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20 janvier 2019

Faire corps

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

Faire corps


Homélie pour 3° dimanche du temps ordinaire / Année C
27/01/2019

Cf. également :

Saules pleureurs
L’Aujourd’hui de Dieu dans nos vies
L’événement sera notre maître intérieur
Accomplir, pas abolir

L’image du corps que Paul déploie dans notre deuxième lecture (1Co 12, 12-30) est devenue majeure dans la foi chrétienne. À sa suite, l’Église se comprend comme un corps vivant, le corps du Christ. La communion eucharistique nous agrège à ce corps que nous recevons au creux de nos mains. Ainsi unis au Christ qui en est la Tête, notre corps collectif et personnel est associé à sa résurrection. Bref : impossible d’évoquer le cœur du christianisme sans parler du corps.

Faire corps avec  / contre

La force de cette image paulinienne a diffusé dans toute la société. Faire corps est un enjeu majeur dans presque tous les domaines : faire corps avec son équipe en sport, au théâtre avec son public, dans les arts avec la nature ou l’œuvre, en politique avec le peuple, en équitation avec sa monture, en surf avec les vagues etc.
On ne fait pas corps qu’avec, on doit également le faire contre. Faire corps contre le terrorisme est devenu une urgence nationale. Faire corps contre les maladies rares garantit le succès du Téléthon. Faire corps contre la misère ou l’injustice a suscité la naissance des syndicats et partis politiques hier, des Gilets Jaunes aujourd’hui…
La cohésion sociale trouve dans l’image du corps utilisé par Paul sa meilleure défense.

Vivre ensemble demande de s’accepter aussi différents que l’oreille et l’œil qui pourtant font partie du même corps. Vivre ensemble demande également de protéger les plus faibles et les moins brillants, comme nous protégeons les parties intimes (les moins décentes dit Paul) de notre corps. Cela va même jusqu’à leur accorder une certaine priorité, une « option préférentielle pour les pauvres » : « Dieu a accordé plus d’honneur à ce qui en est dépourvu ». Vivre ensemble demande encore de la sympathie, de la compassion, c’est le même mot en grec et en latin qui signifie « souffrir avec », selon l’expression de Paul : « si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ». Souffrir avec ceux qui souffrent pour rompre leur isolement et trouver avec eux et les chemins de la guérison. Se réjouir avec ceux qui se réjouissent pour décupler leur joie et la nôtre.
Le but ultime de cette intériorité mutuelle de tous les membres est l’unité du corps : notre corps ne fait qu’un quoiqu’ayant plusieurs membres, car il n’y a qu’un unique Esprit. « Dieu a voulu ainsi qu’il n’y pas de division dans le corps ».

Cette image du corps ne vaut pas seulement pour l’Église. Elle nous donne une autre vision de la nature et de la finalité de nos familles, de nos entreprises, de nos associations, de notre vie politique.

L’entreprise comme corps vivant

L'Entreprise libéréeAppliquez cette image du corps à l’entreprise, quelle que soit sa taille ou son activité. Sa finalité, quoi qu’en disent les économistes libéraux, n’est pas de faire du profit, mais de faire exister et vivre une communauté grâce à une activité commune. La communauté des salariés, des partenaires, les fournisseurs, des clients même. Faire corps grâce au travail partagé au sein d’un même groupe humain est l’objectif ultime que les autres indicateurs doivent servir. Ainsi le profit est utile lorsqu’il est cantonné à ce rôle de serviteur de l’unité du corps économique et social. La nature de l’entreprise réside dans la mise en commun des talents de chacun, comme les membres du corps, et non dans des rapports de domination hiérarchique, salariale ou actionnariale. Cette conception est bien éloignée des entreprises tayloriennes du XIX° siècle ! Mais les jeunes générations aspirent aujourd’hui à un management moins vertical, plus coopératif, sollicitant l’intelligence collective plus que l’autorité d’un seul.
Faire corps dans le domaine économique a donné lieu à de belles réalisations : les coopératives, les Mutuelles, l’actionnariat des salariés, la participation aux bénéfices, le Familistère de Guise, les kibboutz israéliens…
Actuellement, des courants de pensée comme « l’entreprise libérée » (Isaac Getz), l’holacratie ou les startups des millenials témoignent que la recherche de l’unité en faisant corps ensemble au travail n’a pas fini de faire émerger de nouveaux modes de production.

Les deux corps du roi

Faire corps dans Communauté spirituelleL’image paulinienne du corps a également marqué la politique occidentale. La thèse des deux corps du roi de Kantorowicz est devenue célèbre : le roi (ou le président sous la V° République…) possède certes un corps personnel, un corps privé affecté comme les autres par les émotions, les événements et les maladies. Mais, de par son sacre (ou son élection) ce corps physique est investi d’une symbolique plus grande que lui : il incarne l’État, la nation. C’est le corps mystique du roi en quelque sorte, en tant que représentant l’unité du pays qui transcende sa personne.

« Son corps politique est un corps qui ne peut pas être vu ni tenu matériellement, car il consiste dans l’action publique et le gouvernement, et il est constitué pour le peuple et la gestion du bonheur public » [1].

Les deux corps doivent être en harmonie, si bien que les attitudes et comportements du premier ne doivent pas contredire la grandeur du second.
Le premier corps est mortel, le deuxième corps ne peut pas mourir : « le roi est mort, vive le roi ! »
De Gaulle et Mitterrand savaient l’importance de maintenir la cohérence entre les deux corps. Ils restaient discrets, sobres et dignes pour leur intimité tout en incarnant la grandeur dans leur fonction. Sarkozy, Hollande et sans doute Macron aujourd’hui ont fait voler en éclats cette unité des deux corps du roi, les premiers en n’incarnant pas la grandeur de leur rôle mystique, le dernier en ne montrant pas la compassion et le souci des plus faibles qui caractérise celui qui a le souci du corps dans son ensemble. Il y a dès lors comme une nostalgie en France de cette synthèse perdue où les deux corps du roi incarnaient la grandeur du pays et sa cohésion vivante.

