L'homelie du dimanche

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20 mars 2010

À partir de la fin !

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À partir de la fin !

  • Avez-vous remarqué dans quel ordre Paul parle de la passion de la résurrection ? Pas selon l’ordre normal, mais à partir de la fin : « il s’agit de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion ». Autrement dit : c’est seulement la puissance de sa résurrection qui nous donne de traverser nos passions actuelles.

C’est la fin qui éclaire le présent, et non l’inverse !

À partir de la fin ! dans Communauté spirituelle the_flagellation_of_christ C’est en partant de ce qui doit arriver : la résurrection, que nous pouvons déchiffrer le présent. C’est en étant « lancé vers l’avant », « en courant vers le but », que le passé et le présent trouvent leur signification.

  • Cette inversion volontaire de Paul entre passion et résurrection rejoint le thème de l’avenir absolu offert par Dieu dans les autres lectures : « ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau » (Isaïe 43).

Et Jésus refusera d’enfermer la femme adultère dans son passé au nom de cet avenir absolu : « je ne te condamne pas : va » (Jn 8).

Dans l’Apocalypse, le ressuscité assumera pleinement en sa personne ce primat de l’avenir qui transforme le présent : « voici que je fais toutes choses nouvelles ». (Apocalypse)

 

C’est donc que nous sommes invités à regarder les êtres et les choses qui nous entourent « à partir de la fin », et non en fonction de leur passé, quel qu’il soit (glorieux ou sombre).

 

Ainsi Jésus regarde cette femme telle qu’elle est, ou plutôt telle qu’elle sera en Dieu : libre et pardonnée. Du coup, même son adultère passé ne peut abîmer sa vocation divine : ce qu’elle est appelée à devenir est plus fort que ce que la vie a fait d’elle jusqu’à présent…

  • C’est parce qu’il les regarde « à partir de la fin », à partir de leur transformation en Dieu à travers la résurrection, que Jésus peut poser sur les pécheurs un regard différent, un regard étonnant qui relève et change tout.

C’est parce qu’il anticipe ce que la puissance de la résurrection peut opérer en chacun que le regard du Christ n’enferme jamais, mais révèle un avenir ouvert, un avenir absolu qui déjà transforme le présent.

Alors Lévy le douanier collaborateur, Zachée le fonctionnaire malhonnête, Marie de Magdala esclave de ses démons, ou même Simon Pierre le lâche, chacun entendra une parole libératrice qui lui vient de devant, du but « auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus » .

 

« Le connaître, lui le Christ, avec la puissance de sa résurrection, et communier aux souffrances de sa passion… » : c’est comme un scaphandre dont il faut s’entourer lorsque l’on plonge en eau profonde. S’il n’y a pas cette armure, cette protection, comment résister aux grandes pressions et à l’asphyxie des profondeurs ?

 

  • Nous voici donc appelé à regarder cette semaine nos proches en famille, nos collaborateurs au travail, nos rencontres habituelles « à partir de la fin ». Même les choses matérielles, replacées ainsi en perspective, en acquièrent une saveur et une texture nouvelle : relativisées, elles deviennent signes du monde nouveau qui est en train de germer…

 

Oubliant le passé, libérés des jugements du présent, replaçons chaque visage en perspective par rapport à son but ultime : partager la résurrection du Christ.

 

Essayez !

Vous ferez alors l’expérience de vous taire souvent, à l’image du Christ silencieux lorsque les accusateurs veulent enfermer cette femme dans son passé.

 

Vous ferez encore l’expérience d’une infinie douceur, celle de Jésus ouvrant délicatement à l’accusée un avenir inouï : « femme, où sont-ils donc, ceux qui t’avait jugé et condamné ? »

 

Vous ferez enfin l’expérience d’une vibrante course, à l’image de Paul : « oubliant ce qui est en arrière, lancé vers l’avant, je cours vers le but pour remporter le prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus ».

 

Oui : cette semaine, regardez les êtres et les choses qui vous environnent « à partir de la fin »?

 

1ère lecture : Promesse du nouvel exode (Is 43, 16-21)

Ainsi parle le Seigneur,lui qui fit une route à travers la mer,un sentier au milieu des eaux puissantes,
lui qui mit en campagne des chars et des chevaux,des troupes et de puissants guerriers ;et les voilà couchés pour ne plus se relever,ils se sont éteints,ils se sont consumés comme une mèche.Le Seigneur dit :
Ne vous souvenez plus d’autrefois,ne songez plus au passé.
Voici que je fais un monde nouveau :il germe déjà, ne le voyez-vous pas ?Oui, je vais faire passer une route dans le désert,des fleuves dans les lieux arides.
Les bêtes sauvages me rendront gloire- les chacals et les autruches -parce que j’aurai fait couler de l’eau dans le désert,des fleuves dans les lieux arides,pour désaltérer le peuple, mon élu.
Ce peuple que j’ai formé pour moiredira ma louange.

