L'homélie du dimanche (prochain)

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27 mars 2017

Reprocher pour se rapprocher

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Reprocher pour se rapprocher


Homélie du 5° Dimanche de Carême / Année A
02/04/2017

Cf. également :

Et Jésus pleura

Une puanteur de 4 jours

Le je de l’ouïe

La corde à nœuds…

 

Dieu est-il sans reproches ?

ob_604d34_parler-tout-seul-c-est-parfois-un-signTant d’injustices, tant de malheurs innocents, jusqu’à la mort elle-même, point final en forme d’immense interrogation adressée à l’amour supposé infini de Dieu… : chacun de nous peut faire la liste de ses reproches, qu’il peut argumenter dès aujourd’hui contre Dieu. ‘Seigneur, si tu es vraiment amour, pourquoi ce handicap à la naissance, cet accident de la route à 14 ans, pourquoi l’autisme défigure-t-il ma fille/mon fils ? Si tu étais vraiment à mes côtés, je n’aurais pas sombré dans l’alcool ou la dépression, je n’aurais pas enchaîné les séries noires, mes proches n’auraient pas cumulé les échecs personnels ou professionnels…’

Or la Bible entière est traversée des reproches bien plus violents encore de nos ancêtres.

Dans l’évangile de ce dimanche du retour à la vie de Lazare, par deux fois un même reproche vient remettre Jésus en cause : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Marthe, puis Marie expriment avec douleur dans les mêmes termes leur grief envers Jésus : c’est donc qu’il est légitime de le faire nous aussi. Jacob a résisté à Dieu au gué du Yabboq et s’est roulé avec lui dans la poussière (Gn 32). C’est donc qu’être « fort contre Dieu » (c’est le nom Israël attribué à Jacob après cette lutte) est une porte d’entrée dans son cercle intime.

 

L’avant-reproche

Résultat de recherche d'images pour "« celui que tu aimes est malade »"Les deux sœurs commencent d’abord par envoyer un SMS d’urgence à Jésus : « celui que tu aimes est malade ». C’est plus qu’une information sur l’état de santé de Lazare. Avec le rappel de l’amitié le liant à leur frère, Marthe et Marie jouent habilement sur la corde de l’affection de Jésus. C’est déjà une supplication : ‘au nom de votre amitié, fais  quelque chose pour Lazare’.

Avant de pouvoir reprocher en toute légitimité, il nous faut d’abord savoir supplier, ou du moins informer Dieu en lui rappelant son affection pour nous, le lien amical qui nous relie à lui. Celui qui ne demande jamais rien aux autres / à Dieu ne peut ensuite leur reprocher de ne pas être intervenus. Or savoir demander est un chemin d’humilité auquel peu d’entre nous consentent vraiment. Appeler au secours peut se révéler parfois très humiliant. Bon nombre préféreront se taire, serrer les dents, et essayer d’y arriver tout seul, à la force du poignet.

Le reproche est illégitime s’il n’est précédé de cette humble quête d’assistance où je reconnais ne pas pouvoir compter sur moi seulement.

 

Le reproche rapproche

Reprocher pour se rapprocher dans Communauté spirituelle lazare17La supplication de Marthe et Marie est restée sans effet sur Jésus. Bizarrement, il ne bouge pas. Il reste sur place, attendant visiblement que Lazare soit mort pour réagir. Elles sont alors en droit d’exploser, chacune à son tour, avec le même reproche : « Seigneur si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Si elle n’avait pas crié leur amertume [1], leur déception, alors la rancune, le ressentiment auraient pris le dessus. Elles en auraient voulu à mort à Jésus d’avoir délaissé Lazare. Leur mutisme les aurait enfermées dans cette haine sans mots qui fait tant de ravages au sein des familles. Le fait d’exprimer leur reproche les maintient en lien étroit avec Jésus qui va finir par leur donner raison. Le nom de Lazare signifie justement : Dieu a secouru (El-azar), car en réponse au reproche des deux sœurs Jésus intervient avec puissance.

La vraie proximité s’établit souvent au prix du reproche, et non sans lui.

Le drame de Judas est de garder ses reproches pour lui, au lieu de les adresser au Christ. En bon zélote, il aurait dû demander à Jésus pourquoi il ne voulait pas de l’insurrection armée, du calcul politique pour faire des alliances, d’une stratégie de pouvoir qui permettrait de changer l’ordre des choses en chassant l’occupation romaine. Plus tard, après sa tragique méprise sur la rencontre entre Jésus et les chefs juifs (qu’il avait organisée pour créer un Front de la Résistance), il s’en veut tellement qu’il retourne contre lui la violence qu’il n’avait pas exprimée à Jésus. Ces reproches rentrés deviennent alors des remords, qui finiront par le détruire : le suicide de Judas est l’impasse où nous mène le non-reproche.
Pierre, lui, n’a cessé de formuler ses objections, et après la Résurrection il transforme ses reproches envers lui-même en demande de pardon adressée au Christ.

La vraie proximité s’établit souvent au prix du reproche, et non sans lui.
Ne pas se dire ce qui reste en travers de la gorge provoque des éloignements irréversibles : entre conjoints, des disputes à répétition au sujet de griefs non formulés, ou formulés trop tard, sont à l’origine de bien des séparations. En entreprise, ne pas savoir reprocher à son chef hiérarchique n’engendre que soumission et inefficacité du travail en équipe. Et réciproquement, c’est tout l’art du management que de pratiquer le reproche avec discernement, au moment favorable, dans des conditions acceptables, sur fond de bienveillance positive.

Pas d’éducation sans reproche !

 

Dieu n’est pas sans reproches

L'Amour, on 1) se RAPPROCHE 2) s'ACCROCHE 3) se REPROCHE 4) s'ÉCORCHE - Jeux de Mots Francois Ville - T-shirt Premium HommeAu double sens de la formule : il verbalise par amour ce qu’il a contre nous, afin de nous renouveler son alliance, et son action suscite légitimement en nous des questionnements que nous lui adressons avec tristesse.

Par le biais des prophètes dans l’Ancien Testament, Dieu reprend sans cesse Israël pour l’inviter à progresser. Dans les Évangiles, Jésus n’est pas avare de reproches non plus ! Il pleure sur Jérusalem qui refuse de l’accueillir. Il réprimande Pierre qui ne veut pas entendre parler de crucifixion (ce même Pierre qui lui faisait de vifs reproches sur cette annonce impensable d’un messie humilié). Et les diatribes de Jésus contre l’hypocrisie et le légalisme des pharisiens, pharisiens et autres docteurs de la Loi sont restées célèbres. D’ailleurs, les pharisiens confondront reproche (par amour) et insulte (par mépris).