Faire corps est plus que jamais un impératif pour qui veut refonder la politique après la colère sociale de fin 2018. Faire corps demande de ne pas penser à la place de mais avec, de ne pas décider sans que tous puissent participer, de rester en contact de manière continue et non discontinue avec les citoyens, et de nourrir les liens qui empêchent l’oreille et l’œil de faire sécession sous prétexte qu’ils sont trop différents…

Les trois corps du Christ

Revenons à l’Église pour laquelle Paul a forgé cette comparaison du corps. En fait, l’unique corps du Christ se manifeste sous trois modalités qui font système, indissolublement.
Les Pères de l’Église ont inlassablement déployé la richesse de cette métaphore :

Chaque fois que le prudent lecteur trouvera dans les livres quelque chose concernant la chair ou le corps du Dieu Jésus, qu’il ait recours à cette triple définition de sa chair ou de son corps, telle que je ne l’ai pas trouvée dans ma présomption ni forgée par mon sens propre, mais telle que je l’ai tirée des sentences des Pères… Il faut en effet se représenter autrement cette chair ou ce corps qui pendit au bois et est sacrifié sur l’autel, autrement sa chair ou son corps qui est Vie demeurant en celui qui l’a mangé, autrement enfin sa chair ou son corps, qui est l’Église : car l’Église est dite la chair du Christ… […]

Cette trinité du Corps du Seigneur ne doit pas être comprise autrement que comme le Corps lui-même du Seigneur, considéré soit selon l’essence, soit selon l’unité, soit selon l’effet. Car le corps du Christ pour autant qu’il est en lui, se livre à tous en nourriture de vie éternelle, et il fait que ceux qui le reçoivent fidèlement vivent en unité avec lui, et par l’amour spirituel et par le partage de sa propre nature, à lui qui est la Tête du Corps de l’Église. [2]

La première modalité est le corps personnel de Jésus de Nazareth, que nous confessons comme Christ. Ce corps né de Marie, exposé sur le gibet de la croix, est désormais ressuscité, transfiguré à la droite de Dieu. Parce qu’il est fait de notre nature humaine, ce corps est pour nous la promesse de vie éternelle si nous pouvons y être greffés.

C’est précisément le rôle du deuxième corps, le corps eucharistique du Christ, que de nous associer à lui, en communiant à tout son être. Le corps sacramentel du Christ nous unit au corps vivant de Jésus ressuscité. Il ne le fait pas individuellement, car l’unité est la marque du corps vivant. Il le fait en Église, il fait l’Église en agrégeant chacun au Christ. « L’eucharistie fait l’Église » – selon le mot du Père de Lubac – en ce sens qu’elle crée la communauté en unissant chacun au Christ-Tête.

La mise ensemble symbolique de ces trois corps du Christ constitue ainsi ce que saint Augustin et les Pères de l’Église appelaient le Christ Total, Tête et corps. Le corps sacramentel (eucharistie) agrège chacun au Christ vivant dont nous devenons alors le corps vivant, ecclésial, membres chacun pour notre part. La structure des prières eucharistiques repose sur cet enlacement symbolique des trois corps du Christ, que l’on peut schématiser ainsi :

Les 3 corps du Christ

Ne séparons donc pas ce que le Christ a uni ! L’attachement à la personne du Christ, la vie sacramentelle et la vie en Église ne font qu’un, quoique différents (et parfois contradictoires dans la réalité historique hélas !).

Faire corps est un défi majeur de tous temps, en tous domaines.

Et si nous commencions par nos familles ? notre travail ?

 

 


[1]. Ernst Kantorowicz, Les Deux corps du roi. Une étude de la théologie politique médiévale, 1957.

[2]. Guillaume de Saint-Thierry (XII° siècle), Sur le sacrement de l’Autel, ch. 12 (PL 180, 361-362) in Catholicisme, Les aspects sociaux du dogme, Œuvres complètes VII, pp. 345-346, Cerf, Paris, 2003.

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Tout le peuple écoutait la lecture de la Loi » (Ne 8, 2-4a.5-6.8-10)

Lecture du livre de Néhémie

En ces jours-là, le prêtre Esdras apporta le livre de la Loi en présence de l’assemblée, composée des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre. C’était le premier jour du septième mois. Esdras, tourné vers la place de la porte des Eaux, fit la lecture dans le livre, depuis le lever du jour jusqu’à midi, en présence des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre : tout le peuple écoutait la lecture de la Loi. Le scribe Esdras se tenait sur une tribune de bois, construite tout exprès. Esdras ouvrit le livre ; tout le peuple le voyait, car il dominait l’assemblée. Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout. Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit : « Amen ! Amen ! » Puis ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant le Seigneur, le visage contre terre. Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les Lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre.
Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les Lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. Esdras leur dit encore : « Allez, mangez des viandes savoureuses, buvez des boissons aromatisées, et envoyez une part à celui qui n’a rien de prêt. Car ce jour est consacré à notre Dieu ! Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! »

Psaume
(Ps 18 (19), 8, 9, 10, 15)
R/ Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie.
(cf. Jn 6, 63c)

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

Les préceptes du Seigneur sont droits,
ils réjouissent le cœur ;
le commandement du Seigneur est limpide,
il clarifie le regard.

La crainte qu’il inspire est pure,
elle est là pour toujours ;
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables.

Accueille les paroles de ma bouche,
le murmure de mon cœur ;
qu’ils parviennent devant toi,
Seigneur, mon rocher, mon défenseur !

Deuxième lecture
« Vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps » (1 Co 12, 12-30)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, prenons une comparaison : notre corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit. Le corps humain se compose non pas d’un seul, mais de plusieurs membres.
Le pied aurait beau dire : « Je ne suis pas la main, donc je ne fais pas partie du corps », il fait cependant partie du corps. L’oreille aurait beau dire : « Je ne suis pas l’œil, donc je ne fais pas partie du corps », elle fait cependant partie du corps. Si, dans le corps, il n’y avait que les yeux, comment pourrait-on entendre ? S’il n’y avait que les oreilles, comment pourrait-on sentir les odeurs ? Mais, dans le corps, Dieu a disposé les différents membres comme il l’a voulu. S’il n’y avait en tout qu’un seul membre, comment cela ferait-il un corps ? En fait, il y a plusieurs membres, et un seul corps. L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi » ; la tête ne peut pas dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous ». Bien plus, les parties du corps qui paraissent les plus délicates sont indispensables. Et celles qui passent pour moins honorables, ce sont elles que nous traitons avec plus d’honneur ; celles qui sont moins décentes, nous les traitons plus décemment ; pour celles qui sont décentes, ce n’est pas nécessaire. Mais en organisant le corps, Dieu a accordé plus d’honneur à ce qui en est dépourvu. Il a voulu ainsi qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres. Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie.
Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps.
Parmi ceux que Dieu a placés ainsi dans l’Église, il y a premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement ceux qui ont charge d’enseigner ; ensuite, il y a les miracles, puis les dons de guérison, d’assistance, de gouvernement, le don de parler diverses langues mystérieuses. Tout le monde évidemment n’est pas apôtre, tout le monde n’est pas prophète, ni chargé d’enseigner ; tout le monde n’a pas à faire des miracles, à guérir, à dire des paroles mystérieuses, ou à les interpréter.

