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18 décembre 2017

Tenir conte de Noël

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Tenir conte de Noël…


Homélie pour la fête de Noël / Année B
24/12/2017

Noël : solstices en tous genres
Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…
Noël : la trêve des braves
Noël : croyance dure ou croyance molle ?
Le potlatch de Noël
La bienveillance de Noël
Noël « numérique », version réseaux sociaux…
Noël : « On vous écrira… »
Enfanter le Verbe en nous…


Tenir conte de Noël…

La faute d’orthographe est bien sûr voulue. Noël est le temps des contes, et la plupart des veillées dans nos églises commencent avec un conte de Noël : indispensable !

Illustration: Conte de noël - Guy de MaupassantPourquoi se raconter des histoires devant la crèche ? Quelle est la fonction sociale de ces légendes merveilleuses qui courent d’une génération à l’autre ? Quelle valeur spirituelle accorder à ces enjoliveurs d’événements que sont nos histoires de fées, de lutins et autres Saint-Nicolas ?

Qu’est-ce qu’un conte ?

On peut le distinguer de la fable, qui est à visée morale, voire moralisante (cf. la leçon de la fable). Et également du mythe, qui a pour but de fonder hors du temps les modes de vie actuels. Un conte n’est pas non plus une parabole, qui développe une image en y transposant les éléments contemporains ; ni une allégorie, qui projette terme à terme des personnages et objets d’une situation dans une scène imaginaire.

Le conte est plutôt proche de la légende, au sens étymologique du terme : legenda (en latin) = ce qui doit être lu pour comprendre tel événement. Sans la légende au bas d’une cartographie, impossible de décoder les chiffres et graphiques représentés. De même, sans le conte de Noël, la nativité du Christ risque fort de ne pas être interprétée à sa juste profondeur…

Le conte se raconte : c’est donc tout simplement un récit, imaginé à partir un événement pour en faire percevoir toute la richesse.

Les spécialistes du conte ont identifié au moins trois fonctions sociales de ce genre littéraire (ou plutôt oral) : divertir /instruire /initier.

 

Divertir

Tenir conte de Noël dans Communauté spirituelle 41WJdvpF-6L._SX275_BO1,204,203,200_On raconte une histoire étincelante pour aider un enfant à s’endormir, ou à patienter pendant une longue veillée, ou à se calmer après une colère en ouvrant grand ses oreilles et en lâchant la bride à son imagination. Parce qu’il est parlé (à l’encontre d’un film, d’une bande dessinée ou d’un jeu vidéo), le conte possède en plus les propriétés de ce que Mac Luhan appelait le média chaud par excellence : la voix, l’oralité, qui laisse le champ libre à l’imaginaire.
Les yeux grands ouverts de l’enfant le sont sur sa vie intérieure, sur l’habillage fantasmatique des héros au nom programmatique : Chat Botté, Cendrillon, Blanche Neige, Riquet à la Houppe, Boucle d’or…
Le plaisir, le divertissement, intriguer, faire rire, pleurer et sourire font toujours partie des premiers effets recherchés par les conteurs.

 

Instruire

La deuxième fonction du conte est d’instruire, d’éduquer.
On apprend un tas de choses dans les contes ! Ce qu’il faut faire et ne pas faire, ce qui est admis ou non en société. Avec le Petit Poucet (Perrault) par exemple, on apprend que l’intelligence peut vaincre la force brute des ogres environnants. Avec la Petite Fille aux allumettes (Andersen), on découvre qu’il y a des enfants près de chez soi vivant dans la misère, la violence et la solitude, effrayantes. Avec la pastorale des santons de Provence, on s’émerveille de tous les métiers représentés autour de la crèche et de leur savoir-faire.

 

Initier

51Ca0cL-LDL._SX303_BO1,204,203,200_ Bettelheim dans Communauté spirituelleLa troisième fonction du conte est d’initier. Au sens fort (en latin, initium = chemin), initier  c’est mettre quelqu’un sur le chemin où il va grandir pour passer d’un stade à un autre. Le conte initie ses auditeurs à d’autres manières de voir le monde, l’existence. La mort de la Petite Fille aux allumettes fait toujours pleurer des milliers d’enfants, qui redemandent pourtant qu’on leur lise encore et encore cette histoire si triste. Ce qu’ils y découvrent les prépare à la dure réalité de leur propre vie : oui, affronter la violence familiale, la misère sociale, et ultimement la mort font partie de la beauté de l’existence. Les monstres des contes (ogres, sorcières, dragons, et tous les « méchants ») préparent les enfants à devenir fort et courageux devant le mal.
Le psychanalyste Bruno Bettelheim a popularisé ce rôle initiatique des contes :

« Tel  est  exactement  le  message  que  les  contes  de  fées, de  mille manières  différentes  délivrent à l’enfant : que la  lutte contre  les graves difficultés  de la vie est  inévitable et  fait  partie intrinsèque de l’existence humaine,  mais que si,  au lieu de se dérober, on affronte  fermement les épreuves attendues et souvent injuste, on vient à bout de tous les obstacles et on finit par remporter victoire. » (Psychanalyse des contes de fées, 1976)

Vladimir Propp (Morphologie du conte, 1928) a donné ses lettres de noblesse au genre littéraire du conte en étudiant la structure commune à plus d’une centaine de contes russes. Il est à l’origine de l’analyse sémiotique, méthode rigoureuse d’un texte à partir de lui-même.

Le conte a ainsi une fonction d’apprentissage : il apprend à l’enfant à espérer même face aux pires difficultés qu’il rencontre ou rencontrera et qui sont à l’image des horribles sorcières ou des énormes géants.

Cela marche aussi pour les adultes ! Le lecteur attentif du Petit Prince (Saint Exupéry) sera peu à peu initié à un autre regard sur les ‘roses’ pour en singulariser une comme unique, à l’importance des rituels qui permettent de s’apprivoiser mutuellement, à affronter les ‘boas’ qui engloutissent toute espérance etc…

Initier et conter vont très bien ensemble !

Voilà donc trois bonnes raisons de continuer à tenir conte dans la veillée de Noël. Grâce aux contes, cette paraliturgie basée sur l’émerveillement, le questionnement et le rêve  prépare en effet enfants et adultes à accueillir le mystère de Noël avec un cœur grand ouvert.

