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7 juin 2013

Naïm, ou la rétroactivité en marche

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Naïm, ou la rétroactivité en marche

Homélie du 10° Dimanche du temps ordinaire / Année C
09/06/2013

 

Nos rencontres nous révèlent qui nous sommes

C’est particulièrement vrai avec ce jeune homme qu’on va porter en terre (Lc 7,11?17). Consciemment ou non, Jésus va reconnaître sa mort dans la sienne. Ses disciples se souviendront – après Pâques – de cet épisode préfigurant la fin de leur maître et sa victoire sur la mort.

Tout se passe comme si nos rencontres les plus vraies, où nous engageons le meilleur de nous-mêmes, nous conduisaient à nous identifier à ceux que nous avons croisés. Comme s’il finissait par nous arriver ce que nous faisons arriver aux autres… Des rencontres autoréalisatrices en quelque sorte.

Suivez le fil de ce récit, et placez l’image du Christ en sa Passion sur celle de ce jeune homme en sa mort : les deux figures se superposent de façon troublante.

La foule

Une foule considérable forme cortège autour du mort. Une autre foule, nombreuse également, accompagne Jésus et ses disciples. Les deux foules se croisent. Au début elles sont bien distinctes. À la fin, « tous rendent gloire à Dieu » : les deux cortèges sont réunis dans une même action de grâces. Au début les deux foules vont en sens inverse l’une de l’autre ; à la fin elles sont visiblement rassemblées autour de Jésus, avant d’aller répandre cette parole dans toute la Judée et les pays voisins. À travers ces deux foules, Israël rencontre l’Église et l’Église Israël. Le Christ redonne vie aux fils d’Israël; il se comporte comme un « grand prophète », comme le grand prophète attendu et annoncé depuis l’ascension d’Élie auprès de Dieu (1R).

D’ailleurs, on reconnaît en lui Élie, qui le premier avait redonné vie au fils de la veuve de Sarepta (cf. la première lecture).

La foule de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem avec ses rameaux reprendra ce ?gloire à Dieu’ enthousiaste. Même si elle sera ensuite manipulée pour crier « crucifie-le ! », la foule reconnaît en Jésus le grand prophète qui vient accomplir l’espérance d’Israël, et Jésus reconnaît en cette foule la vraie nature et le vrai destinataire de sa mission. C’est cette foule, passée par le feu au tamis de la Passion du Christ, qui deviendra avec sa résurrection le vecteur de la propagation du christianisme dans tout l’empire romain.

Bref : les deux foules de Naïm préfigurent l’Église réunissant juifs et disciples de Jésus dans une même action de grâces, dans une même mission d’évangélisation tout autour. C’est du moins le désir de Jésus, celui qui l’habitait, le mettait en mouvement, celui qui lui est révélé en voyant ces deux cortèges s’unir.

Naïm, ou la rétroactivité en marche dans Communauté spirituelle Naim

La porte

Le cortège du mort est en train de sortir de la ville. Il arrive même près de la porte de cette ville au moment où il croise le cortège du Christ. Jésus sait bien qu’il est lui-même la porte de (Jn 10,9) qui permet d’entrer et de sortir de l’intimité avec Dieu. Il en prend conscience plus radicalement dans cet épisode où le mort n’aura plus besoin de franchir la porte de la ville dès lors qu’il aura croisé la vraie porte du royaume de Dieu : Jésus en personne.

À l’époque, il était interdit d’enterrer les morts dans une ville, pour des raisons autant religieuses (la peur des revenants) qu’hygiéniques (la possible contamination par les cadavres). Jésus ne le sait pas encore lorsqu’il croise ce corps mort, mais lui-même sera traité ainsi : on le conduira « hors de la ville » pour être exécuté au Golgotha, à l’extérieur des remparts de Jérusalem. Il sera ainsi exclu du peuple juif, physiquement et symboliquement ; et le supplice de la croix portera cette exclusion au paroxysme.

 

Le fils unique de la veuve

Le parallélisme se renforce davantage lorsqu’on apprend que le mort était un fils unique, et que sa mère était veuve. Fils « unique », Jésus l’est doublement : il a une relation unique et singulière avec Dieu qu’il ose appeler Abba (papa), et avec qui il ne fait qu’un. En même temps, il est bien le fils unique de Marie et de Joseph ; il sait ce que cela représente à leurs yeux. Marie était sans doute déjà veuve à ce moment-là. Jésus peut facilement deviner le chagrin qui sera celui de sa mère, perdant en plus son seul enfant, et de façon humiliante et honteuse. Il est bouleversé par la douleur de cette mère, et « saisi de pitié pour elle ». Comme il sera bouleversé par la douleur de Marie au pied de la croix. Il fera alors pour elle ce qu’il va faire ici un Naïm…

Pour l’heure, le symbolisme du fils unique et de sa mère veuve renvoie également à la situation d’Israël au milieu des nations. Comparé souvent à une femme (le mot peuple est féminin en hébreu) dans la Bible, Israël ressemble à cette veuve éplorée : elle est dominée par les Romains, bientôt le temple de Jérusalem sera détruit et les fils d’Israël dispersés aux quatre coins de la terre (jusqu’en 1948 !). À l’heure où les Évangiles sont écrits, on pourrait croire qu’Israël est pour toujours comme mort, rayé de la carte, disparu aux yeux des nations.

Cette veuve de Naïm portant son fils en terre est une figure d’Israël à qui Jésus va redonner espoir et vie. Le mélange de deux foules, celle de Jésus et celle de la veuve, figurant l’unique Église du Christ, où païens et juifs sont associés au même héritage (la résurrection d’entre les morts) et à la même mission (annoncer le Christ au monde entier). Car « le salut vient des juifs » et c’est d’abord pour eux et avec eux que Jésus a conscience de faire corps.

Être saisi de pitié

Un mot sur la « pitié » qui saisit Jésus à la vue de cette veuve.

C’est parce qu’il imagine déjà l’immense peine de Marie qu’il frémit à celle de cette femme. Seul celui qui se sait exposé et vulnérable à l’aventure de l’autre pourra se laisser bouleverser par ce qui lui arrive. Jésus savait – de l’intérieur – le désespoir de cette mère abandonnée et seule.

« Ne pleure pas » : La pitié qu’il éprouve pour cette veuve n’est pas sentimentale : il retrouvera cette invitation ferme et courageuse pour l’adresser aux femmes de Jérusalem pleurant sur lui pendant son chemin de croix. « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! » (Lc 23,27)

Jésus n’est pas ici dans la consolation, mais dans le combat total contre les racines du mal radical.

Jésus réagit avec force, comme il réagira à la douleur de sa mère voyant mourir son fils unique. Le fera-t-il parce qu’il a déjà agi ainsi à Naïm, ou a-t-il fait cela allait en pensant déjà au Golgotha ? Difficile à dire : pour lui et pour nous, il y a comme une circularité de nos actes où certains moments de notre vie se réalisent parce qu’ils ont déjà été préfigurés dans d’autres, comme s’ils avaient été induits, rétroactivement pourrait-on dire.

  

Oser toucher l’impur

Bouleversé, Jésus ose s’approcher du cadavre et toucher la civière, risquant ainsi de calvaire-02p foule dans Communauté spirituellecontracter l’impureté rituelle du contact physique avec les morts (Nb 19,16). Dans sa Passion il inspirera la haine et le dégoût : on crachera sur lui, on l’insultera, on le traitera comme un impur. Son corps aurait dû pourrir sans sépulture (c’est la malédiction attachée au supplice de la croix pour les juifs) si un juste – Joseph d’Arimathie - n’avait osé s’approcher de Pilate pour demander son corps, et si les femmes n’avaient pas eu le courage de l’ensevelir en hâte la veille du grand sabbat de Pâques.