Évangile
« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture » (Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21) Alléluia. Alléluia.
Le Seigneur m’a envoyé, porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération. Alléluia. (Lc 4, 18cd)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus.
En ce temps-là, lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ».
Patrick BRAUD

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2 décembre 2018

Réinterpréter Jean-Baptiste

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 01 min

Réinterpréter Jean-Baptiste

Homélie du 2° Dimanche de l’Avent / Année C
09/12/2018

Devenir des précurseurs
Maintenant, je commence
Crier dans le désert
Le Verbe et la voix
Devenir des précurseurs
Le courage pascal
Yardén : le descendeur

 

L’esprit et la lettre

Mu'tazila - use of reason in early Islamic theology (English Edition) par [Martin, Matthew]A-t-on le droit de revisiter les grandes figures bibliques pour en actualiser le message ?
Peut-on discerner les prophètes d’aujourd’hui à partir des prophètes d’il y a 2000 ou 3000 ans ?
Ceux qui sont attachés à la lettre des écrits répondront par la négative. Ainsi les sunnites  ont dit non à la tentative des mutazilites [1] au IX° siècle pour interpréter le Coran en le replaçant dans son contexte, ce qui permettait d’en relativiser la lettre et de rejeter la doctrine du Coran incréé. Aujourd’hui encore, nombre d’Églises protestantes refuse cette herméneutique : pour elles, le texte se suffit à lui-même, pas besoin de l’interpréter. Ce fondamentalisme engendre des positions aberrantes sur les questions de société contemporaines, non prévues évidemment par les textes bibliques. Ou des positions ultraconservatrices sur la peine de mort, l’économie, la sexualité, et autrefois l’esclavage, l’apartheid, la condition des femmes etc. Beaucoup d’orthodoxes sont tentés quant à eux par un rigorisme similaire, au nom de la sacro-sainte tradition des Pères de l’Église, qu’ils répètent inlassablement sans vouloir y aménager quelque nouveauté ou changement. Les catholiques ultras sont dans cette même veine : confondant la Tradition et les traditions, ils ne veulent de vérité qu’immobile, et ne peuvent discerner l’Esprit à l’œuvre dans les bouleversements actuels.

Or il n’en a pas toujours été ainsi…

Au contraire : dès l’origine, les traditions orales des premières communautés chrétiennes ont relu les événements fondateurs à la lumière de leur situation particulière. Le cas de Jean-Baptiste en ce deuxième dimanche de l’Avent est à ce titre très instructif. La version de Luc que nous avons lue (Lc 3, 1-6) diffère par bien des points de celle de Marc, de celle de Matthieu ou encore de Jean. Examinons rapidement deux différences et deux points communs entre ces quatre versions, en essayant de les transposer à notre époque.

 

1. Le souci de l’historicité

Réinterpréter Jean-Baptiste dans Communauté spirituelle 9782755000122Luc parle à des non-juifs, qui n’ont pas connu les Écritures, ni Jean-Baptiste, et ne savent pas où est le Jourdain. Par contre, ils savent leur histoire de Rome, de son empire, de son administration. D’où les détails historiques que Luc mentionne à l’égard de ses lecteurs païens, sachant bien que cela sera pour eux le gage d’une véracité éprouvée.

« L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie. »

Nos contemporains ont eux aussi besoin de preuves historiques, pour que l’Évangile ne soit pas rangé au rayon des contes pour enfants. Passer au feu de la critique scientifique les traces de l’existence de Jésus, de Pilate, Tibère ou Hérode est indispensable pour donner du crédit au message évangélique. Plus généralement, accepter l’analyse scientifique des textes et des croyances ne peut qu’être salutaire. Cela demande une solide exégèse d’un côté et une rigoureuse critique scientifique de l’autre. Au final, c’est bien d’inculturation qu’il s’agit : annoncer le Christ en faisant appel au surnaturel et à l’incompréhensible comme autrefois ruinerait toute crédibilité du message (sauf auprès de ceux qui réduisent la fois à la magie !).

 

2. Crier dans la ville et non dans le désert.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsLà c’est plus surprenant. Matthieu nous a habitués à appliquer Isaïe au pied de la lettre : « une voix crie dans le désert… ». Au point que c’en est devenu une expression proverbiale en français. Or Luc ne dit pas la même chose. Selon lui, Jean-Baptiste prêche « dans toute la région autour du Jourdain ». Il va donc inviter à son baptême de repentance les villes autour du fleuve : Béthanie, Jéricho, les villes de la Transjordanie et de la Décapole… Bref, il élargit son rayon d’action pour ne pas toucher que les juifs pieux venus le voir au désert. Luc insiste un peu plus loin, en citant Isaïe plus longuement que les autres pour y introduire une touche d’universalisme que Matthieu, Marc et Jean ne mentionnent pas : « toute chair  verra le salut de Dieu ». Grâce à cet ajout, les Romains, les Grecs ou les Syriens lisant cela se sentent concernés et s’incluent dans la promesse se réalisant en Jean-Baptiste, et c’est  majeur pour la prédication chrétienne.

