude. Si, quand vous serez de retour, votre commodité vous permet de faire quelque oraison ou lecture spirituelle, à la bonne heure, mais il ne faut point vous inquiéter ni croire avoir manqué, car on ne perd pas l’oraison quand on la quitte pour un sujet légitime. Et s’il y a un sujet légitime, c’est bien le service du prochain, car ce n’est point quitter Dieu que quitter Dieu pour Dieu. C’est-à-dire une œuvre de Dieu pour en faire une autre qui soit peut-être de plus grande obligation ou de plus grand mérite. Vous quittez l’oraison ou la lecture, vous perdez le silence pour assister un pauvre : sachez, mes filles, que faire tout cela c’est servir Dieu. Car, voyez-vous, la charité est par-dessus toutes les règles. Il faut que toutes les règles se rapportent à celle-là, car la charité est une grande dame et il faut faire ce qu’elle commande. Allons donc, et employons-nous avec un amour nouveau à servir les pauvres. Et même cherchons les plus pauvres et les plus abandonnés. Reconnaissons, devant Dieu, que ce sont nos seigneurs et nos maîtres et que nous sommes toujours indignes de leur rendre de petits services ».

Toute prétendue spiritualité qui voudrait se mettre à part, se couper du monde pour chercher Dieu entre soi serait en contradiction maximum avec la transfiguration du Christ sur la montagne.

Alors, cherchons nous aussi la face de Dieu, avec les psalmistes du Temple de Jérusalem, avec le roi David inventant une autre gouvernance pour son peuple, avec les prophètes défendant la dignité des pauvres, des immigrés, des orphelins et des veuves. Cherchons la face de Dieu sur les visages des inconnus comme des illustres.

« Comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche, toi mon Dieu » : creusons en nous cette soif de découvrir le vrai visage de Dieu sur ceux que personne ne regarde plus, si ce n’est avec mépris, peur ou haine…

 

 

1ère lecture : Le Seigneur conclut une alliance avec Abraham, le croyant (Gn 15, 5-12.17-18)
Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, le Seigneur parlait à Abraham dans une vision. Il le fit sortir et lui dit : « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… » Et il déclara : « Telle sera ta descendance ! » Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste.

 Puis il dit : « Je suis le Seigneur, qui t’ai fait sortir d’Our en Chaldée pour te donner ce pays en héritage. » Abram répondit : « Seigneur mon Dieu, comment vais-je savoir que je l’ai en héritage ? » Le Seigneur lui dit : « Prends-moi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe. » Abram prit tous ces animaux, les partagea en deux, et plaça chaque moitié en face de l’autre ; mais il ne partagea pas les oiseaux. Comme les rapaces descendaient sur les cadavres, Abram les chassa. Au coucher du soleil, un sommeil mystérieux tomba sur Abram, une sombre et profonde frayeur tomba sur lui. Après le coucher du soleil, il y eut des ténèbres épaisses. Alors un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les morceaux d’animaux. Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abram en ces termes : « À ta descendance je donne le pays que voici, depuis le Torrent d’Égypte jusqu’au Grand Fleuve, l’Euphrate. »

Psaume : Ps 26 (27), 1, 7-8, 9abcd, 13-14
R/ Le Seigneur est ma lumière et mon salut.  (Ps 26, 1a)

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ?

Écoute, Seigneur, je t’appelle !
Pitié ! Réponds-moi !
Mon cœur m’a redit ta parole :
« Cherchez ma face. »

C’est ta face, Seigneur, que je cherche :
ne me cache pas ta face.
N’écarte pas ton serviteur avec colère :
tu restes mon secours.

J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur
sur la terre des vivants.
« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ;
espère le Seigneur. »

2ème lecture : « Le Christ transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux » (Ph 3, 17 – 4, 1)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, ensemble imitez-moi, et regardez bien ceux qui se conduisent selon l’exemple que nous vous donnons. Car je vous l’ai souvent dit, et maintenant je le redis en pleurant : beaucoup de gens se conduisent en ennemis de la croix du Christ. Ils vont à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne pensent qu’aux choses de la terre.