Dans le livre de l’Apocalypse, le Vivant reproche à l’Église de Laodicée d’être si tiède qu’elle risque d’être vomie de sa bouche : « puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche » (Ap 3,14). À chacune des 7 Églises, le Christ formule un grief pour l’appeler à redevenir fidèle : « J’ai contre toi que tu as perdu ton amour d’antan… » (Ap 2,7).

Dieu et l’homme ont tant de reproches mutuels se faire !

Mais tant que la parole convoque l’autre au nom de l’affection, de l’amitié, du lien d’alliance, chaque reproche peut réellement rapprocher les deux parties.
Parce qu’il fait réagir (Jésus ressuscitant Lazare [2]).
Parce qu’il oblige à lever les ambiguïtés (c’est pour soutenir la foi des disciples que Jésus a attendu trois jours).
Parce qu’il conduit de lui-même à la confiance malgré tout : « je sais que Dieu t’accordera tout ce que tu lui demanderas », dit Marthe après son reproche.

Entraînons-nous donc aux reproches fraternels, sur fond d’amitié et d’affection. Entraînons-nous dans la prière aux reproches spirituels, sur fond d’alliance et d’humilité  réciproque.

Celui qui ne reproche jamais montre peu de reconnaissance.
Celui-ci reproche mal devient tyrannique.
Qui reproche comme Marthe et Marie découvre qu’il n’y a pas de tombeau scellé si hermétique qu’il puisse empêcher la vie de jaillir, malgré la blessure, malgré toutes les formes de mort qui nous tiennent prisonniers.

Et vous, qu’avez-vous à reprocher à Dieu ? Prenez-vous le temps de lui dire, avec passion ?

Osons reprocher pour nous rapprocher !

 


[1] . Marie est un dérivé du prénom hébraïque Miryam qui signifie « goutte de mer ». Selon d’autres sources, il viendrait de l’hébreu marah se traduisant par « amertume » ou de l’égyptien ancien mrit ou merit signifiant « aimée ». La limite entre l’amertume et l’amour est donc ténue, et Marie de Béthanie personnalise cette ligne de crête.

[2] . Ce qui fait réagir également les opposants à Jésus : « Les grands prêtres décidèrent de tuer aussi Lazare,  parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s’en allaient et croyaient en Jésus » (Jn 12,10).

 

 

Première lecture (Ez 37, 12-14
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur : j’ai parlé et je le ferai – oracle du Seigneur.

Psaume (Ps 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8)

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur, Seigneur, écoute mon appel ! Que ton oreille se fasse attentive au cri de ma prière ! Si tu retiens les fautes, Seigneur, Seigneur, qui subsistera ? Mais près de toi se trouve le pardon pour que l’homme te craigne. J’espère le Seigneur de toute mon âme ; je l’espère, et j’attends sa parole. Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur ne guette l’aurore. Oui, près du Seigneur, est l’amour ; près de lui, abonde le rachat. C’est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes. 

Deuxième lecture (Rm 8, 8-11)

Frères, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

Évangile (Jn 11, 1-45)

En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade. Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. » Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.
Patrick BRAUD

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27 juillet 2016

Vanité des vanités…

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Vanité des vanités…

 

Cf. également :

La double appartenance

Gardez-vous bien de toute âpreté au gain !

 

Homélie du 18° dimanche du temps ordinaire / Année C
31/07/1016

 

Vanité des vanités…

Afficher l'image d'origineOn doit à Bossuet, « l’aigle de Meaux », d’avoir fait tonner à jamais ce célèbre début du livre de Qohélet devant les puissants de ce monde. C’était pour l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre (1670). L’évêque de Meaux voulait ainsi frapper la conscience de toutes les cours royales d’Europe : leurs titres ne les mettent pas à l’abri de la mort, leur prestige n’est que passager, leur gloire éphémère. Plutôt que de s’épuiser à courir après les vanités de ce monde, qu’ils réfléchissent sur les drames actuels afin de revenir à l’essentiel.

« Vanité des vanités, et tout est vanité ! C’est la seule parole qui me reste ; c’est la seule réflexion que me permet, dans un accident si étrange, une si juste et si sensible douleur. (…)

Non, après ce que nous venons de voir, la santé n’est qu’un nom, la vie n’est qu’un songe, la gloire n’est qu’une apparence, les grâces et les plaisirs ne sont qu’un dangereux amusement : tout est vain en nous, excepté le sincère aveu que nous faisons devant Dieu de nos vanités, et le jugement arrêté qui nous fait mépriser tout ce que nous sommes. [...]

Après les attentats de Nice et hier de St Etienne du Rouvray, ces paroles soulignent encore plus fortement la fragilité de toute vie humaine.

Notre première lecture de ce dimanche sonne donc comme un avertissement à tous ceux qui dépensent tant d’énergie pour des futilités. Que restera-t-il de vos efforts pour être riche, célèbre, reconnu dans un siècle ? Dans 1000 ans ? Qui se souviendra de votre nom ou de votre fortune dans quelques millions d’années, alors que peut-être l’espèce humaine aura disparu ?

Ce constat réaliste et humble de Qohélet frappe d’autant plus que c’est un roi de Jérusalem, fils de roi de Jérusalem qui l’écrit. Il a goûté à la gloire politique et l’a trouvée vaine. En hébreu, vanité désigne la buée du matin, le brouillard inconsistant qui flotte au-dessus des choses et se dissipe aux premières lueurs. Les hommes se laissent si facilement fasciner par l’écume des jours ! Ils courent après les médailles comme un nourrisson après un hochet. Ils désirent la richesse comme un chien son écuelle. Il croit leurs amours éternelles alors que le temps engloutira tout, très vite.

 

Carnifex gloriae

Il n’y a pas que la Bible pour faire ce constat – un peu amer – de l’inconsistance de toute chose. Souvenez-vous du carnifex gloriae. Lors du triomphe des empereurs romains où ils défilaient, magnifiques, acclamés par la foule de Rome, un esclave était chargé de rester assis à côté de César pour lui murmurer régulièrement à l’oreille : « memento mori : n’oublie pas que tu vas mourir… » On appelait cet esclave le carnifex gloriae : le bourreau de la gloire, parce qu’il faisait éclater la bulle d’ivresse qui s’empare toujours des puissants lors du triomphe…

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Charogne

Plus près de nous, les poètes, cherchant une réalité plus grande que le visible, ont souvent dénoncé les prétentions de l’instant présent à se croire éternel. Relisez le poème de la Rose de Ronsard, ou la description que fait Baudelaire d’une charogne animale croisée sur le chemin avec sa belle :

Afficher l'image d'origine« Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons. (…)

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons. (…)

- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
À cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements. »

La beauté des corps est aussi vanité. Elle s’évanouit aussi vite qu’elle est venue. Que valent quelques années d’un corps éblouissant devant la décomposition et le recyclage cosmique à venir ?