 

Le midrash de Noël

41QrY8k1z9L._SX338_BO1,204,203,200_ conteIl y a peut-être plus encore. Dans la littérature juive et biblique, il existe une manière de raconter quelque chose sur un événement qu’on appelle midrash.

Qu’est-ce que le Midrash ? Une exégèse particulière. Midrash (pl.  Midrashim)  signifie  en  hébreu  « qui  vient du drash ». La racine hébreu drash  signifie « exiger », au sens second, « rechercher». Il s’agit donc d’une exégèse qui recherche les harmoniques cachées d’un évènement. Toutefois, il s’agit d’une  exégèse  très  particulière  qui  use  de  paraboles,  d’allégories,  de  métaphores,  de  jeux  de  mots  à  base  de glissements  phoniques  (y  compris  entre  hébreu,  araméen,  grec,  voire  latin),  sémantiques,  allusifs,  de  concordances témuriques (permutation des jeux de voyelles) et guématriques (à partir du calcul de la valeur  numérique des mots)… et qui finit par produire des textes fort éloignés du texte biblique commenté. (www.akadem.org )

Il se peut que les Évangiles de l’enfance (Bethléem, l’étoile, les anges, les mages, les saints innocents, la fuite en Égypte) soient eux-mêmes un superbe midrash nous aidant à décrypter les enjeux de la Nativité. Ce n’est pas mettre en péril le caractère historique et extraordinaire de cette naissance que de lire les premiers chapitres de Luc avec cette grille d’interprétation midrashique. Là où Matthieu fait une longue démonstration généalogique, là où Jean s’abîme dans une intense méditation sur le Verbe et la lumière, là où Marc est plutôt sobre et discret en sautant par-dessus ces premières années de Jésus, Luc prend le temps de développer à sa manière la portée immense de la conception et de la venue au monde de cet homme exceptionnel. Il le fait avec le matériau symbolique de son époque, et avec le croyable disponible de sa culture. Le résultat est plutôt réussi ! Car les scènes de la Nativité racontée par lui ont eu sûrement plus de succès populaire que les exigeantes méditations de Jean. Pourtant il faut les deux, et c’est bien pour cela qu’il y a quatre Évangiles ! Pour ne pas laisser le conte (Luc), la mystique (Jean), l’exégèse (Matthieu) ou le reportage (Marc) avoir le dernier mot, tant l’événement de Noël est irréductible à l’une ou l’autre de ces composantes portant chacune légitime !

Alors, continuons à tenir conte de Noël, afin de nous initier mutuellement à la vie divine que le Verbe de Dieu engendre en nous, de sa naissance à sa venue.

 

N.B. : Pour ne pas vous laisser sur votre faim, voici un conte de Noël, triste et joyeux, intrigant et savoureux comme beaucoup d’autres. Bonne lecture !

 

LES QUATRE ARBRES

·         Il était une fois, en haut d’une montagne, quatre petits arbres qui rêvaient à ce qu’ils voudraient devenir quand ils seraient plus grands.

Ø  Le premier regarda les étoiles qui brillaient comme des diamants au dessus de lui.

« Je veux abriter un trésor. Je veux être recouvert d’or et rempli de pierres précieuses. Je serai le plus beau coffre à trésor du monde. »

Ø  Le deuxième arbre regarda le petit ruisseau qui suivait sa route vers l’océan.

« Je veux être un grand voilier. Je veux naviguer sur de vastes océans et transporter des rois puissants. Je serai le bateau le plus fort du monde. »

Ø  Le troisième petit arbre regarda dans la vallée au dessous de lui et il vit la ville où des hommes et des femmes s’affairaient.

« Je ne veux jamais quitter cette montagne. Je veux pousser si haut que lorsque les gens s’arrêteront pour me regarder, ils lèveront leurs yeux au ciel et penseront à Dieu. Je serai le plus grand arbre du monde ! »

Ø  Le quatrième arbre leva les yeux vers le château fort qui dominait tout le paysage.

« Je veux être le pont-levis qui défend l’entrée de ce château. Devant moi, les gens seront impressionnés et se sentiront tout-petits. Je serai le pont-levis le plus impressionnant du monde ».

·         Les années passèrent. Les pluies tombèrent, le soleil brilla, et les petits arbres devinrent grands.

Un jour, quatre bûcherons montèrent dans la montagne.

Ø  Le premier bûcheron regarda le premier arbre et dit : « C’est un bel arbre. Il est parfait. » En un éclair, abattu d’un coup de hache, le premier arbre tomba.
« Maintenant, je vais être un coffre magnifique », pensa le premier arbre. « J’abriterai un merveilleux trésor ».

Ø  Le deuxième bûcheron regarda le deuxième arbre et dit: « Cet arbre est vigoureux. Voilà ce qu’il me faut. » En un éclair, abattu d’un coup de hache, le deuxième arbre tomba.
« Désormais, je vais naviguer sur de vastes océans »,
pensa le deuxième arbre. « Je serai un grand navire digne des rois. »

Ø  Le troisième arbre sentit son cœur flancher quand le bûcheron le regarda.
« N’importe quel arbre me conviendra », se dit le bûcheron. En un éclair, abattu d’un coup de hache, le troisième arbre tomba.

Ø  Le quatrième bûcheron remarqua le dernier arbre et dit : « Cet arbre est assez large. C’est exactement ce que je cherche ». En un éclair, abattu d’un coup de hache, le quatrième arbre tomba.
Il se disait :
« Maintenant, je vais partir rejoindre le château fort ».

Ø  Le premier arbre se réjouit lorsque le bûcheron l’apporta chez le charpentier, mais le charpentier était bien trop occupé pour penser à fabriquer des coffres. De ses mains calleuses, il transforma l’arbre en mangeoire pour animaux. L’arbre qui avait été autrefois très beau n’était pas recouvert d’or ni rempli de trésors. Il était couvert de sciure et rempli de foin pour nourrir les animaux affamés de la ferme.

Le deuxième arbre sourit quand le bûcheron le transporta vers le chantier naval, mais ce jour là, nul ne songeait à construire un voilier. À grands coups de marteau et de scie, l’arbre fut transformé en simple bateau de pêche. Trop petit, trop fragile pour naviguer sur un océan ou même sur une rivière, il fut emmené sur un petit lac. Tous les jours, il transportait des cargaisons de poissons morts qui sentaient affreusement fort.