 

Psaume : Ps 125, 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6

R/ Le Seigneur a fait merveille : nous voici dans la joie

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve!
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie;

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur!»
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous
nous étions en grande fête!

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie :

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

 

2ème lecture : Renoncer à tout pour être avec le Christ (Ph 3, 8-14)

Frères, tous les avantages que j »avais autrefois, je les considère maintenant comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j »ai tout perdu ; je considère tout comme des balayures, en vue d »un seul avantage, le Christ, en qui Dieu me reconnaîtra comme juste. Cette justice ne vient pas de moi-même – c’est-à-dire de mon obéissance à la loi de Moïse – mais de la foi au Christ : c’est la justice qui vient de Dieu et qui est fondée sur la foi.
Il s’agit de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en moi sa mort,
dans l’espoir de parvenir, moi aussi, à ressusciter d’entre les morts.
Certes, je ne suis pas encore arrivé, je ne suis pas encore au bout, mais je poursuis ma course pour saisir tout cela, comme j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus.
Frères, je ne pense pas l’avoir déjà saisi. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant,
je cours vers le but pour remporter le prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus.

 

Evangile : Jésus et la femme adultère : « Va, et ne pèche plus » (Jn 8, 1-11)

Jésus s’était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner.
Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en train de commettre l’adultère. Ils la font avancer,
et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère.
Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? »
Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol.
Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. »
Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol.
Quant à eux, sur cette réponse, ils s’en allaient l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui.
Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-il donc ? Alors, personne ne t’a condamnée ? »
Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus.»
Patrick BRAUD 

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27 février 2010

L’alliance entre les morceaux

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

L’ALLIANCE ENTRE LES MORCEAUX

 

Homélie du 2° Dimanche de Carême / Année C

28/02/10

 

Curieux texte que notre première lecture !

Texte si mystérieux qu’il a donné lieu à une multitude de commentaires, tant juifs que chrétiens.

Je vous propose d’en parcourir quelques interprétations, en essayant de les actualiser, et ? pourquoi pas ? – en faisant le lien avec notre évangile de la Transfiguration.

 

1. Une alliance exigeante où Dieu s’engage tout entier

Ce rite étrange où les partenaires d’une alliance passent au milieu de morceaux d’animaux découpés semble très ancien.

Les deux partenaires passaient entre les carcasses pour garantir qu’ils observeraient les clauses du traité d’alliance, sinon il leur arriverait la même chose qu’aux animaux découpés ! La vie des animaux sacrifiés était la garantie de la vie qui s’engageait dans le pacte.

Ce qui est étonnant ici, c’est que Dieu accepte de se soumettre à ce rite, fait pour conjurer la fidélité des humains, alors que Dieu ? lui – est fidèle et n’est pas concerné par cette garantie ! Pour assurer à Abraham qu’il ira jusqu’au bout de sa promesse d’une descendance alliée à lui, quoiqu’il arrive, Dieu accepte de passer entre les morceaux (sous la forme du feu). C’est comme s’il disait à Abraham qu’il s’engage sur sa vie, lui l’Immortel !

 

D’où une première piste de méditation : lorsque Dieu s’engage, il le fait « à la vie à la mort ». Cet engagement de Dieu culmine en Jésus-Christ transfiguré : il va signer l’Alliance de son sang.

 

2. L’annonce des exils et de la délivrance

L'alliance entre les morceaux dans Communauté spirituelle UJUj1253683La promesse de Dieu de s’allier à la descendance d’Abraham s’accompagne d’une mauvaise nouvelle (si difficile à entendre que la liturgie catholique l’a enlevée de la première lecture, hélas !) : « et sache que ta descendance séjournera dans une terre étrangère, où elle sera asservie et opprimée » (Genèse 15,13).

D’où « l’angoisse, sombre et intense, qui tomba » sur Abraham à cette annonce.

Et les animaux pourraient symboliser les exils successifs du peuple juif dans l’histoire.

De l’esclavage en Égypte à la catastrophe de la Shoah, l’alliance entre Dieu et les juifs est mise à rude épreuve, et semble bien souvent contredite, voire anéantie. Mais pourtant Dieu reste fidèle (cf. 1.), et à travers chaque exode, chaque exil, il forme son peuple à attendre de lui la délivrance absolue, celle qu’apportera le Messie.

