L'homélie du dimanche (prochain)

  • Accueil
  • > Recherche : jesus pleura

9 mars 2025

Quel est votre cercle rapproché ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Quel est votre cercle rapproché ?

 

Homélie pour le 2° Dimanche de Carême / Année C
16/03/25


Cf. également :

L’alliance entre les morceaux
Transfiguration : Soukkot au Mont Thabor
Compagnons d’éblouissement
Abraham, comme un caillou dans l’eau
Transfiguration : le phare dans la nuit
Transfiguration : la métamorphose anti-kafkaïenne
Leikh leikha : Va vers toi !
Le sacrifice interdit
Dressons trois tentes…
La vraie beauté d’un être humain
Visage exposé, à l’écart, en hauteur
Figurez-vous la figure des figures
En descendant de la montagne…

 

1. Suis-je vraiment de tes amis proches ?

J’ai le bonheur d’avoir quelques amis avec qui on se suit depuis plus de 40 ans ! Depuis les années étudiantes où nous refaisions le monde dans d’interminables discussions arrosées, enthousiasmés par les idéaux de l’époque, prêts à tout pour les choix fondamentaux à faire ou juste faits : le couple, le métier, les engagements politiques, religieux, associatifs etc. Les années ont apporté pour chacun leur lot de drames et de joies, et nous avons continué à les partager, même éloignés par des centaines de kilomètres. 

Quel est votre cercle rapproché ? dans Communauté spirituelle affiche-citation-chez-nousNous connaissons tous de ces liens qu’il suffit de raviver une fois par an pour continuer comme si on s’était quitté la veille ! Loin de la banale superficialité des échanges quotidiens, ces amis-là provoquent à être vrais, à dire les choses, à aller à l’essentiel. Dispersés aux quatre coins de la France, même si un fil WhatsApp, des mails et des coups de fil maintiennent le lien, il faut quand même se voir en physique de temps à autre pour nourrir l’amitié ! On prévoyait un de ces rendez-vous avec un groupe d’amis intimes, lorsque l’un d’entre nous écrivit : « Nous avons mauvaise conscience de faire tant de kilomètres, ou pire encore de prendre l’avion, de dépenser beaucoup d’argent pour nos retrouvailles. On le fait déjà pour nos enfants qui habitent à l’étranger. Notre engagement social et écologique nous oblige à nous limiter, même pour vous ». Le choc fut double : découvrir que nous ne faisions peut-être pas partie en réalité du premier cercle des priorités de nos amis, alors que nous les avons inclus dans les nôtres. Et découvrir qu’au nom de principes tout à fait respectables ils étaient prêts à remettre en cause nos retrouvailles régulières. Une certaine radicalisation idéologique en fait, où les amis passent après les convictions…

 

Suis-je vraiment ton ami proche ? 

Si oui, tu seras prêt à sacrifier de ton temps, de ton argent, voire de tes principes, pour me rejoindre tel que je suis. Si non, le temps fera son œuvre d’éloignement, et notre lien se relâchera, invisiblement. Nous avons ainsi tous des amis avec qui nous avons été très proches autrefois, et qui ont disparu de nos yeux, presque sans s’en rendre compte, sans que cela nous manque vraiment. À l’inverse, le tamis du temps qui passe a filtré quelques-uns, que la confiance, les confidences, l’affection et la volonté de se retrouver nous rend indispensables, même éloignés.

 

2. The inner circle : Pierre, Jacques et Jean

Faites la carte des personnes que vous fréquentez. Il y a le large cercle de celles qu’on peut appeler des ‘relations’, des gens que l’on croise régulièrement et avec qui les contacts sont agréables, sympathiques : des collègues de travail, des voisins, des connaissances. 

Puis il y a des cercles d’intérêt, où nous partageons des activités, des hobbys, des passions  communes : un club de sport, une chorale, un groupe de tarot ou de bridge, une association etc. 915VI3gEftL._SL1500_ Douze dans Communauté spirituelleLes échanges y sont forcément plus qualitatifs, car l’intérêt partagé sert de plate-forme, de dénominateur commun. 

Il y a ensuite le cercle des familiaux : certains sont très proches bien sûr, d’autres assez lointains finalement. Autrefois, c’était le lien de ressourcement principal. Avec l’éclatement des familles – tant affectivement que géographiquement – peu de gens finalement peuvent affirmer que les familiaux sont tous des proches : certains oui, d’autres non. Un tiers des personnes âgées disent éprouver un sentiment de solitude, et se disent abandonnées, de leur famille d’abord.


Heureusement, il y a un autre cercle, celui que les anglophones appellent the inner circle : le cercle des intimes. C’est d’ailleurs le titre d’un film tourné après la chute du Mur de Berlin, retraçant l’histoire vraie du projectionniste privé de Staline, introduit dans le cercle rapproché du dictateur par ce biais. Il projette des films pour Beria, le patron du KGB, pour Staline et ses intimes. Il est fasciné par ce petit cercle restreint dont il fait désormais partie, au grand dam de sa femme qui prendra sous son aile une fillette juive orpheline à protéger de la déportation au goulag. De qui Ivan, notre projectionniste, est-il le plus proche ?…


Symétriquement, il y a dans les Évangiles un autre cercle rapproché, vertueux celui-là. Pierre, Jacques et Jean émergent en effet du groupe des Douze, comme the inner circle de Jésus. Dans l’Évangile de la Transfiguration de ce dimanche (Lc 9,28-36), on devrait par exemple s’étonner que Jésus ne prenne avec lui que ces trois-là pour monter au Thabor !

« Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier ».

Pourquoi pas les Douze ? À quoi rime cette sélection ?

  •  JacquesUne première réponse tient dans la liberté de Jésus : il appelle « qui il veut » (Mc 3,13) ! C’est son choix d’associer Pierre, Jacques et Jean – et eux seulement - à son éblouissement au Thabor. Respecter la liberté du choix de nos amis lorsqu’ils se choisissent des plus proches que nous est ainsi la première marque de respect que nous leur devons. En retour, assumons nous-même cette liberté de choix de quelques-uns pour les associer de plus près à ce qui est important pour nous. On ne peut pas être ami intime avec tout le monde, ayons le courage de choisir…
  • Une deuxième interprétation serait plus symbolique. 

Pierre représente la foi, forte et tranchante : « Tu es le Messie, le fils de Dieu » (profession de foi de Pierre à Césarée, Mt 16,16), qui entraîne le reste du groupe des Douze. 

Jacques représente les œuvres, la nécessité d’allier le social et le spirituel, l’éthique et la foi (« Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi » Jc 2,18). Son épître est considérée comme un des joyaux de la Doctrine sociale de l’Église, fustigeant les riches et leur soif de richesses, et les inégalités dans la communauté. 

Jean représente plutôt une tradition mystique, contemplative et spirituelle, où l’amour joue le premier rôle (le mot amour ἀγάπη = agapê est utilisé 30 fois chez Jean, dont 18 fois dans la seule première lettre de Jean).

La foi et les œuvres, dans l’amour : notre trio incarne ainsi les trois colonnes de l’Église (Ga 2,9), sur lesquelles on peut s’appuyer solidement pour bâtir le Corps du Christ transfiguré.

  • Une troisième réponse pourrait venir de la stratégie de diffusion de l’Évangile que Jésus a choisie. 

- Un peu comme un caillou crée des vagues concentriques en tombant dans l’eau, Jésus sait bien qu’il ne peut s’adresser directement aux foules sans médiations, ni tout le temps. Il faut des relais, des intermédiaires. 

- Déjà, il distingue les disciples des foules, vers lesquelles ils sont envoyés. Il les nourrit avec des paraboles, des miracles, des enseignements destinés à un grand nombre. 

- Au sein de ses disciples, Jésus en choisit 70 (comme Moïse au désert) pour être l’avant-garde évangélisatrice. Il les envoie deux par deux, les débriefe au retour de leur mission, et compte sur eux pour la suite. 