Ø  Le troisième arbre devint très triste quand le bûcheron le coupa pour le transformer en grosses poutres qu’il empila dans la cour. « Que s’est -il passé ? » se demanda l’arbre qui avait été autrefois très grand. « Tout ce que je désirais, c’était rester sur la montagne en pensant à Dieu. »

Ø  Le quatrième arbre frémit lorsque le bûcheron le découpa en planches bien larges. Le menuisier les assembla, non pas pour en faire un pont-levis, mais une grande table bien ordinaire, même si elle pouvait porter beaucoup de monde. Déçu, l’arbre pleurait en voyant le château fort s’éloigner et son pont-levis…

·         Beaucoup de jours et de nuits passèrent. Les quatre arbres oublièrent presque leurs rêves.

Ø  Mais une nuit, la lumière d’une étoile dorée éclaira le premier arbre au moment où une jeune femme plaçait son nouveau né dans la mangeoire. « J’aurais aimé pouvoir lui faire un berceau », murmura son mari. La mère serra la main du père et sourit tandis que la lumière de l’étoile brillait sur le bois poli. « Cette mangeoire est magnifique », dit-elle.
Et soudain, le premier arbre sut qu’il renfermait le trésor le plus précieux du monde.

Ø  D’autres jours et d’autres nuits passèrent, mais un soir, un voyageur fatigué et ses amis s’entassèrent dans la vieille barque de pêcheur. Tandis que le deuxième arbre voguait tranquillement sur le lac, le voyageur s’endormit. Soudain, l’orage éclata et la tempête se leva. Le petit arbre trembla. Il savait qu’il n’avait pas la force de transporter tant de monde en sécurité dans le vent et la pluie. Le voyageur s’éveilla. Il se leva, écarta les bras et dit : « Paix ». La tempête se calma aussi vite qu’elle était apparue.
Et soudain, le deuxième arbre sut qu’il transportait le roi des cieux et de la terre.

Ø  À quelque temps de là, un vendredi matin, le troisième arbre fut fort surpris lorsque ses poutres furent arrachées de la pile de bois oubliée. Transporté au milieu des cris d’une foule en colère et railleuse, il frissonna quand les soldats clouèrent sur lui les mains d’un homme. Il se sentit horrible et cruel.
Mais le dimanche matin, quand le soleil se leva et que la terre tout entière vibra d’une joie immense, le troisième arbre sut que l’amour de Dieu avait tout transformé. Il avait rendu le premier arbre beau. Il avait rendu le second arbre fort. Et à chaque fois que les gens penseraient au troisième arbre, ils penseraient à Dieu.
Cela était beaucoup mieux que d’être le plus grand arbre du monde.

Ø  Des années et des années passèrent encore. Le quatrième arbre fut transporté un jour à Jérusalem, où on intégra le bois dans une table étonnante, placée au milieu d’une église. Il n’avait jamais vu une table en bois pareille. On l’appelait « autel ». Il s’étonnait de voir des gens de partout venir autour de lui. Toute cette foule parlait beaucoup de joie, de paix, de familles réunies… Chaque année, une nuit de plein hiver, la porte restait ouverte pour accueillir plein d’enfants… À chaque fois, l’arbre pleurait de joie, et était si fier de porter sur lui l’enfant de Noël présent dans un peu de pain et de vin…
Il se disait, souriant au milieu des larmes : « Je suis fait pour offrir et non pas pour défendre. Je suis le plus heureux des arbres »…

 

Messe de la Nuit de Noël

1ère lecture : Le prince de la paix (Is 9, 1-6)
Lecture du livre d’Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi.
Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus.
Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane.
Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés.
Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort,Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ».
Ainsi le pouvoir s’étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers.

Psaume : Ps 95, 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13ac
R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : c’est le Christ, le Seigneur.

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
pour gouverner le monde avec justice.

2ème lecture : La grâce de Dieu s’est manifestée (Tt 2, 11-14)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre à Tite

La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes.
C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnable, justes et religieux,
et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur.
Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

Evangile : Naissance de Jésus (Lc 2, 1-14)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Je vous annonce une grande joie. Aujourd’hui nous est né un Sauveur : c’est le Messie, le Seigneur !Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre ? ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie ?
Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David.
Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter.
Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte,
mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple :
Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur.
Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »
Patrick Braud

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29 mai 2017

La sobre ivresse de l’Esprit

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La sobre ivresse de l’Esprit

Homélie pour la fête de Pentecôte / Année A
04/05/17

Cf. également :

Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre

On pourrait évoquer la Pentecôte comme un feu qui brûle sans consumer, à l’image des langues de feu sur la tête des apôtres et des femmes réunis à Jérusalem (hommes et femmes ensemble reçoivent l’Esprit Saint ! : pas de discrimination sexiste dans la vie spirituelle de l’Église…)

Partons sur une autre image qui nous parle de l’Esprit : l’image de la boisson qui désaltère.

Paul nous dit : « Tous nous avons été désaltérés par l’Unique Esprit » (1Co 12,13). Arrêtons-nous plus précisément sur l’image de la boisson qui enivre, utilisée selon les Actes des Apôtres par les témoins de la scène : « ils sont pleins de vin doux » (Ac 2,13). C’est la réaction de la foule qui se moque en entendant ce phénomène étrange qu’est le chant en langues (glossolalie, à ne pas confondre avec la xénolalie, c’est-à-dire parler des langues étrangères), comme on se moque trop souvent de la culture qui nous est étrangère (cf. les remarques navrantes de bien des touristes à l’étranger…), comme on traîne en dérision au début un message qui détonne dans la culture dominante. Les pèlerins venus à Jérusalem pour la fête juive entendent les apôtres chanter en langues et ils pensent que c’est l’effet de l’alcool…

Cyrille de Jérusalem prend la foule au mot :

« Oui, ils sont ivres. Mais pas du vin de Palestine. Hommes d’Israël, nous pensons avec vous que ces gens sont ivres, ce n’est pas dans le sens que vous le prenez, mais selon ce qui est dit dans l’Écriture : ‘Tu les abreuveras aux torrents de tes délices.’ Ils sont ivres d’une sobre ivresse qui tue le péché et vivifie le cœur, d’une ivresse contraire à l’ivresse corporelle. Car celle-ci fait oublier même ce que l’on sait, tandis que celle-là fait connaître ce qu’on ne sait pas. Ils sont ivres d’avoir bu le vin de la vigne mystique qui dit : ‘Je suis la vigne et vous les sarments.’ »

Voilà donc avec Cyrille de Jérusalem l’origine d’une belle expression qui a traversé les siècles : la sobre ivresse de l’Esprit.