Mais nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance active qui le rend même capable de tout mettre sous son pouvoir. Ainsi, mes frères bien-aimés pour qui j’ai tant d’affection, vous, ma joie et ma couronne, tenez bon dans le Seigneur, mes bien-aimés.

Evangile : « Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre » (Lc 9, 28b-36)

Acclamation : Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur.
De la nuée lumineuse, la voix du Père a retenti : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! »
Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur.  (cf. Mt 17, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait. Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.
Patrick BRAUD

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20 janvier 2016

Saules pleureurs

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Saules pleureurs

Cf. également :

L’Aujourd’hui de Dieu dans nos vies
L’événement sera notre maître intérieur

Homélie du 3° dimanche du temps ordinaire / Année C
24/01/2015

Afficher l'image d'origineNous admirons souvent ces amples panaches verts au bord des fleuves : les saules pleureurs font partie de ces arbres à la puissance évocatrice impressionnante. On dirait qu’ils tirent du flux du courant à leur pied une grâce nonchalante dont les branches-lianes s’épanouissent en courbes majestueuses, en paraboles vert tendre retombant vers la rivière. Pourquoi nous faut-il penser aux larmes au point de les appeler pleureurs ? Peut-être parce que de la sève ou de l’eau de condensation peuvent s’écouler des feuilles et des branches en quantité abondante. Peut-être parce que ces branches semblent couler comme des larmes vers le fleuve…

En tout cas, le peuple écoutant la Loi proclamée et interprétée (cf. première lecture Ne 8,2-10) devient comme les saules pleureurs le long de nos rives. Il boit les paroles découlant des textes, il est touché par l’interprétation qu’en font les lévites, il est ému aux larmes lorsqu’il ressent l’actualité de ce message pour lui aujourd’hui.

 

Avez-vous jamais pleuré en écoutant ou lisant la Bible ?

Pleuré au point de laisser réellement couler ces perles d’abandon que sont les larmes du peuple écoutant Esdras ?

Vous avez sans doute pleuré devant un paysage à couper le souffle, ou quand une musique vous perce le coeur, ou devant l’être aimé qui vous comble de bonheur… Mais avez-vous souvenir d’une telle émotion à la lecture d’un passage biblique, à l’audition d’une homélie sur des lectures du dimanche, à l’écho qu’une parole de Dieu a suscité en vous ? Si non, priez instamment pour que ce don des larmes vous soit fait avant de mourir ! Celui qui est imperméable à la parole biblique au point de la laisser ruisseler sur lui comme sur les plumes d’un canard sans jamais en être inondé peut-il vraiment en vivre ? Comment un saule pourrait-il s’épanouir s’il n’était plus pleureur grâce à ses racines puisant l’eau du fleuve ?

 

Le don des larmes

Les siècles précédents faisaient l’éloge de ce don des larmes. Blaise Pascal notamment sur ses bouts de papier cousus dans la doublure de son vêtement en guise de témoins de sa conversion : « Joie, joie, joie, pleurs de joie »…

Les mystiques racontent avec pudeur comment certains passages de la Bible ont rompu en eux les digues intérieures qui cherchaient à maîtriser et contenir la grâce et la joie.

Dans la première lecture, le peuple pleure de contrition, car la parole de Dieu lui révèle son péché d’idolâtrie à l’origine de son exil à Babylone, et en même temps il pleure de joie, car le salut lui est donné par le Dieu d’Israël.

Pleurer est l’une des expériences les plus bouleversantes qu’il nous soit donné de vivre (cf. Et Jésus pleura).

Là, nous lâchons prise, enfin.

Là, nous consentons à nous-mêmes, vraiment.

« L’âme est émue de pleurs de joie. L’esprit conçoit une joie ineffable qui ne peut plus être cachée et qu’aucun mot ne peut exprimer… Il n’est pas dit ‘Heureux le peuple qui dit sa joie’, mais qui la connaît – cette joie qui peut être connue ne peut se dire. Elle est ressentie mais elle est bien au-delà de tout sentiment. La conscience de celui qui la ressent ne suffit pas à la contempler, comment pourrait-elle jamais l’exprimer. Je verrai ta face dans l’allégresse (Jb 33, 26).
Grégoire le Grand, Moralia 23, 10

Ces larmes nous lavent de nos souillures, puis fertilisent le terreau de nos vies pour s’épanouir en arabesques aussi belles que les lianes du saule…

 

Saül pleureur ?

