L'homélie du dimanche (prochain)

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26 janvier 2013

L’Aujourd’hui de Dieu dans nos vies

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

L’Aujourd’hui de Dieu dans nos vies

 

Homélie du 3° Dimanche ordinaire / Année C
27/01/13

 

« Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles cette Écriture. »

Dans l’Évangile de St Luc, l’aujourd’hui du salut est un leitmotiv, un refrain obsédant qui parcourt toute la vie du Christ.

 

* Il y a d’abord celui de Noël, tout proche, celui de l’annonce aux bergers : « aujourd’hui vous est né un Sauveur » (Luc 2, 11). Ce n’est pas seulement l’anniversaire de la naissance de Jésus que nous avons fêté à Noël, c’est notre propre naissance, aujourd’hui, à la vie divine.

 

* Il y a ensuite celui du baptême : « aujourd’hui, je t’ai engendré ; tu es mon enfant bien-aimé. » (3,22)

Cette déclaration d’amour de Dieu n’est pas seulement celle de notre baptême autrefois, elle nous rejoint jour après jour : aujourd’hui, tu peux naître de nouveau? Chacun de nous peut dire : je n’ai pas été baptisé il y a tant d’années, c’est aujourd’hui que je suis baptisé, que je deviens baptisé?

 

* Puis vient l’aujourd’hui de l’Écriture, à Nazareth dans la synagogue de son enfance. « Aujourd’hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez » (4,21).

La Bible que nous entendons le dimanche ou que nous lisons à la maison n’est pas un vieux texte pour les historiens : elle peut devenir une parole vivante pour moi aujourd’hui, qui me parle d’une façon si bouleversante que j’ai parfois l’impression qu’elle a été écrite pour moi, en connaissant le secret de ma vie?

 

* Quand Jésus guérit un homme paralysé – et qui n’est pas paralysé par des peurs et des blocages intérieurs ? – quand il lui pardonne ses péchés – et qui n’est pas pécheur ? – la foule s’écrit : « aujourd’hui, nous avons vu des choses extraordinaires » (5,26). C’est notre propre cri d’émerveillement et de louange lorsque nous savons nous arrêter pour discerner, aujourd’hui, les signes de l’action de Dieu en nous ou chez les autres.

 

* Devant l’hostilité d’Hérode, Jésus affirme la permanence de son action : « allez dire à ce renard : voici, je chasse les démons et j’accomplis des guérisons aujourd’hui et demain, et le 3ème jour j’atteins mon but. » (13,32) Il me faut poursuivre ma route aujourd’hui et demain et le jour suivant : ne pas baisser les bras, et continuer jour après jour la route qui est la mienne?

 

* Plus spectaculaire encore est l’aujourd’hui du salut qui est adressé à Zachée : « Zachée, descends vite, aujourd’hui il me faut demeurer chez toi » (19,5) et devant la conversion de Zachée, Jésus constate avec joie : « aujourd’hui, le salut est venu pour cette maison » (19,5). Pourquoi attendre à demain pour remettre de l’ordre dans ma vie alors que c’est aujourd’hui que le Christ s’invite chez moi ?

 

* Car malheureusement, l’aujourd’hui du salut renvoie également à l’aujourd’hui de la trahison de Pierre qui est aussi la mienne : « Je te le déclare, Pierre, le coq ne chantera pas aujourd’hui que tu ne m’aies renié 3 fois » (que tu n’aies par 3 fois nié me connaître) (22, 34-61).

 

* Pourtant l’aujourd’hui du salut sera plus fort que celui de mes reniements. À tel point que le criminel suspendu en croix à la droite de Jésus s’entendra dire cette parole, inouïe et injuste à première vue : « aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis  » (23,43). La puissance de la résurrection du Christ peut se manifester dès maintenant en moi ! Il suffit que je l’accueille, que je la désire pour maintenant, et non pour hier ou pour plus tard, et que je croie de tout mon c?ur à l’accomplissement de cette promesse dès maintenant?

 

* Vous voyez, ce thème de l’aujourd’hui du salut est un thème cher à Luc, du début à la fin de son Évangile. Qu’est-ce que cela veut dire pour nous ?

Certains vivent dans le passé, en étant comme écrasés par des événements qui les ont blessés autrefois : il y a des paroles et des gestes si lourds, des faits si graves qu’on a l’impression qu’ils ne pourront jamais être guéris?

Certains au contraire semblent n’exister que pour le futur :faire des projets, maîtriser l’avenir, tout sacrifier à une réussite future semble être leur unique obsession, aux dépens d’une réelle présence aux gens et aux situations qui les entourent actuellement.