Mujô : l’impermanence dans la culture japonaise

La culture japonaise, digérant l’apport du bouddhisme sur l’illusion et l’impermanence du monde, en a déduit un art de vivre où justement l’éphémère a une place sociale centrale, comme pour rappeler à chacun la vanité de toute chose.

Afficher l'image d'origineDans le syncrétisme japonais, cette idée que chaque phénomène contient sa propre disparition, l’idée de non-consistance de l’existence amenée à se répéter est exprimée dans le terme mujô, littéralement l’impermanence. L’idée n’est pas abstraite. Les Japonais ressentent l’impermanence dans leur quotidien. Vu de l’extérieur, il est aisé de prendre le caractère éphémère de la culture japonaise comme une ignorance des choses matérielles. Au contraire, il existe un intérêt pour le phénomène en soi, si superficiel qu’il paraisse. Cette inclination se retrouve dans le domaine esthétique, dans les oeuvres d’art, dans la littérature, dans l’art d’arranger les fleurs coupées – l’ikebana – qui par essence est un art éphémère. La cuisine (cf. les sushis) repose sur une forme de spontanéité et sur la pureté intacte des aliments. Dans la calligraphie, le geste n’est précédé d’aucun essai. Il doit être réalisé dans l’instant et porter en lui la trace de son mouvement. Il en va de même dans l’art d’emballer les paquets, toujours très attentionné, bien qu’ils soient destinés à être déchirés. Les risques auxquels l’île est exposée depuis toujours (tsunamis, tremblements de terre, éruptions volcaniques…) ont renforcé ce sentiment de fragilité radicale.

Le sentiment de l’impermanence de l’existence se traduit chez les Japonais par la valorisation du présent habité par la conscience que tout passe, tout périt, alors autant en profiter !

 

Les vanités baroques du XVIIe XIXe siècle dans la peinture

Les peintres flamands notamment mirent en scène à partir du XVe siècle des natures mortes allégoriques, destinées à rappeler aux spectateurs qu’ils ne sont que de passage, et que la beauté ou la richesse ne sont que vanités. Sur ces tableaux, un crâne rappelait par exemple notre condition humaine et sa finitude, avec une fleur coupée à gauche et un sablier inexorable à droite (cf. Jacques de Gheyn le jeune qui a peint la première Vanité vers 1603). Parmi les oeuvres célèbres françaises du 17e siècle, on peut citer Saint François en méditation (Le Caravage, vers 1602), Vanité (Philippe de Champaigne, vers 1650), La Madeleine à la veilleuse (Georges de La Tour, 1640) et de nombreuses Vanités de Simon Renard de Saint-André (1613-1677). Il existe aussi des vanités aux siècles suivants, par exemple Crâne de squelette fumant une cigarette (Van Gogh, 1886) ou encore Skull (Andy Warhol, 1976). L’art revient de façon récurrente sur ce thème de l’éphémère, et de la fugacité de l’existence humaine.

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Le constat de Qohélet est ainsi largement partagé par des univers très différents !

 

Puisque tout est vain

Quelle conclusion tirer de ce constat si largement partagé par la sagesse des peuples : tout passe, tout est vanité ?

·    Certains vont refluer sur ce qu’ils appellent l’instant présent. Jamais atteint, toujours devant, déjà derrière, c’est le fameux carpe diem où l’homme essaie de saisir le présent à deux mains pour le savourer le plus intensément possible. Mais n’est pas grizzli qui veut : saisir les saumons qui virevoltent en remontant la chute d’eau n’est pas donné à tout le monde, et le présent file entre les doigts plus sûrement que le saumon gluant entre les mains du pêcheur à mains nues…

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·    D’autres vont dénoncer la radicale imposture qu’il y aurait justement à vouloir s’installer dans un présent insaisissable. Ils préfèrent alors supprimer la vanité du monde en se supprimant eux-mêmes dans le grand nirvana, où l’identité se dissout pour rejoindre le grand Tout, et ainsi ne plus souffrir de cette insoutenable légèreté de l’être. La fin du cycle de réincarnation dans le bouddhisme est le ouf de soulagement final où il n’y a plus l’impermanence parce qu’il n’y a plus d’être.

·    D’autres encore paniquent devant l’écume des jours atomisée sous leurs yeux. Ils cherchent à conjurer leur fragilité en laissant derrière quelque chose qui leur survivra – croient-ils – comme un dérisoire prolongement d’eux-mêmes. Ils écrivent des livres, bâtissent des empires, érigent des cités et des monuments, font des enfants, transmettent un héritage… Tout cela est vanité dans la mesure où de toute façon la mort les aura engloutis sans pouvoir jouir de leurs oeuvres après, et où en outre leur souvenir ne restera dans la mémoire que le temps des cercles concentriques se propageant sur l’eau après la chute du caillou dans l’océan…

 

Car elle passe, la figure de ce monde

Le christianisme quant à lui va s’appuyer sur la vanité du monde actuel pour espérer la consistance du monde à venir. Lors de la résurrection finale, inaugurée dans celle de Jésus de Nazareth, la mort sera vaincue, et avec elle la vanité des réalités d’ici-bas. Au paradis, on ne court pas après les médailles, les titres, les promotions ou les fortunes : on est devenu « participant de la nature divine », c’est-à-dire qu’on participe à la communion d’amour trinitaire qui fait que chacun trouve sa joie dans la relation d’intimité avec l’autre, tous les autres, immergés en Dieu sans être dissous pour autant. D’où l’invitation de Paul dans notre deuxième lecture : « recherchez donc les réalités d’en haut ! » (Col 3,1). Celles qui durent, celles qui viennent de Dieu et y ramènent.

Nos cimetières regorgent de plaques brisées et abandonnées sur lesquelles on devine un pitoyable « regrets éternels » dont la gravure est déjà illisible…

Pas besoin de plaques de marbre, d’hommages funéraires ni même de tombes fleuries pour passer la mort. C’est dès maintenant que la vie éternelle commence lorsque nous nous détournons des vanités idolâtrées par les hommes pour nous  convertir aux moeurs divines : humilité, don de soi, communion d’amour, confiance en Dieu…

Afficher l'image d'origineEst-ce à dire qu’il ne faut plus écrire, bâtir, composer, enfanter ?
Ce serait évidemment contraire à la mission confiée à l’homme dès la Genèse : être co-créateurs avec Dieu. Mais la conscience de la vanité de toute chose permet un détachement libérateur.
Si j’écris, ce n’est pas pour laisser une trace, mais pour communier avec d’autres dans la quête de l’essentiel.
Si je bâtis, ce n’est pas par illusion de mettre mon nom sur un domaine, mais pour démultiplier les possibilités d’habiter humainement notre terre.
Si je fais des enfants, ce n’est pas pour ne pas mourir, pour qu’ils soient un prolongement de moi, mais c’est gratuitement, pour qu’ils deviennent eux-mêmes, sans illusion sur ma propre mort.