Saül a-t-il pleuré lors de son éblouissante rencontre du Ressuscité ? Le jeu de mots est tentant… On sait juste que ses yeux ont été touchés, d’une autre manière, par des écailles lui ôtant la vue. L’eau du baptême a ruisselé sur sa tête après que ces écailles soient  tombées : les larmes sacramentelles de l’Église ont coulé sur les yeux de Saül délivrés de leur carapace aveuglante.

« Les larmes du cœur, c’est ce qui distingue le fait extérieur des faits intérieurs. Vous savez que les hypocrites ne savent pas pleurer. Ils ont oublié comment pleurer, ils ne demandent pas le don des larmes » (Pape François, pour le Mercredi des Cendres 2015).

Être comme des saules pleureurs est donc l’un des enjeux de la vie spirituelle ! Cela demande du lâcher-prise, de la familiarité avec ses propres émotions.

 

Des pleurs à Nazareth ?

Les yeux des habitants de Nazareth sont fixés sur Jésus venant de proclamer le livre d’Isaïe (Lc 4,14-21). Certains ont-ils pleuré en entendant cet enfant du pays déclarer  accomplir la prophétie ? « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». Ceux-là deviendront disciples. Les autres voudront éliminer celui qui se prétend prophète en son pays.

 

Devant quoi, devant qui pleurons-nous ?

Afficher l'image d'origineQuelles paroles nous émeuvent aux larmes ?

Gravons précieusement en mémoire, comme Pascal les cousant dans sa doublure, ces  moments si précieux où l’Écriture nous est devenue parole bouleversante.
Dans les moments de doute, revenons à ces pleurs de joie.
Dans les temps d’épreuve, ouvrons à nouveau ces réservoirs de confiance.
Et si par bonheur l’indicible nous submerge encore à nous faire pleurer à chaudes larmes, souvenons-nous de ces saules somptueux qui transforment le courant en frondaison magnifique…

 

1ère lecture : « Tout le peuple écoutait la lecture de la Loi » (Ne 8, 2-4a.5-6.8-10)
Lecture du livre de Néhémie

En ces jours-là, le prêtre Esdras apporta le livre de la Loi en présence de l’assemblée, composée des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre. C’était le premier jour du septième mois. Esdras, tourné vers la place de la porte des Eaux, fit la lecture dans le livre, depuis le lever du jour jusqu’à midi, en présence des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre : tout le peuple écoutait la lecture de la Loi. Le scribe Esdras se tenait sur une tribune de bois, construite tout exprès. Esdras ouvrit le livre ; tout le peuple le voyait, car il dominait l’assemblée. Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout. Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit : « Amen ! Amen ! » Puis ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant le Seigneur, le visage contre terre. Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les Lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre.

 Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les Lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. Esdras leur dit encore : « Allez, mangez des viandes savoureuses, buvez des boissons aromatisées, et envoyez une part à celui qui n’a rien de prêt. Car ce jour est consacré à notre Dieu ! Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! »

Psaume : Ps 18 (19), 8, 9, 10, 15

R/ Tes paroles, Seigneur, sont esprit
et elles sont vie. 
(cf. Jn 6, 63c)

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

Les préceptes du Seigneur sont droits,
ils réjouissent le cœur ;
le commandement du Seigneur est limpide,
il clarifie le regard.

La crainte qu’il inspire est pure,
elle est là pour toujours ;
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables.

Accueille les paroles de ma bouche,
le murmure de mon cœur ;
qu’ils parviennent devant toi,
Seigneur, mon rocher, mon défenseur !

2ème lecture : « Vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps » (1 Co 12, 12-30)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, prenons une comparaison : notre corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit. Le corps humain se compose non pas d’un seul, mais de plusieurs membres.