- Mais 70, c’est encore trop de monde pour avoir de vraies relations personnelles, intimes. Alors il appelle les Douze, à qui il va se confier plus particulièrement, en leur expliquant les paraboles en privé, en mangeant et buvant avec eux, en les emmenant sur les chemins poussiéreux de Palestine avec lui. Ce petit groupe est à taille humaine pour un manager comme Jésus. Il correspond au Comité de Direction (Codir), Comité exécutif (Comex) ou autre petit groupe de Direction associé de très près à la gouvernance d’un PDG ou d’un directeur de service ou de magasin. 

jean-et-jacques-rapportent-a-pierre-leur-rencontre-avec-le-messie Jean- Parmi ces Douze, Jésus ressent le besoin d’aller encore plus loin avec trois d’entre eux. Parce qu’un leader seul devient vite tyrannique, il a besoin d’un cercle restreint avec qui il est en confiance. L’attention particulière que Jésus a accordée à Pierre, Jacques et Jean faisait partie de la stratégie de leadership de Jésus. Plutôt que d’essayer de développer une large portée pour son ministère en solo, Jésus a évité la popularité et s’est concentré sur la véritable profondeur et l’impact à long terme. 

Pour en faire ses intimes, Jésus fera de ces trois-là les témoins privilégiés de la résurrection de la fille de Jaïre (Lc 8,51), de l’annonce  de la destruction du Temple – avec André – (Mt 13,3–4), de sa Transfiguration sur le Mont Thabor (Lc 9, 28-36), et de sa défiguration sur la colline de Gethsémani (Mc 14,33). Ils auront ainsi les clés pour déchiffrer le scandale la croix : Jésus est bien le Seigneur de gloire (Transfiguration) qui par amour va accepter d’être humilié (Gethsémani) jusqu’à la croix, mais dont la résurrection sera la nôtre (fille de Jaïre) et annonce un culte nouveau (destruction du Temple).

Aurait-il pu initier les Douze à ce degré d’intimité avec lui ? Peut-être ; sans doute. Mais il ne faut pas rêver : être vraiment intime avec quelqu’un, cela se compte sur les doigts d’une main…

- D’ailleurs, Jésus choisira Pierre parmi les trois pour être le rocher du nouveau Temple à venir. La responsabilité ultime ne peut être collective uniquement : elle réclame un visage, un nom, quelqu’un, et pas seulement un groupe. Pierre incarnera la dimension personnelle de l’autorité de l’Église, les Douze l’autorité collégiale, et les disciples l’autorité communautaire

Un/quelques-uns/tous : le triptyque est essentiel à la diffusion du message, pour éviter de le personnaliser à outrance comme de le dissoudre dans un collectif anonyme.


– Terminons notre carte relationnelle en mentionnant que le cercle initial est le cercle de Jésus lui-même. Jésus est à lui-même son cercle premier. Le premier à être évangélisé doit être l’évangélisateur lui-même, sinon il annonce un message extérieur à qui il est. « Medium is message », dira plus tard Mac Luhan (théoricien des médias). Jésus prend grand soin de son évangélisation intérieure : il rumine la Parole de Dieu dont il connaît beaucoup de passages par cœur. Il se réserve des temps de solitude pour prier, à l’écart. Il demeure seul au désert 40 jours en préparation de ses années publiques. Il dialogue sans cesse avec son Père pour recevoir de lui seul son identité, sa mission, son pouvoir, pour rester fidèle à sa mission.
Le leader à la manière de Jésus commencera par se manager lui-même, en cohérence avec ce qu’il demande aux autres. Négliger ce cercle initial serait s’exposer à l’incohérence et l’inconsistance…

 

On peut schématiser ainsi les 7 niveaux de la stratégie de Jésus en matière d’évangélisation :


The inner circle of Jesus
 

 

3. Quelle sera votre cercle rapproché ?

La question m’est alors posée : de qui est composé chaque cercle en ce qui me concerne ? Qui peut jouer pour moi le rôle de Pierre, Jacques et Jean ? 

Quel est mon cercle restreint, the inner circle à qui je réserve mes larmes, mes enthousiasmes, avec qui je partage et relis les événements qui me touchent de près ?

En entreprise, c’est la question de la solitude des dirigeants et managers : quels sont les deux ou trois avec qui aller plus vite et plus loin que les autres, légitimes par ailleurs ? D’une manière générale, c’est la mise en place et la gestion des 7 cercles de relations qui me nourrissent, en insistant sur les quelques-uns avec qui je suis vraiment intime : le premier cercle, the inner circle, le cercle restreint, le cercle rapproché, le cercle des intimes.

 

Qui sont vos trois ?

Quelles sont les trois personnes dans votre vie (votre travail, vos responsabilités diverses) dans lesquelles vous investissez intentionnellement et stratégiquement plus que les autres ?

 

Lectures de la messe

Première lecture
Le Seigneur conclut une alliance avec Abraham, le croyant (Gn 15, 5-12.17-18)

Lecture du livre de la Genèse
En ces jours-là, le Seigneur parlait à Abraham dans une vision. Il le fit sortir et lui dit : « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… » Et il déclara : « Telle sera ta descendance ! » Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste. Puis il dit : « Je suis le Seigneur, qui t’ai fait sortir d’Our en Chaldée pour te donner ce pays en héritage. » Abram répondit : « Seigneur mon Dieu, comment vais-je savoir que je l’ai en héritage ? » Le Seigneur lui dit : « Prends-moi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe. » Abram prit tous ces animaux, les partagea en deux, et plaça chaque moitié en face de l’autre ; mais il ne partagea pas les oiseaux. Comme les rapaces descendaient sur les cadavres, Abram les chassa. Au coucher du soleil, un sommeil mystérieux tomba sur Abram, une sombre et profonde frayeur tomba sur lui. Après le coucher du soleil, il y eut des ténèbres épaisses. Alors un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les morceaux d’animaux. Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abram en ces termes : « À ta descendance je donne le pays que voici, depuis le Torrent d’Égypte jusqu’au Grand Fleuve, l’Euphrate. »

Psaume 
(Ps 26 (27), 1, 7-8, 9abcd, 13-14)
R/ Le Seigneur est ma lumière et mon salut.
 (Ps 26, 1a)

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ?

Écoute, Seigneur, je t’appelle !
Pitié ! Réponds-moi !
Mon cœur m’a redit ta parole :
« Cherchez ma face. »

C’est ta face, Seigneur, que je cherche :
ne me cache pas ta face.
N’écarte pas ton serviteur avec colère :
tu restes mon secours.

J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur
sur la terre des vivants.
« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ;
espère le Seigneur. »

Deuxième lecture
« Le Christ transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux » (Ph 3, 17 – 4, 1)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens
Frères, ensemble imitez-moi, et regardez bien ceux qui se conduisent selon l’exemple que nous vous donnons. Car je vous l’ai souvent dit, et maintenant je le redis en pleurant : beaucoup de gens se conduisent en ennemis de la croix du Christ. Ils vont à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne pensent qu’aux choses de la terre. Mais nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance active qui le rend même capable de tout mettre sous son pouvoir. Ainsi, mes frères bien-aimés pour qui j’ai tant d’affection, vous, ma joie et ma couronne, tenez bon dans le Seigneur, mes bien-aimés.

Évangile
« Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre » (Lc 9, 28b-36)
Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur.
 De la nuée lumineuse, la voix du Père a retenti :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » 
Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Mt 17, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait. Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.
Patrick BRAUD

 

Mots-clés : , , , ,

19 janvier 2025

Pleurer de joie

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Pleurer de joie

 

Homélie pour le 3° Dimanche du Temps ordinaire / Année C
26/01/25


Cf. également :

Fixer les yeux sur le Christ
Faire corps
Saules pleureurs
L’Aujourd’hui de Dieu dans nos vies
L’événement sera notre maître intérieur
Accomplir, pas abolir

 

1. La dernière fois, c’était quand ?

Pleurer de joie dans Communauté spirituelleSeptembre dernier : je découvre la ville de Split, station balnéaire le long de la côte bulgare de la mer Noire. Détour obligé par le petit musée local, sans intérêt à vrai dire. Tout en passant rapidement devant les maigres tableaux disséminés çà et là, je perçois les lourdes vibrations d’un violoncelle descendant du troisième étage. Il n’est pas seul : un violon lui tient tête parfois, alors qu’un piano se déchaîne en toile de fond. Curieux, je monte jusqu’à une grande salle où seuls trois jeunes instrumentistes répètent une œuvre  inconnue qui m’ensorcelle aussitôt. Sans les déranger, je m’assois et les écoute, les contemple, dans leur répétition difficile. Deux heures après, ils jouent l’ensemble de ce que je saurai ensuite être le Trio opus 4 de Vladigerov, compositeur bulgare contemporain. L’œuvre est âpre, rugueuse, violente, parsemée d’éclairs et d’éclaircies, à mi-chemin entre Mahler et Chostakovitch. Fasciné, je me surprends à essuyer de mes paupières des larmes qui n’étaient pas invitées… Ce trio était si beau, si intense que j’en pleurais de joie sans le savoir depuis de longues minutes ! Je suis redescendu de cette « générale » bouleversé, dans un état de désordre intérieur, les yeux lavés par cette rosée musicale incontrôlée. J’avais rencontré une musique qui me disait qui je suis, et cette coïncidence de soi à soi s’opérait dans des larmes éblouies…

 

Et vous, c’était quand la dernière fois que vous avez pleuré de joie ?