Les spécialistes de la langue française appellent cette figure de style un oxymore, une expression qui associe deux contraires : sobriété & ivresse. C’est pour obliger les auditeurs à réfléchir: comment lever l’apparente contradiction des termes ? Comment une ivresse peut-elle être sobre ?

Cyrille nous l’a dit : l’ivresse du vin est comme le négatif de l’ivresse de l’Esprit. L’abus d’alcool provoque perte de conscience, perte de la maîtrise de soi, envol des connaissances. La plénitude de l’Esprit provoque une conscience accrue de son identité chrétienne, une nouvelle maîtrise de soi qui va jusqu’à ne plus s’appartenir, une nouvelle connaissance qui va jusqu’à parler la langue de l’autre, ou même la langue de Dieu.

Laissons Ambroise de Milan voler au secours de Cyrille de Jérusalem :

« Chaque fois que tu bois (au calice), tu reçois la rémission des péchés et tu es enivré par l’Esprit. C’est pour cela que l’Apôtre dit: ‘Ne vous enivrez pas de vin, mais emplissez-vous de l’Esprit’ (Ep 5,18). Car celui qui s’enivre de vin chancelle et titube, mais celui qui s’enivre de l’Esprit est enraciné dans le Christ. C’est donc une excellente ivresse, qui produit la sobriété de l’âme ! »

Les chrétiens de Milan font donc la même expérience que dans les Actes des Apôtres : l’Esprit Saint, tout particulièrement lorsqu’il est reçu dans les sacrements, nous donne une sorte d’ivresse qui n’a rien de désordonné ni de superficiel. Cette « sobre ivresse » nous conduit hors de nous-mêmes, hors de nos impuissances et de nos contradictions, dans un « état de grâce » où il n’y a plus de place pour les amertumes, les replis sur soi, les regrets. La sobre ivresse de l’Esprit nous conduit vers une joie profonde que nul ne peut nous ravir. L’âme est ainsi enracinée dans le Christ, enracinée dans une paix et une jubilation qui permet d’affronter avec courage les épreuves, et même les persécutions (les martyrs ont vécu et vivent encore cette ivresse spirituelle). 

Appelons Augustin en renfort de Cyrille de Jérusalem et d’Ambroise de Milan :

« L’Esprit Saint – dit-il aux nouveaux baptisés – est venu habiter en vous (c’est le jour de Pâques et ils viennent de recevoir le baptême dans la nuit pascale) : ne le laissez pas s’éloigner, gardez-vous de l’éloigner de vos cœurs. Il est un bon invité : il vous a trouvé pauvres et il vous enrichit ; il vous a trouvé affamés et il vous a rassasié; il vous a trouvé assoiffés et il vous a enivrés (…) celui qui se réjouit dans le Seigneur et chante avec une grande allégresse ne ressemble-t-il pas à quelqu’un qui est ivre ? J’aime cette ivresse ! (…) L’Esprit de Dieu est à la fois breuvage et lumière » (Sermon 225).

Dans la vie de tout baptisé, cette expérience que décrit St Augustin est possible : goûter une joie réaliste et profonde, être enraciné dans la paix même au cœur des épreuves, déborder d’action de grâce sans détourner son regard des souffrances présentes, déborder d’enthousiasme divin (en-Théo = demeurer en Dieu) qui donne la passion et le courage de transformer ce monde…

La sobre ivresse de l’Esprit peut vous tomber dessus à l’improviste : elle peut vous prendre au volant de votre voiture, devant un paysage magnifique, en revenant de la communion, en butant sur des difficultés énormes, en frémissant à une musique sublime, en pleurant de joie devant un texte de la Bible ou dans le silence de la prière… Si vous voulez une comparaison profane, allez sur Youtube écouter le scat d’Ella Fitzgerald et laissez-vous emporter par sa jubilation au-delà des mots : vous éprouverez quelque chose de ce ravissement (être ravi = être emporté au-delà) de Pentecôte. Si vous voulez entendre une trace bimillénaire de cette ivresse spirituelle, allez dans une abbaye bénédictine écouter les moines jubiler sur une seule voyelle du mot « Alléluia » pendant des minutes entières : portée par cet art du grégorien décidément très « pentecostal », votre prière vous transportera vers des délices inconnus…

 

Enivrez-vous de l’Esprit : par l’inspiration qui parcourt la Parole, par le lien fraternel dans nos assemblées, par l’accueil du Christ dans les sacrements, par toute la Création…

Aimez cette sobre ivresse spirituelle, elle vous ancrera fermement dans une joie indicible, même dans le feu de l’épreuve.

 

 

MESSE DU JOUR

PREMIÈRE LECTURE
« Tous furent remplis de l’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11)
Lecture du livre des Actes des Apôtres
Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
 Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

PSAUME (Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre ! ou :Alléluia ! (cf. Ps 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ; Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! la terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière. Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais ! Que Dieu se réjouisse en ses œuvres ! Que mon poème lui soit agréable ; moi, je me réjouis dans le Seigneur.

DEUXIÈME LECTURE
« C’est dans un unique Esprit que nous tous avons été baptisés pour former un seul corps » (1 Co 12, 3b-7.12-13)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, personne n’est capable de dire : « Jésus est Seigneur » sinon dans l’Esprit Saint. Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien.  Prenons une comparaison : le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit.

SÉQUENCE

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut de ciel un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.

Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.

Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles.

Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.

Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide, baigne ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.

À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.

ÉVANGILE

« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie : recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 19-23)
Alléluia. Alléluia. 

Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia. Évangile de Jésus Christ selon saint Jean C’était après la mort de Jésus ; le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » Patrick BRAUD

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3 avril 2017

Rameaux : assumer nos conflits

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Rameaux : assumer nos conflits


Homélie pour le dimanche des Rameaux / Année A
09/04/2017

Cf. également :

Rameaux, kénose et relèvement
Briser la logique infernale du bouc émissaire
Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux
Le tag cloud de la Passion du Christ
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
C’est l’outrage et non pas la douleur
Il a été compté avec les pécheurs
Sortir, partir ailleurs…

 

La Passion du Christ, école pour vivre le conflit

Sous couvert d’amour du prochain, le christianisme est parfois réduit à une vision du monde un peu naïve, trop gentille pour être efficace. Les chrétiens devraient soi-disant éviter les conflits, être amis avec tous, ne pas élever la voix et s’obtenir des combats politiques ou sociaux. Réduire ainsi le christianisme à une morale privée (et donc privée de ses effets sociaux) arrange bien les idéologies dominantes. Cantonner la foi à la sphère individuelle tranquillise le sommeil des puissants…

Mais l’Évangile annoncé par Jésus-Christ ne dit pas : « n’ayez pas d’ennemis ! » Il demande de les aimer, ce qui est fort différent ! Les quatre évangélistes n’ont rien gommé des conflits âpres et durs qui opposèrent Jésus aux pharisiens, scribes, docteurs de la Loi, autorités romaines et autres riches notables de tous bords.