Le pied aurait beau dire : « Je ne suis pas la main, donc je ne fais pas partie du corps », il fait cependant partie du corps. L’oreille aurait beau dire : « Je ne suis pas l’œil, donc je ne fais pas partie du corps », elle fait cependant partie du corps. Si, dans le corps, il n’y avait que les yeux, comment pourrait-on entendre ? S’il n’y avait que les oreilles, comment pourrait-on sentir les odeurs ? Mais, dans le corps, Dieu a disposé les différents membres comme il l’a voulu. S’il n’y avait en tout qu’un seul membre, comment cela ferait-il un corps ? En fait, il y a plusieurs membres, et un seul corps. L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi » ; la tête ne peut pas dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous ». Bien plus, les parties du corps qui paraissent les plus délicates sont indispensables. Et celles qui passent pour moins honorables, ce sont elles que nous traitons avec plus d’honneur ; celles qui sont moins décentes, nous les traitons plus décemment ; pour celles qui sont décentes, ce n’est pas nécessaire. Mais en organisant le corps, Dieu a accordé plus d’honneur à ce qui en est dépourvu. Il a voulu ainsi qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres. Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie.

Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps.

Parmi ceux que Dieu a placés ainsi dans l’Église, il y a premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement ceux qui ont charge d’enseigner ; ensuite, il y a les miracles, puis les dons de guérison, d’assistance, de gouvernement, le don de parler diverses langues mystérieuses. Tout le monde évidemment n’est pas apôtre, tout le monde n’est pas prophète, ni chargé d’enseigner ; tout le monde n’a pas à faire des miracles, à guérir, à dire des paroles mystérieuses, ou à les interpréter.

Evangile : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture »(Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Le Seigneur m’a envoyé, porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
annoncer aux captifs leur libération.
Alléluia. (Lc 4, 18cd)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus. En ce temps-là, lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre »
Patrick BRAUD

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2 décembre 2015

Devenir des précurseurs

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Devenir des précurseurs

 

Homélie du 2° dimanche de l’Avent / Année C
10/12 2000/2015

 

Cf. également :

Le Verbe et la voix

Une foi historique

 

Devenir des précurseurs

Dans chaque église orthodoxe, il y a un panneau d’icônes (l’iconostase) séparant l’autel eucharistique de l’assemblée. À droite et à gauche de ce mur d’icônes, il y a toujours d’un côté Marie et de l’autre Jean-Baptiste. Car Jean-Baptiste est le troisième personnage le plus populaire pour les orthodoxes. Ils le vénèrent sous le nom de Précurseur, littéralement celui qui court devant (le Christ).

Puisque Jean-Baptiste est le personnage central de ce deuxième dimanche de l’Avent, essayons de voir ce qu’il nous révèle de notre vocation commune.

S’il est Précurseur, c’est donc que chacun de nous est appelé à le devenir.

Comment ?

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Précurseurs dans nos familles

On n’oublie pas que Jean-Baptiste était cousin de Jésus (à la mode de Bretagne, puisque issu d’Élisabeth, la cousine de Marie). Sans attendre Jésus, pourtant du même âge que lui, Jean-Baptiste part au désert, proclame un baptême de conversion, bref prend les devants sur ce qui doit arriver. Il aurait pu attendre son cousin, s’entendre avec lui sur ce qu’il y avait à dire : un plan de communication en quelque sorte ! Mais non, il part devant.

Chacun de nous est appelé à prendre ainsi les devants en famille, quel que soit son âge.

Afficher l'image d'origineDes parents bien sûr seront précurseurs pour leurs enfants, à qui ils ouvrent la voie par leur exemple, par leurs sacrifices, par la recherche de voies nouvelles pour leur fils/fille. Mais entre frères et soeurs également on a besoin de précurseurs. Ceux qui vont défricher  avant les autres les modes de vie étudiante par exemple, des engagements politiques, associatifs ou sportifs etc. Ceux qui vont avant les autres vivre à deux. Ceux qui devront  surmonter une séparation du couple qui arrivera à d’autres ensuite. La liste est longue des aînés qui expérimentent  avant nous telle situation, tel appel, tel engagement : nous les regardons attentivement, ils nous ouvrent la voie, ils élargissent le champ de nos possibles. Si je n’avais pas vu partir mon grand frère en coopération en Afrique, je n’y aurais jamais pensé moi-même.