Oser toucher l’impur : Jésus en a fait son métier en quelque sorte, au point d’être identifié à lui. Pas seulement ici avec ce cadavre, mais si souvent avec les lépreux, les prostituées, les collaborateurs de l’occupant romain, les mendiants… Se compromettre physiquement avec l’autre, à ses côtés, jusqu’à risquer d’être assimilé à lui : c’est toujours la mission de l’Église (sa diaconie) si elle veut être fidèle à l’étrange proximité de Jésus avec les impurs.

En touchant cette civière, Jésus sait bien qu’il deviendra bientôt l’intouchable…

 

Se lever, s’asseoir, parler

Vient alors le mot-clé, décrit de manière très simple, très sobre (et non comme les gourous ou autres sorciers aimant entourer leurs actes de mystères étranges et redoutables). Après le contact physique c’est sur une parole, une seule parole, que Jésus rend la vie à ce corps inanimé : « jeune homme, je te l’ordonne : lève-toi ».

On ne connaît pas le prénom de ce jeune homme (contrairement à l’épisode pour Lazare : « Lazare, sors dehors »). Comme si justement il pouvait devenir tous les jeunes hommes du monde. En tout cas ce n’est pas au fils que Jésus s’adresse, mais au « jeune homme ». Françoise Dolto y avait vu l’indice d’une opération psychologique essentielle.

« C’est à sa liberté d’homme que cette voix mâle, lucide, calme et ferme l’a éveillé. Dans la mort il l’arrache à l’appel qu’il entendait de son père; ce père dont la voix avait résonné à ses oreilles dans sa jeune enfance était son moi idéal. Par la mort en quittant sa mère, c’est son père qu’il allait retrouver. » *

Avec autorité (« je te l’ordonne ! »), Jésus sépare cet  enfant de sa mère, qu’elle avait involontairement étouffé de son amour Sans doute en reportant trop sur lui l’amour porté à son mari décédé le premier. Il lui redonne un espace de liberté qui lui permet de devenir lui-même, un homme en devenir (« jeune homme ») et non plus le « fils unique d’une veuve ».

Quoi qu’il en soit, l’ordre du Christ manifeste qu’il a autorité même sur la mort. Écouter sa parole et le suivre permet de se redresser, c’est-à-dire de ne plus se laisser dominer par les pulsions de mort qui le maintiennent couché, immobile.
Puis le jeune homme s’assoit, et l’on sait depuis l’Ascension que « être assis » à la droite de Dieu représente la position de celui qui a vaincu toutes les forces du mal et de la mort.

« Et il se mit à parler » : le premier acte du fils unique mort devenu le jeune homme vivant est de parler, sans qu’on sache le contenu de son discours. Peu importe : c’est parler qui manifeste la vie et rend vivant.

Le Christ, parole du Père, sait mieux que quiconque combien la parole et la vie sont liées.

La ville

Le nom Naïm signifie (encore aujourd’hui en arabe) : doux, délicieux, beau, agréable, mais également endormi, calme. C’est le seul usage de ce nom dans toute la Bible. Le jeune homme est endormi dans la mort, et le Christ vient réveiller en lui ses forces vitales pour avoir le désir de se lever, de parler, d’aimer. Le Golgotha signifie « crâne » (car la colline où fut exécuté Jésus avait la forme d’un crâne humain, dans lequel les Pères de l’Église se sont empressés de reconnaître le crâne du premier Adam) : il représente cet autre endormissement qu’est la mort absolue. Le parallèle antithétique entre Adam et Jésus est ainsi porté à son comble : parce qu’il affronte la mort radicale, Jésus est capable de tirer chaque être humain des endormissements qui le menacent, depuis nos langueurs de vivre (comme ce jeune homme) jusqu’à la mort physique.

Recevoir son fils, pas le posséder

« Et Jésus le rendit à sa mère ».

La traduction liturgique n’est pas fidèle au texte original (comme souvent hélas) qui précise : « Jésus le donna à sa mère ». La nuance est importante. Il ne s’agit pas d’un simple retour à la maison. Il s’agit d’un don, où quelqu’un de nouveau est donné à sa mère pour qu’elle vive avec lui une autre relation qu’avant. Comme une nouvelle naissance…

Jésus se souviendra peut-être de cela lorsque lui-même osera donner un enfant nouveau à sa mère : « femme, voici ton fils ». Il donne Jean à Marie. D’un côté il achève ainsi d’associer absolument Marie à sa propre déréliction. D’un autre côté, il donne une maternité nouvelle à Marie, annonçant celle qu’il confiera à son Église : engendrer à la vie nouvelle ceux qui l’accompagnent dans sa passion.

La foule (Israël // Église) peut alors d’un seul coeur proclamer un ?Gloire à Dieu’ préfigurant celui de Pâques, dans un élan missionnaire annonçant l’évangélisation du monde entier.

 

La boucle rétroactive

Jésus avait tout pour reconnaître dans le cortège du fils de la veuve de Naïm sa propre destinée. En redressant ce mort, en lui redonnant la parole, il pose des actes à la lumière desquels il pourra ensuite déchiffrer les événements de sa Passion.

Cherchez bien : il y a sûrement dans votre histoire une circularité semblable. Vous avez posé des actes qui en retour vous ont façonné et vous ont permis de découvrir qui vous êtes. Vous avez pu agir sur des événements qui vous ont révélé à vous-mêmes.
Agir / devenir : il y a comme une boucle rétroactive où ce qui va advenir de nous se nourrit de ce que nous en avons affirmé à un moment donné.

Jésus, pleinement humain, a vécu cette dialectique de la conscience de soi à soi. L’épisode de Naïm en est particulièrement frappant.

Nous avons donc nous aussi quelques Naïms à relire pour aller à la recherche de nous-mêmes…

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Françoise Dolto, Les évangiles et la foi au risque de la psychanalyse, éd. Gallimard, p. 89.

 

1ère lecture : À la prière d’Élie, Dieu rend la vie au fils d’une veuve (1 R 17, 17-24)

Lecture du premier livre des Rois

Après cela, le fils de la femme chez qui habitait Élie tomba malade ; le mal fut si violent que l’enfant expira.Alors la femme dit à Élie : « Qu’est-ce que tu fais ici, homme de Dieu ? Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! » Élie répondit : « Donne-moi ton fils ! » Il le prit des bras de sa mère, le porta dans sa chambre en haut de la maison et l’étendit sur son lit. Puis il invoqua le Seigneur : « Seigneur, mon Dieu, cette veuve chez qui je loge, lui veux-tu du mal jusqu’à faire mourir son fils ? » Par trois fois, il s’étendit sur l’enfant en invoquant le Seigneur : « Seigneur, mon Dieu, je t’en supplie, rends la vie à cet enfant ! »Le Seigneur entendit la prière d’Élie ; le souffle de l’enfant revint en lui : il était vivant !

 Elie prit alors l’enfant, de sa chambre il le descendit dans la maison, le remit à sa mère et dit : « Regarde, ton fils est vivant ! » La femme lui répondit : « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, et que, dans ta bouche, la parole du Seigneur est véridique. »

Psaume : Ps 29, 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t’exalte, Seigneur, toi qui me relèves.