Lorsque Abraham écarte les rapaces qui descendaient sur les morceaux, c’est comme s’il protégeait le peuple en l’obligeant à attendre jusqu’au soir le passage de Dieu au milieu des morceaux d’animaux. Le texte dit même qu’il agite des « foulards » pour écarter les rapaces ; or le mot foulards (soudarim en hébreu) vient du mot seder , qui signifie l’ordre rituel à respecter (lors d’une fête par exemple) : il faut donc respecter le temps de Dieu qui n’est pas le temps des hommes…

 

D’où une deuxième piste de méditation : Dieu restera fidèle à son alliance, quelque soit les exils et les épreuves qui marqueront notre histoire, personnelle et collective?

Compter sur Dieu permet ainsi de traverser et de transformer les exodes, les exils, et même la Shoah en attente active de sa délivrance qui ne peut venir que de lui.

La transfiguration du Christ est ainsi la promesse de fidélité divine qui lui est donnée pour traverser sa passion qui approche.

 

3. L’alliance est la raison ultime de la création

wXRp1896993 Abraham dans Communauté spirituelleÀ ce moment, une « torpeur mystérieuse » s’empare d’Abraham… On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec la première « torpeur mystérieuse », celle d’Adam, premier être humain, de qui va sortir une relation d’alliance entre Isch et Ischa, entre le masculin et le féminin (Gn 2,21). L’alliance entre Dieu et Abraham est de la même essence que l’alliance entre l’homme et la femme.

 

Mieux encore : c’est pour cette alliance que le monde a été créé !

Prenez en effet le mot hébreu que nous avons traduit par « genèse », « commencement ».

bereschit alliance

C’est le premier mot de la Bible : Bereshit. Eh bien, les cabalistes ont depuis longtemps repéré que, si vous coupez le mot hébreu Bereshit en trois morceaux égaux (Ber ? esh ? it), le début et la fin forment le mot Berit = l’alliance, et au centre il vous reste le mot Esh = le feu en hébreu ! Ainsi, lorsque le feu passe au milieu de l’alliance, la genèse du monde s’accomplit. La création a pour but cette alliance, qui est présente dès l’origine du monde dans la pensée même de Dieu !

 

On peut relire l’Évangile de la Transfiguration comme l’accomplissement de cette alliance. Pierre et ses compagnons sont accablés de sommeil, comme Adam et comme Abraham. Jésus est lui-même d’une blancheur éclatante, comme une nuée lumineuse. Il passe entre Moïse et Élie d’un côté, et Pierre ses compagnons de l’autre : c’est une nouvelle « alliance entre les morceaux » qui va conduire Israël et l’Église jusqu’à leur délivrance totale, la délivrance pascale.

 

4. Couper une alliance

En hébreu, on ne dit pas « conclure » une alliance, mais « couper » une alliance (Bereshit, B.R.H = trancher, couper, faire un choix).

C’est parce que l’alliance suppose deux partenaires distincts : tant qu’un morceau d’Adam ne lui a pas été enlevé, il ne peut pas vivre d’alliance. Abraham coupe les carcasses d’animaux pour symboliser cette radicale différence entre Dieu et l’homme, les deux partenaires de l’alliance.

D’ailleurs, l’autre rite qui va marquer l’alliance entre Dieu et son peuple est lui aussi un rite de coupure, de séparation : c’est la circoncision (circoncision = Brit mila, les mêmes lettres que Bérit / alliance, c’est le même mot!). Ce rite symbolise la différence fondamentale entre l’homme et la femme (on coupe le prépuce, partie formellement féminine du sexe masculin, pour bien distinguer masculin et féminin) pour renvoyer à la différence fondamentale entre Dieu et l’homme, dont le respect permet de vivre une relation d’alliance entre les deux.

Pas d’alliance sans acceptation de la différence !

Pas de relation d’alliance sans acceptation d’une certaine perte, d’une coupure, d’une séparation (ce que les juifs vont expérimenter dans la douleur à travers leurs exils successifs).

Les animaux coupés en deux pourraient en ce sens représenter les sacrifices nécessaires à l’alliance, sacrifices d’animaux lors du temple de Jérusalem, sacrifices spirituels ensuite…

 

Impossible de tout dire !

 

Que cette alliance entre les morceaux nous aide à revisiter cette semaine les alliances qui sont – ou qui devraient être- les nôtres : sont-elles à l’image de cette Alliance fondatrice ?