Si vous avez du mal à vous le raconter, inquiétez-vous…

C’est peut-être aussi simple que l’émotion heureuse d’un bon ami – fort gaillard barbu de  près de 2m de haut – voyant son fils tenir sa petite-fille juste née dans ses bras. Il a craqué, me disait-il, avec le doux plaisir du sportif recevant sa médaille d’or.

C’est peut-être une lecture, un paysage, votre conjoint contre vous …

C’était quand la dernière fois que vous avez pleuré de joie ?

 

2. Aimer la Torah à en pleurer

 charisme dans Communauté spirituelleDans notre première lecture (Ne 8,2–10), les juifs de retour d’exil à Babylone vivent une expérience semblable dans le Temple de Jérusalem. Le scribe et grand prêtre Esdras y avaient retrouvé un exemplaire de la Torah, miraculeusement rescapé des flammes et de la destruction des Perses. Il en fait une lecture publique (avec traduction car c’était en hébreu, qu’ils ne parlaient plus depuis leur départ, et explication car le texte n’est rien sans l’interprétation). La réaction du peuple est bouleversante : « Ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi ».

Esdras, habitué aux larmes des exilés faites de tristesse et de douleur, croit que c’est une manifestation de détresse devant ce qu’ils ont manqué depuis tant d’années hors d’Israël. Peut-être se trompe-t-il : le peuple fond de bonheur en touchant de près à nouveau le trésor de sa foi. Il prend conscience de la beauté, la grandeur de ce qui est lu pour lui, et il en pleure de joie ! Il ne prend pas le deuil : au contraire, il se réjouit de sa renaissance ! Aussi met-il en pratique ce qu’Esdras lui demande avant même qu’il le demande : « Ne prenez pas le deuil, mangez et buvez, partagez, ne vous affligez pas, car la joie du Seigneur est votre rempart ».

 

Avez-vous jamais pleuré en écoutant ou en lisant la Bible ? 

Pleuré au point de laisser réellement couler ces perles d’abandon que sont les larmes du peuple écoutant Esdras ?

Vous avez sans doute pleuré devant un paysage à couper le souffle, ou quand une musique vous perce le cœur, ou devant l’être aimé qui vous comble de bonheur… Mais avez-vous souvenir d’une telle émotion à la lecture d’un passage biblique, à l’audition d’une homélie sur des lectures du dimanche, à l’écho qu’une parole de Dieu a suscité en vous ? Si non, priez instamment pour que ce don des larmes vous soit fait avant de mourir ! Celui qui est imperméable à la parole biblique au point de la laisser ruisseler sur lui comme sur les plumes d’un canard sans jamais en être inondé peut-il vraiment en vivre ? Comment un saule pourrait-il s’épanouir s’il n’était plus pleureur grâce à ses racines puisant l’eau du fleuve ?

 

3. Le don de larmes

9782220095011-475x500-1 joieLes siècles précédents faisaient l’éloge de cette capacité à laisser couler ses larmes au lieu de les réprimer ou de les assécher. Les Pères de l’Église, et plus encore les mystiques et les auteurs spirituels du Moyen Âge parlaient de ces larmes comme d’un don de Dieu. Un de ces charismes dont Paul fait la liste dans notre deuxième lecture (1Co 12,12–30). Car c’est l’Esprit Saint lui-même qui vient pleurer en nous lorsque nous nous abandonnons à la contrition, à la tristesse ou à la joie. On peut d’ailleurs légitimement reprocher aux évangélistes d’avoir pudiquement écarté les larmes de joie de leurs écrits. On y voit Marie de Béthanie pleurer en essuyant les pieds de Jésus de ses larmes, ou bien Jésus lui-même pleurer devant Lazare au tombeau, devant Jérusalem, à Gethsémani, mais pas de joie. Les évangélistes se boucheraient-ils le nez devant cette heureuse faiblesse qui fait penser à la danse de David devant l’Arche d’Alliance et la réprobation que cette danse débridée suscita parmi les dignitaires d’Israël ? (2S 6) « Cela ne se fait pas… »

Pourtant, imagine-t-on un Jésus qui n’ait jamais pleuré de joie ? Impossible ! C’est donc la pudeur mal placée de ses apôtres et disciples qui l’ont passé sous silence – comme son rire –  trop suspect au regard de la culture ambiante.

Heureusement, les chrétiens par la suite ont rompu ce silence : ils ne se sont pas privés de pleurer de joie ! Ils pleuraient bien sûr des larmes de tristesse devant le péché lors de leur conversion, de douleur et d’affection devant la détresse des autres, de souffrance  physique et morale etc. Ils pleuraient de joie également.

Guillaume de Saint Thierry (XII° siècle), Hugues de Balma (XIII°), Denys le Chartreux (XV°) etc. : tout le Moyen Âge est irrigué par ce don des larmes, « ravissement », « nouveau baptême », « ablution intérieure », « suavité spirituelle », « torrent de délices », « béatitude de la Présence » … Dans cette opération, les larmes jaillissent pour manifester la joie spirituelle donnée par Dieu.

Comment oublier le bout de papier cousu dans la doublure du manteau de Blaise Pascal afin de garder la trace de son éblouissement intérieur lors de sa conversion : « Père juste, je t’ai connu ! Joie ! Joie ! Joie ! Pleurs de joie ! ».

« L’âme est émue de pleurs de joie. L’esprit conçoit une joie ineffable qui ne peut plus être cachée et qu’aucun mot ne peut exprimer… Il n’est pas dit ‘Heureux le peuple qui dit sa joie’, mais qui la connaît – cette joie qui peut être connue ne peut se dire. Elle est ressentie mais elle est bien au-delà de tout sentiment. La conscience de celui qui la ressent ne suffit pas à la contempler, comment pourrait-elle jamais l’exprimer. Je verrai ta face dans l’allégresse (Jb 33, 26) ».

Grégoire le Grand, Moralia 23, 10

 

Augustin, dont les Confessions sont toutes ruisselantes de larmes, s’interroge : « pourquoi les larmes sont-elles douces aux affligés ? » Et il se souvient que sa conversion si tardive s’est accompagnée de pleurs nombreux et durables :

« À ces hymnes, à ces cantiques célestes, quel torrent de pleurs faisaient jaillir de mon âme violemment remuée les suaves accents de ton Église ! Ils coulaient dans mon oreille, et versaient ta vérité dans mon cœur ; ils soulevaient en moi les plus vifs élans d’amour ; et mes larmes roulaient, larmes délicieuses !

Confessions, Augustin, IX, VI, 14.

Ces larmes de joie annoncent la présence de Dieu. Elles surviennent quand quelque chose dans notre vie apparaît plus grand que nous-même et se voit touché par une transcendance, quand quelque chose de plus grand vient transfigurer l’instant.

 

Il y a au moins quatre situations positives qui peuvent engendrer en nous des larmes de joie :

mouchoirs-ceremonie-laique-800x532 pleurer- Les larmes d’affection

L’amour est l’émotion qui nous fait le plus vibrer. Il est très facile d’éprouver ce sentiment dans lequel tout à coup un mot, un geste, un câlin ou un moment partagé nous excite suffisamment pour nous faire pleurer.