Aujourd’hui encore, cet universalisme est attendu, à condition qu’il respecte les cultures locales et le génie propre de chaque peuple. Le salut de Dieu est pour tous : occidentaux ou asiatiques, arabes ou africains, hétérosexuels ou homosexuels, pauvres ou riches, enfants ou adultes, hommes ou femmes… Décliner ce que contient l’expression « toute chair » d’Isaïe permettra à Luc dans le livre des Actes des Apôtres de faire sauter le verrou de la circoncision, des interdits alimentaires juifs, des barrières sociales ou sexuelles. Ce même travail est toujours d’actualité : l’homme et la femme sont loin d’être à égalité dans les Églises qui ont besoin de se réformer radicalement pour répondre à cette aspiration légitime, véritable signe des temps inspiré par l’Esprit dans l’histoire. De même pour la place des plus pauvres : comment annoncer le salut pour « toute chair » si l’Église est perçue comme l’Église des riches ? Comment annoncer le salut pour toute chair si justement la place de la chair reste taboue ou suspecte dans l’enseignement et les pratiques ecclésiales ? Comment enfin annoncer que le salut est pour tous si la foi demeure romaine et occidentale dans une expression unique, dans sa discipline ou ses rites uniformes ? Comment l’Église pourrait-elle incarner un mondialisme écrasant les identités et liquidant les frontières alors que les quatre Évangiles font un travail d’inculturation remarquable au service de la particularité de chaque Église dans sa culture locale ? Les premières assemblées synodales inventaient un chemin entre démocratie et structure apostolique. Les premiers synodes provinciaux alliaient autonomie locale et communion entre évêchés bien distincts. Les premiers conciles se voulaient symphoniques, par une reconnaissance réciproque des us et coutumes des autres patriarcats, avec des lettres de communion et des hospitalités croisées pour maintenir l’unité dans la diversité. Il est urgent de réinventer un tel chemin aujourd’hui, à l’heure où la mondialisation libérale ou le repli sur soi nationaliste et religieux triomphent. Comme Luc, il nous faut tirer du neuf à partir de l’ancien pour répondre aux défis actuels sans répéter, mais en innovant dans la fidélité à l’Esprit agissant dans l’histoire. Et que dire du caractère urbain de la prédication chrétienne qui plus que jamais dans nos mégalopoles devrait retentir d’une manière qui soit adaptée aux modes de vie, aux logements et aux médias contemporains ?

Restent deux points communs entre les quatre Évangiles au sujet de ce passage de Luc 3,1 6: le kérygme et l’accomplissement des Écritures.

 

3. Le kérygme

RO30078665 criLe kérygme, c’est l’action publique du héraut qui proclame dans les rues un événement capital. Le verbe kerussein (proclamer, annoncer) est devenu si important dans le Nouveau Testament qu’il symbolise la mission chrétienne, kérygmatique par nature.

Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant (du verbe grec kerussein) un baptême de conversion pour le pardon des péchés

Kerussein : crier, proclamer, c’est dans les Actes des Apôtres annoncer la Pâque du Christ. Il y a plus d’une vingtaine de kérygmes formellement rapportés par Luc dans les Actes, attribués à Étienne, Pierre, Paul ou autres apôtres. Et Luc fait participer Jean-Baptiste à l’annonce de la Résurrection, en employant ce même verbe pour sa prédication et son baptême. En plongeant les pénitents dans le fleuve, Jean-Baptiste les associe sans le savoir à la mort/résurrection du Christ. Mourir au péché en étant plongée sous l’eau, renaître au souffle de la vie nouvelle en émergeant hors de l’eau : la symbolique du baptême de Jean est pascale. Elle s’affronte au mystère du mal et du péché en nous. Elle nous donne de lutter contre les forces de mort pour que la vie de Dieu triomphe en nous. Impossible d’annoncer l’Évangile aujourd’hui encore sans cette dimension tragique au cœur de la foi. Annoncer le Christ ne se réduit pas aux thérapies en tout genre qui pullulent autour de nous. Ni aux leçons de morale auquel on voudrait parfois le réduire. Évangéliser, c’est toujours s’affronter au mystère du mal et de la mort qui prolifère à chaque époque sous des masques nouveaux. Évangéliser produira tôt ou tard une centration sur le dynamisme pascal : veux-tu mourir à ton péché pour renaître à une vie nouvelle ? Une prédication qui éviterait cet affrontement crucial deviendrait rapidement des enfantillages, des mythes pour nostalgiques du sacré. Le péché prend des allures de désastre écologique, de crise financière, de complicité avec l’individualisme et son cortège de solitudes… Mourir à ce péché est l’invitation des Jean-Baptiste d’aujourd’hui. Édulcorer ou éviter ce combat central enlève à la mission de l’Église sa pertinence et son efficacité.

 

4. Accomplir les Écritures

CE-182 L'accomplissement des EcrituresLes quatre évangélistes citent Isaïe 40 et sa fameuse voix criant dans le désert. Même si chacun le fait à sa manière, avec ses versets en plus ou en moins, le tronc commun est bien là : le baptême de Jean-Baptiste accomplit la prophétie d’Isaïe. Autrement dit, le christianisme n’est pas la religion des promesses d’abord, elle est d’abord l’annonce des accomplissements. Ce qui était attendu arrive. Ce qui était espéré s’accomplit. Plus besoin de promettre que demain on rase gratis, puisque le salut de Dieu est pour maintenant, vraiment gratuit. Ce qui doit se voir en actes dans la vie de l’Église.

Si nous n’apportons pas avec nous les preuves tangibles de l’accomplissement des Écritures, surtout en ce qui concerne le salut des plus petits, alors mieux vaut rester chez soi et se taire. Si notre prédication avec les quatre évangélistes est une prédication de l’accomplissement, alors passons plus de temps à révéler les merveilles de Dieu déjà là qu’à stigmatiser les péchés des autres encore marquants. Accomplir, c’est relire les Écritures pour comprendre ce qui nous arrive maintenant, et montrer à tous comment les promesses de Dieu sont en train de se réaliser sous nos yeux. Nous sommes les receleurs de l’immense émerveillement devant le Verbe prenant chair, devant l’amour des ennemis rendu possible, devant la communion unissant sans séparation ni confusion, le pardon restaurant la relation, la paix du cœur plus forte que l’épreuve… À nous de discerner de tels accomplissements autour de nous, et de les proclamer haut et fort !

Que cette version de Jean-Baptiste par Luc - si semblable et si différente des autres - nous inspire un témoignage fort et puissant auprès de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ.

 


[1]. « Nous rejetons la foi comme seule voie vers la religion si elle rejette la raison », tel serait l’adage du mutalizisme.

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Dieu va déployer ta splendeur » (Ba 5, 1-9)

Lecture du livre du prophète Baruc

Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel. Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel, car Dieu, pour toujours, te donnera ces noms : « Paix-de-la-justice » et « Gloire-de-la-piété-envers-Dieu ». Debout, Jérusalem ! tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du couchant au levant par la parole du Dieu Saint ; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient. Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal. Car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées : ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu. Sur l’ordre de Dieu, les forêts et les arbres odoriférants donneront à Israël leur ombrage ; car Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice.