1ère lecture : L’Alliance entre les morceaux (Gn 15, 5-12.17-18a)

 

Lecture du livre de la Genèse

Le Seigneur parlait à Abraham dans une visiosn. Puis il le fit sortir et lui dit : « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… » Et il déclara : « Vois quelle descendance tu auras ! »
Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste.
Puis il dit : « Je suis le Seigneur, qui t’ai fait sortir d’Our en Chaldée pour te mettre en possession de ce pays. »
Abram répondit : « Seigneur mon Dieu, comment vais-je savoir que j’en ai la possession ? »
Le Seigneur lui dit : « Prends-moi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe. »
Abram prit tous ces animaux, les partagea en deux, et plaça chaque moitié en face de l’autre ; mais il ne partagea pas les oiseaux.
Comme les rapaces descendaient sur les morceaux, Abram les écarta.
Au coucher du soleil, un sommeil mystérieux s’empara d’Abram, une sombre et profonde frayeur le saisit.
Le Seigneur parlait à Abraham dans une vision. Puis il le fit sortir et lui dit : « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… » Et il déclara : « Vois quelle descendance tu auras ! »
Après le coucher du soleil, il y eut des ténèbres épaisses. Alors un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les quartiers d’animaux.
Ce jour-là, le Seigneur conclut une Alliance avec Abram en ces termes :« A ta descendance je donne le pays que voici. »


Ecoutez le commentaire d’Emeric Deutsch ici:
http://www.akadem.org/sommaire/series/module_2796.php

 

Psaume : Ps 26, 1, 7-8, 9abcd, 13-14

R/ Le Seigneur est ma lumière et mon salut

Le Seigneur est ma lumière et mon salut,
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie,
devant qui tremblerais-je ?

Écoute, Seigneur, je t’appelle !
Pitié ! Réponds-moi !
Mon coeur m’a redit ta parole :
« Cherchez ma face. »

C’est ta face, Seigneur, que je cherche :
ne me cache pas ta face.
N’écarte pas ton serviteur avec colère,
tu restes mon secours.

J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur
sur la terre des vivants.
« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ;
espère le Seigneur. »

 

2ème lecture : Le Christ nous transfigurera (brève : 3, 20 – 4, 1) (Ph 3, 17-21; 4, 1)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, prenez-moi tous pour modèle, et regardez bien ceux qui vivent selon l’exemple que nous vous donnons.
Car je vous l’ai souvent dit, et maintenant je le redis en pleurant : beaucoup de gens vivent en ennemis de la croix du Christ.
Ils vont tous à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne tendent que vers les choses de la terre.
Mais nous, nous sommes citoyens des cieux ; c’est à ce titre que nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ,
lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance qui le rend capable aussi de tout dominer.

 

Evangile : La Transfiguration (Lc 9, 28-36)

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il alla sur la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante.
Et deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie,
apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem.
Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, se réveillant, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés.
Ces derniers s’en allaient, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est heureux que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait.
Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent.
Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le. »
Quand la voix eut retenti, on ne vit plus que Jésus seul.Les disciples gardèrent le silence et, de ce qu’ils avaient vu, ils ne dirent rien à personne à ce moment-là.
Patrick BRAUD 

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23 janvier 2010

L’événement sera notre maître intérieur

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« L’événement sera notre maître intérieur »

 

Homélie du  3° Dimanche du temps ordinaire / Année C

24/01/10

 L'événement sera notre maître intérieur dans Communauté spirituelle 9782130521068

« L’événement sera notre maître intérieur »*


Cette phrase d’Emmanuel Mounier, philosophe et artisan du personnalisme communautaire, est devenue célèbre parce qu’elle cristallise une ligne spirituelle très pertinente pour l’homme d’action.

C’est l’événement qui appelle, et d’une certaine façon qui fait la personne humaine. C’est en répondant aux imprévus de la vie, à ce qui arrive d’ailleurs, que peu à peu je me constitue comme personne engagée dans l’histoire.

Cette philosophie de l’événement – qui appelle un engagement – est cohérente avec notre évangile d’aujourd’hui. Plus encore, elle est cohérente avec la rédaction même des quatre évangiles que nous décrit saint Luc au début du sien.


 
DE JÉSUS À THÉOPHILE : LE QUADRIPTYQUE

Relisez sa déclaration inaugurale (Lc 1,1), plus importante qu’il n’y paraît.

On y distingue quatre moments successifs, de Jésus à Théophile, qui forment le quadriptyque suivant :

 

 

Quadriptyque

 

C’est donc que les événements autour de la personne de Jésus ont suivi ce cheminement de pensée, de parole, d’écriture, avant de pouvoir émouvoir le lecteur en bout de chaîne.

 

On le voit facilement : il n’y a pas d’événements bruts ou « objectifs ».