Bonum diffusivum sui disaient les latins : l’essence du bien est de se diffuser lui-même par lui-même, sans autre raison. « La rose est sans pourquoi » écrivait Angélus Silésius (XVIIe), le pèlerin chérubinique.

Et Paul traduisait ainsi ce détachement de nos oeuvres auxquelles Qohélet nous invite finalement :

Je vous le dis, frères: le temps se fait court. Que désormais ceux qui ont femme vivent comme s’ils n’en avaient pas; ceux qui pleurent, comme s’il ne pleuraient pas; ceux qui sont dans la joie, comme s’ils n’étaient pas dans la joie; ceux qui achètent, comme s’ils ne possédaient pas; ceux qui usent de ce monde, comme s’ils n’en usaient pas vraiment. Car elle passe, la figure de ce monde. (1Co 7, 29-31)

 

Vanité des vanités, tout est vanité

Quelles sont les vanités après lesquelles nous courons actuellement ? Comment laisser Qohélet nous libérer de cette fascination pour l’inconsistant et l’éphémère ?

Et si l’été était une période propice – par le temps des vacances, du temps libre, de la lecture, de la musique, des balades… – pour retrouver une certaine distance afin  de ne pas nous identifier à nos oeuvres ?

 

 

1ère lecture : « Que reste-t-il à l’homme de toute sa peine ? »(Qo 1, 2 ; 2, 21-23)
Lecture du livre de Qohèleth

Vanité des vanités, disait Qohèleth. Vanité des vanités, tout est vanité !
Un homme s’est donné de la peine ; il est avisé, il s’y connaissait, il a réussi. Et voilà qu’il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine. Cela aussi n’est que vanité, c’est un grand mal !
En effet, que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Tous ses jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n’a pas de repos. Cela aussi n’est que vanité.

Psaume : Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc
R/ D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge.
(Ps 89, 1)

Tu fais retourner l’homme à la poussière ;
tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »
À tes yeux, mille ans sont comme hier,
c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.

Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ;
dès le matin, c’est une herbe changeante :
elle fleurit le matin, elle change ;
le soir, elle est fanée, desséchée.

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.

2ème lecture : « Recherchez les réalités d’en haut ; c’est là qu’est le Christ » (Col 3, 1-5.9-11)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens

Frères, si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre.
En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. Faites donc mourir en vous ce qui n’appartient qu’à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais, et cette soif de posséder, qui est une idolâtrie. Plus de mensonge entre vous : vous vous êtes débarrassés de l’homme ancien qui était en vous et de ses façons d’agir, et vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau qui, pour se conformer à l’image de son Créateur, se renouvelle sans cesse en vue de la pleine connaissance. Ainsi, il n’y a plus le païen et le Juif, le circoncis et l’incirconcis, il n’y a plus le barbare ou le primitif, l’esclave et l’homme libre ; mais il y a le Christ : il est tout, et en tous.

Evangile : « Ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (Lc 12, 13-21)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ! Alléluia. (Mt 5, 3)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? » Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. » Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : ‘Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.’ Puis il se dit : ‘Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.’ Mais Dieu lui dit : ‘Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?’ Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »
Patrick BRAUD

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23 mars 2016

La Madeleine de Pâques

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La Madeleine de Pâques

 

Cf. également :

Conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde

Pâques : Courir plus vite que Pierre

Les Inukshuks de Pâques

Pâques n’est décidément pas une fête sucrée

Comment annoncer l’espérance de Pâques ?

Incroyable !

Homélie du dimanche de Pâques / Année C
27/03/2016

 Tout le monde connaît la madeleine de Proust : la mémoire olfactive liée à cette pâtisserie lui fait retrouver les événements de son enfance…

Ce matin, l’évangéliste Jean veut nous faire connaître la Madeleine de Pâques. Il s’agit ici d’une autre mémoire, une mémoire d’avenir en quelque sorte, où Marie de Magdala accueille l’incroyable nouvelle de la résurrection de Jésus.

Suivons cette Madeleine pas à pas sur son itinéraire de Pâques.

 

Accompagner jusqu’au bout

Maria_Magdalene_crucifixion_detailMarie de Magdala est au pied de la croix (19,25). Avec Jean, et bien sûr Marie et d’autres femmes, elle ne laisse pas seul celui qui a été son libérateur. Au moment où Jésus devient un maudit (Dt 21,22) elle se souvient que c’est lui qui l’a délivrée de la malédiction (Mc 16,9), et elle l’accompagne jusqu’au bout, quelles que soient les accusations pesant contre lui.

Nous oublions souvent ceux qui nous ont fait du bien, alors que prier pour nos bienfaiteurs a toujours fait partie de la tradition de l’Église. Nous abandonnons très vite ceux qui ont été des guides, des repères pour nous, dès qu’ils sont attaqués de toute part par les pouvoirs en place ! Jésus est humilié par les autorités religieuses, par le pouvoir politique en place, par la justice, par les médias rajouterait-on aujourd’hui : Marie de Magdala ne se laisse pas impressionner ni effrayer par ces campagnes de dénigrement. Elle accompagne son sauveur jusqu’au bout.

Et nous ?…

 

Courir à l’aube pour embaumer le Christ

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Étonnante, cette course matinale de Marie de Magdala (20,1) ! Pourquoi courir ? Le cadavre ne va pas se décomposer si vite et peut attendre encore un peu pour l’embaumement. Pourquoi si tôt ?

Elle cherche son bien-aimé comme la fiancée du Cantique des cantiques cherche celui que son coeur désire et qu’elle ne trouve pas. Elle court comme si elle pressentait quelque chose de bouleversant. Elle croit courir vers un tombeau et par là même c’est son avenir qui se hâte vers elle… « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé », écrira plus tard saint Augustin.

Le matin, car avec l’aube du dimanche c’est la nouvelle création qui apparaît.

Le repos du shabbat (samedi) est accompli dans la re-création du dimanche de Pâques.

Et nous, vers qui courons-nous ?

Quels aromates apportons-nous pour embaumer les vaincus de l’histoire ?