La lecture de la Passion en ce dimanche des Rameaux est celle d’un conflit dégénérant inexorablement en violence injuste, en meurtre légitime.

La Passion du Christ éclaire la façon dont nous avons à vivre les conflits qui sont les nôtres.

 

Savoir entrer en conflit

Rameaux : assumer nos conflits dans Communauté spirituelle wpabfcb511_05_06Le fameux « vivre-ensemble » irénique prôné par les démocraties occidentales se traduit en vérité par un évitement permanent du conflit. Et donc par un repli de chacun sur soi, sur sa propre communauté, sur son milieu social. Il devient par exemple interdit d’entrer en conflit avec l’islam comme pensée philosophique (ce qui est pourtant dans l’héritage des Lumières !). Ou bien les dominants récusent l’idée d’un antagonisme entre leur ‘système’ et le peuple. Ils proclament la fin de la lutte des classes sans voir que les oppositions, les inégalités, les injustices sont de plus en plus criantes.

Nier les rapports de force est le meilleur moyen de leur donner une puissance démesurée.

Confondre violence et conflit est une excuse, un alibi pour ne pas entrer en débat.

Or nier le conflit engendre tôt ou tard la violence. Violence individuelle des gens ne comprenant pas les manières de vivre des autres. Violence communautaire lorsqu’on ne peut pas débattre du bien commun (que ce soit l’égalité homme-femme ou la laïcité par exemple). Violence politique lorsque les « gueux »  ne voient plus que la révolte (dont l’abstention et le vote des extrêmes sont une figure) pour contester les intérêts des puissants etc.

Jésus a su cultiver une culture du conflit cohérente avec sa prédication de l’amour. Il affronte sans détour - en les dénonçant - le légalisme de certains rabbins, l’hypocrisie de bien des pharisiens, la soumission des romains à l’idolâtrie de l’empereur. Il traite Hérode de « renard », les fondamentalistes de « sépulcres blanchis » et d’« engeance de vipères ». Il s’oppose ouvertement à Pierre qui veut lui éviter le procès et l’horrible châtiment de la croix, ou qui aujourd’hui répond à l’épée par l’épée. Il affirme tranquillement au grand prêtre qu’il est le Fils de l’homme qui siégera à la droite du Tout-Puissant, et cette assertivité remplit son adversaire de fureur au lieu de l’engager au débat (le grand prêtre déchire ses vêtements et crie au blasphème, au lieu de continuer un dialogue conflictuel). Il ne confond jamais une personne et ses actes, accueille toujours la première surtout lorsqu’il dénonce les seconds.

 

Éviter le conflit engendre la violence

Sortir de la violence par le conflitOui : paradoxalement, ne pas entrer en conflit finit par générer l’affrontement physique, militaire, financier. Car le conflit oblige à reconnaître l’intégrité de ceux avec qui je ne suis pas d’accord. Entrer en conflit oblige à parler, à exprimer les colères, les amertumes, les récriminations, les peurs. À travers cette parole, au début violente, quelquefois exagérée ou incohérente, les partenaires du conflit apprennent à reconnaître les positions de l’autre, et leur propre responsabilité individuelle ou collective. Si ce débat conflictuel se déroule dans un climat de confiance, grâce à des médiateurs reconnus et un cadre institutionnel solide, les parties en présence apprennent à préciser leurs accusations, plus concrètes, plus argumentées. Beaucoup de malentendus tombent. Vient souvent le moment où, après les échanges conflictuels émergent la volonté d’en sortir, et les questionnements sur ce qu’il serait possible de faire ensemble pour cela.

Un consultant en entreprise témoigne qu’il est possible de sortir de la violence par le conflit [1], dès lors que les dirigeants acceptent de reconnaître les tensions, et de créer des espaces de débat pour rendre ce conflit utile :

Les responsables redoutent les conflits et sont réticents à créer des espaces permettant aux professionnels d’exprimer leurs désaccords ou leurs besoins non satisfaits. […]
Ainsi, faute de connaissance de la posture et de l’approche nécessaire à la création de conditions propices à des conflits constructifs et réparateurs, les organisations renoncent au débat conflictuel qui leur paraît une utopie… et le conflit, moteur du travail en équipe, est accusé d’être la cause des problèmes. […]
Au fil du parcours, les cadres en formation découvrent avec étonnement que le conflit est une valeur collective et une compétence indispensable à l’organisation. Que le conflit n’est pas violent ni destructeur mais, au contraire, la condition de la coopération dans et entre les équipes. Qu’il est constructif et permet une compréhension mutuelle et un enrichissement réciproque, qui passent certes par des renoncements consentis en vue du bien commun. Ils l’expérimentent en réel dans le groupe, ce qui leur permet de vivre avec les autres, autour d’une exploration collective des violences relationnelles et des émotions dans la vie du groupe, ce qu’ils font dans leur rôle professionnel qui engendre de la violence et empêche la coopération.
Dans le cadre de leur travail, ils deviennent capables d’écouter les réactions négatives et les souffrances de leurs équipes et de tenir compte des besoins qu’elles expriment, ils parviennent à s’opposer aux comportements violents et inadéquats de leurs subordonnés, de leurs collègues, avec fermeté mais sans représailles et remettre en place des règles et des cadres importants à la bonne marche des services, en impliquant et responsabilisant les équipes au lieu de menacer et de sanctionner [2].

Confflit ânesIl est donc possible de transformer la violence par le conflit.

Le Christ dans sa Passion en témoigne : il reste non-violent jusqu’au bout, de son silence face à la haine jusqu’à l’infinie douleur de l’abandon (« mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »).