À tour de rôle nous sommes des précurseurs pour nos frères et soeurs, cousins et cousines.

Jean-Baptiste, qui pourtant avait pris de l’avance, a accepté humblement que son cousin Jésus prenne le relais lorsqu’il a rejoint au Jourdain : c’est à lui maintenant de courir devant. Le passage de témoin se fait ainsi plusieurs fois par existence, avec plusieurs proches. Tantôt devant, tantôt suiveurs, nous avons besoin - comme dans une équipe cycliste qui est en tête - de relais permanents pour nous emmener plus vite, plus loin.

 

Précurseurs au travail

Que ce soit dans le domaine du management ou des organisations, les entreprises doivent beaucoup à ceux et celles qui ont été des explorateurs de nouvelles manières de travailler et de produire de la richesse. Ford et la démocratisation de l’automobile. Godin et les phalanstères. Les mutuelles, les coopératives etc.

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Des pionniers ont osé imaginer d’autres façons de rémunérer (l’intéressement, de participation…), de donner plus de revenus à ceux qui ont besoin de plus (les allocations familiales), d’impliquer les usines dans l’accession à la propriété de leurs salariés (le 1 % logement) etc.

Aujourd’hui comme hier nous avons besoin de ces Jean-Baptiste nouveaux, expérimentant un autre rapport à l’autorité, au pouvoir, à la démocratie en entreprise.

 

Les chrétiens sont appelés comme tous les autres à prendre des risques, à innover, à tester ces voies nouvelles. Ils le feront avec la figure prophétique de Jean-Baptiste en filigrane de leur action : ne pas avoir peur d’être une voix qui crie (un peu seule peut-être au début…) dans le désert, appeler à une conversion des mentalités (cf. le courant des  entreprises libérées que prône Isaac Getz), montrer que c’est possible de travailler  autrement…

 

Précurseurs dans l’Église

Vieille institution ayant l’inertie (et en même temps la sagesse) de 20 siècles d’expérience, l’Église catholique est toujours à réformer (reformata, sed semper reformanda) ! Pour s’adapter aux nouvelles cultures et mentalités, il faut des hommes comme François d’Assise au XIIIe siècle au tournant capitaliste, ou des femmes comme les béguines (du XIIIe au XVIe siècle) pour l’aspiration à la fraternité et la promotion de la femme : ces précurseurs explorent devant, hors des sentiers battus, ce que l’époque requiert pour vivre l’Évangile. De tels précurseurs n’ont jamais manqué à l’Église : des premiers ermites fuyants la mollesse constantinienne du IVe siècle en allant au désert en Égypte jusqu’aux prêtres ouvriers du XXe siècle osant se mélanger à des foules de bleus de travail, chaque période de mutation a suscité des figures étonnantes en avance sur leur temps, ou plutôt ajustées aux temps nouveaux, avant les autres.

Afficher l'image d'origine Béguinage d’Amsterdam

Et cela arrive également à l’échelle locale. À chaque diocèse, dans bien des paroisses, il y a des précurseurs possédant ce flair évangélique leur permettant de détecter avant tout le monde des attentes spécifiques de telle communauté, de tel quartier, de telle population.

À nous d’encourager ces Jean-Baptiste ordinaires, de les soutenir, les suivre lorsqu’ils nous indiquent une direction salutaire.

À nous d’endosser parfois ce rôle lorsque nous ressentons fortement qu’il y a quelque chose à dire ou à faire pour inculturer l’évangile autrement.

 

Précurseurs, et donc dissidents

Si nous devenons de tels précurseurs, nous croisons la route des dissidents de tous horizons qui explorent des alternatives dans tous les domaines : écologie, spiritualité, économie, finance même. Devenir précurseur est une manière d’entrer en dissidence, spirituellement. Mais le dissident résiste en dénonçant l’idéologie dominante, alors que le précurseur ouvre d’autres voies et déblaie le chemin devant ce qui doit venir.

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Reste que précurseurs et dissidents sont du côté du cri plus que du silence, de la voix précédant la parole, du différent plus que du majoritaire.