Psaume
(Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6)
R/ Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête !
(Ps 125, 3)

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

Deuxième lecture

« Dans la droiture, marchez sans trébucher vers le jour du Christ » (Ph 1, 4-6.8-11)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens

Frères, à tout moment, chaque fois que je prie pour vous tous, c’est avec joie que je le fais, à cause de votre communion avec moi, dès le premier jour jusqu’à maintenant, pour l’annonce de l’Évangile. J’en suis persuadé, celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus. Dieu est témoin de ma vive affection pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus. Et, dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance pour discerner ce qui est important. Ainsi, serez-vous purs et irréprochables pour le jour du Christ, comblés du fruit de la justice qui s’obtient par Jésus Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.

Évangile

« Tout être vivant verra le salut de Dieu » (Lc 3, 1-6) Alléluia. Alléluia.
Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie.
Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre des oracles d’Isaïe, le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ; et tout être vivant verra le salut de Dieu.
Patrick BRAUD

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22 octobre 2018

Comme l’oued au désert

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Comme l’oued au désert


Homélie pour le 30° dimanche du temps ordinaire / Année B
28/09/2018

Cf. également :

Les larmes du changement
Bartimée et Jésus : les deux fois deux fils


L’oued comme surprise

Si vous avez eu la chance un jour de parcourir le désert du Sahara au sud de la Tunisie, de l’Algérie ou du Maroc, ou au nord du Niger, vous avez certainement vu ces tranchées de terre au milieu des rochers. La plupart du temps elles sont sèches et craquelées par plus de 50° en plein soleil. Mais vienne la pluie, une de ces pluies soudaines et torrentielles que les rares orages sahariens déversent à gros bouillons (1 mm d’eau par minute !), et ces saignées rouges latérite ou jaune sable deviendront très vite boueuses, puis ruisselantes, et finalement un flot irrésistible balaiera tout sur son passage à la fin de l’orage.
Le boyau éventré qui se change en fleuve, c’est l’oued du désert, phénomène climatologique bien connu des populations sahéliennes. De nombreux villages furent emportés un jour par ces flots jaillis de nulle part, à qui nulle construction ne résiste. Difficile de deviner cette puissance et cette rapidité lorsque l’on découvre le sillon d’un oued incrusté au détour des cailloux du désert !

Comme l’oued au désert dans Communauté spirituelle Maroc._Oued_Tensif

C’est cette image de l’oued au désert que choisit le psalmiste pour évoquer le retour de captivité des déportés juifs (vers 536 avant Jésus-Christ) :

« Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert. »
Psaume 125 (126)

220px-The_captivity_of_Judah exil dans Communauté spirituelleLa destruction de Jérusalem, de son Temple, de son roi (Sédécias, emmené les yeux crevés en captivité à Babylone), avait été une catastrophe à laquelle seule la Shoah peut être comparée. Apparemment c’était la fin. Personne ne devait plus entendre parler d’Israël dans l’histoire humaine. Pourtant, 50 ans après, de façon totalement imprévue, se lève un nouveau roi qui autorise les déportés à rentrer chez eux. Mieux encore, Cyrus leur accorde la liberté de culte et les aide à rebâtir leur Temple. Ils n’en reviennent pas de revenir vivre chez eux, les captifs qu’on croyait perdus, desséchés à jamais ! Et voilà qu’à longues caravanes ils affluent vers Jérusalem ! Ce spectacle a tellement impressionné les témoins de ce retour en fanfare qu’ils ont naturellement fait la comparaison avec les flots soudains et puissants qui remplissent les oueds du désert après l’orage.

La relecture que fait le psalmiste de l’Exil à Babylone peut inspirer nos propres relectures de nos exils d’aujourd’hui.

Que faire lorsqu’une catastrophe s’est abattue sur notre existence ? Comment tenir bon alors que l’anéantissement de nos espoirs les plus chers semble sans remède ? La mort d’un proche, la perte d’un emploi, une maladie grave qui s’annonce, une calomnie destructrice… : l’exil peut prendre bien des formes. Votre temple en ruine est peut-être votre couple, vos relations avec tel enfant, votre réputation, vos ressources financières… Le psalmiste ne fait pas l’éloge de ces catastrophes. Il constate simplement que Dieu peut en faire sortir autre chose. Dieu est capable de faire se lever à nouveau un peuple qu’on croyait effacé de l’histoire. « Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham à partir des pierres que voici », dira même Jésus (Lc 3,8).

retour.gifLe psalmiste chante l’événement surprenant qui inverse la malédiction. Il célèbre la seconde chance donnée à son peuple. Le drame n’est pas nié. Il est intégré à une séquence beaucoup plus longue où la catastrophe devient opportunité, où la destruction devient créatrice, où le retour sera mémoire de l’Exil afin de conjurer sa répétition. Le livre de l’Exode faisait déjà cette relecture de la famine qui a poussé les fils de Jacob à fuir de Canaan autrefois : l’exil en Égypte puis l’esclavage pendant des siècles ont finalement produit l’Exode. Et les hébreux sont revenus d’Égypte plus nombreux et plus forts, comme les oueds chevauchant le désert pour aller vers le fleuve. Aujourd’hui, les juifs doivent relire douloureusement la Shoah à la lumière de cette expérience : il n’est nulle catastrophe qui ne puisse se transformer en occasion de progrès. La création de l’État d’Israël en 1948 se superpose ainsi au retour d’Égypte, au retour de Babylone…

C’est donc que les pires événements semblant déstabiliser nos vies, voire les écrouler, ne sont pas le dernier mot de Dieu envers nous. Dès que quelque chose nous blesse, une puissance de germination est à l’œuvre en même temps en nous pour en faire pousser des fruits en abondance : maturité, sensibilité au malheur des autres, humilité, discernement de l’essentiel… Martin Gray a perdu deux fois la famille qu’il venait de construire ou de reconstruire, mais son amour de la vie s’est décuplé, et son témoignage aide toujours ceux qui passent par de telles épreuves.

Nous avons cette espérance chevillée au corps depuis que Jésus de Nazareth a été fixé au bois de la croix. Puisque cette fin infâme a débouché sur la résurrection, comment désespérer que nos drames les plus terribles soient eux aussi métamorphosés en vie nouvelle ?