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri ; 
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse. 

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles, 
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant, 
sa bonté, toute la vie. 

Avec le soir, viennent les larmes, 
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse, 
mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon coeur ne se taise pas, 
qu’il soit en fête pour toi, 
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu, 
je te rende grâce !

2ème lecture : L’Évangile de Paul n’est pas une invention humaine (Ga 1, 11-19)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates
Frères, il faut que vous le sachiez, l’Évangile que je proclame n’est pas une invention humaine. Ce n’est pas non plus un homme qui me l’a transmis ou enseigné : mon Évangile vient d’une révélation de Jésus Christ.
Vous avez certainement entendu parler de l’activité que j’avais dans le judaïsme : je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu, et je cherchais à la détruire.
J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart des gens de mon peuple qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères.
Mais Dieu m’avait mis à part dès le sein de ma mère, dans sa grâce il m’avait appelé, et, un jour, il a trouvé bon de mettre en moi la révélation de son Fils, pour que moi, je l’annonce parmi les nations païennes. Aussitôt, sans prendre l’avis de personne, sans même monter à Jérusalem pour y rencontrer ceux qui étaient Apôtres avant moi, je suis parti pour l’Arabie ; de là, je suis revenu à Damas.
Puis, au bout de trois ans, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre, et je suis resté quinze jours avec lui.
Je n’ai vu aucun des autres Apôtres sauf Jacques, le frère du Seigneur.

Évangile : Jésus rend la vie au fils de la veuve de Naïm (Lc 7, 11-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Un grand prophète s’est levé parmi nous : Dieu a visité son peuple. Alléluia. (cf. Lc 7, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on transportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule considérable accompagnait cette femme. En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle, et lui dit : « Ne pleure pas. »  Il s’avança et toucha la civière ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » Alors le mort se redressa, s’assit et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère.
La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » Et cette parole se répandit dans toute la Judée et dans les pays voisins.
Patrick Braud

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3 mai 2013

L’Esprit et la mémoire

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

L’Esprit et la mémoire

 

Homélie du 6°dimanche de Pâques / Année C
05/05/2013

 

Dans l’évangile de Jean, l’Esprit Saint est intimement lié à deux fonctions essentielles de la vie chrétienne : le pardon et la mémoire.

Le pardon y apparaît comme un fruit de l’Esprit répandu sur les disciples lors de l’équivalent de la Pentecôte chez Jean, lorsque Jésus nécessité « souffle » à ses disciples le pouvoir de pardonner : « il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » » (Jn 12,22-23)

La mémoire quant à elle apparaît clairement liée à l’envoi de l’Esprit Saint par le Père lui-même : « il vous enseignera tout, il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit ». (Jn 14,26)

 

Attardons sur ce deuxième effet spirituel qui est au coeur de la page d’évangile de ce Dimanche : l’Esprit et le souvenir.

 

Du travail de mémoire

Si le Christ nous promet l’Esprit Saint au secours de notre mémoire, c’est donc que naturellement, par nous-mêmes, nous avons du mal à nous souvenir. Notre mémoire sélectionne à notre insu, fait un tri dont la clé nous échappe. Il suffit d’écouter les personnes âgées raconter leur vie pour deviner ce qui n’est pas dit… La même mésaventure est arrivée aux disciples de Jésus alors qu’ils étaient encore à ses côtés. Comme le dit la sagesse populaire, ses paroles sont bien souvent rentrées par une oreille et sorties par l’autre !

Jésus est donc obligé de les faire souvenir de ses paroles et de ses actes, pour les aider à comprendre ce qui leur arrive.

Ainsi devant le choc des persécutions qui s’annoncent : « Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont. » (Jn 15,)

Au lieu du Messie glorifié devant tous, voilà que les arrestations, emprisonnements, coups de fouet et autres humiliations vont s’abattre sur les premiers chrétiens. Se souvenir de la fin lamentable de Jésus sur la croix, et de sa parole : « le serviteur n’est pas plus grand que son maître » aidera les croyants à ne pas se décourager, à déchiffrer les persécutions comme une voie d’union intime au Christ. Les martyrs ont affronté les supplices et la mort en s’appuyant sur cette parole, vivant trésor de l’Église grâce à l’Esprit Saint qui la maintenait actuelle en la faisant circuler sur les lèvres des premiers témoins.

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De même en Jn 16,3-4 : « On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. »

Quand on n’y voit plus clair, quand on n’y comprend plus rien, se rappeler les paroles du Christ sur l’exclusion et le fanatisme religieux meurtrier à l’encontre des chrétiens permet de comprendre : au-delà de leur victoire apparente, les persécuteurs en fait vont manifester le vrai dessein de Dieu, à savoir la victoire de l’amour sur la haine.

Nous sommes tellement bouchés que Jésus est obligé de son vivant d’interpeller vivement ses disciples : « Avez-vous donc l’esprit bouché, des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne point entendre ? Et ne vous rappelez-vous pas, quand j’ai rompu les cinq pains pour les 5.000 hommes, combien de couffins pleins de morceaux vous avez emportés ? » Ils lui disent: « Douze »  –  « Et lors des sept pour les 4.000 hommes, combien de corbeilles pleines de morceaux avez-vous emportées ? » Et ils disent: « Sept. » Alors il leur dit: « Ne comprenez-vous pas encore ? »  » (Mc 8,18-21).

Pour interpréter le sens des gestes de Jésus, au-delà de leur signification matérielle immédiate, il faut ce travail de l’Esprit en nous.

Après le sens littéral, c’est donc qu’il y a un sens spirituel aux événements qui nous affectent. C’est justement le rôle de l’Esprit que de nous introduire dans une intelligence plus profonde, plus subtile des événements de notre histoire 1.

Les intégristes se limitent à une lecture fondamentaliste, littérale, des textes. Ils se ferment à une lecture authentiquement spirituelle, c’est-à-dire inspirée par l’Esprit Saint, où ces textes d’hier deviennent une parole pour aujourd’hui.

Devant le tombeau vide et l’étonnement des femmes, les anges font appel à leur souvenir des paroles de Jésus : « Rappelez-vous comment il vous a parlé, quand il était encore en Galilée : « Il faut, disait-il, que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié, et qu’il ressuscite le troisième jour. » Et elles se rappelèrent ses paroles. » (Lc 24,7-8)

Pour interpréter la Passion et la croix comme librement assumées par Jésus, il faut faire mémoire de ses paroles où il y a vu l’aboutissement de la volonté du Père (« aller chercher et sauver ceux qui étaient perdus », en allant les rejoindre au plus bas).

 

De même, devant le choix bizarre de Jésus : pourquoi vouloir un petit âne pour entrer triomphalement dans Jérusalem ? « Jésus, trouvant un petit âne, s’assit dessus selon qu’il est écrit : « Sois sans crainte, fille de Sion : voici que ton roi vient, monté sur un petit d’ânesse. » Cela, ses disciples ne le comprirent pas tout d’abord; mais quand Jésus eut été glorifié, alors ils se souvinrent que cela était écrit de lui et que c’était ce qu’on lui avait fait. » (Jn 12,15-16)

Là, c’est le souvenir – après-coup – de la parole du prophète qui permet d’éclairer le comportement de Jésus. Sur le moment, ses disciples n’y ont rien compris. C’est seulement après, avec la venue de l’Esprit Saint, que leur intelligence s’est ouverte. Ce n’est qu’après coup qu’on peut mettre des paroles sur des événements ; et c’est le rôle de l’Esprit.