Il en va de même avec la tendresse. Par exemple, quand nous tenons un bébé dans nos bras ou quand notre animal fait quelque chose qui nous semble mignon, une larme de joie peut très facilement s’échapper…

 

- Le frisson du triomphe, les larmes du dépassement

Gagner un match, réussir un examen, décrocher un emploi après un entretien… Des larmes de joie peuvent également surgir dans ces situations où, après un certain temps d’efforts, de rêves et de sacrifices, nous réalisons quelque chose. Le dépassement de soi trouble intensément.

 

- L’inspiration et la beauté

Un lever de soleil en mer… Les vues aériennes d’un cadre naturel d’une beauté à couper le souffle… Voir notre œuvre picturale préférée face à face… Profiter d’une pièce de théâtre qui nous émeut profondément… Aller à un concert du groupe que nous aimons tant… Les larmes de joie se nourrissent également de l’esthétique, du naturel et du culturel.

 

- Le rire partagé

Il y a peu de plaisirs plus satisfaisants que de pleurer de rire avec les gens que l’on aime. Rire à en pleurer, jusqu’à ce que notre ventre nous fasse mal… Pourquoi s’en priver ? C’est un plaisir authentique qui mêle émotions positives et humour : un bonheur authentique.

 

Les larmes sont bien à recevoir comme un cadeau, un don gratuit, non mérité.

Elles sont un cadeau parce qu’elles signifient la présence de quelqu’un. Je pense que l’on ne pleure pas quand on est vraiment seul. Si l’on pleure et qu’on est seul, c’est qu’on pleure devant quelqu’un. Ce quelqu’un peut être Dieu, ce peut être aussi celui auquel on pense et qui s’est absenté ou qui est mort, mais qui est présent sous forme d’absence, si je puis dire. Celui qui est absolument déserté par ses proches ne pleure pas. Nous en avons tous fait l’expérience, quand nous sommes en présence d’une personne de confiance, nous nous mettons à pleurer. Un ami arrive, on se lâche et on se met à pleurer. Les larmes sont donc le signe d’une présence, c’est pourquoi elles sont un cadeau.

 

4. Ouvrir les vannes

Au fond, sait-on jamais pourquoi on pleure ? Il y a bien des larmes qui sont sans raison, des larmes qui, en somme, nous échappent. N’est-ce pas celles-ci, justement, qui ont le plus de sens ? Dans la tradition chrétienne, ces larmes permettent la révélation de ce qu’est l’homme, en vérité, devant Dieu. Elles ne viennent pas de nous : elles nous sont données, gratuitement, par pure grâce.

C’est un exutoire de la peine intérieure, antidote à toutes les sécheresses. Les larmes, « sang des blessures de notre âme » selon Grégoire de Nysse, sont aussi l’eau d’un baptême renouvelé, qui purifie, lave des péchés, lorsqu’elles signent une contrition profonde. Et au bout du chemin, sous la plume du moine Macaire-Syméon, ce sont « des perles précieuses que le flot de ces bienheureuses larmes ».


Le fluide vital que sont les larmes n’est pas seulement un signe de déploration et de lâcher-prise, mais aussi la manifestation d’un réveil de la sensibilité, d’une rupture dans l’anesthésie du cœur.

La langue française a d’ailleurs mille manières de le suggérer avec des expressions comme « pleurer à chaudes larmes », « pleurer comme un enfant », « des larmes dans la voix », « avoir les larmes au bord des yeux », « n’avoir plus d’yeux que pour pleurer », « rire à en pleurer », ou encore cette interjection populaire : « Pleure, ça te fera du bien ».

Mais l’énergie interne des larmes est également une énergie profondément jubilatoire :  

« Pascal ne profère pas la foi au début de sa conversion : il la pleure. 

Seules les larmes possèdent cette intelligence du cœur pour témoigner de l’extase mystique. Elles n’expliquent rien parce qu’elles ne savent rien. Nous ne comprenons pas pourquoi nous pleurons, car nous pleurons quand, précisément, nous cessons de comprendre. Le sens de la vraie larme est de nous surprendre au-delà de nos logiques » [1].


« Bienheureux ceux qui pleurent … »

Pour quoi, pour qui, coulent vos larmes ?

Acceptez-vous d’entendre l’appel du Christ à laisser jaillir de vous de vraies larmes de compassion, de pénitence ou de joie ? 

Consentez-vous à cette « hémorragie lumineuse de l’âme » (JL Charvet), à cette « rosée de l’être » où nous renaissons à l’amour véritable ? 

 

Nous pleurons parfois sans presque nous en rendre compte, au-delà de nos simples sensations. L’âme est comblée d’une si immense tendresse, qu’elle voudrait fondre non de douleur, mais en larmes de joie. Elle s’en trouve baignée sans avoir rien senti, sans savoir quand elle a pleuré, ni comment. Si les larmes sont pour certains les premiers mots de l’enfance, elles ne font pourtant jamais de l’homme qui pleure un enfant : elles le rendent pareil à un enfant. Le langage d’une âme vraiment atteinte fait l’économie de tout discours comme de toute apparition. Car on ne parle pas plus des larmes que du sommeil d’un enfant. Tout juste de son imprécise joie.

 

Pleurer est l’une des expériences les plus bouleversantes qu’il nous soit donné de vivre.

Là, nous lâchons prise, enfin. 

Là, nous consentons à nous-mêmes, vraiment. 

 

Les hypocrites ne savent pas pleurer, sinon des larmes de crocodile. Les orgueilleux se sont entourés de carapaces pour ne pas se laisser atteindre : leur cuirasse fait ricocher les flèches qui pourraient fendre leur invulnérabilité. Or pleurer, c’est justement accepter d’être vulnérable, d’être touché par le malheur ou le bonheur d’autrui, d’établir un lien d’empathie avec l’autre, avec le monde, avec soi-même, avec Dieu.

 

Il y a tant de barrages qui enclosent notre énergie vitale, tant de digues qui peinent à contenir les grandes marées de nos émotions mieux que les moulins à vent hollandais régulent les niveaux d’eau dans les polders immergés !

Celui qui ne pleure jamais est-il vraiment humain ? 

On devine que la dureté du cœur peut empêcher de pleurer. 

On pressent que la sécheresse des yeux peut venir des boucliers et des cuirasses dont quelqu’un a été obligé de se barder dans son histoire pour ne pas trop souffrir. 

Mais Dieu que les larmes font du bien lorsqu’elles coulent par amour ! 

Comme les vannes d’un barrage qu’on libère et dont les eaux deviennent source d’énergie…
Cette énergie est bien celle de l’Esprit Saint : laisser enfin couler hors de soi ce que l’on s’épuisait à accumuler et à contenir sans rien dire, sans rien exprimer…

 

Entre silence et langage coulent nos larmes… 

Elles traversent le corps de l’homme en prière, et plusieurs parmi vous pourraient témoigner de ces instants de grâce où la prière nous fait littéralement fondre en larmes. C’est un bouleversement de tout notre être, qui peut devenir une étape de la vie spirituelle. 

Larmes de joie ou de compassion, elles nous revêtent d’une grâce purificatrice.
Pendant des siècles, des chrétiens ont recherché, désiré, imploré ce don de larmes aujourd’hui un peu oublié. De sainte Monique à sainte Catherine de Sienne, des Pères du Désert des premiers siècles aux effusions de l’Esprit aujourd’hui, c’est la même promesse des Béatitudes qui s’accomplit : « heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés » (Mt 5,5)

C’est un chemin de sainteté.

Refuser de pleurer, ce serait devenir dur comme la pierre, avoir le cœur sec comme un désert (et même le désert contient des sources cachées…). 

Ce serait finalement se haïr soi-même, puisqu’il serait alors impossible de consentir à sa faiblesse.

 

Ce charisme dont Paul serait fier, cette communion du peuple écoutant la Torah dans les larmes, apprenons à les désirer, à les laisser irriguer à nouveau les zones desséchées de nous-même.

Lorsque ce don des larmes nous prend par surprise, lorsqu’il nous déstabilise, réjouissons-nous et laissons faire l’Esprit en nous ! Sans pudeur ni fausse honte : David avait-il honte de danser à demi-nu devant l’Arche d’Alliance ?

Ouvrons les vannes au don des larmes, surtout lorsqu’elles sont de joie…


_______________________________

[1]. Jean-Louis CHARVET, L’éloquence des larmes, DDB, 2000, p. 85.