Il y a d’abord ce qui vient d’ailleurs : le mot événement (« ex-venire » en latin = venir d’ailleurs) suggère d’ailleurs une certaine transcendance, une altérité radicale, imprévue, imprévisible, non maîtrisable.

Il y a ensuite des témoins, et il en faut plusieurs parce qu’un seul ne peut tout dire, et parce que l’événement échappe toujours à ses interprétations ultérieures.

Ces témoins ruminent ce qui s’est passé (à l’image de Marie, « qui conservait toutes ces choses en son coeur »), et à partir de cette méditation inspirée « composent un récit ».

Ce récit circule par oral dans les communautés chrétiennes, et ces communautés en retour modifient, peaufinent, affinent le récit.

Vient alors à un rédacteur (ici Luc) qui, lui aussi « inspiré » par une force d’écriture et de discernement, va mettre des mots et risquer un texte sur l’événement.

La chaîne interprétative de l’événement ne s’arrête pas là : car le lecteur (ici Théophile) a lui aussi le pouvoir de faire vivre le texte reçu, pour qu’il devienne à nouveau une parole vivante pour lui et la communauté (c’est le rôle de l’homélie par exemple !).

 

Mine de rien, avec cette petite synthèse de la méthode de rédaction de son évangile, Luc nous dit des  choses essentielles : le texte répond à des événements, l’interprétation (l’herméneutique) de ce qui s’y est arrivé étant le moteur pour témoigner de qui est Jésus de Nazareth et pour s’engager à sa suite.

 

Quand on regarde de près cette phrase inaugurale de Luc, on ne peut plus lire un texte d’évangile naïvement, comme si c’était un reportage en direct sur les paroles et gestes de Jésus (et même des reportages télévisés aujourd’hui auraient des visions très différentes les uns des autres !)

Mais surtout Luc nous rappelle qu’à la base de tout, il y a des événements, incontournables, inépuisables, irréversibles.

Ce n’est qu’à l’écoute des événements de notre histoire que nous deviendrons nous-mêmes.

 

À L’ÉCOUTE DES ÉVÉNEMENTS

 

Il y a de l’inattendu et des surprises dans l’histoire biblique.
Telle bataille tourne au désastre ou au contraire au triomphe.
Quand le peuple se détourne de Dieu, le surgissement d’un prophète peut changer la pratique collective, mais peut également se heurter à la dureté de coeur du peuple.
Cyrus Même en Exil où apparemment tout est perdu, il suffit d’un roi nouveau pour que tout redevienne possible: donner à Cyrus le titre de Messie (Is 45,1) est cette reconnaissance de l’action divine à travers l’événement inattendu de son décret de retour en Israël.

Bataille, prophète, nouveau roi perse…: les textes bibliques scrutent les bifurcations de l’histoire pour y discerner l’inattendu de Dieu.

Le discernement historique est alors une école d’interprétation, où les événements en tant qu’énigmes, surgissements de non-maîtrisable et créations de possibles imprévus, sont nos maîtres, selon la formule d’Emmanuel Mounier: « l’événement sera notre maître intérieur ».

 

Jésus-Christ est en personne l’événement par excellence, l’action par laquelle Dieu met fin à l’ancien monde. Il ne l’est pas en tant que fait établi du passé. Il l’est en tant qu’événement présent, en tant qu’il s’adresse à chacun ici et maintenant dans la lecture ou la prédication. À la lecture ou l’audition de l’évangile, Dieu entre en relation avec l’homme, l’éternel pénètre dans le temporel, le transcendant se manifeste au sein de l’immanent. C’est l’instant présent de cette rencontre qui change tout et fait tout basculer. Dans l’accueil de la Parole du Christ se joue maintenant l’événement du salut.
« Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »

 

Finalement qu’est-ce qu’un événement ?
 

Cone temporel


C’est ce qui introduit une brisure de symétrie fondamentale entre passé et futur : une modification dont on repère après coup l’importance (ou au contraire l’insignifiance) en ce qu’elle aura provoqué ou permis une évolution vers un état ultérieur qui n’était pas strictement prédictible auparavant (de façon nécessaire et univoque).

De tels événements n’ont lieu qu’une fois, et cessent d’exister une fois réalisés, au sens où ils ne réapparaîtront jamais identiques à eux-mêmes. En ce sens, ils sont irréversibles, contrairement à beaucoup d’autres choses que nous faisons et répétons.

Notre vie est remplie de tels événements, qui se présentent à nous, venus d’ailleurs, comme des bifurcations possibles.

 

L'événement sera notre maître intérieurCe peut être une crise financière, un divorce aussi bien qu’une naissance, une rencontre fortuite comme une jambe cassée?