 

Or le Christ nous demande de l’accueillir aujourd’hui : non pas hier, dans nos regrets, nos nostalgies ou nos souvenirs, non pas demain dans nos rêves ou nos projections, mais dès maintenant en ce jour.

 

Quand nous étions petits, nos parents nous ont appris : « Ne remets pas à demain ce que tu peux faire aujourd’hui.  » Le Christ nous le dit d’une façon plus radicale encore : « Crois-tu qu’aujourd’hui quelque chose peut changer en toi ? Croyez-vous que dès maintenant cette parole de salut et d’espérance commence à s’accomplir en vous ? Avez-vous le désir de vivre dès aujourd’hui, de vivre chaque journée qui passe comme un présent, un cadeau qui vous est fait pour aimer et vous donner à votre tour ? « 

 

N’est-ce pas cette espérance d’un salut aujourd’hui qui manque à tant de gens, de leur vie conjugale ou professionnelle ? Les couples en crise qui n’osent pas affronter leurs difficultés présentes, ou qui au contraire s’y enfoncent en se disant : ça ne changera jamais? La détresse sociale des millions de famille en dessous du seuil de pauvreté en France, et qui se demandent : comment vivre aujourd’hui, comment retrouver une espérance dès à présent ?

 

* À tous ceux qui désespèrent et qui disent : « Je ne vois plus de sens à ma vie, je ne sais plus quelle est la signification de mon histoire », le Christ adresse cet encouragement et cet appel :

« Regarde ta propre histoire.
C’est toujours chaque instant présent qui contient la signification de ton histoire.
Tu ne peux pas regarder cette histoire en spectateur.
Tu dois l’envisager à partir de tes décisions, à partir de ta responsabilité.
Dans chaque instant présent de ta vie sommeille la possibilité qu’il soit l’instant du salut. À toi de le réveiller ».

(Bultmann, Histoire et eschatologie, Delachaux & Niestlé, Neuchâtel-Paris, 1959).

 

C’est maintenant le moment favorable, pas hier, pas demain.
C’est maintenant le jour du salut.  » (2 Co 6, 2).
Aujourd’hui, cette parole du Christ s’accomplit pour nous qui l’entendons.

 

 

 

1ère lecture : Le peuple de Dieu redécouvre la Parole (Ne 8, 1-4a.5-6.8-10)

Lecture du livre de Néhémie

Quand arriva la fête du septième mois, tout le peuple se rassembla comme un seul homme sur la place située devant la Porte des eaux. On demanda au scribe Esdras d’apporter le livre de la loi de Moïse, que le Seigneur avait donnée à Israël.
Alors le prêtre Esdras apporta la Loi en présence de l’assemblée, composée des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre. C’était le premier jour du septième mois.
Esdras, tourné vers la place de la Porte des eaux, fit la lecture dans le livre, depuis le lever du jour jusqu’à midi, en présence des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre : tout le peuple écoutait la lecture de la Loi.
Le scribe Esdras se tenait sur une tribune de bois, construite tout exprès.
Esdras ouvrit le livre ; tout le peuple le voyait, car il dominait l’assemblée. Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout.
Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit : « Amen ! Amen ! » Puis ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant le Seigneur, le visage contre terre.
Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre.
Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi.
Esdras leur dit encore : « Allez, mangez des viandes savoureuses, buvez des boissons aromatisées, et envoyez une part à celui qui n’a rien de prêt. Car ce jour est consacré à notre Dieu ! Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! »

Psaume : Ps 18, 8, 9, 10, 15

R/ La joie du Seigneur est notre rempart

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

Les préceptes du Seigneur sont droits,
ils réjouissent le c?ur ;
le commandement du Seigneur est limpide,
il clarifie le regard.

La crainte qu’il inspire est pure,
elle est là pour toujours ;
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables.

Accueille les paroles de ma bouche,
le murmure de mon c?ur ;
qu’ils parviennent devant toi,
Seigneur, mon rocher, mon défenseur !

2ème lecture : Diversité des membres dans l’unité du corps du Christ (1Co 12, 12-30 (lecture brève : 12, 12-14.27))
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre au Corinthiens