 

LECTURES DE LA MESSE

1ère lecture : « Tout le peuple écoutait la lecture de la Loi » (Ne 8, 2-4a.5-6.8-10)

Lecture du livre de Néhémie
En ces jours-là, le prêtre Esdras apporta le livre de la Loi en présence de l’assemblée, composée des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre. C’était le premier jour du septième mois. Esdras, tourné vers la place de la porte des Eaux, fit la lecture dans le livre, depuis le lever du jour jusqu’à midi, en présence des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre : tout le peuple écoutait la lecture de la Loi. Le scribe Esdras se tenait sur une tribune de bois, construite tout exprès. Esdras ouvrit le livre ; tout le peuple le voyait, car il dominait l’assemblée. Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout. Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit : « Amen ! Amen ! » Puis ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant le Seigneur, le visage contre terre. Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les Lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre.
Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les Lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. Esdras leur dit encore : « Allez, mangez des viandes savoureuses, buvez des boissons aromatisées, et envoyez une part à celui qui n’a rien de prêt. Car ce jour est consacré à notre Dieu ! Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! »

Psaume : Ps 18 (19), 8, 9, 10, 15
R/ Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie. (cf. Jn 6, 63c)

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

Les préceptes du Seigneur sont droits,
ils réjouissent le cœur ;
le commandement du Seigneur est limpide,
il clarifie le regard.

La crainte qu’il inspire est pure,
elle est là pour toujours ;
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables.

Accueille les paroles de ma bouche,
le murmure de mon cœur ;
qu’ils parviennent devant toi,
Seigneur, mon rocher, mon défenseur !

2ème lecture : « Vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps » (1 Co 12, 12-30)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens
Frères, prenons une comparaison : notre corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit. Le corps humain se compose non pas d’un seul, mais de plusieurs membres.
Le pied aurait beau dire : « Je ne suis pas la main, donc je ne fais pas partie du corps », il fait cependant partie du corps. L’oreille aurait beau dire : « Je ne suis pas l’œil, donc je ne fais pas partie du corps », elle fait cependant partie du corps. Si, dans le corps, il n’y avait que les yeux, comment pourrait-on entendre ? S’il n’y avait que les oreilles, comment pourrait-on sentir les odeurs ? Mais, dans le corps, Dieu a disposé les différents membres comme il l’a voulu. S’il n’y avait en tout qu’un seul membre, comment cela ferait-il un corps ? En fait, il y a plusieurs membres, et un seul corps. L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi » ; la tête ne peut pas dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous ». Bien plus, les parties du corps qui paraissent les plus délicates sont indispensables. Et celles qui passent pour moins honorables, ce sont elles que nous traitons avec plus d’honneur ; celles qui sont moins décentes, nous les traitons plus décemment ; pour celles qui sont décentes, ce n’est pas nécessaire. Mais en organisant le corps, Dieu a accordé plus d’honneur à ce qui en est dépourvu. Il a voulu ainsi qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres. Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie.
Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps.
Parmi ceux que Dieu a placés ainsi dans l’Église, il y a premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement ceux qui ont charge d’enseigner ; ensuite, il y a les miracles, puis les dons de guérison, d’assistance, de gouvernement, le don de parler diverses langues mystérieuses. Tout le monde évidemment n’est pas apôtre, tout le monde n’est pas prophète, ni chargé d’enseigner ; tout le monde n’a pas à faire des miracles, à guérir, à dire des paroles mystérieuses, ou à les interpréter.

Evangile : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture » (Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Le Seigneur m’a envoyé, porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération. Alléluia. (Lc 4, 18cd)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus. En ce temps-là, lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , ,

26 décembre 2024

Sainte Famille : pourquoi nous as-tu fait cela ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 4 h 00 min

Sainte Famille : pourquoi nous as-tu fait cela ?

 

Homélie pour la fête de la Sainte Famille / Année C
29/12/24


Cf. également :

Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?
Une sainte famille « ruminante »
Fêter la famille, multiforme et changeante
La vieillesse est un naufrage ? Honore la !
La Sainte Famille : le mariage homosexuel en débat
Une famille réfugiée politique
Familles, je vous aime ?
Anne, la 8ème femme prophète : discerner le moment présent
Le vieux couple et l’enfant
Aimer nos familles « à partir de la fin »

 

1. L’angoisse des parents d’enfants fugueurs

Fugues statsImaginez : vous êtes le père, la mère d’un enfant de 12 ans, et ce soir il n’est pas revenu de l’école alors qu’il est plus de 20 heures. Ou bien ce matin sa chambre est vide alors que c’était l’heure de prendre le bus. Un début de panique vous saisit. Vous lui téléphonez, mais vous tombez à chaque fois sur son répondeur. Vous interrogez ses copains, ses professeurs, mais personne ne l’a vu aujourd’hui. L’angoisse monte et vous voulez vous empêcher de penser au pire : accident, enlèvement, mauvaise rencontre…

Eh bien, cette angoisse-là étreint plus de 100 familles par jour en France ! En effet, plus de 40 000 mineurs ont été signalés disparus en 2023 en France, soit plus de 110 enfants par jour. 96 % des disparitions sont des fugues, faites par des enfants de plus en plus jeunes.

 

Le mot angoisse (δυνωodunao) utilisé ici par Luc n’apparaît que 4 fois dans le Nouveau Testament, et uniquement sous la plume de Luc. En Lc 2,48 dans l’épisode au Temple de notre dimanche (« Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Voici, ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse ») ; deux fois en Lc 16,24‑25 pour décrire les souffrances du riche séparé du pauvre Lazare par un gouffre infranchissable (« Je souffre terriblement (δυνμαι) dans cette fournaise. – Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, tu souffres (δυνσαι) » ; et en Ac 20,38 lorsque les chrétiens de la ville de Milet voient Paul embarquer sur un navire et prennent conscience qu’ils ne le reverront plus (il leur annonce son martyre proche) : « ils étaient affligés (ὀδυνώμενοι) surtout de la parole qu’il avait dite : “Vous ne verrez plus mon visage” ».

Luc parle donc d’une angoisse devant l’absence d’un être cher, devant le gouffre qui se creuse entre lui et nous.

Marie ose dire Jésus qu’elle a souffert avec Joseph de cette angoisse-là : l’angoisse des parents devant l’absence inexpliquée d’un enfant fugueur.

 

Nul doute qu’en écrivant cela vers l’an 80, Luc pense aux chrétiens qu’il connaît, en situation très difficile à cause des persécutions multiples de la part des juifs et des Romains. Les Églises locales souffrent de n’avoir plus le Christ à leurs côtés, alors qu’elles croyaient sa venue dans la gloire imminente et éclatante. Jean comparera ces persécutions à un déchaînement de violence bestiale contre les nouveau-nés de la femme, c’est-à-dire contre les baptisés de l’Église figurée par Marie : « Alors le Dragon se mit en colère contre la Femme, il partit faire la guerre au reste de sa descendance, ceux qui observent les commandements de Dieu et gardent le témoignage de Jésus » (Ap 12,17).

Marie, figure de l’Église, permet à Luc de dire à ces communautés : vous avez l’impression d’être abandonnés, qu’on vous fait la guerre ; vous cherchez le Christ sans le trouver, vous souffrez à cause de lui, et  lui semble si loin ? Regardez Marie cherchant Jésus dans le convoi des pèlerins (figurant l’Église) sans le trouver, suivez ses parents qui remontent à la source pour comprendre enfin ce qui leur arrive.