D’où l’importance d’apprendre l’Écriture par c?ur, afin que ce travail se fasse à partir du plus profond de nous-mêmes, à partir du c?ur de notre être : Jésus avait appris par coeur les paroles des psaumes, qui lui sont remontées naturellement aux lèvres lorsqu’il lui a fallu faire face à l’horreur de la croix (« j’ai soif » ; « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » ; « Père entre tes mains? »)

Pierre fait également l’expérience de la force du souvenir d’une parole du Christ : « Alors il se mit à jurer avec force imprécations : « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite: « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Et, sortant dehors, il pleura amèrement. » (Mt 26,74-75)

Le souvenir de la parole de Jésus permet la contrition, c’est-à-dire le regret sincère de ce qui nous a éloigné de lui. On retrouve ainsi le lien entre l’Esprit Saint et le pardon.

Même les ennemis de Jésus se souviennent de ses paroles ! Ils contribuent sans le savoir à les accomplir : « Le lendemain, c’est-à-dire après la Préparation, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent en corps chez Pilate et lui dirent: « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur  a dit,  de son  vivant : Après  trois jours je ressusciterai ! Commande donc que le sépulcre soit tenu en sûreté jusqu’au troisième jour, pour éviter que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple : Il est ressuscité des morts! Cette dernière imposture serait pire que la première. » » (Mt 27,63-64) Les grands prêtres veulent éviter une supercherie, mais cela tourne finalement à renforcer le témoignage des femmes : qui aurait pu déjouer la surveillance de ces forces de sécurité romaines ?

 

Bien des choses qui nous arrivent sont obscures sur le moment. À l’image de Marie, ne comprenant pas tout, nous pouvons cependant garder et méditer toutes ces choses en notre coeur. Alors l’Esprit fera son chemin, et tissera les liens entre notre histoire et la parole de Dieu qui nous permet de déchiffrer cette histoire.

« Les Juifs lui dirent alors: « Il a fallu 46 ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèveras? » Mais lui parlait du sanctuaire de son  corps. Aussi, quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Écriture et à la parole qu’il avait dite. » (Jn 2,21-22)

Ce n’est qu’après la résurrection que les disciples comprirent la parole de Jésus. Nous aussi, c’est bien souvent après une expérience spirituelle forte de renaissance que nous pouvons interpréter autrement les destructions ou les bouleversements qui ont jalonné notre parcours.

Devant un acte provoquant et choquant, seule la mémoire de l’Écriture peut permettre de voir ces événements sous un autre angle, et ainsi de les interpréter autrement :« aux vendeurs de colombes il dit: « Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce. » Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : « Le zèle pour ta maison me dévorera. » (Jn 2,16-17)

Pierre, devant le centurion Romain Corneille inondé d’Esprit Saint, est interloqué : comment, des païens ont eux aussi accès à la vie dans l’Esprit, à égalité avec les juifs ? «Je me suis alors rappelé cette parole du Seigneur : Jean, disait-il, a baptisé avec de l’eau, mais vous, vous serez baptisés dans l’Esprit Saint. Si donc Dieu leur a accordé le même don qu’à nous, pour avoir cru au Seigneur Jésus Christ, qui étais-je, moi, pour faire obstacle à Dieu. » » (Ac 11,16-17)

On ne comprend rien à l’Église, à sa Tradition vivante, si on ne se souvient pas comme Pierre que l’Esprit tire sans cesse du neuf de l’ancien, et conduit l’Église là où elle-même n’aurait jamais pensé aller.

À l’approche de son supplice qui va dérouter bien des baptisés, Pierre encouragera la communauté de Rome à se souvenir : « Je crois juste, tant que je suis dans cette tente, de vous tenir en éveil par mes rappels, sachant, comme d’ailleurs notre Seigneur Jésus Christ me l’a manifesté, que l’abandon de ma tente est proche. Mais j’emploierai mon zèle à ce qu’en toute occasion, après mon départ, vous puissiez vous remettre ces choses en mémoire. » (2P 1,13-15)

Et Paul insistera : c’est un vrai travail que de se souvenir des paroles de Jésus. « De toutes manières je vous l’ai montré : c’est en peinant ainsi qu’il faut venir en aide aux faibles et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui a dit lui-même : Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » (Ac 20) Ce souvenir de Paul nous livre une phrase de Jésus inconnue des 4 évangiles : comme quoi la mémoire vivante déborde largement la lettre de l’Écriture !

 

La mémoire chrétienne n’a pour autant rien à voir avec l’invention de faux souvenirs.

Afficher l'image d'origineUne expérience de psychologie sociale menée en 2010 auprès de 5269 participants aux USA indique que 50 % des participants se sont « souvenus » de la fameuse poignée de main entre Obama et Ahmadinejad (président d’Iran) 2. Or ce soi-disant événement… n’a jamais existé ! C’est ce qu’on appelle un faux souvenir, un souvenir qui est induit par une pression ou un contexte extérieur ambiant qui le rend crédible. Ces faux souvenirs induits ont fait des ravages dans beaucoup de familles aux USA comme en Europe : sous couvert de travail thérapeutique de mémoire, des soi-disant thérapeutes induisaient chez leurs patients la remontée de paroles ou d’actes n’ayant jamais existé, mais auxquels les patients finissent par croire dur comme fer.

Rien de tel dans la mémoire chrétienne : l’Esprit Saint nous conduit « vers la vérité tout entière », pas vers une manipulation de nos souvenirs. Les témoins du Ressuscité n’ont pas inventé le souvenir de leurs rencontres avec lui. Les évangélistes n’ont pas imaginé ce qu’ils racontent. Les premières communautés chrétiennes n’ont pas reconstruit les actes de Jésus pour les utiliser à légitimer leur pratique. Non : le travail de l’Esprit est de se souvenir fidèlement, et bien souvent de manière critique, c’est-à-dire interrogeant la communauté elle-même au lieu de lui donner raison sur tout. C’est ce qu’un théologien (Henri-Jérôme Gagey) appelle « la tradition d’un rapport critique à la Tradition ». Ce travail de mémoire qu’opère l’Esprit Saint n’est pas un travail de légitimation de ses intérêts en s’appuyant sur de faux souvenirs habilement reconstruits, mais un travail critique de remise en cause de l’Église elle-même pour devenir plus fidèle à ce que la parole du Christ attend d’elle aujourd’hui.

 

Vous le voyez : le lien entre l’Esprit Saint et la mémoire est très étroit.

La langue française en garde d’ailleurs quelques traces : perdre l’esprit va de pair avec perdre la mémoire ; il nous faut rassembler nos esprits pour pouvoir nous souvenir ; et avoir à l’esprit quelque chose, c’est justement ne pas l’oublier.

Si nous ne voulons pas qu’un Alzheimer intérieur nous prive de notre identité profonde, comment cultiver une mémoire chrétienne des paroles et des actes qui ont compté pour nous ?