Frères,
Prenons une comparaison : notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ.
Tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés dans l’unique Esprit pour former un seul corps. Tous nous avons été désaltérés par l’unique Esprit.
Le corps humain se compose de plusieurs membres, et non pas d’un seul.
[ Le pied aura beau dire : « Je ne suis pas la main, donc je ne fais pas partie du corps », il fait toujours partie du corps.
L'oreille aura beau dire : « Je ne suis pas l'?il, donc je ne fais pas partie du corps », elle fait toujours partie du corps.
Si, dans le corps, il n'y avait que les yeux, comment pourrait-on entendre ? S'il n'y avait que les oreilles, comment pourrait-on sentir les odeurs ?
Mais, dans le corps, Dieu a disposé les différents membres comme il l'a voulu.
S'il n'y en avait qu'un seul, comment cela ferait-il un corps ?
Il y a donc à la fois plusieurs membres, et un seul corps.
L'?il ne peut pas dire à la main : « Je n'ai pas besoin de toi » ; la tête ne peut pas dire aux pieds : « Je n'ai pas besoin de vous ».
Bien plus, les parties du corps qui paraissent les plus délicates sont indispensables.
Et celles qui passent pour moins respectables, c'est elles que nous traitons avec plus de respect ; celles qui sont moins décentes, nous les traitons plus décemment ;
pour celles qui sont décentes, ce n'est pas nécessaire. Dieu a organisé le corps de telle façon qu'on porte plus de respect à ce qui en est le plus dépourvu :
il a voulu qu'il n'y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres.
Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l'honneur, tous partagent sa joie. ]
Or, vous êtes le corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps.
[ Parmi ceux que Dieu a placés ainsi dans l'Église, il y a premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement ceux qui sont chargés d'enseigner, puis ceux qui font des miracles, ceux qui ont le don de guérir, ceux qui ont la charge d'assister leurs frères ou de les guider, ceux qui disent des paroles mystérieuses.
Tout le monde évidemment n'est pas apôtre, tout le monde n'est pas prophète, ni chargé d'enseigner ; tout le monde n'a pas à faire des miracles,
à guérir, à dire des paroles mystérieuses, ou à les interpréter. ]

Evangile : Prologue de Saint Luc ? « Aujourd’hui, s’accomplit la Parole » (Lc 1, 1-4; 4, 14-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Le Seigneur a envoyé Jésus, son Sauveur, porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres. Alléluia. (cf. Lc 4, 18)

Commencement de l’Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Plusieurs ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, tels que nous les ont transmis ceux qui, dès le début, furent les témoins oculaires et sont devenus les serviteurs de la Parole.
C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après m’être informé soigneusement de tout depuis les origines, d’en écrire pour toi, cher Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as reçus.

Lorsque Jésus, avec la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues des Juifs, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à Nazareth, où il avait grandi. Comme il en avait l’habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.

Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
Alors il se mit à leur dire : « Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »
Patrick Braud

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8 décembre 2012

Le Verbe et la voix

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le Verbe et la voix

Homélie du 2° Dimanche de l’Avent / Année C
09/12/12

Vois  la voix 

Le Verbe et la voix dans Communauté spirituelle 37453235Le Christ est le Verbe de Dieu (Jn 1,1). Jean-Baptiste en est la voix, qui crie pour préparer sa venue. Même si elle crie dans le désert, cette voix est indispensable pour que Jésus soit plongé dans le Jourdain, pour que le Verbe de Dieu soit baptisé dans notre humanité.

C’est donc qu’aujourd’hui encore, dans la nouvelle évangélisation de l’Europe particulièrement, une voix est nécessaire avant l’annonce explicite, pour que l’Évangile soit manifesté.

Comme toujours le génial St Augustin nous met sur la voie? de la voix en l’occurrence ! (sermon 288)

« Cherchons donc ce qui fait la différence entre voix et parole. Cherchons avec attention, car c’est important, il faut nous y arrêter.
Voici donc deux choses : la voix et la parole. Qu’est-ce qu’une voix ? Qu’est-ce qu’une parole » »

« ‘Je suis la voix qui crie dans le désert’.
Par cette parole, Jean se déclare la voix.  Jean est la voix.
Et qu’est le Christ, sinon la Parole ?
La voix doit d’abord se faire entendre pour qu’ensuite la parole soit comprise.

Mais de quelle parole s’agit-il ?
Écoute, il te le montre clairement : « Au commencement était la Parole et la Parole était près de Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Tout fut par elle et sans elle rien ne fut ». Tout a été fait par la Parole, et Jean aussi. Quoi d’étonnant si la Parole se soit fait une voix ! Regarde : vois sur les rives du fleuve la Voix et la Parole : la Voix, c’est Jean, la Parole c’est le Christ.»


Voix, cri, parole : il y a dans ces distinctions un enjeu capital pour l’évangélisation aujourd’hui.

Comment entendre la Parole (qu’est le Christ) si elle n’est pas précédée par la voix (qu’est Jean-Baptiste) ?

pour-comprendre-les-media_150 Avent dans Communauté spirituelleLe médium est aussi important que le message : medium is message (Mac Luhan). La façon de dire quelque chose est aussi importante que le contenu de ce qui est dit. Par exemple, dire « je t’aime » sur l’air de « passe-moi le sel » garantit un effet de doute. Alors que la formule « engeance de vipères » va bien avec un Jean Baptiste hirsute maigre et couvert de peaux de bêtes.