 

Ne pas se résoudre à l’absence

Afficher l'image d'origineDe manière étonnante, Marie de Magdala reste auprès du tombeau vide, alors qu’à vue humaine tout est fini. D’ailleurs, même Marie, Pierre et Jean sont rentrés. Elle ne se résigne pas, ne quitte pas ce lieu de mort avant d’avoir une réponse. Comme Jacob se battant contre Dieu au pied du Yabboq (Gn 32, 23-32), elle ne veut pas lâcher son étreinte tant que Dieu ne lui répond pas. Comme Job osant traduire Dieu en procès devant le malheur innocent, elle crie sa douleur redoublée par la disparition – le vol peut-être – du corps de Jésus, profanation ultime.

C’est donc que nous pouvons-nous aussi, nous devons demeurer auprès des tombeaux vides d’aujourd’hui. Quels sont-ils ? Qui sont-ils ? Ces tombeaux vides seront sans doute quelque part du côté de ceux qui ont été oubliés et de la société, rayés de la carte des relations humaines, tout ce qui - pour des raisons multiples - incarne l’absence d’humanité. Rester près de ces morts vivants jusqu’à ce que la vie de Dieu se manifeste, par notre intermédiaire ou non peu importe.

 

Voir à travers les larmes

Afficher l'image d'origineMarie de Magdala a pleuré (20,11). En employant l’imparfait (l’aoriste en grec) Jean précise que cela a duré longtemps. Et il insiste : « tout en pleurant elle se penche vers le tombeau ». C’est alors qu’elle vit deux anges.

Sans ses larmes, aurait-elle pu voir ces deux mystérieux messagers ? Si ses larmes n’avaient pas clarifié son regard, aurait-elle perçu Jésus derrière elle ?

Nos larmes sont bien souvent la préparation à des découvertes imprévisibles. Celui qui ne pleure jamais pourra-t-il discerner le Ressuscité ? Le don des larmes est la plus belle invitation à fêter un renouveau possible à travers le chagrin.

 

Se retourner deux fois

Afficher l'image d'origineVous avez peut-être été surpris d’entendre Marie se retourner une deuxième fois dans le texte (20,14 et 20,16) ! Une fois suffirait amplement ! Ce premier retournement évoque la conversion intérieure où elle se tourne vers le Ressuscité pour lui donner sa vie. Mais la deuxième fois ? Pourquoi ?

On aura un écho de ce nouveau retournement dans la manifestation du Ressuscité à Thomas, dont le nom signifie justement jumeau (= Didyme Jn 20,24) : deux événements presque identiques, car il faudra que le Christ se manifeste une deuxième fois à ses disciples en présence de Thomas, après les autres, pour qu’il accepte de croire.

Se retourner deux fois peut ainsi être l’indice de la pédagogie de Dieu à notre égard. Car il nous faut du temps pour croire à l’incroyable (à la différence de Jean qui a cru tout de suite). Nous percevons d’abord des messages, des messagers (= anges), avant que de reconnaître vraiment le Ressuscité. Nous avons besoin de cheminer, pas à pas.

La foi de Jean nous invite à faire confiance à nos intuitions fulgurantes : « il vit et il crut ». La foi de Marie Madeleine nous invite à être patients envers nous-mêmes. Car il faut plusieurs étapes avant que de croire vraiment. C’est ce que Jean Paul II appelait la « loi de gradualité », c’est-à-dire un cheminement pédagogique de croissance qui nous conduit toujours plus loin, sans désespérer ni s’arrêter.

 

Ne pas retenir ceux qu’on aime

La célèbre scène du Noli me tangere (« ne me retiens pas ») et illustrée par tant de peintres vient empêcher Marie de Magdala de mettre la main / le coeur sur celui qu’elle vient de rencontrer.

Respecter l’autre comme vivant nous demande de ne pas l’utiliser, de ne pas le posséder, et de le laisser aller à sa vie d’être libre. Retenir le Christ à ses côtés aurait été pour Marie de Magdala une illusion vénéneuse. Elle n’aurait étreint qu’une chose, alors que le Vivant lui échappe et veut poursuivre sa course pour tous les humains. Le « ne me retiens pas » est la supplique de tant d’adolescents épris de liberté, d’amoureux étouffant de trop de proximité, ou de vieillards en fin de vie…

Ne pas retenir ceux qu’on aime est peut-être la plus belle preuve d’amour.

 

Apostola apostolorum

Afficher l'image d'origineL’expression latine est de St Thomas d’Aquin : Marie de Magdala est chargée par Jésus de devenir l’apôtre des apôtres en leur annonçant la nouvelle de la résurrection et en étant témoin de cet événement incroyable auprès des disciples, pour qu’ils croient. Elle est envoyée (apostola) auprès de ceux qui seront à leur tour envoyés (apôtres) de par le monde entier.

« De même qu’une femme avait annoncé au premier homme des paroles de mort, ainsi, une femme annonça en premier aux apôtres des paroles de vie ».

« Il faut ici noter le triple privilège qui fut octroyé à Madeleine. D’abord un privilège prophétique, car elle a mérité de voir les anges ; le prophète, en effet, est l’intermédiaire entre les anges et le peuple. Ensuite, elle est au-dessus des anges, du fait qu’elle voit le Christ sur lequel les anges désirent se pencher. Enfin elle a reçu un rôle apostolique ; bien plus, elle est devenue Apôtre des apôtres en ceci qu’il lui fut confié d’annoncer aux disciples la Résurrection du Seigneur pour que, de même qu’une femme apporta au premier homme des paroles de mort, ainsi aussi une femme annonce la première à des hommes les paroles de vie. »

Thomas d’Aquin, Commentaire sur l’évangile de Jean 25,19

C’est donc qu’aujourd’hui encore les successeurs des apôtres ont besoin d’être évangélisés. C’est donc que, dans l’Église, des femmes tiennent encore la première place dans le témoignage au Ressuscité qui convertit même des évêques au coeur du christianisme. Le reconnaît-on en assez ? Laissons-nous la parole à toutes celles qui sont les premières à voir le Ressuscité là où les responsables ne voient que vide et absence ?…

 

La Madeleine de Pâques est décidément un guide sûr pour fêter la victoire du Christ sur la mort !

Parcourez avec elle, pas à pas, son itinéraire à travers la Passion.

Et devenons nous-mêmes une de ces Madeleines qui permet à d’autres de retrouver la mémoire… de leur avenir !

 

 

 

MESSE DU JOUR DE PÂQUES

1ère lecture : « Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. 