Au moment de monter vers Jérusalem, Jésus a « durci son visage comme de la pierre » - nous dit St Luc (9,51) – pour prendre avec courage le chemin vers sa Passion. Il savait que les conflits grandissants avec les puissants allaient dégénérer en violence inhumaine. Mais la façon dont il a vécu ces confrontations, sans fuite ni violence ni compromission, est devenue une source d’inspiration pour les chrétiens engagés eux-mêmes dans des conflits nécessaires et utiles.

 

Assumer les conflits qui sont les nôtres

Le ChristLa Passion du Christ nous renvoie aux violences qui défigurent nos vies, et à la confusion entre conflit et violence qui nous empêche de les désamorcer.

Interrogeons-nous : quels sont les conflits que nous devons assumer avec courage (au travail, en famille, en politique…) ?

Comment les vivre dans le débat, l’argumentation, le reproche et non dans la violence ?

Comment exorciser la tentation de la stratégie d’évitement, du repli sur soi ?

 

 

 

 


[1] . Rojzman Charles, Sortir de la violence par le conflit, Paris, Ed. La Découverte, 2008.

[2] . Rothenbühler Igor, Revue  Non-Violence Actualité N° 333, Former au conflit, condition de la coopération, mars-avril 2014, pp. 14-15.

 

 

 

ENTRÉE MESSIANIQUE
(Mt 21, 1-11)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
 Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent en vue de Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. Alors Jésus envoya deux disciples en leur disant : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : ‘Le Seigneur en a besoin’. Et aussitôt on les laissera partir. » Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète : Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme. Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l’ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : « Qui est cet homme ? » Et les foules répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. »

PREMIÈRE LECTURE
« Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu » (Is 50, 4-7)

Lecture du livre du prophète Isaïe
Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

PSAUME
(Ps 21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a)

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Ps 21, 2a)

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

DEUXIÈME LECTURE
« Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 6-11)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

ÉVANGILE
Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Mt 26, 14 – 27, 66)
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.
Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.  (cf. Ph 2, 8-9)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Matthieu

Les sigles désignant les divers interlocuteurs son les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

 L. En ce temps-là, l’un des Douze, nommé Judas Iscariote, se rendit chez les grands prêtres et leur dit : D. « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? »
 L. Ils lui remirent trente pièces d’argent. Et depuis, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer. Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus : D. « Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ? » L. Il leur dit : X. « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : ‘Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.’ » L. Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.
 Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il déclara : X. « Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. » L. Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, chacun son tour : D. « Serait-ce moi, Seigneur ? » L. Prenant la parole, il dit : X. « Celui qui s’est servi au plat en même temps que moi, celui-là va me livrer. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » L. Judas, celui qui le livrait, prit la parole : D. « Rabbi, serait-ce moi ? » D. Jésus lui répond : X. « C’est toi-même qui l’as dit ! »
 L. Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit et, le donnant aux disciples, il dit : X. « Prenez, mangez : ceci est mon corps. » L. Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, en disant : X. « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père. »
 L. Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Alors Jésus leur dit : X. « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » L. Prenant la parole, Pierre lui dit : D. « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » L. Jésus lui répondit : X. « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » L. Pierre lui dit : D. « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » L. Et tous les disciples dirent de même.
 Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : X. « Asseyez-vous ici, pendant que je vais là-bas pour prier. » L. Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse. Il leur dit alors : X. « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi. » L. Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : X. « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » L. Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : X. « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » L. De nouveau, il s’éloigna et pria, pour la deuxième fois ; il disait : X. « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » L. Revenu près des disciples, de nouveau il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil. Les laissant, de nouveau il s’éloigna et pria pour la troisième fois, en répétant les mêmes paroles. Alors il revient vers les disciples et leur dit : X. « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. Voici qu’elle est proche, l’heure où le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
 L. Jésus parlait encore, lorsque Judas, l’un des Douze, arriva, et avec lui une grande foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple. Celui qui le livrait leur avait donné un signe : D. « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le. » L. Aussitôt, s’approchant de Jésus, il lui dit : D. « Salut, Rabbi ! » L. Et il l’embrassa. Jésus lui dit : X. « Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le ! » L. Alors ils s’approchèrent, mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent. L’un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre, et lui trancha l’oreille. Alors Jésus lui dit : X. « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges. Mais alors, comment s’accompliraient les Écritures selon lesquelles il faut qu’il en soit ainsi ? » L. À ce moment-là, Jésus dit aux foules : X. « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, dans le Temple, j’étais assis en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. » L. Mais tout cela est arrivé pour que s’accomplissent les écrits des prophètes. Alors tous les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent.
Ceux qui avaient arrêté Jésus l’amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s’étaient réunis les scribes et les anciens. Quant à Pierre, il le suivait à distance, jusqu’au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s’assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait. Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort. Ils n’en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s’étaient présentés. Finalement il s’en présenta deux, qui déclarèrent : A. « Celui-là a dit : ‘Je peux détruire le Sanctuaire de Dieu et, en trois jours, le rebâtir.’ » L. Alors le grand prêtre se leva et lui dit : A. « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? » L. Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : A. « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu. » L. Jésus lui répond : X. « C’est toi-même qui l’as dit ! En tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez lFils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. » L. Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : A. « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème ! Quel est votre avis ? » L. Ils répondirent : F. « Il mérite la mort. » L. Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent ; d’autres le rouèrent de coups en disant : F. « Fais-nous le prophète, ô Christ ! Qui t’a frappé ? »
L. Cependant Pierre était assis dehors dans la cour. Une jeune servante s’approcha de lui et lui dit : A. « Toi aussi, tu étais avec Jésus, le Galiléen ! » L. Mais il le nia devant tout le monde et dit : D. « Je ne sais pas de quoi tu parles. » Une autre servante le vit sortir en direction du portail et elle dit à ceux qui étaient là : A. « Celui-ci était avec Jésus, le Nazaréen. » L. De nouveau, Pierre le nia en faisant ce serment : D. « Je ne connais pas cet homme. » L. Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : A. « Sûrement, toi aussi, tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, ta façon de parler te trahit. » L. Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : D. « Je ne connais pas cet homme. » L. Et aussitôt un coq chanta. Alors Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Il sortit et, dehors, pleura amèrement.
Le matin venu, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire mettre à mort. Après l’avoir ligoté, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate, le gouverneur.
Alors, en voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait livré, fut pris de remords ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens. Il leur dit : D. « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » L. Ils répliquèrent : A. « Que nous importe ? Cela te regarde ! » L. Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre. Les grands prêtres ramassèrent l’argent et dirent : A. « Il n’est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c’est le prix du sang. » Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le champ du potier pour y enterrer les étrangers. Voilà pourquoi ce champ est appelé jusqu’à ce jour le Champ-du-Sang. Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : Ils ramassèrent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui fut mis à prix, le prix fixé par les fils d’Israël, et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné.
L. On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus déclara : X. « C’est toi-même qui le dis. » L. Mais, tandis que les grands prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : A. « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? » L. Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur fut très étonné. Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait. Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas. Les foules s’étant donc rassemblées, Pilate leur dit : A. « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus, appelé le Christ ? » L. Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on avait livré Jésus. Tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : A. « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. » L. Les grands prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus. Le gouverneur reprit : A. « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » L. Ils répondirent : F. « Barabbas ! » L. Pilate leur dit : A. « Que ferai-je donc de Jésus appelé le Christ ? » L. Ils répondirent tous : F. « Qu’il soit crucifié ! » L. Pilate demanda : A. « Quel mal a-t-il donc fait ? » L. Ils criaient encore plus fort : F. « Qu’il soit crucifié ! » L. Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : A. « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! » L. Tout le peuple répondit : F. « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! » L. Alors, il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et il le livra pour qu’il soit crucifié. Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans la salle du Prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde. Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient devant lui en disant : F. « Salut, roi des Juifs ! » L. Et, après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.
En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus. Arrivés en un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire), ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire. Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ; et ils restaient là, assis, à le garder. Au-dessus de sa tête ils placèrent une inscription indiquant le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » Alors on crucifia avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche.
Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : F. « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! » L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant : A. « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui ! Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : ‘Je suis Fils de Dieu.’ » L. Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière.
À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : X. « Éli, Éli, lema sabactani ? », L. ce qui veut dire : X. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » L. L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : F. « Le voilà qui appelle le prophète Élie ! » L. Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire. Les autres disaient : F. « Attends ! Nous verrons bien si Élie vient le sauver. » L. Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.
(Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant)
Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens. À la vue du tremblement de terre et de ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d’une grande crainte et dirent : A. « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! »
L. Il y avait là de nombreuses femmes qui observaient de loin. Elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
Comme il se faisait tard, arriva un homme riche, originaire d’Arimathie, qui s’appelait Joseph, et qui était devenu, lui aussi, disciple de Jésus. Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remette. Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul immaculé, et le déposa dans le tombeau neuf qu’il s’était fait creuser dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. Or Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre.
Le lendemain, après le jour de la Préparation, les grands prêtres et les pharisiens s’assemblèrent chez Pilate, en disant : A. « Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : ‘Trois jours après, je ressusciterai.’ Alors, donne l’ordre que le sépulcre soit surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : ‘Il est ressuscité d’entre les morts.’ Cette dernière imposture serait pire que la première. » L. Pilate leur déclara : A. « Vous avez une garde. Allez, organisez la surveillance comme vous l’entendez ! »
L. Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du sépulcre en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde.
Patrick BRAUD