La voix qui porte la parole crée un climat de communication ou d’hostilité.
L’empreinte vocale de quelqu’un dépasse d’ailleurs la seule voix : l’apparence et le comportement physique de quelqu’un peut devenir une petite musique qui porte son message avant même les mots.
Le bon pape Jean XXIII, rien qu’en apparaissant, respirait la bonté de Dieu, grâce à ses rondeurs mises au service de l’Évangile.
Jean Paul 1° avait pour lui son sourire qui faisait la conquête les foules avant même de parler.
Pour Jean-Paul II, c’était son allure d’athlète de Dieu, défiant tous les pouvoirs totalitaires.
Benoît XVI quant à lui est handicapé par son air timide d’intellectuel peu à l’aise devant les foules.

Medium is message : l’important est de retenir que, quelque soit votre morphologie, vous pouvez en faire une « voix de l’Évangile » !

 

Qu’est-ce donc que la voix, sans laquelle la parole ne peut exister ?

a) Nous l’avons en commun avec tous les animaux, qui sont parvenus au seuil du langage, sans franchir cette frontière avec l’humain.

9782251334318 Jean BaptisteOn a inventé un tas de mots pour qualifier la diversité de ces voix animales.
Par exemple : « l’oiseau crie, siffle, babille, caquette, chuchote, vocalise, hulule, gazouille, murmure, pépie, gringotte, jabote, cacarde, jase, piaille, piaule, jacasse, ramage »  1.

Pourquoi ne jouerions-nous pas de toute cette gamme de nuances pour porter la parole de l’Évangile ?


b) les caractéristiques de la voix de quelqu’un sont en lien avec sa personnalité profonde.
Elles dépendent beaucoup de son état affectif.
Quand on téléphone à un proche, rien qu’à entendre sa voix quand il décroche, on peut deviner si son moral est bon, moyen ou mauvais?
Certains ont une voix de poitrine, ou de fausset, d’autres des voix de tête?

- La fréquence d’une voix, mesurée en hertz, traduit la tonalité moyenne de la voix. Parler en basse fréquence ou en haute fréquence n’est pas du tout pareil (pensez à votre poste FM : modulation de fréquence, pour capter toutes les stations).

- L’intensité d’une voix, mesurée en décibels, traduit la force de la relation, depuis le murmure jusqu’au cri inaudible. Timidité ou affirmation de soi jouent de l’intensité de la voix?

- Le timbre de la voix est sans doute le facteur le plus personnel, non mesurable. La voix chaude de Jean Rochefort, nasillarde de Claude Piéplu dans les shaddocks, ou la voie suave et sensuelle des hôtesses d’aéroport nous marquent plus qu’on ne le pense?

Comment travaillons-nous notre « voix de l’Évangile » en jouant de tous ces registres ?

- Calons-nous notre fréquence sur celle que peut recevoir notre auditeur ? (fréquence art / fréquence sport / fréquence humanité?).

- Adaptons-nous l’intensité de notre annonce à la situation du moment ? (cf. les évêques haussant le ton pour appeler à un débat social sur le ‘mariage pour tous’)

- Choisissons-nous le timbre de notre voix pour annoncer l’Évangile : chaleureux ou grave s’il le faut, frais et joyeux à un autre moment etc ??


Vous voyez : la voix est une médiation entre le corps et le langage, entre la chair et les sons articulés.
C’est une transition, un « espace transitionnel » (Winnicott) entre une personne et un message.

 

La Parole ne peut se faire chair sans la Voix

Comme Jésus se révèle Parole grâce à Jean Baptiste – la voix dans le désert – la voix n’est pas la parole, mais sans elle pas de parole.

« La voix est ce par où le corps franchit sa limite pour devenir progressivement langage » 2. Depuis le premier cri du nourrisson sortant des entrailles maternelles jusqu’au chant mystique, la voix est médiatrice entre le corps et le langage.

9782204084543 paroleJean Baptiste dans l’Évangile d’aujourd’hui nous invite à travailler ces médiations: par quelle voix porterons-nous le Christ à nos frères ?

 

La Parole avant la voix

Pour terminer, une petite ouverture, encore plus vertigineuse que le mystère de la voix humaine, pourtant à peine esquissé.

Ce qu’il y a d’original en christianisme, c’est que - en Dieu comme en moi – la Parole précède la voix, à l’inverse du genre humain.

« Au commencement était la Parole «  (Prologue de Jean).