 

2. Comprendre ce qui nous arrive

« Pourquoi nous as-tu fait cela ? »

Sainte Famille : pourquoi nous as-tu fait cela ? dans Communauté spirituelle marie_meditantChercher à comprendre les raisons d’une fugue, d’un départ, d’une absence, est bien notre premier réflexe : pourquoi es-tu parti ? Dans le cas d’une fugue d’un mineur, les causes les plus courantes sont bien connues. Le service d’accueil téléphonique SOS Enfants disparus, créé par la Fondation pour l’enfance afin d’accompagner, entre autres, les familles des jeunes fugueurs dans leurs recherches relève toutes ces raisons : l’adolescent(e) part à la suite d’un conflit avec sa famille, quelquefois mineur : c’est une manière de tester le lien qui l’unit à ses parents, et l’affection qu’on lui porte. Ou bien il réagit à des événements qui se sont déroulés parfois longtemps auparavant, qu’il ou elle ne peut d’un coup plus supporter. « Ainsi, note une intervenante, de cette adolescente victime de violences familiales, deux ans auparavant. Ou bien au contraire, le jeune part parce qu’il lui est impossible de vider un conflit, comme ce fils de 14 ans d’une mère si déprimée qu’elle pleurait sans cesse, et ne lui laissait pas la possibilité d’exprimer ses propres difficultés. La fugue peut être une réaction à des conflits et des difficultés graves, mais il y a aussi des adolescents n’ayant jamais connu de limites, qui fuguent parce qu’ils sont incapables de supporter la moindre frustration, qu’ils prennent pour des privations, comme cette jeune fille de 13 ans, partie au motif qu’on lui interdisait de sortir en boîte de nuit tous les soirs, ou cet autre, à qui on refusait un téléphone portable ».

Quelle que soit la raison, les parents auront tendance à culpabiliser : qu’est-ce que j’ai loupé pour que cela arrive ? Que faut-il que je change ?

 

Dans le récit de Luc, aucune des raisons habituelles n’explique la fugue de Jésus. Il n’a rien à reprocher à ses parents. Aucun événement familial ne l’a traumatisé. Les psychologues de tous poils ne pourraient lui arracher aucun souvenir nocif concernant ses parents. Les tenants de la culture de l’excuse ne pourraient invoquer aucun déterminisme de classe sociale, de pauvreté ou d’éducation. En cela, l’absence de Jésus trois jours au Temple n’est pas une fugue classique.

 

jesus%2Ba%2B12%2Bans%2Bau%2Btemple%2B%25284%2529 avenir dans Communauté spirituelleLe symbolisme de ses 12 ans devrait nous mettre sur la piste : c’est de la plénitude d’Israël (les 12 tribus), de l’Église (les 12 apôtres) qu’il est question. Cette Église–Israël vit comme son maître la Passion-Résurrection (d’où les 3 jours comme pour Jésus au tombeau). Elle est en pèlerinage, comme en exil dans ce monde, vers la maison du Père. Le récit de Luc est éminemment pascal. Le texte est marqué par le vocabulaire de la Résurrection et notamment celui du récit des pèlerins d’Emmaüs (Lc 24,13-35). Ainsi, la scène se déroule à Jérusalem (24,33) et Luc fait référence à la fête de Pâque (22,15), on cherche Jésus (24,5) sur le chemin (24.32.35), et on le retrouve (24,33) au bout de trois jours (24.21). Dans le récit d’Emmaüs, nous entendrons aussi les verbes retourner (24.32), monter (24.38) et comprendre (24,45). Et comme, Jésus se tient au milieu des docteurs de la Loi, Jésus se tiendra au milieu des disciples (24,36). De même, l’annonce de la résurrection extasie les disciples d’Emmaüs, comme les paroles de l’enfant au sein du Temple. Le parallèle est frappant : la « fugue » de Jésus est pour Luc l’anticipation de la Résurrection et de la glorification auprès du Père.

 

La Résurrection est donc la clé pour comprendre - a posteriori - les absences du Christ qui nous ont déroutés tout au long de notre pèlerinage. Marie devine intuitivement qu’il lui faut stocker toutes ces informations sur son disque dur intérieur, jusqu’à ce qu’elle puisse les déchiffrer, les interpréter, grâce à la clé de déchiffrement que sera la Pâque de son fils.

 

Nous avons le privilège sur Marie d’avoir déjà reçu cette clé pascale qui nous permet de déchiffrer les angoisses, les absences qui jalonnent notre parcours sur terre. Il « suffit »  pour cela de s’asseoir, de méditer comme Marie afin de relire tous ces événements à la lumière de la Résurrection du Christ…

 

3. Transformer nos pourquoi en pour-quoi 

C’est la réponse de Jésus qui met Marie sur la voie. Elle arrive avec son paquet d’introspection angoissée et douloureuse, en regardant en arrière, vers le passé : ‘qu’est-ce qui dans le vécu de notre famille justifierait cette distance que tu mets entre nous ?’ Aujourd’hui, on mettrait en place une cellule psychologique pour l’accompagner. On convoquerait des sociologues pour expliquer les milliers de fugues adolescentes. On proposerait une thérapie à Jésus pour qu’il découvre ce dont il souffrait pour agir ainsi.

 

Jésus retourne radicalement cette perspective : ne cherchez pas en arrière, mais regardez devant. Ne t’épuise pas à faire la liste des occasions manquées, des oublis, des conflits. Crois seulement qu’un avenir t’est offert, t’est ouvert. Car cet avenir vient vers toi, il t’ad-vient, sans commune mesure avec ce qui a précédé. N’est-ce pas le sens de l’Avent qui t’a préparé à Noël ?

Au lieu de sombrer dans la dépression des « pourquoi ?’, mobilise-toi dans la réalisation des « pour-quoi » : en vue de quoi cela est-il arrivé ? Que peux-tu faire de ce qui est là ?

Pourquoi Pour quoi

 

Il y a quelques années, une amie m’avait demandé  de participer à une neuvaine de prière mariale pour que son mari guérisse de son cancer. Je lui avais dit : « tu sais, un cancer du pancréas à ce stade avancé, Marie n’y pourra rien. Mais je prierai pour lui afin qu’il soit entouré d’amour pour partir en paix et qu’il ait la force de mener ce combat sans désespérer ». Cette amie a mobilisé tout un réseau ‘très catho’ de groupe de prières demandant à Marie la guérison de son mari. Évidemment, le cancer du pancréas l’a emporté en quelques mois, comme c’est la règle hélas. Mon amie m’a écrit : « je réfléchis sur la prière du Christ à Gethsémani : que ta volonté soit faite, et non la mienne. J’ai demandé la guérison pour mon mari, et c’est la mort qui est venue. Mon défi est maintenant de comprendre pour-quoi, en vue de quoi c’est arrivé. Je suis sûr qu’avec Dieu et Marie, quelque chose sortira de cette catastrophe ».

 

500_F_29954860_0cv2Xj8FeEWv6U0dq6BBot5CTRbzAMo1 MarieToujours la question du pour-quoi : à quoi peut mener cet écroulement complet ? Plutôt que de perdre son énergie à faire des théories sur l’inexplicable (d’où vient le malheur innocent ?), mieux vaut se concentrer sur ce qui peut advenir à partir de cette tabula rasa.

Et c’est bien ce que fait Marie : elle va laisser décanter tous ces événements en son cœur, mais acceptera que Jésus soit désormais entièrement consacré à sa mission, même si cela va la transpercer. Puisque « être chez son Père » est sa raison de vivre, Marie le laissera vivre ainsi, en l’accompagnant avec amour jusqu’au bout, jusqu’au bout de sa tendresse maternelle pleurant sur son fils flagellé, humilié, dégradé, crucifié. Après Pâques, elle comprendra…

 

L’enjeu est bien cela pour nous qui nous situons après Pâques : transformer nos pourquoi en pour-quoi, découvrir où l’Esprit du Christ nous mène à travers les angoisses, les souffrances, les amours, les absences qui jalonnent notre pèlerinage, et y collaborer de toutes nos forces.

 



LECTURES DE LA MESSE

Première lecture
« Samuel demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie » (1 S 1, 20-22.24-28)

Lecture du premier livre de Samuel
Elcana s’unit à Anne sa femme, et le Seigneur se souvint d’elle. Anne conçut et, le temps venu, elle enfanta un fils ; elle lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle, « Je l’ai demandé au Seigneur. » Elcana, son mari, monta au sanctuaire avec toute sa famille pour offrir au Seigneur le sacrifice annuel et s’acquitter du vœu pour la naissance de l’enfant. Mais Anne n’y monta pas. Elle dit à son mari : « Quand l’enfant sera sevré, je l’emmènerai : il sera présenté au Seigneur, et il restera là pour toujours. » Lorsque Samuel fut sevré, Anne, sa mère, le conduisit à la maison du Seigneur, à Silo ; l’enfant était encore tout jeune. Anne avait pris avec elle un taureau de trois ans, un sac de farine et une outre de vin. On offrit le taureau en sacrifice, et on amena l’enfant au prêtre Éli. Anne lui dit alors : « Écoute-moi, mon seigneur, je t’en prie ! Aussi vrai que tu es vivant, je suis cette femme qui se tenait ici près de toi pour prier le Seigneur. C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande. À mon tour je le donne au Seigneur pour qu’il en dispose. Il demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie. » Alors ils se prosternèrent devant le Seigneur.