 

Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie

D’où le champ du psalmiste :

« Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes. »

Larmes joieSemer n’est pas moissonner. Et bien souvent le moissonneur ne sera pas le semeur, mais une autre génération ou un autre peuple. Reste que l’œuvre de création se fait souvent dans les larmes, et cela ne doit pas nous surprendre ni nous décourager. Bien des martyrs ont donné leur vie sans voir le fruit de leur témoignage. Mais leur sang est devenu une semence de chrétiens (Tertullien) et leur sacrifice a fondé l’Église sur des bases solides.
Tout au long de nos années, il y a un temps pour semer, et un temps pour moissonner. Un temps pour pleurer, et un temps pour se réjouir. Ce n’est pas une question d’âge : Abraham et Sarah étaient tout étonnés que Dieu veuille semer à travers eux alors qu’ils étaient si âgés. Et le jeune David a triomphé de Goliath, moissonnant ainsi la liberté de son peuple, avant de semer les fondements d’une royauté juste et bonne, douloureusement acquise en dépassant ses propres infidélités.

« Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie » : c’est devenu un proverbe dans notre langue. Et la sagesse populaire sait bien que la persévérance dans les temps difficiles est le gage du renouveau après. Dieu est capable de faire surgir des torrents dans les oueds desséchés de notre parcours humain et spirituel.

Alors, quel que soit l’exil qui vous taraude, guettez le nuage à l’horizon, aujourd’hui pas plus gros que le poing (cf. Élie guettant la pluie : 1R 18,44), mais demain déferlant en pluie salvatrice. Ne baissez pas les bras, car l’inversion du malheur est proche.

Et si tout va bien pour vous, réjouissez-vous d’être dans cette période de moisson que promet le psalmiste. Engrangez votre bonheur pour demain : faites-en provision dans le grenier de votre mémoire, comme Joseph a entassé le blé dans les greniers d’Égypte pendant les sept années de vaches grasses (cf. Gn 41). Lorsque viendra le temps des vaches maigres, vous ne serez pas pris au dépourvu…

« Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les oueds au désert. »

Ravive, Seigneur, notre espérance : que nous guettions les événements imprévus capables de nous ramener vers toi, plus sûrement que le fleuve à la mer…

 

Lectures de la messe

Première lecture
« L’aveugle et le boiteux, je les fais revenir » (Jr 31, 7-9)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Ainsi parle le Seigneur : Poussez des cris de joie pour Jacob, acclamez la première des nations ! Faites résonner vos louanges et criez tous : « Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël ! » Voici que je les fais revenir du pays du nord, que je les rassemble des confins de la terre ; parmi eux, tous ensemble, l’aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la jeune accouchée : c’est une grande assemblée qui revient. Ils avancent dans les pleurs et les supplications, je les mène, je les conduis vers les cours d’eau par un droit chemin où ils ne trébucheront pas. Car je suis un père pour Israël, Éphraïm est mon fils aîné.

Psaume
(Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6)
R/ Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête !
(Ps 125, 3)

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

Deuxième lecture
« Tu es prêtre de l’ordre de Melkisédek pour l’éternité » (He 5, 1-6)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Tout grand prêtre est pris parmi les hommes ; il est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu ; il doit offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. Il est capable de compréhension envers ceux qui commettent des fautes par ignorance ou par égarement, car il est, lui aussi, rempli de faiblesse ; et, à cause de cette faiblesse, il doit offrir des sacrifices pour ses propres péchés comme pour ceux du peuple. On ne s’attribue pas cet honneur à soi-même, on est appelé par Dieu, comme Aaron.
Il en est bien ainsi pour le Christ : il ne s’est pas donné à lui-même la gloire de devenir grand prêtre ; il l’a reçue de Dieu, qui lui a dit : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré, car il lui dit aussi dans un autre psaume : Tu es prêtre de l’ordre de Melkisédek pour l’éternité.

Évangile
« Rabbouni, que je retrouve la vue » (Mc 10, 46b-52) Alléluia. Alléluia.

Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort, il a fait resplendir la vie par l’Évangile. Alléluia. (2 Tm 1, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! » Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! » Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. » L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin.
Patrick BRAUD

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15 janvier 2018

Il était une fois Jonas…

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Il était une fois Jonas…


Homélie pour le 3° Dimanche du temps ordinaire / Année B
21/01/2018

Cf. également :

De la baleine au ricin : Jonas, notre jalousie
Ruptures et continuités : les conversions à vivre pour répondre à un appel
Quand Dieu appelle
Rousseur et cécité : la divine embauche !
Jésus et les « happy few » : une autre mondialisation est possible

 

Il était une fois Jonas…

Il était une fois Jonas… dans Communauté spirituelle 9783314214134FSÇa commence comme une histoire que l’on raconte aux enfants, le soir, avant de s’endormir. Et c’est tout à fait cela : l’histoire de Jonas, c’est ce que les Juifs appellent un « midrash », c’est-à-dire un récit mi-réel mi-fictif, une de ces histoires qui font réfléchir petits et grands. Vous l’avez entendu dans la première lecture, et il faut le relire en entier (10’ minutes montre en main pour lire le livre de Jonas !) : quand les juifs racontent l’aventure de Jonas à leurs enfants, c’est pour leur faire découvrir que Dieu est plus grand que le peuple juif ; que le salut de Dieu est pour Ninive aussi, pour toutes les nations. Quand des chrétiens racontent Jonas à leurs enfants, c’est pour leur annoncer Jésus-Christ, le vrai Jonas ; et pour parler du baptême, le vrai poisson…