Christ est d’abord au plus intime de notre être, Verbe incarné (c’est cela Noël-pour-moi).
Parole de Dieu enfouie dans ma chair et qui en façonne une voix, un cri.
Si ma voix se nourrit de la présence du Verbe en moi, elle transmettra quelque chose de Dieu aux hommes.
Si ma voix n’a pas d’autre source que l’animal qui est aussi en moi, elle ne sera qu’un « cymbale qui résonne » dans le vide.


Seigneur Jésus, toi la Parole qui demeure près du Père, fais de nous la voix de ton amour, pour crier dans le désert, pour chanter ta venue au coeur de nos villes !

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1. La voix et ses sortilèges, M. Fr Castarède, Ed les Belles Lettres, 1987, p 15.

2. ibid., p 131.

 

1ère lecture : En marche vers la Jérusalem nouvelle (Ba 5, 1-9)

Lecture du livre de Baruc

Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel.
Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel, car Dieu pour toujours te donnera ces noms : « Paix-de-la-justice » et « Gloire-de-la-piété-envers-Dieu ».
Debout, Jérusalem ! tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du levant au couchant par la parole du Dieu Saint ; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient.
Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal.
Car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées : ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu.
Sur l’ordre de Dieu, les forêts et leurs arbres odoriférants donneront à Israël leur ombrage ; car Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, lui donnant comme escorte sa miséricorde et sa justice.

Psaume : Ps 125, 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6

R/ Dieu guidera son peuple dans la joie à la lumière de sa gloire

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie. 

Alors on disait parmi les nations : 
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! » 

Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête ! 

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.

Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie. 

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes. 

2ème lecture : Marchons sans trébucher vers le jour du Christ(Ph 1, 4-6.8-11)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, chaque fois que je prie pour vous tous, c’est toujours avec joie, à cause de ce que vous avez fait pour l’Évangile en communion avec moi, depuis le premier jour jusqu’à maintenant.
Et puisque Dieu a si bien commencé chez vous son travail, je suis persuadé qu’il le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus.
Dieu est témoin de mon attachement pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus.
Et, dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la connaissance vraie et la parfaite clairvoyance qui vous feront discerner ce qui est plus important. Ainsi, dans la droiture, vous marcherez sans trébucher vers le jour du Christ ; et vous aurez en plénitude la justice obtenue grâce à Jésus Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.

Evangile : Jean Baptiste prépare le chemin du Seigneur (Lc 3, 1-6)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, aplanisez la route : tout homme verra le salut de Dieu. Alléluia. (Cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode prince de Galilée, son frère Philippe prince du pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias prince d’Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie.
Il parcourut toute la région du Jourdain ; il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe : À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.
Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu.
Patrick Braud

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27 octobre 2012

Bartimée et Jésus : les deux fois deux fils

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Bartimée et Jésus : les deux fois deux fils

Homélie du 30° dimanche ordinaire Année B
28/10/12

 

Le fils de Timée et le Fils de David

L’épisode de la rencontre de Jésus et de Bartimée à la sortie de Jéricho est célèbre (Mc 10,46-52). On y voit souvent une preuve de la puissance du Christ. Ou son désir de réintégrer socialement tous les exclus qui comme cet aveugle restent au bord de la route au sens propre comme au sens figuré. Ou on y lit avec raison le symbole du baptisé qui quitte ses aveuglement pour suivre Jésus sur la voie de l’évangile.

On peut aussi y voir la rencontre de deux fils, l’un donnant à l’autre d’assumer sa filiation.
Voyons comment.

Les noms bibliques ont une signification.

Ils ne sont jamais là par hasard dans un texte de la Bible, comme les chiffres d’ailleurs.

Bartimée et Jésus : les deux fois deux fils dans Communauté spirituelleJéricho par exemple, vient du nom hébreu : lune (« jareah »). Jéricho est donc la ‘ville de la lune’ en hébreu. Or la lune croît et décroît, elle change sans cesse (par opposition au soleil) : elle est devenue dans le monde de Jésus le symbole de la disparition et du déclin. L’évangéliste Marc précise bien que Jésus sort de Jéricho avec ses disciples : symboliquement c’est l’invitation à sortir de nos déclins, à ne pas se résigner à la disparition.

       Sortir d’une logique dépressive du déclin, c’est par exemple reconnaître que notre Église est bien vivante, et se renouvelle en profondeur. Nous sommes à l’image de cette foule « assez nombreuse » (traduction plus exacte du texte) qui entoure Jésus dans le passage d’aujourd’hui : ni majoritaire, ni marginale. Une foule qui va apprendre à être instrument du salut en transmettant l’appel du Christ à l’aveugle.