 

La liturgie de l’Église est une éducation à cette mémoire chrétienne :

« Dans la Liturgie de la Parole l’Esprit Saint  » rappelle  » à l’Assemblée tout ce que le Christ a fait pour nous. Selon la nature des actions liturgiques et les traditions rituelles des Églises, une célébration  » fait mémoire  » des merveilles de Dieu dans une Anamnèse plus ou moins développée. L’Esprit Saint, qui éveille ainsi la mémoire de l’Église, suscite alors l’action de grâces et la louange (doxologie). » (Catéchisme de l’Église catholique n° 1103)

 

À quelle source allons-nous puiser pour laisser l’Esprit nous faire souvenir de ce que le Christ a dit et fait pour nous tout au long de notre histoire ?

 

 

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 1. Ici, en Mc 8,18, c’est le symbolisme des chiffres de la multiplication des pains : 5000 hommes pour le peuple de la Torah (les 5 livres de la Loi), 12 couffins pour les 12 tribus d’Israël, 4000 hommes pour les 4 coins de l’horizon, 7 corbeilles pour les 7 jours de la création, et donc finalement l’universalité de l’eucharistie réunissant à la fois Israël et l’Église.

2. Journal of Experimental Social Psychology, Vol. 49, 2013.

 

1ère lecture : L’Église décide d’accueillir les païens sans leur imposer la loi juive (Ac 15, 1-2.22-29)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Certaines gens venus de Judée voulaient endoctriner les frères de l’Église d’Antioche en leur disant : « Si vous ne recevez pas la circoncision selon la loi de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. » Cela provoqua un conflit et des discussions assez graves entre ces gens-là et Paul et Barnabé. Alors on décida que Paul et Barnabé, avec quelques autres frères, monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens pour discuter de cette question.

Finalement, les Apôtres et les Anciens décidèrent avec toute l’Église de choisir parmi eux des hommes qu’ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabé. C’étaient des hommes qui avaient de l’autorité parmi les frères : Jude (appelé aussi Barsabbas) et Silas.
Voici la lettre qu’ils leur confièrent : « Les Apôtres et les Anciens saluent fraternellement les païens convertis, leurs frères, qui résident à Antioche, en Syrie et en Cilicie.
Nous avons appris que quelques-uns des nôtres, sans aucun mandat de notre part, sont allés tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi. Nous avons décidé à l’unanimité de choisir des hommes que nous enverrions chez vous, avec nos frères bien-aimés Barnabé et Paul qui ont consacré leur vie à la cause de notre Seigneur Jésus Christ.
Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous confirmeront de vive voix ce qui suit :
L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent : vous abstenir de manger des aliments offerts aux idoles, du sang, ou de la viande non saignée, et vous abstenir des unions illégitimes. En évitant tout cela, vous agirez bien. Courage ! »

Psaume : Ps 66, 2b-3, 5abd, 7b-8

R/ Dieu, que les peuples t’acclament ! Qu’ils t’acclament, tous ensemble !

Qu ton visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations.

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
sur la terre, tu conduis les nations.

Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !

2ème lecture : L’Agneau est la lumière du peuple de Dieu (Ap 21, 10-14.22-23)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui m’entraîna par l’esprit sur une grande et haute montagne ; il me montra la cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu.
Elle resplendissait de la gloire de Dieu, elle avait l’éclat d’une pierre très précieuse, comme le jaspe cristallin.
Elle avait une grande et haute muraille, avec douze portes gardées par douze anges ; des noms y étaient inscrits : ceux des douze tribus des fils d’Israël.
Il y avait trois portes à l’orient, trois au nord, trois au midi, et trois à l’occident.
La muraille de la cité reposait sur douze fondations portant les noms des douze Apôtres de l’Agneau.
Dans la cité, je n’ai pas vu de temple, car son Temple, c’est le Seigneur, le Dieu tout-puissant, et l’Agneau.
La cité n’a pas besoin de la lumière du soleil ni de la lune, car la gloire de Dieu l’illumine, et sa source de lumière, c’est l’Agneau.

Evangile : La promesse de la venue de l’Esprit (Jn 14, 23-29)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur ressuscité demeure au milieu des siens : il leur donne sa paix. Alléluia. (cf. Jn 14, 25.27)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m’aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit toutes ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. »
Patrick Braud

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23 mars 2013

Le tag cloud de la Passion du Christ

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Le tag cloud de la Passion du Christ

 

Homélie pour le Dimanche des rameaux / Année C
24/03/2013

 

Quand les mots-clés d’un texte forment un nuage

Une méthode simple et rapide pour visualiser ce qui est important dans un long texte comme celui de la Passion du Christ est facilement accessible sur Internet 1. Il s’agit de constituer un nuage de mots-clés (tag cloud en anglais). Les mots les plus fréquemment utilisés y apparaissent en plus gros, proportionnellement à leurs occurrences.

Voici le nuage de mots-clés obtenus sur le texte de la Passion selon saint Luc.

Passion-Tag-Cloud

 

On y discerne plusieurs dominantes.

- les verbes importants : déclarer, servir, sauver.

- les objets qui comptent : la table, la coupe, les épées, la croix

- les noms des principaux acteurs

Bien sûr il y a Jésus, Hérode, Dieu, mais aussi les prêtres (et grand prêtre), les « autres », les juifs, et les femmes.

Si on liste et regroupe les mots employés, en matière par ordre d’occurrence :

Christ              31   homme            16   Pilate               10

peuple             9    Pierre              8     Dieu                 8

Prêtre(s)          8    Femme(s)        6     chef                 6

Hérode             5   roi                   5     Seigneur          5

nation              4   jour                 4     juif                  4

Israël               4   malfaiteur        4     croix                4

royaume           4   Père                4     épée                4

table                4   fils                  4     fait                   4

heure               4   foule               3      corps               3

motif               3    Simon             3      Temple            3

coupe              3    cri(s)               3     Galilée            3

coq                  3

Quand on affine les relations entre ces acteurs en passant le texte à la moulinette d’un autre logiciel d’analyse sémantique 2, en obtient le graphe suivant :

 

Passion-Tropes-1

 Ce graphe représente la concentration de relations entre acteurs.
Il permet de faire une comparaison visuelle du poids des relations entre les principales références.
L’axe des X (horizontal) indique le taux actant/acté (de gauche à droite).
L’axe des Y (vertical) indique la concentration de relations pour chaque référence affichée.
Les traits indiquent les relations entre la variable sélectionnée et les autres références affichées. Un trait en pointillé indique une relation peu fréquente.
Seules les références présentant un grand nombre de relations sont représentées sur le graphe. 

Les actants et les actés

- On y voit que les femmes sont du côté des actants, c’est-à-dire de ceux qui sont sujets d’une action, avec une certaine relation réelle au Christ. Alors que les autres actants (Pilate, Hérode, le Seigneur, Simon) sont loin du Christ et sans vraie relation avec lui. Ce qui est étonnant pour le mot « Seigneur » d’ailleurs, utilisé cinq fois dans le texte, mais pas dans la bouche de Jésus, uniquement dans celle de Pierre et de ses disciples. Faut-il y voir l’indication que la manière dont les disciples imaginaient Jésus être « Seigneur » est très loin de ce que le Christ vit et connaît de sa seigneurie véritable ? Sans doute, tellement est surprenante pour Pierre et ses compagnons cette arrestation, puis ce procès et cette fin lamentables.

Par contre, le substantif Christ est en relation étroite avec le mot malfaiteur(s) ! C’est donc que cette identification Christ ? malfaiteur(s) est au coeur du texte : impressionnant…

Les autres relations vont dans le même sens : les plus proches du Christ sont les termes homme et peuple (foule, gens). Après, on trouve les chefs du peuple, Israël, Dieu lui-même !