 

Il serait bien étonnant que vous ne soyez pas appelés à devenir un jour Jean-Baptiste envers quelqu’un, ou à suivre un Jean-Baptiste qui vous indique votre chemin…

 

 

 

1ère lecture : « Dieu va déployer ta splendeur » (Ba 5, 1-9)
Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours,  enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel.  Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel,  car Dieu, pour toujours, te donnera ces noms : « Paix-de-la-justice » et « Gloire-de-la-piété-envers-Dieu ».  Debout, Jérusalem ! tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du couchant au levant par la parole du Dieu Saint ; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient.  Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal.  Car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées : ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu.  Sur l’ordre de Dieu, les forêts et les arbres odoriférants donneront à Israël leur ombrage ;  car Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice.

Psaume : Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6

R/ Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !
(Ps 125, 3)

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

2ème lecture : « Dans la droiture, marchez sans trébucher vers le jour du Christ » (Ph 1, 4-6.8-11)

Frères,  à tout moment, chaque fois que je prie pour vous tous, c’est avec joie que je le fais,  à cause de votre communion avec moi, dès le premier jour jusqu’à maintenant, pour l’annonce de l’Évangile.  J’en suis persuadé, celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus.  Dieu est témoin de ma vive affection pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus.  Et, dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance  pour discerner ce qui est important. Ainsi, serez-vous purs et irréprochables pour le jour du Christ,  comblés du fruit de la justice qui s’obtient par Jésus Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.

Evangile : « Tout être vivant verra le salut de Dieu » (Lc 3, 1-6)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers :
tout être vivant verra le salut de Dieu.
Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène,    les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie.

Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés,  comme il est écrit dans le livre des oracles d’Isaïe, le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.  Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ;  et tout être vivant verra le salut de Dieu.
Patrick BRAUD

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21 octobre 2015

Les larmes du changement

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Les larmes du changement

 

Homélie du 30° dimanche du temps ordinaire /Année B
25/10/2015

Cf. également : Bartimée et Jésus : les deux fois deux fils

L’eucharistie selon Melchisédek

 

Afficher l'image d'origineÀ l’heure où la coupe du monde de rugby se termine, rappelez-vous une image qui avait marqué la finale de 1995 : Nelson Mandela, en maillot springbok, brandissant la coupe avec l’équipe nationale d’Afrique du Sud… Superbe image d’un pays sur le chemin de la réconciliation, où un vieux leader noir passe son bras sur l’épaule d’un jeune homme blanc qui avait été son ennemi et 20 ans plus tôt.

Pour en arriver là, on oublie souvent qu’il aura fallu des décennies de conflits sanglants, d’émeutes, de heurts entre manifestants et policiers à cause de l’apartheid. Et il aura fallu 27 années de prison pour que Mandela l’agitateur extrémiste et violent devienne finalement le leader pacifiste, renversant l’apartheid sans chasser les blancs hors du pays, sans haine ni vengeance (cf. la revanche de Dieu). Le film Invictus a immortalisé ce parcours de Mandela, sur tant d’années de combat pour la liberté.

 

C’est ce genre de parcours que vise le psaume de ce dimanche : « celui qui sème dans les larmes moissonne dans la joie ». C’est à la fois un avertissement et une espérance qui nous concerne tous :

1. Ne confondez pas semer et moissonner,
2. Acceptez qu’il faille du temps entre les deux,
3. Ne vous détournez pas des larmes que le changement apporte si vous désirez que la joie coule à flots après.

 

1. Ne confondez pas semer et moissonner

Afficher l'image d'origineD’autres passages bibliques distinguent tellement les deux qu’ils précisent : « autre est le semeur, autre le moissonneur » Jn 4,37, ou bien « vous moissonnez ce que vous n’avez pas semé » Jn 4,38, « tu moissonnes où tu n’as point semé » Mt 25,24 ; « qui sème chichement moissonnera aussi chichement; qui sème largement moissonnera aussi largement » (2 Co 9,6) etc.