         Sortir de Jéricho est aussi l’invitation à quitter nos déclins intérieurs : lorsque décline notre soif de Dieu, notre soif de vivre ; lorsque baisse l’intensité de notre amour pour Dieu, l’intensité de notre amour pour les autres, sortons de ces Jérichos-là avec le Christ ! Quittons nos logiques dépressives…

D’autant plus que Jésus se met en route vers Jérusalem : autre nom symbolique.

Yerou-shalaïm : la ville de la paix (shalom) ou de la plénitude (shelemout). Jésus passe de Jéricho à Jérusalem : il nous fait passer avec lui du déclin à la paix, de la disparition à la plénitude.

       Deux autres noms ont toute leur importance dans ce texte : « Bar-timée » et « fils de David ».

C’est tellement important que Marc précise : « Bar-Timée » c’est le fils de Timée. Or Timée vient d’une racine grecque qui signifie : « châtiment ». Bar-Timée est donc le fils du châtiment ; ce que traduit bien hélas sa condition d’aveugle, puisqu’à l’époque beaucoup croyaient que la cécité était un châtiment de Dieu (ce que Jésus ne cessera de dénoncer).

Le fils de Timée croise le « fils de David ». Et David veut dire : « Bien Aimé ». Voici donc que le fils du châtiment rencontre le fils Bien Aimé !

Choc terrible : qui va l’emporter : la peur du châtiment ou la foi en la puissance de l’amour ?

La peur ou la foi ? : dilemme terriblement actuel !

Lorsque des intégristes religieux de tous bords voudraient revenir à la peur comme moteur de la conversion vers Dieu.

Lorsque les questions de violence sociale (dans nos écoles ou nos cités) risquent d’être instrumentalisées dans les débats politiques.

Les Évêques français appellent depuis longtemps à revaloriser la famille comme lieu primordial  d’éducation à la confiance : « la famille est le premier lieu où les hommes et les femmes apprennent la confiance en eux-mêmes et la confiance dans les autres » (Message du 18/10/2006). On croirait entendre la « foule – Église » de notre évangile, qui finalement transmet au fils de Timée l’appel du Fils de David : « confiance, lève-toi, il t’appelle ».

20030919142921_medium amour dans Communauté spirituelle         La rencontre des 2 fils d’aujourd’hui nous fait passer de la peur du châtiment à la confiance en l’amour : « ta foi t’a sauvé » constate Jésus, dont le nom signifie justement : « Dieu sauve ». A la fin du récit, l’aveugle n’est plus le fils de Timée mendiant assis au bord de la route, mais un homme – enfin ! – qui suit Jésus sur la route. Il a changé de filiation.

         Et vous : êtes-vous fils de Timée ou de David ?

C’est si important de savoir de qui on est le fils / la fille…

Dans la préparation au mariage, c’est toujours une étape capitale du dialogue avec les fiancés : de qui êtes-vous l’enfant ? Comment ces 2 filiations vont-elles pouvoir se rencontrer ? Au prix de quelle conversions personnelles ? Moyennant quelles guérisons du passé familial de chacun ?

Le fils du châtiment croise le fils du Bien Aimé, et la confiance d’emporte alors sur la peur.

Souvenez-vous des 2 autres fils de Mc 10,35-45 (juste avant notre passage sur Bartimée) : les fils de Zébédée, dont le nom signifie « mon cadeau » étaient en train de renier leur père puisque justement ils voulaient s’approprier les 1° places, au lieu de recevoir « comme un cadeau » la place que Jésus leur donnerait.

Que dois-je assumer dans la filiation qui est la mienne, à l’image des fils de Zébédée ?

Quelle guérison y a-t-il à entreprendre dans cette filiation, à l’image du fils de Timée ?

Quelle promesse ma filiation contient-elle, à l’image du Fils de David ?

         Impossible de nous rencontrer en vérité, sans violence, si nous ne savons pas de qui nous sommes le fils / la fille !

         Que l’Esprit du Christ, qui continue d’agir dans son Église comme autrefois dans la foule, nous donne d’entendre chacun personnellement, l’appel du Christ transmis par la foule : « Confiance ! Que tu sois fils de l’amour ou du hasard, de la promesse ou de la peur, confiance, lève-toi, il t’appelle ».

 

 

 

1ère lecture : Retour joyeux des rescapés d’Israël (Jr 31, 7-9)

Lecture du livre de Jérémie

Ainsi parle le Seigneur : Poussez des cris de joie pour Jacob, acclamez la première des nations ! Faites résonner vos louanges et criez tous : « Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël ! »
Voici que je les fais revenir du pays du Nord, et que je les rassemble des extrémités du monde. Il y a même parmi eux l’aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la jeune accouchée ; c’est une grande assemblée qui revient.
Ils étaient partis dans les larmes, dans les consolations je les ramène ; je vais les conduire aux eaux courantes par un bon chemin où ils ne trébucheront pas. Car je suis un père pour Israël, Éphraïm est mon fils aîné. Parole du Seigneur.