- Du côté des « actés », c’est-à-dire de ceux qui subissent l’action, il y a : le Christ, Dieu, le peuple, les prêtres juifs… Comme si tous ces personnages se faisaient manipuler à leur insu, ou se laissaient faire de plein gré. Ce qui est strictement la vérité !

À contempler ce graphe, on retrouve la place centrale du Christ, vers qui tout le texte converge, et qui est comme son point focal. Ce Messie-là est plus proche des malfaiteurs et des femmes que des notables et des chefs, plus près du peuple que de Dieu, pourtant son Père.

Graphe de la Passion (suite)

Une autre représentation graphique de cette même analyse sémantique du récit de la Passion fait apparaître cette solitude du Christ de manière encore plus frappante :

Passion-Tropes-2 

Sur ce graphe, chaque Référence est représentée par une sphère dont la surface est proportionnelle au nombre de mots qu’elle contient.
La distance entre la classe centrale et les autres Références est proportionnelle au nombre de relations qui les lient : autrement dit, lorsque deux Références sont proches elles ont beaucoup de relations en commun, et lorsque qu’elles sont éloignées elles n’ont que peu de relations en commun.
Ce type de graphe permet d’analyser l’environnement d’une Référence ou d’une catégorie. Ils sont orientés : les Références affichées à gauche de la classe centrale sont ses prédécesseurs, celles qui sont affichées à sa droite sont ses successeurs.

Seuls les malfaiteurs peuvent se dire proches.

Les vrais acteurs du texte se situent du côté de l’homme qu’était Jésus, mais aussi des femmes. La peur (l’angoisse de Gethsémani) et l’obscurité y jouent un rôle qu’on oublie trop souvent, ainsi que le désir de Pilate de relâcher Jésus.

Ceux qui suivent l’action sont plutôt la foule, les prêtres, le chef des juifs… Et Dieu lui-même !

 

Ce type d’analyse sémantique ne peut remplacer la lectio divina, ni l’oraison à partir du texte. Il peut cependant nourrir la contemplation, en respectant ce que la construction du texte donne à penser, en partant de ce qui est dit vraiment plus que de ce que j’en perçois à la seule lecture ou audition.

 

Et pour la Passion du Christ, avouez que cette proximité d’avec les malfaiteurs, les femmes et la foule est pour le moins éclairante !…

 

2. www.tropes.com

Entrée messianique du Seigneur à Jérusalem : (Lc 19, 28-40)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 Jésus marchait en avant de ses disciples pour monter à Jérusalem. À l’approche de Bethphagé et de Béthanie, sur les pentes du mont des Oliviers, il envoya deux disciples :
« Allez au village qui est en face. À l’entrée, vous trouverez un petit âne attaché : personne ne l’a encore monté. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous demande : ‘Pourquoi le détachez-vous ?’ vous répondrez : ‘Le Seigneur en a besoin.’ »
Les disciples partirent et trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit. Au moment où ils détachaient le petit âne, ses maîtres demandèrent : « Pourquoi détachez-vous cet âne ? » Ils répondirent : « Le Seigneur en a besoin. » Ils amenèrent l’âne à Jésus, jetèrent leurs vêtements dessus, et firent monter Jésus.
À mesure qu’il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin. Déjà Jésus arrivait à la descente du mont des Oliviers, quand toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus : « Béni soit celui qui vient, lui, notre Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! »
Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, arrête tes disciples ! » Mais il leur répondit : « Je vous le dis : s’ils se taisent, les pierres crieront. »

 

1ère lecture : Le Serviteur de Dieu accepte ses souffrances (Is 50, 4-7)
Lecture du livre d’Isaïe

Dieu mon Seigneur m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire, pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n’en peut plus. La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire.
Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé.
J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe.J e n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats.
Le Seigneur Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Psaume : Ps 21, 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Mais tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

2ème lecture : Abaissement et glorification de Jésus (Ph 2, 6-11)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix.
C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.

Evangile : La Passion (brève : 1-49) (Lc 22, 14-71; 23, 1-16.18-56)

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.

Pour nous, le Christ s’est fait obéissant, jusqu’à la mort, et la mort sur une croix.
Voilà pourquoi Dieu l’a élevé souverainement et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (cf. Ph 2, 8-9)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Luc

Quand l’heure du repas pascal fut venue, Jésus se mit à table, et les Apôtres avec lui.
Il leur dit : « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir !
Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit pleinement réalisée dans le royaume de Dieu. »
Il prit alors une coupe, il rendit grâce et dit : « Prenez, partagez entre vous. Car je vous le déclare : jamais plus désormais je ne boirai du fruit de la vigne jusqu’à ce que vienne le règne de Dieu. »
Puis il prit du pain ; après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Et pour la coupe, il fit de même à la fin du repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous. Cependant la main de celui qui me livre est là, à côté de moi sur la table. En effet, le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux l’homme qui le livre ! »
Les Apôtres commencèrent à se demander les uns aux autres lequel d’entre eux allait faire cela.

Ils en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ?
Mais il leur dit : « Les rois des nations païennes leur commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Pour vous, rien de tel ! Au contraire, le plus grand d’entre vous doit prendre la place du plus jeune, et celui qui commande, la place de celui qui sert. Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves.
Et moi, je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi.
Ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël.
Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment.
Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères. »

Pierre lui dit : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort. »
Jésus reprit : « Je te le déclare, Pierre : le coq ne chantera pas aujourd’hui avant que, par trois fois, tu aies affirmé que tu ne me connais pas. »
Puis il leur dit : « Quand je vous ai envoyés sans argent, ni sac, ni sandales, avez-vous manqué de quelque chose ? »
Ils lui répondirent : « Mais non. »
Jésus leur dit : « Eh bien maintenant, celui qui a de l’argent, qu’il en prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une. Car, je vous le déclare : il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture : Il a été compté avec les pécheurs. De fait, ce qui me concerne va se réaliser. »
Ils lui dirent : « Seigneur, voici deux épées. » Il leur répondit : « Cela suffit. »

Jésus sortit pour se rendre, comme d’habitude, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent. Arrivé là, il leur dit : « Priez, pour ne pas entrer en tentation. »
Puis il s’écarta à la distance d’un jet de pierre environ. Se mettant à genoux, il priait : « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »
Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait. Dans l’angoisse, Jésus priait avec plus d’insistance ; et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu’à terre. Après cette prière, Jésus se leva et rejoignit ses disciples qu’il trouva endormis à force de tristesse.
Il leur dit : « Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation. »

Il parlait encore quand parut une foule de gens. Le nommé Judas, l’un des Douze, marchait à leur tête. Il s’approcha de Jésus pour l’embrasser.
Jésus lui dit : « Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ? »
Voyant ce qui allait se passer, ceux qui entouraient Jésus lui dirent : « Seigneur, faut-il frapper avec l’épée ? »
L’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite.
Jésus répondit : « Laissez donc faire ! » Et, touchant l’oreille de l’homme, il le guérit.
Jésus dit alors à ceux qui étaient venus l’arrêter, chefs des prêtres, officiers de la garde du Temple et anciens : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais avec vous dans le Temple, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est maintenant votre heure, c’est la domination des ténèbres. »

Ils se saisirent de Jésus pour l’emmener et ils le firent entrer dans la maison du grand prêtre. Pierre suivait de loin. Ils avaient allumé un feu au milieu de la cour et ils s’étaient tous assis là. Pierre était parmi eux. Une servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : « Celui-là aussi était avec lui. »
Mais il nia : « Femme, je ne le connais pas. »
Peu après, un autre dit en le voyant : « Toi aussi, tu en fais partie. » Pierre répondit : « Non, je n’en suis pas. »
Environ une heure plus tard, un autre insistait : « C’est sûr : celui-là était avec lui, et d’ailleurs il est Galiléen. »
Pierre répondit : « Je ne vois pas ce que tu veux dire. » Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta.
Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois. »
Il sortit et pleura amèrement.