Ici, dans le psaume, c’est le même semeur qui se réjouit moissonneur, et cela nous arrive régulièrement. Les couples se retrouvent parents, et engrangent ensuite comme grands-parents le bonheur de la longue chaîne familiale qui se poursuit. Des créateurs d’entreprises ont la fierté de la voir franchir des seuils insoupçonnés (et pas seulement Google ou Apple !). Des militants associatifs qui avaient la sensation d’être bien seuls à crier dans le désert ont l’heureuse surprise de voir la majorité se rallier finalement à leurs idées (exemple : sur l’écologie, sur l’apartheid, sur le droit à la différence etc.). Quand ils vous racontent le chemin parcouru, tous vous disent que semer n’est pas moissonner.

Sachez donc discerner quel est votre moment présent :

- est-ce celui des semailles ? Auquel cas l’enfouissement, l’absence de résultats immédiats, le labeur nécessaire ne sont pas des signes d’échec mais des garanties d’un travail en profondeur.

- est-ce celui des moissons ? Auquel cas l’exubérance est de mise, la joie est abondante, la valorisation des réussites indispensable.

Mais ne confondez pas les deux : vous risqueriez de vous décourager alors que l’affaire prend bonne tournure, d’abandonner au moment où le succès est tout proche, de désespérer alors que la vendange dépassera toutes vos espérances.

 

2. Le temps n’épargne pas ce que l’on fait sans lui

Avec l’accélération de notre rythme de vie, l’impatience se généralise. Tel projet commercial doit être rentable dans les deux mois à venir. Tel projet humain est supposé transformer l’état d’esprit des collaborateurs en un trimestre maximum. Tel investissement financier doit apporter un retour sur investissement (à deux chiffres de préférence) en moins d’un an etc.

Le pape François désigne cette accélération de notre rapport au temps d’un terme espagnol : rapidacion :

Afficher l'image d'origine« L’accélération continuelle des changements  de l’humanité et de la planète s’associe aujourd’hui  à l’intensification des rythmes de vie et de travail,  dans  ce  que  certains  appellent  ‘‘rapidación’’.  Bien  que le changement fasse partie de la dynamique  des systèmes complexes, la rapidité que les actions  humaines lui imposent aujourd’hui contraste avec  la  lenteur  naturelle  de  l’évolution  biologique.  À  cela, s’ajoute le fait que les objectifs de ce changement rapide et constant ne sont pas nécessairement orientés vers le bien commun, ni vers le  développement  humain,  durable  et  intégral.  Le  changement est quelque chose de désirable, mais il devient préoccupant quand il en vient à détériorer  le monde et la qualité de vie d’une grande partie  de l’humanité. »
Laudato si n° 18

 

La dictature du format court (Tweet, SMS, mail, documents d’entreprises) s’étend hélas au format temporel de nos actions. Peu nombreux par exemple sont les responsables d’entreprises qui lisent un ou plusieurs livres dans l’année (par manque de temps, disent-ils). Or, faute de laisser le temps au temps, on surfe sur l’immédiat au lieu de répondre aux besoins réels des consommateurs et des clients ; on reste dans le superficiel au lieu de creuser les analyses globales; on brusque les mentalités en donnant de grands coups de barres managériales à droite puis à gauche au gré des obstacles ou des modes ; on laisse des entreprises exsangues après les avoir pillées pour des objectifs à court terme etc.

 

Le délai entre semailles et moissons, entre le plant de vigne et la première vendange, nous invite pourtant à refuser cette dictature du court terme, à inscrire nos actions sur un horizon plus long, à l’échelle d’une vie humaine, voire de plusieurs générations lorsqu’il s’agit de la planète.

 

3. Les larmes du changement

Reste le troisième couple au programme : larmes / joie.

La pensée occidentale a tellement voulu éradiquer la souffrance de la vie des hommes (cf. la médecine, le développement personnel, la psychanalyse, la société d’abondance etc.) qu’elle ne sait plus que faire des larmes du semeur. Car, sans les chercher en aucune manière, les larmes risquent fort d’apparaître sur le chemin de celui qui crée, innove, transforme, change les choses.