Psaume : Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23

R/ Voici le jour que fit le Seigneur,
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! 
(Ps 117, 24)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

2ème lecture : « Purifiez-vous des vieux ferments, et vous serez une Pâque nouvelle » (1 Co 5, 6b-8)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ.

Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité.

Séquence : 

À la Victime pascale,
chrétiens, offrez le sacrifice de louange.

L’Agneau a racheté les brebis ;
le Christ innocent a réconcilié
l’homme pécheur avec le Père.

La mort et la vie s’affrontèrent
en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.

« Dis-nous, Marie Madeleine,
qu’as-tu vu en chemin ? »

« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant,
j’ai vu la gloire du Ressuscité.

J’ai vu les anges ses témoins,
le suaire et les vêtements.

Le Christ, mon espérance, est ressuscité !
Il vous précédera en Galilée. »

Nous le savons : le Christ
est vraiment ressuscité des morts.

Roi victorieux,
prends-nous tous en pitié !
Amen.

Evangile : « Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur !
Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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16 mars 2016

Rameaux, kénose et relèvement

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Rameaux, kénose et relèvement

Cf. également :
Briser la logique infernale du bouc émissaire
Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux
Le tag cloud de la Passion du Christ
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
C’est l’outrage et non pas la douleur
Il a été compté avec les pécheurs
Sortir, partir ailleurs…

Homélie pour le dimanche des Rameaux / Année C
20/03/2016

 

La parabole christique

Non seulement Jésus parlait en paraboles, mais il vivait aussi en parabole ! Au sens mathématique du terme (Y =a*x²+ b*x+ c)…). Car la trajectoire de sa vie ressemble à une parabole inversée, en forme de U majuscule, dont le récit de la Passion de ce dimanche des Rameaux constitue le sommet, en creux.

Paul, dans la deuxième lecture (Ph 2, 6-11), décrit très exactement ce mouvement de sortie de soi, de descente, jusqu’à toucher le fond (la croix, la descente aux enfers), et ensuite l’exaltation (huperupsôsen : « il l’a sur-élevé » écrit Paul en parlant de la résurrection). On peut ainsi tracer la courbe suivie par le Christ en suivant les mots mêmes de Paul :


parabole-philippiens

 

La kénose, premier versant de la parabole

Le verbe utilisé dans Ph 2, 6-11 pour décrire le premier mouvement de la parabole, descendant, est ékénôsen = se vider de soi pour se tourner entièrement vers autrui. C’est ce verbe grec qui a donné le mot kénose en français. Impressionnant ! La manière d’être de Dieu, c’est de se vider de sa divinité (par amour pour l’homme), de s’anéantir afin de devenir l’un de nous.

Depuis son incarnation, et jusqu’au paroxysme de la mort sur le bois de la croix, assimilé aux maudits par ce châtiment, le Verbe de Dieu se laisse dépouiller de sa puissance, de sa divinité même !

Dès lors, impossible pour nous de rêver le suivre sans passer également par notre propre kénose.

Que veut dire se vider de soi pour un disciple de Jésus ? Que signifie vivre la kénose au XXIe siècle ? Les saints les plus récents nous disent quelque chose de ce mouvement en forme de parabole inversée. St Jean XXIII renonçait à sa tiare papale, à sa chaise à porteurs, limousine et autres oripeaux de gloire et de puissance hérités d’une histoire ‘mélangée’ où le pouvoir ecclésiastique ne pratiquait guère cet abaissement volontaire. St Jean-Paul II, athlète de Dieu luttant haut et fort contre le communisme des pays de l’Est, est devenu un vieillard affaibli, tremblant, malade, dépendant. Mère Teresa a quitté son école ‘pour bonnes familles’ avec juste un seau et un sari, et son désir de rejoindre les mourants rejetés par la société indienne au plus bas de la condition humaine.

Il s’agit toujours de quitter un univers trop séparé, trop éloigné de ceux qui sont en bas de la parabole, pour aller rejoindre, faire corps avec eux et leur ouvrir la voie du relèvement (de la sur-exaltation dont parle Paul dans le deuxième mouvement de la parabole). Quelque soit le degré de pouvoir que vous détenez - et chacun de nous en détient - vous aurez à regarder en bas ce qui sont aux enfers. Sortir de soi (et de son confort, sa tranquillité, son auto-suffisance) est alors le premier pas pour - avec le Christ - aller chercher et sauver ceux qui sont les maudits de notre temps. À la manière d’un champion de tremplin de ski, tout commence par ce basculement en avant, dans le vide d’une pente vertigineuse où tout s’accélère pour aller au plus bas au plus vite…

 

Nous sommes des anti-Harpagon

Tout le monde se souvient de l’Harpagon de Molière et de sa cassette remplie d’argent. « Ma cassette, ma cassette ! » L’angoisse de l’avare le fait serrer contre lui de toutes ses forces ce coffret emprisonnant son coeur.

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En Ph 2,6-11, le verbe grec utilisé pour décrire le lâcher prise du Verbe ressemble fort en négatif à cela : ékénôsen. « Jésus ne saisit pas comme une proie à retenir d’être l’égal de Dieu », traduit fort joliment la Bible de Jérusalem.

Ne pas retenir, mais laisser faire.

Ne pas prendre, mais accepter de perdre, pour recevoir le don gratuit.

Bannir la jalousie, la comparaison avec autrui, pour se réjouir de ce qui est donné à chacun, dont soi-même.

Ne pas être Harpagon, c’est ouvrir les doigts de la main pour laisser les êtres et les choses aller vers leur devenir. C’est se laisser conduire plutôt que de vouloir maîtriser. Le Christ incarne au plus haut cette attitude intérieure de dépossession, pour servir au lieu d’utiliser, pour communier avec les pécheurs au lieu de les dominer.

« Il n’a pas jugé prenable (harpagmon) l’égalité à Dieu » : le Christ ne se comporte pas comme Adam en Gn 2-3. Le texte de la Genèse utilise en effet le mot grec harpagmon correspondant au geste de saisir. Le nom Harpagon vient de là : ce sont les doigts crochus. Or ce qui caractérise Adam de Gn 2-3, c’est le geste de prendre (au sens de s’approprier) le fruit selon la parole du serpent : « Le jour où vous en mangerez […] vous serez comme des dieux (ou égaux à Dieu) » (Gn 3,5). Autrement dit, pour le Christ, nouvel Adam, le rapport à la divinité est un rapport qui n’est pas un rapport de préhension mais un rapport de mains ouvertes, c’est-à-dire d’évacuation, car c’est la condition pour qu’il y ait donation.