Suite à une jambe cassée qui lui donne le temps de lire, Ignace de Loyola devient le fondateur des jésuites au lieu d’un noble chevalier.

Suite à un éblouissement sur le chemin de Damas, Saul deviendra Paul au lieu du persécuteur.

Suite à une rencontre avec deux personnes handicapées mentales en hôpital psychiatrique, Jean Vanier est embarqué dans l’aventure de l’Arche au lieu de couler une paisible retraite d’officier de marine?

 

À nous de déchiffrer « ce qui nous arrive », heureux ou douloureux, comme autant d’événements, c’est-à-dire d’appels à nous engager avec le Christ pour devenir nous-mêmes, et écrire notre propre histoire à la manière de Luc.

 

« L’événement sera notre maître intérieur » : que Luc nous serve de grand frère pour – nous aussi –  donner un sens aux événements qui nous tombent dessus, et pour nous engager dans les bifurcations qu’ils dessinent…

 

* Lettre d’Emmanuel Mounier en septembre 1949 à Jean-Marie Domenach (directeur de la revue Esprit)
 

1ère lecture : Le peuple de Dieu redécouvre la Parole (Ne 8, 1-4a.5-6.8-10)

Lecture du livre de Néhémie

Quand arriva la fête du septième mois, tout le peuple se rassembla comme un seul homme sur la place située devant la Porte des eaux. On demanda au scribe Esdras d’apporter le livre de la loi de Moïse, que le Seigneur avait donnée à Israël.
Alors le prêtre Esdras apporta la Loi en présence de l’assemblée, composée des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre. C’était le premier jour du septième mois.
Esdras, tourné vers la place de la Porte des eaux, fit la lecture dans le livre, depuis le lever du jour jusqu’à midi, en présence des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre : tout le peuple écoutait la lecture de la Loi.
Le scribe Esdras se tenait sur une tribune de bois, construite tout exprès.
Esdras ouvrit le livre ; tout le peuple le voyait, car il dominait l’assemblée. Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout.
Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit : « Amen ! Amen ! » Puis ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant le Seigneur, le visage contre terre.
Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre.
Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi.
Esdras leur dit encore : « Allez, mangez des viandes savoureuses, buvez des boissons aromatisées, et envoyez une part à celui qui n’a rien de prêt. Car ce jour est consacré à notre Dieu ! Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! »

Psaume : Ps 18, 8, 9, 10, 15
R/ La joie du Seigneur est notre rempart

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.Les préceptes du Seigneur sont droits,
ils réjouissent le coeur ;
le commandement du Seigneur est limpide,
il clarifie le regard.

La crainte qu’il inspire est pure,
elle est là pour toujours ;
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables.

Accueille les paroles de ma bouche,
le murmure de mon coeur ;
qu’ils parviennent devant toi,
Seigneur, mon rocher, mon défenseur !

2ème lecture : Diversité des membres dans l’unité du corps du Christ (1Co 12, 12-30)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre au Corinthiens

Frères,
Prenons une comparaison : notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ.
Tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés dans l’unique Esprit pour former un seul corps. Tous nous avons été désaltérés par l’unique Esprit.
Le corps humain se compose de plusieurs membres, et non pas d’un seul.
[ Le pied aura beau dire : « Je ne suis pas la main, donc je ne fais pas partie du corps », il fait toujours partie du corps.
L’oreille aura beau dire : « Je ne suis pas l’oeil, donc je ne fais pas partie du corps », elle fait toujours partie du corps.
Si, dans le corps, il n’y avait que les yeux, comment pourrait-on entendre ? S’il n’y avait que les oreilles, comment pourrait-on sentir les odeurs ?
Mais, dans le corps, Dieu a disposé les différents membres comme il l’a voulu.
S’il n’y en avait qu’un seul, comment cela ferait-il un corps ?
Il y a donc à la fois plusieurs membres, et un seul corps.
L’oeil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi » ; la tête ne peut pas dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous ».
Bien plus, les parties du corps qui paraissent les plus délicates sont indispensables.
Et celles qui passent pour moins respectables, c’est elles que nous traitons avec plus de respect ; celles qui sont moins décentes, nous les traitons plus décemment ;
pour celles qui sont décentes, ce n’est pas nécessaire. Dieu a organisé le corps de telle façon qu’on porte plus de respect à ce qui en est le plus dépourvu :
il a voulu qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres.
Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie. ]
Or, vous êtes le corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps.
[ Parmi ceux que Dieu a placés ainsi dans l’Église, il y a premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement ceux qui sont chargés d’enseigner, puis ceux qui font des miracles, ceux qui ont le don de guérir, ceux qui ont la charge d’assister leurs frères ou de les guider, ceux qui disent des paroles mystérieuses.
Tout le monde évidemment n’est pas apôtre, tout le monde n’est pas prophète, ni chargé d’enseigner ; tout le monde n’a pas à faire des miracles,
à guérir, à dire des paroles mystérieuses, ou à les interpréter. ]