Elles peuvent venir de l’extérieur : une opposition farouche à l’initiative prise, des pouvoirs établis qui mettent des bâtons dans les roues, l’obstruction parentale à tout parcours différent, les coups bas des concurrents, ou – pire - des collègues…

Toutes les théories managériales du changement ont en outre identifié que les larmes viennent le plus souvent de l’intérieur, du combat personnel de celui qui vit une mutation (de son poste, son métier, sa manière d’être et de travailler avec les autres etc.).

Elisabeth Kübler-Ross par exemple a défini un modèle du changement en matière de deuil en 8 étapes. On l’appelle parfois « la vallée des larmes », ou « le processus de conversion ». Ce processus s’applique également dans tout changement, qu’il soit familial ou d’entreprise (il faut faire le deuil de la situation antérieure).

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Les larmes surgiront inévitablement au creux de ce processus de transformation, où le changement passe par une perte difficile à accepter. Mais c’est la condition sine qua non pour qu’un renouveau soit possible.

 

La Bible consonne ici avec cette sagesse : ne croyez pas que le changement s’opérera tout seul, automatiquement, sans qu’il y ait une perte à traverser, un prix à payer, des larmes à laisser couler.

 

Qui n’a jamais pleuré sur un être cher, ou à cause de lui, ne sait sans doute pas ce qu’aimer veut dire.

C’est Jésus pleurant sur Jérusalem ou sur Lazare, Pierre sanglotant d’avoir renié, Israël égrenant les 6 millions de noms de la Shoah… Fuir les larmes sous prétexte qu’il faudrait être heureux tout de suite et tout le temps serait tourner le dos à la joie promise.

Il y a même des moments où les contraires se rejoignent, où les antagonismes s’annulent, comme le griffonnait Blaise Pascal sur un bout de papier cousu dans la doublure de son manteau pour garder trace de son éblouissement intérieur : « Joie ! joie ! joie ! pleurs de joie ! »

 

« Celui qui sème dans les larmes moissonne dans la joie. »

Interrogeons-nous : dans quelle phase suis-je en ce moment ?

Comment trouver et habiter le temps nécessaire pour que le grain lève ?

Et si les larmes viennent parce que le changement est trop dur, pourquoi ne pas les accueillir comme torrents au désert ?

 

 

1ère lecture : « L’aveugle et le boiteux, je les fais revenir »(Jr 31, 7-9)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Ainsi parle le Seigneur : Poussez des cris de joie pour Jacob, acclamez la première des nations ! Faites résonner vos louanges et criez tous : « Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël ! »     Voici que je les fais revenir du pays du nord, que je les rassemble des confins de la terre ; parmi eux, tous ensemble, l’aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la jeune accouchée : c’est une grande assemblée qui revient.     Ils avancent dans les pleurs et les supplications, je les mène, je les conduis vers les cours d’eau par un droit chemin où ils ne trébucheront pas. Car je suis un père pour Israël, Éphraïm est mon fils aîné.

Psaume : Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6

R/ Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie (Ps 125, 3)

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

2ème lecture : « Tu es prêtre de l’ordre de Melkisédek pour l’éternité » (He 5, 1-6)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Tout grand prêtre est pris parmi les hommes ; il est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu ; il doit offrir des dons et des sacrifices pour les péchés.     Il est capable de compréhension envers ceux qui commettent des fautes par ignorance ou par égarement, car il est, lui aussi, rempli de faiblesse ;     et, à cause de cette faiblesse, il doit offrir des sacrifices pour ses propres péchés comme pour ceux du peuple.     On ne s’attribue pas cet honneur à soi-même, on est appelé par Dieu, comme Aaron.

Il en est bien ainsi pour le Christ : il ne s’est pas donné à lui-même la gloire de devenir grand prêtre ; il l’a reçue de Dieu, qui lui a dit : Tu es mon Fils,moi, aujourd’hui, je t’ai engendré,     car il lui dit aussi dans un autre psaume : Tu es prêtre de l’ordre de Melkisédekpour l’éternité.

Evangile : « Rabbouni, que je retrouve la vue » (Mc 10, 46b-52)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort,
il a fait resplendir la vie par l’Évangile. Alléluia. (2 Tm 1, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin.     Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! »     Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! »     Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. »     L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus.     Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! »     Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin.
Patrick Braud

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