Rappelez-vous : Jonas est un prophète juif à qui Dieu demande d’aller avertir Ninive, la grande ville étrangère et païenne, pour qu’elle change de vie et soit sauvée. Or Jonas veut garder jalousement pour les Juifs le salut offert au peuple juif, et n’a aucune envie que Ninive soit sauvée… Alors il fuit ; il prend un bateau pour aller plus loin, à l’opposé de Ninive. Mais la tempête secoue le navire. Les marins réveillent Jonas qui dormait et lui demandent de l’aide. Il voit bien que c’est à cause de lui que la tempête se déchaîne, et demande librement à l’équipage de le jeter par-dessus bord pour apaiser l’océan déchaîné. Aussitôt fait. Un gros poisson qui passait par là avale Jonas, le préservant jonas baleine dans Communauté spirituelleainsi dans son ventre pendant 3 jours et 3 nuits. Puis il le recrache… comme par hasard sur la plage juste en face de Ninive ! Jonas comprend alors que Dieu est têtu pour sauver les païens. Il crie dans toute la ville : « Convertissez-vous ! ». Les gens l’écoutent. À la grande fureur de Jonas, Dieu accorde le salut à Ninive. C’est le fameux épisode de ricin : Jonas est dégoûté que Dieu soit si bon avec les méchants. Assis sous un plant de ricin, il contemple la ville en liesse. Le ricin se dessèche. Jonas attrape une insolation et maudit Dieu d’avoir laissé mourir le ricin. Alors Dieu lui dit : « Comment, Jonas, mon fils, tu pleures parce que le ricin s’est desséché, et tu n’aurais pas pleuré parce que Ninive aurait été détruite ? Sache que moi Dieu, j’ai plus de peine pour un humain qui se perd que pour une plante qui se fane »

2_j conversionVoilà l’histoire. Et vous devinez dans quel esprit les Juifs la racontent aujourd’hui : Jonas préfigure pour eux le peuple juif chargé d’annoncer à toutes les nations de se convertir au Dieu unique. Ce peuple a la nuque raide et n’obéit pas facilement à Dieu, mais c’est finalement grâce à lui que le salut parvient jusqu’aux extrémités de la terre.

Vous devinez également la lecture que nous, chrétiens, nous en faisons. Jonas, c’est Jésus qui est envoyé pour le salut du monde entier. Jonas endormi au fond sur le bois du bateau préfigure Jésus endormi dans la mort sur le bois de la Croix. L’interrogatoire de Jonas par les marins préfigure la comparution du Christ devant ses juges. Jonas se sacrifie librement : « Prenez-moi et jetez-moi à la mer » : Jésus donnera librement sa vie dans sa Passion choisie volontairement. « C’est lui, Jésus, le vrai Jonas, qui a donné sa vie pour nous racheter » (Ambroise de Milan, sur le psaume 43,85). La répugnance des marins de jeter Jonas à la mer annonce celle de Pilate qui hésite à livrer Jésus à la mort.


Plus encore, le séjour de Jonas dans le ventre du poisson, au milieu de la mer, préfigure la Passion-Résurrection du Christ et notre propre baptême ! Ecoutez St Augustin : « Jonas a été précipité du navire dans le ventre du monstre marin ; de même le Christ a été précipité du bois de la Croix dans le sépulcre, dans les profondeurs de la mort » (Epître 102, 6, 34 ) « Pourquoi Jonas fut-il reçu dans le ventre du monstre, puis rejeté le 3ème jour, sinon pour préfigurer le Christ revenant le 3ème jour des profondeurs de l’enfer ? » (Cité de Dieu, 18, 30, 2 ).

Jésus lui-même nous met sur la voie de cette lecture symbolique (Mt 12, 38-41 ) :
« Tout comme Jonas fut dans le monstre du ventre marin 3 jours et 3 nuits, ainsi le Fils de l’Homme sera dans le sein de la terre 3 jours et 3 nuits. Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront avec cette génération et ils la condamneront, car ils se sont convertis à la prédication de Jonas. Eh bien ! Ici, il y a plus que Jonas ».

Et on a lu dans l’immersion de Jonas 3 jours et 3 nuits la triple immersion des nouveaux baptisés dans l’eau pascale : par 3 fois, ils sont plongés, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Pieter_Lastman_-_Jonah_and_the_Whale_-_Google_Art_Project Jonas

Comme beaucoup de prénoms dans la Bible, Jonas a une signification très belle. Jonas veut dire « colombe » en hébreu.
La colombe qui annonce la paix et l’Alliance. Et le bateau de Jonas ressemble à l’arche de Noé d’où s’est élancée la colombe de la paix.
La colombe annonce l’Esprit Saint. Et la prière de Jonas ressemble à la prière de Jésus sur qui repose la colombe de l’Esprit de Dieu lorsqu’il est plongé dans les eaux du Jourdain, lors de son baptême.
C’est ce même Esprit de Jésus qui nous rassemble, grand-parents, parents et petits-enfants, blancs ou noirs, sachant écrire ou sachant dessiner, pour faire de nous une seule famille, un seul corps, le Corps du Christ.

JonastempeteHure NiniveQuant à Ninive, c’est la figure de notre propre conversion : comme les païens de l’époque, cela nous arrive de courir après les idoles (l’argent, le pouvoir, le plaisir, l’individualisme…). Par le baptême, nous pouvons mourir à notre péché pour renaître à une vie nouvelle. Il n’est jamais trop tard pour écouter l’appel que nous lancent les prophètes d’aujourd’hui à changer de vie. À ne pas vouloir la guerre. À ne pas détruire notre planète. À bâtir une mondialisation où la réconciliation serait offerte à tous. Ninive, c’est l’Église, issue de toutes les nations sous le ciel. « Car il devait arriver que le monde entier serait transformé en une seule cité, quand croiraient au Christ des peuples de toutes nations » (Zénon, homélie 1,14.3).

Mondialisation spirituelle…

Nous sommes peu habitués à lire l’Ancien Testament à la lumière du Nouveau, à déchiffrer comment le Christ accomplit (et non pas abolit) cette première Alliance : le bateau de Jonas évoquait l’Église, la tempête apaisée par le sacrifice de Jonas annonçait la tempête apaisée sur le lac de Tibériade par la parole de Jésus, son plongeon annonçait le baptême, son rejet sur le rivage la Résurrection, Ninive symbolisait le passage de l’Église aux païens etc… Le fait qu’André et Pierre soient les fils d’un père nommé Jonas (Mt 16,17) n’est sans doute mentionné par hasard : Pierre fera passer l’Évangile au monde romain (cf. Pierre et le centurion romain Ac 10), André le fera passer au monde grec (cf. Jn 12, 20-24). Tous deux sont bien les enfants de Jonas, sauveur de la cité païenne de Ninive.

jpg_19._Mise_au_tombeau_petit poissonTapisserie de l’abbaye de la Chaise-Dieu :
le baptême, la mort de Jésus, Jonas jeté du bateau dans la gueule du poisson

Que Jonas nous aide à faire mémoire des baptêmes que nous avons vécu ensemble, dans notre paroisse, et de notre propre baptême. Par 3 fois nous avons été plongés sous l’eau, c’est pour renaître aujourd’hui à une nouvelle manière de vivre, à une conversion de nos existences. N’attendons pas la tempête ou la baleine ou l’avertissement de Jonas : c’est aujourd’hui que nous pouvons accueillir le Christ dans nos vies. Il est lui le vrai Jonas, englouti dans la mort mais victorieux de la mort, offrant à tous les peuples le salut et la vie.