Psaume : 125, 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6

R/ Le Seigneur a fait merveille : nous voici dans la joie.

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie ; 

Alors on disait parmi les nations : 
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! » 
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : 
nous étions en grande fête ! 

Ramène, Seigneur, nos captifs, 
comme les torrents au désert. 
Qui sème dans les larmes 
moissonne dans la joie. 

Il s’en va, il s’en va en pleurant, 
il jette la semence ; 
il s’en vient, il s’en vient dans la joie, 
il rapporte les gerbes.

2ème lecture : Jésus, grand prêtre à la manière de Melkisédek (He 5, 1-6)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Le grand prêtre est toujours pris parmi les hommes, et chargé d’intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu ; il doit offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. Il est en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement, car il est, lui aussi, rempli de faiblesse ; et, à cause de cette faiblesse, il doit offrir des sacrifices pour ses propres péchés comme pour ceux du peuple. On ne s’attribue pas cet honneur à soi-même, on le reçoit par appel de Dieu, comme Aaron.
Il en est bien ainsi pour le Christ : quand il est devenu grand prêtre, ce n’est pas lui-même qui s’est donné cette gloire ; il l’a reçue de Dieu, qui lui a dit : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré, et qui déclare dans un autre psaume : Tu es prêtre pour toujours selon le sacerdoce de Melkisédek.

Evangile : Guérison d’un aveugle à Jéricho (Mc 10, 46-52)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Béni soit le Seigneur notre Dieu : sur ceux qui habitent les ténèbres, il a fait resplendir sa lumière. Alléluia.(cf. Lc 1, 68.79)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, un mendiant aveugle, Bartimée, le fils de Timée, était assis au bord de la route.
Apprenant que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! »
Beaucoup de gens l’interpellaient vivement pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! »
Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. »
L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus.
Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ? Rabbouni, que je voie. »
Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt l’homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route.
Patrick Braud

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21 janvier 2012

De la baleine au ricin : Jonas, notre jalousie

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De la baleine au ricin : Jonas, notre jalousie

 

Homélie du 3° Dimanche ordinaire  / Année B

22/01/2012

L’extrait liturgique du livre de Jonas pour notre deuxième dimanche ordinaire est trop pauvre : on veut tellement insister sur le pardon offert qu’on passe sous silence la résistance de Jonas à ce cadeau fait aux païens de Ninive. Or cette résistance est énorme. L’idée que Dieu puisse se soucier d’un autre peuple que le sien met Jonas en colère : il refuse de collaborer à cette trahison de la « préférence nationale » pour le peuple juif. L’idée que Dieu puisse pardonner gratuitement aux pécheurs et les avertir que avant que le châtiment s’abatte – pour qu’il ne s’abatte pas ! – révulse son côté rude et exigeant.

 

Bref : Jonas est jaloux.

Jaloux du salut des autres.

Jaloux de l’exclusivité juive,  quitte à ce qu’elle se fasse aux dépens des autres peuples.

Jaloux de son statut de prophète qu’il ne veut pas mettre au service d’étrangers : ce serait donner de la confiture à des cochons et gaspiller la parole de Dieu que de l’annoncer à Ninive !

 

Alors Jonas fuit en bateau loin de cette ville qu’il exècre. Mais un fameux poisson (une De la baleine au ricin : Jonas, notre jalousie dans Communauté spirituelle Enluminure-Jonasbaleine ?) l’avale et le régurgite ensuite devant les remparts de Ninive qu’il voulait fuir. Jonas s’exécute, contraint, pas de bon coeur : en trois jours symboliques il offre contre son gré une vraie renaissance à cette Las Vegas antique. Il faudra l’épisode du ricin desséché pour qu’il accepte enfin le salut des autres, plus important que la survie de ce ricin destiné à le protéger.

 

La jalousie de Jonas est légaliste et rigoureuse. Les païens ont refusé l’Alliance. Seul Israël y est entré, et cela ne lui apporte que des ennuis. Alors, si Dieu est généreux envers ceux qui l’ont renié, à quoi ça sert d’être fidèle ? Si le pardon est offert même aux pires, pourquoi se fatiguer à pratiquer la loi juive pour être des  justes ? Si Dieu aime les païens, que devient l’élection juive ?