C’est ainsi que Dieu aime : en se tournant sans cesse vers l’autre, gratuitement, sans aucune trace de repli sur lui-même, pour se donner et se recevoir. Les théologiens vous diront que la kénose économique révèle laquelle la kénose immanente de la Trinité…

Plus simplement, si Dieu en Jésus nous aime jusqu’à se vider de sa puissance pour nous, c’est parce que en lui-même, de toute éternité, il est sortie de soi pour se donner à l’autre, dans l’incessante circulation d’amour trinitaire qui unit le Père au Fils dans l’Esprit. La façon dont Dieu nous aime est la façon dont il est amour en lui-même : il n’y a aucune différence entre Jésus descendant au plus bas de nos enfers infrahumains et l’étreinte amoureuse du Père avec le Fils dans l’Esprit. La Trinité-pour-les-hommes, que la kénose de Jésus révèle comme sortie de soi, don gratuit, offrande absolue, désir de servir, est bien la Trinité-en-soi, élan de communion entre les trois personnes divines. La kénose est au coeur de l’identité divine comme elle est au coeur de la mission de Jésus, et donc de la nôtre.

 

La théorie U du changement

Terminons par une note plus terre-à-terre : ce mouvement parabolique de la kénose, trajectoire du Verbe de Dieu prenant chair, prenant croix, puis tombeau, et élevé à la droite du Père, a inspiré des psychologues réfléchissant sur notre capacité à traverser les changements de notre existence. Bizarrement, peut-être parce que nous sommes à l’image de Dieu, il semble que la courbe du ressenti humain lors d’un changement majeur, par exemple en entreprise, suit une évolution proche de celle que nous avons décrite en Ph 2, 6-11. Ainsi, la « théorie U » représente les étapes que chacun aura à parcourir lors d’un changement :

lc3a2cher-prise-laisser-venir

De même, Elisabeth Kübler-Ross a observé les étapes du désormais fameux « travail de deuil » qui nous est nécessaire pour accepter de perdre un être aimé, ou pour accepter un changement majeur qui nous déstabilise :

courbe-du-deuil

C’est sans aucun doute une forme dégradée de notre deuxième lecture… Mais quand même, cela donne à réfléchir !

 

Suivre le Christ dans sa Passion tout au long de la semaine sainte, et à travers les étapes de notre vie, nous fera parcourir un chemin semblable.

Basculons donc avec courage vers le bas du tremplin, où nous attendent ceux pour qui le Christ est mort : des sans-grade, des moins que rien, des oubliés, ceux qui ne compte pas… Et si nous en faisons partie, reprenons courage : le relèvement est proche !

 

Procession des Rameaux
Entrée messianique du Seigneur à Jérusalem : (Lc 19, 28-40)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus partit en avant pour monter à Jérusalem. Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie, près de l’endroit appelé mont des Oliviers, il envoya deux de ses disciples, en disant : « Allez à ce village d’en face. À l’entrée, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s’est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous demande : ‘Pourquoi le détachez-vous ?’ vous répondrez : ‘Parce que le Seigneur en a besoin.’ » Les envoyés partirent et trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit. Alors qu’ils détachaient le petit âne, ses maîtres leur demandèrent : « Pourquoi détachez-vous l’âne ? » Ils répondirent : « Parce que le Seigneur en a besoin. » Ils amenèrent l’âne auprès de Jésus, jetèrent leurs manteaux dessus, et y firent monter Jésus. À mesure que Jésus avançait, les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin. Alors que déjà Jésus approchait de la descente du mont des Oliviers, toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus, et ils disaient : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, réprimande tes disciples ! » Mais il prit la parole en disant : « Je vous le dis : si eux se taisent, les pierres crieront. »

Messe de la Passion
1ère lecture : « Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu » (Troisième chant du Serviteur du Seigneur) (Is 50, 4-7)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Psaume : Ps 21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Ps 21, 2a)

Tous ceux qui me voient me bafouent ;
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure ;
Ils me percent les mains et les pieds,
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Mais tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

2ème lecture : « Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2 6-11)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
 Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.
 Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
 C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,
 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers,
 et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Evangile : Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Lc 22, 14 – 23, 56)
Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.
Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (cf. Ph 2, 8-9)

La Passionde notre Seigneur Jésus Christ selon saint Luc

Indications pour la lecture dialoguée : Les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. Quand l’heure fut venue, Jésus prit place à table, et les Apôtres avec lui. Il leur dit : X « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit pleinement accomplie dans le royaume de Dieu. » L. Alors, ayant reçu une coupe et rendu grâce, il dit : X « Prenez ceci et partagez entre vous. Car je vous le déclare : désormais, jamais plus je ne boirai du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu. »

L. Puis, ayant pris du pain et rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : X « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » L. Et pour la coupe, après le repas, il fit de même, en disant : X « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous. Et cependant, voici que la main de celui qui me livre est à côté de moi sur la table. En effet, le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux cet homme-là par qui il est livré ! » L. Les Apôtres commencèrent à se demander les uns aux autres quel pourrait bien être, parmi eux, celui qui allait faire cela.

 Ils en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ? Mais il leur dit : X « Les rois des nations les commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Pour vous, rien de tel ! Au contraire, que le plus grand d’entre vous devienne comme le plus jeune, et le chef, comme celui qui sert. Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves. Et moi, je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi. Ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël.

Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères. » L. Pierre lui dit : D. « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort. » L. Jésus reprit : X « Je te le déclare, Pierre : le coq ne chantera pas aujourd’hui avant que toi, par trois fois, tu aies nié me connaître. »

L. Puis il leur dit : X « Quand je vous ai envoyés sans bourse, ni sac, ni sandales, avez-vous donc manqué de quelque chose ? » L. Ils lui répondirent : D. « Non, de rien. » L. Jésus leur dit : X « Eh bien maintenant, celui qui a une bourse, qu’il la prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une. Car, je vous le déclare : il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture : Il a été compté avec les impies. De fait, ce qui me concerne va trouver son accomplissement. » L. Ils lui dirent : D. « Seigneur, voici deux épées. » L. Il leur répondit : X « Cela suffit. »

 L. Jésus sortit pour se rendre, selon son habitude, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent. Arrivé en ce lieu, il leur dit : X « Priez, pour ne pas entrer en tentation. » L. Puis il s’écarta à la distance d’un jet de pierre environ. S’étant mis à genoux, il priait en disant : X « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne. » L. Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait. Entré en agonie, Jésus priait avec plus d’insistance, et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient sur la terre. Puis Jésus se releva de sa prière et rejoignit ses disciples qu’il trouva endormis, accablés de tristesse. Il leur dit : X « Pourquoi dormez-vous ? Relevez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation. »