Les hommes qui gardaient Jésus se moquaient de lui et le maltraitaient. Ils lui avaient voilé le visage, et ils l’interrogeaient : « Fais le prophète ! Qui est-ce qui t’a frappé ? » Et ils lançaient contre lui beaucoup d’autres insultes.

Lorsqu’il fit jour, les anciens du peuple, chefs des prêtres et scribes, se réunirent, et ils l’emmenèrent devant leur grand conseil.
Ils lui dirent : « Si tu es le Messie, dis-le nous. »
Il leur répondit : « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ; et si j’interroge, vous ne répondrez pas. Mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite du Dieu Puissant. »
Tous lui dirent alors : « Tu es donc le Fils de Dieu ? » Il leur répondit : « C’est vous qui dites que je le suis. »
Ils dirent alors : « Pourquoi nous faut-il encore un témoignage ? Nous-mêmes nous l’avons entendu de sa bouche. »
Ils se levèrent tous ensemble et l’emmenèrent chez Pilate.
Ils se mirent alors à l’accuser : « Nous avons trouvé cet homme en train de semer le désordre dans notre nation : il empêche de payer l’impôt à l’empereur, et se dit le Roi Messie. »
Pilate l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C’est toi qui le dis. »
Pilate s’adressa aux chefs des prêtres et à la foule : « Je ne trouve chez cet homme aucun motif de condamnation. »
Mais ils insistaient : « Il soulève le peuple en enseignant dans tout le pays des Juifs, à partir de la Galilée jusqu’ici. »

À ces mots, Pilate demanda si l’homme était Galiléen.
Apprenant qu’il relevait de l’autorité d’Hérode, il le renvoya à ce dernier, qui se trouvait lui aussi à Jérusalem en ces jours-là. À la vue de Jésus, Hérode éprouva une grande joie : depuis longtemps il désirait le voir à cause de ce qu’il entendait dire de lui, et il espérait lui voir faire un miracle. Il lui posa beaucoup de questions, mais Jésus ne lui répondit rien. Les chefs des prêtres et les scribes étaient là, et l’accusaient avec violence. Hérode, ainsi que ses gardes, le traita avec mépris et se moqua de lui : il le revêtit d’un manteau de couleur éclatante et le renvoya à Pilate. Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent des amis, alors qu’auparavant ils étaient ennemis.

Alors Pilate convoqua les chefs des prêtres, les dirigeants et le peuple.
Il leur dit : « Vous m’avez amené cet homme en l’accusant de mettre le désordre dans le peuple. Or, j’ai moi-même instruit l’affaire devant vous, et, parmi les faits dont vous l’accusez, je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation. D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort. Je vais donc le faire châtier et le relâcher. »
Ils se mirent à crier tous ensemble : « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. »
Ce dernier avait été emprisonné pour un meurtre et pour une émeute survenue dans la ville. Pilate, dans son désir de relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole.
Mais ils criaient : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »
Pour la troisième fois, il leur dit : « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le faire châtier, puis le relâcher. »
Mais eux insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ; et leurs cris s’amplifiaient.
Alors Pilate décida de satisfaire leur demande. Il relâcha le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, celui qu’ils réclamaient, et il livra Jésus à leur bon plaisir.

Pendant qu’ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus. Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus.
Il se retourna et leur dit : « Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : ‘Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !’ Alors on dira aux montagnes : ‘Tombez sur nous’, et aux collines : ‘Cachez-nous’. Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »
On emmenait encore avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter.
Lorsqu’on fut arrivé au lieu dit : Le Crâne, ou Calvaire, on mit Jésus en croix, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche.
Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort.
Le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
Les soldats aussi se moquaient de lui. S’approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée,
ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »
Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »
Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Il était déjà presque midi ; l’obscurité se fit dans tout le pays jusqu’à trois heures, car le soleil s’était caché. Le rideau du Temple se déchira par le milieu.
Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Et après avoir dit cela, il expira.

À la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendait gloire à Dieu : « Sûrement, cet homme, c’était un juste. »
Et tous les gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine. Tous ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, et qui regardaient.

Alors arriva un membre du conseil, nommé Joseph ; c’était un homme bon et juste. Il n’avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d’Arimathie, ville de Judée, et il attendait le royaume de Dieu. Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Puis il le descendit de la croix, l’enveloppa dans un linceul et le mit dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne encore n’avait été déposé. C’était le vendredi, et déjà brillaient les lumières du sabbat.
Les femmes qui accompagnaient Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé. Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.
Patrick Braud 

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16 mars 2013

L’adultère, la Loi et nous

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

L’adultère, la Loi et nous

Homélie du 5ème Dimanche de Carême / Année C
Dimanche 17 Mars 2007

« Jésus s’était baissé, et du doigt, il traçait des traits sur le sol » (Jn 8,6)

L'adultère, la Loi et nous dans Communauté spirituelle 35681285jesus-pardonne-la-femme-adultere-jpgJ’ai toujours été intrigué par cette attitude de Jésus devant les accusateurs de la femme adultère : pourquoi diable s’amuser à dessiner sur le sable alors que la vie d’une femme est en jeu ?

En fait, le texte grec dit : « du doigt, Jésus écrivait sur la terre ».
Or cette expression : « écrire du doigt » ne se retrouve que 3 fois dans toute la Bible.


1) En Ex 31,18, où l’on précise que les 2 tables de pierre de la Loi de Moïse étaient 
écrites « du doigt de Dieu ». Donc, devant la femme adultère et grâce à elle, Jésus écrit du doigt une Loi nouvelle, à la manière de Dieu lui-même au Sinaï. Et il l’écrit sur la terre de nos existences, et non plus sur la pierre d’un règlement extérieur.


2) Ensuite en
Dt 9,10, où Moïse lui-même raconte : « Yahvé m’avait donné les deux tables de pierre écrites du doigt de Dieu, selon les paroles qu’il vous avait dites du milieu du feu, sur la montagne, au jour de l’Assemblée ».

Jésus, lui, ne parle plus du milieu du feu, mais dans le silence qu’il oppose aux accusateurs de cette femme.
Il ne parle plus sur la montagne, en haut. Au contraire, il se baisse, et ce détail est mentionné 2 fois dans le texte.

Il se baisse, il s’abaisse dira St Paul, pour faire corps avec cette femme afin de la libérer des conséquences de son péché : « Jésus, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est abaissé, il s’est anéanti… » (Ph 2,6-11)
Sur la montagne fumante, le Dieu trois fois Saint aidait Israël à ne pas confondre le bien et le mal, comme un Père.

En se baissant par 2 fois vers le sol, Jésus ne renie rien de la Loi ni de la grandeur de Dieu, mais il va chercher cette femme au plus bas, là où elle est tombée – et elle est tombée bien bas avec son adultère -, pour lui sauver la vie, comme un frère.