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27 mars 2017

Reprocher pour se rapprocher

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Reprocher pour se rapprocher


Homélie du 5° Dimanche de Carême / Année A
02/04/2017

Cf. également :

Et Jésus pleura

Une puanteur de 4 jours

Le je de l’ouïe

La corde à nœuds…

 

Dieu est-il sans reproches ?

ob_604d34_parler-tout-seul-c-est-parfois-un-signTant d’injustices, tant de malheurs innocents, jusqu’à la mort elle-même, point final en forme d’immense interrogation adressée à l’amour supposé infini de Dieu… : chacun de nous peut faire la liste de ses reproches, qu’il peut argumenter dès aujourd’hui contre Dieu. ‘Seigneur, si tu es vraiment amour, pourquoi ce handicap à la naissance, cet accident de la route à 14 ans, pourquoi l’autisme défigure-t-il ma fille/mon fils ? Si tu étais vraiment à mes côtés, je n’aurais pas sombré dans l’alcool ou la dépression, je n’aurais pas enchaîné les séries noires, mes proches n’auraient pas cumulé les échecs personnels ou professionnels…’

Or la Bible entière est traversée des reproches bien plus violents encore de nos ancêtres.

Dans l’évangile de ce dimanche du retour à la vie de Lazare, par deux fois un même reproche vient remettre Jésus en cause : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Marthe, puis Marie expriment avec douleur dans les mêmes termes leur grief envers Jésus : c’est donc qu’il est légitime de le faire nous aussi. Jacob a résisté à Dieu au gué du Yabboq et s’est roulé avec lui dans la poussière (Gn 32). C’est donc qu’être « fort contre Dieu » (c’est le nom Israël attribué à Jacob après cette lutte) est une porte d’entrée dans son cercle intime.

 

L’avant-reproche

Résultat de recherche d'images pour "« celui que tu aimes est malade »"Les deux sœurs commencent d’abord par envoyer un SMS d’urgence à Jésus : « celui que tu aimes est malade ». C’est plus qu’une information sur l’état de santé de Lazare. Avec le rappel de l’amitié le liant à leur frère, Marthe et Marie jouent habilement sur la corde de l’affection de Jésus. C’est déjà une supplication : ‘au nom de votre amitié, fais  quelque chose pour Lazare’.

Avant de pouvoir reprocher en toute légitimité, il nous faut d’abord savoir supplier, ou du moins informer Dieu en lui rappelant son affection pour nous, le lien amical qui nous relie à lui. Celui qui ne demande jamais rien aux autres / à Dieu ne peut ensuite leur reprocher de ne pas être intervenus. Or savoir demander est un chemin d’humilité auquel peu d’entre nous consentent vraiment. Appeler au secours peut se révéler parfois très humiliant. Bon nombre préféreront se taire, serrer les dents, et essayer d’y arriver tout seul, à la force du poignet.

Le reproche est illégitime s’il n’est précédé de cette humble quête d’assistance où je reconnais ne pas pouvoir compter sur moi seulement.