Evangile : Prologue de Saint Luc – « Aujourd’hui, s’accomplit la Parole »
(Lc 1, 1-4; 4, 14-21)

Commencement de l’Evangile de Jésus Christ selon saint Luc

Plusieurs ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous,
tels que nous les ont transmis ceux qui, dès le début, furent les témoins oculaires et sont devenus les serviteurs de la Parole.
C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après m’être informé soigneusement de tout depuis les origines, d’en écrire pour toi, cher Théophile, un exposé suivi,
afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as reçus.

Lorsque Jésus, avec la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région.

Il enseignait dans les synagogues des Juifs, et tout le monde faisait son éloge.
Il vint à Nazareth, où il avait grandi. Comme il en avait l’habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture.
On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :
L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération,
annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
Alors il se mit à leur dire : « Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »
Patrick BRAUD
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4 décembre 2009

Une foi historique

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 9 h 08 min

Une foi historique

Homélie du 2ème dimanche de l’Avent
Dimanche 6 Décembre 2009 / Année C

Dieu parle dans l’histoire humaine

Imaginez que sur la brique la Cathédrale d’Evry, inaugurée en 1996, on ait représenté la chute du Mur de Berlin de 1989, et vous aurez une idée du caractère historique de la foi…
Et pourtant on aurait raison de graver une telle scène : dans la foi, nous pouvons lire l’évènement de la chute du Mur de Berlin comme une parole de Dieu pour notre monde, comme une action de l’Esprit de Dieu pour plus de liberté et moins de mon songe. Ce mur qui tombait en 1989 nous révèle quelque chose de Dieu lui-même que nous n’avons pas fini de méditer.

nullNous avons fêté donc le 20° anniversaire de la chute du Mur de Berlin cette année. Une immense espérance ! Mais peu de commentateurs ont souligné le rôle actif, irremplaçable, des chrétiens d’Allemagne de l’Est, dans cette révolution pacifique. Les temples protestants et les églises catholiques étaient devenus les seuls lieux de parole libre. L’inspiration évangélique ancrait l’envie de liberté dans la non-violence, et même l’amour des ennemis. La résistance spirituelle, dérisoire au début à force de bougies dans la nuit sur les places de la RDA, est devenue peu à peu une vague populaire que Gorbatchev n’a heureusement pas voulu briser dans le sang. De même qu’en Pologne la foi a fait plier un régime inhumain, la prière et l’attente spirituelle des allemands de l’Est a fini par faire tomber les murailles de Jéricho élevées en 1962 dans Berlin.

C’est donc que la foi transforme l’histoire (avec d’autres facteurs, c’est vrai : mais justement, elle fait système).

 

Dieu parle dans l’histoire humaine

À nous de la déchiffrer !

Les textes de ce Dimanche nous invitent à voir l’histoire autrement : pas seulement les faits divers le journal télévisée de 20h, pas d’abord l’histoire des puissants de ce monde, pas uniquement une histoire de drames et de violence.
Non : une histoire habitée par Dieu lui-même. Des évènements à déchiffrer. Des gestes collectifs à travers lesquels Dieu parle…

Quelle est votre théologie de l’histoire ?…

Écoutez le prophète Baruch qui relit le prophète Isaïe : « Débout Jérusalem ! vois tes enfants rassemblés. Tu les avais vu partir à pied, emmenés par des ennemis, et Dieu te les ramène portés en triomphe ! » Parce qu’il se souvient du retour à Jérusalem, après les 60 ans d’Exil à Babylone, Baruch annonce aux Juifs que leurs diaspora un jour se terminera.

nullIl aura fallu attendre 22 siècles, jusqu’en 1948, pour que ce texte de Baruch s’accomplisse, avec le retenir des Juifs à Jérusalem? De même que l’Exil à Babylone avait un sens ainsi que le retour d’Exil, l’exil du temps de Baruch et la dispersion de l’an 70 sont également des évènements de leur histoire que les juifs ne cessent de méditer (et nous chrétiens avec eux).

Ainsi la Shoah, cette catastrophe épouvantable de la 2° guerre mondiale, et ensuite la création de l’État moderne d’Israël, continuent d’être une histoire où Dieu se révèle?