Les-tables-de-la-Loi-03 dans Communauté spirituelle


3) Le 3ème emploi de l’expression « écrire du doigt de Dieu » est en Dn 5,5 :
pendant le festin du roi perse Balthasar, fils de Nabuchodonosor qui avait pillé Jérusalem et déporté les Juifs à Babylone ? déjà ! ? « soudain apparurent des doigts de main humaine qui se mirent à écrire sur le plâtre du mur du palais royal ». Le prophète Daniel traduira cette écriture mystérieuse comme une condamnation du roi à cause de son arrogance et de la profanation du Temple de Jérusalem.
Devant la femme adultère et grâce à elle, Jésus n’écrit plus de son doigt la condamnation d’un roi, mais le salut d’une femme infidèle !

Et on sait qu’Israël est bien souvent cette femme, aimée de Dieu, mais qui le trompe avec des idoles et des dieux étrangers.

Voilà donc la nouvelle Loi que Jésus écrit du doigt sur la terre, notre terre : dénoncer le mal comme la Loi de Moïse (« ne pèche plus ») tout en offrant une renaissance possible (« Je ne te condamne pas ; va… »). Faire corps avec cette femme (Jésus se baisse, dans le silence, vers le sol) sans excuser ni cautionner son péché.
Ne pas utiliser la Loi pour exorciser ses angoisses en trouvant une victime, à l’image des scribes et des pharisiens exorcisant leur peur de l’adultère en faisant de cette femme un bouc émissaire.

Mais aller jusqu’au bout de la Loi en reconnaissant qu’elle vaut également pour moi et pas seulement pour les autres : « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. »

D’ailleurs, Jésus connaît mieux la Loi juive qu’eux : « Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà, dans son coeur, commis l’adultère » (Mt 5, 28 ; cf. Talmud Lévitique Rabba 23, 12).

Qui d’entre nous peut se dire pur de tout adultère ?

S’il faut appliquer la Loi à cette femme, il faut d’abord se l’appliquer à soi-même?
De plus, la même Loi juive prescrivait la mort, non seulement pour la femme, mais aussi pour l’homme ! (Lv 20, 10 ; Dt 22, 22-44 ; Ez 16, 36-40). Car il paraît qu’il faut bien être deux pour commettre un adultère…

Où est donc l’amant que la Loi demanderait d’amener avec sa maîtresse devant Jésus ? Pourquoi n’appliquer que la moitié de la Loi quand on veut paraître soucieux de l’intégralité de la Loi ?

C’est le problème des intégristes : ils n’appliquent qu’un peu de Loi, mais pas toute la Loi ; et surtout ils veulent la faire peser sur les autres sans se l’appliquer à eux-mêmes?

Jésus nous libère de cet intégrisme-là de la Loi *.

Ce qu’il écrit sur le sol, c’est l’accomplissement de la Loi : sauver le pécheur et non le détruire, tout en nommant clairement son péché, ce que les pharisiens et les scribes refusaient de faire pour eux-mêmes.


On comprend alors que ce jour-là,
devant la femme adultère et grâce à elle, il ne s’est pas fait que des amis : cette Loi nouvelle, accomplissement de l’ancienne, va le mener à la Croix. Là, sur le bois du Vendredi Saint, c’est lui qui sera accusé, c’est lui qu’on va détruire au Nom de la Loi, sans que personne prenne sa défense.
« Jésus s’était baissé, et du doigt, il traçait des traits sur le sol » : le dernier trait qu’il tracera sur notre terre, c’est le signe de la Croix.


Puissions-nous convertir notre rapport à la Loi pour ne pas l’appliquer qu’aux autres, pour ne pas l’instrumentaliser, pour aller jusqu’à son accomplissement à la manière du Christ :

 « Je ne te condamne pas ; va et ne pèche plus ».

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« Contrairement à Jésus qui, selon Jean, refuse de lapider la femme adultère, Mahomet ne craint pas la lapidation (ce qui pose un problème actuellement à l’Islam).  En dehors des spécialistes, peu de gens savent qu’il existe dans la tradition musulmane un épisode qui ressemble de très près à l’épisode johannique de la femme adultère. Il est rapporté dans de nombreuses versions différentes des hadith.  Globalement, la narration se présente ainsi :

« Des juifs vinrent demander le jugement du Prophète sur un homme et une femme juifs qui avaient commis l’adultère. Le Messager d’Allah leur dit : « Que trouvez-vous dans la Tora au sujet de  l’adultère? » Ils répondirent : « Nous les dénonçons et nous les fouettons. » Mais Abd’Allah Ben Salam  dit : « Vous mentez, c’est plutôt la lapidation ». Ils apportèrent alors la Thora et l’exposèrent puis l’un d’entre eux montra du doigt le verset sur la lapidation. Ils dirent ensuite  : « Il dit la vérité, ô Muhammad ! C’est la lapidation ». Le Messager d’Allah  ordonna alors de lapider l’homme et la femme.  Abd’Allah a dit : « J’ai vu l’homme se rapprocher de la femme voulant la protéger contre les pierres.«  »

Cf. http://www.lechampdumidrash.net/articles.php?lng=fr&pg=209 pour les interprétations de ce hadith.

 

1ère lecture : Promesse du nouvel exode (Is 43, 16-21)

Lecture du livre d’Isaïe

Ainsi parle le Seigneur, lui qui fit une route à travers la mer, un sentier au milieu des eaux puissantes, lui qui mit en campagne des chars et des chevaux, des troupes et de puissants guerriers ; et les voilà couchés pour ne plus se relever, ils se sont éteints, ils se sont consumés comme une mèche.
Le Seigneur dit : Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer une route dans le désert, des fleuves dans les lieux arides. Les bêtes sauvages me rendront gloire ? les chacals et les autruches ? parce que j’aurai fait couler de l’eau dans le désert, des fleuves dans les lieux arides, pour désaltérer le peuple, mon élu.
Ce peuple que j’ai formé pour moi redira ma louange.

Psaume : Ps 125, 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6

R/ Le Seigneur a fait merveille : nous voici dans la joie.

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

2ème lecture : Renoncer à tout pour être avec le Christ (Ph 3, 8-14)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, tous les avantages que j’avais autrefois, je les considère maintenant comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des balayures, en vue d’un seul avantage, le Christ, en qui Dieu me reconnaîtra comme juste. Cette justice ne vient pas de moi-même ? c’est-à-dire de mon obéissance à la loi de Moïse ? mais de la foi au Christ : c’est la justice qui vient de Dieu et qui est fondée sur la foi.
Il s’agit de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en moi sa mort, dans l’espoir de parvenir, moi aussi, à ressusciter d’entre les morts.
Certes, je ne suis pas encore arrivé, je ne suis pas encore au bout, mais je poursuis ma course pour saisir tout cela, comme j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus.
Frères, je ne pense pas l’avoir déjà saisi. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but pour remporter le prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus.

Evangile : Jésus et la femme adultère : « Va, et ne pèche plus » (Jn 8, 1-11)

Acclamation : Gloire à toi, Seigneur. Gloire à toi. Auprès du Seigneur est la grâce, près de lui, la pleine délivrance. Gloire à toi, Seigneur. Gloire à toi. (Ps 129, 7)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jésus s’était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner.
Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en train de commettre l’adultère. Ils la font avancer, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? »
Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol.
Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. »
Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol.
Quant à eux, sur cette réponse, ils s’en allaient l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui.
Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-il donc ? Alors, personne ne t’a condamnée ? »

Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »
Patrick Braud

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