Psaume
(Ps 83 (84), 2-3, 5-6, 9-10)
R/ Heureux les habitants de ta maison, Seigneur !
 (Ps 83, 5a)

De quel amour sont aimées tes demeures,
Seigneur, Dieu de l’univers.
Mon âme s’épuise à désirer les parvis du Seigneur ;
mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant !

Heureux les habitants de ta maison :
ils pourront te chanter encore !
Heureux les hommes dont tu es la force :
des chemins s’ouvrent dans leur cœur !

Seigneur, Dieu de l’univers, entends ma prière ;
écoute, Dieu de Jacob.
Dieu, vois notre bouclier,
regarde le visage de ton messie.

Deuxième lecture
« Nous sommes appelés enfants de Dieu – et nous le sommes » (1 Jn 3, 1-2.21-24)

Lecture de la première lettre de saint Jean
Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est.
Bien-aimés, si notre cœur ne nous accuse pas, nous avons de l’assurance devant Dieu. Quoi que nous demandions à Dieu, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux.
Or, voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné part à son Esprit.

Évangile
« Les parents de Jésus le trouvèrent au milieu des docteurs de la Loi » (Lc 2, 41-52)
Alléluia. Alléluia. 
Seigneur, ouvre notre cœur pour nous rendre attentifs aux paroles de ton Fils. Alléluia. (cf. Ac 16, 14b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher.
C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.
Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , ,

1 décembre 2024

La rumeur de Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La rumeur de Dieu

 

Homélie pour le 2° Dimanche de l’Avent / Année C
08/12/24

Cf. également :
Rendez droits ses sentiers
Réinterpréter Jean-Baptiste
Devenir des précurseurs
Crier dans le désert
Le Verbe et la voix
Maintenant, je commence
Le courage pascal
Yardén : le descendeur
Comme l’oued au désert 

 

Le grognement démocratique des gorilles

La rumeur de Dieu dans Communauté spirituelleEntre voix et parole, les animaux ont développé des codes pour se comprendre et décider ensemble. Une très sérieuse étude scientifique vient de le confirmer pour les gorilles de l’Ouest de l’Afrique. Ces gorilles sont obligés de se déplacer fréquemment pour cueillir de nouveaux fruits et végétaux, tout en assurant la sécurité du groupe. Comment font-ils pour décider de partir ? En « votant », par des grognements valant approbation ou non lorsque l’un d’entre eux se lève et montre une direction.

Il est intéressant de noter que le mot « ragot » en français désignait autrefois le grognement d’un jeune sanglier : ragoter, répandre des ragots était alors comparé à des grognements de sangliers immatures…


Entre voix et parole, les grognements démocratiques des gorilles nous rappellent le lien entre les deux, qui est justement l’objet de l’Évangile de ce dimanche : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ; et tout être vivant verra le salut de Dieu » (Lc 3, 1‑6). Jean-Baptiste est la voix, Jésus est la Parole (Logos en grec). L’enjeu du récit au désert de Transjordanie semble bien être celui-là : passer de la voix à la Parole. Pas facile pour les animaux humains que nous sommes : nous grognons souvent comme les gorilles, peinant dans l’élaboration d’un langage chrétien !

Peut-être allons-nous trop vite au Christ sans prendre le temps de passer par Jean-Baptiste ? Peut-il y avoir une parole sans voix ? Les orthodoxes le savent mieux que nous, eux qui peignent systématiquement Jean-Baptiste en poils de chameau sur les portes de l’iconostase, comme s’il était un passage obligé.

 

Le smartphone du Christ

1000_F_92370900_jxR6p3eQ9jLEfgd2yjYXNtOV4Nr95Hoe Jean Baptiste dans Communauté spirituelleDe fait, sans Jean-Baptiste pas de Messie-Christ !

Il est véritablement l’humus prophétique sur lequel a prospéré son cousin Jésus. Il avait rassemblé des disciples qu’il donna généreusement à son cadet. Et surtout il a campé la toile de fond sur lequel Jésus va pouvoir se détacher : le pardon des péchés, la conversion, la préparation de la venue du Messie, le salut de Dieu (Is 40,3). C’est pourquoi Jean-Baptiste est à Jésus ce que la voix est à la parole : le substrat indispensable pour pouvoir parler de façon articulée, le terreau anthropologique sur lequel va pousser la culture chrétienne grâce au langage parlé et écrit.

 

En grec, Luc l’appelle « phone » (‘φων, fōnē) : la voix. La téléphonie vient de là, et le smartphone vissé à notre oreille n’est jamais que l’avatar technologique de Jean-Baptiste : une condition indispensable pour communiquer, se comprendre, recevoir et émettre des messages à d’autres humains. « Smart » (en anglais : intelligent, adapté, malin), Jean-Baptiste l’est tout autant que nos téléphones de poche : il est ajusté à la communication que le Christ va faire à partir de lui ; il est assez intelligent pour s’effacer derrière le message dont il n’est qu’un émetteur-récepteur ; il est assez droit et juste pour préparer fidèlement la réception de la parole du Christ.

Avoir une vocation de smartphone pourrait bien être une noble ambition spirituelle finalement ! En tout cas, cette voix, nourrie de sauterelles sauvages et vêtue de poils de chameau se fait entendre tout le long du Jourdain : tel un bulldozer labourant le terrain, Jean-Baptiste prépare la prise de parole de son cousin, et sa prédication fait du bruit !

 

Faire courir la rumeur mieux que la calomnie

On peut traduire l’activité de Jean-Baptiste en la rapprochant des actuels influenceurs  sur YouTube, Facebook, TikTok et autres réseaux sociaux. Leur métier (Beruf en allemand = vocation) est de répandre des bruits, des informations (vraies ou fausses, hélas !), des scoops, bref : ils créent la rumeur. Ils propagent des envies de consommer, de s’amuser, de se cultiver. En propageant une rumeur, ils suscitent et amplifient les ondes de désir qui mettent les internautes en mouvement pour adopter tel comportement ou acheter tel produit.

 

Ce rôle social de la rumeur est vieux comme le monde !

Dans les poèmes homériques (IX° siècle av. J.-C.), la personnification de la rumeur se nomme Ὄσσα (Ossa). On peut lire dans l’Iliade : « Les troupes grecques s’avançaient en ligne sur le bord de la mer profonde, marchant par masses vers la place. Parmi elles, comme une traînée de feu, s’étendait la Rumeur [Ossa], qui les poussait à venir, messagère de Zeus ; et elles se rassemblaient » (2,93). Et dans l’Odyssée : « Cependant la Rumeur  [Ossa], cette prompte messagère, parcourut la ville en tous sens, annonçant la mort terrible et le trépas des prétendants de Pénélope » (24,413-414). Les métaphores aujourd’hui encore utilisées pour désigner la rumeur sont déjà présentes : elle est rapide, elle se propage comme le feu, elle court, et la rumeur attise les passions.

En français, le mot rumeur désigne un bruit confus, portant une information à déchiffrer : la rumeur de la mer, de la ville, d’une émeute ; la rumeur de sainteté qui entoure la mort d’une figure spirituelle etc.

Elle a tout d’un être vivant, autonome et même incontrôlable. C’est pourquoi les personnifications de la rumeur ont pu en faire une puissance extérieure à l’homme, de nature quasi divine. C’est pourquoi aussi les métaphores de la rumeur la décrivent comme un être biologique et animé : la rumeur naît, vit et meurt, elle se multiplie, elle mute, elle court, elle vole, elle ressurgit, elle rampe, elle blesse et elle tue. Pour arrêter une rumeur, il faut lui « tordre le cou ».

 

Elle peut également devenir calomnie, lorsqu’elle colporte mensonges et déformations de la vérité. Elle se développe alors comme un cancer, avec ses stades d’incubation, ses métastases, puis sa résorption.