 

La jalousie de Jonas est la nôtre

Dès que nous croyons détenir un avantage ou une position privilégiée, nous croyons qu’il faut la défendre contre les autres. Dès que nous pensons détenir plus de vérité, que ce soit dans une Église ou dans nos savoirs humains, nous avons un mal fou à imaginer que d’autres aient un accès différent à cette même vérité.

La jalousie ne veut pas partager ce que l’intelligence a découvert. Elle s’approprie ce qui a été donné. Elle se réjouit des failles des autres. Elle a peur de perdre, et croit pour cela qu’il faut empêcher l’autre de gagner. Elle confond choix préférentiel et exclusivité : or Dieu est capable de préférer chacun, sans que cela soit comparable.

La jalousie ne cherche pas à faire grandir des collaborateurs, des enfants, un conjoint. Elle n’appelle pas des compagnons à partager l’aventure, comme Jésus le fait avec Jean et André, Jacques et Jean dans l’évangile d’aujourd’hui. Elle se réserve les dividendes des réussites, elle mutualise les pertes et privatise les profits…

 

Un antidote de louange

L’inverse de la jalousie serait sans doute la louange.

Se réjouir de ce que Dieu fait de grand chez les autres libère de la possession de ce qu’il accomplit en moi. « Réjouis-toi Marie » est la salutation où Marie se découvre libérée de toute jalousie pour accueillir le travail de l’Esprit Saint en elle. L’émerveillement de Jésus devant la foi d’une libanaise ou d’un centurion le protège contre tout exclusivisme juif qui a dû le tenter pourtant. « Père, je proclame ta louange : au coeur des enfants tu te révèles ». Cette louange admirative ne jalouse pas ce qui est donné ni la manière dont c’est donné. Elle se réjouit pour l’autre, et sans le savoir se prépare ainsi à recevoir davantage !

 

Quels sont les domaines où la jalousie de Jonas fait encore des ravages de nos jours ?

On pense bien sûr aux relations de travail, où on voudrait nous faire croire que la compétition et la rivalité sont plus efficaces que la coopération et le service. Et puis il y a la famille : les questions d’argent, de réussite sociale et d’héritage révèlent combien la jalousie peut miner des liens fraternels. Mais il ne faut pas oublier non plus les Églises, jalouses les unes des autres, qui se dessèchent au lieu de se réjouir de ce que d’autres ont reçu : d’autres paroisses, d’autres diocèses, d’autres courants spirituels, d’autres Églises, d’autres religions même.

Comme si l’identité de chacun devait se conquérir contre et non avec. Comme si la peur de perdre devait primer sur tout.

 

Jonas a appris à marcher sur sa jalousie pour servir la parole de Dieu.

Relisons son histoire, de la baleine ou ricin, comme un antidote à notre propre jalousie.

 

1ère lecture : A l’appel du prophète, les païens se convertissent (Jon 3, 1-5.10)

Lecture du livre de Jonas

La parole du Seigneur fut adressée de nouveau à Jonas :
« Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne, proclame le message que je te donne sur elle. »
Jonas se leva et partit pour Ninive, selon la parole du Seigneur. Or, Ninive était une ville extraordinairement grande : il fallait trois jours pour la traverser.
Jonas la parcourut une journée à peine en proclamant : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! »
Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils annoncèrent un jeûne, et tous, du plus grand au plus petit, prirent des vêtements de deuil.
En voyant leur réaction, et comment ils se détournaient de leur conduite mauvaise, Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés.

 

Psaume : Ps 24, 4-5ab, 6-7, 8-9

R/ Fais-nous connaître tes chemins, Seigneur !

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve. 

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse ;
dans ton amour, ne m’oublie pas.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

 

2ème lecture : Le monde passe : vivons ce temps pour le Seigneur (1Co 7, 29-31)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui sont heureux, comme s’ils n’étaient pas heureux, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui tirent profit de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas. Car ce monde tel que nous le voyons est en train de passer.

 

Evangile : Jésus invite les hommes à la conversion, et appelle ses premiers Apôtres (Mc 1, 14-20)

 

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le règne de Dieu est venu jusqu’à vous ; croyez à la Bonne Nouvelle. Alléluia. (Mc 1, 15)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Après l’arrestation de Jean Baptiste, Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu ; il disait :
« Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

Passant au bord du lac de Galilée, il vit Simon et son frère André en train de jeter leurs filets : c’étaient des pêcheurs.
Jésus leur dit : « Venez derrière moi. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. »
Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent.

Un peu plus loin, Jésus vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient aussi dans leur barque et préparaient leurs filets.
Jésus les appela aussitôt. Alors, laissant dans la barque leur père avec ses ouvriers, ils partirent derrière lui.
Patrick Braud

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