L’histoire est également très présente dans l’Evangile d’aujourd’hui, qui fourmille de noms et de lieux historiques :Tibère, Ponce Pilate, Hérode, Philippe, Lysanias, Anne et Caiphe, Jean le Baptiste… Autant dire que les actes de ces personnages sont le théâtre où Dieu va se révéler.

C’est ce que la tradition chrétienne appelle « l’économie du salut » : à travers les évènements et les personnes de notre histoire, Dieu se révèle, en communiquant son salut.
Le Concile Vatican II précise :
« Pareille économie de la Révélation comprend des événements et des paroles intimement unis entre eux. Les oeuvres, réalisées par Dieu dans l’histoire du salut, attestent et corroborent (…) les paroles, tandis que les paroles (…) éclairent le mystère que les oeuvres contiennent. » (Dei Verbum n° 2)

« Dieu se révéla, en paroles et en actes, au peuple de son choix, comme l’unique Dieu véritable et vivant. L’économie du salut, (…) racontée et expliquée par les auteurs sacrés, apparaît donc dans les livres de l’Ancien Testament comme la vraie parole de Dieu. (Dei Verbum n° 13)

Notre histoire est une histoire du salut. Dieu ne se révèle pas seulement dans la Bible.
« Dieu ne se révèle pas seulement dans la liturgie.
Il se communique également lui-même à travers les évènements de notre histoire.

Plus encore que dans la création, Dieu parle dans l’histoire de l’humanité. Il révèle sa présence dans les événements du monde, en établissant à diverses reprises un dialogue avec les hommes créés à son image, pour créer avec chacun une communion de vie et d’amour. L’histoire devient ainsi un chemin de connaissance réciproque entre le Créateur et l’être humain, un dialogue qui a pour but ultime de nous conduire de l’esclavage du péché à la liberté de l’amour.
Ainsi vécue, l’histoire devient un chemin vers la liberté.
Voulez-vous parcourir ce chemin?
Voulez-vous participer vous aussi à cette aventure? »
JEAN PAUL II à Lviv (Ukraine) Mardi 26 Juin 2001

Dieu parle dans l’histoire humaine
nullCe 2ème Dimanche de l’Avent interroge ainsi notre conception de l’histoire.
Histoire collective :
- pouvons-nous en Eglise nous entraider à lire les « signes des temps » (Vatican II) ?
- à interpréter les bouleversements et les progrès actuels ?
- à discerner la parole de Dieu qui nous est adressée à travers l’actualité ? les évènements présents ? les échéances à venir ?

Histoire personnelle également :
– désirons-nous apprendre à relire notre histoire individuelle ?
– à en repérer les tournants décisifs, les lignes de force, les points de rupture ?…
Le traditionnel « examen de conscience » du soir de St Ignace et des jésuites par exemple, repose sur le caractère historique de notre foi : ne pas laisser passer une journée sans recueillir le nouveau visage de Dieu qui s’y révèle, à travers les rencontres, les gestes, les paroles d’une journée ordinaire ou extraordinaire.

Dieu parle dans l’histoire humaine… :
que l’Avent nous éveille à une foi authentiquement historique
.

 

Lectures du 2° Dimanche de l’Avent / Année C

Ba 5, 1-9
Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel. Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel, car Dieu pour toujours te donnera ces noms : « Paix-de-la-justice » et « Gloire-de-la-piété-envers-Dieu ». Debout, Jérusalem ! Tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du levant au couchant par la parole du Dieu Saint ; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient. Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal. Car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées :ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu. Sur l’ordre de Dieu, les forêts et leurs arbres odoriférants donneront à Israël leur ombrage ; car Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, lui donnant comme escorte sa miséricorde et sa justice.
Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6
Le Seigneur a fait merveille : nous voici dans la joie
Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.Alors on disait parmi les nations :

« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

Ph 1, 4-6.8-11
Frères, chaque fois que je prie pour vous tous, c’est toujours avec joie, à cause de ce que vous avez fait pour l’Évangile en communion avec moi, depuis le premier jour jusqu’à maintenant. Et puisque Dieu a si bien commencé chez vous son travail, je suis persuadé qu’il le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus.
Oui, Dieu est témoin de mon attachement pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus. Et, dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la connaissance vraie et la parfaite clairvoyance
qui vous feront discerner ce qui est plus important. Ainsi, dans la droiture, vous marcherez sans trébucher vers le jour du Christ ; et vous aurez en plénitude la justice obtenue grâce à Jésus Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.

Lc 3, 1-6
L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode prince de Galilée, son frère Philippe prince du pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias prince d’Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie. Il parcourut toute la région du Jourdain ; il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe :A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur,aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé,toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits,les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu.
Patrick BRAUD
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