L’air de la calomnie du Barbier de Séville de Rossini en décrit la maléfique puissance :


C’est d’abord rumeur légère,
Un petit vent rasant la terre.
Puis doucement,
Vous voyez calomnie
Se dresser, s’enfler, s’enfler en grandissant.
Fiez-vous à la maligne envie,
Ses traits dressés adroitement,
Piano, piano, piano, piano,
Piano, par un léger murmure,
D’absurdes fictions
Font plus d’une blessure
Et portent dans les cœurs
Le feu, le feu de leurs poisons.


Le mal est fait, il chemine, il s’avance ;
De bouche en bouche il est porté
Puis riforzando il s’élance ;
C’est un prodige, en vérité.
Mais enfin rien ne l’arrête,
C’est la foudre, la tempête.
Mais enfin rien ne l’arrête,
C’est la foudre, la tempête.
Un crescendo public, un vacarme infernal
Un vacarme infernal
Elle s’élance, tourbillonne,
Étend son vol, éclate et tonne,
Et de haine aussitôt un chorus général,
De la proscription a donné le signal
Et l’on voit le pauvre diable,
Menacé comme un coupable,
Sous cette arme redoutable
Tomber, tomber terrassé.

Eh bien, l’enjeu de Jean-Baptiste au désert, c’est de convertir l’air de la calomnie en rumeur de Dieu, avec la même puissance de propagation et d’émotion ! 

 

9780385066303_p0_v2_s1200x630 paroleRépandre la rumeur de Dieu [1] autour de nous comme Jean-Baptiste, c’est créer les conditions de l’acte de croire, c’est rendre possible l’ouverture au transcendant, c’est labourer le terrain des croyances, des idées, des représentations, afin que l’Évangile puisse y trouver un humus favorable, un terreau fertile.

 

La rumeur de Dieu est de l’ordre de la voix. Ce n’est pas encore la Parole, annonce explicite. Mais sans elle, la Parole tombe à plat, telles les graines du semeur sur le chemin pierreux.

La rumeur possède un pouvoir attractif comparable à celui des bonbons et autres sucreries placées stratégiquement près des caisses de nos supermarchés : les enfants ne résistent pas à les goûter. On picore, on en reprend, et c’est tellement addictif qu’on peut se gaver devant la télé sans s’en apercevoir…

L’idée est alors de convertir ce pouvoir addictif de la rumeur en attirance vers Dieu !

Un illustre jésuite, Joseph Moingt, raconte dans un de ses livres [2] comment il est devenu jésuite, grâce à la rumeur de Dieu qui lui est parvenue par des témoins, des rencontres. Puis il relit les évangiles comme le début de la propagation d’une rumeur inouïe sur Jésus.

Qui est ce Jésus de Nazareth ? Un homme devenu Fils de Dieu par sa résurrection des morts ? C’est ce que raconte la rumeur qui se répand après sa résurrection. Un Fils de Dieu descendu sur terre et devenu homme ? C’est ce que proclame très tôt la foi chrétienne. Analysant les fondements de cette rumeur, Joseph Moingt cherche comment s’est opéré ce retournement et à travers quelles étapes et quelles hésitations s’est construit le dogme du Verbe incarné.

 

Répandre la rumeur de Dieu autour de nous est beaucoup plus profond que simplement engager une apologétique abstraite. Il s’agit de montrer, en actes d’abord, qu’il est possible de redresser ce qui est tordu, d’aplanir ce qui est orgueilleux, de combler les fossés séparant les hommes, bref de préparer le chemin pour que l’Évangile soit ensuite accueilli, crédible, attractif.

 

Faire courir la rumeur dans le désert, tout le long du Jourdain

Jean-Baptiste prêche dans le désert, c’est bien connu. Trop connu d’ailleurs, car l’expression en français est synonyme d’incompréhension et d’inefficacité. Visiblement, avec Jean-Baptiste, c’est l’inverse ! Il parcourt la région du Jourdain et soulève  l’enthousiasme des foules de pénitents qui se pressent autour de lui pour recevoir son baptême. Mais il ne fait pas entendre la rumeur de Dieu à Jérusalem, à Jéricho ou Césarée. Non : sa voix résonne dans les déserts jalonnant le Jourdain, de Massada à Tibériade.

Yardén : le descendeurSouvenez-vous : le Jourdain est le Descendeur (Yardèn en hébreu), celui qui descend de la montagne de l’Hermon au Liban, torrent clair et impétueux, puis se charge de tous les déchets et impuretés des villes traversées pour finir en dessous du niveau de la mer dans la Mer Morte. Autrement dit : le Jourdain est la parabole d’un dieu qui descend au plus bas de notre humanité. Répandre la rumeur de Dieu ne se fait pas dans les palais, les thermes ou les arènes : Jean-Baptiste va rejoindre les plus humbles, les plus ordinaires, les plus bas, pour leur faire entendre cette rumeur d’un Dieu-pardon. Lui-même fit l’expérience de sa vocation au désert, lieu symbolique de notre quête intérieure lorsque nous acceptons d’avoir faim et soif d’autre chose, lorsque nous évacuons nos idoles pour faire place nette.

 

Dans quel désert, le long de quel Jourdain sommes-nous aujourd’hui appelés à répandre la rumeur de Dieu ?

Pour certains, ce sera le Jourdain de la recherche scientifique, s’interrogeant plus que jamais sur la complexité du réel et l’émergence de la vie. Pour d’autres, ce sera la Silicon Valley et les promesses du transhumanisme, annonçant un saut dans l’évolution de notre espèce avec la fusion homme-machine.

Pour la plupart d’entre nous, ce sera notre famille, notre entreprise, notre quartier, notre vie amicale et associative.

p026_1_00 rumeur

Avant de proclamer explicitement Jésus-Christ ressuscité, prenons le temps d’être Jean-Baptiste, préparant les chemins du Seigneur, dégageant les possibilités de croire dans notre culture et notre histoire.

________________________________________

 [1]. C’est le titre français d’un ouvrage du sociologue américain Peter Burger : A Rumor of Angels: Modern Society and the Rediscovery of the Supernatural, Peter L. Berger, Ed. Doubleday, 1969. Il y explore les pistes possibles du retour du surnaturel dans nos sociétés sécularisées.

[2]. Joseph Moingt, L’Homme qui venait de Dieu, Cerf, Collection Cogitatio Fidei n° 176, 1999.

Marie-Madeleine et les disciples répandent la rumeur de la résurrection de Jésus
dans La Passion d’Adrian Snell

(mettre les sous-titres)

LECTURES DE LA MESSE


Première lecture

« Dieu va déployer ta splendeur » (Ba 5, 1-9)


Lecture du livre du prophète Baruc

Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel. Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel, car Dieu, pour toujours, te donnera ces noms : « Paix-de-la-justice » et « Gloire-de-la-piété-envers-Dieu ». Debout, Jérusalem ! tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du couchant au levant par la parole du Dieu Saint ; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient. Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal. Car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées : ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu. Sur l’ordre de Dieu, les forêts et les arbres odoriférants donneront à Israël leur ombrage ; car Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice.


Psaume 

(Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6)
R/ Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête !
 (Ps 125, 3)

 

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

 

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

 

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

 

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

 

Deuxième lecture

« Dans la droiture, marchez sans trébucher vers le jour du Christ » (Ph 1, 4-6.8-11)


Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens

Frères, à tout moment, chaque fois que je prie pour vous tous, c’est avec joie que je le fais, à cause de votre communion avec moi, dès le premier jour jusqu’à maintenant, pour l’annonce de l’Évangile. J’en suis persuadé, celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus. Dieu est témoin de ma vive affection pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus. Et, dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance pour discerner ce qui est important. Ainsi, serez-vous purs et irréprochables pour le jour du Christ, comblés du fruit de la justice qui s’obtient par Jésus Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.


Évangile

« Tout être vivant verra le salut de Dieu » (Lc 3,1-6) Alléluia. Alléluia. 
Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3,4.6)


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie.
Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre des oracles d’Isaïe, le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ; et tout être vivant verra le salut de Dieu.
Patrick BRAUD

 

Mots-clés : , , ,
12345...21