L. Il parlait encore, quand parut une foule de gens. Celui qui s’appelait Judas, l’un des Douze, marchait à leur tête. Il s’approcha de Jésus pour lui donner un baiser. Jésus lui dit : X « Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ? » L. Voyant ce qui allait se passer, ceux qui entouraient Jésus lui dirent : D. « Seigneur, et si nous frappions avec l’épée ? » L. L’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. Mais Jésus dit : X « Restez-en là ! » L. Et, touchant l’oreille de l’homme, il le guérit. Jésus dit alors à ceux qui étaient venus l’arrêter, grands prêtres, chefs des gardes du Temple et anciens : X « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais avec vous dans le Temple, et vous n’avez pas porté la main sur moi. Mais c’est maintenant votre heure et le pouvoir des ténèbres. »

 L. S’étant saisis de Jésus, ils l’emmenèrent et le firent entrer dans la résidence du grand prêtre. Pierre suivait à distance. On avait allumé un feu au milieu de la cour, et tous étaient assis là. Pierre vint s’asseoir au milieu d’eux. Une jeune servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : A. « Celui-là aussi était avec lui. » L. Mais il nia : D. « Non, je ne le connais pas. » L. Peu après, un autre dit en le voyant : F. « Toi aussi, tu es l’un d’entre eux. » L. Pierre répondit : D. « Non, je ne le suis pas. » L. Environ une heure plus tard, un autre insistait avec force : F. « C’est tout à fait sûr ! Celui-là était avec lui, et d’ailleurs il est Galiléen. » L. Pierre répondit : D. « Je ne sais pas ce que tu veux dire. » L. Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta. Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre. Alors Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois. » Il sortit et, dehors, pleura amèrement.

 Les hommes qui gardaient Jésus se moquaient de lui et le rouaient de coups. Ils lui avaient voilé le visage, et ils l’interrogeaient : F. « Fais le prophète ! Qui est-ce qui t’a frappé ? » L. Et ils proféraient contre lui beaucoup d’autres blasphèmes.

Lorsqu’il fit jour, se réunit le collège des anciens du peuple, grands prêtres et scribes, et on emmena Jésus devant leur conseil suprême. Ils lui dirent : F. « Si tu es le Christ, dis-le nous. » L. Il leur répondit : X « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ; et si j’interroge, vous ne répondrez pas. Mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite de la Puissance de Dieu. » L. Tous lui dirent alors : F. « Tu es donc le Fils de Dieu ? » L. Il leur répondit : X « Vous dites vous-mêmes que je le suis. » L. Ils dirent alors : F. « Pourquoi nous faut-il encore un témoignage ? Nous-mêmes, nous l’avons entendu de sa bouche. » L. L’assemblée tout entière se leva, et on l’emmena chez Pilate.

 On se mit alors à l’accuser : F. « Nous avons trouvé cet homme en train de semer le trouble dans notre nation : il empêche de payer l’impôt à l’empereur, et il dit qu’il est le Christ, le Roi. » L. Pilate l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-même qui le dis. » L. Pilate s’adressa aux grands prêtres et aux foules : A. « Je ne trouve chez cet homme aucun motif de condamnation. » L. Mais ils insistaient avec force : F. « Il soulève le peuple en enseignant dans toute la Judée ; après avoir commencé en Galilée, il est venu jusqu’ici. » L. À ces mots, Pilate demanda si l’homme était Galiléen. Apprenant qu’il relevait de l’autorité d’Hérode, il le renvoya devant ce dernier, qui se trouvait lui aussi à Jérusalem en ces jours-là.

 À la vue de Jésus, Hérode éprouva une joie extrême : en effet, depuis longtemps il désirait le voir à cause de ce qu’il entendait dire de lui, et il espérait lui voir faire un miracle. Il lui posa bon nombre de questions, mais Jésus ne lui répondit rien. Les grands prêtres et les scribes étaient là, et ils l’accusaient avec véhémence. Hérode, ainsi que ses soldats, le traita avec mépris et se moqua de lui : il le revêtit d’un manteau de couleur éclatante et le renvoya à Pilate. Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent des amis, alors qu’auparavant il y avait de l’hostilité entre eux.

 Alors Pilate convoqua les grands prêtres, les chefs et le peuple. Il leur dit : A. « Vous m’avez amené cet homme en l’accusant d’introduire la subversion dans le peuple. Or, j’ai moi-même instruit l’affaire devant vous et, parmi les faits dont vous l’accusez, je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation. D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort. Je vais donc le relâcher après lui avoir fait donner une correction. » L. Ils se mirent à crier tous ensemble : F. « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. » L. Ce Barabbas avait été jeté en prison pour une émeute survenue dans la ville, et pour meurtre. Pilate, dans son désir de relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole. Mais ils vociféraient : F. « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » L. Pour la troisième fois, il leur dit : A. « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le relâcher après lui avoir fait donner une correction. » L. Mais ils insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ; et leurs cris s’amplifiaient. Alors Pilate décida de satisfaire leur requête. Il relâcha celui qu’ils réclamaient, le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, et il livra Jésus à leur bon plaisir.

 L. Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus. Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : X « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : ‘Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !’ Alors on dira aux montagnes : ‘Tombez sur nous’, et aux collines : ‘Cachez-nous.’ Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »

 L. Ils emmenaient aussi avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter. Lorsqu’ils furent arrivés au lieu dit : Le Crâne (ou Calvaire), là ils crucifièrent Jésus, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Jésus disait : X « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » L. Puis, ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort.

 Le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : F. « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » L. Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : F. « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »

 L. Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

 L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : A. « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » L. Mais l’autre lui fit de vifs reproches : A. « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » L. Et il disait : A. « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » L. Jésus lui déclara : X « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

 L. C’était déjà environ la sixième heure (c’est-à-dire : midi) ; l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure, car le soleil s’était caché. Le rideau du Sanctuaire se déchira par le milieu. Alors, Jésus poussa un grand cri : X « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » L. Et après avoir dit cela, il expira.

(Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant)

À la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendit gloire à Dieu : A. « Celui-ci était réellement un homme juste. » L. Et toute la foule des gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, observant ce qui se passait, s’en retournaient en se frappant la poitrine. Tous ses amis, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, se tenaient plus loin pour regarder.

 Alors arriva un membre du Conseil, nommé Joseph ; c’était un homme bon et juste, qui n’avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d’Arimathie, ville de Judée, et il attendait le règne de Dieu. Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Puis il le descendit de la croix, l’enveloppa dans un linceul et le mit dans un tombeau taillé dans le roc, où personne encore n’avait été déposé. C’était le jour de la Préparation de la fête, et déjà brillaient les lumières du sabbat. Les femmes qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé. Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.
Patrick BRAUD

 

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