 

Le reproche rapproche

Reprocher pour se rapprocher dans Communauté spirituelle lazare17La supplication de Marthe et Marie est restée sans effet sur Jésus. Bizarrement, il ne bouge pas. Il reste sur place, attendant visiblement que Lazare soit mort pour réagir. Elles sont alors en droit d’exploser, chacune à son tour, avec le même reproche : « Seigneur si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Si elle n’avait pas crié leur amertume [1], leur déception, alors la rancune, le ressentiment auraient pris le dessus. Elles en auraient voulu à mort à Jésus d’avoir délaissé Lazare. Leur mutisme les aurait enfermées dans cette haine sans mots qui fait tant de ravages au sein des familles. Le fait d’exprimer leur reproche les maintient en lien étroit avec Jésus qui va finir par leur donner raison. Le nom de Lazare signifie justement : Dieu a secouru (El-azar), car en réponse au reproche des deux sœurs Jésus intervient avec puissance.

La vraie proximité s’établit souvent au prix du reproche, et non sans lui.

Le drame de Judas est de garder ses reproches pour lui, au lieu de les adresser au Christ. En bon zélote, il aurait dû demander à Jésus pourquoi il ne voulait pas de l’insurrection armée, du calcul politique pour faire des alliances, d’une stratégie de pouvoir qui permettrait de changer l’ordre des choses en chassant l’occupation romaine. Plus tard, après sa tragique méprise sur la rencontre entre Jésus et les chefs juifs (qu’il avait organisée pour créer un Front de la Résistance), il s’en veut tellement qu’il retourne contre lui la violence qu’il n’avait pas exprimée à Jésus. Ces reproches rentrés deviennent alors des remords, qui finiront par le détruire : le suicide de Judas est l’impasse où nous mène le non-reproche.
Pierre, lui, n’a cessé de formuler ses objections, et après la Résurrection il transforme ses reproches envers lui-même en demande de pardon adressée au Christ.

La vraie proximité s’établit souvent au prix du reproche, et non sans lui.
Ne pas se dire ce qui reste en travers de la gorge provoque des éloignements irréversibles : entre conjoints, des disputes à répétition au sujet de griefs non formulés, ou formulés trop tard, sont à l’origine de bien des séparations. En entreprise, ne pas savoir reprocher à son chef hiérarchique n’engendre que soumission et inefficacité du travail en équipe. Et réciproquement, c’est tout l’art du management que de pratiquer le reproche avec discernement, au moment favorable, dans des conditions acceptables, sur fond de bienveillance positive.

Pas d’éducation sans reproche !

 

Dieu n’est pas sans reproches

L'Amour, on 1) se RAPPROCHE 2) s'ACCROCHE 3) se REPROCHE 4) s'ÉCORCHE - Jeux de Mots Francois Ville - T-shirt Premium HommeAu double sens de la formule : il verbalise par amour ce qu’il a contre nous, afin de nous renouveler son alliance, et son action suscite légitimement en nous des questionnements que nous lui adressons avec tristesse.

Par le biais des prophètes dans l’Ancien Testament, Dieu reprend sans cesse Israël pour l’inviter à progresser. Dans les Évangiles, Jésus n’est pas avare de reproches non plus ! Il pleure sur Jérusalem qui refuse de l’accueillir. Il réprimande Pierre qui ne veut pas entendre parler de crucifixion (ce même Pierre qui lui faisait de vifs reproches sur cette annonce impensable d’un messie humilié). Et les diatribes de Jésus contre l’hypocrisie et le légalisme des pharisiens, pharisiens et autres docteurs de la Loi sont restées célèbres. D’ailleurs, les pharisiens confondront reproche (par amour) et insulte (par mépris).

Dans le livre de l’Apocalypse, le Vivant reproche à l’Église de Laodicée d’être si tiède qu’elle risque d’être vomie de sa bouche : « puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche » (Ap 3,14). À chacune des 7 Églises, le Christ formule un grief pour l’appeler à redevenir fidèle : « J’ai contre toi que tu as perdu ton amour d’antan… » (Ap 2,7).

Dieu et l’homme ont tant de reproches mutuels se faire !

Mais tant que la parole convoque l’autre au nom de l’affection, de l’amitié, du lien d’alliance, chaque reproche peut réellement rapprocher les deux parties.
Parce qu’il fait réagir (Jésus ressuscitant Lazare [2]).
Parce qu’il oblige à lever les ambiguïtés (c’est pour soutenir la foi des disciples que Jésus a attendu trois jours).
Parce qu’il conduit de lui-même à la confiance malgré tout : « je sais que Dieu t’accordera tout ce que tu lui demanderas », dit Marthe après son reproche.

Entraînons-nous donc aux reproches fraternels, sur fond d’amitié et d’affection. Entraînons-nous dans la prière aux reproches spirituels, sur fond d’alliance et d’humilité  réciproque.

Celui qui ne reproche jamais montre peu de reconnaissance.
Celui-ci reproche mal devient tyrannique.
Qui reproche comme Marthe et Marie découvre qu’il n’y a pas de tombeau scellé si hermétique qu’il puisse empêcher la vie de jaillir, malgré la blessure, malgré toutes les formes de mort qui nous tiennent prisonniers.

Et vous, qu’avez-vous à reprocher à Dieu ? Prenez-vous le temps de lui dire, avec passion ?

Osons reprocher pour nous rapprocher !

 


[1] . Marie est un dérivé du prénom hébraïque Miryam qui signifie « goutte de mer ». Selon d’autres sources, il viendrait de l’hébreu marah se traduisant par « amertume » ou de l’égyptien ancien mrit ou merit signifiant « aimée ». La limite entre l’amertume et l’amour est donc ténue, et Marie de Béthanie personnalise cette ligne de crête.

[2] . Ce qui fait réagir également les opposants à Jésus : « Les grands prêtres décidèrent de tuer aussi Lazare,  parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s’en allaient et croyaient en Jésus » (Jn 12,10).

 

 

Première lecture (Ez 37, 12-14
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur : j’ai parlé et je le ferai – oracle du Seigneur.

Psaume (Ps 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8)

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur, Seigneur, écoute mon appel ! Que ton oreille se fasse attentive au cri de ma prière ! Si tu retiens les fautes, Seigneur, Seigneur, qui subsistera ? Mais près de toi se trouve le pardon pour que l’homme te craigne. J’espère le Seigneur de toute mon âme ; je l’espère, et j’attends sa parole. Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur ne guette l’aurore. Oui, près du Seigneur, est l’amour ; près de lui, abonde le rachat. C’est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes. 

Deuxième lecture (Rm 8, 8-11)

Frères, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

Évangile (Jn 11, 1-45)

En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade. Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. » Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.
Patrick BRAUD

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