 

Pour prier avec les enfants et leurs parents à partir de l’histoire de Jonas :

·      Seigneur Jésus, comme Jonas, je suis souvent râleur !

Tu m’appelles, et moi je boude, ou je me cache.
Mais voilà qu’aujourd’hui, tu m’invite à embarquer avec toi.
Ce bateau qui a finalement emmené Jonas vers la grande ville étrangère, c’est l’Église, ton Église Seigneur Jésus.
Merci de me demander d’embarquer avec toi, avec les autres enfants, avec nos familles.

·      On dit que le gros poisson qui a avalé Jonas, c’était une baleine.

Pourquoi pas ? En tout cas, il devait être très gros pour que Jonas puisse tenir debout à l’intérieur !

- D’un côté, ce poisson, il était gentil parce qu’il a sauvé Jonas de la noyade.
Merci Seigneur pour tous ceux qui m’aiment. Merci pour tous ceux qui me consolent et me soutiennent quand j’ai besoin d’aide.

- D’un autre côté, ce poisson, il était dangereux parce que, si Dieu ne lui avait pas demandé de relâcher Jonas, il aurait fini par le manger tout entier !
Pardon Seigneur : nous aussi, parents et enfants, comme la baleine, nous avons quelquefois envie de dévorer les autres… Aide-nous à nous respecter sans nous étouffer.

·      Dans le ventre du poisson, Jonas est resté 3 jours et 3 nuits.

Il était dans le noir. Son cœur était dans la nuit. Mais la prière a été sa lumière :
« De la nuit où j’étais, j’ai crié vers Dieu, et il m’a répondu ».
C’était pour annoncer Jésus, qui a prié son père même aux heures les plus sombres, même pendant les 3 jours et les 3 nuits du tombeau.
« De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits ».
Merci Seigneur Jésus d’avoir gardé allumée cette flamme de la prière tout au long de ta Passion. 

·      Ta Résurrection est pour nous le signe d’une espérance extraordinaire : la lumière est plus forte que la nuit, l’amour est plus fort que nos divisions, le pardon est plus grand que la violence.
Seigneur Jésus, tu vois les hommes qui se font la guerre : éclaire leur cœur. Qu’ils écoutent ta parole d’amour. Qu’ils retrouvent le chemin du pardon. Qu’ils bâtissent la Justice et la Paix !

·      « Ninive était une ville divinement grande : il fallait 3 jours pour la traverser », nous dit la Bible.
Jonas l’a traversé en un seul jour ! : c’était pour annoncer le Christ, qui a hâte de traverser le cœur de chacun pour l’aider à changer. C’était l’image de l’Église, qui aujourd’hui encore parcourt toute l’humanité, toutes les grandes villes du monde pour les appeler à accueillir l’amour de Dieu, et qui a bien besoin de se convertir elle aussi.
Seigneur Jésus, viens traverser nos villes et nos villages, les Ninive de ce temps qui attendent un signe d’espérance.
Seigneur Jésus, viens vite traverser mon cœur. 

·      « Jonas s’assit à l’orient de la ville, sous une hutte. Il s’assit dessous, à l’ombre, pour voir ce qui arriverait à la ville ».
Cette hutte fait de l’ombre à Jonas pour le protéger des coups de soleil !
Tu nous donnes souvent, Seigneur, des personnes qui nous protègent, qui nous aident à ne pas nous dessécher. Donne-nous d’être des « huttes de Jonas » les uns pour les autres. Que nos familles, notre Église soit un abri plein d’amour et de paix pour grandir en ta présence.

Ah ! Seigneur, je commence à comprendre ! Et si l’histoire de Jonas, c’était un peu notre histoire à nous ?

Tantôt râleurs, tantôt prophètes ;
des fois presque engloutis par l’épreuve, mais ressuscités à l’espérance ;
rencontrant plein de poissons amis ou dangereux ;
traversant notre monde avec un mélange d’amour et de peur ;
nous plaignant pour un ricin qui meurt, et oubliant que Dieu pleure pour un seul enfant malheureux…
Le signe de Jonas, c’est ta résurrection, Seigneur Jésus, où nous sommes délivrés, comme Jonas est délivré de la baleine pour aller sur un autre rivage…
Viens nous redire cette Bonne Nouvelle, cet Évangile de salut offert à tous les hommes.

 

 

LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« Les gens de Ninive se détournèrent de leur conduite mauvaise » (Jon 3, 1-5.10)

Lecture du livre de Jonas

La parole du Seigneur fut adressée de nouveau à Jonas : « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne, proclame le message que je te donne sur elle. » Jonas se leva et partit pour Ninive, selon la parole du Seigneur. Or, Ninive était une ville extraordinairement grande : il fallait trois jours pour la traverser. Jonas la parcourut une journée à peine en proclamant : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! » Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils annoncèrent un jeûne, et tous, du plus grand au plus petit, se vêtirent de toile à sac. En voyant leur réaction, et comment ils se détournaient de leur conduite mauvaise, Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés. – Parole du Seigneur.

PSAUME
(24 (25), 4-5ab, 6-7bc, 8-9)
R/ Seigneur, enseigne-moi tes chemins. (24, 4a) 

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Rappelle-toi,Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Dans ton amour, ne m’oublie pas,
en raison de ta bonté, Seigneur.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

DEUXIÈME LECTURE
« Il passe, ce monde tel que nous le voyons » (1 Co 7, 29-31)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas vraiment. Car il passe, ce monde tel que nous le voyons.

ÉVANGILE
« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1, 14-20)
Alléluia. Alléluia.
Le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. Alléluia. (Mc 1, 15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Après l’arrestation de Jean le Baptiste, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »
Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs. Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
Jésus avança un peu et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque et réparaient les filets. Aussitôt, Jésus les appela. Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite.
Patrick BRAUD

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